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Quitter Westeros : quelques réponses des livres à la série

Quitter Westeros : quelques réponses des livres à la série

Avertissement : cet article contient des spoilers de la saison 8 (entre autres).

Lay down your sweet and weary head.
The night is falling, you have come to journey’s end.

Eh oui, cette fois, c’est terminé. Pas d’épisode cette semaine, plus de prochaine saison, plus d’année de coupure à tergiverser sur la suite, plus de théories foutraques voyant Varys en sirène. Non, tout ceci est à laisser de côté. Et si cette citation d’ouverture n’est pas issue de la saga du Trône de Fer, sachez que ce sont des mots que les spectateurs du Seigneur des Anneaux ont souvent entendus puisqu’il s’agit de la chanson Into the West (interprétée par Annie Lenox) qui conclut le troisième acte réalisé par Peter Jackson (et qui avait laissé l’auteur de cet article orphelin jusqu’à sa découverte du Trône de Fer).

À l’image du voyageur fourbu donc, enlevez vos pompes, prenez un bain, calez-vous dans ce fauteuil avec un chat sur les genoux. Vous avez survécu à ces huit années de Game of Thrones.

Et quand le corps est au repos, la tête, souvent prend le relais. Les questions fusent et se bousculent dans vos crânes. Bran avait-il vraiment tout prévu ? Qui est Quaithe ? Les prophéties avaient-elles un but ? Comment cela se passera-t-il dans les livres ? Est-ce que les Dothrakis vont s’emparer des châteaux vides comme les Jumeaux pour y vivre façon La Chair et le Sang ? Autant de questions qui resteront malheureusement sans réponses pour encore bien des années…

Qu’y  a-t-il à l’ouest des Sept Couronnes ? Qu’adviendra-t-il de Ver Gris et ses hommes ? Ah, voilà des réponses que père Martin et ses dents de castor sont prêtes à livrer. Du moins en partie. Reste à savoir si des éléments des livres peuvent être canoniques ou non dans la série. Mais passons et imaginons que oui.

What can you see on the horizon ?

L’effet papillon

Beaucoup se sont demandés ce qu’il pouvait se passer sur l’île de Naath pour Ver Gris et ses troupes. Il suffit de savoir que l’article du wiki concernant l’île a été le plus consulté au lendemain du Finale. On a entendu dire sur les Internet qu’ils passeraient le gentil peuple pacifique de Naath au fil de l’épée, au nom de la liberté comme leur « Mère » leur a gentiment appris. Ou qu’ils vivraient heureux. Dans le canon de la série, c’est possible.

Localisation de l’île de Naath (La Garde de Nuit)

Toutefois dans les livres, Naath a un autre genre de réputation. Elle se situe dans la mer d’Été, au large des îles du même nom et de Sothoryos. Si l’on apprend par le biais de Missandei (qui en est originaire dans la saga papier et son adaptation) que le Peuple Paisible qui y vit est pacifique, cela ne l’a pas empêchée de subir plusieurs conquêtes de la part des Ghiscaris comme des Valyriens.

Ce pacifisme, nous apprennent Les Origines de la saga, n’est pas du fait des habitants mais bien une qualité forgée notamment par leurs conditions de vie. En effet, les Naathis, selon mestre Yandel, vénèrent sur l’île les milliers de papillons qu’ils voient comme les messagers de leur dieu, le Maître de l’Harmonie… et ils n’ont pas tout à fait tort de voir en eux des protecteurs, si ce n’est divins, au moins naturels.

« Une humeur maligne flotte sur cette belle île et sur ceux qui s’attardent trop à Naath y succombent vite. La fièvre en est le premier signe suivie de spasmes douloureux qui entraînent les victimes dans une danse folle et incontrôlée. Au dernier stade, les malades suent le sang et leur chair se détache de leurs os. »

(Les origines de la saga, Naath, p. 282)

D’après l’archimestre Ebrose, c’est un papillon diurne noir et blanc qui transmet la maladie. Les négriers qui souhaitent donc s’emparer des Naathis pour en faire leurs esclaves se sont mis à attaquer l’île la nuit pour éviter de succomber à la fièvre, ce qui a poussé le Peuple Paisible à se réfugier vers l’intérieur des terres.

Alors ont-ils vraiment besoin de libérateurs, nos amis naathis ? Il est permis d’en douter.

Du côté du (Mont)couchant

Alys Montcouchant par Doug Weathley (Fire & Blood).

Parmi ceux qui choisissent de quitter les Sept (Six ?) Couronnes pour aller vivre la grande aventure, il en est une qui a largement conquis les fans : Arya. Son départ, anticipé en saison 6 lors d’un dialogue avec Lady Crane, la comédienne qui interprète Cersei dans le théâtre braavosi, a finalement eu lieu, et elle part découvrir ce qui se trouve aux confins de Planetos (comme les fans ont surnommé la planète où se déroule la saga), ou du moins à l’ouest de Westeros.

Elle n’est pas la première Stark à tenter l’aventure. On peut noter un autre Brandon, Roi du Nord et probablement dixième du nom, dit « le Caréneur ». Mentionné dans les chapitres de Bran et Theon lors de passages dans les cryptes, il aurait pris la direction des Mers du Crépuscule avec son navire pour ne plus jamais revenir. En conséquence, son fils Brandon aurait mis le feu à toute la flotte Stark, gagnant ainsi son surnom de « l’Incendiaire ».

En ce qui concerne le voyage, la dernière étape avant l’inconnu, le point le plus occidental de Westeros appartient à l’archipel des îles de Fer. Il s’agit d’une île nommée Lumière Isolée, siège d’une branche de la famille Vendeloyn (Farwynd en VO), qui vit à huit jours de voyage de l’île de Grand Wyk et fait l’objet, du fait de son isolement, d’une sinistre réputation de change-peaux avec des lions de mers et autres créatures marines (ce qui n’est pas sans évoquer les selkies de nos très isolées îles des Shetlands).

Le destin d’Arya n’est pas sans évoquer au lecteur assidu celui d’un autre personnage récemment apparu dans l’univers : Elissa Farman, alias Alys Montcouchant (Westhill en VO), que l’on découvre dans la première partie de Feu et Sang.

Née en 25 après la Conquête, Elissa de la maison Farman a d’abord vécu à Belle Île où elle a été la compagne de Rhaena Targaryen lorsque celle-ci se réfugie dans son château en 43, après la mort de son frère-époux Aegon. La jeune femme va même jusqu’à monter le dragon de la princesse, Songefeu, en sa compagnie, ce qui n’est pas sans éveiller des soupçons de romance entre les deux personnages. Quand Rhaena finit par s’installer à Peyredragon, non sans avoir d’abord vadrouillé dans les Sept Couronnes, Elissa la suit, mais n’aura de cesse de vouloir quitter Westeros pour aller explorer les mers du Crépuscule.

Pendant treize ans, Elissa tanne Rhaena pour qu’elle l’accompagne, mais celle-ci s’y refuse toujours et Elissa décide de prendre le large seule sous le nom d’Alys Montcouchant. Quelle est la raison de ce changement de patronyme ? Comment a-t-elle réussi à financer son expédition de 56 ? Pourquoi est-ce que cela est lié à Daenerys ? Mais surtout, qu’a-t-elle découvert à l’ouest de Westeros ?

Toutes ces réponses, nous nous en voudrions de vous spoiler en les apportant, car à notre sens l’aventure d’Alys Montcouchant, de même que toutes les tribulations du règne de Jaehaerys Ier valent bien le détour par la première partie de Feu et Sang. À vos livres, donc !

Les métaphores du départ

Ce n’était pas par hasard si notre introduction consistait en une référence au Seigneur des Anneaux. Il faut dire que la fameuse fin douce-amère de la saga est inspirée, de l’aveu de Martin, par celle de la trilogie de Tolkien. Dans cette œuvre aussi, des personnages partent vers l’ouest à la fin de l’histoire, mais savent ce qu’ils vont y trouver : Valinor, les terres des Valar, divinités vivant en Arda, l’univers fictif de Tolkien. Outre le fait que Martin a emprunté à Tolkien les termes composant la formule Valar Morghulis (le second terme vient de Minas Morgul, bastion des Nazgûls), ce départ recouvre chez le Professeur un sens métaphorique : les personnages ne supportent plus de vivre en Terre du Milieu et choisissent un exil qui s’apparente à la mort (et au désenchantement du monde).

Au vu des nombreux symboles présents dans le dernier épisode de la saison 8 (qui va jusqu’à reprendre Tolkien en anéantissant l’objet de pouvoir dans les flammes qui l’ont forgé), que peut-on dire des destins d’Arya, Jon Snow et Ver Gris ? Qu’ont-ils en commun ? Eh bien sortir des Sept (Six ?) Couronnes justement. Et si ici il n’est point question de métaphore de la fin de l’existence, on peut noter qu’il s’agit tout de même d’une volonté de ces personnages de sortir du jeu des trônes et y voir donc, une mort politique.

Puisque Westeros serait alors l’incarnation même de ces luttes de pouvoir, ces trois personnages refusent de continuer à y être mêlés, contrairement à Sansa qui a appris comment y survivre, mais il lui a fallu pour cela huit saisons et bien des souffrances, devenant un animal aussi politique que son mari Tyrion. Pas étonnant, dès lors, que Daenerys s’y soit cassée les dents, elle qui n’en avait pas les codes, elle qui a été trop loin pendant trop longtemps du jeu politique pour réussir à lui survivre.

Est-ce que la solution alors, pour vivre heureux, pour vivre libre, ne serait pas de quitter les Sept Couronnes et le jeu des trônes ? Réponse un jour, peut-être, quand le père Martin ouvrira à nouveau son livre d’histoires. Pour l’heure, il est temps de laisser le feu crépiter dans la cheminée, de se laisser bercer par le ronronnement du chat et de rêver à un autre printemps.

Sleep now, and dream of the ones who came before.
They are calling from across a distant shore.

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