Les îles de Fer : et dans les livres, alors ?

Visuel L'estivale 2017 (Riusma pour La Garde de Nuit)

Alors que le personnage d’Euron Greyjoy a pris de l’ampleur dans la saison 7, beaucoup d’aspects de la vie des Fer-nés n’ont pas été retranscrits dans la série. Nous avons déjà analysé en détail les différences qui existent entre le personnage d’Euron de la série et le Euron des livres (voir la chronique Euron Greyjoy : et dans les livres, alors ?). Toutefois, il restait encore bien des choses à dire sur les Fer-nés ! Sur le modèle de ce qu’elle a fait pour Dorne, la Garde de Nuit vous propose donc aujourd’hui d’aller faire un tour du côté des livres pour évoquer certaines divergences importantes d’avec la série, en particulier sur la mentalité et l’histoire des Fer-nés.

L’Antique Voie et les Fer-nés

Les îles de Fer, archipel au large des côtes ouest de Westeros, sont un territoire pauvre, car leur sol rocheux se prête mal aux cultures. En témoigne l’appellation de « contrées vertes » que donnent les insulaires au reste du continent. L’essentiel des ressources des îles provient de la mer et des mines de fer qui leur ont donné leur nom.
La culture des Fer-nés est ainsi marquée par la proximité à la mer, par les faibles ressources des îles et le peu d’espace pour y abriter une population importante. Le peuple des Fer-nés se distingue du reste des Ouestriens par une religion originale, celle du dieu Noyé, et un code de conduite culturel propre, l’Antique Voie.

La religion du dieu Noyé

Le dieu Noyé est la divinité principale de la religion des Fer-nés. Son élément est la mer, où se trouve son royaume. Il s’agit d’une religion dualiste, le dieu Noyé ayant un pendant négatif incarné par le dieu des Tornades, maître du vent.
La philosophie du culte témoigne de la lutte permanente contre la rudesse des conditions de vie dans les îles de Fer. Les principes de cette religion sont à l’image du sacrifice du dieu, qui s’est noyé pour son peuple avant de revenir à la vie. Elle enseigne l’acceptation des épreuves, un mode de vie volontaire dans lequel seuls les plus forts peuvent survivre. De plus, les guerriers fer-nés ne craignent pas la mort par noyade, n’hésitant pas à se battre en armures lourdes sur le pont de leurs bateaux. S’ils ont bien suivi les préceptes de l’Antique Voie (code de conduite émanant des traditions orales du peuple Fer-né), ils ont l’assurance de festoyer à jamais dans les demeures liquides du dieu Noyé, servis par les sirènes.

La culture fer-née est ainsi une culture rude, où la loi du plus fort est le maître mot, et où l’on ne craint pas la mort.

Les préceptes qui en découlent : l’Antique Voie

L’Antique Voie constitue un ensemble de préceptes datant de l’Âge des Héros (période légendaire, entre l’arrivée des Premiers Hommes en Westeros et les invasions andales, survenues environ six mille ans avant la Conquête d’Aegon), liés à la religion du dieu Noyé et à la culture ancestrale des Fer-nés. Ce mode de vie, résultant notamment de l’étroitesse des îles de Fer et de leur pauvreté, consiste à s’accaparer les ressources des autres nations par la force plutôt que de favoriser les relations commerciales. Ainsi, les Fer-nés ont longtemps privilégié les opérations de pillage et de razzias sur les côtes continentales, enrichissant les îles de leur butin et disposant ainsi d’une main d’œuvre abondante pour le travail dans les mines de fer.
Depuis la Conquête, et surtout après l’échec de la rébellion des Greyjoy de l’an 289, le retour à l’Antique Voie est souvent mentionné par les Fer-nés comme une sorte de nostalgie d’une époque bénie d’avant la soumission au Trône de Fer et à Aegon Ier Targaryen.

Le baptême

Tout bon Fer-né se doit d’être baptisé par la mer, non simplement le front trempé dans un bassin d’eau de mer, mais totalement immergé. Les membres du clergé du dieu Noyé (prêtres et leurs acolytes, nommés noyés) sont noyés (en réalité immergés jusqu’à l’évanouissement) puis « ramenés à la vie » par un prêtre grâce à une série de massages cardiaques.
Lors des baptêmes, le prêtre du dieu Noyé et le nouvel adepte répètent à tour de rôle la litanie suivante :

« Fais que ton serviteur renaisse de la mer comme tu en renaquis. Accorde-lui la bénédiction du sel, la bénédiction de la pierre, la bénédiction de l’acier »
« Ce qui est mort ne saurait plus mourir »
« Ce qui est mort ne saurait plus mourir mais ressurgit plus rude et vigoureux »

Le fer-prix

Tout bien acquis par un véritable Fer-né doit l’être au « fer-prix », c’est à dire pris par la force et par le fer de son arme, et non acheté ou troqué.
Une exception notable résidait toutefois dans les cadeaux offerts aux capitaines lors des états généraux de la royauté. Lors de ces derniers, chaque prétendant offrait des présents à l’assemblée des Fer-nés, témoignant ainsi de sa libéralité et de la prospérité de son règne à venir. L’acceptation de ces dons marquait tacitement le soutien des capitaines à tel ou tel prétendant.

Pratiques guerrières

Les Fer-nés sont censés combattre au corps-à-corps, avec haches et épées. L’utilisation d’armes de jet, de catapultes ou d’autres machines de guerre est, de ce fait, exclue. La pratique du siège ne fait pas non plus partie des usages guerriers fer-nés, affamer un adversaire ne procurant aucune gloire.
Il en découle une coutume assez folklorique : la danse du doigt. Il s’agit d’une pratique prisée des Fer-nés qui consiste pour les « danseurs » à se lancer mutuellement des petites haches tranchantes que le partenaire doit rattraper sans y laisser un ou plusieurs doigts, d’où son nom. La difficulté est accrue lorsqu’elle est pratiquée en fin de banquet, après l’absorption de beaucoup d’alcool, ce qui est fréquent chez les Fer-nés.

Sort des captifs : sacrifiés, serfs et femmes-sel

Lors de leurs expéditions de pillage, les Fer-nés ont de nombreuses occasions de faire des prisonniers. Les captifs mâles peuvent être sacrifiés par noyade au dieu Noyé (surtout si ce sont des guerriers valeureux), les autres seront asservis. En effet, bien que l’Antique Voie proscrive l’esclavage en tant que tel, le servage existe sous la forme des serfs et des femmes-sel (par opposition aux épouses légitimes, les femmes-roc), comme sont appelées les captives. C’est du moins le sort des plus belles, ou de celles qui possèdent des connaissances utiles. Les autres captives sont violées, puis tuées.

Serfs et femmes-sel deviennent alors les serviteurs de celui qui les a capturés, et lui doivent obéissance. Le rôle des femmes-sel peut aller jusqu’à celui de concubine, alors que les serfs sont généralement employés dans les travaux agricoles ou dans les mines de fer. Cependant, contrairement à des esclaves, ils ne peuvent être vendus ou échangés comme des biens, ne pouvant s’acquérir qu’au fer-prix. De plus, leurs enfants deviennent des hommes libres et des Fer-nés à part entière. Certaines maisons nobles des îles de Fer descendent de serfs, comme c’est le cas notamment pour la maison Humble. Un certain « Qarl le Serf » est également connu comme capitaine.

États généraux de la royauté

Les états généraux de la royauté sont une ancienne coutume fer-née de l’Âge des Héros. Ils constituaient autrefois une des libertés sacrées des Fer-nés, et leur société s’apparentait alors à une forme de monarchie élective.

À la mort d’un souverain, on assistait à un rassemblement de tous les capitaines des îles de Fer, afin de désigner par acclamation le nouveau roi, sous la conduite des prêtres du dieu Noyé. En effet, chaque capitaine était considéré comme un roi sur son propre bateau. Selon la coutume, chaque prétendant se présentait assisté de trois champions et faisait un discours expliquant en quoi il serait le meilleur roi. Ensuite, il offrait des coffres remplis de trésors aux Fer-nés assemblés, symboles de la richesse et des pillages qu’il compte apporter une fois qu’il sera roi.

Cette tradition prit fin le jour où le roi Urron Greyfer massacra les autres rois rassemblés à cette occasion, et rendit ainsi la succession au Trône de Grès (le trône traditionnel des rois fer-nés) héréditaire.

La famille royale : les Greyjoy

Une famille royale, vraiment ?

Les Greyjoy prétendent descendre du Roi Gris, premier souverain légendaire des îles de Fer. Du temps d’avant la Conquête, où les Fer-nés choisissaient leur roi lors des états généraux de la Royauté, ils étaient déjà une maison de premier plan, et seules les familles Bonfrère de Cormartel et Greyfer donnèrent plus de rois à la couronne de Bois Flotté (la couronne des souverains des îles de Fer) que la famille Greyjoy. Les Greyfer rendirent la royauté héréditaire, et régnèrent pendant un millénaire, jusqu’aux invasions andales. Ils furent alors détrônés par la maison Chenu, qui régna jusqu’à la Conquête.

Royaumes avant la Conquête
Royaumes avant la Conquête (crédit : La Garde de Nuit)
À cette époque, le royaume fer-né était très étendu. Environ cent ans avant l’arrivée d’Aegon le Conquérant, l’un des derniers rois de cette dynastie, Harwyn Chenu, conquiert même le Conflans qui fait donc partie du royaume fer-né. C’est d’ailleurs le dernier roi fer-né, Harren le Noir, qui fit construire le château d’Harrenhal. Harren choisit le site du château, au bord de l’Œildieu, pour ses terres riches et fertiles, ce qui en fait le château le plus prospère de Westeros. Voulant construire les voûtes et les tours les plus hautes du continent, Harren pille le voisinage pour trouver bois, pierres, métaux, mais aussi de la main d’œuvre. Des milliers de prisonniers trouvent la mort dans les carrières ou à s’escrimer à la construction des tours. Des barrals millénaires sont abattus pour en faire des poutres et des chevrons d’une taille jamais vue jusqu’alors. Mais même cette formidable forteresse ne pouvait résister aux flammes des dragons…

Après la mort du roi Harren le Noir et de ses fils durant la Conquête, Aegon Ier rendit au Conflans son autonomie et autorisa les survivants des derniers fidèles d’Harren sur les îles de Fer à choisir eux-mêmes leur seigneur (et non leur roi, puisque toutes les couronnes plièrent le genou face au Conquérant). Ce fut Vickon Greyjoy qui fut élu. Depuis lors, la maison Greyjoy dirige les îles de Fer pour le compte du royaume des Sept Couronnes, bien que les aspirations à l’indépendance et au retour à la vie de pillage d’antan soient toujours très fortes chez les Fer-nés.

C’est ainsi que Balon Greyjoy se déclara par deux fois dans sa vie roi des îles de Fer…

La rébellion Greyjoy

Pour bien comprendre l’état d’esprit fer-né au début de la saga, il faut se pencher sur un pan de leur histoire récente : la rébellion Greyjoy.

La rébellion Greyjoy se déroule en l’an 289, six ans après l’accession au Trône de Fer de Robert Baratheon. Le royaume des Sept Couronnes entre alors sereinement dans l’été sans se douter qu’à l’ouest, une rébellion de Fer-nés se prépare, menée par leur maison suzeraine, la maison Greyjoy. Lord Balon Greyjoy s’autoproclame roi du Sel et du Roc, Fils du Vent de Mer, restaurant l’Antique Voie. Tarle Triplenoyé, l’un des prêtres du dieu Noyé les plus influents, dépose sur sa tête la couronne de Bois Flotté sous les acclamations des seigneurs et capitaines fer-nés. Sous le nom de Balon IX Greyjoy, il déclare ainsi la guerre au royaume des Sept Couronnes.

La rébellion était motivée en partie par la croyance que l’assise du pouvoir du roi Robert Baratheon sur ses vassaux était encore très faible. De fait, la rébellion de Robert Baratheon n’avait pris fin que quelques cinq années plus tôt, et de nombreux nobles le surnommaient encore « l’Usurpateur ». Pensant que peu de maisons nobles se rallieraient à la cause d’une nouvelle dynastie, lord Balon Greyjoy pensait aussi que la supériorité des Fer-nés sur la mer lui permettrait d’écraser Robert lors d’une bataille navale. C’était sans compter sur le penchant pour la guerre qu’entretenait Robert !

Dès son couronnement, le roi Balon Greyjoy déclenche les hostilités et décide de frapper en premier les deux menaces les plus pressantes pour ses navires, la forteresse de Salvemer, qui protège le Conflans, et la flotte des Lannister mouillée à Port-Lannis.
Rodrik Greyjoy, le fils aîné du roi Balon, mène l’assaut contre Salvemer, forteresse édifiée dans le but de défendre la côte occidentale du Conflans contre les pillards venus de la mer, Fer-nés en tête. L’énorme cloche de bronze de la tour Retentissante sonne l’alarme alors que les snekkars fer-nés apparaissent à l’horizon, rameutant dans le château les gens de la ville et des campagnes environnantes. Au cours de la bataille, lord Jason Mallister, seigneur de Salvemer, tue Rodrik sous les murs du château et rejette les Fer-nés à la mer.
Pendant ce temps, les frères de lord Balon, Victarion, lord Capitaine de la flotte de Fer (la flotte de guerre fer-née), et Euron le Choucas (qui avait conçu le plan d’attaque), mènent leurs voiles jusqu’à Port-Lannis et y incendient la flotte des Lannister.

Carte des batailles de la rébellion Greyjoy par Ereksen
Carte des batailles de la rébellion Greyjoy par Ereksen :
– 1a : bataille de Salvemer
– 1b : bataille de Port-Lannis
– 2 : bataille navale de Belle Île
– 3a : bataille de Vieux Wyk et Grand Wyk
– 3b : bataille de Pyk
Le roi Robert Baratheon rassemble alors les troupes du royaume pour mater la rébellion et protéger l’intégrité du Trône fraîchement conquis, tandis que lord Eddard Stark convoque le ban du Nord.
Tout d’abord lord Stannis Baratheon, le maître des navires (une sorte d’amiral en chef) de son frère aîné, livre une bataille navale qui voit la flotte de Fer piégée par la flotte royale au large de Belle Île. Une fois le contrôle des mers acquis, les armées débarquent dans les îles de Fer.
Ser Barristan Selmy mène l’assaut contre Vieux Wyk, et lord Stannis contre Grand Wyk, tandis que le roi Robert et lord Eddard débarquent à Pyk, l’île principale où se trouve la forteresse Greyjoy. C’est là qu’a lieu la bataille finale. Des projectiles tirés par les catapultes défoncent les murs de la forteresse, et une brèche est ouverte dans le mur sud. Maron Greyjoy, second fils de lord Balon, meurt dans l’effondrement de la tour Sud. Des milliers d’hommes trouvent la mort dans ces combats. Le roi Balon Greyjoy finit par s’avouer vaincu, et le roi Robert accepte sa reddition.

Les conséquences de la rébellion sont lourdes pour les Fer-nés. Ils comptent de nombreux morts dans leurs rangs, et beaucoup de maisons nobles ont à déplorer des pertes importantes (notablement Rodrik et Maron Greyjoy, les deux fils aînés de lord Balon Greyjoy). De nombreux enfants des maisons nobles des îles de Fer sont ensuite retenus en otage dans des maisons du continent. Ainsi, lord Eddard Stark prend, à titre d’otage et de pupille, le dernier fils de lord Balon Greyjoy, Theon, alors âgé de dix ans.

Un fort désir de vengeance se développe chez une majorité de Fer-nés. La religion des Sept (faiblement implantée) disparaît quasiment des îles de Fer, et les habitants se languissent de l’Antique Voie.
C’est dans ce contexte de rancœur que débute la série et la saga pour les Fer-nés.

La maison Greyjoy au début de la saga

Tout comme la maison Martell, la maison Greyjoy a été réduite à portion congrue dans la série par rapport à sa version dans les livres. Certains personnages ont été oubliés, d’autres ont été modifiés ou renommés. Son passé a néanmoins été conservé : on entend ainsi régulièrement parler de la rébellion Greyjoy menée par Balon dans le passé, et à laquelle Euron participa. Comme on l’a dit, dans les livres comme dans la saga, c’est cette rébellion qui explique en grande partie l’état d’esprit revanchard des Fer-nés.

Les personnages fidèlement adaptés : Balon et Theon

Balon Greyjoy (crédits Amok)
Balon Greyjoy (crédits Amok, avec son aimable autorisation).
Balon Greyjoy, dans les livres comme la série, est un homme austère, attaché à l’Antique Voie. Bien que la défaite face à Robert Baratheon et la perte de ses fils aînés l’ait aigri, sa détermination et son caractère farouche sont demeurés intacts. Il veut réinstaurer l’Antique Voie sur les îles de Fer, et souhaite leur redonner leur grandeur d’antan (et accessoirement rendre le pouvoir royal à sa maison). Peu sentimental, il ne tolère guère la remise en question de ses décisions. L’un de ses adages est d’ailleurs :

Les lieux rudes produisent les hommes rudes et ce sont les hommes rudes qui gouvernent le monde.

[A Clash of Kings, chapitre 12, Theon]

Theon Greyjoy (crédits Amok)
Theon Greyjoy (crédits Amok, avec son aimable autorisation).
Cet état d’esprit dur et revanchard l’anime dans la série comme dans les livres et explique ses relations conflictuelles avec Theon, son fils, qu’il soupçonne de s’être amolli pendant ces dix années d’exil à Winterfell en tant que pupille de lord Eddard Stark. Inversement, Theon a tout à prouver à ce père qui le méprise, ce qui explique, dans les livres comme la série, sa prise de Winterfell et les prétendus meurtres de Rickon et Bran Stark.

Si le parcours de Theon commence à diverger entre livres et séries à partir de la saison 6 (Theon étant libéré de Ramsay Bolton et retournant dans les îles de Fer, ce qui n’est pas [encore ?] le cas dans les livres, où l’on laisse à la fin d’ADWD un Theon en pleine évasion de Winterfell, rejoignant le camp de Stannis qui s’apprête à attaquer les Bolton…), le personnage de Theon reste assez fidèle aux livres et son interprétation par Alfie Allen est régulièrement saluée. Contrairement aux personnages de Dorne, qui font souvent débat, les personnages de Balon et de Theon n’ont que peu souffert des affres de l’adaptation télévisuelle.

Les personnages transformés : Euron et Asha

Nous ne traiterons pas ici du cas d’Euron. Nous vous invitons à consulter l’article dédié à ce personnage pour prendre la mesure des différences qui existent entre l’Euron de la série et son alter ego livresque.

Asha Greyjoy (crédits Amok)
Asha Greyjoy (crédits Amok, avec son aimable autorisation).
La perte de ses fils amène lord Balon à se reposer et à compter énormément sur sa fille Asha, dont la loyauté et les compétences ne lui font jamais défaut. Elle a été élevée comme héritière non officielle par son père qui estime ses qualités de meneuse d’hommes. Elle a d’ailleurs son propre navire, le Vent noir.
Si Asha Greyjoy a été renommée en Yara dans la série (a priori afin d’éviter les confusions avec Osha la sauvageonne), son personnage est relativement fidèle à celui des livres, même si certains la trouvent assez fade en comparaison de son alter ego livresque, aux piques pleines d’ironies et au charisme débordant.

Il y a une exception notable toutefois. Dans les livres, elle est volontiers provocatrice envers la gent masculine, et se targue d’avoir eu de nombreux amants. Dans la série, elle affiche une bissexualité qui, si elle ne dénote pas pour ce personnage aux mœurs libérées, est une pure invention de la série.

Question: « Is Asha Greyjoy (renamed Yara in the TV series) bisexual in the books, or it was implied, and we just didn’t catch on to it? »
GRRM: « I have a number of lesbian and bisexual women in the novels (and a couple who experiment), but Asha is not one of them. Unless I am forgetting something… »

[So Spake Martin]

On notera par ailleurs que, tout comme Theon, son parcours diffère grandement entre livres et série. Alors qu’elle perd face à son oncle Euron aux états généraux de la royauté, dans les livres, Asha se réfugiera dans le Nord, partant à la recherche de son frère Theon (vraisemblablement afin de demander l’annulation des états généraux, puisqu’il existe un héritier légitime au roi Balon). Dans la série, elle en profitera pour rejoindre Essos et s’allier à Daenerys.

Les personnages oubliés : Victarion, Aeron

Deux personnages majeurs de la famille Greyjoy ont été, par mesure de simplification, omis dans la série.

Victarion

Victarion Greyjoy (crédits Amok)
Victarion Greyjoy (crédits Amok, avec son aimable autorisation).
Le lord Capitaine Victarion Greyjoy est le second frère cadet de lord Balon. C’est un rude combattant, tout en muscles, à la large carrure et au ventre plat, qui dégage une impression de grande puissance physique. Sa rudesse au combat a partiellement été retranscrite dans le personnage télévisuel d’Euron qui est, dans la série, un combattant féroce, qui se place en première ligne des combats avec sa hache de combat (Euron dans les livres est un combattant sanguinaire et vicieux, mais il n’est pas forcément au cœur de la mêlée).

Peu loquace, Victarion est très attaché aux pratiques de l’Antique Voie, sa seule crainte étant d’encourir la malédiction du dieu Noyé. Loyal et obéissant dès le plus jeune âge, il grandit à l’ombre de ses frères aînés Balon et Euron. Il se fait un devoir de s’aligner sur les faits et gestes de Balon, pour lequel il éprouve un grand respect. Très soucieux de sa réputation, il vit mal le fait que l’on attribue nombre de ses victoires à son frère Euron.

Trois ans environ avant le début de la saga, la rancœur de Victarion envers Euron prit un nouveau tournant. Alors que ses deux premières épouses étaient décédées rapidement, sa troisième compagne était une femme-sel dont il était tombé profondément amoureux, au point qu’il ne touchait plus d’autre femme depuis sa capture (et pour lui, ça veut dire beaucoup !). Sachant pourtant – et justement à cause de – l’amour que Victarion lui portait, son frère Euron rendit enceinte la jeune femme (vraisemblablement en la violant), contraignant Victarion à la tuer de ses propres mains selon les lois de l’Antique Voie (quand on vous dit qu’il suit l’Antique Voie, c’est à la lettre !). Pour cela, Euron fut exilé par lord Balon, mais Victarion lui voue, depuis, une rancœur tenace et n’aurait pas hésité à l’assassiner si lord Balon ne l’en avait dissuadé en arguant que « la malédiction frappe le fratricide au regard des dieux et des hommes ».

Aeron

Concrètement, notons qu’Aeron Greyjoy, prêtre du dieu Noyé, est apparu brièvement dans la saison 6 de la série, mais seulement en tant que personnage très très secondaire. Son temps de présence à l’écran et son influence sur la trame sont tels qu’on choisira dans cet article de le ranger parmi les personnages oubliés.

Aeron Greyjoy (crédits Amok)
Aeron Greyjoy (crédits Amok, avec son aimable autorisation).
Aeron Greyjoy, dit Tifs-Trempes, est le plus jeune frère de lord Balon Greyjoy. Aeron est l’un des prêtres du dieu Noyé des îles de Fer, et a la réputation de n’avoir jamais perdu un homme lors des noyades rituelles propres à cette religion. Sa piété est telle qu’il se considère comme un prophète. Farouche partisan des pratiques de l’Antique Voie, il n’a que mépris pour la culture et les mœurs des contrées vertes. Son caractère implacable, sa rudesse et son fanatisme impressionnent jusqu’aux guerriers les plus éprouvés.

Enfant, Aeron Greyjoy voue une profonde admiration à son frère aîné Balon pour son intrépidité et sa détermination. À l’inverse, son autre aîné, Euron, ne lui inspire que crainte et ressentiment (peut-être à cause de sévices qu’il aurait subis… nous vous renvoyons à notre article sur Euron pour plus de détails). Peu sûr de lui, il se considère comme le plus faible et le moins doué de sa fratrie. Alors qu’il s’amuse à la danse du doigt avec son frère Urrigon, alors âgé de quatorze ans, Aeron lui tranche la moitié de la main. Urrigon meurt peu de temps après d’une infection consécutive à sa blessure, ce qui traumatise Aeron, tenaillé par la culpabilité. Durant les années qui suivent ce drame, Aeron mène une vie joyeuse et dissolue. Mais il survit miraculeusement à une noyade au cours de la rébellion des Greyjoy, son snekkar ayant été coulé par la galère de lord Stannis Baratheon lors de la bataille de Belle Île. Son corps est rejeté par les flots sur les côtes des terres de l’Ouest, et il est enfermé dans les geôles de Castral Roc jusqu’à l’écrasement du soulèvement. Cet événement lui fait changer sa vision de l’existence, et il devient alors un fervent adepte du dieu Noyé. Cette piété nouvelle ne fait que renforcer son admiration pour Balon (et dans une moindre mesure pour Victarion), incarnation de l’idéal fer-né, et exacerber son inimitié envers Euron qu’il considère comme impie.

Conclusion

Nous espérons dans cet article avoir réussi à retranscrire la rudesse du caractère fer-né. Guidés par l’Antique Voie et motivés une rancœur tenace envers le Trône de Fer, les personnages des îles de Fer fascinent le lecteur par leurs coutumes violentes et leur caractère guerrier.

S’ils prennent de l’importance aux côtés des deux reines dans la série, nous n’avons pas fini de les revoir également dans les livres, et si les alliances qu’ils nouent dans les livres diffèrent de celles de la série, ils sont dans tous les cas des personnages de premier plan sur qui il faut compter !

Pour aller plus loin, n’hésitez pas à visionner la super vidéo de notre frère Werther consacrée aux Iles de Fer dans ses balades de Glace et de Feu :