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Recommandations littéraires

L’apocalypse de janvier : nos recommandations

L’apocalypse de janvier : nos recommandations

Bonne année à toutes et à tous 😉 ! Pour fêter ce renouveau, nous vous proposons ce mois-ci une recommandation littéraire centrée sur le thème de « l’apocalypse » ! Vous avez même le droit d’y voir une référence à celle qui frappa le site de la Garde de Nuit l’an dernier à la même période. ^^
Levons donc le voile sur ce que nous vous proposons.

Pandémie : World War Z de Max Brooks

Couverture World War Z

« World war Z » de Max Brooks (Edition Crown)

Il s’agit sans doute du livre qui, avec The Walking Dead pour les comics et la TV, a propagé la horde de fictions sur les zombies ayant déferlé ces dernières années. Si vous n’avez que vu l’adaptation cinématographique homonyme avec Brad Pitt, oubliez tout de suite. Loin des standards hollywoodiens habituels suivant un père de famille devenant le héros sauvant le monde, le livre prend la forme d’extraits d’un livre rédigé après la fin du monde par un agent de l’ONU dont le rapport initial, supposé raconter la perte et reconquête de la planète, fut recalé car un peu trop critique. Le narrateur délivre une série d’interviews de témoins, du médecin ayant trouvé le patient zéro, en allant des politiciens ou des dirigeants jusqu’à des réfugiés ou autres personnes plus banales. C’est l’occasion pour l’auteur de procéder à une critique au vitriol de notre société : l’inaptitude des gouvernements, l’appât du gain des multinationales, l’inadéquation du société de services, la crédulité des masses, … Si le bouquin n’est pas avare de scènes de tripes et de cervelles explosées ou de moments émouvants de courage ou de sacrifices, il ne manque pas non plus de faire rire, d’un rire jaune cynique (l’auteur est le fils de Mel Brooks et a travaillé pour un late show, ceci explique peut-être cela) : sauver le monde en recyclant de vieilles idées dégueulasses issues de l’apartheid ou voir des stars de téléréalité ou du showbiz se faire massacrer par leurs fans, ça n’a n’amusera pas tout le monde.

Il faut aussi ajouter que le roman se déroule au travers du globe, ne se focalisant pas uniquement sur les USA. Les différentes manières de digérer la crise des zombies et les péripéties de chacune des témoins de nations ou régions diverses constituent à la fois une des grandes forces du livre, mais aussi une de ses rares faiblesses. En effet, si la plupart des témoins sont bien trouvés et intéressants, Brooks n’échappe pas à quelque rares clichés. Mais en bref, il s’agit d’un véritable et excellent livre apocalyptique, une révélation et le retrait du voile qui cache les travers de notre monde, qui s’écroule pour laisser place à un nouveau.

R.Graymarch : La Légende de Hawkmoon par Michael Moorcock

Couverture "La Légende de Hawkmoon

La Légende de Hawkmoon de Michael Moorcock (Edition Pocket-Intégrale 1)

Dorian Hawkmoon est une des incarnations du Champion éternel du Multivers crée par Moorcock (le Champion le plus connu étant Elric de Melniboné). La grande nuance, c’est qu’Hawkmoon évolue dans notre monde, et plus précisément dans l’Europe des années 5000. Le monde se remet peu à peu du « Tragique millénaire » sous une forme majoritairement féodale, du moins en Europe. Car on ne sait pas ce qu’il se passe vraiment en Amerehk ou en Asiacommunista (la saga a débuté dans les années 1960 et ça se voit). Mais l’Europe n’est pas tout entière revenue à un Moyen-Âge car il existe un foyer technologique, la Granbretagne. Au début de la saga, des hordes de Granbretons ont déferlé sur l’Europe et l’ont conquise dans un fracas épouvantable, aidés par leur armement de pointe, poussés par leur Roi-empereur dément (une sorte de vieillard immortel vivant dans un aquarium) et le visage caché par des masques d’animaux représentant leur « ordre » (savant, sapeur etc). Seul le comte Airain, en Kamarg, fait encore face à l’envahisseur (avec ses flamants roses contre les ornithoptères). A Köln, le duc Dorian Hawkmoon, emblème de la résistance se fait capturer par les Granbretons. Le Baron Méliadus, connétable de l’ordre du loup (et amoureux de la fille du comte Airain, forcément) fait implanter le « Joyau noir » dans le front du duc et on l’envoie sympathiser puis trahir le comte Airain. Le Joyau fait office de caméra et, si Hawkmoon ne remplit pas sa mission, on pourra à distance activer le Joyau pour qu’il dévore le cerveau du duc.

Comme souvent chez Moorcock, le style est très baroque (ou « boursouflé » suivant le point de vue). Hawkmoon est un personnage assez falot mais Airain, Méliadus et surtout Huillam d’Averc sont beaucoup plus mémorables. Le cycle se développe d’abord sur quatre livres très rythmés et assez classiques dans leur déroulement (même si le monde alentour est assez novateur) : moult quêtes pour récupérer des objets dans le but de détruire les grands méchants (les Granbretons, peuple complètement fou) avec beaucoup de clichés (la compagne du héros, ses compagnons) et de déplacements (mais là, ça se passe chez nous, donc on est un peu plus impliqués que si c’est un monde imaginaire). Puis un autre cycle de trois livres redémarre et il est beaucoup plus brumeux (dans tous les sens du terme) et, à mon sens plus inattendu, mais beaucoup moins convaincant également. C’est donc une saga à lire avec un seau de pop-corn à proximité en étant magnanime sur les clichés, oublis et autres raccourcis : ça part dans tous les sens tout en étant assez attendu. J’ai lu ça adolescent, à une époque où l’offre de fiction était sans doute moins étoffée qu’aujourd’hui, du coup, cela peut sembler très daté aujourd’hui, surtout que cela a semblé avoir été rédigé très rapidement. Reste un univers foisonnant assez unique.

DNDM : La Route de Cormac McCarthy

Courverture de "La route"

La route de Cormac McCarthy (Editions Points)

Attention, fin du monde hautement littéraire.
Des histoires d’apocalypse ou de post-apocalypse, vous en avez lues, des tonnes. Sur le fond, celle-ci n’apporte rien de nouveau. La fin du monde a eu lieu, elle était probablement nucléaire, quelle importance, de toute façon presque tout le monde est mort, et ceux qui restent ne valent guère mieux.

Ceux qui restent, c’est un père et son très jeune fils, ils n’ont pas de nom, ils ont un caddie avec parfois des boites de conserve et des vêtements chauds et des jouets et des livres pour le petit, un revolver avec deux balles dedans, et ils n’ont pas d’autre but que de survivre. Avancer sur la route.

Ça, c’est nos routes, les lignes noires sur la carte. Les routes d’États.
Pourquoi c’est des routes d’États ?
Parce qu’elles appartenaient aux États autrefois. À ce que l’on appelait autrefois les États.
Mais il n’y a plus d’ États ?
Non.
Qu’est-ce qui leur est arrivé ?
Je ne sais pas exactement. C’est une bonne question.
Mais les routes sont toujours là.
Oui. Pour encore quelque temps.

Avancer sur la route, vers le sud, vers la chaleur, à la recherche d’un abri, de nourriture, de n’importe quoi qui ne soit pas une étendue de cendres où rien ne pousse et rien ne vit. Avancer, et éviter les quelques humains qui restent, et qui veulent eux aussi survivre, et qui pour ce faire n’hésitent pas à s’entre-dévorer.

Oui, c’est sombre, et sur le fond, rien de neuf, si ce n’est le profond réalisme de l’histoire, qui ne va jamais chercher du côté de la science-fiction ou du fantastique.
Sur la forme… C’est du Cormac McCarthy, et c’est superbement écrit, quelle que soit la langue dans laquelle vous lirez cette histoire. C’est une narration étrange, à la fois très simple et complexe, qui casse les codes du roman, se fout des conventions des dialogues, entraîne le lecteur dans une sorte de vertige permanent. Une narration belle et sombre et définitive, comme la fin du monde.

Célilune : Les Derniers hommes de Pierre Bordage

Les derniers hommes de Pierre Bordage (Edition J'ai Lu)

Les derniers hommes de Pierre Bordage (Edition J’ai Lu)

Les derniers hommes de Pierre Bordage est un roman pensé et publié comme un feuilleton mensuel de 6 épisodes, publiés dans la collection Librio de 1999 à 2000. Les feuilletons ont ensuite été regroupés et publiés sous le titre des Derniers Hommes.

L’histoire se déroule environ un siècle après la troisième guerre mondiale. Le camp Indo-Arabo-Américain s’est opposé à l’alliance Paris-Moscou-Pékin mais nul ne sait qui en est ressorti vainqueur. En effet, l’Europe est complètement ravagée, les villes ne sont plus que des ruines ou d’immenses cratères et la nature, empoisonnée par les combats chimiques est devenue hostile. Des robots-soldats, qui n’ont jamais été désactivés à la fin des combats subsistent encore de-ci, de-là.
Dans ce monde dévasté et stérile, les derniers hommes se sont organisés en clans nomades car nul ne se risquerait à rester trop longtemps au même endroit.
Chaque clan s’est spécialisé dans la quête d’une ressource essentielle à troquer contre diverses ressources auprès des autres tribus.
Nous suivons donc le clan des Aquariotes qui se déplacent du pays basque espagnol à l’Ukraine à bord de camions à gaz à la recherche de la précieuse eau potable.
Solman, jeune homme boiteux et très probablement un « donneur » selon les superstitions du clan pressent un changement. Une nouvelle Apocalypse ? Comme celle décrite dans le livre interdit que cache Raïma dans son camion-caravane ?

Le roman est bien écrit, l’histoire est haletante et la toile de fond est vraiment originale. On pourrait peut-être regretter le pan mystico-religieux de l’auteur mais il est vrai que c’est totalement assumé et intégré à l’histoire (ça n’arrive pas comme un cheveu sur la soupe, quoi!). Je n’ai pas particulièrement aimé la fin (je n’en dirai pas plus pour ne pas vous spoiler) mais j’ai beaucoup aimé le voyage avec les nomades et découvrir comment s’est formée et organisée cette nouvelle société. Et puis, ce n’est pas souvent que les romans post-apocalyptiques se passent en France. :p

Compte collectif de La Garde de Nuit.

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