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Recommandations de septembre : les prix Hugo

Recommandations de septembre : les prix Hugo

Ce mois-ci, nous vous présentons une sélection parmi les lauréats ou les nominés du prix Hugo, prix littéraire prestigieux qui récompense les meilleures œuvres de science-fiction et de fantasy parues dans l’année. Ces prix sont décernés chaque année à l’occasion de la Worldcon, convention annuelle dont la dernière édition vient de se tenir à San Jose, et la prochaine aura lieu en août 2019 à Dublin. Pour information, George R.R. Martin est un pilier des Worldcons, et il n’en a pas ratée une depuis… pffff… longtemps !

Excalibur : l’épée dans la pierre (1938), de T. H. White

Couverture d'Excalibur: l'épée dans la pierre

Couverture d’ Excalibur: l’épée dans la pierre , édition Le Livre de poche

Excalibur : l’épée dans la pierre est en fait le premier tome d’une tétralogie intitulée La Quête du roi Arthur (The Once and Future King en VO). Il a reçu le prix Hugo 1939 du meilleur roman… en 2014 ! En effet, les prix Hugo n’ont pas été décernés dans l’année lors de périodes historiquement agitées, dont les années 1939 à 1941. Les organisateurs ont donc décidé que la convention se tenant 50 ou 75 ans après l’année « blanche » serait l’occasion de décerner les prix qui n’ont pu l’être à l’époque (ce sont les « Rétro Hugo »). Évidemment, il est en général plus simple de décerner un prix des décennies après, le temps a fait son œuvre, et les risques d’oubli sont réduits.

Quoi qu’il en soit, ce Hugo est venu couronner un ouvrage déjà connu et largement plébiscité. Le regretté Gardner Dozois et GRR Martin étaient d’ailleurs d’accord pour le ranger parmi les trois meilleurs romans de fantasy du XXe siècle (avec Le Seigneur des Anneaux de JRR Tolkien et Watership Down de Richard Adams). Et Walt Disney l’a adapté en 1963 en dessin animé (oui, Merlin l’Enchanteur, c’est bien ça !).

Bien, il est temps d’en venir au livre lui-même. Autant dire que les amateurs de fantasy « classique » risquent d’être déroutés : pas de quête d’objet magique, pas de grand méchant aux noirs desseins, pas de monstres à affronter l’épée à la main… Excalibur : l’épée dans la pierre est plutôt un roman d’apprentissage, qui narre comment Merlin fait l’éducation du jeune Arthur, en le transformant successivement en poisson, en faucon, en fourmi, en oie sauvage et en blaireau. Chaque transformation est l’occasion d’une réflexion sur le pouvoir, la liberté, les rapports du groupe et de l’individu… bref, des tas de choses utiles pour un futur roi. Mais le ton est plutôt léger : les anachronismes fourmillent (et ils sont avoués en toute candeur par l’auteur dès les premières pages : « c’était de l’hydromel épicé qu’ils buvaient, pas du porto, mais un vin moderne vous mettra plus facilement dans l’ambiance »), Merlin est souvent plus proche de Kaamelott que du Merlin de Boorman (« Merlin, en short, ressemblait un peu à Lord Baden-Powell, sauf, bien sûr, que ce dernier ne portait pas la barbe »), et l’histoire a pour cadre « la Joyeuse Angleterre de Grimoirie », où les forêts résonnent du bruit des chevaliers se flanquant des grands coups sur le heaume, où les licornes frappent le sol de leurs pieds d’argent au clair de lune, et, surtout, où il fait un temps de saison ! Bref, l’ambiance est plutôt aux rires, aux chansons et aux rêveries.

Il semblerait que la tonalité des trois autres tomes de la tétralogie soit plus sombre. Ne les ayant pas encore lus, je n’en dirai pas plus, mais j’ai pris grand plaisir à lire Excalibur : l’épée dans la pierre !

Lapin rouge

Jonathan Strange et Mr. Norell (2004), de Susanna Clarke

Couverture de Jonathan Strange & Mr Norell de Susanna Clarke,

Couverture de Jonathan Strange & Mr Norell de Susanna Clarke, Édition Robert Laffont

Jonathan Stange et Mr.Norell est un roman mélangeant histoire et magie. C’est une uchronie fort sympathique, se déroulant au moment des guerres napoléoniennes. Nous sommes en 1806 et un magicien du nom de Mr. Norell se propose pour empêcher l’avance de la flotte française. Permettant une victoire aux Anglais, il devient rapidement un héros dans le pays et finit par attirer à lui un disciple, Jonathan Strange…

Mêlant histoire et fantasy, le roman est vraiment intéressant. Bien que long (et truffé de notes de bas de page parfois très, très longues ^^) et parfois étouffant, le titre accroche par cet étrange mélange entre mythe et réalité et par ses personnages hauts en couleur. En particulier Jonathan Strange, qui est un personnage très ambigu mais très intéressant à suivre. L’histoire s’étend sur plus de dix ans et l’on peut ainsi voir l’évolution de la société et des personnages dans un univers où la magie devient présente.

En bref, c’est un roman très dense et quelque peu hermétique de prime abord mais qui est excellent une fois qu’on s’est habitué à cette mixture magique !

Geoffray

Des fleurs pour Algernon (1959), de Daniel Keyes

Des Fleurs pour Algernon, Daniel Keyes, aux éditions J'ai Lu

Des Fleurs pour Algernon, Daniel Keyes, aux éditions J’ai Lu

Attention, chef-d’œuvre ! Des fleurs pour Algernon (que l’on rencontre le plus souvent en librairie sous le format d’un court roman, mais qui est à l’origine une nouvelle, qui reçut en 1960 le prix Hugo de la meilleure nouvelle courte) est une œuvre poignante, qui bouleverserait même les Gregor Clegane de ce monde.

Le livre nous fait découvrir l’histoire de Charlie Gordon, un simple d’esprit à qui l’on propose une opération chirurgicale afin d’augmenter son intelligence. À travers les comptes-rendus qu’il rédige lui-même, le lecteur assiste à l’éveil de l’intelligence chez le jeune homme, et à sa prise de conscience progressive de la réalité qui l’entoure. Puisqu’on lit les comptes-rendus rédigés par le héros, le début peut paraître déroutant : comme si on lisait la prose d’un enfant sachant à peine lire et écrire, ne comprenant absolument rien du monde qui l’entoure, nous apprenons à connaître Charlie. Puis, petit à petit, l’évolution de Charlie nous saute aux yeux. Dans un exercice de style remarquable, l’auteur nous permet de nous attacher à cet homme touchant, n’en rendant son évolution et le regard qu’il porte sur le monde et son passé que plus poignants.

Sans être trop moralisateur, Des fleurs pour Algernon bouleverse et fait réfléchir. L’intelligence nous rend-elle plus heureux ? Quel est notre propre rapport au handicap mental ? Les progrès scientifiques et des expériences sur des êtres humains sont-ils condamnables ? Un livre qui reste longtemps en mémoire, et qui, s’il n’est pas facile à lire (personnellement, je faisais des pauses toutes les 10 pages, les larmes aux yeux^^), devrait faire partie de la bibliothèque de tout un chacun !

Nymphadora

La Trilogie de Mars (1992-1996), de Kim Stanley Robinson

Mars la Verte

Mars la Verte, de Kim Stanley Robinson, Poche.

Ok, je triche un peu. La trilogie, composée des romans Mars la rouge, Mars la verte et Mars la bleue n’a pas reçu de Hugo dans son intégralité. Seuls les deux derniers ont eu cet honneur. Mais peu importe, les séparer n’a pas de sens tant ils forment un tout, sans doute l’un des ouvrages les plus cohérents et aboutis de la colonisation de la planète rouge. En effet, on touche ici à de la hard science-fiction. Robinson analyse toutes les phases de manière pointue : la sélection des astronautes, la construction des bases martiennes, la géologie des sols, la topographie martienne, la terraformation, les systèmes politiques et économiques. Pour peu que l’on ait les connaissances ou l’envie de les acquérir, ces trois romans ouvrent des pistes de réflexion absolument formidables. On s’y croirait.

Pour ceux et celles qui auraient peur d’avoir à affronter un article de Science & Vie rédigé par un docteur en sciences expérimentales, rassurez-vous. Une fois assimilés les termes propres au contexte martien, le niveau d’exigence n’est pas si élevé. De plus, la trame tourne principalement autour des nombreux personnages, tout d’abord les premiers cent astronautes, puis certains de leurs descendants. On rêve avec eux de pouvoir contempler Valle Marineris ou Olympus Mons, on en vient à trembler pour eux au cœur d’une tempête ou d’une révolution, on espère avec eux pouvoir marcher à l’air libre à la surface de Mars.

Pandémie

Les Dépossédés, d’Ursula K. Le Guin

Les Dépossédés, d'Ursula Le Guin, prix Hugo 1975.

Les Dépossédés, d’Ursula Le Guin, prix Hugo 1975.

Rares sont les auteurs qui ont su marier avec bonheur science-fiction et réflexion politique, et Ursula Le Guin en fait parti. Dans Les Dépossédés, elle emmène son lecteur dans les pas de Shevek, physicien à cheval entre deux mondes.

D’un côté, Urras, planète divisée, un continent capitaliste, l’autre autoritairement collectiviste, un troisième sous-développé. En opposition et en orbite avec celui-ci, Anarres, le monde du héros, utopie communiste libertaire aride fondée 200 ans plus tôt par des pionniers exilés d’Urras.

Entre ces deux planètes qui se tournent autour, de rares contacts.

Et Shevek. Shevek, physicien génial, qui part de l’une et va vers l’autre avec dans sa tête une équation pouvant révolutionner l’univers, qu’il hésite à révéler, et des réflexes de pensée dont il ne sait parfois quoi penser. Shevek, dont on suit le parcours en désordre, les chapitres pairs se passant sur Urras et racontant le début de l’histoire, les impairs se passant plus tard, sur le continent capitaliste d’Anarres. Rien n’est simple, et rien n’est naïf, dans ce livre. D’où le sous-titre en version originale, « une utopie ambigüe ». Shevek, sincèrement anarcho-communiste, voit les limites de la société dans laquelle il est né. Shevek, assez viscéralement anticapitaliste, ne peut terminer son travail qui bénéficiera à l’humanité entière qu’en allant vivre dans une société qu’il rejette.

Court mais dense, Les Dépossédés mêle philosophie et langage, politique et humanité, dans un récit puissant qui bouscule les clichés.

Prix Hugo 1975, Nebula 1974 et Locus 1975.

DNDM

Neuromancien (1984), de William Gibson

Neuromancien de William Gibson, couverture VO

Avant de crier au chef-d’œuvre, je vais essayer de vous résumer Neuromancien ce qui n’est pas chose aisée. Ex-cowboy du « cyberspace » (sorte de réalité virtuelle orgasmique, à la Matrix) dont les neurones ont été grillés pour avoir eu les yeux plus gros que le ventre, Henry Dorsett Case va reprendre du service. Des mercenaires assez troubles lui proposent un contrat risqué : lui redonner accès au cyberspace contre sa réussite à pénétrer l’enceinte virtuelle d’une multinationale plus que douteuse.

Si vous avez aimé Blade Runner, Cowboy Bebop, voire Blame, ce livre est pour vous. Cependant attention, il ne faut pas vous attendre à être pris par la main durant votre lecture. L’auteur ne fournit aucune explication, c’est à vous de vous dépatouiller. Vous aurez à combattre pléthore de néologismes (vraiment), de dialogues et de scènes parfois douteuses (il faut souligner l’utilisation systématique de drogues dures par les personnages principaux) et un univers noir où règne la désillusion collective.

Ouvrage fondateur du mouvement cyberpunk, ce roman n’a pas pris une ride tant les thèmes abordés font transparaître une modernité assez incroyable (domination des multinationales, progrès technologique, environnement saturé et j’en passe). On regrettera peut-être une lecture rendue difficile par une narration labyrinthique, mais de mon point de vue, c’est ce qui fait tout son charme. Précipitez-vous donc sur Neuromancien, ne serait-ce que pour narguer dans quelques années vos amis quand l’adaptation cinématographique attendue depuis de si longues années sortira, et que vous pourrez hautement affirmer « Le livre est meilleur que le film ».

O’Cahan

Conclusion

Nous espérons que notre sélection, qui aurait pu être bien plus longue tant la liste des lauréats du prix Hugo regorge de pépites, vous aura plu. Si vous voulez aller plus loin, n’hésitez pas à visiter sur le forum le sujet consacré au marathon de lecture spécial Prix Hugo, et mettez votre pierre sur l’édifice !

Si vous êtes en panne de lecture malgré tous ces titres du mois, n’hésitez pas à consulter l’annuaire de toutes les recommandations publiées sur le blog de la Garde de Nuit.

Compte collectif de La Garde de Nuit.

2 Comments

  1. Je recommande l’Édition augmentée des éd. J’ai Lu (6€90) pour Des fleurs pour Algernon. Elle comprend le roman, un essai de l’auteur sur son écriture et enfin la nouvelle originale.

  2. Merci pour ces recommandations ! Excalibur est sur ma liste depuis longtemps et du coup, je vais y ajouter Des Fleurs pour Algernon.

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