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Recommandations d’août : la mer

Recommandations d’août : la mer

La mer, qu’on voit danser le long des golfes (pas très) clairs…

En ce beau mois d’août, la Garde de Nuit a décidé de poursuivre ses thèmes estivaux pour des recommandations littéraires qui vous emporteront loin : après le voyage au mois de juillet, le mois d’août sera donc consacré au thème de la mer.

En espérant que nos recommandations diverses et variées vous plairont !

Typhon (1903), de Joseph Conrad

Couverture de "Typhon", par Joseph CONRAD, chez Folio

Couverture de « Typhon », par Joseph CONRAD, chez Folio

Comme son titre le laisse entendre, Typhon ne traite pas de l’aspect le plus agréable de la mer. Son auteur savait de quoi il parlait, puisque, avant de devenir écrivain, il a bourlingué une vingtaine d’années sur toutes les mers du globe dans la marine marchande britannique. Pour ceux qui ne connaissent pas son œuvre, Typhon est une bonne introduction, car c’est un texte court (une novella, longue nouvelle ou un court roman), bien représentatif du style et des thèmes de l’auteur.

L’histoire se déroule à l’époque de son écriture (vers 1903). Le vapeur Nan-Shan vogue en direction de la Chine avec à son bord diverses marchandises, et 200 coolies (travailleurs agricoles) chinois rentrant dans leurs foyers après plusieurs années de dur labeur. L’équipage est britannique (bien que le navire batte pavillon du Siam). Le récit s’attache principalement aux figures du capitaine, MacWhirr, et de son second, Dukes. MacWhirr est un marin compétent et expérimenté, mais guère brillant intellectuellement, taciturne et totalement dénué d’imagination : « le passé étant, à ses yeux, chose révolue et l’avenir, encore en devenir, la réalité présente n’appelait de sa part aucun commentaire, les faits parlant d’eux-mêmes avec une précision confondante« . Dukes, au contraire, est un jeune homme aimant discourir. Il éprouve pour son capitaine une certaine condescendance, et, parfois de l’impatience devant ce qu’il juge être sa lenteur d’esprit. Au cours de sa traversée, le Nan-Shan va être confronté à un terrible typhon, qui va mettre le navire à rude épreuve, et va révéler à l’équipage et aux passagers la trempe de leur capitaine : « Fort de son pouvoir de déchaîner les mers, de couler les navires, de déraciner les arbres, de renverser les murailles les plus solides, de plaquer au sol tous les oiseaux du ciel, l’ouragan venait de croiser sur sa route cet homme taciturne et, malgré toute sa puissance, il ne parviendrait à lui arracher que quelques mots« .

Typhon offre d’abord une description saisissante des effets d’une tempête sur un navire, et sur les hommes qui s’y trouvent. On y approche de l’état de terreur hébétée et révérencielle qu’elle doit produire chez ses victimes (« Personne – pas même le capitaine Mac Whirr, qui, seul sur le pont, avait aperçu une blanche ligne d’écume s’avancer, à une telle hauteur qu’il n’en pouvait croire ses yeux -, personne ne devait jamais savoir ce qu’avait été l’escarpement de cette lame, et l’effrayante profondeur du gouffre que l’ouragan avait creusé derrière la mouvante muraille d’eau.« ). Mais l’intérêt du récit réside surtout dans la description des états d’âme des deux principaux protagonistes, que l’on suit de leur point de vue, mais également par leur correspondance avec leurs proches, ce qui introduit d’ailleurs une touche d’humour dans le récit (notamment les courriers écrits par MacWhirr et la façon dont ils sont reçus par sa famille sont retracés avec une cruelle ironie). Enfin, aux difficultés posées par la tempête s’ajoutent les mouvements de panique et de révolte des passagers, et la façon dont le capitaine tente de se sortir de cette situation constitue l’ultime rebondissement du roman.

J’espère vous avoir donné envie de découvrir (si vous ne le connaissez pas déjà) cet écrivain qui est loin d’être un simple narrateur de récits exotiques de voyages et d’aventures. Son sujet principal est en fait ses personnages, qu’il confronte à des événements ou à des cas de conscience, mais surtout à leurs propres faiblesses et aux pitoyables mensonges avec lesquels ils tentent de se tromper eux-mêmes. Comme l’a dit William Faulkner (citation qu’affectionne George R.R. Martin), la seule chose qui vaille la peine d’être prise comme sujet d’écriture, c’est le cœur humain luttant contre lui-même.

Lapin rouge

Légendes de la Mer (1975), de Bernard Clavel

Couverture des Légendes de la Mer de Bernard Clavel

Couverture des Légendes de la Mer de Bernard Clavel, Éditions Hachete

Bernard Clavel est un auteur qu’on ne présente plus : prix Goncourt en 1968, on trouve de très bons romans dans sa bibliographie. En 1975, il a écrit une compilation pour la jeunesse regroupant une vingtaine de contes et légendes de la mer de par le monde.
Je l’ai lu enfant et j’avais été émerveillée par sa magie ; je l’ai relu adulte et les légendes n’ont pas perdu de leur charme. Sirènes, génies maléfiques, sorcières aidant des pêcheurs, phoques qui parlent (oui, oui des phoques !), filets de pêche magiques et autres monstres marins, on rencontre à peu près toutes les créatures fantastiques maritimes au fil des pages.

Certaines légendes finissent bien (comme le conte français Le 7e fils du pêcheur breton ou l’arabe La fille du génie des flots), d’autres ont une fin douce-amère, voire cruelle.
J’ai été traumatisée par certains contes (comment ça ils ne vécurent pas tous heureux et n’eurent pas tous beaucoup d’enfants ??), mais je ne voudrais pas gâcher votre plaisir de lecture en dévoilant certaines fins…
Je me contenterai d’accorder une mention spéciale au Pêcheur sans âge où Urashima sauve une tortue qui s’avère être en fait la fille du roi sous la mer ou au Beau mendiant et l’esprit des perles, où un père lance un défi à son fils d’affronter une sirène (sympa le papa !). En bref, ce livre est à découvrir, à lire ou à relire, pour les grands et les petits!

Célilune

Capitaine Hornblower (1938-1967), de C.S Forester

Couverture de Capitaine Hornblower de C.S. Forester

Couverture de Capitaine Hornblower de C.S. Forester, Éditions Pocket

Ce personnage n’est pas forcément bien connu de ce côté-ci de la Manche, mais là où nous avons la cape et l’épée, les mousquetaires et d’Artagnan, les Britanniques ont leur Royal Navy et ses flegmatiques capitaines, dont Horatio Hornblower, héros de nombreux romans et histoires plus courtes, souvent publiées par épisode dans des magazines, et incarné à l’écran au cinéma par Gregory Peck ou plus récemment dans une série par Ioan Gruffud. Ses aventures nous mènent de son premier engagement comme aspirant de marine en 1793 jusqu’à ses missions en tant qu’amiral et à la mort de Napoléon, de la Baltique au Pacifique.
Ce personnage populaire a donc passablement vieilli. Même si Hornblower est une sorte d’antihéros avant l’heure, un intellectuel doutant de lui et sans charme ni force physique, les histoires sont bourrées de clichés. Mais cela donne un charme suranné et un second degré assez amusant, et il faut le dire, pour une fois avoir les bouffeurs de grenouilles en grands méchants plutôt que la perfide Albion, c’est rigolo. Sans compter que l’auteur a une belle plume, Hemingway le recommandait. Ses descriptions de la vie à bord d’un vaisseau de la ligne sont passionnantes, les batailles navales abondantes et trépidantes, et il essaie autant que possible de faire coller la fiction à l’Histoire, inspirant d’autres modèles du genre comme le Jack Aubrey d’O’Brian ou encore Honor Harrington dans le space opera homonyme de David Weber.

Pandémie

Cahiers de Louis-Adhémar-Timothée Le Golif, dit Borgnefesse, capitaine de la flibuste

Couverture de Cahiers de Louis-Adhémar-Timothée Le Golif, dit Borgnefesse, capitaine de la flibuste

Couverture de Cahiers de Louis-Adhémar-Timothée Le Golif, dit Borgnefesse, capitaine de la flibuste, éditions Grasset

Vous avez aimé Gagnez la Guerre ou Les Aventures de Benvenuto Gesufal, spadassin du Podestat ? Vous avez frissonné devant La Servante Écarlate, ou le journal d’une femme sous le régime de Gilead ? Tentez les Cahiers de Louis-Adhémar-Timothée Le Golif, dit Borgnefesse, capitaine de la flibuste, mémoires très drôles et très bien écrites d’un corsaire malouin au temps du Roi Soleil, publiées en 1952 chez Grasset.

Duels, abordages, coups tordus, femmes, revenants, requins, naufrages… Borgnefesse survit à tout, bat tout le monde, séduit les plus belles femmes, et si les historiens et mauvaises langues disent qu’il n’hésite pas à inventer ce qu’il n’a pas pu vivre, les fans argumentent que c’est pour le bien du récit, et que de toute façon un tel personnage peut bien se permettre d’inventer sa vie de A à Z. À ce sujet, ne sautez surtout pas la savoureuse présentation qui explique comment le texte a été trouvé dans un coffre caché dans un mur de Saint-Malo, à l’occasion des bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Seul regret avec ce livre, les multiples pages détrempées par l’eau ou brûlées par le feu. On aurait tellement aimé avoir les aventures complètes de Borgnefesse…

DNDM

Les Aventuriers de la mer (2001-2007) de Robin Hobb

Couverture de l'intégrale 1 des Aventuriers de la mer

Couverture de l’intégrale 1 des Aventuriers de la mer, Edition J’ai Lu

Les Aventuriers de la mer se situe dans le même univers que celui de l’Assassin royal. Il est situé temporellement parlant après la première trilogie de Robin Hobb.

Le cycle prend place sur la côte loin au sud des Six Duchés. L’un de ses concepts les plus intéressants concerne les Vivenefs : ce sont des navires existant uniquement dans cette région du monde, construits dans du bois-sorcier magique, garantissant à la famille du marchand en possédant un la prospérité. En effet, seuls ces bateaux peuvent braver l’acidité du fleuve du désert des Pluies, et ramener des artefacts magiques trouvés dans les ruines de Anciens. De plus, ils possèdent certaines capacités particulières dont celles de pouvoir « dialoguer » avec leurs capitaines.

L’intrigue tourne en particulier autour d’Althéa Vestrit qui s’attendait à ce que sa famille lui lègue la Vivacia, la vivenef familiale à la mort de son père. Mais cette dernière est récupérée par sa sœur Keffria et son mari Kyle qui s’en servent alors comme un moyen de transport pour le commerce méprisé et méprisable, mais rentable, des esclaves…
Autant dire que ce n’est pas vraiment du goût d’Althéa, qui décide de tout faire pour récupérer son navire. Évidemment ce pitch est très succinct, car les aventures vécues par Althéa (et les autres personnages) méritent que l’on s’y attarde .

Le cycle approfondit l’univers de l’Assassin royal et de ses dragons si particulier. Vous retrouverez d’anciens personnages (et c’est assez drôle de les voir via d’autres regards que ceux que l’on connaît). L’écriture de Robin Hobb est toujours aussi captivante et toujours aussi fluide. Double mention spéciale : on ne lit plus les atermoiements de Fitz (oui, c’est un plus ^^) et surtout, vous aurez le droit à l’Euron Greyjoy local, Kennit. Moins fou, mais tout aussi charismatique, c’est un personnage vraiment particulier et très intéressant à suivre.

Bref, un cycle de fantasy avec des pirates, des dragons et des aventuriers !

Geoffray

Conclusion

Avec ces aventures maritimes, nous espérons vous faciliter la fin de l’été et vous aider à braver les tempêtes d’automne. Si vous voulez aller plus loin, vous pouvez aussi aller voir du coté de Pierre Mac Orlan (À bord de L’Étoile Matutine, L’Ancre de miséricorde, …), de Jack London (Le Loup des mers, Contes des mers du Sud, …), de Richard Dana (Deux années sur le gaillard d’avant) et bien sûr d’Herman Melville (Moby Dick, mais aussi Vareuse-Blanche, ou Billy Budd, marin). Coté BD, le cycle des Passagers du Vent, de Bourgeon, ou les aventures de Corto Maltese, d’Hugo Pratt, sont des classiques, mais laissez-vous aussi tenter par la série Théodore Poussin, de Le Gall, ou par De cape et de crocs, la savoureuse saga d’Ayrolles et Masbou.
Bonne mer, et bon vent !

Compte collectif de La Garde de Nuit.

2 Comments

  1. Des recommandations de lecture sur le thème de la Mer sans une mention aux « Voyages Extraordinaires » de ce bon Jules… #choquéetdéçu Plus sérieusement, je crois qu’il y a quiproquo entre Philippe Jaworski, le spécialiste de Melville, et Jean-Philippe Jaworski, l’auteur de fantasy, en conclusion.

    • Judicieuse remarque sur Jaworski ! J’ai corrigé. Quant au bon Jules, bien sûr on aurait pu en parler (Vingt mille lieues sous les mers, Les Enfants du capitaine Grant, Les Aventures du capitaine Hatteras, et tant d’autres). N’hésite pas à te proposer comme contributeur pour les prochaines recos !

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