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[On teste pour vous] Une pluie de magazines consacrés à Game of Thrones

[On teste pour vous] Une pluie de magazines consacrés à Game of Thrones

À la veille de la diffusion de l’ultime saison de Game of Thrones, plusieurs magazines français publient des hors-séries consacrés à la série télévisée. La Garde de Nuit vous propose un article (que l’on mettra à jour au fil de nos lectures) récapitulant nos impressions à la lecture de ces magazines, afin d’y voir plus clair au milieu de toutes ces publications.

Le programme est chargé, n’hésitez pas à vous aider du sommaire pour naviguer entre les différents magazines.


(N’hésitez pas à nous faire part de vos impressions dans le sujet du forum consacré aux revues)

Pour les âmes scientifiques : Science et vie

Par Crys

Couverture du hors-série de Science & vie

« Quoi donc ? Un magazine hors-série Science et vie sur Game of Thrones ? Quelle drôle d’idée ! Tout le monde essaie vraiment de tirer ce qu’il reste de la couverture, c’est incroyable, mais que vont-ils bien pouvoir raconter là-dedans ? » Voilà le genre de pensées qui peuvent traverser l’esprit sans doute un peu limité d’un membre de la Garde de Nuit devant une telle annonce. Et pourtant, la maquette, sobre (un Trône de Fer issu de la saison 1 plutôt que des affiches promos de la saison 8, un beau papier, un titre en dorures élégantes) a attiré l’œil du Corbeau Errant que je suis lors d’un retour en train. Le feuilletage s’annonce prometteur : au diable les résumés des saisons précédentes, les récap’ de maisons interminables bourrés de coquilles et une explication de l’univers par A+B ! Si tu ouvres le magazine, c’est que tu connais un minimum la série, alors bienvenue chez les geeks, et pas seulement ceux qui aiment les épées et les dragons, mais aussi ceux qui aiment les maths et la science !

L’édito de départ ne ment pas sur ce que l’on a entre les mains. Les rédacteurs se sont amusés à donner une véracité scientifique à l’univers de la série en se basant sur les préceptes de Saint-Thomas : on analyse à partir de ce que l’on voit. Les références à la saga papier sont assez anecdotique car il s’agira ici exclusivement de la série télévisée, mais au moins les lecteurs ne s’y perdront pas, d’autant que si Martin est mentionné, c’est toujours avec la casquette du démiurge. Dans l’ensemble, ça s’éclate en petits articles d’une page grand maximum dans lesquels le lecteur peut picorer. Un genre de compilation de pas mal de billets qu’on a pu voir passer parfois genre « Deux étudiants du Kentucky se penchent sur la question de la durée de vie du Mur » ou « On vient d’estimer la fortune de Tywin Lannister et Tony Stark est bien plus riche ! ». L’ensemble est divisé en grandes thématiques (la science, l’histoire et la magie) qui servent surtout à classer les articles selon les endroits, mais sans réelle prise sur le discours. Toutes ces petites pépites sont donc plutôt sympathiques, car elles remplissent aussi une fonction de vulgarisation (révise les allèles en analysant l’inceste de Cersei et Jaime). Et c’est plutôt fun !

En somme, si vous voulez connaître la puissance en kilojoules de Viserion, essayer de trouver une raison scientifique aux saisons aléatoires de l’univers, le degré d’inceste de la relation Jon/Daenerys, ou comment une IA a déclaré « Voici les prédictions pour la fin de la série et si ça ne se termine pas comme ça, c’est que les showrunners ne respectent pas les codes mis en place au préalable », ce magazine est fait pour vous !

Qui plus est, la dernière partie sur laquelle j’avais des réserves est consacré à la Fantasy de manière générale. Et j’avoue avoir été pleinement satisfait. L’article sur les littératures de l’imaginaire est bien construit et renseigné (Jaworski est convoqué dans des extraits d’interview, ce qui est un plus), dans le genre qui fait plaisir à voir de nos jours à ce sujet dans un média aussi généraliste. Celui sur les futures séries et les inspirations du genre ne s’éternisent pas en catalogue de références et donnent un bon aperçu, donc une fois de plus, contrat rempli !

Bien sûr, il y traîne quelques coquilles mais rien de bien méchant et certains articles peuvent paraître déjà vus un peu partout, comme les inspirations historiques ou l’encadré avec une interview de Marianne Chaillan. Mais c’est peut-être parce que j’en suis à la lecture de mon cinquième magazine sur le sujet.

Bref, ce trajet en train est vraiment passé tout seul, je recommande !

Un tout nouveau magazine, qui offre son premier numéro à Game of Thrones : Histoire & Fiction

Par Eridan

Couverture du magazine « Histoire et Fiction ».

Nous arrivons au terme d’un mois riche en publications diverses et variées, sur le sujet de Game of Thrones. Histoire, philosophie, sciences, littérature … toutes les disciplines se sont penchées au chevet de l’adaptation de la saga du Trône de Fer de George R.R. Martin. Tous les sujets semblent avoir été abordés, et pourtant, il reste encore tant et plus à dire.

Petit dernier de ces publications, le n°1 d’Histoire & Fiction de Mai – Juin – Juillet relève le défi de trouver encore à dire sur le sujet … Alors ? Pari réussi ?

« Malgré le soin apporté par la rédaction pour assurer l’exactitude des informations publiées, ces informations venant de sources très diverses, ni l’éditeur, ni l’imprimeur ne pourraient être tenu responsables d’éventuelles erreurs ou omissions. »

Si vous aimez les tous petits caractères, voici le message qui vous attend page 3. Des six magasines que j’ai acheté sur le sujet, c’est le seul qui prend la précaution de se dédouaner à ce point de son propre contenu …Un premier signe encourageant pour débuter la lecture (ou pas, en fait). On nous avertit également que le magasine a été traduit de l’anglais The real story behind – Game of Thrones, ce qui se sentira assez vite, à travers les anglicismes (Castral Rock) ou approximations dans la traduction (« hommes sans visage » au lieu de « Sans-Visage ») qu’on retrouvera ça et là.

Après cet engageant prologue, s’ensuivent les mentions légales, le sommaire … et le sempiternel récap (de la page 6 à la page 16) sur le royaume des Sept Couronnes et la situation familiale des différents personnages. Autant le dire tout de suite : ne perdez pas votre temps à le lire. De loin, ça paraît joli, mais si on s’y arrête … Les erreurs graves et moins graves se mutiplient : problèmes de traduction, d’accord de français, de couleurs des personnages. L’arbre généalogique des Martell veut faire un clin d’œil aux livres, en nommant toutes les bâtardes d’Oberyn … mais oublie dans le même temps de citer Quentyn Martell. On découvre surtout que les îles de Fer sont une région « riche ». (Les Fer-nés seront ravis de l’apprendre!)

Il y a des erreurs et des facilités qu’on excuse … Mais l’accumulation ici donne le sentiment d’un manque de relecture (et ce n’est pas le seul endroit). Ce réacp est de toute façon périmé : la saison 8 se termine bientôt et elle a déjà rebattues pas mal de cartes … Autant vous fier à un autre récap et passer directement à la suite.

Chaque saison a le droit à son (tout) petit résumé, plein de raccourcis, afin de laisser la part belle aux « images les plus marquantes » et à la « citation la plus percutante » de la saison. Un court paragraphe présente également les liens entre les événements de la saison et les sujets des articles qui lui sont rattachés … Mais ne vous attendez pas à trouver des analyses poussées de la série ou des livres : l’univers de Game of Thrones et du Trône de Fer n’est ici qu’un vague prétexte, souvent très mal évoqué, pour justifier l’existence de ces articles. On arrive donc à l’énoncé de vérités contestables, comme : « Les rois de Game of Thrones s’inspirent des grands rois Vikings qui savaient conserver l’unité de leur royaume grâce à un habile mélange de diplomaties, de compétences politiques et d’alliances par le mariages. » … Aucune démonstration, aucune argumentation ni avant ni après. On se dit que cette analyse doit faire consensus auprès des historiens (… Il semblerait que non). Dans le genre abusif, on appréciera également l’évocation de Bronn, le mercenaire qui abandonne Tyrion pour se mettre au service de Cersei, afin de justifier la présence d’un article sur la Compagnie Blanche, une troupe de mercenaires menée par John Hakwood, qui a « rasé des villes du nord de l’Italie ». (Voila un parallèle hautement pertinent ! … Non? ) Savonarole est évoqué comme source d’inspiration des « Moineaux » de la série, mais son article a visiblement sauté …

Passé cet aspect, il reste les articles en eux-mêmes, qui représentent le gros du magasine. Aucune évocation de GoT ou du TdF dedans, donc, mais un contenu relativement varié. Chaque article s’étend sur 4 à 10 pages, et présente des événements ou des thématiques historiques. La science sera également un peu traitée en fin de magasine. On regrettera (beaucoup) l’absence du nom de l’auteur de chaque article, mais on appréciera (encore plus) le petit encart « Lectures complémentaire », qui permettront à ceux qui le souhaite d’approfondir chaque sujet.

Au menu de ces différents articles :

  • la guerre des Deux-Roses ;
  • les rois vikings ;
  • La secte des assassins ;
  • la torture à travers les âges ;
  • l’armée d’esclave du califat abasside ;
  • les ordalies ;
  • John Hawkwood et ses mercenaires de la Compagnie Blanche ;
  • Les gladiateurs romains ;
  • Les châteaux forts et les sièges ;
  • La reine douairière Emma, la « Cléôpatre anglaise » ;
  • La reine Margaret, unificatrice de la Scandinavie.

Ne boudons pas notre plaisir ! Ces articles sont assez intéressants et fournis, en dépit des liens factices qui les lient à l’univers qui nous intéresse. Les plus savants n’apprendront rien, les plus exigeants les trouveront trop courts … Ils offriront néanmoins une porte d’entrée documentée et illustrée sur certains sujets et attiseront notre curiosité d’en savoir plus. J’ai quand même l’impression de me cultiver et d’apprendre des trucs. C’est déjà ça.

Une dizaine de pages vient compléter le tout, où s’accumulent pêle-mêle des réponses à des diverses questions scientifiques. Vu le peu d’espace qu’il reste, les réponses ne sont pas toujours très développées, malheureusement.

En conclusion :

Si vous cherchez un magasine pertinent et pointu sur Game of Thrones ou le Trône de Fer, passez votre chemin !

Si vous être un néophyte pas trop exigeant, qui aimez apprendre des choses ayant un vague lien avec cet univers, l’achat devient envisageable. En dépit des erreurs de français, ça reste un magasine assez plaisant à lire, qui aborde de nombreux sujets dignes d’intérêt.

Pulp & Cult#1 : L’univers fascinant de Game of Thrones

Par Shaoran-kun

« Pulp & Cult#1 : L’univers fascinant de Game of Thrones » est un magazine de 148 pages publié par le groupe Oracom. Pour son premier numéro (avril-mai-juin), il s’attaque à la saga du Trône de Fer.

Un magazine sur le livre, la série, ou un peu des deux ?

Premier numéro du magazine "Pulp&Cult"

Premier numéro du magazine « Pulp&Cult »

Évacuons rapidement le suspense, au vu de l’actualité et de son contenu, c’est principalement de la série qu’il sera question ici, le canon fictionnel est ici celui de D. Benioff et D. B. Weiss et non de la saga littéraire A Song of Ice and Fire, mais le lecteur peut malgré tout trouver son intérêt dans le magazine.

Je vais commencer par un inventaire de son contenu.
Le magazine débute par un très rapide résumé de la série, présentant quelques approximations et erreurs, mais assez peu pour être convaincu que la série a été visionnée.

Il y a également un article sur « Les incontournables pour les fans », la Garde de Nuit y est même citée en tant que « site obligatoire », quel honneur ! Par contre, dans les 12 autres références, il y a quand même de tout…, on peut citer, entre autres, un jeu sur navigateur web, le jeu de cartes de chez Edge (pour peu de temps malheureusement, car, petite information hors sujet, il ne sera plus édité en Français prochainement) ou encore « Game Of Throne, Le trône de Fer : Les cartes du monde connu ».

S’ensuit un article et une très courte critique objective de Nightflyers.

Après un assez complet résumé, saison par saison, de la série sur une quinzaine de pages, le magazine parle du processus créatif de George R.R. Martin pour l’écriture de sa saga, j’y apprend même certaines choses. Par exemple, l’existence de Blood of the dragon, le recueil de chapitres du point de vue de Daenerys Targaryen, édité avant la sortie de A Game of Thrones. Je dois avouer que je suis presque étonné par l’exactitude de certains propos, par exemple la volonté, à plusieurs reprises, de remettre en doute les écrits de Fire and blood ou Game of Thrones – Le Trône de Fer, les origines de la saga (encyclopédie écrite par Elio M. García et Linda Antonsson), car présentés comme des écrits de mestres, sujets à une certaine partialité.

Revenant sur la série, les différents articles suivants détaillent la genèse du projet télévisé (Cf notre article sur le sujet) et se projettent sur l’après-fin de GOT.

On a ensuite droit à un résumé d’une courte biographie sur les personnages principaux (ceux encore présents dans la saison 8) puis sur les « Clans » (que je nommerais plus justement Maisons) de Westeros (rien sur Essos) puis sur la Garde de Nuit (pas nous, celle de la série et du livre, voyons ! XD)

S’ensuit une très intéressante interview de Marc Simonetti, il y raconte ces débuts en tant qu’illustrateur, ses contacts avec GRRM, sa relation avec la fantasy et le SF, et pour finir sa récente passion pour l’illustration en 3 dimensions et quelques conseils pour les illustrateurs débutants.

Après l’histoire, voilà un article sur la géographie de Westeros, où chaque royaume a droit à sa présentation sommaire.

Pour finir, on s’éloigne de la saga pour s’intéresser au sujet de la fantasy en général, puis aux dragons en particulier, avec, au milieu, une courte biographie de Martin.

Un magazine de plus sur le sujet chez les kiosquiers ?

La lecture du magazine n’est pas désagréable, les rédacteurs qui ont rédigé les articles semblent connaître le sujet. Il représente une très bonne aide pour qui a suivi la série mais a quand même besoin d’un petit rafraîchissement de mémoire avant le début de la 8ème saison. Toutefois, un téléspectateur attentif n’y trouvera pas grand chose à se mettre sous la dent.

Non, le principal intérêt de ce magazine, c’est sa maquette et ses magnifiques illustrations.

Certaines illustrations sont connues, comme celles de Joshua Cairos, ou de Marc Simonetti. Les autres proviennent d’une communauté d’illustrateurs : digitalpainting.school. (dont Joshua Cairos fait partie)
Leurs dessins sont tellement présents que je soupçonne que cette (je cite) « école en ligne et communauté axée sur l’apprentissage du digital painting » est, soit à l’origine du projet de magazine, soit en partenariat actif avec le magazine pour aider à l’habillage de ce dernier.

Quelle qu’en soit la raison, je ne la critique pas, si j’ai pris ce magazine, c’est essentiellement pour les illustrations.

Il y en a pour tous les goûts, je ne vais pas décrire le travail de chacun des 24 artistes, mais il y a des paysages, des portraits, certains crayonnés, d’autres légèrement caricaturaux, ou encore de type comics américains modernes (par exemple, proche de Saga de Fiona Staples), du photoréalisme, le genre manga est même représenté.

Après, oui, même si ce n’est pas ma préférence, dans la majorité des cas, le design des personnages provient de la série, mais encore une fois, il y a assez de diversité pour que chacun ait au moins une illustration originale qui lui plaise.

En somme, un magazine qui s’axe sur une maquette originale pour parler d’un des marronniers du moment, Game Of Thrones, vous n’y trouverez rien de très original au niveau du contenu des articles, mais au moins, vous aurez de belles représentations de cet univers qui nous tient tant à cœur.

La version littéraire avec le hors-série GOT du magazine Lire : Philosophie et mythologie selon Game of Thrones

Avant-propos

Hors série du magazine Lire consacré à Game of Thrones.

En 2014, Lire avait déjà sorti un hors-série, consacré au Trône de Fer (contenant notamment la version française d’un chapitre prévisionnel de TWOW : Mercy). Le magazine de 2019 reprend énormément d’éléments de l’ancien numéro. Crys a noté pour vous les différences :

  • Editorial et les deux premiers articles (nouveauté)
  • Business of Thrones et Les Bons mots de Tyrion sont des reprises de l’ancien numéro.
  • Pages 10 à 22 : reprise de l’interview publiée en 2014.
  • Les bons mots de Varys (nouveauté)
  • Martin en 5 livres devient Martin en 10 livres.
  • Les bons mots de Bronn (nouveauté)
  • Pages 30 à 50 : Le Monde du Trône de fer, déjà publié en 2014 (avec quelques modifs mineures)
  • Quiz (nouveauté)
  • Dames of Thrones (nouveauté) remplace un article consacré à la politique
  • Les bons mots d’Olenna + Quiz (nouveauté)
  • L’article sur la BD, « A la pointe du crayon », « La mythologie dans Game of Thrones », « Martin et Tolkien », « Game of Thrones vu par » (nouveautés) remplacent le chapitre Mercy traduit par Patrick Marcel.
  • Pages 76 à 96 : reprises de 2014 (avec des mises à jour mineures).

Notons également, par soucis de transparence, que l’article « Martin et Tolkien » a été écrit par notre frère juré Crys, dans le cadre d’une pige rémunérée.

La présente revue fait abstraction de ces points : nous avons choisi d’envoyer le magazine à une sœur de la Garde de Nuit qui n’avait pas lu le magazine de 2014, afin d’en avoir une vision neutre, et celle-ci n’a pas été informée du fait que l’un de nos chroniqueurs réguliers était auteur de l’un des articles du magazine. Passons donc sans plus attendre à l’avis qu’a eu Emmalaure sur le magazine !

Par Emmalaure

Je ne connaissais ce magazine consacré à l’actualité littéraire que de nom et n’ayant pas vu la série mais ayant lu la saga de G.R.R.Martin dont elle est l’adaptation, le sujet m’intéressait a priori. Las ! Sa lecture – beaucoup plus rapide que je ne le prévoyais – m’a laissée avec une grande faim : imaginez, les beaux jours reviennent, vous vous faites une joie de la première invitation à un barbecue entre potes de l’année, mais le chien a bouffé les saucisses, le petit dernier à chipé les chips et les a réduits en poudre, on a oublié le gâteau dans le four et personne n’avait mis la bière au frais. Et la pluie s’est invitée.
Restaient les petits fours de chez Picard.

Un édito plutôt engageant

Après avoir rappelé la diffusion de la dernière saison de Game of Thrones, et donc la fin de l’histoire, Baptiste Liger évoque les livres dont la série est l’adaptation et propose donc de faire le lien entre les deux médias et de voir comment l’un et l’autre abordent les mêmes thèmes philosophiques et réécrivent diverses mythologies. Le magazine se propose également de revenir sur les influences littéraires de la série et d’étudier comment livre et série abordent des thématiques contemporaines comme l’exercice du pouvoir et la place des femmes. Le tout entrecoupé de petits amuse-gueules comme des quiz et quelques bons mots de différents personnages.
Pourquoi pas ? Je suis difficile dans mes lectures – sans doute à cause de l’âge – mais je suis aussi bon public.

Promesses non tenues : plus de saucisses et la bière était tiède

Si l’édito mettait l’eau à la bouche, je suis restée sur ma soif.
En termes d’analyses, il n’y a quasiment rien : les Coulisses de la saison 8 tiennent en 3 paragraphes sur une demie page avec les mêmes infos lisibles n’importe où sur la toile, et le Point de friction, qui évoque la problématique des fanfictions que G.R.R.Martin refuse pour sa propre oeuvre, n’est pas mieux loti. Pourtant, il y avait matière à réfléchir sur la passion des fans, la seconde vie offerte à l’oeuvre par ce biais et la fanfiction qu’est devenue la série depuis qu’elle a dépassé l’intrigue des livres. C’est très bien de citer le Trône de Fer ET Game of Thrones en chiffres, aussi, mais sans en tirer une seule conclusion, on s’en fiche un peu. Le petit article consacré au business autour du phénomène est plus intéressant et on y apprend que la chaîne HBO a mis la main sur la presque totalité des produits dérivés, même ceux préexistants à la série.

La partie le Monde du Trône de Fer se veut un panorama sur les origines du monde de Westeros et d’Essos, agrémenté d’une très belle carte tirée du livre officiel A World of Ice and Fire, d’un quiz, des « bons mots de Cersei », d’une synthèse sur neuf grandes familles, et d’une analyse sur les femmes et le féminisme dans la saga – Dames of Thrones.
Le premier article, « les Origines du Trône de Fer » n’apprendra rien aux lecteurs : il s’agit d’un résumé brut qui tient en quatre petites pages de The World of Ice and Fire, paru en français sous le titre Aux origines du Trône de Fer. La chronologie qui l’accompagne est livrée sans aucun recul sur le fait que cette histoire est « écrite de main de mestre », et par conséquent très sujette à caution. C’était pourtant l’occasion d’offrir aux lecteurs un regard critique et des pistes de réflexion sur la manière dont G.R.R. Martin construit l’histoire de son monde à travers le regard de ses personnages, entre vieilles légendes variables, traditions historiques pas toujours fiables et faits contemporains avérés mais sujets à interprétations. Cela ne sera pas.
Le catalogue des neuf familles est un fourre-tout, mélangeant les informations tirées de la série et quelques-une venues des livres, sans précision : en vrac et sans exhaustivité, Missandei et Ver Gris dans les livres ne sont pas amoureux; le Varys des livres ne travaille pas à rétablir Daenerys Targaryen sur le Trône de Fer; si Jeyne Ouestrelin est bien l’épouse de Robb Stark, elle ne meurt pas aux Noces pourpres parce qu’elle est restée à Vivesaigues; dans les livres, Sansa n’épouse pas Ramsay Bolton, auquel on refile Jeyne Poole (fille de l’ancien intendant de Winterfell) sous le nom d’Arya Stark ; Petyr Baelish, Brienne de Torth, Walder Frey et Hodor ne sont pas des vassaux des Stark… ah oui, les vassaux, parlons-en, puisqu’on apprend que Pycelle, Ilyn Payne et Janos Slynt sont des vassaux des Baratheon (mais ça n’empêche pas le rédacteur de la synthèse d’écrire qu’ils sont au service des Lannister); dans les livres, Asha Greyjoy n’est pas partie avec la flotte de fer se mettre au service de Daenerys et Euron ne pourchasse pas ses neveux à travers les océans; et Theon est le prisonnier de Stannis après sa fuite de Winterfell avec Jeyne Poole; Oberyn Martell a disparu de la famille Martell, sans doute parce qu’il n’y avait plus de place sur la page pour lui; la « famille » la Garde de Nuit regroupe quelques personnages de la série qu’on trouve au nord de Westeros, à savoir Mance Rayder, Tormund, Ygrid, Samwell et les marcheurs blancs. Voilà, voilà…

Les Dames of Thrones ne parlent pas davantage des livres, bien que la présentation revendique cette focalisation, je cite, « est-ce que le Trône de Fer est pour autant un roman féministe ? » Notons que l’auteur de l’article ne répondra pas davantage à la question qu’il vient de poser, puisque l’article – très court – se résume à un catalogue de personnages féminins sans conclusion ni synthèse d’ensemble, et le propos y est parfois fort contestable puisque pour démontrer un point, il présente des inexactitudes : ainsi, pour illustrer le « monde dual » (sic) de la saga où « la nuance est difficile » (re-sic), nous avons le nord opposé au sud car « le nord se révolte et le sud est loyal » (oubliés Stannis, Renly et les Orageois au sud de Port-Real, les retournements d’alliance des Tyrell qui font d’abord la guerre aux Lannister avant de s’allier à eux, le Val d’Arryn qui reste neutre, les Îles de Fer qui profitent des troubles pour jouer leur propre jeu et les vassaux du Nord comme les Bolton dont la loyauté varie en fonction du plus fort et des intérêts de la maison), ou encore « une dynastie commande aux dragons ? Une autre commande aux loups. » Oui, et en quoi sont-ils opposés ? Après tout, au point où en est rendue la série, les loups sont aux abonnés absents (ou font de la figuration de quelques secondes, ce qui revient au même). Exit le lion Lannister, au passage, et le kraken Greyjoy, et le faucon Arryn, la Corneille à Trois Yeux et les chevaux des Dothrakis. Bref, le bestiaire de Westeros et celui d’Essos a complètement disparu, ce qui est bien dommage, car le sujet à lui-seul pouvait constituer un sujet d’analyse passionnant. Et même en se concentrant uniquement sur le dragon et le loup dans leur relation.
On apprend dans le paragraphe suivant que Petyr Baelish et Lysa – placés en miroir du couple Cersei/Jaime Lannister – vivent un amour impossible et passionnel, histoire d’appuyer le propos sur la « dualité » développée dans l’œuvre (a priori, on parle de la saga) : Catelyn Stark comme ancien amour de Petyr, puis Sansa comme son amour actuel sont oubliées, et la malheureuse Lysa aurait bien aimé que son Petyr l’aime pour de vrai.
L’Olenna (avec deux « n ») Tyrell et la Cersei Lannister dont il est question ensuite sont bien celles de la série et pas du livre, puisque dans les livres, Olenna n’a jamais désiré que sa famille approche le pouvoir : elle est obligée de composer avec les ambitions de son fils Mace, le chef de la maison, et elle n’est pas la seule à œuvrer à la mort de Joffrey Baratheon.
Même chose pour Sansa et Arya Stark, sorties de la série.
Il est vraiment dommage que la problématique annoncée et les bonnes idées lancées sur la fin de l’article n’aient pas été exploitées et approfondies, il y avait matière à discussion riche, notamment sur le fait que les hommes commencent la guerre et les femmes la terminent, ou encore que rien ne semble devoir changer à Westeros, bien que la saga soit vraisemblablement par convention littéraire une fin de cycle comme le Seigneur des Anneaux était la fin du « Tiers Âge » dans l’histoire de la Terre du Milieu.
Enfin, on écrit Stark et pas Starck.

En bref, l’article Dames of Thrones donnait clairement le sentiment que son auteur n’avait pas lu les livres. Ou alors il y a longtemps, et depuis, la série est passée par là et a changé les souvenirs.

Finalement, il restait quelques côtelettes

Pour le chapitre les Clés des Sept royaumes, le hors-série propose un extrait du livre de Gwendal Fossois, la Mythologie selon Game of Thrones. L’extrait (court) choisi est un panorama rapide des représentations des dragons dans diverses mythologies, avec la curieuse impression qu’il en manque des bouts, tant l’analyse est ténue voire absente. On aurait aimé en savoir un peu plus sur les dragons gardiens de trésor, ou voir quelques nuances dans la présentation des dragons de Daenerys comme des créatures bénéfiques (je ne peux pas juger pour la série, mais dans la saga, ils sont clairement un instrument de pouvoir dont la qualité première est la destruction : ils portent la mort et c’est en découvrant le cadavre d’une petite fille innocente, brûlée et dévorée, que Daenerys décide d’enfermer ses dragons au fond de sa pyramide à Meereen. « Les dragons ne plantent pas des arbres » est-il affirmé à plusieurs reprises dans le tome 5 A Dance with Dragons). La question « comment naît un dragon ? » est traitée en quelques petites lignes, pour réaffirmer la filiation divine de ces créatures, mais la mythologie du bûcher qui renvoie à mon sens aux renaissances du phœnix n’est pas abordée (peut-être qu’ici le magazine a coupé l’extrait ou que son auteur en parle ailleurs). En bref, l’extrait de livre présenté n’étant pas du tout situé par rapport au reste du livre dont il est tiré – est-ce l’introduction générale ? celle d’un chapitre consacré aux dragons ? autre chose ? – il perd de sa pertinence et tombe comme un cheveu sur la soupe.

L’article sur Martin et Tolkien et ce que le premier doit au second, bien que très court, est intéressant : il pose au moins les bases pour des réflexions à la fois particulières sur l’écriture de ces deux auteurs, et plus générales sur le genre épique lui-même.

Placée dans le même chapitre, une sélection de BD se classant dans le genre fantasy d’inspiration médiévale, de bonnes idées de lectures d’œuvres devenues des classiques du genre.

Et les petits fours, alors ?

Si j’ai commencé par les sujets qui fâchent, je finirai par ceux qui font plaisir : parmi eux, l’interview de G.R.R.Martin, celle de son traducteur Patrick Marcel (qui a pris le relais de feu Jean Sola), l’aventure éditoriale de la saga (y compris avec Pygmalion et J’ai Lu), la philosophie appliquée à GOT par Marianne Chaillan, un panorama choisi des sources d’inspiration littéraires de la saga, et un topo sur la conception de la série télévisée. Enfin, les avis personnels et très divers de quelques écrivains, sur la saga et/ou la série, certains très drôles.
Les deux interview restent à mon sens les plus intéressantes : celle de G.R.R.Martin parce qu’il y parle de sa genèse comme écrivain, de son métier, son parcours, ses peurs et ses désirs, qu’on retrouve mis en mots dans ses romans. On apprécie d’avoir à la suite la liste de ses autres œuvres. L’interview de Patrick Marcel évoque les difficultés de traduction d’une saga non achevée et pleine de jeux de mots, et les choix à faire pour retranscrire une œuvre sans en trahir le sens, quitte à s’éloigner du style de l’écrivain comme l’avait préféré Jean Sola.
Marianne Chaillan parle avec intelligence et simplicité des liens entre GOT et les philosophes classiques qui ont réfléchi sur l’exercice du pouvoir : sont conviés notamment Kant, Hobbes et Machiavel, et l’article est une plaisante invitation à aller lire les livres de cette autrice.
L’aventure éditoriale de la saga nous raconte le parcours du combattant des écrivains, et les paris sur l’avenir que font les éditeurs; là encore, l’article permet d’ouvrir plusieurs pistes de réflexion : pour une œuvre comme celle de G.R.R.Martin qui finit par rafler la mise, combien d’autres qui parviennent à être publiées ne trouvent pas leur public ? Comment se font les choix des éditeurs ? A qui doit-on et ne doit-on pas donner sa chance ? Etc…

Conclusion

Il y a de tout dans ce hors-série, du très bon au sans intérêt, mais il donne globalement l’impression d’avoir été fabriqué dans l’urgence, pour profiter de la sortie de la dernière saison de la série. Or, G.R.R.Martin est un auteur qui mérite qu’on prenne du temps de la réflexion et de la rédaction pour lui. S’il fallait ne conserver qu’un article, ce serait sans conteste son interview : elle a déjà quelques années, mais elle vaut le coup.
Le spectateur ou la spectatrice de la série n’y apprendra quasiment rien sur la saga : on recommandera donc de passer directement à la lecture des livres. Celui ou celle qui s’intéresse au phénomène GOT sans connaître ni la série ni la saga pourra avoir l’illusion qu’il a appris des trucs : là encore, je recommanderai de passer directement à la lecture des livres de G.R.R.Martin (et à celle de Marianne Chaillan), pour s’en faire une idée juste. Quant à ceux qui attendraient un peu de recul et d’analyse littéraire, ils en seront pour leurs frais, il n’y a rien à grappiller de ce côté, c’est dommage car l’occasion s’y prêtait.

Game of Thrones au crible de l’Histoire : Historia – Game of Thrones

Par Crys

Le magazine Historia s’est depuis longtemps inscrit dans une tradition de vulgarisation. Il ne fait toutefois pas l’unanimité auprès des historiens. Alors qu’en est-il quand il s’attaque à un monument de la fiction littéraire et télévisuelle ? Sous l’égide de ses partenaires France Inter et OCS, le magazine tente quelques éléments de réponse.

Un magazine pour les férus d’histoire…

Couverture du hors-série Historia spécial Game of Thrones

Passé un édito qui file un peu trop la métaphore et le curriculum vitae des contributeurs, le numéro s’ouvre sur une biographie de Martin un peu décevante sur le fond (ne pas mentionner La Forteresse pour faire le lien entre son œuvre et l’histoire…) comme sur la forme (trop de jeux de mots tue le jeu de mot). Ensuite, une fois réintroduites les maisons et la géographie, Historia déroule un plan en trois partie somme toute très… historien : Le monde médiéval de Westeros, qui écarte le Mur et au-delà pour en faire l’objet des Mondes du Nord, en seconde partie avant de traverser le détroit pour Au-delà de la mer.

De manière générale, le magazine joue pas mal à « quand on voit que… on pense à… », ce qui semble logique au vu de l’angle choisi, mais cela peut devenir un brin redondant sur la forme, même en le lisant en trois fois. La plupart des articles, s’ils ne surprendront pas ceux qui suivent notre sujet dédié sur le forum, auront le mérite de soulever quelques nouveautés (les « Frères des victuailles » pour les Greyjoy, voilà un point à creuser !).

Toutefois, à toujours vouloir raccrocher la saga à une certaine historicité, on peut se demander si certaines ne sont pas un peu trop poussées, voire trop francophiles pour Martin, tout fan d’histoire qu’il soit. Cette analyse historique de la saga a un goût de manque. En écartant les références littéraires, on se retrouve avec quelque chose d’un peu boiteux, et le ton de certaines publications laissent à croire que leurs contributeurs n’ont pas vraiment d’estime pour les romans ou la série (et nous renvoie à l’image de la Fantasy en France, peut-être).

Au milieu de tout-cela, votre serviteur retiendra surtout quelques articles : celui sur le Petit Âge glaciaire autour de la formule « Winter is coming », les ponts entre Dorne et Al-Andalùs, ou encore l’historique plutôt précis de la guerre des Deux-Roses, référence incontournable de Martin.

Pour le reste, on tombe souvent dans le catalogue de références qui parlera aux habitués mais moins au grand public, et de fait les yeux ont tendance à dévier quand la référence n’est pas étayée.

… de Westeros ?

Cependant, une des grandes forces du magazine, c’est l’importance donnée à la matière littéraire, notamment celle qui n’est pas développée dans la série télévisée. Que ce soit en récapitulant la chronologie des différentes invasions en Westeros ou en retraçant l’histoire de la Foi, force est de constater que certains contributeurs ont pris soin d’étudier la « fausse histoire » de Martin avec autant d’intérêt que la véritable, en dépit de certaines formules maladroites.

Auquel cas, le magazine s’adresse au spectateur de la série qui veut creuser plus loin le background historique de la saga sans pour autant se coltiner toutes les vidéos d’animation fournies sur les Blu-ray, sans parler de se plonger dans The World of Ice and Fire.

L’ensemble est donc sérieux, même sur l’univers de Martin et pour nous, cela fait vraiment plaisir à lire.

Pour aller plus ou moins loin

Attention, cependant, car les vingt dernières pages du magazine sont consacrées à un but bien précis : casser les idées reçues sur le Moyen Âge. Cette initiative est à mon sens un peu ambivalente. D’un côté, profiter du biais de Game of Thrones pour apprendre deux-trois trucs au lecteur pas forcément historien est plutôt une bonne chose, à l’heure de la désinformation où hoax rime avec intox. D’un autre côté, cela sous-entend que la saga de Martin est propre à véhiculer une fausse idée du Moyen Âge, ce qui serait un chef d’accusation exagéré quand on sait qu’il s’agit d’une œuvre de fiction.

C’est d’autant plus dommage qu’à titre personnel, j’aurais préféré que ces vingt pages soient consacrées à développer certaines idées présentes dans la revue, histoire que les références à tel personnage ou à tel événement ne soient pas des mots perdus et isolés dans le vent des pages.

Un numéro à réserver donc à ceux qui aiment l’histoire ou veulent la découvrir, mais pour avoir une analyse qui mêle à la fois approche historique, philosophique et littéraire de l’objet « martinien », peut-être le Point Pop serait plus indiqué, quand bien même il se focalise sur la série.

Historia – Game of Thrones, 7,90€, 106 pages.

Les grandes thématiques philosophiques de la série : Philosophie magazine

Par Lapin Rouge

« Philosophie magazine » consacre son hors-série n° 41 à Game of Thrones ; ça nous fait 80 pages et une bonne douzaine d’articles (à 7,90 €), répartis en cinq parties thématiques :

  • « L’exercice du pouvoir » ;
  • « Sexe, domination et subversion » ;
  • « Catastrophe climatique et migrations » ;
  • « Dieux et destins » ;
  • « Passeport pour Westeros ».
Couverture n° hors-série Philosophie Magazine Game of Thrones avril 2019

Couverture du n° hors-série de Philosophie Magazine Game of Thrones, avril 2019

Ce magazine est consacré quasi-totalement à la série ; seuls un ou deux articles abordent à l’occasion les bouquins, donc soyez prévenus. Ceci étant, lorsque les auteurs veulent étoffer leur propos et chercher des éléments d’analyse, ils sont parfois amenés à convoquer des éléments issus des livres, en les mixant à leur réflexion principalement fondée sur la série, d’où des va-et-vient parfois acrobatiques.

Les thématiques abordées ont toutes leur intérêt, mais j’avoue que j’ai trouvé leur traitement inégal. Il faut dire que l’article d’introduction (un entretien avec Raphaël Enthoven) m’a hérissé d’emblée en affirmant froidement « Les Lannister sont des nazis » (au motif qu’ils seraient obsédés par la pureté de leur sang, ce qui aurait au moins mérité discussion et argumentation). Cet article m’a d’ailleurs semblé osciller entre une paraphrase bavarde de la série et des assertions péremptoires (heureusement pas toutes aussi contestables que l’exemple sur les Lannister).

Cependant, les autres articles peuvent être beaucoup plus stimulants intellectuellement, comme par exemple l’entretien avec Sonia Feertchak sur le féminisme dans la série, qui développe notamment une réflexion intéressante sur la différence entre le viol de Daenerys par Khal Drogo (qui use de la force sur son épouse, mais qui, ce faisant, ne la dégrade pas, car c’est pour lui le mode « normal » de la relation conjugale, ce qui laisse la place à son évolution future) et celui de Sansa par Ramsay (qui, en revanche, est parfaitement conscient de la dégradation qu’il impose à son épouse, et en jouit par pure perversité). On peut en discuter, mais le propos ouvre bien le débat.

De même, l’entretien sur le retour du merveilleux dans un monde « laïcisé » avec Tristan Garcia offre des perspectives intéressantes, même si je ne partage pas toutes ses réflexions (par exemple, faire de la religion du dieu Multiface une lecture fictionnelle par Martin d’un aspect du christianisme ne m’a pas convaincu).

En revanche j’ai trouvé les parties sur le pouvoir ou sur la catastrophe climatique un peu faibles. Il ne suffit pas de placer quelques citations de Machiavel ou de Hobbes pour élever le débat au-dessus du niveau de la conversation entre personnes de bonne compagnie. J’ai un peu eu le sentiment que les auteurs allaient chercher dans la série des éléments pour étayer leur propos, mais sans dépasser la simple illustration, sans vraiment atteindre un niveau d’analyse permettant la réflexion. Après, c’est peut-être la grande variété des propos de la série qui en est la cause, mais c’est un autre débat.

Personnellement, j’ai donc apprécié diversement les différents articles de ce numéro. Mais peut-être avez-vous une opinion différente ? Dites-le en commentaire ci-dessous, ou venez en parler sur le forum !

Game of Thrones. Philosophie magazine.
100 pages (dont 80 consacrées à la série), 7,90 €, à retrouver depuis quelque temps en kiosque et pour 3 mois.

Dans les coulisses de la série TV : Mad Movies – Game of Thrones, tous les secrets du monument de la Dark Fantasy

Par Nymphadora

Le magazine Mad Movies, mensuel spécialisé dans le cinéma fantastique, consacre son dernier hors-série de la collection CLASSIC (une collection qui revient sur l’histoire des films références du cinéma fantastique) à la série Game of Thrones. Au programme de ce numéro très axé sur le processus de développement de la série, on nous promet l’analyse de la réalisation des sept précédentes saisons.

Un magazine qui explore les étapes du développement de la série

Hors série Mad Movies Game of Thrones (crédits : Mad Movies)

Mad Movies est spécialisé dans le cinéma et ça se sent. Au programme du magazine, on nous présente, saison par saison, des interviews des showrunners, d’acteurs, de réalisateurs d’épisodes, de scénaristes… afin d’éclairer le processus de production de la série. À cela s’ajoutent des articles consacrés au parcours des acteurs principaux de la série, à la création des effets spéciaux, des maquillages, de la musique… bref, on revient sur tous les aspects techniques qui fait de la série ce qu’elle est aujourd’hui.

Il y a au final assez peu d’informations inédites, les journalistes ayant été piocher dans les interviews données par les producteurs de la série, les acteurs, etc. lors de la promotion de chaque saison de la série. Néanmoins, tout est regroupé et cohérent, et c’est à ce titre une mine d’or pour celui qui n’a pas forcément suivi saison par saison le développement de la série : quels choix d’adaptation ont été opérés par les showrunners, quelles scènes leur ont donné du fil à retordre, comment les acteurs envisagent leur rôle… ? Le magazine est à ce titre assez agréable à lire, en évitant l’effet catalogue et permet de se replonger dans la série en attendant la saison 8, en se rappelant des événements marquants de chaque saison.

En rajoutant des éclairages plus techniques sur les effets spéciaux ou le maquillage par exemple, le magazine permet en sus d’éclairer le travail d’équipe qui apportent tant à la série au-delà des étapes plus classiques du développement. Allant des logiciels utilisés pour réaliser les effets spéciaux (dont un logiciel français, cocorico !) à l’anecdote relatant l’implication au cours de la conception de la scène de la mort de Joffrey Baratheon d’un monument du monde des maquillages-effets spéciaux qui n’avait pas mis les pieds dans un studio depuis le début des années 2000, ces articles plus techniques apportent un éclairage bienvenu aux articles « saison » qui relatent des propos moins inédits.

On notera toutefois que certains portraits d’acteurs frôlent l’inventaire rébarbatif et paraissent un peu superflus : la liste des films de troisième zone dans lesquels chaque acteur du casting a tourné n’amène qu’assez peu d’intérêt au lecteur et l’on préférera au final ce bon vieux IMDB qui a au moins l’avantage de mettre des affiches et des images sur ces films méconnus^^.

Des erreurs qui déçoivent

Malheureusement, et à notre grand dépit, le magazine laisse un sentiment d’inachevé. Peut-être des délais serrés ont empêché une relecture attentive ? En tous les cas, le magazine souffre d’une quantité de coquilles et erreurs difficilement acceptable compte tenu de l’ambition de la parution. On pardonnera les coquilles typographiques, mais on grincera des dents lorsque, même dans les sous-titres mis en avant de certains articles, les noms de personnages de la saga sont écorchés (Jaime devient Jamie dans plusieurs articles). Les résumés qui sont faits saisons par saisons nous font également tourner chèvre : on se demande si l’on a vu tout à fait la même série… Des quatre enfants de Ned Stark (big up Rickon, l’oublié de la bande^^) au mariage de Sansa et Joffrey (qui sera ensuite répudiée^^ bah oui forcément si Joffrey se marie à Margaery en étant marié à Sansa, faut bien la répudier à un moment…) à celui de Cersei et Loras… Ces erreurs desservent grandement le propos.

Mad Movies – Game of Thrones, tous les secrets du monument de la Dark Fantasy, 9,90€, 114 pages

Un magazine très bien documenté : Le Point Pop – Game of Thrones, mythes et origines

Par Nymphadora

« Le Point Pop » (émanation de l’hebdomadaire « Le Point ») a décidé de consacrer son dernier numéro aux mythes et origines de la série télévisée. La mort de Ned Stark, les Noces pourpres, le procès de Tyrion, la Bataille des bâtards… Le magazine nous emmène dans les coulisses de séquences emblématiques de Game of Thrones, de l’évolution des personnages, et décrypte les parallèles historiques et philosophiques qui les habitent…

Des références qui en font une série de mini-essais

Le Point Pop (crédits photo : Babar des Bois)

Le Point Pop a clairement bossé son sujet : afin d’analyser les inspirations historiques, philosophiques, politiques… de la série, les rédacteurs du magazine ont patiemment repris le fil des différentes saisons, et ont convoqué de nombreux universitaires et spécialistes de ces thématiques. On retrouve ainsi pêle-mêle des propos d’Anne Besson (professeur en littérature comparée à l’université d’Artois et spécialiste française de la littérature fantasy), de William Blanc (médiéviste, spécialisé dans les représentations contemporaines du Moyen Âge), de Nicolas Allard (agrégé de lettres modernes et auteur de l’essai L’univers impitoyable de Game of Thrones : des livres à la série, enquête et décryptage dont nous vous avions parlé il y a quelques temps), de Justine Breton (agrégée de littérature, docteure en littérature spécialisée dans la résonance de la littérature médiévale – notamment le mythe arthurien – dans la culture contemporaine), de Florian Besson (normalien, agrégé d’histoire, co-auteur de “Les Moyen Âge de Game of Thrones”, et co-fondateur du site Actuel Moyen Âge), de Valère NDior (maître de conférences en droit public à l’université Toulouse 1 Capitole, auteur de “Du droit international dans Game of Thrones ? À Westeros, rien de nouveau”), et bien d’autres références universitaires.

Grâce à ces voix nombreuses et inspirées, le magazine se transforme en une série de petits essais consacrés à différentes scènes marquantes de la série. On parle ainsi philosophie en analysant la morale de Ned Stark ou les personnages de Varys et Littlefinger, histoire en se penchant sur la marche de la honte de Cersei Lannister ou sur le personnage de Joffrey Baratheon… Chaque scène et personnage marquant deviennent le prétexte à une analyse fouillée. On pourra cependant ne pas être d’accord avec toutes les analyses, ou remettre en cause certaines interprétations.

Le magazine n’oublie pas également de montrer les coulisses de la série, intégrant quelques anecdotes de tournage bienvenues au milieu de ces références universitaires, afin de mettre en lumière le travail des créateurs de la série.

Par ailleurs, on retrouve certains articles complémentaires, là encore très bien documentés, qui viennent re-contextualiser les propos consacrés à la série. Ainsi, par exemple, après avoir parlé du machiavélisme de nos personnages favoris dans plusieurs articles, on a le plaisir de lire un long article sur Machiavel nous permettant de fixer les idées, au-delà de la série en elle-même.

En toute objectivité, on notera toutefois que le Point Pop a oublié de citer une référence francophone majeure en ce qui concerne G.R.R. Martin : la Garde de Nuit . Mais bon, on ne leur en tient pas rigueur ^^

Un magazine consacré à la série uniquement

Fans des livres, soyez prévenus : certaines interprétations surprennent parfois. Cela s’explique par le fait que la série télévisée, sur laquelle s’appuie le magazine, s’éloigne des livres pour faire de ses personnages quelque chose de différent…

Ainsi, on tique quand on apprend que Varys est un serviteur zélé du bien du royaume (Kevan Lannister doit se retourner dans sa tombe ^^), avant de se souvenir que, dans le monde de la série télévisée, les manigances de Varys sont partiellement omises. Dans le filtre de la série télévisées, donc, l’analyse tient la route… Et même si elles ne concernent que la série télévisée, les réflexions et analyses présentes dans le magazine sont très intéressantes, et un certain nombre d’entre-elles restent applicables aux livres également. Ne boudons donc pas notre plaisir !

Toutefois, allez… on se prend à rêver d’un magazine de la même qualité consacré aux livres et non à la série !

Une lecture très agréable

Le magazine a par ailleurs une structure très appréciable : construit de façon chronologique, il ramène le lecteur au fil des pages de la saison 1 à la saison 7 en le replongeant dans les scènes marquantes de la série. Il en ressort une linéarité appréciable, qui rend la lecture très fluide.

La mise en page et le choix des images d’illustrations (d’ailleurs les plus observateurs reconnaîtront peut-être les membres de la Garde de Nuit sur l’une des illustrations, p.8) font également du magazine un joli objet, que l’on pourra tout à fait feuilleter dans quelques années, sans que le propos ou l’objet n’aient perdu en pertinence.

Game of Thrones, mythes et origines. Le Point Pop.
100 pages, 7,90 €, à retrouver depuis le 7 mars en kiosque pendant 8 semaines.

À suivre…

De nombreuses parutions vont se succéder dans le mois qui vient. La Garde de Nuit mettra à jour le présent article au fil de ses lectures et le remettra en lumière à chaque nouvelle parution. Stay tuned

Compte collectif de La Garde de Nuit.

3 Comments

  1. Je suggere d’ajouter le Science et Vie consacre a Game of Thrones et la science, plutot reussi!

    • Oui il est sur notre pile à lire (avec le Lire et le Historia 🙂 )

  2. J’ai survolé Science et vie et découvert le N°I de Histoire et Fiction dont je me demande si ce n’est pas un produit dérivé ( les droits de HBO sont inscrits en tout petit en bas de couverture) les articles sont signés de noms scandinaves, seules les pages d’introduction des thèmes se réfèrent à GOT avec de belles photos de la série. J’ai apprécié l’article sur les Rois Vikings entre autres. J’ai trouvé beaucoup de coquilles qui ressemblent à des erreurs de traduction, ce qui donne une impression de revue faite à la va vite pour profiter du succès de la série, d’ailleurs la couverture est in-ratable: un portait du NK dans toute son horreur.
    J’ai été troublée de retrouver exactement le même schéma des interactions entre les personnages créé par IA pour calculer les chances des héros de finir sur le trône dans cette revue et dans Science et Vie. Qui plagie l’autre?
    Les quelques articles que j’ai déjà lus dans Science et Vie me semblent plus rigoureux y compris dans la mise en page.
    J’aimerais avoir d’autres avis sur Histoire et Fiction.

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