De ce qu’il faut savoir pour lire « The Sons of the Dragon »

Anthologie the Book of Swords (crédit : Bantam et Gardner Dozois)

Dans l’anthologie The Book of Swords qui paraîtra le 10 octobre (dans une semaine), on pourra lire une nouvelle de Georges R. R. Martin, élargissant encore un peu l’univers d’A Song of Ice and Fire : The Sons of the Dragon. Elle retrace la vie des deux fils d’Aegon Ier Targaryen, respectivement les deuxième et troisième rois de la dynastie Targaryen : Aenys et Maegor.

Que faut-il savoir avant de lire cette nouvelle ?

Qui est le narrateur ?

George R. R. Martin aime brouiller les pistes. Lorsqu’il écrit un récit de l’univers de Westeros, il ne se place jamais comme un « narrateur omniscient ». Il le raconte à travers un personnage, qui donne son point de vue, sa version des faits, sans pour autant détenir une vérité universelle.

The Sons of the Dragon fait partie d’une série de chroniques historiques, qui auraient été écrites par l’archimestre Gyldayn, tout comme La Princesse et la Reine, parue dans l’anthologie Dangerous Women chez J’ai lu (juin 2016), ou The Rogue Prince, non traduit en français à ce jour. Gyldayn aurait été un archimestre de la Citadelle de Villevieille, ayant notamment vécu à l’époque d’Aegon V Targaryen (puisqu’il aurait été le dernier mestre à servir à Lestival). La nouvelle donne donc le point de vue de Gyldayn sur des événements historiques auxquels celui-ci n’a pas assisté, mais qu’il est sûr de rapporter de manière véridique. Toutefois, lors de la première lecture publique de cette nouvelle, Georges R. R. Martin a eu ces mots pour décrire Gyldayn :

[archmaester Gyldayn] was a strongly opinionated and pedantic old fart, so remember that it’s him speaking.

Gyldayn est très savant, et il est convaincu (comme la plupart des mestres) d’avoir raison. Mais Martin nous invite à la prudence sur ses écrits : Gyldayn est comme tous les autres personnages de Westeros. Il ne sait pas tout et n’a pas toujours raison. Il n’a pas vécu à cette époque et se base sur des récits historiques, écrits par des personnes qui n’ont pas toujours livré un témoignage fidèle et objectif (cela avait déjà été relevé dans la première nouvelle : La Princesse et la Reine). Gyldayn ne fait qu’interprèter les faits, et en livrer sa version …

Qu’est-ce que ça raconte ?

Ce qui suit ne spoile pas la nouvelle.

La maison Targaryen, la nouvelle dynastie royale

Aegon Targaryen, premier du nom, dit le Conquérant (crédits <a href="http://www.amokanet.ru/">Amok</a>)
Aegon Ier Targaryen, dit le Conquérant (crédits Amok)

Bien avant les naissances des deux protagonistes (Aenys et Maegor), leur père, Aegon Targaryen, n’était rien de plus que le sire de Peyredragon. Il régnait sur la baie de la Néra, n’ayant sous ses ordres qu’une poignée de vassaux. Sa famille était issue de la noblesse qui dominait autrefois l’empire de Valyria et ses Possessions. Averti par un rêve prophétique, les Targaryen avaient fui la cité avant que ne s’abatte un terrible cataclysme, connu sous le nom de Fléau de Valyria. Les autres familles Valyriennes ayant toutes péri, les Targaryen devinrent la seule famille connue à posséder des dragons domptés.

Grâce aux trois dragons que possédait sa famille, Aegon se lança à la conquête du continent de Westeros. Au bout de deux années, il avait conquis l’ensemble du continent, du Mur jusqu’aux Marches de Dorne… Seule la principauté de Dorne lui résista. Aegon s’arrogea tout de même le titre de « Roi des Andals, des Rhoynars et des Premiers Hommes, seigneur des Sept Couronnes et protecteur du Royaume ».
Il choisit de faire de Fort-Aegon sa capitale : ce modeste fort de bois, construit au bord de l’estuaire de la Néra, là où Aegon et son armée avaient débarqué au début de la Conquête, devait devenir le futur Donjon Rouge. Sur les trois collines environnantes, une ville commençait à se construire et allait être connue comme Port-Réal. Aegon récupéra les épées de ses ennemis vaincus, les fit fondre pour forger un énorme trône de Fer, qui devint l’un des symboles du pouvoir royal.

Aenys  I<sup>er</sup>  Targaryen (crédits <a href="http://www.amokanet.ru/">Amok</a>)
Aenys Ier Targaryen (crédits Amok)

Selon la coutume valyrienne, Aegon s’était marié à ses deux sœurs, afin de maintenir le sang de sa lignée le plus pur possible.

De ses deux sœurs-épouses, Aegon préférait visiblement la cadette, Rhaenys, plus douce, plus enjouée, plus féminine. Rhaenys patronnait les troubadours et les artistes, qui allaient chanter les exploits de la maison Targaryen aux quatre coins du royaume. Ces chansons permirent de faire connaître au peuple leur nouveau souverain, et le rendirent populaire. Elle donna à Aegon son premier fils, Aenys, en l’an 7.

Si Aegon s’était marié à sa cadette par désir, il n’avait épousé son aînée, Visenya que par devoir. Sévère et intransigeante, Visenya était une guerrière, et selon les rumeurs, une sorcière. Elle lui donna son second fils, Maegor, né en l’an 12.

Comme la nouvelle raconte essentiellement la vie de ces deux personnages, de leur enfance jusqu’à la fin du règne d’Aenys, il est préférable de ne pas rentrer d’avantage dans les détails.

La Foi des Sept, le clergé séculaire

A l’époque de la Conquête, la religion majoritaire à Westeros est celle des nouveaux dieux, organisée autour de l’adoration de sept figures divines (les Septs). Leur représentant sur terre, le Grand Septon, logeait à cette époque au Septuaire Étoilé de Villevieille. Il était à la tête de millions de fidèles dans Westeros et des deux forces armées de la Foi Militante : les Fils du Guerriers et les Pauvres Compagnons.

Maegor I<sup>er</sup>  Targaryen (crédits <a href="http://www.amokanet.ru/">Amok</a>)
Maegor Ier Targaryen (crédits Amok)

Pendant la Conquête d’Aegon, le Grand Septon aurait convaincu lord Hightower de Villevieille de ne pas s’impliquer dans la guerre et de rendre sa ville sans combattre. C’est ce même Grand Septon qui couronna (pour la seconde fois) Aegon, comme roi de Westeros. Pendant le règne du Conquérant, le Grand Septon conserva d’excellents rapports avec son nouveau souverain. Il envoya même de l’argent pour qu’on érige un septuaire dans la capitale sur la colline de Visenya, là même où des années plus tard, le roi Baelor ferait construire le Grand Septuaire de Port-Réal.

Toutefois, la Foi des Sept rejetait tant l’inceste que la polygamie, et les considérait comme des pêchés et des abominations. Le cas d’Aegon et ses deux sœurs-épouses ne souleva aucune contestation : ils étaient mariés de longue date et nul n’aurait osé défier le glorieux Conquérant … Mais ses successeurs, n’ayant pas son prestige, allaient devoir affronter l’opposition farouche du clergé. Ainsi, lorsqu’on voulut marier Maegor à une des filles de son demi-frère Aenys, le Grand Septon s’insurgea. Maegor épousa finalement la propre nièce du Grand Septon, Ceryse Hightower, de dix ans son aînée.

(La nouvelle abordera sans doute plus en détails ces événements.)

Comment la lire ?

Pour l’instant, aucune traduction de cette nouvelle n’est prévue en français. Vous ne pourrez donc la lire qu’en version originale dans un premier temps.

Pour les plus impatients, un résumé est disponible sur internet. Toutefois, la Garde de Nuit ne saurait trop vous recommander de lire plutôt la nouvelle dans son intégralité, telle qu’elle sera publiée dans l’anthologie The Book of Swords. Vous le savez, George R. R. Martin aime cacher des informations dans ses livres, et même ses nouvelles ne font pas exception à la règle. Il y a potentiellement des secrets que nous ne connaissons pas encore, même par le biais des résumés, qui pourront être révélés par la lecture de cette nouvelle.

Enfin, pour les plus patients d’entre vous … The Sons of the Dragons devrait paraître d’ici un an dans un autre livre. Selon toute probabilité, le très attendu Fire and Blood devrait être un recueil des chroniques historiques de l’archimestre Gyldayn. Le premier tome, qui retracera l’histoire de Westeros de la Conquête d’Aegon Ier au règne d’Aegon IIIème, a été annoncé pour fin 2018, début 2019. On devrait donc y retrouver Sons of the Dragon et bien d’autres nouvelles.