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Recommandations de novembre : « Movember »

Recommandations de novembre : « Movember »

Novembre, c’est le mois de la moustache ! Chaque année au mois de novembre, les hommes du monde entier sont invités à se laisser pousser la moustache dans le but de sensibiliser l’opinion publique et de lever des fonds pour la recherche dans les maladies masculines telles que le cancer de la prostate (octobre rose étant le pendant consacré aux maladies féminines, telles le cancer du sein).
Dans le cadre de nos recommandations mensuelles, nous avons donc choisi de faire un clin d’œil à l’actualité et nous parlerons de héros moustachus !

Le prix Virilo

Novembre, c’est la saison des prix littéraires : Goncourt, Renaudot, Fémina, Médicis pour ne citer que les plus connus tombent tous début novembre. Il n’y a néanmoins qu’un seul prix qui colle à notre thématique, c’est le prix Virilo, un prix dont le jury est mixte mais où chacun doit “porter la moustache” et “voter en homme”.

Depuis 2008, le prix a été décerné 10 fois, le jury s’étant mis en grève en 2014 devant la nullité de la rentrée littéraire. Avec le prix Virilo, pas de compromission : le jury achète ses livres et, plus généralement, se tient éloigné des collisions du monde de l’édition. Résultat ? Un palmarès moustachu hautement recommandable : Des hommes de Mauvignier, Dino Egger de Chevillard, Faillir être flingué de Céline Minard, Les Etats et empire du lotissement Grand Siècle de Fanny Taillandier, Écume de Patrick K. Dewdney (qu’on connait bien ici pour son cycle de Syffe) ou bien encore Gauz pour Camarade Papa, etc. C’est quand même pas dégueu.

Ne pouvant tous les évoquer, je renvoie le lecteur qui se sent pousser la moustache au fécond World Wide Web où il trouvera facilement les informations qu’il désire. Mais tout de même, il faut parler un peu du Fanny Taillandier, texte inclassable, à la lisière des sciences humaines (il est d’ailleurs publié aux PUF) et de la littérature. Le lotissement Grand Siècle est un lotissement situé à une dizaine de kilomètres de Versailles en région parisienne. Le lotissement pavillonnaire aura été un rêve pour beaucoup avant de devenir le repoussoir absolu aujourd’hui. Pour traiter de cette question urbaine, Fanny Taillandier utilise les ressorts de la fiction et même de la science-fiction. Elle imagine une équipe d’archéologues du futur découvrant les ruines du site et tâchant de comprendre ce que cette organisation spatiale (le lotissement pavillonnaire) dit de la société qui l’a produit. Ce texte est donc une critique en règle, implacable même, de l’idéal petit-bourgeois, centré sur lui-même et de ses modes d’existence confortables et paisibles qui fonctionnent comme autant d’injonctions au conformisme. Le tout dans une langue irréprochable où l’on retrouve à la fois les qualités d’évocation de la littérature et la rigueur analytique des sciences sociales.

Notre amnésie avance, scrutant les indices muets que recèle la terre, la ligne brisée et sûre des ruines. Étranges et colossaux tombeaux, indéchiffrables et fascinants hiéroglyphes qui parlent en leur mystère de ce que fut l’homme à l’homme qui ne le sait plus. Et parmi ces ruines, dépouilles flamboyantes d’un nouveau monde perdu, naît le besoin de rendre compte.

Athouni

Hercule Poirot

On ne présente plus Agatha Christie et son héros Hercule Poirot. Avec Miss Marple, c’est l’un des personnages iconiques de l’autrice… et de la littérature anglo-saxonne tous genres confondus ! Mais un thème moustache ne saurait être complet sans mentionner le charismatique enquêteur belge !

Hercule Poirot, c’est l’enquêteur brillant par excellence. Dans des efficaces romans « whodunit », il rassemble les pièces du puzzle pour trouver le coupable d’un meurtre aux sources complexes et aux suspects potentiels multiples. Écrits bourrés d’un charme tout britannique, pleins l’humour et d’une efficacité redoutable, on ne lâche pas un tel roman avant la fin.

De mon côté, j’ai une affection particulière pour le Crime de l’Orient-Express, qui met notre héros en scène dans une enquête particulièrement complexe, où les personnages sont plus hauts en couleur les uns que les autres. Un homme a été assassiné une nuit dans un compartiment de train bloqué par la neige, dont personne n’a pu entrer ni sortir. Qui peut l’avoir tué ? L’ambiance décrite par Agatha Christie est brillamment rendue, et même en connaissant le fin mot de l’histoire, je ne me lasse pas de lire et relire ce classique qui est un peu ma madeleine de Proust. Si vous n’avez jamais ouvert un roman d’Agatha Christie, n’hésitez pas et vous m’en direz des nouvelles : c’est une lecture rapide et réjouissante.

Nymphadora

Ce lieu sans limite (El lugar sin límites) de José Donoso

Transition Orient-Express aurais-je pu écrire, afin de vous parler de la trilogie de littérature de jeunesse Lionboy de Zizou Corder (alias Louisa et Isabela Adomakoh Young). Mais n’ayant lu ladite trilogie depuis une douzaine d’années, je me dois de préférer aux moustaches des félins celles des hommes de Ce lieu sans limites (El lugar sin límites) de José Donoso.

L’écrivain y fait la peinture d’une journée dans un village paumé de la campagne chilienne, la Estación El Olivo, et de ses derniers habitants : Alejandro Cruz, dit Don Alejo, moustaches blanches et yeux bleus perçants, le fondateur, le patriarche, le sénateur ; Pancho Vega, moustaches noires et camion rouge, la brute, l’escroc, le séducteur ; Petite Japonaise, tenancière du bordel local, hérité de sa mère ; et La Manuela, la danseuse à la robe de gitane, le père de la Petite Japonaise. En 200 petites pages vont se croiser ces quatre âmes – les trois dernières explorées par Donoso de l’intérieur, avec un style flirtant allégrement avec le « courant de conscience », éclairant leurs rapports entre eux, à l’homme qui domine ces vies, à ce « lieu sans limites » (allusion à l’enfer tel que le décrit Méphisto dans le Docteur Faust de Marlowe). Et de fait c’est bien un enfer qui se dévoile, fait d’espoirs brisés, où Donoso dépeint le regard idolâtre de ces malheureux pour une élite politique qui les manipule, entre paternalisme et intimidation ; le regard entre désir et peur et haine des moustaches locales, à leur tour entre séduction et violence verbale puis physique, pour La Manuela et ce qu’elle représente ; la souffrance de cette dernière, le regard sur ce corps qui lui paraît étrange(r), qu’elle tente par la performance permanente de faire sien ; et celles qui (sur)vivent à ses côtés, celle surtout née de ce bordel : la froide Petite Japonaise, qui se réfugie dans une vie bien réglée, sans passions, sans espoir… et donc sans déceptions.

Ce lieu sans limites, c’est le quotidien des promesses non tenues, de l’homophobie, de l’humiliation, de la violence qui brise les vies des Hommes, encore aujourd’hui, comme il y a 53 ans au Chili, et où même le maître en son domaine semble hanté par ses démons ; un texte tragique, dont l’adaptation en film d’Arturo Ripstein fut sélectionnée en 2018 pour les Classiques de la Mostra de Venise.

no one

Conclusion

Nous espérons que notre sélection vous aura plu. Si vous êtes en panne de lecture malgré tous ces titres du mois, n’hésitez pas à consulter l’annuaire de toutes les recommandations publiées sur le blog de la Garde de Nuit.

Compte collectif de La Garde de Nuit.

1 Comment

  1. Le viens de voir qu’il manque le « s » à « limites » dans mon titre. (Pour ma défense, il y a cette coquille sur la couverture de mon édition. ^^)

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