Aerys, le Roi Fou : Et dans les livres, alors ?

Visuel L'estivale 2017 (Riusma pour La Garde de Nuit)

Il est des personnages disparus qui hantent les pensées et déterminent les actes des survivants. Attention, on ne parle pas ici de légendes comme Lann le Futé ou Bran le Bâtisseur, mais de personnages réels que certains ont côtoyés et dont d’autres ont juste entendu parler, leur réputation les précédant. Parmi eux, le Roi Aerys II, dit le Fol (the Mad King dans la VO), figure en bonne place, que cela soit dans la saga littéraire comme dans son adaptation télévisée.

Si l’histoire du « Trône de Fer » commence en 298, celle d’Aerys finit en 283 quand il est exécuté par son garde royal Jaime Lannister, ce qui met un terme à la rébellion de Robert Baratheon. Depuis lors, il est difficile de trouver des personnes ayant un avis positif sur le règne du dernier Targaryen. Même Daenerys, entretenue par son frère dans l’idée de la grandeur de son père, se rend compte petit à petit que ce n’est pas une image fidèle à la réalité. Ce sont les remarques très précautionneuses de Barristan Selmy et Jorah Mormont qui lui permettent d’évoluer sur ce point. Pourtant, si Aerys finit (très) mal, les détails de sa vie et de son règne montrent que le personnage a évolué au cours de son existence, et que sa destinée aurait pu être différente. Penchons-nous sur sa vie.

Avertissement : le billet ci-dessous est pour l’essentiel issu de l’article consacré à Aerys II dans le wiki anglophone. Cet article est lui-même fondé sur les informations données par les ouvrages écrits ou approuvés par GRRM, dont principalement l’encyclopédie The World of Ice and Fire (en français : Game of Thrones – Le Trône de Fer, les origines de la saga, chez Huginn & Muninn). Or cet ouvrage est censé avoir été écrit par un mestre, mestre Yandel, pour le roi Baratheon (d’abord Robert, puis Joffrey, et enfin Tommen). Il est donc très critique envers Aerys, et, au contraire, très laudateur de lord Tywin. Il faut donc probablement ne pas en prendre pour argent comptant l’intégralité, même si la folie meurtrière et paranoïaque du roi Aerys à la fin de son règne ne fait pas de doute (elle est confirmée dans la saga par les témoignages de nombreux protagonistes ou témoins directs, comme lord Eddard Stark, ser Jaime Lannister ou ser Barristan Selmy).

Un prince plein de potentiel

Jaehaerys II Targaryen (crédits Amok)
Jaehaerys II Targaryen (crédits Amok, avec son aimable autorisation).

Né en 244, Aerys, fils de Jaehaerys II (qui deviendra roi en 259) et de sa sœur-épouse Shaera est le frère aîné de Rhaella (née en 246). Au contraire de son père Aegon V, Jaehaerys était très favorable à la tradition du mariage incestueux chez les Targaryen. Cette conviction fut renforcée par une prophétie disant que Le Prince qui fut Promis (c’est-à-dire celui que la prophétie désignait comme le futur sauveur des humains) serait issu de la lignée d’Aerys et Rhaella. Ainsi le frère et la sœur furent-ils mariés alors qu’ils n’étaient qu’adolescents, bien qu’aucune tendresse n’ait jamais été remarquée entre eux.
Pendant sa jeunesse, Aerys devint ami avec l’héritier de Castral Roc, Tywin Lannister, alors page à la cour, ainsi qu’avec son cousin Steffon Baratheon, l’héritier d’Accalmie.

En 259, Rhaella donna naissance au prince héritier Rhaegar pendant la tragédie de Lestival, qui vit la mort d’Aegon V, de son fils aîné le prince Duncan et de bon nombre d’autres personnes. Jaehaerys II monta sur le Trône de Fer peu après. La rumeur prétend que lors des célébrations, Aerys déflora Joanna Lannister, la cousine et future épouse de Tywin, venue à la cour pour les festivités.

Tragédie de Lestival – Crédit Marc Simonetti

Aerys servit comme écuyer durant la Guerre des Rois à Neuf Sous (la dernière rébellion Feunoyr) et combattit dans l’archipel des Degrés de Pierre. C’est là qu’il fut adoubé par son ami Tywin. Pendant sa jeunesse, Aerys était indubitablement doté d’un certain charme. On disait aussi qu’il était généreux, élégant, déterminé mais aussi colérique. Sa vanité, sa fierté et sa cyclothymie le rendaient vulnérable aux flatteurs. Lorsque Jaehaerys II mourut de maladie en 262, Aerys fut couronné en tant qu’Aerys II Targaryen.

Aerys II, le roi

Un roi ambitieux et fantasque, une Main appliquée et sérieuse

Le début de règne d’Aerys fut plein de promesses : le royaume se remettait de la tragédie de Lestival et de la Guerre des Rois à Neuf Sous et se relevait économiquement. Mais cela ne dura pas.
Aerys, fatigué par les vieux barbons qui composaient la cour royale depuis le règne de son père et son grand-père, fit le ménage en nommant aux postes-clés des hommes jeunes. Impressionné par la dureté dont Tywin Lannister avait fait preuve pour mater la rébellion des Reyne de Castamere contre Castral Roc, il en fit sa Main.

D’un naturel ambitieux, Aerys déclara dès son couronnement qu’il voulait devenir le plus grand roi de l’histoire des Sept Couronnes. Il fut sans doute encouragé en ce sens par certains de ses amis, qui lui murmuraient qu’il serait plus tard connu sous le nom d’Aerys le Sage ou d’Aerys le Grand. Le roi montra une immense activité pendant les premières années de son règne et il tenait une cour royale magnifique. Il appréciait la musique, la danse, les bals masqués et particulièrement les belles jeunes femmes qu’il faisait venir de toutes les couronnes du royaume. On ne sait pas exactement combien il avait de favorites, mais il est sûr qu’il s’en désintéressait assez rapidement.

Aerys avait de nombreux projets mirobolants dont il se vantait, avant de les abandonner et de les oublier. Parmi ceux-ci, on peut mentionner l’annexion des Degrés de Pierre au royaume, la construction d’un second Mur à quelques centaines de miles au nord du premier (pour revendiquer les terres conquises entre les deux), la construction d’une ville en marbre blanc au sud de la Néra pour ne plus subir les puanteurs de Port-Réal, la construction d’une flotte de guerre pour faire s’agenouiller le Titan de Braavos, ou l’irrigation du désert de Dorne via des canaux souterrains. Rien de tout cela ne fut entrepris.

Malgré tout, les Sept Couronnes prospéraient sous son règne ; cela était surtout le fait de la Main, qui était tout ce qu’Aerys n’était pas. Lord Tywin était travailleur, infatigable, intelligent, juste et terne. Finalement, Aerys se prit à regretter son choix de Main – non pas à cause du manque de compétence de Tywin, mais à l’inverse, parce que la Main était reconnue comme un administrateur brillant à la brutale efficacité, que cela entretenait l’idée que c’était Tywin et non Aerys qui régnait. Cette idée n’était pas sans fondement. En 267, Tywin mit fin à un conflit avec la Banque de Fer en payant les emprunts du Trône avec l’or de Castral Roc. Il se fit bien voir de la grande noblesse en annulant les lois et protections obtenues par les roturiers sous le règne d’Aegon V. Parallèlement, il obtint le soutien des marchands en réduisant les taxes des ports de Villevieille, Port Lannis et Port-Réal. Tywin punissait sans complaisance le boulanger qui mettait de la sciure dans sa farine ou le boucher qui vendait du cheval comme étant du bœuf. Il entretint des routes et en fit bâtir de nouvelles, il organisa des tournois grandioses, pour le plaisir de la noblesse et du petit peuple. Malgré tout cela, la Main était peu aimée. Il faut dire qu’il n’avait aucun humour, ne pardonnait jamais, ne cédait sur rien et était fier et insensible. Sa personnalité lui amena de nombreux rivaux, mais ses vassaux le respectaient profondément et le suivaient loyalement, sans pour autant l’apprécier particulièrement (la chanson Les Pluies de Castamere était là pour rappeler ce qu’il en coûtait de contester son autorité).

Le début des ennuis

La relation entre Aerys et Tywin devint vite très compliquée. Nous avons vu plus haut qu’Aerys avait une attirance pour Joanna Lannister alors qu’il n’était que prince. Aerys était présent au mariage des Lannister en 263 et, sous le coup de l’alcool, il blagua sur le fait qu’il était dommage que la tradition de la « première nuit » (la version ouestrienne du « droit de cuissage ») ait été abolie, tout en s’autorisant certaines libertés durant la cérémonie du coucher. On dit que Tywin n’oublia jamais cet affront.

Le mariage d’Aerys avec sa petite sœur Rhaella était moins heureux que celui de Tywin. Rhaella choisit de passer outre les infidélités de son mari, mais regretta publiquement que ses dames de compagnie soient prises pour des prostituées. Le couple était aussi en position difficile en raison de ses soucis de fertilité. Entre 263 et 279, Rhaella eut trois fausses couches et quatre enfants mort-nés ou morts avant leur première année. Si, au début, Aerys était compatissant avec son épouse, il devint de plus en plus suspicieux. En 270, il se dit que Rhaella avait été infidèle, et que les dieux avaient veillé à la mort des enfants car ce n’étaient pas les siens, et qu’il était hors de question qu’un bâtard montât sur le Trône de Fer. Il fit enfermer Rhaella dans la citadelle de Maegor en ordonnant que deux septas partagent son lit pour s’assurer sa fidélité.

Pendant ce temps, les relations entre Aerys et sa Main se dégradèrent. Alors qu’auparavant le roi écoutait souvent les conseils de Tywin, il s’en méfiait à présent, et faisait souvent le contraire de ce que la Main proposait. Dans un conflit commercial opposant Myr et Tyrosh à Volantis, Tywin voulut que Westeros restât neutre tandis qu’Aerys envoya argent et armes à Volantis. Lorsque les maisons Nerbosc et Bracken eurent un différend frontalier, Tywin soutint les Nerbosc et Aerys les Bracken. Malgré les objections de la Main, le roi doubla les taxes portuaires de Villevieille et Port-Réal et tripla celles de Port Lannis et des autres ports de Westeros ; le commerce en souffrit, et lorsqu’une délégation de marchands arriva devant le Trône de Fer, Aerys mentit en rendant Tywin responsable de tout cela, avant d’annuler sa décision pour obtenir un gain de popularité immérité. Tywin se sentait donc constamment méprisé, et cela continua chaque fois qu’Aerys ne suivait pas ses recommandations pour nommer des personnes et donner des charges à ses propres courtisans. Par exemple, pour le poste de maître d’armes du Donjon rouge, Tywin avait suggéré son frère Tygett, mais Aerys préféra confier le poste à ser Willem Darry.

Des rumeurs couraient à travers le royaume, disant que Lord Tywin était le vrai dirigeant du pays, tandis qu’Aerys était sa marionnette. Le roi en était conscient, et ce genre de propos le rendait fou de colère. Aussi, lorsqu’on entendit ser Ilyn Payne, le capitaine de la garde de Tywin, répéter ces phrases, Aerys ordonna qu’on lui arrachât la langue avec des pinces chauffées à blanc. Le roi tenait ainsi à faire taire les rumeurs et à remettre lord Tywin à sa place.

En 272, Tywin organisa à Port-Réal un grand tournoi pour célébrer les dix ans d’accession au trône d’Aerys. Lady Joanna Lannister retourna à la capitale pour l’événement, accompagnée de Cersei et Jaime âgés de six ans. Ivre, Aerys lui demanda si allaiter ses enfants avait nuit à sa poitrine. Cette question amusa les rivaux de Tywin mais humilia Joanna. Le lendemain matin, Tywin déposa sa démission qu’Aerys refusa. Il resta donc Main du Roi.
Les courtisans avaient vite compris que se moquer de la Main permettait d’entrer dans les bonnes grâces royales, et ils ne se privèrent pas de railler Tywin. Ce dernier supporta tout cela en silence, refusant de montrer des faiblesses en public. Lorsqu’en 273, Joanna mourut en mettant au monde un nain, Tyrion, le roi nota que cela pourrait apprendre à son père un peu d’humilité. Reclus dans le deuil à Castral Roc, Tywin apprit ses mots. À partir de cet instant, le temps de l’amitié était révolu. Cependant, Tywin continuait à servir comme Main tandis qu’Aerys devenait de plus en plus violent, suspicieux voire lunatique.

Une éclaircie passagère

La folie du roi régressa lors de la naissance de son fils Jaehaerys en 274. On put même croire que son ancienne personnalité était revenue. Mais cela changea à nouveau lorsque Jaehaerys mourut la même année. Dans une colère noire, Aerys fit décapiter la nourrice, arguant qu’elle était la responsable de la mort du nourrisson. Puis il changea d’avis, et déclara que c’était sa propre maîtresse qui était coupable d’avoir empoisonné le bébé. Il la fit torturer, elle et toute sa famille, puis les exécuta. Sous la torture, ils avouèrent tous avoir assassiné le prince Jaehaerys, même si leurs versions différaient grandement entre elles. Néanmoins, après cela, la personnalité d’Aerys changea encore profondément. Il jeûna pendant une quinzaine de jours, fit une marche de repentance à travers la cité, jusqu’au septuaire de Baelor. Là, il pria avec le Grand Septon. Lorsqu’il revint, il annonça qu’à partir de ce moment, il se montrerait fidèle à sa femme et à ses vœux de mariage. Et en effet, à partir de cette année 275, Aerys ne s’intéressa plus aux autres femmes.

En 276, Rhaella donna naissance à un garçon nommé Viserys. Le fils était en bonne santé mais Aerys était paranoïaque au sujet de sa sécurité. Des membres de la Garde Royale veillaient jour et nuit sur le bébé. Personne, pas même la reine, ne devait être seul avec Viserys. Par crainte de malédiction ou d’ensorcellement, Aerys fit brûler dans la cour tous les cadeaux envoyés pour célébrer la naissance du prince. Lorsque Rhaella ne fut plus en mesure d’allaiter son fils par manque de lait, Aerys demanda à son propre goûteur de sucer les tétons de la nourrice pour s’assurer qu’il n’y avait pas de poison.

Plus tard dans l’année, peut-être en signe de réconciliation, Tywin organisa à Port Lannis un tournoi pour célébrer la naissance de Viserys. Lors de l’événement, Tywin proposa un mariage entre sa fille Cersei et le prince Rhaegar. Sans doute par peur du pouvoir de Tywin et de son ambition, Aerys déclina grossièrement l’offre en répondant que Tywin n’était qu’un serviteur de la Couronne et qu’aucune fille de serviteur ne pouvait épouser un prince de sang royal. Le tournoi se termina sans festin de clôture et Aerys s’en alla alors que la tension était palpable.

Le Défi de Sombreval

Le Défi de Sombreval – Crédit Marc Simonetti

Lord Denys Sombrelyn de Sombreval voulait obtenir une charte d’autonomie auprès de la couronne pour sa ville portuaire, dont le commerce déclinait depuis plusieurs années. En 274, la Main du Roi refusa sa requête. Mais lord Denys ne s’avoua pas vaincu pour autant. Ayant perçu les dissensions entre Aerys et Tywin, il décida de ne plus s’acquitter des impôts dus à la couronne et, à la place, invita le roi à Sombreval pour lui présenter sa demande de charte. Le roi allait décliner l’invitation, mais il changea d’avis quand Tywin lui suggéra de ne pas obtempérer. Voulant montrer son habileté diplomatique sans que sa Main ne s’en mêle, Aerys se mit en tête de remettre lord Sombreval dans le droit chemin par sa seule action. Il informa le Grand Mestre Pycelle et le Conseil restreint de sa décision, avant de partir pour Sombreval accompagné uniquement (contre l’avis de Tywin) d’une petite escorte menée par ser Gwayne Gaunt de la Garde Royale. Mais l’invitation était un piège : Aerys fut retenu prisonnier et une partie de son escorte (dont ser Gaunt) mourut en tentant de défendre le souverain.
Lorsque la nouvelle atteignit Port-Réal, Tywin rassembla une armée pour assiéger la ville. Mais lord Denys menaça d’exécuter le roi si l’armée de Tywin donnait l’assaut. La situation resta donc sans issue pendant six mois. Finalement, ser Barristan Selmy s’infiltra dans la ville et permit au roi de s’évader. Lord Denys se rendit immédiatement et demanda miséricorde. Dans sa rage, Aerys le fit décapiter sur le champ, puis ordonna la destruction complète de la maison Sombrelyn et de son alliée la maison Hollard. Chacun des membres de ces maisons fut torturé puis brûlé vif (à l’exception de l’enfant Dontos Hollard, grâce au plaidoyer de ser Barristan). Des années après, ser Barristan se demanda si la mort d’Aerys dans les geôles de lord Denys et l’accession au trône de Rhaegar n’auraient pas été meilleures pour les Sept Couronnes.

L’enfoncement dans la folie

Le défi de Sombreval plongea Aerys dans une folie encore plus forte. Profondément marqué par son emprisonnement, il refusa de quitter le Donjon Rouge au cours des quatre années qui suivirent. Sa nature jalouse et suspicieuse évolua vers de la paranoïa puis des hallucinations lui faisant partout voir des preuves de trahison.

Les relations d’Aerys et de Tywin se détériorèrent encore plus rapidement, car le roi pensait que la Main l’avait sciemment laissé croupir dans les geôles de son ravisseur. Aerys n’accorda plus sa confiance à sa femme ni à son héritier. Dans sa paranoïa, Aerys était persuadé que Tywin et Rhaegar avaient établi un plan pour le tuer en donnant l’assaut à Sombreval pour que Rhaegar monte sur le Trône de Fer et épouse la fille de Tywin.

Pour éviter une conspiration entre Rhaegar et Tywin, Aerys convoqua à la cour son autre ami d’enfance, lord Steffon Baratheon, le nommant au Conseil restreint. Aerys annonça publiquement que Steffon irait à Volantis chercher une épouse de « pur sang valyrien » pour Rhaegar. Selon la rumeur, Aerys voulait nommer Steffon Main du Roi, une fois sa mission effectuée, pour faire ensuite arrêter et exécuter Tywin pour haute trahison, au grand bonheur de beaucoup de nobles.

Le plan ne se déroula pas comme prévu quand le bateau de lord Steffon sombra en mer à son retour de Volantis. Aerys se persuada que Tywin avait trouvé un moyen de faire assassiner lord Steffon et confia même au Grand Mestre Pycelle qu’il ne pouvait pas renvoyer Tywin, car ce dernier le ferait tuer. Lors des dernières années où Tywin fut Main, Aerys n’était jamais dans la même pièce que lui, sauf si les sept membres de la Garde Royale étaient à ces côtés.

Varys (crédits Amok)
Varys (crédits Amok, avec son aimable autorisation).

Tandis que sa paranoïa et sa folie devenaient de plus en plus fortes, Aerys entendit parler d’un eunuque nommé Varys, originaire des cités libres. Ce dernier fut amené à la cour et nommé maître des chuchoteurs. Le roi pensait que seul un étranger, sans attachement aux Sept Couronnes pouvait être digne de confiance pour l’alerter des menaces à son encontre. L’Araignée, comme le surnomma bientôt le petit peuple, utilisa l’or du royaume pour former un réseau d’informateurs, et on le vit souvent chuchoter à l’oreille du roi.

Elia Martell – Crédit Elia Fernandez
Aerys trouva enfin une épouse à Rhaegar : en 279, son fils fut fiancé à la princesse de Dorne, Elia Martell. Début 280, les deux se marièrent au cours d’une cérémonie grandiose au Grand Septuaire de Baelor. Par peur d’être assassiné, Aerys refusa d’assister à l’événement, et il interdit également à Viserys d’y aller. Rhaegar et son épouse décidèrent d’aller habiter à Peyredragon, ce qui pour certains était la preuve qu’il avait prévu de faire abdiquer son père et de revendiquer le trône. D’autres personnes pensaient qu’Aerys II allait déshériter Rhaegar au profit de Viserys. La naissance de la princesse Rhaenys, le premier petit-enfant d’Aerys, ne rapprocha pas Rhaegar et Aerys. Lorsque le prince présenta la fille à la cour, la reine Rhaella embrassa chaleureusement sa petite fille mais Aerys refusa de la toucher sous prétexte qu’elle « sentait le Dornien ».

Aerys devint brutal, capricieux et de plus en plus fasciné par le feu, notamment par le feu grégeois (mais nous en parlerons dans une autre chronique). Dès 280, Aerys choisit d’utiliser du feu grégeois plutôt que la hache ou la corde pour exécuter les traîtres. Les pyromants de la Guilde des Alchimistes se firent de plus en plus présents à la cour, et leur membre le plus éminent, Sagesse Rossart, eut sa place au Conseil restreint. Les exécutions par le feu augmentaient l’appétit sexuel du roi ; Aerys et la reine faisaient chambre à part depuis des années (et s’évitaient aussi en journée), mais, après chaque exécution, Aerys rendait visite à sa femme, ne lui épargnant aucune brutalité pour arriver à ses fins.

Le tournant de l’année du printemps trompeur

La méfiance d’un roi

Dès qu’il y eut une place vacante dans la Garde Royale, Aerys y nomma Jaime, le fils aîné de Tywin, alors âgé de quinze ans, le faisant le plus jeune membre de la Garde de tous les temps. Tywin (et plus tard Jaime) comprit immédiatement que ce n’était pas un honneur pour la maison Lannister mais une façon de priver Tywin de son héritier préféré (chacun savait que Tywin appréciait peu Tyrion…) et également d’avoir un otage à proximité pour s’assurer de la loyauté du père. Ce que Tywin ignorait, c’était que l’idée venait de sa propre fille Cersei, qui l’avait suggéré indirectement à Aerys pour annuler le projet de fiançailles entre Jaime et Lysa Tully (et ainsi garder son frère bien aimé auprès d’elle).

Aerys ayant fait l’annonce publiquement, Tywin le remercia pour l’honneur fait à sa maison. Mais, en réalité, il était furieux et, prétextant des soucis de santé, il démissionna de son poste de Main et retourna à Castral Roc avec sa fille. Aerys accepta la démission et donna le poste à Owen Merryweather, un vieil homme aussi sympathique que peu compétent (sauf pour flatter le roi en organisant des festivités grandioses).

Lord Tywin ayant quitté la cour, la défiance d’Aerys se tourna vers Rhaegar, ce dernier appréciant peu le comportement fantasque de son père. La cour était divisée entre la faction loyale au roi (parmi lesquels Qarlton Chelsted, Lucerys Velaryon, Symond Staunton, Varys et Rossart) et celle loyale envers l’héritier (parmi lesquels lord Jon Connington, ser Myles Mouton, ser Richard Lonbec, le prince Lewyn Martell et ser Arthur Dayne). En effet, Aerys était fou et cruel envers ceux qu’il considérait comme ses ennemis, mais savait récompenser avec titres et argent ceux en qui il avait confiance.

Le Grand Mestre Pycelle et la Main du Roi tentaient de garder l’équilibre entre les factions. Pycelle écrivit à la Citadelle que les tensions ressemblaient à ce qui avait eu lieu avant la Danse des Dragons et fit part de ses craintes d’une guerre civile entre les deux factions, faute d’un accord les satisfaisant toutes les deux.

Le grand tournoi d’Harrenhal

Le grandiose tournoi d’Harrenhal, donné par lord Walter Whent, eut lieu en 281 et fut annoncé juste après la visite du garde royal Oswell Whent chez son frère. On peut penser que cet événement ne fut qu’un prétexte arrangé et financé par le prince Rhaegar lui-même, pour qu’il puisse rencontrer discrètement les grands du royaume. Rhaegar espérait peut-être organiser ensuite un grand conseil, qui forcerait son père à abdiquer.

Tournoi d’Harrenhal – Crédit Paolo Puggioni

On conseilla à Aerys d’interdire ce tournoi, puis tous les tournois, mais lord Merryweather fit remarquer que de tels événements étaient fort populaires dans toutes les strates de la société, et que les interdire rendrait Aerys impopulaire au détriment de Rhaegar. Aerys écarta donc cette idée, et décida plutôt d’assister en personne au tournoi. C’était la première fois qu’il quittait le Donjon Rouge depuis le défi de Sombreval, et il se disait que c’était l’endroit idéal pour faire entrer officiellement Jaime Lannister dans sa Garde Royale. Aerys espérait aussi que sa présence le rendrait populaire, mais le résultat fut à l’opposé de son espérance. Depuis Sombreval, le roi ne prenait plus soin de son apparence et, à moins de quarante ans, il paraissait bien plus âgé. S’étant coupé de nombreuses fois au contact des lames du Trône de Fer, il était couvert de coupures mal refermées sur les bras et les jambes, au point qu’on le surnommait « le Roi Croûte ». Il en développa une peur des lames qui faisait qu’il interdisait qu’on lui coupât les cheveux ou les ongles. Sa barbe et ses cheveux étaient sales et emmêlés, tandis que ses ongles jaunis mesuraient plus de vingt centimètres de long. Sa peur du poison l’avait rendu cadavérique. Les lords et chevaliers du royaume furent horrifiés de voir ce que leur monarque était devenu. Son comportement n’était pas plus sain, car il passait d’un claquement de doigt du rire à la mélancolie. L’alternance de rires hystériques, de longs silences, d’accès soudains de rage ou de pleurnichements mettait tout le monde mal à l’aise.

Aerys II Targaryen le fol (crédits Amok)
Aerys II Targaryen le fol (crédits Amok, avec son aimable autorisation).

Au contraire, le prince Rhaegar paraissait être un guerrier charismatique. Grand, élégant, bien éduqué, le prince gagnait de plus tous ses duels à la joute. Lorsque Jaime Lannister prononça ses vœux, la foule applaudit chaleureusement, et Aerys pensa que les félicitations étaient pour lui.

Un mystérieux chevalier intervint pendant le tournoi, avec un barral au visage rieur sur son écu. Aerys était persuadé que ce « chevalier d’Aubier rieur » cachait son nom pour mieux comploter contre la couronne. Il envoya Rhaegar découvrir son identité, mais le prince revint bredouille. Plus tard, Rhaegar gagna le tournoi et, à la surprise générale, couronna reine d’amour et de beauté Lyanna Stark, au lieu de sa femme Elia Martell.

L’enlèvement de Lyanna et ses conséquences funestes

L’année suivante, en 282, juste après la naissance d’Aegon, Rhaegar disparut avec Lyanna, l’ayant apparemment enlevée. Lorsqu’il l’apprit, le frère aîné de Lyanna, Brandon Stark, alla avec quelques amis au Donjon Rouge où il réclama le prince aux cris de « Sors de là et viens mourir ! ». Rhaegar n’était pas là, mais Aerys, si : le roi fit arrêter Brandon et ses compagnons pour conspiration contre le prince, exigeant la présence de leurs parents pour répondre des crimes de leurs fils. Lorsqu’ils répondirent à la convocation, Aerys les fit exécuter sans autre forme de procès. Lord Rickard Stark exigea un duel judiciaire, mais Aerys choisit le feu comme champion, et lord Rickard fut brûlé vif par le feu grégeois, tandis que Brandon était forcé de regarder son père mourir, et périt étranglé par une lanière de cuir se resserrant autour de son cou tandis qu’il se débattait pour aider son père. Complètement paranoïaque, Aerys exigea de lord Jon Arryn qu’il envoyât les têtes de ses deux pupilles, Eddard Stark, frère cadet de Brandon et Lyanna, et donc nouveau sire de Winterfell, et lord Robert Baratheon, fiancé de Lyanna et sire d’Accalmie. Arryn refusa et leva ses bannières contre le roi, commençant ainsi la rébellion de Robert Baratheon et des maisons Arryn, Stark, Baratheon puis Tully contre le Trône de Fer.

La rébellion de Robert Baratheon

Aerys trouva rapidement qu’Owen Merryweather n’avait pas été à la hauteur pour contenir l’agitation des débuts de la rébellion. Aussi, il le remplaça comme Main du Roi par lord Jon Connington, un ami très proche de Rhaegar, qui lui promit de revenir avec la tête de Robert. Cependant, Connington perdit contre les rebelles lors de la bataille des Cloches à Pierremoûtier, et il fut exilé par Aerys, qui le remplaça par lord Qarlton Chelsted, tout en commençant à redouter une victoire des rebelles. Aussi mit-il au point un plan de revanche au cas où l’ennemi prendrait la capitale : il ordonna aux pyromants de disséminer dans différents endroits de Port-Réal des cachets de feu grégeois, prévoyant de faire brûler la ville et son demi-million d’habitants plutôt que de la laisser intacte à Robert. Lord Chelsted tenta en vain de le dissuader, mais, voyant qu’il n’y arrivait pas, il démissionna. Aerys le alors fit brûler vif et nomma Rossart le Pyromant comme nouvelle Main.

Après la bataille du Trident, où Rhaegar (revenu entre temps, mais sans Lyanna) mourut de la main de Robert Baratheon, et où l’armée royale fut défaite, la victoire des rebelles n’était pas encore tout à fait acquise. Aerys envoya la reine Rhaella (enceinte de la future Daenerys) et Viserys à Peyredragon pour échapper à la prise de la capitale. Cependant, il garda Elia et ses enfants Rhaenys et Aegon près de lui au Donjon Rouge, pensant s’assurer ainsi de la loyauté de Dorne. Mais cela n’aboutit qu’à la mort brutale d’Elia et les enfants, massacrés par Amory Lorch et Gregor Clegane.

En effet, quelques heures avant l’arrivée de l’armée d’Eddard Stark, douze mille hommes commandés par lord Tywin Lannister se présentèrent aux portes de Port-Réal, jurant leur loyauté à Aerys. Varys recommanda au roi de ne pas ouvrir les portes, mais Pycelle affirma qu’on pouvait faire confiance aux Lannister. Aerys écouta Pycelle, et les troupes Lannister entrèrent et mirent la ville à sac au nom du roi Robert.
Se rendant compte que c’était la fin, Aerys convoqua Rossart et Jaime Lannister, son dernier garde royal. Aerys avait gardé Jaime auprès de lui pendant toute la guerre pour s’assurer de la loyauté de Tywin, et ce dernier était en effet resté jusqu’ici neutre dans le conflit. Jaime remarqua plus tard l’ironie de la situation, car le Roi Fou pensait que rien ne pouvait lui arriver si Jaime était à ses côtés. Aerys ordonna à Jaime de tuer son père, et à Rossart d’allumer les caches de feu grégeois afin de faire brûler toute la ville.
Jaime déclara plus tard que, comme son grand-oncle fou, Aerion le Monstrueux, Aerys s’imaginait qu’il n’allait pas mourir dans l’incendie, mais que les flammes allaient le transformer en dragon, lui donnant ainsi que le pouvoir d’écraser ses ennemis. Mais son plan ne fonctionna pas, car Jaime tua Rossart puis Aerys, empêchant l’exécution de l’ordre d’incendie et sauvant par là même la population de Port-Réal, tout en devenant aux yeux de tous, le « Régicide ». Robert Baratheon s’installa sur le Trône de Fer, et le règne de la dynastie Targaryen s’acheva.

Conclusion

La quasi totalité des personnages ont une mauvaise opinion d’Aerys et de son règne, et il faut reconnaître qu’il est difficile de trouver des circonstances atténuantes au monarque (tout en gardant en mémoire que les éléments relatés dans « The World of Ice and Fire » ont un parti-pris anti Aerys). On perçoit tout de même que le début de son règne fut prospère, car il avait choisi s’attacher une personne capable, lord Tywin Lannister. Néanmoins, les vexations incessantes finirent par user Tywin et la santé mentale du roi se dégradant alla justifier la paranoïa qu’il avait développée. En effet, il y avait très probablement un plan pour le faire abdiquer « en douceur » au profit de Rhaegar, mais ce plan était dû à sa cruauté… et à sa folie paranoïaque. Finalement, rien ne se passa comme prévu, Rhaegar mourut pour le défendre, tandis que Robert, le plus proche parent des Targaryen, arriva sur le trône et mit fin à la dynastie Targaryen.

Jusqu’ici, en tout cas…