Saison 7 : On fait le bilan, calmement…

Visuel L'estivale 2017 (Riusma pour La Garde de Nuit)

Les sept rédacteurs qui se sont succédé tout au long de l’été pour vous proposer des résumés des épisodes de la saison 7 toujours plus drôles et pleins d’intelligence, vous invitent aujourd’hui à faire le bilan de cette saison avec eux. Qu’est-ce qui les a marqué-e-s ? Quelles sont leurs déceptions principales ?… Nos sept avengers à nous feront-ils mieux que la suicide squad menée par Jon Snow au delà du Mur ? Ils espèrent en tout cas vous divertir dans leur mission suicide à eux ^^

Nymphadora : Y-a-t-il un scénariste dans l’avion ?

J’ai débuté la saison pleine d’espoir. Les trames se resserrent, Daenerys arrive à Westeros, on est débarrassé des Dorniens… Il y avait moyen de faire de belles choses ! Sans être une fan absolue de la série, je lui reconnais volontiers d’excellents acteurs (pas Kit ou Emilia, dont les futurs potentiels bébés inexpressifs me filent déjà des cauchemars… c’est d’ailleurs l’une de mes grandes craintes pour la saison 8 : j’espère très sincèrement qu’ils ne nous sortiront pas un bébé Jaenerys de derrière les fagots, malgré les sous-entendus lourdingues qui ont été parsemés cette saison quant à la stérilité de Dany). Par ailleurs, je suis souvent bluffée par une grande qualité d’images et de costumes… Là où je reste dubitative, c’est quand le scénario part en roue libre, comme pour l’arc dornien de la saison 5. Mais étant optimiste par nature, j’étais persuadée que la saison 7 pouvait montrer de belles choses.

Finalement, incohérences et fan service auront été au rendez-vous. Dans un contexte où tout va plus vite, puisque les trames narratives se rejoignent, on a l’impression que les scénaristes ont oublié la temporalité et la logique au profit de scènes qui font le buzz.

Je passerai sous silence les incohérences liées aux temps de déplacement. Mais, même au delà de ce souci de temporalité, la saison a pour moi été un gros ratage en terme de cohérence dans le traitement de ses personnages. Ce qui fait l’une des forces de la saga s’est transformé en une série de rencontres artificielles pour contenter le téléspectateur qui rêve de voir ses personnages préférés interagir. Il n’y a pas de raison de réunir Jon, Sandor et Tormund ? Bah, on s’en fiche, on va inventer un super plan de la mort qui tue pour réunir les charismatiques compères… On a deux lady Stark à Winterfell ? Bah, on va leur inventer un pseudo conflit pendant 3 épisodes pour ensuite retourner la situation sans le moindre petit indice subtil dans le dernier épisode… Faisons traîner en longueur une intrigue sans queue ni tête, histoire d’avoir des scènes qui feront vendre ! Les spectateurs n’y verront que du feu de toute façon, parce qu’on conclura l’arc nul par la mort d’un méchant que tout le monde adore détester !

Il semble que le mot d’ordre cette saison fut donc « Faisons se succéder les scènes fortes à l’écran » et oublions le scénario. On s’est donc centré sur les personnages aimés du public, au détriment d’une cohérence d’ensemble, pour privilégier des scénettes à gros budget (encore qu’on aurait bien aimé voir Fantôme, mais a priori le budget a été mangé par les dragons… faut dire que c’est gros ces bestioles, ça doit avoir un sacré appétit ^^). Et ça me rend particulièrement chafouine, parce que j’ai vraiment l’impression que les producteurs m’ont prise pour une idiote tout au long de la saison : manifestement, si on met des successions de scènes pour faire le buzz façon blockbuster, on peut s’abstenir d’une histoire, puisque le spectateur est contenté…

Certaines de ces scènes sont très efficaces, je le reconnais (et Corondar vous en reparlera un peu plus loin dans cet article) mais si la réalisation et le jeu d’acteur en font de très beaux moments, l’ensemble mis bout à bout semble bien fade et creux. Les personnages dont on aimait suivre le développement et le cheminement passent désormais de scène en scène en oubliant toute la charge émotionnelle que peut apporter un scenario construit et linéaire.

La saison m’aura donc laissée aphone (à force de crier « Mais qu’est-ce qu’il fait ??? » devant ma télé, ça laisse des traces) et boudeuse. Vivement la sortie de Sons of the Dragons, que j’arrête de râler ! En attendant, je laisse la parole aux copains pour qu’ils râlent à ma place… mais qui sait ? peut-être seront-ils plus indulgents que moi, keep reading 😉

Kevan : La Guerre des Deux Rosses

Commençons en fanfare par parler de l’intrigue la moins cohérente, la plus superficielle, entièrement superflue, voire même néfaste au reste de la saison, sans queue ni tête, en bref, l’intrigue la plus ratée. Je pense que vous voyez celle dont je veux parler…
Ah, euh, non, c’est pas Winterfell transformé en lycée de série pour ados où de jeunes filles ont des rivalités terribles pour des broutilles. Non, c’est pas la zombie-quest au nord du Mur. Non, ce n’est pas Sam à la tour Wikipédia. Non, ce n’est… Oh, c’est fini, oui ?! C’est toute la guerre entre Dany et Cersei. Voilà le problème. Dommage, c’est aussi le fil rouge de toute la saison.

Pour rappel, revenons un peu en arrière, dans les dernières scènes de la saison 6. On y voyait d’un côté Cersei se faire couronner par Qyburn devant une bande de péquins terrorisés, de l’autre l’armada de Daenerys prendre la mer en direction de Westeros. La reine dragon amenait avec elle des milliers d’Immaculés, une immense horde dothrakie, trois dragons, la flotte Greyjoy et celle prise à Yunkaï. Au pays l’attendaient les armées Tyrell et dornienne. Cersei quant à elle venait de détruire une portion de Port-Réal, de commettre un sacrilège géant qui avait conduit à la mort du Grand Septon, de la famille suzeraine du Bief, de son propre oncle et de son fils le roi. Elle n’avait ni argent, ni alliés, ni amis-pas-zombies, et son frère la regardait bizarrement. Dans ces conditions, la lionne à frange avait à peu près autant de chances d’être assise sur le trône de fer que sur les genoux de mes honorables lecteurs. Comment faire pour malgré tout donner un conflit militaire et politique à cette saison, quand l’écart des forces est aussi grand ? C’est très simple, et ça demande à peine quelque viols de la logique et du bon sens. Suivez-moi à travers les quatre étapes d’une bonne vieille guerre bien bâclée !

  1. D’abord, tordez la personnalité et les caractéristiques des personnages. La continuité vous empêche de faire ce que vous voulez ? Rien de plus simple, ignorez-la ! C’est grâce à cette habile tactique que nous nous retrouvons avec un Jaime toujours fidèle à celle qui est clairement Aerys III, un Euron qui décide qu’épouser la reine-mère, c’est aussi bien que d’avoir des dragons, un Tyrion étrangement couillon face à une Cersei étrangement compétente, un Bronn impeccablement loyal, un Tarly convaincu par une reine sacrilège, un Varys inutile, et tant d’autres. Tout le monde se donne du mal pour aider Cersei à gagner, dirait-on. Et cette astuce marche même à l’échelle de populations ! Ainsi, on verra que les Port-Réalais sont masochistes, les Fer-nés d’Euron meilleurs que ceux d’Asha, les Braaviens profondément impliqués dans l’esclavage, les Tyrell des roses fragiles, et les Dorniens assoiffés de vengeance, mais seulement si on leur offre la croisière. Efficacité garantie.
  2. Oubliez des trucs. Une fois qu’un élément a servi à ce que vous estimez être son objectif, poussez-le discrètement vers le trou noir le plus proche. À plus forte raison si on n’y connait personne qui porte un nom. Exemples faciles : « Il parait qu’absolument toute la population du Conflans est occupée à enterrer les Frey », « Les gens du Bief ont trop peur de se casser un ongle pour aller régler leur compte aux troupes qui pillent la région et ont assassiné leurs suzerains », « Les habitants des terres de l’Ouest ont reçu l’ordre de se cacher dans un trou pendant le passage des Immaculés, et personne ne leur a dit qu’ils pouvaient sortir », « Daenerys a rappelé les Dothrakis dans leur pokeball » ou encore « Porne ? C’est quoi, Porne ? ». Si vous traitez la guerre comme un jeu vidéo où la défaite du boss vous permet de quitter ce niveau pour ne jamais y revenir, c’est beaucoup plus facile. Cela s’applique aussi aux territoires entre deux points sur la carte, permettant ainsi une téléportation bien pratique.
  3. Quelques stratégies débiles et vagues permettront de créer à la fois des conseils de guerre où tout le monde a l’air de réfléchir très fort et des péripéties pleines d’action pour faire avaler l’absence de logique avec de jolies couleurs. Que ce soit envoyer la flotte faire le tour du continent pour transporter une armée qui irait plus vite à pied, faire bouger certaines troupes et en laisser d’autres à se gratter le nombril sans raison apparente, ou attaquer un château sans armes de siège en ruinant l’effet de surprise, ça prend du temps, ça a l’air intelligent quand on n’y réfléchit pas et c’est de l’action bienvenue. Le tout, évidemment, en laissant logistique et nombres complètement flous pour éviter qu’on ne fasse remarquer que les méchants trichent en sortant des soldats de leurs poches. N’hésitez pas à faire échouer un plan en faisant dire à tout le monde à quel point c’était débile, ça donnera l’impression que c’est le personnage qui l’a proposé qui n’a pas réfléchi, vous laissant innocent comme le Castelfoyer qui vient de naître.
  4. Insérez une morale. Peu importe si la saison précédente a déjà répondu à la question, peu importe si on n’avait pas fait autant de chichi pour les Yunkaïi, peu importe si faire crever des gens de faim est aussi moche que les brûler, peu importe que le conflit soit aussi manichéen que faire se peut : à partir de maintenant, utiliser des dragons, c’est mal. Ça fait du feu, et tout. C’est de la triche. Et puis ça pourrait déplaire au peuple qu’on ne voit jamais. S’ils sont quand même utilisés et que ça marche, tous les gentils doivent faire les gros yeux à Daenerys jusqu’à ce qu’elle soit convaincue de rentrer à Peyredragon jouer à Mestre Maboul plutôt que mener, vous savez, une guerre. La solution simple ainsi évitée, on va pouvoir passer aux plans pourris cités plus haut. Cersei n’a ainsi rien à craindre, et peut passer la saison tranquille à conjurer des sbires de nulle part comme un Bowser alcoolique. Si vous le sentez bien, faites dire au personnage anti-dragon des trucs du genre « La démocratie c’est cool », histoire qu’on comprenne vraiment à quel point c’est un chic type. Attention cependant, c’est quand même un peu pousser Lysa Arryn dans les orties, tout en bas.

Mélangez tout ça, et vous aurez… un arc filé complètement improbable et politiquement nul, mais qui a rempli le temps d’antenne et a permis de montrer de très jolis effets spéciaux. Et soyons honnêtes, est-ce que toute cette guerre a servi à quelque chose d’autre qu’à faire du remplissage très cher ? Progression des personnages ? Zéro. L’opinion de Daenerys passe comme une balle de ping pong d’un extrême à l’autre selon qu’elle serve à Tyrion un speech grimaçant ou que Jon lui fasse la moue avec ses abdos, et Jaime ne progresse que par l’intrusion d’une autre intrigue. Développement du monde et du background ? Nada. Des régions entières se désintéressent du conflit, et il n’a l’air de toucher personne hors-caméra. Thématique ? Enfantine. Les dragons c’est mal, mais moins mal que les choses mauvaises que font les méchants. Conclusion des intrigues secondaires ? Un peu, si vous teniez absolument à savoir ce qui allait arriver aux Aspics des Sables et à Randyll Tarly, ou l’évolution de la relation Missandei/Ver Gris. Avancement de l’intrigue générale ? Mouahahaha. Nop. Après les quatre batailles de la guerre des deux reines, la situation est exactement la même qu’auparavant. Daenerys a des dragons et une grosse armée, Cersei a la soumission perverse des habitants de Port-Réal, ainsi que la possibilité « d’appeler ses bannières » (à ce stade, il doit lui rester le tissu, sans les gens dessous). La conclusion officielle de cet arc est qu’elles se sont mises d’accord pour dire « pause de guerre », sauf que Cersei a croisé les doigts et dit « lol non, encore plus de guerre ». Rien n’a avancé. On aurait aussi bien pu les regarder nouer un lien d’amitié autour de l’élevage d’un jeune panda roux, ça serait revenu au même ! Seven Hells, ça aurait probablement été meilleur ! Le seul point positif de toute cette histoire, c’est que Diana Riggs a pu rappeler à tout le monde qu’elle dominait cette série sans se fatiguer dans sa scène finale.

Petit aparté pour évoquer le positionnement des scénaristes sur la question. Parce que, s’ils n’ont pas vraiment réfléchi à comment l’absence de GPS ou de TGV rendait tout ça impossible, ils se sont par contre bien investis dans d’autres scènes. Par exemple l’exécution d’Ellaria et de Tyerne, moment glauque au possible, que je soupçonne fortement d’être là pour faire plaisir au fan, vu l’impopularité de ces charmantes dames. Balancer ses propres personnages sous le bus parce qu’on les a écrits n’importe comment, c’est pas joli-joli. Mais le reste des scènes auxiliaires vont en général être dans cet esprit de fan-service un peu bas du front. Rohlala, la méchante banque capitaliste soutient Cersei parce qu’elle aussi elle est méchante ! Haha, Euron veut mettre son doigt dans les fesses de Cersei ! Ooooh, une longue scène de sexe entre Ver Gris et Missandei ! Ouaaah, le personnage-important-A parle au personnage-important-B ! Lolilol, Theon il est devenu invincible parce qu’il a pas de couilles ! Bref, le même fameux fan-service que celui qu’on voit durant toute la saison, mais qui n’a pas la chance d’être aussi prévisible et gentillet que celle des retrouvailles Stark à Winterfell. Déjà que cette histoire militaire ressemble plus à une partie d’Uno jouée avec des pièces d’échec, si en plus elle provoque des dialogues pareils… La guerre n’arrêtera-t-elle donc jamais ses horreurs ?

Bon, c’est super de critiquer (sans blague, j’adore ça), mais il faut aussi chercher à comprendre ce qui a cloché. Même si je ne pense pas que les scénaristes étaient ceux qu’il fallait pour représenter l’œuvre de GRRM sur le petit écran, je ne les crois pas idiots. Ils ont dû se rendre compte à un moment ou un autre que c’était nul, comme arc, et que la guerre qu’ils avaient écrite n’avait aucun sens, interne ou narratif. Alors, pourquoi livrer tel quel ? Est-ce qu’ils avaient à ce point confiance dans les effets spéciaux et la bonne volonté du public pour faire passer la pilule ?
À mon avis, la réponse se trouve en observant la série dans son ensemble. On arrive à la fin, et par conséquent, il faut conclure les différents arcs de façon satisfaisante, ou du moins qui contentera le spectateur. Mais très peu des intrigues à long terme lancées dans les saisons précédentes tiennent encore dans celle-ci, comme le montrent les bredouillements de Varys mis face à l’absurdité de son propre pseudo-plan de saison 1. Donc, puisqu’on ne va pas commencer quelque chose à 13 épisodes de la fin de la série, autant faire au plus simple. Il faut achever les arcs narratifs sans qu’ils aient vraiment eu de bases bien établies. Donc quelque chose de basique, court, peu détaillé… Sauf qu’il faut aussi raconter quelque chose pendant 7 heures, après tout. C’est comme ça qu’on a eu Littlefinger jouant au papier-peint et cachant une lettre sous un matelas (la dignitay) à Winterfell, et qu’on a un conflit statique plein d’armées fantômes dérivant là où le scénario veut bien leur dire d’aller entre Daenery et Cersei. Si la seule raison pour qu’il y ait la guerre toute une saison est « C’était prévu dans le script » et qu’il n’y a pas le temps de développer personnages, stratégies et situations, faut pas s’attendre à des miracles.

Bon, en bref, l’affrontement des deux reines, c’était un long prétexte creux qui part dans tous les sens à défaut d’avoir été suffisamment planifié à l’avance, pour justifier que Cersei représente une menace crédible et que la victoire ne tombe pas toute cuite dans le bec de Dany. C’était long, c’était con, parfois il y avait de chouettes visuels, et parfois je pleurais trop de sang pour les voir. Il y avait Cersei bourrée, Tyrion triste, Daenerys la contrariée et Euron le comique. C’était les gentils idiots contre les méchants chanceux, et ça aurait été mieux avec un panda roux.

I wanted a good plot, but I get the bad serie.

Corondar : Les scènes mémorables, ou « Ce qui restera »

Les scènes mémorables de la saison, vaste sujet que voilà… Avant d’entrer dans le détail, je voudrais préciser que, si j’ai souvent des réticences avec le scénario, il me semble que, dans le même temps, la série a toujours été très solide dans sa réalisation, et que cette saison a même représenté un sommet dans ce domaine.

On a souvent des réalisateurs inspirés, qui savent tirer parti de leur budget et de leurs décors (qu’ils soient naturels ou artificiels). J’ai surtout été très marqué par la photographie cette saison, avec de très bons choix chromatiques pour mettre en valeur les paysages et les contrastes. Sans même réfléchir, me viennent en tête immédiatement les scènes sur Peyredragon (la discussion entre Varys et Mélisandre sur les falaises, la salle du trône, la table-carte…), ainsi que les scènes d’action impliquant les dragons (je vous ai déjà dit que j’étais un grand fan de dragons ?).

Entrons donc dans le vif du sujet… Il a fallu faire des choix. Combien de scènes méritent-elles d’être qualifiées de mémorables ? Je caressais l’idée d’établir un triptyque de trois scènes à chaque fois (après tout, trois têtes à le dragon…), en classant cela par thème : scènes d’action, scènes intimistes et scènes mémorables, mais à leur corps défendant (parfois, le mauvais peut-être mémorable). Et puis, j’ai trouvé ça trop subjectif. J’ai donc opté pour un choix plus consensuel : une scène par épisode, ce qui, en terme de numérologie, reste symbolique, puisqu’on aura donc sept scènes, ce qui colle parfaitement avec le panthéon des nouveaux dieux de Westeros. C’est donc parti pour ce voyage vers le meilleur de cette saison…

Dragonstone

Pour cet épisode, ce fut assez facile. À mon sens, la scène d’introduction s’impose d’elle même. Déjà parce que l’épisode s’ouvre inhabituellement sur une scène d’exposition plutôt que sur le célébrissime générique. Choix malin qui, d’entrée, perturbe le spectateur, le rendant à la fois curieux et méfiant.

Scène qui se déroule dans le lieu ayant certainement traumatisé plusieurs générations de spectateurs pour les années à venir, à savoir la salle des fêtes des Jumeaux, qui organise les meilleures cérémonies de mariage de tout Westeros. La scène entretient un doute fugace quant à sa temporalité, puisqu’on retrouve un Walder Frey bien vivant, alors qu’on l’avait quitté en train de se vider de son sang sous le couteau d’Arya lors d’un des climax de la saison précédente. Cette scène est admirablement construite, puisqu’elle renvoie directement à l’ambiance des Noces Pourpres, en créant un sentiment de malaise palpable chez le spectateur, qui sent bien que quelque chose cloche, sans pouvoir mettre le doigt dessus.

On retrouve avec un plaisir malsain l’acteur David Bradley (aka Rusard-Walder), qui a su personnifier un Walder Frey détestable à souhait. Le dialogue qu’il sert à sa famille réunie entretient le malaise, qui culmine avec l’effondrement de la maison Frey dans les affres du poison. La série annonce clairement que, cette saison, on nettoie par le vide en ventilant les grandes maisons aux quatre coins de Westeros façon puzzle. La maison Frey est la première à tomber (les Tyrell, les Greyjoy, les Tarly suivront), et, avouons-le, c’est toujours jouissif de voir de grands méchants disparaître ainsi en se tordant de douleur (Joffrey et Ramsay, spéciale dédicace). Quand Arya retire son masque de Walder, j’ai eu un peu peur (procédé scénaristique potentiellement facile et abusif), mais il faut avouer que la série, tout comme le livre en la matière, est douée pour nous rendre sympathique un personnage de plus en plus psychopathe, dont les actions ne devraient occasionner chez nous que répulsion. Il n’en est rien, d’autant que Maisie Williams hérite ici d’une des meilleures tirades de la saison, bien badass, sur l’hiver qui vient de s’abattre sur la maison Frey. Bref, que du bonheur…

Mention honorable : l’arrivée de Daenerys sur la terre de ses ancêtres, dans un très joli paysage de falaises austères, dans un décor à couper le souffle, entre gargouilles de pierre, dragons CGI, salle du trône et table-carte qui en jettent toujours. Et puis la photo surtout.

Stormborn

Choix plus difficile pour cet épisode, essentiellement un épisode de transition avec beaucoup d’exposition scénaristique et de dialogues. Pas beaucoup d’action à se mettre sous la dent, sauf à la toute fin.

Non, sur cet épisode je retiendrai plutôt les interactions de Daenerys avec ses conseillers et alliés. Scènes où la petite Dany nous rappelle qu’elle sait écouter et n’hésite pas à prendre des avis, puis à trancher dans le vif quand ça s’impose. Elle remet ainsi les points sur les i avec Varys, entend les appels à la tempérance de Tyrion, tout en étant réceptive à l’option plus militariste (et féministe) d’Olenna. Et ces scènes créent une opposition très forte avec Cersei, qui dans le même temps semble nettement moins entourée.

Et, encore une fois, les décors de Peyredragon sont splendides, et la photographie est géniale. Avec l’arrivée dans ce tableau gris et austère de la prêtresse rouge, dont les couleurs chaudes tranchent dans cet environnement, mais qui se rapprochent plus des véritables couleurs de la famille Targaryen. Et puis, tout cela permet aux pièces de se mettre en place : Daenerys envoie des corbeaux partout dans le royaume pour faire part de ses prétentions, message qui atteint le roi du Nord. La rencontre de la Glace et du Feu est imminente…

Mention honorable : la bataille navale entre les gentils et les méchants Greyjoy. Le budget est là, et ça tranche dans le vif. Dommage qu’Euron soit si cheap, et que ses bateaux disposent d’un arsenal pyrotechnique un peu trop fantasy.

The Queen’s Justice

Choix cornélien pour moi sur cet épisode, j’y reviendrai avec la mention honorable.

Mon choix s’est porté finalement sur la confrontation Jaime-Olenna. Déjà parce que je suis un grand fan du personnage de la Reine des Épines, de ses dialogues et de l’actrice qui l’incarne, Diana Rigg. Du coup je ne pouvais pas manquer de souligner la sortie du show de cette grande dame. Et la scène lui rend honneur. Dans un très joli château de Hautjardin, à la fois place forte et résidence d’apparat (qui rend plus justice à l’image que je m’en faisais que la fugace vision de Castral Roc, que j’ai trouvé très décevant). La Rose, un peu désabusée et vaincue, en profite pour lancer ses dernières épines à l’assaut du Lion victorieux. Et ça ne manque pas d’humour et de panache.

Et puis cette manière triomphante de revendiquer le meurtre de Joffrey, devant un Jaime quelque peu déconfit, c’était priceless.

Mention honorable : la scène dans les oubliettes du Donjon Rouge, où s’exerce la justice de Cersei (et qui donne son titre à l’épisode), est plus que marquante. Une scène bien creepy où Lena Headey peut donner toute la mesure de son talent et de la folie de son personnage. L’autre exploit à souligner est que c’est la première scène impliquant une Aspic et qui soit bien jouée. Si je ne l’ai pas retenue c’est parce qu’Ellaria et ses filles étant profondément antipathiques depuis le début, l’impact psychologique de la scène en est cruellement amoindri.

The Spoils of War

Pour moi, l’attaque des Dothrakis et de Drogon contre les Lannister et les Tarly est non seulement la meilleure scène de cette saison, mais sans doute la meilleure scène de bataille toutes saisons confondues. Je suis bien conscient que mes penchants dragonophiles altèrent quelque peu mon jugement, mais, objectivement, cette scène est admirablement filmée, dirigée et montée.

Il y a ici un véritable crescendo (la chevauchée des cavaliers, Drogon qui s’annonce par un cri avant de sortir des nuages, le souffle incendiaire du dragon…) mené avec maestria. La photographie est superbe, réussissant à matérialiser les nuées ardentes et l’ambiance de fin du monde que peut engendrer le souffle d’un dragon.

La musique est elle aussi très bien dosée. Surtout, la scène alterne avec bonheur les plans larges et les plans serrés, nous permettant à la fois d’avoir une vision d’ensemble fluide de la bataille, mais aussi de vivre tout ça à hauteur d’homme, notamment avec la séquence de Bronn. Séquence elle aussi très marquante, aussi bien sur ce qui précède son arrivée au scorpion que sur ce qui suit. C’est la première fois qu’on s’inquiète réellement pour la survie de Drogon, et son plongeon nous fait craindre le pire, avec là aussi un sens du rythme et de la tension savamment dosés. Il faut ici saluer la performance du réalisateur de l’épisode, Matt Shakman (qui réalise aussi l’épisode 5), un vieux routier des séries TV américaines. Et cette scène se termine en apothéose, avec la chevauchée insensée (mais ô combien chevaleresque) d’un Jaime en quête d’héroïsme, qui aurait bien mérité qu’un rhapsode nous en fasse une petite chanson (le chevalier à la main d’or qui défia le Dragon).

Mention honorable : cet épisode recèle bien des pépites, puisque c’est aussi celui du retour d’Arya à Winterfell (l’échange dans les cryptes avec Sansa est à la fois émouvant et savoureux), et de sa confrontation avec Brienne. Un très beau combat, bien chorégraphié, qui sait tirer profit du mélange des styles des deux combattantes. D’ailleurs, sur cet épisode, entre Daenerys, Arya et Brienne, on a une véritable ode à la femme guerrière.

Eastwatch

Pardonnez encore mes penchants dragonnesques, mais la scène d’ouverture où Daenerys demande l’allégeance des soldats défaits est très marquante. D’un point de vue purement symbolique, on jurerait que Daenerys a fait appel à des communicants politiques sur ce coup-là. Sa position dominante sur le rocher rappelle assez furieusement le trône de fer, et sa puissance implacable est encore renforcée par la masse dominante de Drogon à l’arrière plan. La photographie conserve les tons cendreux de l’épisode précédent, et c’est la première fois que l’on voit Daenerys exécuter un personnage qui nous est plutôt sympathique (je parle bien de Dickon Tarly, pas de Randyll). J’ai trouvé ça assez intéressant de désacraliser l’icône à un moment où la symbolique joue en sa faveur.

Et Daenerys nous rappelle ainsi que la guerre, c’est vraiment moche. Et que, sous ses traits angéliques, couve le feu du dragon que n’aurait pas renié son père.

Mention honorable : la scène où Jon caresse Drogon est très belle, surtout grâce au décor et au choix de la prise de vue (avec les différences de perception entre Jon et Daenerys, cette dernière étant gênée par sa hauteur, là aussi la symbolique est intéressante). Mais ça faisait trop fan-service.

Beyond the Wall

Si la scène était extrêmement prévisible, car très pressentie en amont pendant toute la saison (il y avait un écriteau « Un dragon va mourir » présent depuis le premier épisode), la mort de Viserion reste un climax très efficace. L’arrivée des trois dragons pour secourir le Jon’s Band est assez épique : tout cela nous offre un petit aperçu de ce à quoi pouvait ressembler la bataille du Champ de Feu. La puissance de leur souffle incendiaire est toujours aussi télégénique, et tranche nettement avec le blanc du paysage hivernal.

Et, là encore, la série arrive à surprendre le spectateur en le prenant à contre-pied : alors que les dragons sont filmés dans toute leur puissance, le Roi de la Nuit intervient et défait le pauvre Viserion avec une facilité déconcertante, rappelant que, lorsque l’Hiver vient, personne n’est à l’abri. Et cette scène trouve une superbe conclusion, non pas lorsque Drogon est obligé de fuir face à la menace, mais bien plus tard, lorsque Viserion ouvre un œil bleu et froid sous le toucher sépulcral du Roi de la Nuit. Là aussi, ça mériterait la balade d’un rhapsode.

Mention honorable : la bataille sur le lac gelé entre les 7 mercenaires et les spectres était pas mal, la masse implacable contre des guerriers endurcis. Dommage que tout cela soit le résultat d’une mission suicide scénaristiquement très faible.

The Dragon and the Wolf

Je vais peut-être surprendre, mais pour cet épisode, deux scènes « miroir » m’ont marqué, et ce ne sont sans doute pas les scènes qui ont fait le plus de buzz. Je parle du tête-à-tête que Cersei accorde à chacun de ses frères.

Déjà, je trouve que Lena Headey a été assez exceptionnelle cette saison (enfin, pas que cette saison, elle l’est depuis un moment déjà). Elle incarne parfaitement la folie et la passion qui caractérisent Cersei. Et ça se ressent encore plus dans ces deux scènes, très intenses. Sa confrontation avec Tyrion est pour moi l’une des meilleures interprétations de la saison, d’autant que les dialogues sont très bons, les deux vidant leur sac sans fard, n’hésitant pas à se dévoiler. Et les deux personnages montrent des facettes plus subtiles et surprenantes qu’il n’y parait. Il est par contre très frustrant que la scène n’ait pas de vraie conclusion, puisque l’on n’a pas la fin de l’échange. J’en viens à me demander si les scénaristes ne tenteraient pas de nous faire douter de ce que Tyrion aurait pu dealer avec sa sœur ? On verra bien s’ils creusent éventuellement ça dans la dernière saison…

La scène avec Jaime est elle aussi très bonne. Et, contrairement à Tyrion, l’espace d’un instant, j’ai eu réellement peur qu’elle ne le fasse exécuter par la Montagne. Il n’en est rien, fort heureusement, et la scène est géniale : Jaime se rend enfin compte de la folie infinie de son âme sœur, et Cersei se rend enfin compte qu’elle a perdu son alter ego. Le départ de Jaime de la capitale sous les premiers flocons conclut admirablement l’échange.

Mention honorable : le jugement de Littlefinger était très efficace et jouissif. Voir les trois enfants Stark se jouer ainsi d’une des causes principales des maux de leur famille était priceless, d’autant que les dialogues et les acteurs sont au top (j’aime notamment les piques de Sansa et d’Arya qui interpellent Littlefinger sur son incompréhension apparente). Et le voir se ridiculiser en implorant le pardon de Sansa était, je l’avoue, d’un sadisme assumé. Dommage que le Littlefinger de la série était devenu au fil du temps un bouffon aux plans plus que foireux, et que l’interprétation d’Aidan Gillen était devenue de plus en plus caricaturale. Surtout, la conclusion, avec l’égorgement par Arya devant tout le monde, était navrante. Bref, un très bon début pour cette scène, mais une fin affreuse. Un peu à l’image du personnage de Littlefinger dans la série en somme : un départ en fanfare dans les premières saisons, et une lente descente aux enfers pour les dernières saisons.

Voilà donc mon ressenti fort personnel et très subjectif du meilleur de cette saison. Encore une fois, je tiens à souligner les grandes qualités de réalisation et de mise en scène du show, qui, contrairement à de trop nombreuses séries, sait utiliser avec bonheur son budget. Si la dernière saison bascule un peu moins dans le fan-service, et si les scénaristes arrêtent de céder à la facilité, il y a réellement moyen de livrer une très bonne dernière saison.

Namande : Les amnésies sélectives qu’on n’oubliera pas

La fin de la série approche, le nombre d’épisodes par saison est réduit, les scénaristes n’ont que les grandes lignes de la fin prévue par Martin, en conséquence de quoi, tout s’accélère. Cela a donné naissance à des scènes épiques pour en mettre plein la vue aux spectateurs et nous donne l’impression que ça bouge enfin (Daenerys est enfin arrivée après six saisons, les Marcheurs Blancs ont franchi le Mur, Gendry a cessé de ramer, etc.). Malheureusement, cela a aussi créé des raccourcis et, à mon humble avis, fait perdre son essence à la série, les tensions (politiques) n’ayant pas le temps de s’installer.
Laissez-moi donc vous parler des survols et oublis qui m’ont gênée cette saison.

L’arc de Winterfell

Les Stark se sont enfin retrouvés, et l’intrigue principale fut le plan mis en place par Littlefinger pour monter les sœurs l’une contre l’autre.

Certes, les motivations de Littlefinger ont toujours été très secrètes, mais la conclusion m’a néanmoins donné l’impression que son plan n’était qu’un prétexte pour les scénaristes pour se débarrasser du personnage.

Le pire étant cette mise à mort de Littlefinger. Le retournement de situation ne s’explique pas. Dans l’épisode six, j’ai vraiment cru qu’Arya avait basculé, et que Sansa venait de réaliser à quel point la folie de sa sœur était dangereuse. Si seulement un indice avait été donné aux spectateurs, par exemple Bran disant à Sansa qu’il a à lui parler. En écrivant ces lignes, j’apprends d’ailleurs que, dans une scène coupée, la Lady de Winterfell demande de l’aide à son frère Bran (l’article c’est par ici).

L’éviction de certains personnages

Gendry a enfin arrêté de ramer ! Il a même arrêté de courir assez vite ! En revanche, ce qu’il advient de lui après… C’est dommage de ramener un personnage simplement pour faire du fan-service.

En parlant de fan-service… Jon est sauvé par le sacrifice de son oncle Benjen. Il faut croire que les scénaristes se sont inspirés du film Titanic : il n’y avait pas assez de place pour deux sur ce cheval. Dommage, un zombie Stark capable d’échapper à la domination d’un Marcheur Blanc aurait pu être intéressant à exploiter. Par exemple, peut-on libérer Viserion de leur emprise ?

Yara, quant à elle, a été faite prisonnière, et par conséquent nous ne la verrons plus à l’écran. Un discours avec son oncle aurait permis de voir dans quel état elle était, et de savoir ce que son oncle prévoyait pour elle.

Nettoyage par le vide

Avant, la mort de toute une famille aurait fait grand bruit. Désormais, les Frey meurent, et personne n’en parle. La phrase « The North remembers » est à peine exploitée. Les Tyrell ne sont plus, les Tarly ne sont plus, les Martell et leurs bâtards ne sont plus, les Bolton ne sont plus depuis la saison dernière. Un paysage politique qui se redessine complètement, et personne n’en fait mention lors d’un conseil ? Savoir comment la recomposition du pays compte se faire, ou quelles sont les réactions du peuple et des nobles face à ces changements soudain pendant l’hiver aurait pu valoir quelques minutes d’écran.

L’armée des morts

Oui, on a beaucoup parlé de l’armée des morts dans cette saison, un épisode entier leur a été consacré. En revanche, c’est dommage de tant parler de ces êtres et de ne pas consacrer quelques scènes à certains sujets liés.

Par exemple, Jon a oublié pendant sa leçon que désormais, si on tue un Marcheur Blanc, on tue aussi toute sa progéniture. Je dis ça, je dis rien, mais ça pourrait être une info utile à utiliser en termes de stratégie. Il n’a pas trouvé un livre là-dessus, Sam ? Non, parce que se barrer de la Citadelle pour aider, c’est bien gentil, mais il était plus utile sur place à envoyer des corbeaux voyageant à la vitesse de la lumière. Enfin, c’est une autre histoire…

Comment se débrouille la Garde de Nuit depuis le départ de Jon ? Comment s’est passée l’arrivée des sauvageons à Fort Levant ? Je préfère troquer une scène de cul entre Missandei et Ver Gris contre ça. On aurait pu avoir cinq minutes à l’intérieur de Château Noir quand Bran est venu faire coucou.

Pour conclure, mention spéciale à Fantôme

Qui s’est comporté comme un Fantôme… Le budget loups géants a été transformé en budget dragons, et c’est bien dommage, quand on pense à la symbolique qu’ont ces êtres par rapport aux Stark. L’hiver est enfin là, et aucun loup n’est présent. Jon va rencontrer Daenerys qui possède des dragons, mais il n’emporte pas son loup géant avec lui. Pourtant, le face-à-face du loup et du dragon aurait été fort en termes de symbole. Fantôme a sauvé Jon à de nombreuses reprises, il est dommage de se priver d’un tel compagnon, mais après tout, cela lui a peut-être évité un destin tragique…

Parce que s’il y a un truc qui n’a pas été oublié cette saison, c’est la bêtise de Jon !

DroZo : Cersei, le cerveau de Westeros

Alors, on m’a demandé de faire mon paragraphe sur le personnage de la saison. Sans la moindre hésitation, il s’agit de Sa Majesté la reine Cersei de la maison Lannister, première du nom. Pourquoi ? Parce qu’elle est de loin le personnage le plus intelligent de la saison, d’abord.

J’entends les lecteurs qui ne regardent pas la série pouffer, comme si j’avais fait un bon troll : « Ah ah ah, me disent-ils (c’est une image, ils me disent rien en fait, ils sont pas là, #sociabilité) mais Cersei, c’est un des personnages les plus idiots du livre ! D’ailleurs on le voit : dès qu’elle est au pouvoir en saison 5, elle provoque elle-même sa chute en moins de temps qu’il n’en faut pour dire putsch, et ce de façon spectaculaire et débile. ». La Cersei de cette saison 7 est aussi intelligente qu’avant, c’est à dire pas du tout. Sauf que, paradoxalement, ce sont tous les autres personnages qui sont devenus plus débiles encore qu’elle.

En effet, les personnages intelligents ici, soit font de la figuration (Olenna, Varys, Mélisandre…) soit ont perdu leur Q.I. la dernière fois qu’ils sont descendus prendre un tournevis dans la cave (en même temps, si elle était rangée…). Ainsi, Tyrion est passé du statut de nain super intelligent le plus classe du monde à celui de sidekick comique de Daenerys Targaryen (tout ce que Martin a essayé d’éviter dans ses romans, d’ailleurs), choqué dès que sa reine fait cramer des gens en plein champ de bataille (rappelle-moi ce que tu as fait lors de la bataille de la Néra Tyrion ? Ah oui, je m’en souviens). Littlefinger fait des plans tellement débiles et dénués de sens qu’il en devient pathétique. Quant aux autres…

En saison 1, on avait chez les Stark Robb, le Jeune Loup, ce brillant stratège qui n’a jamais perdu une seule bataille et qui a fait trembler le royaume. On avait Ned et Catelyn qui, s’ils se faisaient manipuler parfois par des gens plus habiles qu’eux, n’en restaient pas moins intelligents et sensés. Maintenant, on a Jon, qui a le Q.I. d’une moule (heureusement pour lui, comme une moule, il arrive bien à s’accrocher à son rocher dans l’épisode 6 ; ce qui prouve d’ailleurs qu’il est bien une moule), Arya et Sansa qui ne sont pas mieux (en saison 1 tout le monde avait compris direct, dès l’instant où ils posaient les yeux dessus, que Sansa avait écrit sa lettre sous la contrainte de la reine pour que Robb se rende à Port-Réal ; en saison 7, tout le monde semble choqué par cette lettre). Chez les autres « gentils » on a aussi Daenerys qui, dans la série en tout cas, n’a jamais brillé par son intelligence depuis la saison 4. Il est où le temps de la saison 1, où on ne gagnait pas parce qu’on était le plus fort, le plus héroïque, le plus beau ou le plus populaire chez les fans, mais où on gagnait parce qu’on était le plus malin ?

Oui, parce que je comprends aussi les scénaristes : on peut faire ce qu’on veut de personnages cons ; s’ils font des trucs illogiques et débiles, c’est facilement justifiable par leur intellect limité. Alors que les personnages intelligents (ou ayant une intelligence normale, comme vous et moi… enfin, surtout moi), si on veut qu’ils aillent quelque part pour le bon vouloir du scénario mais que ça n’a aucun sens d’aller là-bas, bah ils disent fuck aux scénaristes et ils n’y vont pas. Ça entraîne des situations superbes, des twists imprévisibles comme les Noces Pourpres ou la mort de Ned, mais, du coup, il faut avoir un peu plus de talent pour les diriger là où l’on veut.

Cersei, elle, a eu la chance, on ne sait pas par quel miracle, de conserver son intelligence. Et, vu que tout le monde autour d’elle est parti en couille, elle devient paradoxalement le plus grand cerveau encore en vie. Mais ce n’est pas l’unique raison pour laquelle ce personnage est fascinant.

Cersei est folle, dangereuse, sanguinaire. C’est un fait. Elle est une bad guy, comme Joffrey ou Ramsay : comme eux, elle est sadique et cruelle envers ses ennemis, comme eux, elle tue des « gentils » de façon horrible et sans pitié (Margaery, si tu nous entends… Enfin non tu peux pas nous entendre, tes oreilles ont été réduites en cendres, de même que ton nez, et tes yeux, et ta bouche, et ta tête, alouette, a-a-a-a-alouette, je te plumerai, alouette… OK j’arrête, j’ai fait trop de baby-sitting, sorry)… Sauf que, contrairement à Joff ou Ram, la folie de Cersei est une folie humaine, à laquelle on peut s’identifier : elle n’est pas mauvaise parce que c’est une méchante, elle l’est parce qu’elle l’est devenue au fil de ses douloureuses épreuves : le mépris de son époux Robert, la non-reconnaissance par son père qui voulait la cantonner à son rôle de femme, les assassinats parfois violents et injustes de ses trois enfants (elle n’a rien fait pour que Myrcella mérite la mort)… Et en saison 6, on arrive à la première fois de sa vie où elle a réellement le pouvoir (elle ne l’avait pas vraiment en saison 5 où elle devait lutter contre les Tyrell qui tentaient de l’éloigner, ni même en saison 2 où elle se battait contre Tyrion, qui lui aussi lui disputait le pouvoir), et paradoxalement la première fois que les événements l’ont rendue aussi folle, dangereuse et sans pitié.

Et cette folie à visage humain rend le personnage vraiment captivant. Ma scène préférée de cette saison est celle où elle exécute Tyerne Sand devant les yeux de sa mère : c’est à la fois glaçant, horrible et sadique, mais à la fois tellement bien joué, et ça décrit tellement bien le personnage : on comprend Cersei, ce qu’elle a enduré, et on est triste pour elle. Et tout ça, c’est grâce au talent d’une actrice : Lena Headey, juste géniale dans chacune de ses scènes.

Et, en comparaison, j’ai même trouvé les autres personnages fades : ils sont presque tous (à part un peu Jaime et Tyrion, et encore on est loin du niveau de Cersei) unidimensionnels, des caricatures d’eux-même. Alors que chez Cersei, là, il y avait de la profondeur, du relief. C’est aussi la seule candidate au trône à vraiment user de diplomatie et de stratagèmes, à se démener et faire des efforts pour rester sur le trône, là où Daenerys par exemple ne fait que se tourner les pouces sur son île en attendant que Tyrion lui envoie des alliés potentiels pour leur hurler « Bend the knee! » et les faire prisonniers dès qu’ils posent pied à terre. Oui, définitivement j’étais team Cersei, et j’adore ce personnage.

Jean Neige : Je ne sais rien…

Malheureusement, Jean Neige a succombé dans la nuit au froid et personne n’a pensé à allumer un feu avec une épée enflammée et de la gnôle pour le réchauffer…
Il en fallait bien un qui ne survive pas à l’expédition, que voulez-vous…

(Bon en fait ne vous inquiétez pas Jean Neige va très bien, mais pour des raisons de calendrier, il n’est pas en mesure de vous proposer de bilan. On lui fait des bisous quand même.)

Jon : Appelez-moi Aegon !

On m’a confié la dure tâche de résumer les attentes pour la saison 8. Et on m’a affublé de ce titre de partie provocateur. Je vais donc immédiatement annoncer ma première attente : que personne n’appelle Jon Aegon. Pitié.

Un scénario

Plus sérieusement : je vais encore passer pour un rageux, mais si on pouvait avoir un minimum de cohérence et de logique dans la suite des événements, vraiment, ça ne ferait de mal à personne. La preuve par différents exemples, illustrant de façon symptomatiques certains des défauts majeurs à mes yeux de la dernière saison.

  • Fantôme, AKA la fin des éléments encombrants mis sous le tapis. Namande vous en parlait plus haut, Fantôme est le grand absent de cette saison. Pourtant, il n’est pas mort. Pourtant, il est censé être extrêmement connecté à Jon. Pourtant, personne n’en parle. L’élément est gênant, on ne sait plus trop quoi en faire, on n’a plus le budget ni la place dans le scénario, alors on décide de l’oublier, avec un peu de chance le spectateur l’oubliera aussi. Je trouve ça trop facile, et je trouve ça dommage. Alors la saison prochaine, j’aimerais idéalement qu’on voit Fantôme – et dans ce cas, qu’on justifie sa longue absence, ne serait-ce qu’en quelques phrases -, ou à défaut, qu’on ait une explication sur sa disparition. Juste quelques mots, pour nous montrer que les scénaristes n’ont pas oublié qu’il existait.
  • La mort de Béric et Tormund, AKA la fin des passes-droits scénaristiques. Depuis quelques saisons, je trouve que la série « n’ose plus » tuer ses personnages. On me dit par exemple « Non, Tormund ne peut pas mourir, il est trop cool, et en plus il doit revoir Brienne ! », ou « Non, Béric ne peut pas mourir, il a dit qu’il y avait une raison pour laquelle il avait été ressuscité ! ». Eh bien moi je suis désolé, mais ce ne sont pas des raisons suffisantes. Béric et Tormund se trouvent, en fin d’épisode, au sommet d’un mur de plus de 200m de haut (la tour Montparnasse, en gros, pour les Parisiens). Ce Mur s’effondre, alors qu’ils sont dessus. S’ils survivent à la chute – et je ne parle même pas des énormes blocs de glace qui s’abattent de partout -, il va me falloir une très, très bonne justification, autre que « On en avait besoin pour le scénario »…
  • La réaction de Samwell à la mort de son père et son frère, AKA la fin des événements sans conséquences. Dans cette saison, les quelques morts de personnages sont passées complètement inaperçues. Et pour cause, tout le monde s’en fout. En saison 8, j’aimerais qu’on mette fin à cet état de fait, et que Samwell apprenne la mort de Randyll et Dickon. Et y réagisse.
  • Une brouille de légitimité entre Jon et Daenerys, AKA l’amouuuur n’efface pas tout. Dany a pardonné à Jon de lui avoir coûté un dragon. Dany a pardonné à Jon de lui avoir coûté une alliance. J’aimerais que l’annonce de la parenté (et de la légitimité, dans le canon de la série) de Jon vienne mettre un peu d’eau dans le gaz, que Dany se sente menacée, que Jon se sente une responsabilité… J’espère que la conclusion de toute cette intrigue ne sera pas « Ah parfait, marions-nous entre tante et neveu, notre légitimité n’en sera que plus forte et tous nos alliés seront contents »…

De « vraies » attentes positives (quand même)

Parce que je ne suis pas qu’un rageux, j’ai aussi des attentes plus constructives et plus optimistes sur la prochaine saison.

  • Le maintien de la qualité de production. S’il y a bien quelque chose que je ne reproche pas à la série, c’est la qualité de production : décors, costumes, effets spéciaux… La saison 8 doit être l’apothéose, et il faut absolument que la qualité reste au rendez-vous. On devrait avoir des batailles géantes entre zombies et soldats, des duels de dragons… Ça a intérêt à claquer !
  • Des évolutions de personnages. Certains personnages sont très réussis, et ont une évolution intéressante. J’aimerais que ces évolutions se poursuivent, qu’on en voie l’aboutissement. Je pense en particulier à la fratrie Lannister : Tyrion, Jaime, Cersei, trois personnages passionnants, aux interactions complexes, qui vont le rester j’espère. On peut également citer Theon, qui décide enfin de partir sauver Yara. Si on peut émettre des réserves sur la solidité de son plan d’attaque, j’ai hâte de voir ce que le personnage va donner, et j’espère très fortement qu’il ne sera pas gâché…
  • Les résolutions des prophéties. De nombreuses annonces prophétiques ont été faites dans la série, en particulier par Mélisandre, qui promet à tout va des retrouvailles ou des morts. Je ne les ai pas recensées, mais j’aimerai qu’elles ne soient pas oubliées, et qu’elles se réalisent.

Conclusion

Cette saison 7 laisse donc une impression mitigée à nos chroniqueurs. Du côté des plus : une réalisation de qualité, quelques scènes mémorables, quelques interprètes exceptionnels. Pour les moins : surtout le scénario, le fan service et quelques autres interprètes… Au final, malgré le resserrement des intrigues, des lieux et des protagonistes, on a une certaine impression de sur-place. À part l’écroulement du Mur, quelle progression de l’intrigue de la série ? Pour une avant-dernière saison voilà qui semble curieux. À suivre…
Rendez-vous dans le futur. Personne n’a encore pu voir dans les flammes ou les feuilles de barral quand la prochaine saison sera diffusée (et ce n’est pas sûr que cela soit le cas pour 2018). D’ici-là, la Garde de Nuit poursuit ses activités, comme vous le verrez les jours prochains.
Toute l’équipe (rédaction, relecture, publication) espère que vous avez apprécié cette série d’articles : en plus des résumés d’épisodes, nous avons tenté de fournir des pistes pour « aller plus loin » que ce soit dans l’histoire de notre monde mais aussi dans celui du « Trône de Fer ».
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