L'homme en forme de poire

Ce sujet a 5 réponses, 4 participants et a été mis à jour par  Kevan, il y a 1 an.

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  • #24155

    R.Graymarch
    • Fléau des Autres
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    L’homme en forme de poire est une nouvelle de 1987 (pour la VO) que vous trouverez notamment dans le recueil Dragon de glace, recueil disparate composé de deux nouvelles fantasy et deux autres plus fantastico-bizarro-horreur.

    Elle raconte l’histoire de Jessie qui emménage avec une amie dans un nouvel appartement et qui tombe dès le début puis très régulièrement face à un homme en forme de poire qui la met mal à l’aise et insiste pour la voir. Faut dire qu’elle travaille à domicile…

    Cette nouvelle provoque en moi un mélange de fascination et de répulsion, peut-être comme ce fameux homme en forme de poire. On n’est pas loin de l’acrasie (attraction que l’on éprouve à regarder quelque chose qui nous révulse), comme l’héroïne. On sait qu’on se dirige vers quelque chose de pas net, on n’est pas déçus et pourtant on est surpris. Ce qui assez fort, tout de même.

    Martin distille bien ses effets et la progression de l’intrigue dans la tête de Jessie. J’ai trouvé que la toute fin manquait un peu d’explication mais j’étais à la fois soulagé que ce soit fini et scotché par le dénouement. Et vous ?

    Je sers la Garde et c'est ma joie. For this night, and all the nights to come
    Venez jouer avec nous à Chanson d'Encre et de Sang https://www.lagardedenuit.com/forums/sujets/ces-presentation-du-jeu/
    DOH. Fondateur de la #TeamLoyalistsForeverUntilNow. Le Conseiller-Pyat Pree qui ne le Fut Jamais

    #24166

    lilou black
    • Frère Juré
    • Posts : 57

    Je l’ai lue… il y a deux ans, peut-être. Sur le plan de la structure narrative, c’est une réussite. Au fil de l’histoire, on a l’impression qu’une sorte de huis-clos bizarre se referme et c’est de plus en plus angoissant au fil des pages. Dans le même temps, on voit évoluer la perception que Jessie a de cet homme en forme de poire, de la gêne face à une représentation vivante de la misère sociale jusqu’à… la fin qui, personnellement, m’a sidérée. J’aurais bien voulu avoir une explication sur ce qui s’est passé et… comment dire sans spoiler ? combien de personnes avaient précédé Jessie ?

    Et à la fin, j’avoue avoir regardé d’un œil torve les machins apéritif au fromage pendant un bon moment. Ils ont quelque chose de démoniaque dans cette nouvelle…

    J'ai fixé le ciel étoilé mais hélas le ciel m'a semblé trop haut pour mon rêve (Cantique païen)

    #24192

    Ysilla
    • Pisteur de Géants
    • Posts : 1288

    Après avoir lu vos deux posts, @r-graymarch et @liloublack, je me suis jetée comme une morte-de-faim  sur la nouvelle, l’homme en forme de poire.  Mon parcours littéraire fait qu’avant de verser dans ASOIAF, j’ai longuement parcouru les sentiers du genre du fantastique et/ou de l’horreur.

    La lecture du récit de Martin ne m’a pas déçue : je partage toutes les bonnes impressions de lecture de Graymarch et Lilou. J’ajouterais que j’y ai retrouvé savamment orchestrées dans si peu de pages, des thématiques familières  :

    • le rêve à épisodes qui m’a fait songer au Serpent du rêve de Robert Howard.
    • la fascination morbide pour un espace et un personnage  rappelle La cour de Canavan de Joseph Brennan ou Le passage Pommeraye d’André Pieyre de Mandriargues.
    • quant au thème central, je ne peux le nommer sans déflorer la chute du texte, élément indépassable de tout récit fantastique, tout ce que je peux dire, c’est qu’il se rattache au très vaste thème du monstre et/ou de la chose et sa déclinaison dans ce récit de Martin, l’apparente à une nouvelle de Julio Cortázar, Axolotl, parue en France dans le recueil Les Armes secrètes.

    Si la lecture de L’homme en forme de poire vous séduit, n’hésitez pas à lire les nouvelles que j’ai citées en complément ; elles se retrouvent toutes dans l’excellente Grande anthologie du fantastique en trois tomes de Jacques Goimard et Roland Stragliati, chez Omnibus.

     

    "Ce ne sont pas nos aptitudes qui montrent ce que nous sommes, ce sont nos choix."

    #24193

    R.Graymarch
    • Fléau des Autres
    • Posts : 4754

    Au fil de l’histoire, on a l’impression qu’une sorte de huis-clos bizarre se referme et c’est de plus en plus angoissant au fil des pages.

    oui, c’est ça. Une sorte de déraillement attendu mais en même temps qu’on ne peut pas s’empêcher de regarder, avec un avancement implacable. J’aurais aussi aimé en savoir un peu plus.

    Ysilla : waouh, ça fait plaisir, merci. GRRM a un vrai talent de conteur, ça se voit ici aussi. Dans le genre, je conseille Portrait de famille. Je crée le topic plus tard pour en causer.

    Et merci pour les conseils.

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    DOH. Fondateur de la #TeamLoyalistsForeverUntilNow. Le Conseiller-Pyat Pree qui ne le Fut Jamais

    #24195

    Ysilla
    • Pisteur de Géants
    • Posts : 1288

    J’aurais aussi aimé en savoir un peu plus.

    Dans les récits fantastiques, il est très fréquent que le lecteur soit laissé en plan, sans que des explications aux phénomènes surnaturels soient livrées au risque, sinon, de faire basculer le récit dans le merveilleux noir, l’horreur, ou dans le  récit que j’appellerais le récit « Scoubidou » où une explication rationalo-scientifique désamorce l’angoisse née de l’irruption insoutenable du surnaturel.

    C’est même typique des récits fantastiques européens. Et Martin, dans cette nouvelle, suit un schéma très classique et très « européen », suivant la critique littéraire francophone qui a théorisé des frontières solides entre le merveilleux rose ou noir, le merveilleux scientifique = la SF , les récits d’angoisse, d’épouvante et fantastiques et la fantasy ( cette dernière contrairement aux autres s’étant longtemps – et encore aujourd’hui ?) vu refuser le statut d’oeuvre littéraire). Je pense notamment à Tzvetan Todorov, qui a théorisé l’hésitation comme le cœur du genre fantastique – les critiques anglophones sont beaucoup moins dogmatiques en la matière. –

    Quand on relit attentivement  l’homme en forme de poire, textuellement, on n’a pas vraiment de certitude sur ce qui est arrivé et dans la tête de qui le lecteur se trouve à la fin- voir l’hésitation sur les pronoms personnels –

    La logique du texte mène le lecteur vers une explication aussi irrationnelle qu’horrible mais le basculement final vers un point de vue interne confus fait hésiter le lecteur et rationnellement, on peut opter pour une explication psychiatrique rationnelle mais improbable ; et  là où Martin est très fort, c’est qu’à l’intérieur même d’une interprétation psychiatrique rationnelle, le lecteur hésite : dans la tête de qui est-on ? si pour se rassurer(? ^^), on se dit que dans cette histoire quelqu’un bascule dans le délire, on ne sait pas qui c’est.

    "Ce ne sont pas nos aptitudes qui montrent ce que nous sommes, ce sont nos choix."

    #34895

    Kevan
    • Frère Juré
    • Posts : 93

    L’une des raisons pour laquelle cette nouvelle marche, c’est la montée de la panique de la protagoniste dont l’instinct lui crie que cet homme présente un danger, mais que les carcans sociaux, moraux et logiques empêchent de se mettre à l’abri. En gros, pour Jessie, l’irrationnel a raison, ce qui est un classique du surnaturel. On « sent » qu’il y a un problème bien avant qu’il n’y ait de vrais motifs d’inquiétude. Tout comme l’expression malveillante sur le visage de la Venus d’Ille présage le drame, mais puisque ce n’est qu’un détail artistique, personne ne peut l’avancer comme argument pour dire « Hey, cette statue est vraiment flippante, on devrait la péter au marteau avant qu’elle violécrase un type ».

    D’autant que les raisons logiques pour lesquelles Jessie pourrait être révulsée par l’homme en forme de poire n’ont rien de très glorieux. On pourrait les apparenter à du dégout pour un gros gaillard laid et mentalement déficient. Du manque d’empathie. Mais la nouvelle semble aussi aller dans l’autre sens. Dans l’idée paranoïaque que si une de ces personne le pouvait, elle prendrait votre place, votre corps et votre vie, et vous laisserait avec la sienne.

    C’est d’une glauquerie sans fond, et c’est pour ça que c’est une très bonne nouvelle.

    Méfie toi de l'homme d'un seul livre. A tous les coups, c'est un taré qui a appris par coeur les personnages quaternaires.

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