Share This Post

Accueil – Créations / Recommandations littéraires

Recommandations d’août : partons en Irlande !

Recommandations d’août : partons en Irlande !

George R. R. Martin est actuellement en Irlande (il a participé à la WorldCon 2019 de Dublin, avant d’enchaîner avec la TitanCon à Belfast). Certains membres de la Garde de Nuit ont fait le déplacement et vous raconteront bientôt leurs aventures… mais en attendant, à défaut d’être présents sur les terres irlandaises, nous vous proposons de voyager à travers nos recommandations littéraires !

Les Cendres d’Angela, de Frank McCourt

Les Cendres d’Angela de Frank McCourt : une enfance en Irlande

Frank McCourt, enseignant américain, décrit son enfance dans l’Irlande d’avant-guerre… Une enfance miséreuse, entre une mère dépassée et fatiguée qui est obligée de quémander la nourriture, et un père irresponsable et alcoolique qui boit les maigres subsides de la famille. Né à New-York, il revient avec sa famille en Irlande lors de la Grande Dépression (1929) après le décès de sa plus jeune sœur. Sur la terre natale de ses parents, il souffrira de la faim, de l’humidité, de la maladie, et parfois de la mort de certains de ses très jeunes frères.

Pourtant, malgré la dureté du propos, ce livre se lit d’une traite : le narrateur est l’enfant Frank McCourt, qui pense et parle comme un enfant. Parfois naïf, il ne comprend pas le monde qui l’entoure, mais le lecteur ne le comprend que trop bien. Le jeune Frank est responsabilisé très tôt, en devant s’occuper de ses plus jeunes frères, quand sa mère ne l’envoie pas chercher son père dans les pubs pour lui prendre l’argent des allocations. Il n’a pas dix ans.

La société irlandaise de l’époque n’est pas décrite sous son meilleur jour : les professeurs d’école font souvent preuve de sadisme dans les punitions, la religion et les superstitions sont très prégnantes, ce qui n’empêche pas les enfants McCourt d’être confrontés au mépris de classe, alors que la faim les tenaille sans cesse.

L’auteur réussit à nous décrire des personnages très divers et bien croqués : les voisins généreux et ceux qui sont égoïstes, les prêtres peinés pour les enfants pauvres et ceux qui leur ferment (littéralement) la porte au nez, les membres de la famille choqués par l’alcoolisme et ceux qui préfèrent aller boire une pinte avec le père.

À aucun moment ce livre n’est larmoyant. Au contraire, il est très vivant, et dans cet univers à chaque jour suffit sa peine. Témoignage sur un passé pas si lointain, où les pauvres avaient parfois honte, où l’ignorance faisait des ravages, mais aussi un monde où des enfants comme Frank ont eu la chance de lire des livres à aimer, pour un jour devenir enseignant « en Amérique ».

FeyGirl

Mon traître, de Sorj Chalandon

Mon Traître, de Sorj Chalandon.

Mon traître, de Sorj Chalandon.

Sorj Chalandon, c’est cet excellent journaliste qui fait du roman quand il n’arrive pas à faire de l’autofiction ou du narrative journalism. Ses doubles littéraires sont luthier ou metteur en scène, mais ça ne trompe personne, sous ces identités de pacotille, ils sont Sorj Chalandon, reporter de guerre à Libération. Reporter de guerre et spécialiste du conflit en Irlande du Nord, et pote avec un membre de l’IRA qui, des années plus tard, se révélera avoir trahi sa cause et ses amis pendant des années, et sera assassiné. Mon traître, c’est cela, l’histoire d’une amitié et d’idéaux trahis. L’Irlande du Nord et les rues de Belfast sont une toile de fond (peu touristique, sauf si on aime les bars et la pluie). Les années 70-80, une ambiance (lointaine, et vintage). Le conflit politique, un contexte (on pourrait en faire des tonnes de roman d’espionnage). Mon traître parle de tout cela, mais il écorche surtout un brin l’âme humaine pour la mettre à nue, et c’est à ça qu’on reconnaît les bons bouquins, et les bons auteurs.

DNDM

Le Chant des corbeaux, d’Erin Hart

Le Chant des corbeaux Erin Hart

Le Chant des corbeaux, d’Erin Hart

Je dois avouer que l’Irlande, ça a longtemps été des concours de descente de Guinness sur fond de musique celtique dans un décor de Saint-Patrick kitsch d’un pub de la ville ou alors Joyce, Yeats ou Beckett durant les études. Erin Hart, avec tout le respect que je lui dois, n’entre pas vraiment dans cette catégorie des grands auteurs irlandais. Déjà, parce qu’elle est américaine, mais aussi parce que ses polars n’ont pas d’autre prétention que de divertir sans laisser un souvenir mémorable. D’ailleurs, de l’intrigue, je ne me rappelais pas grand-chose : un corps retrouvé dans les tourbières, une experte américaine devant enquêter avec un archéologue irlandais, une histoire d’amour et des twists que l’on voit venir de plus loin qu’un gars déguisé en leprechaun seul dans le RER. Je n’avais donc jamais repensé à ce livre, ni à sa suite (ou ses suites, d’après Internet), jusqu’à ce que le site choisisse l’Irlande comme thème du mois. Il faut dire que ces livres ont un potentiel de dépaysement impressionnant. Erin Hart se passionne pour cette île, son folklore, ses légendes, son terroir et ses habitants et elle sait le transmettre. Et à défaut de me donner l’envie de suivre sa carrière littéraire, elle m’avait donné envie de visiter ce magnifique pays (et j’ai fini par le faire). C’est déjà beaucoup pour un petit bouquin sans prétention.

Pandémie

Le Táin Bó Cúailnge

The Táin Bó Cúailnge, (Penguin Books)

L’Irlande et sa littérature, c’est aussi un lien très étroit avec ses mythes et légendes : ici, donc, pas d’auteur précis déterminé, car bien que les premiers manuscrits soient datés du XIème siècle, ce récit provient de traditions orales vraisemblablement plus anciennes.

Le Táin, connu chez nous comme la « Rafle des Vaches de Cooley », est le récit le plus dense et épique du cycle d’Ulster, narrant les histoires de la province éponyme (située au nord de l’Irlande) sous le règne du roi Conchobar mac Nessa, notamment les exploits du jeune héros Cúchulainn, souvent qualifié d’« Achille irlandais ».

Le point de départ ? La province de Connacht, à l’ouest de l’île, où la reine Medb (Maeve), forte de caractère, s’amuse à comparer ses biens à ceux de son époux le roi Aillil, et prétend en avoir plus. Mais Ailill parvient à lui prouver l’inverse : leurs possessions sont égales, excepté pour un taureau blanc du nom de Finnbhennach, « le Blanc Cornu ». Maeve décide donc de chercher de quoi remédier à ce déséquilibre en Ulster, où se trouve le célèbre taureau fabuleux du nom de Brun de Cúailnge. Son avidité la pousse alors à déclencher, avec l’aide d’une coalition de royaumes irlandais menée par le Connacht, un raid contre le royaume d’Ulster pour s’emparer du taureau légendaire. Le roi Conchobar et le reste des Ulates (habitants de l’Ulster) étant impotents à cause d’une malédiction, un seul homme pourra contrer cette invasion : le héros Cúchulainn, le plus féroce des guerriers d’Irlande, fils du dieu Lugh et donc à moitié divin lui-même. Sa puissance surhumaine, sa hardiesse et sa ruse l’aideront à déjouer à lui seul une grande partie des armées du Connacht.

Bien que n’étant chronologiquement pas le premier des récits des cycles mythologiques celtes, le Táin constitue une parfaite représentation du ton de ceux-ci, et s’avère être une entrée en matière idéale dans les mythes et légendes irlandais. Un épique absurde, où tout est hors de proportion, où des guerres entre provinces entraînent des massacres innombrables pour des possessions futiles ; et où un homme seul peut mettre à mal une armée et tuer des milliers d’hommes simplement avec un lance-pierre. La teinte d’humour noir peut également surprendre, mais est entièrement bienvenue dans le récit, se jouant parfois de l’absurdité de certaines situations – les tactiques de guérilla de Cúchulainn deviennent alors des plus hilarantes lorsque la moindre critique à son égard dans le camp des armées de Connacht peut entraîner un tir de caillou létal provenant d’un buisson au loin. À noter également que le récit nous fait constamment voyager, et justifie avec amusement l’appellation des lieux visités en fonction des événements ou morts qui s’y déroulent.

Une lecture à la fois fascinante, épique, drôle et pédagogique, le Táin est un mythe sanglant qui ravira amateurs de mythologie celtique et de mythes en général, d’autant plus si vous êtes également fan de fantasy.

Jean Neige

Conclusion

Nous espérons vous avoir fait découvrir de chouettes lectures ! N’hésitez pas à réagir, ou à ajouter vos propres idées dans les commentaires. Et si vous n’avez pas trouvé votre bonheur ici, vous pouvez toujours retrouver les conseils des mois précédents dans l’annuaire de toutes les recommandations publiées sur le blog de la Garde de Nuit.

Compte collectif de La Garde de Nuit.

Leave a Reply