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Recommandations littéraires

Recommandations de mai : on fait ce qu’il nous plait !

Recommandations de mai : on fait ce qu’il nous plait !

Pour ce mois-ci, nous avons décidé de faire ce qu’il nous plaît, car nous sommes en mai. Ainsi pour ce mois-ci uniquement, nos chroniqueurs vous présenteront des recommandations pouvant aller au-delà des livres.

En espérant que nos recommandations diverses et variées vous plairont.

Corondar : Call me by your name (2007) , un roman d’André Aciman

Couverture de Call me by your name de André Aciman, édition Picador

Peut-être avez vous entendu parler du film sorti il y a peu ? Avant d’être un (excellent) film, c’est un roman qui m’a beaucoup marqué. Petite précision technique : lors de sa première parution en France (en 2008), le titre fut traduit par Plus tard ou jamais, il ne retrouva sous nos latitudes son titre original que lors de sa réédition après la sortie du film. Ceci étant dit, entrons dans le vif du sujet.
L’histoire se passe durant un été, à la fin des années 1980, dans une villa assez cossue du nord de l’Italie. L’histoire est décrite par le narrateur, le jeune Elio (17 ans). Fils d’une famille aisée et très éduquée (le père est un brillant universitaire), Elio est un jeune homme à l’existence facile et cultivée. Chaque été, son père s’adjoint les services d’un jeune étudiant pour l’aider à traiter ses formalités administratives. Cette année là, c’est un étudiant américain, un certain Oliver (24 ans), qui a été choisi. Son arrivée va bouleverser les certitudes et le monde d’Elio.

On est ici dans un roman d’apprentissage. Le narrateur va découvrir au cours de cet été les émois de l’amour, de la passion et du sexe. Dit comme ça, cela peut prêter à sourire ou paraître terriblement banal (ou déjà vu ?). Pourtant rien ne m’a paru banal dans ce roman. Avant tout j’ai adoré le style de l’auteur. Je lui trouve un grand talent pour décrire les émotions et les pensées de ses personnages, que l’on soit dans la tête d’Elio, ou lors des dialogues entre les différents protagonistes. Bien que très centré sur les émois et interrogations de son narrateur, le livre n’est jamais ennuyeux ou répétitif. Et ce malgré le fait qu’Elio ait, comme tout à chacun, des défauts, des préjugés ou commettent des erreurs. Il est un narrateur attendrissant auquel on s’attache.

Mais si le roman est très bon sur la forme, c’est sur le fond où il m’a vraiment marqué. Il m’a replongé dans mes propres émois adolescents, avec une puissance nostalgique et émotive assez troublante. Surtout, le fait que l’histoire d’amour ici contée soit celle d’une passion homosexuelle m’a paru presque secondaire. C’est là la plus grande prouesse de l’œuvre je pense : faire de l’homosexualité du narrateur un élément anecdotique par rapport aux sentiments décrits. Pour le reste, le roman est un voyage vers nos étés adolescents, où l’on se souvient plus de nos émotions que de nos actions, où l’on ne comprend pas, ou mal, le monde des adultes, dont on a une folle envie de faire partie, tout en le redoutant. Le roman aborde aussi le thème du temps qui passe, le tout dans une déclaration d’amour à la Culture avec un grand C. On y parle aussi poésie, musique, histoire, étymologie. C’est aussi, je pense, une déclaration d’amour de l’auteur envers l’Italie. J’ai refermé ce livre en pleurant certes, mais en repensant aussi avec une nostalgie apaisée à mes propres émois adolescents, et l’envie de me balader dans la campagne toscane ou sur les piazzas romaines. Si ce genre de voyage littéraire vous tente, foncez, ce livre est fait pour vous…

Geoffray : Planescape Torment (1999) – jeu vidéo sur PC

Boite de Planescape Torment , édité par Interplay Entertainment

Planescape Torment est ce qu’on appelle communément un C-RPG, un Computer Role Playing Game. Un jeu de rôle PC en bon françois. Descendant des jeux tels que Baldur’s Gate et Arcanum, il représente pour beaucoup (votre serviteur y compris) l’un des meilleurs jeux vidéos jamais sortis.

Mais de quoi s’agit-il ? Se déroulant dans l’univers de Advanced Dungeons and Dragons (abrégé AD&D) en particulier dans la dimension de Planescape, vous jouez le rôle du Sans-Nom, un amnésique immortel qui part à la recherche de ses souvenirs, de son passé et à terme d’un moyen pour mourir. Vous évoluez, vous et vos compagnons, dans la ville de Sigil, surnommé la cité des portes, vu qu’absolument toutes les ouvertures de la ville peuvent s’ouvrir sur un portail menant sur d’autres plans, à partir du moment où vous avez la clé (qui peut être tout et n’importe quoi. Une chanson, une idée, une odeur, …). L’univers est vraiment inhabituel et sort souvent des poncifs des jeux de rôles habituels pour mieux s’en moquer.

La particularité du jeu est qu’il est possible de le finir sans avoir besoin de faire un nombre de combats ahurissant. Pratiquement toutes les quêtes peuvent se résoudre en discutant et avec intelligence. Contrairement à Baldur’s Gate par exemple, les caractéristiques les plus importantes du Sans-Nom seront l’intelligence, la sagesse et le charisme. Chacune permettant d’ouvrir des pans entier de dialogue inaccessible sinon. D’ailleurs, la qualité d’écriture du jeu est vraiment excellente et c’est l’un des plus gros points forts du jeu, et aussi son point faible. Car il faut aimer lire lorsqu’on joue à Planescape Torment , il y a beaucoup, beaucoup de texte, ce qui peut être un repoussoir.

J’aimerais ne pas être trop long dans ma recommandation, et je n’ai fait qu’effleurer la surface de ce jeu si mythique. Les compagnons qui vous accompagnent sont tous excellemment écrits (mention spécial à Morte, le crâne volant à la langue bien pendue, et à Dak’kon le vieux guerrier désabusé) et le scénario global est vraiment intéressant et percutant. Car la question primordiale du jeu, celle qui va vous hanter pendant longtemps est à la fois simple et complexe: Qu’est-ce qui peux changer la nature d’un Homme ? Le jeu a l’intelligence de vous offrir mille réponses, sans pour autant vous dire quelle est la « bonne ».
Bref, jouez à Planescape Torment et venez en discutez avec nous 😉 !

Jean Neige : Claymore (2001-2014) – un manga de Norihiro Yagi

Couverture de Claymore tome 10 de Norihiro Yagi

Imaginez un monde médiéval impitoyable, où le petit peuple vit constamment dans la crainte d’une menace démoniaque…
Le seul rempart contre ces créatures ? Des guerrières redoutées et redoutables, portant le nom de « Claymores », en référence à l’épée qu’elles portent dans le dos, et se distinguant des humains par leur yeux argentés. Elles travaillent pour un mystérieux groupe dénommé « l’Organisation », chapeautant toutes les missions des Claymores et se chargeant de récupérer leur payes, exigées aux villageois demandant leur service.

Voici Claymore, de Norihiro Yagi.

Le postulat de départ n’est pas sans rappeler la Saga du Sorceleur de Andrzej Sapkowski (ainsi que les jeux qui en ont été adapté, The Witcher) : un monde médiéval sombre, un groupe de chasseurs de monstres au banc de la société, au physique particulier et à l’armement unique…
Bien que l’on puisse se demander si les romans de Sapkowski n’ont pas eu une influence (mineure) sur Claymore (publié de 2001 à 2014), ne croyez pas qu’il s’agit là d’une pâle copie, car le manga ne cesse de surprendre par la direction prise par son histoire.

Dans cet univers de dark fantasy digne des tableaux les plus horrifiques de Berserk, nous suivons les aventures de Claire, une jeune Claymore inexpérimentée dans sa quête de l’excellence. Un jour, après avoir tué un groupe de démons ayant décimé une famille entière, elle décide de recueillir le dernier membre, l’adolescent Raki, fasciné par la Claymore et qui insistait pour la suivre en tant que cuisinier personnel.
Nous apprendrons alors l’histoire et la condition tragique des Claymores à travers les yeux naïfs de Raki, tandis que Claire elle-même verra au fur et à mesure se dévoiler les secrets des siens, et de l’Organisation.

N’y voyez pas là un énième manga shônen relatant les aventures d’un héros (ou plutôt, d’une héroïne, dans le cas présent) cherchant à tout prix à devenir le meilleur dans son domaine : le manga n’est clairement pas à recommander aux plus jeunes au vu de son contenu explicite, horrifique et de la violence qui y est représentée. Tout cela participe toutefois à créer l’immense fresque d’un monde sinistre, désespéré, où mourir semble parfois préférable pour nos personnages qui ne manqueront pas de se prendre maints coups et dommages, physiques comme émotionnels.

L’aspect novateur réside toutefois non pas tellement dans l’histoire ni dans ses thématiques, bien qu’elles se montrent en grande partie originales, mais surtout dans la représentation choisie de ses personnages. Vous l’aurez compris, Claymore met avant tout en scène des personnages féminins.
Et la force du manga ne réside pas uniquement dans la nature de ce cast, mais dans sa représentation: il parvient à briser les codes de la dark fantasy (et notamment à inverser les tendances créées par les œuvres l’ayant précédée telle que Berserk) en mettant en scène un groupe de femmes sans mettre un accent particulier dessus, tout comme il serait habituel de voir une œuvre composée majoritairement d’homme et ce sans que l’on ne se pose particulièrement de questions, car nous y sommes habitués. Claymore devient une œuvre matriarcale, non pas dans le sens où les femmes représentées seraient élevées au-dessus des hommes, mais tout simplement car elle présente le fait d’avoir des personnages majoritairement femmes comme une norme : c’est une œuvre qui joue avec les codes, les inverse, reprend même certains stéréotypes habituellement masculins pour les attribuer à des personnages féminins, et ce jusqu’à ce que le lecteur finisse par oublier et se moquer du genre des protagonistes qu’il suit… car il ne s’agit là désormais que d’une normalité. Le processus d’identification, quel que soit le sexe du lecteur, n’est pas chamboulé.

Il serait difficile d’en dire plus sans vous spoiler, mais nous pouvons au moins conclure sur ceci : Claymore est un excellent manga sur la recherche de soi, de son identité, ainsi que la quête de liberté, vis-à-vis d’une institution ou, dans une optique plus méta, du patriarcat ; la lutte des femmes pour l’affirmation de leur indépendance. Il comporte 27 tomes, comprenant eux-mêmes 155 chapitres, une lecture conséquente mais s’enchaînant très aisément et moindre comparé à d’autres mangas traînant en longueur.

À noter, pour finir, que la fin est somptueuse, ce qui est assez rare dans un manga pour être souligné. Elle n’aurait pu être plus belle et plus réussie que ce qu’elle est déjà.

Pandémie : Carbone modifié (2004) – un roman de Richard Morgan (et ses suites)

Couverture de Carbone Modifié , édition Milady

Carbone modifié (Altered Carbon) est un roman noir de science-fiction, lorgnant vers le cyberpunk mais pas trop. Dans un futur pas si éloigné, les biotechnologies et le stockage informatique ont permis de sauvegarder la conscience dans des piles corticales et de façonner des enveloppes corporelles clonées ou modifiées génétiquement. Un capitalisme forcené s’est évidemment emparé de ces progrès scientifique et désormais, la vie éternelle n’est plus affaire de religion et de péché capital, mais de polices d’assurances et de primes impayées. Dans ce contexte bien cynique, un multimilliardaire qui a des clones de rechange et une sauvegarde à distance de sa conscience toutes les heures ne comprend pas comment, en à peine 20 minutes, il a pu en venir à s’exploser la cervelle. Alors que la police ne démord pas qu’il s’agit d’un suicide, il engage Takeshi Kovacs,  un ex-agent des Nations Unies mis au frigo pour ses activités criminelles.

Le roman brille surtout par son traitement cynique d’un futur malheureusement très crédible. La vie humaine, le corps humain, la conscience, voire l’âme sont traitées comme des biens de consommation, et le fossé entre pauvres et riches atteint son paroxysme. La masse populaire trime toute sa vie pour s’en payer une seconde, le prolétariat et la lutte de classes sont figées au-delà de la mort. Les religions sont des lubies et leurs derniers membres des parias. Votre corps ne vous appartient plus, un autre peut le racheter et l’occuper. Ces situations donnent lieu à un thriller aux airs de Blade Runner et Total Recall sous le soleil californien. Richard Morgan s’inspire clairement de l’époque, la modernise, mais certains aspects, notamment le héros badass, ex-militaire plein de remords seul contre le monde entier, font un peu cliché. On s’attend presque à ce que Kovacs crie Yippie-Kai pauvre con! et cela manque de personnage féminin fort.

Le roman a été adapté à l’écran par Netflix sous son titre original Altered Carbon, mais je l’ai pas vue.

Il comporte également deux suites dans lesquelles on retrouve notre bon Takeshi. Dans la seconde, Furies déchaînées, Kovacs se bat comme mercenaire sur une planète en pleine guerre civile. Il doit accompagner une équipe sur un site archéologique renfermant des artefacts apparemment encore fonctionnels de la seule civilisation extraterrestre, complètement éteinte depuis des éons, qui vont bien sûr attirer les convoitises de toutes les organisations militaires, criminelles et corporatistes du système. Ce tome comprend pas mal de longueurs, mais on en apprend plus sur l’univers et son histoire, et là aussi, il y a de beaux moments de cynisme, le summum étant quand même d’atomiser la région où se trouve le site, faisant des millions de morts, et y envoyer les mercenaires dans des enveloppes OGM avec une date de péremption face aux radiations. Le troisième tome est un mix en scène de guerre et roman noir du premier tome. Kovacs est de retour sur sa planète natale, dans une enveloppe bon marché, sa tête mise a prix par les multimilliardaires et corpos du coin, les yakusas et les barbus, des religieux intégristes. Il se retrouve à intégrer une troupe mercenaire devant nettoyer un archipel livré depuis plusieurs centaines d’années à des robots et IA militaires auto-reproductives devenues frappadingues. Au milieu de ce foutoir, un élément surgi du passé va lui permettre de mettre à mal le système oligarchique local.

Nymphadora : La Tapisserie de Fionavar, trilogie de Guy Gavriel Kay

Couverture de l’intégrale de La tapisserie de Fionavar , édition J’ai Lu

Après une rencontre étrange, cinq étudiants venus de Toronto sont transportés à Fionavar, un monde parallèle fait de rois et de guerriers, de mages et de créatures fantastiques. Chacun se découvre petit à petit une mission qui le révélera à lui-même, le tout cerné de dangers périlleux dans une atmosphère magique…

La trame ne vous fait pas envie tellement elle est classique ?! Mais ne vous arrêtez pas sur le chemin ! Si l’histoire peut paraître classique, le lecteur est vite emporté dans ce monde merveilleux et riche qu’est Fionavar. Le rythme est vif, l’intrigue assez prenante et malgré différentes histoires parallèles, l’auteur sait garder l’attention de son lecteur tout en écrivant avec une plume emprunte de poésie. L’histoire, qui nous paraît si classique n’est alors qu’un prétexte pour se glisser dans un roman plus complexe qu’il n’y paraît. Et c’est ainsi que ce qui fait tout le sel de ce roman, au delà de son joli monde de fantasy, c’est avant tout ses personnages, imparfaits, très humains, parfois antipathiques, parfois touchants, qui sont si proches de nous. Vivants et crédibles, loin d’être unidimensionnels, le lecteur se plaît à suivre leurs pérégrinations loin de leur foyer, et à découvrir un nouveau monde à travers leurs yeux.

Cette trilogie ne révolutionnera pas le monde de la fantasy, mais, le temps d’un instant, elle pourra charmer le lecteur… Une lecture à garder sous le coude pour les vacances d’été qui arrivent par exemple !

Conclusion

N’hésitez pas à venir discuter de nos recommandations sur le forum (qui est de retour \o/).

Compte collectif de La Garde de Nuit.

2 Comments

  1. @geoffray Ce qui est fort dans le jeu, c’est que le système est intégré au personnage (ou le contraire). Le Sans-Nom est maudit et ne peut pas mourir, donc si le joueur rate, il ne perd pas vraiment mais revient à une autre incarnation (il existe une exception). Comme c’est une sorte de poupée vide, il peut aussi avoir plusieurs destinées (et donc ici professions de D&D). Dans mes souvenirs d’époque, le monde est foisonnant et les PNJ ont énormément de personnalité.

    Je suis d’accord sur le fait que l’expérience (de jeu, mais aussi les XP) passe énormément par les dialogues, mais du coup j’ai été un peu frustré car si tu n’as pas la bonne valeur dans une carac, la bonne ligne de dialogue n’apparaît pas et tu rates un truc important. Du coup, j’ai fait le jeu avec la soluce pour justement ne rien rater, et je ne pense pas que c’était le but recherché (depuis, ça m’arrive aussi pour d’autres jeux à scénar car j’ai moins le temps de chercher le bon truc). Néanmoins, très atypique dans le genre « Baldur’s gate » avec peu de combats

    • @r-graymarch: Oui, le Sans-Nom étant immortel, la notion de défaite est relative (tu peux mourir réellement, i.e avec un vrai game-over de trois façon dans mon souvenir).
      Pour ce qui est des dialogues/textes, oui, c’est en partie un souci. Maintenant, je connais la « construction » parfaite pour avoir tout les lignes de dialogues, mais à l’époque, c’était plus compliqué. Surtout que sortant de Baldur’s Gate, la tendance allait dans certaines caractéristiques… La déconstruction des « tropes » commencait déjà à la création du personnage. Mais ça, on le savais pas xD

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