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Jon Snow, la fin d’un Lord Commandant

Jon Snow, Lord Commandant au Mur (illustration : Enrike Corominas ; montage : Evrach, La Garde de Nuit)

Retour aujourd’hui sur le destin de Jon Snow, 998ème Lord commandant de la Garde de Nuit. Au moment où cette théorie a été publiée (en novembre 2015), la saison 5 venait de s’achever, avec la mort de Jon, poignardé par ses frères jurés. Que de larmes et de spéculations alors pour les spectateurs !
Depuis, la saison 6 a apporté le dénouement de cette histoire… mais dans la série uniquement. Dans les livres, nous quittons Jon qui vient de se prendre un quatrième coup de poignard…

La présente théorie, qui prend appui sur les éléments et les indices du livre est donc toujours actuelle, et propose un possible destin pour Jon après cet assassinat, parce que si la résurrection de Jon dans la série reste quelque peu inexpliquée, elle sera certainement différente – si elle a lieu – dans la saga littéraire. Ce texte qui dépeint les possibilités qui s’offrent pour un retour de Jon Snow intéressera tout autant lecteurs et spectateur, justement grâce aux détails disséminés dans les livres (à condition, bien sûr, d’être à jour dans vos lectures)

Le travail de compilation et de rédaction a été originellement fait par Pandémie
illustration : Enrike Corominas ; montage : Evrach, La Garde de Nuit.

«La mort a quelque chose d’effroyablement définitif. La vie ouvre, elle, sur d’innombrables virtualités.»
(AGOT, Tyrion I)

La situation de Jon à la fin d’A Dance with Dragons et son avenir immédiat passionnent les lecteurs depuis des années, et sans doute les spectateurs désormais. Les circonstances menant à l’assassinat et ses conséquences sur les autres protagonistes sont également intéressantes, les origines de Jon et son avenir à long terme, s’il en a encore un, tout autant. La lettre provenant de Winterfell, les parents de Jon, les indices de sa royauté, … Toutes ces thématiques mériteraient leur propre analyse. Le présent essai va cependant les laisser de côté pour s’intéresser à l’avenir à très court terme de Jon Snow, sa survie…

Des blessures fatales

S’il est une chose que l’on peut raisonnablement affirmer sans trop de risque, c’est que les blessures reçues par Jon à l’issue de son dernier chapitre d’A Dance with Dragons sont indéniablement mortelles.

Quand Wick Taillebois frappa en visant sa gorge, le mot se changea en grognement. Jon se tordit pour esquiver l’arme, juste assez pour qu’elle l’égratignât à peine. Il m’a coupé. Quand il porta la main au côté de son cou, du sang coula entre ses doigts. « Pourquoi ?
— Pour la Garde. » Wick le frappa de nouveau. Cette fois-ci, Jon lui attrapa le poignet et lui tordit le bras en arrière jusqu’à ce que Wick lâchât le poignard. L’intendant dégingandé recula, mains levées comme pour dire : pas moi, ce n’était pas moi. Des hommes criaient, Jon tendit la main vers Grand-Griffe, mais ses doigts étaient devenus raides et gourds. Il ne savait pourquoi, il semblait incapable de libérer l’épée de son fourreau.
Puis Bowen Marsh se tint devant lui, des larmes lui coulant sur les joues. « Pour la Garde. » Il porta à Jon un coup au ventre. Lorsqu’il retira la main, le poignard resta fiché à l’endroit où il l’avait planté.
Jon tomba à genoux. Il trouva la garde du poignard et l’arracha. Dans l’air froid de la nuit, la blessure fumait. « Fantôme », chuchota-t-il. La douleur l’engloutit. Frappe-les avec le bout pointu. Quand le troisième poignard le perça entre les omoplates, il poussa un grognement et tomba la tête la première dans la neige. Il ne sentit jamais le quatrième poignard. Rien que le froid…

(ADWD, Jon XIII)

Un au cou, un dans le ventre, un dans le dos, et un possible quatrième coup de poignard que Jon ne sent pas, à moins qu’il ne vienne pas. Un seul peut être fatal en lui-même, bien que l’on ne connaisse pas la gravité exacte des blessures. De plus, la septicémie est assurée, notamment par la blessure au ventre, suffisamment profonde pour que le poignard y reste fiché.
L’infection des plaies est connue dans la saga, de nombreux personnages en souffrent ou en décèdent : Khal Drogo, Varshé Hévre, Tyrion lui-même, Ralf Kenning, … La liste est interminable. En ce domaine, la compétence des guérisseurs varie, mais, malheureusement pour Jon, il n’y a ni mestre ni sorcière des bois au Mur, et l’emplacement et la profondeur de ses blessures interdisent la plupart des traitements habituels. Impossible de mettre un emplâtre dans la cavité abdominale ou d’amputer le cou. Martin lui-même en est conscient:

« Le ventre et le gosier sont ce qu’il y a de mieux, je trouve. […] Y a le cœur juste là, ça peut toujours faire l’affaire aussi. L’ennui, c’est qu’y a les cotes en travers. Le bide, lui, c’est tendre et c’est mou. Faut du temps pour que ça se vide, mais ça ne pardonne pas. Jamais vu un type survivre avec ses tripes qui lui pendent au dehors. Maintenant, si y en a un d’assez couillon pour aller vous tourner le dos, foutez-y-moi votre pointe entre ses omoplates ou dans les rognons. C’est ici que ça se passe. Ils vivent pas longtemps quand vous leur avez une bonne fois épinglé les rognons. »

(L’Épée Lige)

Bref, la seule interrogation qui reste est de savoir si Jon mourra en quelques secondes ou agonisera un peu plus longtemps. Un hypothétique retour ne peut donc s’envisager sans faire appel au surnaturel.

Des soins magiques ou une résurrection

Au Mur se trouve Mélisandre, une prêtresse de R’hllor. Parmi les talents du clergé de ce dernier figure une magie curative que le prêtre Moqorro utilise pour soigner magiquement l’infection mortelle dont souffre Victarion Greyjoy.

Il [Victarion] était torse nu, son bras gauche ensanglanté jusqu’au coude. Tandis que son équipage s’assemblait en échangeant chuchotements et coups d’œil, il éleva une main calcinée et noircie.

(ADWD, Le prétendant de fer)

Il n’est pas mentionné que Mélisandre connaisse ce procédé, mais il est logique d’estimer que c’est le cas. Le fait que la blessure au ventre de Jon fume est parfois interprété comme un signe de l’activation de la magie curative par Mélisandre, bien qu’il puisse s’agir d’une figure de style indiquant un froid intense.

Il est également possible qu’elle puisse renouveler le geste de Thoros de Myr qui ressuscite Béric Dondarrion, qui lui-même ramène à la vie Catelyn Stark. Bien qu’il s’agisse pour l’instant du seul cas avéré de résurrection par la magie des prêtres de R’hllor, il n’est pas impossible que Mélisandre puisse le rééditer.

Soit parce qu’elle est elle-même déjà dans l’état de Béric Dondarrion :

Certaines nuits, elle somnolait, mais jamais plus d’une heure. Un jour, priait Mélisandre, elle ne dormirait plus du tout.
[…]
Un filet de sang courut le long de sa cuisse, noir et fumant. Le feu était en elle, souffrance, extase, il l’emplissait, la calcinait, la transformait.
[…]
Certains jours, elle oubliait. R’hllor lui fournissait toute la subsistance dont son corps avait besoin, mais c’était une chose qu’il valait mieux dissimuler aux mortels.

(ADWD, Mélisandre)

Soit parce qu’elle dispose de pouvoirs magiques étendus au Mur :

Mes sortilèges devraient suffire. Au Mur, elle était plus forte, plus même qu’en Asshaï. Chacun de ses mots et de ses gestes avait plus de puissance, et elle était capable de choses qu’elle n’avait jamais accomplies avant.

(ADWD, Mélisandre)

Ou encore, parce qu’ayant étudié à Asshaï-lès-l’Ombre tout comme Mirri maz Duur qui ressuscita Khal Drogo, il est probable qu’elle sache pratiquer le même type de sortilège. Elle dispose de sang royal, supposément extrêmement puissant, en la personne de Shôren Baratheon, fille de Stannis Baratheon et arrière-petite-fille de Rhaelle Targaryen, mais aussi du sang même de Jon Snow, issu de la lignée Stark, voire également des Targaryen.

Ces sortilèges ont malheureusement nombre d’effets secondaires sur le corps et surtout l’esprit de la personne ramenée à la vie.

Un refuge pour l’esprit d’un zoman

Jon Snow perd conscience de son corps. C’est indubitablement logique au moment de mourir, mais pourtant un peu rapide. En effet, Jon n’a même pas la volonté de tirer Grand-Griffe de son fourreau.

Certains ont émis l’idée qu’un change-peau, Borroq, le contrôlait. Mais la prise de contrôle d’un homme ou d’un animal est toujours une lutte, comme l’indique le plus puissant change-peau sauvageon, Varamyr :

La piqueuse se tordit avec violence, en glapissant. Le lynx-de-fumée avait coutume de combattre sauvagement Varamyr, et l’ourse des neiges était une fois devenue à moitié folle, mordant les arbres, les rochers et les airs, mais ici, c’était pire.

(ADWD, Prologue)

Or, Jon Snow ne lutte pas contre une intrusion. D’autres ont émis l’idée du poison, mais il n’y a pas d’indice textuel allant dans le sens de l’utilisation d’un tel produit. Cependant, Jon Snow est indubitablement proche de devenir zoman à part entière. Varamyr, encore lui, confirme cette aptitude si nécessaire :

Le don était fort en Snow, mais le jeune homme n’avait pas reçu de formation, toujours en lutte contre sa nature alors qu’il aurait dû s’en glorifier.

(ADWD, Prologue)

Le lien avec son loup est donc au plus fort. Il ne lui manque que d’éveiller son talent. Or, ceci arrive par un choc pour ce qu’on en sait grâce aux deux exemples à notre disposition. En effet, Bran développe son talent après sa chute et son coma, Varamyr au moment de la mort de son frère Cabosse. Il est donc tout à fait possible que Jon Snow connaisse sa première expérience dans son loup à ce stade.

C’est suggéré par le grognement, la pensée à Fantôme, et le froid intense. Nul besoin d’expliquer qu’un zoman qui se lie à son loup pense à lui et a des réactions plus animales, c’est le cas pour tous les change-peaux. Mais le froid est également une caractéristique du transfert. En effet, contrairement à ce qu’imaginait Varamyr, la fin ressemble à cela :

La neige va m’ensevelir. Ce serait un trépas calme. On raconte qu’on se sent tout chaud, vers la fin, chaud et somnolent.
[…]
La mort véritable fut instantanée ; il ressentit brutalement le froid, comme s’il avait plongé dans les eaux gelées d’un lac pris par les glaces. Puis il se retrouva en train de filer au-dessus de neiges éclairées par la lune, ses frères de meute directement derrière lui.

(ADWD, Prologue)

Bran confirme également que le passage d’un corps à l’autre n’a rien d’agréable :

[…] l’univers se faisait noirceur et silence et noirceur et glace et noirceur et mort et noirceur…
« Bran, murmurait une voix presque imperceptible, Bran, revenez, maintenant, Bran, Bran…
(ACOK, Bran VII)

Trouver refuge dans l’animal pourrait ainsi éventuellement supprimer les effets débilitants des sortilèges de retour à la vie.

Une mort, un loup et retour

Ainsi, la double éventualité d’une résurrection et d’un transfert dans Fantôme permet donc de palier les inconvénients des deux méthodes, permettant ainsi à Jon Snow de revenir à la vie, si ce n’est intact, du moins avec ses facultés. Mélisandre semble en avoir eu la vision :

La mort, décida Mélisandre. Les crânes sont la mort. Les flammes crépitaient doucement et dans leurs craquements la prêtresse rouge entendit chuchoter le nom de Jon Snow. Son long visage flotta devant elle, souligné de langues rouges et orange, apparaissant et disparaissant, une ombre entrevue derrière un rideau qui oscillait. Tantôt il était homme, tantôt loup, puis de nouveau homme. Mais les crânes étaient là aussi, les crânes le cernaient tous. Mélisandre avait déjà vu le danger, avait tenté de mettre le jeune homme en garde. Des ennemis tout autour de lui, des poignards dans le noir.

(ADWD, Mélisandre)

D’ailleurs, un autre événement d’ADWD préfigure déjà une telle situation. Clinquefrac, sous l’apparence de Mance Rayder grâce à la magie de Mélisandre, est mortellement blessé aux trois mêmes endroits que Jon Snow, le quatrième coup ratant sa cible.

Une flèche frappa Mance Rayder à la poitrine, une au ventre, une à la gorge. La quatrième heurta un des barreaux de bois de la cage, et vibra un instant avant de prendre feu.

(ADWD, Jon III)

La supercherie permet ainsi à Mance de survivre à une mort en apparence inéluctable. Il n’est malheureusement pas possible d’analyser la totalité des parallèles entre le Roi d’Au-delà du mur et Jon Snow, ni d’entrer dans des détails qui nous feraient sortir du cadre de cette théorie, mais il convient de noter également que d’autres prophéties qui impliquent une réincarnation pourraient éventuellement s’appliquer à Jon Snow. En tant qu’éventuel fils de Rhaegar, il pourrait être le Prince qui fut Promis, et Mélisandre voit désormais Jon Snow dans ses flammes lorsqu’elle prie R’hllor de lui montrer Azor Ahai :

Je prie pour entrevoir Azor Ahaï, et R’hllor ne me montre que Snow.

(ADWD, Mélisandre)

Tout ceci est bien sûr hypothétique, mais l’interaction de la magie orientale du feu et du sang avec la magie occidentale des Premiers Hommes pour le personnage de Jon Snow, réunissant déjà par plusieurs aspects cette dualité comme le montrent d’autres analyses, n’est pas dénuée de sens. De plus, cela ouvre effectivement de nouvelles virtualités pour un des personnages les plus en vue de la saga. Réponse sans doute dans le prochain tome, The Winds of Winter…

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