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Recommandations de mai : on fait ce qui nous plaît ^^

Recommandations de mai : on fait ce qui nous plaît ^^

En ce mois de mai, la Garde de Nuit s’ouvre à d’autres horizons ! Puisqu’en mai, on fait ce qui nous plaît, on a décidé de vous recommander des pépites en ne se restreignant pas aux livres. Et vous, vous nous recommandez quoi ?

The West Wing (1999-2006)

The West Wing

Comment sait-on qu’une série est une réussite ? Comment sait-on si c’est une pépite, ou juste une bonne série ? En ce qui me concerne, il y a un élément simple (et qui marche aussi sur d’autres médias) qui permet d’évaluer la valeur d’une série : l’envie de revisionnage. Rares sont les séries que j’ai vues plusieurs fois. The West Wing (« À la Maison Blanche » en VF) est de celles-là : actuellement j’attaque mon quatrième visionnage. Et, à chaque fois, le plaisir est intact.

Série qui nous emmène dans les coulisses d’une administration de la Maison Blanche, celle du président Jed Bartlet. On suit donc le travail des équipes qui l’entourent (son chief of staff, équivalent de notre premier ministre, ses principaux conseillers, les services de presse et de communication…). Présentée ainsi, on pourrait qualifier cette série de politique. Et on aurait certes raison, mais ce serait aussi très réducteur. La série aborde un nombre de genres (drame, suspens, politique, philosophique, humour…) assez impressionnant, et s’intéresse à un éventail de thématiques dont il sera impossible de faire un relevé exhaustif (économie, politique étrangère, environnement, campagne politique, incarnation du pouvoir, le bien et le mal et les limites parfois floues entre ces deux concepts, la raison d’État, le poids du pouvoir et des responsabilités, racisme, terrorisme, violence…).

Et la série aborde ces thématiques et ces genres différents avec une égale maîtrise. Elle arrive à vous rendre anxiogène et trépidant un vote à la Chambre ou au Sénat, sur fonds de tractations et de débats, c’est vous dire le niveau. Chaque épisode a un fil conducteur thématique, mais chaque épisode montre qu’une administration politique ne s’arrête jamais, qu’elle gère aussi l’imprévu et l’accessoire. Il faut ici souligner le génie du créateur et scénariste de la série, monsieur Aaron Sorkin. Scénariste et producteur à Hollywood, il a un style inimitable, dont la spécialité est sans contexte les dialogues. Généralement, en tant que fan du Trône de Fer, on est tous friands des punch lines de Martin. Un épisode de The West Wing, c’est sans doute plusieurs dizaines de punch lines par épisode (mais des punch lines niveau Tyrion plutôt). Les dialogues sont en effet incontestablement le gros point fort de cette série.

Mais elle a d’autres immenses qualités. Ses personnages sont tous attachants, et tous interprétés à la perfection. Si bien sûr la figure du président incarné par un Martin Sheen impérial et charismatique en diable domine le casting, il n’écrase absolument pas les acteurs de talent qui l’entourent. Il faut citer notamment les excellents Allison Janney, Richard Schiff (Toby Ziegler, mon petit chouchou), John Spencer et Bradley Whitford. Si leurs noms ne vous disent peut-être rien, vous avez forcément croisé ici ou là leurs visages dans d’autres productions. Rarement une série aura réussi à me rendre intéressants, sympathiques et, disons le, à me faire aimer des personnages dont la complexité se dévoile progressivement, avec des enjeux humains forts.

Maintenant, la question qui peut diviser : faut-il s’intéresser à la politique et connaitre un peu le système politique américain pour apprécier cette série ? Évidemment, répondre un non ferme et définitif serait présomptueux. Mais je pense sincèrement que même des néophytes en la matière peuvent sans souci rentrer dans cette série, par les immenses qualités techniques et artistiques qu’elle véhicule. Et, surtout, la série fait preuve d’une réelle volonté louable de didactisme, elle ne prend jamais ses spectateurs pour des idiots ou des élitistes, et elle sait toujours rendre son propos lisible et accessible.
Si je ne devais faire qu’un seul reproche à cette série, c’est qu’elle présente des personnages qui ont parfois un aspect au-delà du réel quant à leurs convictions, leurs ambitions et leur sens moral. On fait face à des gens ayant tous des standards moraux de service du public hautement louables. Ils ont certes des défauts, mais, globalement, on rêverait tous d’être gouverné par un président comme Jed Bartlet, entouré de ses conseillers. Ceci dit, un peu d’idéalisme politique, est-ce vraiment si mal que ça ?

Corondar

Les Fugueurs de Glasgow de Peter May

Les Fugueurs de Glasgow, par Peter May, ed. Babel Noir

Les Fugueurs de Glasgow, par Peter May, ed. Babel Noir

Je ne suis pas féru de polars, mais, ayant le projet de partir en vacances en Écosse, je me suis vu offrir le premier tome de La Trilogie écossaise (L’Île des chasseurs d’oiseaux, L’Homme de Lewis et Le Braconnier du lac perdu), de Peter May, et je me suis empressé de me procurer les deux autres, puis d’autres bouquins de cet auteur (tous paru chez Babel noir et traduits par Jean-René Dastugue). J’ai choisi de vous parler d’un roman isolé, Les Fugueurs de Glasgow, qui me semble idéal pour le découvrir.
Ce volume est en effet assez typique de sa manière : un crime commis dès les premières pages, un personnage principal dont on suit exclusivement le point de vue pendant tous le roman, une alternance entre passé et présent au fil des chapitres, et une intrigue policière qui semble parfois perdue de vue, mais qui vous fait avaler les cent dernières pages sans pouvoir reposer le livre (à ne pas aborder le soir si vous devez vous lever tôt le lendemain !). Dans ce volume, le passé dont il est question est celui des Sixties et du Swinging London. Le personnage principal est un habitant de Glasgow septuagénaire en 2015, qui est persuadé d’avoir raté sa vie, et qui va être amené par un vieil ami à repartir à Londres, sur les traces de l’équipée que tous deux, avec trois autres jeunes garçons, y avaient mené en 1965, et qui les a marqués à jamais. On suit donc en parallèle les deux voyages, tous deux aussi chaotiques, à 50 ans d’intervalle.
L’intrigue policière est le fil rouge du récit, mais l’écriture de Peter May s’attache surtout à l’intériorité de son personnage, à la description de ses rapports avec les autres, et il excelle à confronter la vitalité et la fureur d’une époque adolescente avec la mélancolie de celui qui fait le bilan de sa vie un demi-siècle après. Mais on n’est pas dans le ressassement et l’aigreur, et le livre se révèle plutôt doux-amer que désespéré.
Si vous aimez ce livre, n’hésitez pas à attaquer La Trilogie écossaise (chaque volume peut se lire indépendamment, mais le personnage principal évolue au fils des trois). Elle a pour cadre les Hébrides extérieures, un archipel au nord-ouest de l’Écosse, et Peter May excelle aussi à décrire les atmosphères océaniques, le vent omniprésent, les brusque échappées du soleil sur la lande et les vagues de l’Atlantique se fracassant sur les roches de gneiss vieilles de plusieurs milliards d’années (si, j’ai vérifié, ce sont parmi les plus anciennes roches au monde). J’aborde à présent sa série chinoise (six ouvrages parus), à l’ambiance très différente, mais toujours avec le même plaisir de lecture.

Lapin rouge

Ghost of a Tale de Lionel Gallat

Illustration de Ghost of a Tale par Jérôme Jacinto.

Il y a des jeux vidéos où l’on salue l’effort des équipes d’un studio, ici c’est l’acharnement d’une personne à porter un projet, Lionel Gallat, qui mérite que l’on s’y attarde. Ancien animateur chez DreamWorks et Universal, ce Français de Perpignan a quitté les studios d’animation pour se lancer seul dans l’aventure du jeu vidéo. Après un crowdfunding en 2013 qui a financé une première partie du projet Ghost of a Tale, il a travaillé pendant trois ans sur ce jeu, non sans attirer l’attention de Microsoft qui permettra de financer la fin de la mise en œuvre. Et même si le jeu a reçu mauvaise presse du fait d’une sortie bugguée (mais quel jeu sort sans un patch de mille heures à télécharger aujourd’hui ?), il n’en reste pas moins que le jeu en valait la chandelle (et cet objet s’avère particulièrement important dans ce trop court RPG).

Alors de quoi ça parle ? Dans un univers de fantasy animalière où se mêlent joyeusement les influences tant de Rougemuraille que Brisby et le secret de NIMH, on y incarne la mignonne petite souris Tilo, ménestrel de son état. Enfermé dans les cachots de Fort Deruine, il va devoir, par sa ruse et son empathie naturelle pour les personnages rencontrés, réussir à s’échapper pour retrouver son épouse, Merra. Pas d’open-world de mille lieux à explorer ici, sachez que le jeu se contente de présenter Fort Deruine et ses environs où l’on rencontre toute une galerie de personnages adorablement écrits. L’histoire, sans être naïve, se révèle touchante et il y a quelque chose de profondément satisfaisant à incarner un héros qui ne combat jamais (et tue rarement, j’ai du tuer 3 araignées en tout). Afin de rester dans ses frais, Lionel Gallat n’a pas fait doubler le jeu et ce sont des boîtes de dialogue bleues à l’ancienne (Final Fantasy VII avant son remake) qui permettront de discuter avec les personnages. Ces rencontres sont rythmées par un thème musical écrit pour chaque personnage et enregistré par le London Symphony Orchestra, qui reprend intelligemment les chansons que vous serez amené à leur chanter à un stade du jeu. Car Tilo est ménestrel et ça a une réelle importance dans l’avancement de l’histoire.

Bien sûr, tout n’est pas parfait et parfois la narration n’est pas toujours très instinctive, mais si vous êtes à la recherche d’une poignée d’heures (5-10h) dans un univers qui a l’air vaste mais se resserre sur un cadre intime (car les dialogues montrent bien que Sallat a pensé à tout ce qui l’entoure) pour une aventure bienveillante, Ghost of a Tale est fait pour vous.

Dans le doute, vous pouvez cliquer sur cette jolie bande-annonce.

Crys

Battlestar Galactica (2003-2009)

Battlestar Galactica

Battlestar Galactica

Battlestar Galactica était à l’origine une série télévisée de la fin des années 70, qui a mal vieilli. Mais par la suite, elle a donné naissance à la meilleure série de science-fiction de ces trente dernières années, je pèse mes mots !

La franchise a en effet bénéficié d’une nouvelle série à partir de 2003, en réalité une nouvelle version de la même histoire. Seuls l’idée générale et les noms des personnages ont été conservés : dans un espace lointain et à une époque indéterminée, les humains survivants des douze colonies détruites par les Cylons (robots) se sont enfuis à bord de quelques vaisseaux, dont le navire militaire Battlestar Galactica. Ce qui reste de l’humanité est à la recherche de la mythique treizième colonie, la Terre, tout en étant pourchassée par les Cylons.

Si vous voulez démarrer la série, attention au piège : ne commencez pas par l’épisode 1 de la saison 1, mais par la mini-série de 2003 (2 épisodes) qui constitue le vrai pilote. Elle représente le prologue de l’histoire… et c’est une claque ! 3 heures qui retracent l’attaque-surprise des Cylons sur les douze colonies et la fuite des survivants. Le spectateur est immédiatement plongé dans un récit à fort enjeu dramatique et au ton très sombre.

Battlestar Galactica marque un tournant dans l’univers de la télévision américaine, en démontrant qu’on peut créer une série de science-fiction de qualité et réaliste. Les personnages sont particulièrement réussis et évoluent au fil de l’histoire. Les créateurs n’ont pas hésité à aborder des thèmes graves, comme le poids des idées et de la religion, les difficiles décisions à prendre pour la survie de la communauté, le racisme sous forme d’allégorie, la torture, les forces d’occupation, etc. Écrite après les attentats du 11 Septembre et l’occupation de l’Irak par les USA, les sous-entendus politiques ne sont pas un hasard.

En plus du soin apporté au scénario et du très bon jeu des acteurs (*), le programme a bénéficié d’un budget à la hauteur des ambitions. Parce qu’une série de science-fiction a le même problème qu’une série de fantasy : les décors et les effets spéciaux coûtent cher !

Autre point fort de la série : la trame globale des 4 saisons était déterminée avant le début du tournage. En d’autres termes, les créateurs avaient déjà imaginé un début, un développement et une fin. Ils ne sont pas tombés dans le piège de proposer de nouvelles saisons aux forceps, en inventant des retournements de situation sans aucun sens. Bien au contraire, la fin est certes très surprenante, mais elle est cohérente avec le reste des épisodes. Elle a bien fonctionné sur moi !

(*) concernant la distribution, je décerne une mention spéciale aux actrices Katee Sackhoff pour Kara « Starbuck » et Tricia Helfer pour Numéro Six, toutes les deux dans des rôles très différents, mais si marquants ! Je suis déçue de les avoir si peu revues par la suite dans d’autres programmes.

FeyGirl

Friday Night Lights (2006-2011)

Friday night lights

Une fois que vous aurez visionné les (excellentes) séries télé présentées par mes compères Corondar et Feygirl, voici encore une série à ajouter à votre liste !

Friday Night Lights nous amène au Texas, dans la petit ville de Dillon. À Dillon, tout le monde se rassemble le vendredi pour voir jouer les Panthers, l’équipe de football américain du lycée. Au fil de cinq saisons, nous allons suivre cette équipe et vivre avec les lycéens et les adultes qui la portent leurs joies, leurs espoirs, leur peines…

Disons-le tout de suite, sur le papier, le thème de la série peut faire peur. Mais surtout, ne vous y arrêtez pas en vous disant « Eeeuh du football américain ? Mais j’y connais rien, ça ne m’intéresse pas ! ». Si le football est au cœur de cette petite ville de Dillon, il n’est pas le cœur de cette série qui est avant tout une série profondément humaine. Le football permet avant tout de placer un cadre : celui d’une Amérique qu’on qualifie souvent de « profonde », une Amérique attachée à ses valeurs et à son mode de vie, où le football, avec sa violence et ses paillettes, ses jeunes quaterbacks stars du lycée et ses cheerleaders en jupettes, constitue un moment hors du temps, qui permet d’échapper à son quotidien et glorifie une certaine idée de l’Amérique. Et c’est dans ce cadre que la série nous présente une jeunesse texane un peu paumée, pleine de rêves et de désenchantements, avec des personnages plus touchants les uns que les autres. Les adultes ne sont pas en reste, l’équipe étant menée par le formidable coach Taylor – interprété par l’excellent Kyle Chandler – qui n’est pas seulement un entraîneur mais un conseiller, une figure paternelle pour eux. Un personnage d’une humanité rare… mais qui en contrepartie fait subir à sa famille obligation sur obligation. Et si tout ce mélange peut faire penser à une série drama pour adolescents façon Hartley Cœur à vif, la série est bien plus que ça, avec son écriture fine, une très jolie réalisation, et des personnages très tangibles. Elle aborde et dissèque cette Amérique profonde et ce système en ne se voilant pas sur ses dérives (corruption, drogue, racisme, népotisme, impunité des joueurs tant qu’ils gagnent, conséquences de la défaite…)

On est donc face à une série bouleversante, une chronique sociale jamais manichéenne de l’Amérique profonde qui mérite vraiment d’être vue. Vous m’en direz des nouvelles !

Clear eyes, full hearts, can’t lose !

Nymphadora

Conclusion

Si rien de tout cela ne vous parle, n’hésitez pas à consulter l’annuaire de toutes les recommandations publiées sur le blog de la Garde de Nuit.

Compte collectif de La Garde de Nuit.

1 Comment

  1. Je plussoie la recommandation de « Battlestar Galactica », étape incontournable de la SF des années 2000, avec effectivement un très bon casting, des moyens, des thèmes forts, mais également un excellent compositeur en Bear McCreary, le tout chapeauté par Ron Moore, bien connu des fans de Star Trek ou Outlander depuis. En revanche, celui-ci a clairement admis et la publication de la bible de la série confirmé que non, tout n’était prévu à l’avance, et que la S3 a introduit des éléments inédits, à la résolution… contestée. Donc je suis pas sûr que je partagerais l’enthousiasme de FeyGirl pour la fin avec le recul, bien que la série reste de mes préférées.

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