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Recommandations de janvier : On bulle avec la Garde de Nuit

Recommandations de janvier : On bulle avec la Garde de Nuit

Après les bulles de champagne pour fêter la nouvelle année, place aux bulles de BD pour célébrer le salon d’Angoulême. Ce mois-ci, comme en 2019, l’équipe de rédacteurs de la Garde de Nuit vous présente quelques recommandations toutes en bulles qui vous raviront l’esprit et les yeux.

Sillage, de Jean-David Morvan et Philippe Buchet

Sillage Tome 20

Sillage, Tome 20: Mise à jour

La BD, ces dernières années, c’est devenu très sérieux. Les codes de narration traditionnels ont explosé : formats, nombre de pages, découpages, matières, dessin, tout est sans cesse renouvelé, sans cesse réinventé. Idem pour les sujets abordés, de plus en plus adultes, de plus en plus précis.
Mais de temps en temps, on trouve un plaisir certain à se replonger dans un bon vieux 46 pages d’aventure, au graphisme traditionnel, efficace et sans prise de tête, comme dans notre enfance.

Sillage, en l’occurrence.
Vingt ans que la série existe, vingt ans que l’on suit les aventures de Nävis, et c’est toujours avec plaisir. Sillage, c’est de la science-fiction qui tente, à chaque album, un ton différent, avec une aventure quasi indépendante. Mais qui, en arrière-plan, développe par petites touches une trame générale autour du destin de son héroïne, Nävis, seule représentante dans le mégaconvoi interstellaire Sillage d’une race étrange et inconnue, les humains. Le premier tome raconte sa découverte sur une planète sauvage, seule survivante d’un mystérieux vaisseau échoué. Dans les suivants, Nävis devient super-agente pour Sillage, et effectue des missions sur différentes planètes aux environnement très réussis (du post-apo robotisé au steampunk fantastique en passant par l’héroïc-fantasy). Entre deux missions officielles, elle explore les noirs secrets de cet immense convoi stellaire peuplé de milliers de races extraterrestres, où les coups fourrés sont légion, et en découvre peu à peu un peu plus sur ses origines. Les albums peuvent être inégaux, mais il y en a de très réussis. Le 20e tome qui vient de sortir, Mise à Jour, annonce probablement un tournant : enfin, l’héroïne et le lecteur ont des réponses, et enfin les humains semblent arriver au premier plan. L’occasion, pour ceux qui auraient loupé ce qui est déjà un classique de la BD traditionnelle, de se plonger dans cette série.

DNDM

Bloody Potter, d’Alexandre Arlène

Je pourrais vous parler de dizaines de romans graphiques, de BDs sur des sujets de sociétés ou encore de sagas que j’ai adorées ces dernières années et… bon… non !

Je vais faire dans l’humour potache. J’aime particulièrement deux choses dans la vie : la Bretagne et Harry Potter, et cette BD recouvre les deux. Donc ce mois-ci, je vous conseille Bloody Harry une bonne parodie du monde d’Harry Potter par Alexandre Arlène. Un peu plus trash, un peu plus sanglant, un peu moins propre sur lui que l’original. Les dessins sont bons, c’est drôle et cynique. Il y a surement plein de questions que vous vous êtes posées sur le monde magique : eh bien certaines trouveront certainement des réponses ici !
Comme par exemple pourquoi parler du quai 9 3/4 ? La réponse est là : (cf image)

Planche de « Bloody Harry – La BD dont on ne doit pas prononcer le nom », d’Alexandre Arlène, aux éditions Jungle

Je ne vous en dirais pas plus et ne pourrais que vous conseiller d’aller jeter un coup d’œil aux deux premiers tomes, et au troisième qui vient juste de sortir. Pour un avant goût, n’hésitez pas à aller là où tout a commencé, sur le blog de l’auteur.

Bonne lecture 🙂

PS: ha oui la Bretagne… l’auteur est breton 😀

Malicia

Les Indes fourbes, d’Alain Ayroles et Juanjo Guarnido

Couverture de « Les Indes Fourbes » par Alain Ayroles et Juanjo Guarnigo.

Il pourra sembler inutile à certains de recommander une bande dessinée que tous les libraires vous colleront entre les mains si vous demandez un conseil en ce moment (ça ou Le Château des animaux, inspiré d’un certain Orwell). Mais les deux artistes qui ont accouché de ce petit bijou ont le don de la parution rare et quand on a l’objet dans les mains, on comprend pourquoi. D’Alain Ayroles vous avez probablement entendu parler de De Cape et de Crocs et ses superbes dialogues, et de Juanjo Guarnido, vous avez dû apercevoir un jour Blacksad et son ambiance anthropomorphique sombre et dynamique. Si tel n’est pas le cas, sachez que je vous envie car vous allez avoir le plaisir de découvrir ces deux merveilleux cycles de bande dessinée qui font partie de mon panthéon à bulles.

Autant dire que la rencontre entre les deux était attendue au tournant, alors qu’en est-il de cette histoire d’Indes fourbes ? D’abord, avec tout l’amour d’Ayroles pour l’Espagne de la Renaissance, elle se présente comme la suite d’un roman d’époque où un vilebrequin Pablos de Ségovie, s’inscrivant en parfait salaud de son temps, finit par embarquer pour les Indes. Les deux auteurs ont donc imaginé la suite de ses aventures dans un récit de plus de 150 pages délivré en un morceau (mais séquencé en trois chapitres). Les deux compères y convoquent en ouverture un certain Velasquez et ses Ménines.Autant dire que l’ambiance est posée et les références se multiplient sans pour autant venir alourdir la narration. Les tribulations de notre Pablos sans cœur s’y enchaînent avec magouilles et twists qui sauront surprendre le lecteur. Le coup de crayon de Juanjo Guarnido y est superbe, avec un dynamisme rare (même si avoir été animateur chez Disney ça aide !) sublimé par le format de la BD (qui ne tiendra dans aucune étagère au vu de sa taille, ne rêvez pas !), car Juanjo Guarnido sait absolument tout dessiner au point que cela en devient énervant.

Quant au discours, on délaisse ici l’humour de De Cape et de Crocs ou de Garulfo pour une fable finalement plus sordide et plus sombre sur l’élévation par l’égoïsme d’un homme dont la société a gommé toute forme de scrupules. Autant dire que l’épilogue fait froid dans le dos et que le lecteur voudrait croire à une rédemption qui n’arrive jamais. Un récit qui a donc de curieuses résonances à l’heure d’aujourd’hui et qui ne vous laissera pas indemne !

Crys

A Silent Voice, de Yoshitoki Ōima

A Silent Voice Tome 1 sur 7, Pika Édition

One-shot originellement publié en 2011, avant de devenir une des séries prépubliées du Weekly Shōnen Magazine en 2013-2014, pour trouver l’année suivante le chemin de la France, et enfin celui des salles obscures en 2016 avec son adaptation en film d’animation par Naoko Yamada, A Silent Voice est, pour citer son éditeur français (Ki-oon), « un manga pas comme les autres, qui réussit avec brio à parler de handicap de manière juste et touchante ! » Effectivement, à l’heure où le Japon n’avait pas encore ratifié la Convention relative aux droits des personnes handicapées (chose qui sera faite au cours de la publication dudit manga), six ans après l’avoir pourtant signée, l’autrice met en images le quotidien scolaire d’une jeune fille malentendante, dans une école primaire non-spécialisée. Elle y dépeint les brimades subies par son héroïne de la part de ses condisciples (et l’apathie du corps enseignant), particulièrement d’un jeune garçon, notre protagoniste : Shōya Ishida. Ce faisant, lorsque les incidents vont trop loin, amenant au départ de la victime, Shōko Nishimiya, ainsi qu’au retournement de veste de la classe contre le bourreau en chef qu’il était (toujours sous le regard apathique du professeur principal), le récit d’Ōima gagne encore en amplitude en parlant – au-delà du handicap – du harcèlement scolaire dans toute sa toxicité (problème aussi systémique que polémique à l’époque au Japon), et déconstruit la satisfaction que nous pouvions initialement tirer de voir le tourmenteur recevoir la monnaie de sa pièce.

Le reste de l’œuvre est dès lors consacré à la quête de rédemption d’un Shōya désormais au lycée, désireux de retrouver Shōko et de s’amender, une tâche qui s’avèrera aussi longue que douloureuse et l’amènera à se confronter à des figures nouvelles comme familières, autant de perspectives inédites sur le rapport au handicap et au harcèlement scolaire – mais aussi l’occasion de nous parler des souffrances de ces adolescents, s’efforçant de grandir malgré traumatismes, culpabilité, isolation et aliénation et deuil, sous le prisme du handicap et du harcèlement scolaire, mais pas que.

Il me faut donc là être clair sur le contenu : si c’est bien un manga classé dans la catégorie éditoriale shōnen (et porté par un style graphique en accord et franchement inspiré) ce n’en est pas moins une histoire qui parle de capacitisme, de harcèlement scolaire, de suicide. C’est une lecture qui peut être difficile à encaisser émotionnellement. Je vous la recommande chaudement, malgré une conclusion qui ne fait pas l’unanimité (partiellement à raison à mon sens) mais vous voilà averti.e.s tout de même. Si vous recherchez une lecture plus légère et, puisque la BNF la met à l’honneur, fantaisiste, je vous conseille plutôt de vous pencher sur L’Atelier des sorciers, la petite pépite de Kamome Shirahama – illustratrice notamment des couvertures des 2 premiers arcs du comic book Doctor Aphra – en cours de publication chez Pika Édition, et dont les éditions collectors s’ornent de couvertures réversibles de toute beauté ! Le premier tome faisait d’ailleurs partie de la Sélection Jeunesse du Festival l’année dernière, avant d’être mis en avant dans une édition augmentée à la couverture alternative par les 48H BD de 2019… Bonne lecture !

no one

Tsukihime, de SASAKISHONEN (adapté d’un visual novel de Kinoko Nasu)

Tsukihime de Sasakishonen

Une ville japonaise, un jeune lycéen aux capacités étranges, celui de voir les « lignes de mort » : des motifs présents en toute chose sur lesquels leur fin est inscrite, et qui, s’ils sont touchés, détruiront l’être vivant ou l’objet les possédant. En résumé, notre héros peut théoriquement tuer n’importe quoi. Mais posséder ce regard est un lourd fardeau qui le ronge littéralement, car bien trop important pour son corps de mortel.
Élevé plusieurs années durant chez son oncle et sa tante pour des raisons mystérieuses, Shiki Tohno se voit rappelé par sa sœur Akiha à la demeure familiale dont elle est désormais maîtresse, après la mort de leur père. Il essaie, malgré son pouvoir handicapant et sa situation familiale complexe, de maintenir le cours d’une vie normale en allant au lycée, comme n’importe quel garçon de son âge.
Un jour, la rencontre d’une étrange jeune femme sur son chemin va lui dévoiler un monde bien singulier au sein de sa propre ville, un monde de vampires, de démons et d’êtres millénaires. Shiki va alors devoir apprendre à utiliser ses pouvoirs pour protéger les êtres qui lui sont chers de cette menace tapie dans l’ombre. Mais surtout, il va devoir apprendre à aimer…

Tsukihime, c’est une approche japonaise en manga des mythes, légendes et histoires de vampires en mode urban fantasy. Si vous êtes familiers avec les œuvres de Kinoko Nasu, auteur de la saga Fate/stay night et consorts (une série de visuals novels, animes et jeux bien célèbres au Japon), vous aurez une idée claire de la dite approche; et si vous ne l’êtes pas, sachez que nous sommes loin des récits urbains de magie moderne et de vampires comme nous pouvons les voir en lire en Occident. Bien que reprenant certains codes essentiels, ici, la notion de vampire peut aller bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer, allant de la simple ghoule sans cervelle à des êtres cosmiques primordiaux et immensément puissants, tout ça au sein d’un univers à la magie et aux pouvoirs complexes, et aux différentes organisations luttant pour une hégémonie idéologique (Mages, Église, Chasseurs de démons, Vampires primordiaux, etc).

Mais Tsukihime, c’est avant tout une histoire d’amour ! Et oui, au vu du pitch, cela peut paraître inattendu, mais un des piliers du manga est bien la relation qu’entretient notre héros avec la deutéragoniste, la vampire Arcueid. Et bien qu’ayant des allures de romance adolescente niaise, c’est une histoire qui va se révéler de plus en plus touchante et ne rougira pas de s’emmêler avec brio aux intrigues plus sombres du manga. L’œuvre fait d’ailleurs un excellent travail pour ce qui est de combiner la plupart des récits présents dans le visual novel, parfois dans des « routes » différentes, et ce dans une seule histoire très solide et contenue. Les pouvoirs du héros, qui pourraient sembler à première vue bien trop puissants, ne représentent au contraire pas un point faible du récit, tant les posséder ne s’avère en soit jamais suffisant pour résoudre les problèmes et situations dans lesquelles il va être plongé.

Il existe pour l’instant dix tomes (parfois très durs à dégotter au-delà du 6), que vous ne manquerez pas de dévorer si vous appréciez les histoires de vampire, les romances émouvantes, et l’urban fantasy à la japonaise. Si vous êtes familiers avec Kinoko Nasu et la saga Fate, alors foncez, il s’agit peut-être là d’une de ses histoires les plus solides et accrocheuses.

Jean Neige

Conclusion

Si rien de tout cela ne vous parle, n’hésitez pas à consulter l’annuaire de toutes les recommandations publiées sur le blog de la Garde de Nuit.

Compte collectif de La Garde de Nuit.

1 Comment

  1. Sillage j’adore ! Je les ai tous lus. Le dernier explique beaucoup de choses….

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