[On teste pour vous] L’Œuf de Dragon en roman graphique

Couverture du roman graphique The Mystery Knight (Crédits : Bantam)

Comme dirait notre cher Ned Stark, l’Hiver vient… et avec l’hiver s’annonce un certain vieux barbu (non on ne parle pas de George ! On ne se permettrait pas enfin !) qui devrait porter dans sa hotte un certain nombre de jolis cadeaux estampillés « A Game of Thrones ». La Garde de Nuit a en conséquence décidé d’inaugurer un nouveau type de chroniques sur le blog : les articles « critiques » de différents produits dérivés (livres, jeux,…) que nos frères et sœurs ont aimé (ou détesté…) pour vous aider à écrire votre liste au Père Noël.

Le 24 août dernier, sortait le roman graphique adaptant la troisième nouvelle des Aventures de Dunk et l’Œuf. Trois ans après la publication du roman graphique adaptant L’Épée-lige, Ben Avery et Mike Miller ont repris du service pour adapter The Mystery Knight (« le Chevalier Mystère » en français), maladroitement traduit en L’Œuf de Dragon par les éditions françaises. Alors ? Est-ce que c’est à la hauteur des précédentes adaptations ?

Graphiquement beau

L’adaptation de la première nouvelle m’avait rebuté : les personnages étaient figés, parfois mal proportionnés. Ça restait beau, et certaines scènes de batailles avaient été particulièrement bien dessinées. J’avais eu un coup de cœur pour l’adaptation de la seconde nouvelle, où le style était beaucoup plus maîtrisé et où les personnages (à l’exception de ser Bennis au Bouclier Brun) ressemblaient trait pour trait à l’idée que je m’en faisais.

Cette nouvelle adaptation est l’occasion de se rendre compte de l’amélioration de la technique de Mike Miller. La mise en scène est très efficace, les personnages font de plus en plus réels à de très rares exceptions. Les couleurs sont magnifiques, bien mieux maîtrisées qu’auparavant. La scène de duel est irréaliste et virtuose, comme toujours.

En terme de character-design, il y a de très bonnes trouvailles et quelques déceptions. C’est la première vraie rencontre avec Freuxsanglant / Brynden Rivers, qu’on avait juste entre-aperçu dans L’Épée-lige. Ce personnage est magnifique, de même que celui de Jehan le Ménétrier. Les autres personnages ne ressemblent pas à l’idée que je m’en faisais : ni Alyn Chantecoq, ni Maynard Prünh, ni Glendon Flowers, ni Ambrose Beurrepuits, ni Tommard Heddle. Ils sont toutefois fidèles à la description qu’en faisait George R. R. Martin dans la nouvelle, et on s’attache vite à cette apparence. Je suis un peu plus déçu par Uthor Enverfeuille et Gormon Peake. Ils sont certes fidèlement adaptés eux-aussi, mais j’imaginais Enverfeuille plus vieux, et plus empâté … et Peake reste encore trop doux à mon goût.

Scénaristiquement fidèle

Fidèlement retranscrite, l’histoire du roman graphique ne varie pas de celle de la nouvelle. On découvre Dunk et l’Œuf dans le Conflans, qui décident de participer au tournoi donné à Murs-Blancs en l’honneur du mariage de lord Ambrose Beurrepuit. Rapidement, ils s’aperçoivent que le premier prix, un œuf de dragon, attise de nombreuses convoitises et que certains des convives sont plus que ce qu’ils prétendent être.

Comme toujours, les auteurs suivent scrupuleusement ce qu’a écrit George R. R. Martin dans la nouvelle. Dunk devait garder une cicatrice de sa précédente aventure, le dessinateur n’oublie pas de la mettre du début à la fin. Dans la précédente aventure, on voyait dans un flash-back Roger de l’Arbre-Sous mourir d’une lance dans le ventre, alors que la troisième nouvelle précise qu’il a reçu un coup de masse. Plutôt que de respecter son propre canon, le roman graphique s’adapte à ce qui est écrit par George R. R. Martin. On sent que l’œuvre originale est maîtrisée, respectée …

Mais il manque tout de même quelques détails, car il manque toujours des détails. Certains sont sans importance … D’autres manquent plus cruellement :

À travers la pluie, tout ce qu’il distinguait, c’était une forme encapuchonnée et un œil unique, pâle et blanc. Ce fut seulement quand l’homme s’avança que le visage dans l’ombre du capuchon revêtit les traits familiers de ser Maynard Prünh, son oeil pâle n’étant rien que la broche d’opale qui retenait sa cape à l’épaule.

Le Chevalier Mystère

J’attendais avec impatience de voir comment les auteurs avaient adapté ce passage, car il est important dans le cadre d’une de mes théories préférées. Ils ont préféré l’ignorer, jouant sur d’autres aspects, d’autres indices pour nous faire comprendre. Ce n’est pas grave, mais c’est quand même dommage.

Éditorialement passable

Couverture du roman graphique The Mystery Knight
Couverture du roman graphique The Mystery Knight (Crédits : Bantam)

Quelques petites déceptions subsistent.
Les deux précédentes adaptations, Le Chevalier-Errant (2013) et L’Épée-lige (2014), jouissaient de pages supplémentaires. Elles avaient été publiées en comics avant la publication intégrale en roman graphique. On retrouvait donc dans le roman les couvertures initiales de chaque comic, qui permettaient d’apprécier les talents de Mike Miller (et d’autres). Rien de tel ici : le roman n’a jamais été publié en comic et il se lit tout d’une traite. Il n’y a plus non-plus de crayonnés à la fin, comme sur les éditions des précédentes nouvelles.

Même la couverture est surprenante. Dans les deux précédentes adaptations, on voyait Dunk présenté au moment crucial de la nouvelle (le jugement des sept pour la première, le duel dans l’Échiqueté pour la deuxième). Ces couvertures étaient particulièrement colorées … Rien de tel ici : la couverture est sobre : deux couleurs, le rouge et l’or. Elle se contente de reprendre une image présente dans le comic … une image d’Uthor Enverfeuille, au moment où il affronte Dunk lors de la joute. Un choix surprenant ! Le personnage central, Dunk est à peine présent sur la couverture. En quoi Uthor Enverfeuille est-il plus représentatif du Chevalier Mystère (titre de la nouvelle) que Dunk, Jehan le Ménétrier, Glendon Flowers ou Maynard Prünh ? Chacun de ses personnages cache un secret, et celui d’Uthor n’est pas le plus important, loin de là …

Bref, en terme d’objet à collectionner, ce roman graphique est un peu décevant, car il brise la continuité, la cohérence esthétique établie auparavant par les deux autres nouvelles. Toutefois, ces défauts extérieurs n’enlèvent rien à la qualité de l’histoire et à la beauté des dessins.

En conclusion

Attendu depuis longtemps (en tout cas par moi 🙂 ), ce roman graphique remplit son office et satisfera ceux qui n’en demandent pas plus. Ce n’est pas un indispensable, surtout si vous n’avez pas lu la nouvelle, mais ça reste une bonne adaptation et une bonne suite aux deux romans graphiques précédents.