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Recommandations littéraires

Mars de la guerre : Nos recommandations

Bad-war de Hans Holbein

Ah mars, ce mois si particulier. Rempli de froid, mais aussi de chaleur. Le retour du printemps, mais c’est aussi le nom du dieu romain de la guerre. Du coup, on continue ce mois-ci dans le bon gros cliché, et on vous parle de … la guerre (surprise !).

Geoffray : La Compagnie noire de Glen Cook

La compagnie Noire, Editions J'ai lu

La compagnie Noire, Editions J’ai lu

La Compagnie noire est un cycle de « dark » fantasy ecrit par Glen Cook, dont le premier tome est sorti en 1984. Elle est composée de 10 tomes aujourd’hui. On y suit le quotidien d’une troupe de mercenaires sans foi ni loi, mais qui respecte toujours ses contrats. L’univers dans lequel se déroule les intrigues est froid, sombre et impitoyable. La Compagnie noire étant une compagnie de mercenaires, elle est souvent appelée dans des conflits ou des situations sales. La mort et la perte font partie intégrante de la Compagnie (Glen Cook évoque la guerre du Vietnam comme source d’inspiration, ce qui permet d’expliquer la mortalité des batailles).

Alors, ce n’est pas forcément une lecture très réjouissante, c’est vrai, et certains personnages que nous sommes amenés à côtoyer sont des ordures de la pire espèce. De plus la compagnie va être amenée à travailler avec ce qui serait considéré, dans des romans de fantasy lambda, pour des « grands méchants ». Mais Glen Cook, malgré son style d’écriture assez particulier, arrive à nous accrocher et à nous faire vivre le quotidien de ces hommes, voire même à les apprécier. D’ailleurs, les récits de la Compagnie étant écrits par un chroniqueur, il arrive qu’on ait le récit d’une simple nuit de garde pendant plusieurs pages, et la description d’une attaque en quelques lignes. Ce qui est assez cocasse pour être remarqué. D’ailleurs en parlant des chroniqueurs, il en existera plusieurs au cours de la série, chacun ayant un style et une prose particulière, ce qui rend la lecture déroutante par moment.

Bref, une série complexe et sombre, mais qui mérite qu’on s’y attarde !

R.Graymarch : Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski

Couverture de Gagner la Guerre, Edition Folio SF

Couverture de Gagner la Guerre, Edition Folio SF


Benvenuto Gesufal se penche au-dessus du bastingage pour vomir dans les flots. Puis il nous dit que, même s’il est malade, la guerre est gagnée. À ce moment là, le lecteur est au tout début d’un pavé de près de mille pages et se dit que le titre est un peu mensonger (au même titre que le narrateur, d’ailleurs). Sauf que la vraie guerre est peut-être ailleurs, en interne, dans la cité de Ciudalia. Car en effet, la ville, qui a des airs de république maritime italienne à la Renaissance, est un mélange complexe d’attraction, de séduction et de déliquescence. Benvenuto travaille en tant qu’assassin pour le Podestat Léonide Ducatore qui dirige la république. Ducatore, en fin stratège, pense surtout à préserver ses intérêts et à éliminer ses rivaux à Ciudalia. Et c’est d’autant plus important que la victoire militaire a aiguisé certains appétits. Benvenuto est un homme aguerri, mais il n’est pas au bout de ses surprises dans les implications de la victoire sur la vie de la cité et de ses habitants.

Ce roman est une claque monumentale. On prend plaisir à « écouter » ce que nous dit Benvenuto tout en sachant qu’il n’est pas toujours fiable. Le monde décrit par Jaworski est d’une richesse incroyable et il est facile de se prendre d’affection pour certaines crapules comme Benvenuto, Ducatore ou Sassanos (le mage). Jaworski décrit le monde fictif du Vieux Royaume avec, par petites touches, de la magie et des races non humaines. Cela dit, le héros n’est pas surpuissant, ce qui lui vaudra quelques mésaventures. En plus de ce monde riche, les aventures de Benvenuto sont dignes d’un roman de cape et d’épée et servies par une maîtrise de la langue française qui donne le tournis (dans le bon sens du terme). Si vous n’avez pas encore découvert ce petit chef-d’œuvre de 2009, foncez. Les plus gourmets d’entre vous peuvent commencer par le recueil de nouvelles Janua Vera (la première nouvelle est un peu étrange, continuez à lire), où parmi les récits détaillant petit à petit le Vieux Royaume, on découvre Benvenuto avant qu’il ne travaille pour Ducatore.

Pandémie : Le vieil homme et la guerre de John Scalzi

Couverture du vieil homme et la guerre, Edition l'Atalante

Couverture du vieil homme et la guerre, Edition l’Atalante

À 75 ans, John Perry fait ce que font la plupart des personnes de son âge : s’engager dans l’armée. La Terre, à bout de souffle et en quarantaine suite à un virus alien, exporte son surplus de population pauvre du Tiers monde vers les étoiles, tandis que les personnes âgées rejoignent les Forces de défense coloniales. Un aller simple vers l’espace… Mais pourquoi inciter un vieil homme à en prendre pour dix ans, sans espoir de retour ? Quels sont les périls guettant la race humaine ? Pourquoi l’armée verrouille-t-elle toute information venant de l’espace ?

Dans la lignée de Starship Troopers (plus que du roman Étoiles, garde-à-vous ! de Heinlein ) et de La Guerre éternelle d’Haldemann, Old man’s war décrit les travers de l’humanité : impérialisme, colonialisme, racisme, expansionnisme. Et la guerre, toujours la guerre, comme solution de facilité aux problèmes politiques. Et des soldats « envoyés au casse-pipe » pour régler le problème. Les parallèles avec la politique américaine ou occidentale passée ou récente sont là, les hommages aux livres et films sur l’absurdité des guerres, que ce soit la 2ème Guerre mondiale, le Viet-Nam, peu importe, aussi. Le côté militariste peut déranger. Le courage des guerriers est mis en avant, on parle tactique et de combats. Mais ce roman, finaliste du prix Hugo, lauréat du prix Campbell, va plus loin que ça. Ses personnages maniant le second degré décortiquent avec cynisme et tendresse les travers et les forces de leurs congénères. L’univers est cohérent, regorge de trouvailles et d’aliens exotiques. Et ses suites (Les Brigades fantômes, La dernière colonie, Zoé, Humanité divisée,La fin de tout), s’intéressant l’une plus au militaire et l’autre plus au politique-social, sont d’aussi bonne facture.

DNDM : Le Régiment Monstrueux, de Terry Pratchett

Couverture du Régiment monstrueux, Edition Pocket

Couverture du Régiment monstrueux, Edition Pocket


Parfois, la guerre est une habitude. Elle mange les enfants, et tout le monde trouve ça normal, parce que c’est la guerre.

Parfois, le grand frère disparait, et sa petite sœur met ses anciens habits, se coupe les cheveux, cache sa poitrine, part pour tenter de le retrouver… Et s’engage dans le plus improbable des régiments, aux côtés de trolls et de vampires.

Ce livre est non seulement l’un des meilleurs de la série de fantasy parodique Les Annales du Disque-Monde, mais il de plus totalement indépendant des autres. Décor inédit (la Borogravie, pays engagé dans un conflit armé depuis plusieurs décennies avec tous ses voisins), personnages entièrement nouveaux, mais hauts en couleur, scénario béton. Pour ceux qui n’ont jamais lu de Pratchett, il constitue donc un excellent point d’entrée, même si pas moins de 30 autres livres écrits avant décrivent en long, en large et en travers d’autres coins du Disque-Monde.

Dans Le Régiment Monstrueux,  Terry Pratchett aborde avec son habituel humour la guerre, et ses cousins le fanatisme et la propagande, mais aussi et surtout le sexisme et la place de la femme dans la société. Le livre est profond et hilarant à la fois, et l’auteur réussit un rare tour de force : une montée dans le délire aussi graduelle que logiquement implacable. Si vous croyez savoir à quoi vous attendre, ce livre devrait joyeusement vous retourner. Faire exploser de rire le lecteur en parlant de guerre, faut quand même le faire.

Et c’est sur le rire que se terminent nos recommandations pour ce mois. Nous n’avons « guère » plus de choses à ajouter sur ce thème. En espérant que vous avez trouvé des idées pour de prochaines (re)lectures !

Compte collectif de La Garde de Nuit.

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