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Les livres

« Trône de Fer » contre « Rois maudits » au Salon du Livre de Paris

« Trône de Fer » contre « Rois maudits » au Salon du Livre de Paris

Ce petit compte-rendu vous est proposé par DNDM.

Le Salon du Livre de Paris a accueilli samedi 17 mars une rencontre « Trône de Fer et Rois maudits », sur la nouvelle scène Young Adult, beaucoup trop petite compte-tenu de l’affluence.

Dans la salle, une grosse centaine de personnes qui s’entassent, sans compter ceux qui ne trouveront pas de place. Sur scène, Florence Lottin, directrice éditoriale de Pygmalion, l’éditeur français du Trône de Fer, et Nathalie Dépret, journaliste (Vanity Fair, Slate), départagées par le modérateur Xavier Bonnet (Rolling Stone). Leur mission : en moins d’une heure, comparer la saga de Maurice Druon, Les Rois Maudits, publiée entre 1955 et 1977 et adaptée deux fois en série télévisée, et celle de George R.R. Martin, Le Trône de Fer, et son adaptation Game of Thrones par HBO. Et voir comment la première œuvre a inspiré la seconde.

Les deux séries de livres ont en commun d’avoir été adaptées en séries télévisées à succès. Mais avant le petit écran, il y avait les romans, et c’est de ceux-là que George R.R. Martin s’est inspiré, a rappelée Florence Lottin. « Les Rois maudits et Le Trône de Fer, c’est le même genre de livre, sauf que l’un est historique et que l’autre se passe dans un monde de Fantasy. George R.R. Martin a peut-être eu plus de liberté en choisissant de placer l’action dans un monde imaginaire. Mais pour autant, Druon est loin de respecter la vérité historique tout le temps. Son astuce pour faire du roman historique qui passionne le lecteur : humaniser ce que l’on voit dans les livres d’histoire.

« Les batailles, les grands faits… Tout cela est vrai. Mais contrairement à un historien, il [Druon] nous fait entrer dans l’intimité des rois. Et il prend des libertés concernant certains événements, comme les assassinats, dont on ne connaît historiquement pas les vrais coupables. »

(F. Lottin)

Des chemins communs

La conférence a été l’occasion de faire de nombreux parallèles entre les œuvres de Druon et de Martin, et de voir comment la première a inspiré la seconde.

Les personnages, tout d’abord : Varys contre Enguerrand de Marigny, Cersei Lannister et Olenna Tyrell contre Isabelle de France ou Mahaut d’Artois, Jacques de Molay contre Eddard Stark… Les deux œuvres regorgent de personnages forts qui peuvent avoir des traits ou fonctions en commun.

Les événements et scénarios, ensuite : dans les deux cas, l’histoire commence avec des problèmes de finances du Royaume.

« On a affaire à des dynasties ruinées, à bout de souffle.Et qui ensuite vont se retrouver face aux mêmes problèmes de successions, de légitimité de la succession. »

Les moyens utilisés par les personnages, enfin. Chez Martin comme chez Druon, un bon meurtre est toujours efficace pour se débarrasser des concurrents, qu’ils soient déjà sur le trône ou simplement sur le chemin qui y mène.

« Dans les deux sagas, le pouvoir rend totalement dingue. Dans les deux sagas, la morale et les gentils ne gagnent pas… Mais dans les deux sagas, on peut aussi noter que les trônes sont des instruments de torture, très inconfortables. Ce qui est une très belle métaphore du pouvoir. »

Comment Game of Thrones renvoie l’ascenseur

Maurice Druon s’imaginait-il, en écrivant sa saga historique, qu’un jour elle en inspirerait deux adaptations télévisées en France, puis une autre saga littéraire de grande ampleur de l’autre côté de l’Atlantique, saga qui elle même serait aurait une adaptation télévisée dont le budget pour chaque épisode avoisine les 10 millions de dollars ? Probablement pas.

De son côté, George R.R. Martin n’a jamais caché son admiration pour l’auteur des Rois Maudits, et la façon dont cette œuvre a inspiré la sienne. « Maurice Druon est mon héros, et Les Rois Maudits sont à l’origine de Game of Thrones« , a t-il régulièrement répété. Et parfois, l’élève renvoie sans l’avoir prévu l’ascenseur à son maître. Le succès de Game of Thrones a encouragé HarperCollins, l’éditeur britannique du Trône de Fer, a rééditer Les Rois Maudits en 2013. Et à traduire, enfin, le dernier volume, resté inédit en anglais jusque là.

DNDM

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