Plan et avenir de la Fraternité sans bannière

Lady Cœur de Pierre tenant la couronne de Robb (illustration : Kay Huang (alias zippo514) ; montage : Evrach, La Garde de Nuit)

Le personnage de Lady Cœurdepierre, depuis son apparition dans les livres (et uniquement dans les livres), a fait couler beaucoup d’encre. Motivations ? Personnalité ? Objectifs ? Il est vrai que, depuis sa résurrection, nous n’avons plus son point de vue, contrairement à sa première vie lorsqu’elle était encore Catelyn Stark. Ses apparitions montrent qu’elle est à la tête d’une des branches de la Fraternité sans Bannière (qui semble s’être scindée en deux après la disparition de Béric Dondarrion), et qu’elle s’attaque particulièrement aux Frey. Une première lecture d’AFFC (dont l’intrigue se déroule notamment dans le Conflans) pourrait laisser penser qu’elle chercher à se venger des Noces Pourpres qui ont vu le massacre de l’armée Stark et des bannerets de Robb, et surtout la mort du roi du Nord. Mais est-ce tout ?

Cette théorie, initialement rédigée par Evrach en avril 2015, revient sur les événements qui se déroulent dans la 4ème intégrale de la saga pour les décrypter.
Illustration de tête : Kay Huang (alias zippo514)

« La mort et les droits de l’hôte, c’est des trucs qu’ont plus tant de sens comme que ç’avait avant, l’un pas plus que l’autre. »

(Longue Jeyne Heddle)

Bon, puisque j’ai vu plusieurs personnes s’interroger sur l’éventualité des secondes Noces Pourpres (dont ils n’ont visiblement jamais entendu parler), et d’autres émettre l’idée que Lady Cœurdepierre n’est que vengeance et qu’elle se contente de pendre des Frey au hasard sans plan d’ensemble, sans cohérence et sans vision à long terme, je me permets de faire un petit récapitulatif. Les points que je vais évoquer ne sont pas nouveaux, ils sont même très vieux, et datent de la sortie d’AFFC (ADWD n’ayant quasiment rien apporté de nouveau à ce sujet).

C’est donc un peu le but de ce post, redonner une vision d’ensemble aux actions de la Fraternité dans AFFC/ADWD de façon à montrer que non, Catelyn ne pend pas des Frey au petit bonheur la chance, et que oui, la Fraternité agit dans des buts bien précis (même si ceux-ci peuvent être sujets à discussion). La version que je vais présenter ici est l’une des plus communément admises, synthèse des différents sujets du forum et de Westeros.org. Je n’ai pas la prétention d’apporter des informations inédites ou originales (ce n’est pas le but ^^) ni que toutes les interprétations que je vais faire des faits sont des faits établis (ce sont des interprétations logiques, mais d’autres sont possibles). Mais, avant de nous intéresser à la renaissance de la Fraternité sous l’égide de feue Catelyn Tully, il nous faut remonter à ASOS et à une scène très importante de ce tome qui est un peu la pierre angulaire de pas mal de choses et que les adeptes des théories du complot (et notamment de la « Great Northern Conspiracy » [GNC], ou « Grande Conspiration nordienne », hypothèse selon laquelle une partie du Nord, celle qui « se souvient », ourdirait un complot contre les Bolton et leurs alliés en faveur des Stark) connaissent bien.

L’héritier de Robb Stark

NB : pour approfondir cette question autour de l’héritage de Robb Stark, nous vous renvoyons vers cet article qui y est consacré.

Robb examina le monument. « De qui est-ce le tombeau ?
— Ci-gît Tristifer, quatrième du nom, roi des Rivières et des Collines. » Elle tenait l’histoire de son père. « Son royaume s’étendait depuis le Trident jusqu’au Neck. Il vécut des milliers d’années avant Jenny et son prince, à l’époque où les royaumes des Premiers Hommes tombaient un à un sous les coups des Andals. La Masse de Justice, on le surnommait. Il livra cent batailles et en remporta quatre-vingt-dix-neuf, s’il faut en croire les chanteurs, et, lorsqu’il l’édifia, ce château était le plus puissant de Westeros. » Elle posa une main sur l’épaule de son fils. « Sa centième bataille, où il lui fallait affronter les forces coalisées de sept rois andals, lui fut fatale. Le cinquième Tristifer ne le valait pas. C’en fut bientôt fait du royaume, puis du château et, pour finir, de la lignée. Avec Tristifer V s’éteignit la maison d’Alluve, qui régnait sur le Conflans depuis un millier d’années lorsque survinrent les Andals.
— Son héritier lui a failli. » Robb caressa la rude pierre érodée par le temps. « J’avais espéré laisser Jeyne enceinte…, nous nous y sommes employés… pas mal, mais je ne saurais affirmer…
— On n’y réussit pas toujours dès la première fois. » Bien que tel ait été le cas, pour ce qui te concerne. « Ni même à la centième. Tu es encore très jeune.
— Jeune et roi, dit-il. Un roi se doit d’avoir un héritier. Si je devais mourir durant ma prochaine bataille, il ne faudrait pas que le royaume meure avec moi. Au regard des lois, Sansa vient en tête, pour ma succession, de sorte que Winterfell et le Nord lui échoiraient. » Sa bouche se pinça. « À elle et à son seigneur de mari. Tyrion Lannister. Je ne puis tolérer cela. Je ne le tolérerai pas. Jamais le Nord ne doit tomber entre les pattes de ce nain.
— Non, convint Catelyn. En attendant que Jeyne te donne un fils, il te faut désigner un autre héritier. » Elle réfléchit un moment. « Le père de ton père était fils unique, mais son père avait une sœur qui épousa un fils cadet de lord Raymar Royce, lui-même issu de la branche cadette. Ils eurent trois filles, qui toutes épousèrent des seigneurs du Val. Un Vanbois et un Corbray, de cela je suis sûre. Quant à la benjamine…, il se pourrait que ç’ait été un Templeton, mais…
— Mère. » L’intonation avait quelque chose d’acerbe. « Vous oubliez. Mon père avait quatre fils. »
Elle n’avait pas oublié ; elle avait refusé de prendre ce détail en compte, et voilà qu’on le mettait sur le tapis. « Un Snow n’est pas un Stark.
— Jon est plus Stark que je ne sais quels hobereaux du Val qui n’ont jamais ne fût-ce que posé les yeux sur Winterfell.
— Jon est frère de la Garde de Nuit, sous serment de ne prendre femme ni tenir terres. Et qui prend le noir sert à vie.
— Comme le font les chevaliers de la Garde royale. Ce qui n’a pas empêché les Lannister de dépouiller du manteau blanc ser Barristan Selmy et ser Boros Blount dès qu’ils n’en eurent plus l’usage. Que j’expédie une centaine d’hommes prendre la place de Jon, et je suis prêt à parier que la Garde de Nuit trouvera un biais pour le relever de ses vœux. »
Il n’en démordra pas. Elle savait combien son fils pouvait se montrer têtu. « Un bâtard ne peut hériter.
— À moins qu’un décret royal ne le légitime, répliqua Robb. Il y a plus de précédents pour cela que pour relever de ses vœux un frère juré.
— De précédents, repartit-elle aigrement. Oui, Aegon IV légitima tous ses bâtards sur son lit de mort. Et que de douleur et de deuil, de guerre et de meurtre en résulta-t-il… ! Je sais que tu te fies en Jon. Mais peux-tu te fier en ses fils ? Voire en leurs fils à eux ? Les prétendants Feunoyr tracassèrent les Targaryens durant cinq générations, jusqu’à ce qu’en fait Barristan le Hardi tue le dernier d’entre eux aux Degrés de Pierre. Si tu confères à Jon la légitimité, plus moyen de le renvoyer à sa bâtardise. Et qu’il se marie et engendre, aucun des fils que tu pourras avoir de Jeyne ne connaîtra plus de sécurité.
— Jamais Jon ne toucherait à un fils de moi.
— Comme jamais Theon Greyjoy ne devait toucher à Bran et Rickon ? »
D’un bond, Vent Gris se jucha sur la tombe du roi Tristifer, les crocs dénudés. La physionomie de Robb ne manifestait, elle, que froideur. « Voilà qui est aussi cruel qu’injuste. Jon n’est pas Theon.
— Un vœu pieux. Et tes sœurs, y as-tu songé ? Que fais-tu de leurs droits ? Je partage ton sentiment, il faut absolument empêcher le Nord de tomber dans l’escarcelle du Lutin, mais Arya ? Au regard des lois, elle vient juste après Sansa…, comme ta propre sœur, légitime…
— …et morte. Personne ne l’a vue ni n’a eu vent d’elle depuis qu’ils ont décapité Père. Pourquoi vous mentir à vous-même ? Arya nous a quittés, comme Bran et Rickon, et ils tueront aussi Sansa, sitôt que le Lutin aura eu un enfant d’elle. Jon est l’unique frère qui me demeure. Si le sort m’appelle à mourir sans postérité, je veux qu’il me succède comme roi du Nord. Je m’étais flatté que vous approuveriez mon choix.
— Je ne puis, dit-elle. Sur tout autre chapitre, Robb. Pour n’importe quoi. Mais pas pour cette… cette folie. Ne me le demande pas.
— Je n’ai pas à le faire. Je suis le roi. »

(ASOS, Catelyn V)

Cette scène est certainement l’une des plus importantes de tout le roman. Elle a différents degrés de lecture, une symbolique forte : Vieilles-Pierres, le roi Tristifer, etc… Bref, une scène plus qu’importante qu’il convient d’avoir bien en mémoire. Cet épisode en tête-à-tête avec Catelyn est suivi peu après d’une nomination officielle… où nous n’avons pas la confirmation du nom de l’héritier désigné par Robb, mais la scène est encore une fois intéressante. Sept personnes y assistent. Sept personnes qui connaissent le nom de l’héritier de Robb (et peut-être une huitième).

Les jours suivaient les jours, et toujours la pluie persistait à tomber. Après avoir remonté tout du long la Bleufurque et puis dépassé les Sept-Rus, où la rivière se subdivisait en un fouillis de ruisseaux et de ruisselets, on traversa Sorcefangier, dont les étangs glauques et miroitants guettaient l’imprudent pour le déglutir et où le terrain mouvant suçait les sabots des montures avec autant d’avidité qu’un mioche affamé le sein maternel. La marche était pis que lente. Forcé d’abandonner la moitié des fourgons à la fange, on transféra leurs chargements sur des mules et des chevaux de trait.
Lord Jason Mallister rattrapa l’ost au beau milieu des marécages de Sorcefangier. Il restait plus d’une heure de jour quand il parut, suivi de sa propre colonne, mais Robb résolut de faire halte immédiatement, et il pria ser Raynald Ouestrelin d’amener Catelyn sous sa tente.

(ASOS, Catelyn V)

S’ensuit une scène où un capitaine narre à Robb et à ses généraux la mort de Balon Greyjoy et le retour du Choucas (Euron Greyjoy, voir cet article à son sujet) à Pyk, puis ser Raynald raccompagne le capitaine, et seules sept personnes restent dans la tente : Jason Mallister, le Lard-Jon Omble, Maege Mormont, Galbart Glover, Edmure Tully, Robb et Catelyn. Robb leur expose son plan pour reprendre Moat Cailin et envoie Maege Mormont et Galbart Glover dans le Neck afin de retrouver les Paludiers.

Puis Griseaux bouge. Par quel miracle mes bateaux le trouveront-ils ?
— Contentez-vous d’arborer ma bannière. Ce sont les gens des paluds qui vous trouveront. Je veux deux bateaux pour doubler les chances que mon message atteigne Howland Reed. Lady Maege montera l’un d’eux, Galbart l’autre. » Il se tourna vers ceux qu’il venait de nommer. « Vous serez porteurs de lettres pour ceux des seigneurs mes vassaux qui n’ont pas quitté le Nord, mais, au cas où vous auriez la mal fortune d’être capturés, chacun des ordres qu’elles contiendront sera falsifié.

(ASOS, Catelyn V)

Deux des sept vont donc partir pour le Neck. Jason Mallister est censé rester à Salvemer avec Catelyn et le Lard-Jon conduire l’avant-garde venue du sud… mais la suite, on la connaît. Le plan audacieux de Robb ne sera jamais mis en application… les Noces Pourpres ayant fait leur office. Peu avant que les sept ne se séparent, Robb aborde un dernier point :

Lord Balon n’a laissé derrière lui que le chaos, nous le souhaitons. Je ne saurais faire de même. Or il se trouve que je n’ai pas de fils pour l’instant, que mes frères Bran et Rickon sont morts, et que ma sœur est mariée à un Lannister. J’ai longuement et consciencieusement médité le choix de mon éventuel successeur. Je vous ordonne maintenant, à vous qui êtes mes nobles, fidèles et loyaux sujets, d’apposer vos sceaux sur le document que voici, en tant que témoins de mes volontés.

(ASOS, Catelyn V)

Cinq signatures donc, cinq sceaux (outre probablement la signature et le sceau royal de Robb) pour reconnaître l’héritier du roi du Nord, Mallister et Tully pour le Conflans, Omble, Glover et Mormont pour le Nord. Ce qu’est devenu le document signé qui légitime probablement Jon Snow et fait de lui Jon Stark, roi du Nord ? Nul ne le sait. Robb l’a-t-il gardé sur lui ? Auquel cas le document a été pris lors des Noces Pourpres, mais on n’en entend jamais parler en tout cas.

Lady Cœurdepierre

Retournons donc à AFFC/ADWD. Les Noces Pourpres ont eu lieu et parmi les sept personnes au courant du nom de l’héritier de Robb, une est morte, Robb ; une est morte et a été ramenée à la vie, Catelyn ; deux ont été faits prisonniers lors des Noces Pourpres, Edmure et le Lard-Jon Omble ; Jason Mallister est prisonnier à Salvemer, et les deux derniers sont en vadrouille dans le Neck. On éludera volontairement les deux dans le Neck, parce qu’on ignore ce qu’ils sont devenus (bon, il y a bien la GNC et plein d’autres hypothèses, mais ce n’est pas vraiment le sujet ici, contentons-nous de constater qu’ils n’ont pas reparu à l’heure actuelle) et les deux prisonniers aux Jumeaux, Omble et Mallister qu’on n’a pas revus non plus depuis. Les deux Tully sont donc ceux qui vont nous intéresser. Commençons par Catelyn.

Pour le lecteur non averti donc, lady Cœurdepierre se contente visiblement de pendre des Frey au petit bonheur la chance, et de se venger ainsi des Noces Pourpres… Mais comme il paraît que le roman est écrit par GRRM, si on essayait de creuser un peu pour voir s’il n’y a pas plus ?

Le premier Frey pendu est Petyr le Boutonneux. Outre le petit clin d’œil de GRRM qui s’amuse à faire d’un Petyr la première victime de Catelyn, Petyr ne sert visiblement qu’à attirer un plus gros poisson. D’où le piège de la rançon. Merrett Frey est la deuxième victime. Je laisse à chacun le soin de juger si le fait de boire avec le Lard-Jon a fait de lui un membre actif des Noces et s’il méritait de mourir, mais force est de constater que sa mort n’est pas la seule raison du piège tendu par la bande de hors-la-loi dans l’épilogue d’ASOS. Merrett a une triple utilité : l’or, bien entendu, la fameuse fausse rançon pour Petyr. Et aussi quelques informations :

N’importe quoi, qu’il était prêt à te leur dire, le Merrett, si ça devait te le sauver. « Que voulez-vous savoir ? Je vous dirai la vérité vraie, je le jure. »
Le brigand l’enveloppa dans un sourire encourageant. « Hé bien, il se trouve que nous recherchons un chien qui s’est échappé.
— Un chien ? » Merrett nageait complètement. « Quel genre de chien ?
— Il répond au nom de Sandor Clegane. Thoros affirme qu’il était en route pour les Jumeaux. Nous avons retrouvé les passeurs qui lui ont fait franchir le Trident, ainsi que le malheureux butor qu’il a dépouillé sur le grand chemin. L’auriez-vous vu aux noces, par hasard ?
— Aux Noces Pourpres ? » Le Merrett, il t’avait le crâne comme prêt à éclater, mais il fit de son mieux pour rassembler ses souvenirs. Quoique ç’avait été un tel foutu bordel, y aurait toujours eu quelqu’un pour le signaler, que le chien de Joffrey, il reniflait dans les parages des Jumeaux. « Il ne se trouvait pas à l’intérieur du château. Pas au grand festin, toujours… Bon, il aurait pu être au festin des bâtards, ou bien dans les camps, mais…, non, quelqu’un l’aurait dit…
— Il aurait eu un gosse avec lui, insista le chanteur. Une petite fille d’environ dix ans. Ou un garçonnet du même âge, peut-être.
— Je ne pense pas, dit Merrett. Pas que je sache.
— Non ? Ah, comme c’est dommage… Tant pis, on vous hisse.

(ASOS, épilogue)

Dans sa folie vengeresse zombiesque, Catelyn semble toutefois fort s’intéresser au sort de ses filles. Elle a appris que le Limier et Arya ont été aperçus peu avant les Noces et elle est à la recherche de sa fille…
À noter que les pendaisons successives de Petyr et de Merrett n’ont pas lieu n’importe où. Ils sont… hé bien à Vieilles-Pierres. Où d’autre pourraient-ils être ? Le lieu même où Robb a parlé à sa mère de son héritier pour la première fois, sur la tombe même de Tristifer d’Alluve.

Dans les salles des rois défunts,
Jenny,
Tout là-haut là-haut,
Dansait avec ses fantômes…
« Tire-toi de là, dit Merrett. C’est sur un roi que tu es assis.
— S’il s’en fout, le vieux Tristifer, de mon cul osseux… !

(ASOS, épilogue)

Et on a même les seules paroles connues de la chanson de Jenny en prime. Classe, non ?

— Meurtre y a pas eu ! » Sa voix s’était faite stridente. « Vengeance, c’était, on avait droit à notre vengeance. C’était la guerre. Aegon, qu’on l’appelait, nous, Tintinnabul, un pauvre simplet qui avait jamais fait du mal à personne, hé bien, lady Stark te lui a tranché la gorge. Même que, dans les camps, on s’est perdu un demi-cent d’hommes. Et ser Garse Bonru, le mari à Kyra, et ser Tytos, le fils à Jared… qu’une hache te lui a défoncé le crâne… Et que le loup-garou à Stark, il te nous a tué quatre de nos louviers, arraché de l’épaule le bras à notre maître piqueux, quoiqu’on l’avait déjà farci de carreaux…
— Ah…, voilà pourquoi z’y avez cousu la tête au cou de Robb Stark après leur mort à tous les deux…, dit le manteau jaune.
— Ça, c’est mon père qui l’a fait. Moi, j’ai fait que boire. Vous tueriez pas un homme pour avoir bu. » Merrett se souvint alors tout à coup d’un truc, un truc qui pourrait bien te le sauver. « On dit que lord Béric, il accorde toujours un procès aux gens, qu’il tue jamais les gens, s’il y a rien de prouvé contre eux. Vous pouvez rien prouver contre moi. Les Noces Pourpres, ç’a été l’ouvrage à mon père, à Ryman et à Roose Bolton. C’est Lothar qu’a truqué les tentes pour qu’elles s’effondrent, et c’est lui qu’a mis les arbalétriers dans la tribune avec les musiciens, c’est Walder le Bâtard qu’a dirigé l’attaque dans les camps…

(ASOS, épilogue)

Catelyn apprend donc deux choses :

  1. Que les Frey/Bolton/Lannister n’ont pas la vraie Arya ;
  2. Qui a fait quoi dans les Noces Pourpres (Ryman, Lothar, Walder Rivers…).

Ça plus les pièces d’or. Merrett n’a plus d’utilité… et finit pendu. Mais loin de la folie qu’on lui prête en général, ce comportement semble tout ce qu’il y a de plus réfléchi, et les informations recherchées, plus que précises.

Poussons un peu plus en avant, et utilisons un peu Jaime et son arc narratif du Conflans. Car, il faut bien l’avouer, on a tous pesté (surtout Pandémie) quand on a appris dans AFFC que Cersei envoyait Jaime lever le siège de Vivesaigues et qu’on allait se revisiter le Conflans pour la trois-cent-quatorzième fois en long en large et en travers.

Cet arc narratif… n’a rien à voir avec Jaime Lannister. Tout ce qu’il fait dans le Conflans, à Vivesaigues, aurait pu nous être rapporté par un corbeau dans un chapitre de Port-Réal pour le même résultat. Jaime n’est que le témoin involontaire et sans aucune compréhension des actions de la Fraternité que seul le lecteur est à même de décortiquer, et vous allez voir que presque toutes les citations qui suivent sont issues des chapitres de Jaime (quelques-unes viennent des chapitres de Brienne dans le Conflans).

— La moitié des hommes que j’expédie chercher de la nourriture ne reviennent pas. Certains désertent. Nous en trouvons d’autres en train de mûrir sous des arbres, la corde au cou.
— Nous sommes tombés sur certains d’entre eux, voilà deux jours, dit Jaime. Des éclaireurs d’Addam Marpheux les ont découverts en train de se balancer, la tronche toute noire, sous un pommier sauvage. Les cadavres avaient été dépouillés de tous leurs vêtements.

(AFFC, Jaime V)

Première information concernant la Fraternité, comme ça au détour d’une conversation anodine : la Fraternité vole des vêtements Lannister. Contentons-nous de noter ce point pour l’instant, nous y reviendrons plus tard.

Au-delà du gibet, tentes et feux de camp s’éparpillaient en tous sens au petit bonheur. Pour assurer leur confort, la noblaille Frey et ses chevaliers avaient dressé leurs pavillons vers l’amont, à l’écart des fosses d’aisances ; l’aval foisonnait en revanche de taudis crottés, de fourgons et de chars à bœufs. « Pour empêcher ses gars de finir par s’emmerder, ser Ryman leur offre des putes, des combats de coqs et des battues de sanglier, déclara ser Daven. Il s’est même dégoté pour son propre usage un putain de chanteur. Crois-le ou pas, notre tante ayant ramené de Port-Lannis Wat Blancherisette, il a jugé indispensable de posséder son baladin personnel.

(AFFC, Jaime V)

À Vivesaigues la situation est tendue. Le Silure tient la forteresse et ser Ryman, l’héritier des Jumeaux mène (en titre en tout cas) le siège. Son fils, ser Edwyn, et Walder le Noir, Daven, Emmon Frey (le nouveau lord de Vivesaigues) et les lord Piper et Vance bossent pour de vrai. Ryman étant une outre à vinasse passant son temps à courir les putes, Jaime le renvoie bien vite, devant tout le monde.

Ser Ryman survint là-dessus, gravissant d’un pas pesant les marches de la potence en compagnie d’une souillon à cheveux de paille aussi bourrée que lui. Elle avait une robe qui se laçait par-devant, mais quelqu’un l’avait débraillée jusqu’au nombril, de sorte que ses seins s’éparpillaient à l’air. Ils étaient gros et lourds, avec de grands tétons bruns. Sur sa tête était posé de guingois un bandeau de bronze martelé, gravé de runes et ceinturé de petites épées noires.
[…]
Ryman Frey s’effondra sur ses deux genoux. « Je n’ai absolument rien fait…
— … sauf boire et courir les putes. Je sais.
— Je suis l’héritier du Pont. Vous ne pouvez pas…
— Je vous ai prévenu d’avoir à vous taire. » Jaime le regarda devenir blême. Un poivrot, un pitre et un pleutre. Lord Walder ferait mieux de lui survivre, ou les Frey sont fichus. « Vous êtes congédié, ser.
— Congédié ?
— Vous m’avez entendu. Tirez-vous.
— Mais… où devrais-je aller ?
— En enfer ou chez vous, comme vous préférez. Prenez garde à ne plus vous trouver dans le camp au lever du soleil. Libre à vous d’emmener votre reine des putes, mais sans sa couronne. » Jaime se détourna de ser Ryman au profit de son fils. « Edwyn, je vous confie le commandement qu’exerçait jusqu’ici votre père. Tâchez de ne pas vous montrer aussi bouché que lui.
— Cela ne devrait pas soulever beaucoup de difficulté, messire.
Envoyez un message à lord Walder. La Couronne réclame tous les prisonniers qu’il détient. » Jaime agita sa main d’or. « Ser Lyle, amenez-le. »
Edmure Tully était tombé à plat ventre sur le plancher de la potence lorsque la lame de ser Ilyn avait sectionné la corde. Un pied de chanvre prolongeait encore le nœud coulant qui entourait son cou. Le Sanglier en saisit l’extrémité et tira dessus pour le remettre sur ses pieds. « Une truite en laisse, dit-il en pouffant, voilà un spectacle que je n’avais jamais vu jusqu’ici. »
Les Frey s’écartèrent pour leur livrer passage. Pas mal de gens s’étaient amassés au pied de l’échafaudage, y inclus une douzaine de traînées de camp plus ou moins dévêtues. Jaime remarqua dans le tas un individu qui tenait une harpe. « Holà, toi. Le chanteur. Suis-moi. »
L’interpellé ôta son chapeau. « À vos ordres, messire. »

(ASOS, Jaime VI)

Un chanteur hein ? Son propre baladin ? Il s’agit bien entendu de Tom des Sept, comme on en aura la confirmation juste après. Tom qui fait partie de la Fraternité. Tom qui apprend ici deux informations d’importance capitale :

  1. Ser Ryman Frey s’apprête à quitter Vivesaigues pour les Jumeaux et il détient la couronne de Robb (dont il a couronné sa pute, quel homme de bon goût…) ;
  2. Les prisonniers capturés aux Noces Pourpres vont être transférés sous peu depuis les Jumeaux jusqu’à Port-Réal.

La première information sera bien vite utilisée : dès le chapitre suivant de Jaime, on en apprend le dénouement.

— C’est bien vous qui l’avez réexpédié dans ses foyers, n’est-ce-pas ? »
Il fallait bien que quelqu’un s’en charge. « Serait-il arrivé quelque malheur à ser Ryman ?
— Il a été pendu avec tout son monde, expliqua Walder Rivers. Les hors-la-loi les ont attrapés à deux lieues au sud de Beaumarché.
— Dondarrion ?
— Lui, ou Thoros, ou cette garce de Cœurdepierre. »
Jaime fronça les sourcils. Ser Ryman n’avait été qu’un imbécile, un lâche et un poivrot, et il ne risquait pas de manquer beaucoup à personne, et surtout pas le moins du monde à la fine coterie Frey. Si les yeux secs d’Edwyn avaient la moindre valeur d’indice, ses propres fils eux-mêmes ne le pleureraient pas éternellement. Néanmoins, ces hors-la-loi s’enhardissent de plus en plus, puisqu’ils ont le toupet de pendre l’héritier de lord Walder à moins d’une journée de cheval des Jumeaux.
« Combien d’hommes ser Ryman avait-il avec lui ? questionna-t-il.
— Trois chevaliers et une douzaine d’hommes d’armes, répondit Rivers. On en viendrait presque à croire que ses meurtriers savaient qu’il allait retourner aux Jumeaux, et avec une modeste escorte. »

(AFFC, Jaime VII)

Edwyn accuse son frère Walder le Noir, mais nous savons ce qu’il en est. C’est la preuve que Tom des Sept communique avec le reste de la Fraternité, information importante ; il n’a pas simplement décidé de la quitter pour devenir troubadour de château.

Le meurtre de ser Ryman répond à un double objectif : il est l’un des organisateurs des Noces Pourpres cité par Merrett avec Walder le Noir et Edwyn Frey ; et il détenait surtout la couronne de Robb que Catelyn voulait récupérer. Et justement, chapitre de Brienne :

— Laissez-les partir ! » supplia Brienne.
La femme en gris ne répondit pas. Elle examina l’épée, le parchemin, la couronne de bronze et de fer. Finalement, sa main s’éleva jusque sous sa mâchoire, et elle s’étreignit le cou comme si elle voulait s’étrangler elle-même.

(AFFC, Brienne VIII)

La couronne a bien été récupérée.

La deuxième information est essentielle également. Le transfert des prisonniers. Omble, Mormont, Mallister, Piper, Manderly… les maisons qui ne peuvent s’opposer ouvertement à la Couronne, car ils ont un proche qui a été capturé lors des Noces Pourpres, est longue comme le bras, et une libération de ces otages est une étape primordiale préalable à tout soulèvement potentiel. Laissons cela de côté, et revenons à la pendaison de Merrett, qui a eu lieu, rappelez-vous, à Vieilles-Pierres. On a vu la pendaison en live dans l’épilogue d’ASOS ; voyons un peu ce qu’on en dit un peu plus tard dans AFFC :

« Les hors-la-loi qui ont assassiné votre époux, ils appartenaient à la clique de lord Béric ?
— C’est ce que nous avons pensé, tout d’abord. » Malgré ses cheveux grisonnants, elle était encore une belle femme. « À leur départ de Vieilles-Pierres, les meurtriers se sont séparés. Lord Vyprin a suivi la piste d’une bande jusqu’à Beaumarché puis a perdu ses traces. Avec des veneurs et des limiers, Walder le Noir est entré dans Sorcefangier derrière la seconde. Les manants ont commencé par nier l’avoir vue passer, mais un interrogatoire sévère leur a finalement fait chanter une autre chanson. Ils ont parlé d’un borgne et d’un individu vêtu d’un manteau jaune, ainsi que d’une femme, emmitouflée dans une pèlerine dont le capuchon dissimulait ses traits.

(AFFC, Jaime IV)

Vous avez tous reconnu Jack Bonne-Chance, Lim et Catelyn, mais c’est leur itinéraire qui est ici intéressant. La Fraternité s’est divisée en deux. Une partie est allée au sud de Beaumarché afin de pendre ser Ryman et récupérer la couronne, l’autre groupe, composé de Jack, Lim et Catelyn, est allé à Sorcefangier… loin, très loin. Un énorme et inutile détour vers les marais du Neck. Pourquoi !?

Une réponse possible est au début de cet article. Si, si, souvenez-vous :

Lord Jason Mallister rattrapa l’ost au beau milieu des marécages de Sorcefangier. Il restait plus d’une heure de jour quand il parut, suivi de sa propre colonne, mais Robb résolut de faire halte immédiatement…

(ASOS, Catelyn V)

C’est bien à Sorcefangier que Robb a eu sa petite réunion avec Mallister, le Lard-Jon, Glover, Maege Mormont, Edmure et sa mère, et c’est là qu’il leur a fait signer le fameux décret légitimant (probablement) Jon Snow… Puis il a envoyé Maege et Glover dans le Neck avec de fausses lettres (au cas où ils se fassent capturer)… Du coup, qu’est devenu le fameux document ? Aucun des prisonniers ne l’avait sur lui, Robb et Catelyn non plus visiblement, ou en tout cas nul n’en fait mention dans les PoV des Lannister… Mormont et Glover n’ont certainement pas emporté ce document, sinon à quoi bon emporter de fausses lettres ? Du coup, et si le document portant les sceaux était resté caché du côté de Sorcefangier ? Là même où il a été écrit et signé ? En ce cas, le détour de lady Cœurdepierre en personne (elle seule était présente et savait où le document était caché) s’explique. Elle n’était donc pas présente personnellement à la pendaison de ser Ryman, et regarder des Frey pendus gratuitement au bout d’une corde n’est donc pas son but ultime dans la (non-)vie.

Catelyn a donc récupéré le document… puis la couronne… Toujours incohérentes et portées par la folie et la vengeance, les actions de lady Cœurdepierre ?

Le siège de Vivesaigues

On a fait le tour de Catelyn pour l’instant, mais pas de la Fraternité. Retrouvons donc notre ami Tom des Sept dans ses œuvres jamesbondiennes. Un vrai flash-back, revenons donc avant la chute de Vivesaigues que nous avons copieusement contournée jusqu’à maintenant. Petit rappel du déroulement du siège : Jaime arrive, prend le commandement, vire Ryman Frey (qui se fera pendre), a une discussion avec Edmure, puis une discussion sur le pont avec le Silure, puis il laisse Edmure entrer à Vivesaigues pour convaincre son oncle de rendre la forteresse. Edmure s’exécute, la forteresse se rend… mais le Silure s’est enfui. C’est frais pour tout le monde ? Très bien.

Juste avant d’envoyer Edmure convaincre le Silure de rendre la forteresse, Jaime a une discussion passionnante avec Edmure. Discussion dans laquelle il lui laisse le choix entre une reddition pacifique et une reddition accompagnée de morts hideuses et sanglantes. Une fois l’alternative proposée, Jaime laisse Edmure seul dans son bain, cogiter sur les deux offres. Seul ? Vraiment ?

Edmure Tully retrouva finalement sa voix. « Je pourrais enjamber le bord de cette baignoire et vous tuer là, sur place, Régicide.
— Vous pourriez essayer. » Jaime attendit de pied ferme. Constatant qu’Edmure ne faisait nullement mine de se lever, il reprit : « Je vais vous laisser déguster votre repas. Toi, le chanteur, joue donc pour notre hôte pendant qu’il mange. Tu connais la chanson, j’imagine.
— Celle sur les pluies ? Ouais, messire. Je la connais. »
Edmure eut l’air de découvrir tout à coup la présence de ce dernier.
« Non. Pas lui. Débarrassez-moi de sa personne.
— Hé, mais c’est simplement une chanson, dit Jaime. Il n’a peut-être pas une voix si désagréable que ça. »

(AFFC, Jaime VI)

Le « Pas lui » est assez éloquent. Tout le monde se souvient de la fameuse chanson de la « Truite flasque » évoquant le pénis d’Edmure, composée par Tom des Sept et qui fit d’Edmure la risée du Conflans pendant sa jeunesse… Sûr qu’Edmure a reconnu Tom, et qu’il n’est pas ravi. Jaime, lui, n’y voit qu’une classique occasion de faire jouer les Pluies de Castamere, histoire qu’Edmure sache bien ce qui attend les occupants de la forteresse… tactique classique de Lannister, si l’on peut dire.

Voilà donc Tom des Sept, l’homme de la Fraternité, l’homme de Catelyn donc, seul avec Edmure pendant un temps assez long. Le temps de mettre Edmure au courant de tous les plans de sa défunte sœur. Edmure étant l’une des personnes au courant de l’identité de l’héritier… Le voilà maintenant au courant des plans.

Or, quelques heures plus tard :

— Vous m’avez mis en demeure de livrer mon château, pas mon oncle. Est-ce ma faute à moi si vos gens l’ont laissé se faufiler à travers vos lignes de siège ? »
Son ironie n’amusa pas Jaime. « Où est-il ? » fit-il sans se soucier de dissimuler son exaspération. Ses hommes avaient fouillé la forteresse à trois reprises de fond en comble, et Brynden Tully était demeuré parfaitement introuvable.

(AFFC, Jaime VII)

Okay, le Silure pète la classe, ça on le savait déjà. Et Edmure a à cœur de se rattraper de la culpabilité qu’il ressent pour avoir batifolé pendant qu’on tuait son roi. On ignore si Brynden était au courant dès le départ de l’identité de l’héritier. Le fait que la bannière Stark flottait encore sur Vivesaigues semble indiquer que oui.

Jaime distinguait nettement des archers qui circulaient derrière les merlons des remparts du château. Au-dessus de leurs têtes flottaient les bannières de la maison Tully, la provocante truite au bond d’argent sur son champ strié de bleu et de rouge. Mais la plus haute tour arborait un étendard différent, un long étendard blanc frappé du loup-garou, le blason des Stark.

(AFFC, Jaime V)

Même s’il ne faisait pas partie des sept personnages présents, il était le Gouverneur des Marches du Sud de Robb, et son général le plus compétent. Peut-être fut-il mis dans la confidence par Robb, ou par Catelyn, dans une ellipse qui n’est pas parvenue jusqu’au lecteur. Un dernier indice penche en cette faveur dans le dialogue entre Brynden et Jaime.

— Serai-je promené en grande pompe dans tout Port-Réal afin de mourir comme Eddard Stark ?
— Je vous permettrai de prendre le noir. Le bâtard de Ned Stark est lord Commandant du Mur. »
Les yeux du Silure se plissèrent. « Est-ce votre père qui a pris des dispositions pour cela aussi ? Catelyn s’est toujours défiée du garçon, pour autant que je m’en souvienne, comme elle s’est toujours défiée de Theon Greyjoy. Il semblerait qu’elle ait vu juste pour les deux. Non, ser, je crois que c’est non. J’entends mourir au chaud, ne vous déplaise, avec une épée au poing ruisselante et rouge de sang de lion.

(AFFC, Jaime VI)

Bizarre, bizarre. Le Silure n’a jamais rencontré Jon Snow. Jamais. Pourquoi un tel a priori négatif ? Certes, Catelyn s’en défiait, mais le Silure était également proche de Robb, qui, lui, estimait grandement Jon, il paraît peu concevable que le Silure, même s’il prêtait quelque crédit aux propos de Catelyn, puisse envisager une seule seconde que l’élection de Jon soit le fait d’une collusion avec Tywin Lannister… Du coup, pourquoi cette agressivité à la mention de Jon ? Peut-être… pour brouiller les pistes ? Si le Silure est au courant que Jon est l’héritier de Robb, alors autant détourner au maximum les Lannister de l’idée qu’il puisse estimer Jon un tant soit peu.

Reste que cela ne répond pas à la principale interrogation. Où diable est ser Brynden ? Nulle trace de lui dans le Conflans. Dans le Nord ? Possible. Peut-il être l’homme encapuchonné de Winterfell ? Difficile à croire qu’il puisse appeler Theon fratricide… ou même le reconnaître.

Bon, cette partie là est un peu crackpot mais… il existe un autre endroit. Un endroit où le Silure a ses entrées, car il y a passé les vingt dernières années de sa vie. Un endroit encore neutre dans la guerre, et dirigé par son neveu (enfin sur le papier). Or, depuis quelques temps, des seigneurs s’opposent ouvertement à Littlefinger.

— Oui, Votre Grâce. Pycelle la cueillit dans son monceau de paperasses et la lissa soigneusement. « C’est une déclaration, plutôt qu’une lettre. Cosignée à Roche-aux-runes par Yohn Royce le Bronzé, par lady Vanbois, par les lords Veneur, Rougefort et Belmore, ainsi que par Symond Templeton, le Chevalier de Neufétoiles. Qui ont tous apposé leurs sceaux. Ils écrivent… »
Des tas de saletés. « Libre à messeigneurs d’en faire la lecture, s’ils le désirent. Royce et sa clique sont en train de masser des troupes au bas des Eyrié. Ils entendent démettre Littlefinger de ses fonctions de lord Protecteur du Val, et par la force si nécessaire. La question est : nous en laverons-nous les mains ? »

(AFFC, Cersei IV)

Alors, ne nous emballons pas. La réception de cette lettre précède de beaucoup la fuite de ser Brynden… À moins que celui-ci, au courant de l’identité de l’héritier de Robb, n’ait pris les devants et suscité les Seigneurs Déclarants depuis Vivesaigues à coups de corbeaux à Yohn Royce. En effet, l’identité même de ces maisons devrait faire tiquer.

— Non, convint Catelyn. En attendant que Jeyne te donne un fils, il te faut désigner un autre héritier. » Elle réfléchit un moment. « Le père de ton père était fils unique, mais son père avait une sœur qui épousa un fils cadet de lord Raymar Royce, lui-même issu de la branche cadette. Ils eurent trois filles, qui toutes épousèrent des seigneurs du Val. Un Vanbois et un Corbray, de cela je suis sûre. Quant à la benjamine…, il se pourrait que ç’ait été un Templeton, mais…

(ASOS, Catelyn V)

Donc les maisons Royce, Vanbois et Templeton sont liées par le mariage aux Stark. Trois des six seigneurs déclarants. Intéressant, non ? Quant aux Rougefort :

— À cette heure. J’en ai eu un autre, jadis. Domeric. Un garçon calme, mais fort accompli. Il a servi quatre ans comme page de lady Dustin et trois dans le Val comme écuyer de lord Rougefort. Il jouait de la haute harpe, lisait les chroniques et galopait comme le vent. Les chevaux… Cet enfant était fou de chevaux, lady Dustin vous le confirmera. Même la fille de lord Rickard n’aurait pu le distancer, et elle était à demi cavale elle-même. Selon Rougefort, il faisait montre de belle promesse, sur les lices. Un grand jouteur doit commencer par être un grand cavalier.
— Oui, m’sire. Domeric. J’ai… j’ai entendu son nom…
— Ramsay l’a tué.

(ADWD, Schlingue III)

C’est Roose Bolton lui-même qui nous donne la réponse. Les Rougefort ne doivent pas avoir beaucoup de raison d’aimer Ramsay, Domeric semblait très apprécié à Rougefort… Cela fait quand même quatre sur les six qui ont un lien avec le Nord. Coïncidence ?

Dans le cadre de la (version la plus crackpot de la) théorie, on peut supposer que le but de ser Brynden, et de son évasion, pourrait être de ranger le Val du côté du Nord. Le Val est une région puissante, encore épargnée par la guerre, et Robert Arryn est le cousin de Robb après tout.

Bon, j’en conviens, cette partie-là est un peu plus tirée par les cheveux que le reste, mais ce n’est pas tout. Brynden n’est pas le seul à quitter Vivesaigues après la reddition de la forteresse.

Deux hommes ne firent pas le choix de partir avec les autres. Ser Desmond Grell, le vieux maître d’armes de lord Hoster, préféra prendre le noir. De même fit ser Robin Ryger, capitaine des gardes de Vivesaigues. « Ce château a été mon chez moi pendant quarante ans, déclara Grell. Vous prétendez que je suis libre de partir, mais de partir pour où ? Je suis trop vieux et trop corpulent pour faire un chevalier errant. Mais un homme est toujours le bienvenu au Mur.
— À votre guise », répondit Jaime, malgré la foutue complication que cela causait. Il leur permit de conserver leurs armes et armures et leur assigna pour escorte jusqu’à Viergétang une douzaine des sbires de Gregor Clegane. Il en confia le commandement à Rafford, celui qu’on surnommait Tout-miel. « Veille à ce que les prisonniers arrivent à Viergétang sans la moindre avarie, lui ordonna-t-il, ou alors les sévices que ser Gregor a fait subir à la Chèvre auront l’air d’une amusette rigolote, comparés à ceux que je t’infligerai. »

(AFFC, Jaime VII)

Aucun des deux n’est du menu fretin. Grell était le gouverneur de Vivesaigues quand Edmure n’était pas là. Il a vu naître et grandir Catelyn, a assisté à son mariage avec Eddard, c’est lui qui répugne à lui infliger la moindre punition après sa libération de Jaime… Un vrai loyaliste. Ryger est du même acabit. C’est lui qui poursuit Jaime et Brienne après l’évasion du premier. Il est au service de lord Hoster depuis des années… Leur décision de prendre le noir est cohérente ; pourquoi pas après tout ? Des hommes d’honneur qui rejoignent le Mur, ce ne serait pas une première… Mais tout de même. Deux hommes (toujours doubler les messages, comme avec Mormont et Glover), en partance pour l’endroit où se trouve l’héritier nommé par Robb après qu’Edmure ait pu transmettre au Silure ce que Tom lui avait rapporté de la part de Catelyn… c’est gros, non ? Et si leur destination est bien le Mur, que peuvent-ils bien aller y chercher… sinon Jon ?

Reste l’information principale, peut-être la plus capitale, comme ça, au détour d’une fin de conversation…

Jaime ne lui avait pas prêté beaucoup d’attention jusque-là. C’était un petit bonhomme accoutré de braies vertes en loques et d’une tunique élimée d’un ton de vert plus clair, dont les trous étaient couverts par des empiècements de cuir marron. Il avait le nez long et pointu, un grand sourire désinvolte. De fins cheveux bruns balayaient son col, sale et plein d’accrocs. Cinquante ans comme rien, songea Jaime, une harpe errante, et durement usé par la vie. « Tu n’appartenais pas à ser Ryman quand je t’ai découvert ? demanda-t-il.
— Seulement depuis une quinzaine.
— Je me serais attendu à ce que tu partes avec les Frey.
— Celui qui est là-haut est un Frey, dit le chanteur en désignant lord Emmon d’un signe de tête, et ce château m’a l’air d’un joli lieu douillet pour passer l’hiver
. Wat Blancherisette est rentré chez lui avec ser Forley, alors j’ai pensé que je verrais bien s’il m’était possible de gagner sa place. Wat possède cette haute voix suave avec laquelle mes pareils ne peuvent se flatter de rivaliser. Mais je connais deux fois plus de chansons paillardes que lui. Sauf le respect dû à messire.
— Ma tante et toi devriez alors vous entendre comme larrons en foire, dit Jaime. Si tu souhaites hiverner ici, débrouille-toi pour que le répertoire que tu joueras plaise à lady Genna. C’est elle qui compte.
— Pas vous ?
— Ma place est avec le roi. Je ne resterai pas ici longtemps.
— Voilà une nouvelle qui m’afflige, messire. Je connais de meilleures chansons que Les Pluies de Castamere. J’aurais pu vous jouer… oh, toutes sortes de trucs.
— Ce sera pour une autre fois, répondit Jaime. Est-ce que tu as un nom ?
— Tom des Sept-Rus, s’il plaît à messire. » Le chanteur souleva son chapeau. « Mais la plupart des gens m’appellent Tom des Sept tout court.
— Chante plaisamment, Tom des Sept. »

(AFFC, Jaime VII)

Si ça, c’est pas de la menace à peine voilée. « Je vais vous chanter un truc plus gore que les Pluies de Castamere, vous restez pas ? Rhôô… comme c’est dommage ! ». Outre l’outrecuidance de Tom, on peut vraiment s’interroger sur la raison pour laquelle il décide de rester à Vivesaigues. Jaime part, or si c’est juste lui que Catelyn veut, quel intérêt de laisser Tom infiltré à Vivesaigues ? La réponse nous est peut-être donnée par Daven…

Ser Daven renifla. « J’épouserai ma fouinette et je la sauterai, n’aie crainte. Je sais ce qui est arrivé à Robb Stark. Mais si j’en crois ce que me débite Edwyn, je ferais mieux d’en choisir une encore impubère, sans quoi j’aurai toute chance de découvrir que Walder le Noir en a eu la primeur. Je suis prêt à parier qu’il s’est farci l’Ami corps-de-garde, et plus de trois fois. Ce qui pourrait bien expliquer la bigoterie de Lancel et la méchante humeur de son paternel.

(AFFC, Jaime V)

Ah les mariages ! Toujours un grand moment dans le Trône de fer. Et un nouveau mariage se prépare donc, à Vivesaigues cette fois, celui de Daven Lannister, gouverneur de l’Ouest, et d’une Frey. Un mariage à Vivesaigues. Entre un Lannister et une Frey. Tom des Sept infiltré. Jaime capturé. Des uniformes ennemis volés… oh, et même un décret royal volé à Brienne (certifiant que son porteur est chargée d’une mission par le roi Tommen) qui pourra s’avérer très utile. La prochaine étape est assez logique au final. La libération des prisonniers dans un premier temps, et Jaime aidant, une sanglante vengeance lors du mariage de Daven. Des secondes Noces Pourpres.

Au passage, cela fait pas mal relativiser le dernier chapitre de Jaime d’ADWD et sa capture par Brienne. Si le plan de Cœurdepierre, outre le couronnement de Jon, est d’organiser la chute des Frey dans le Conflans, et celle de Jaime, lors du mariage de Daven, alors Jaime ne sera pas simplement pendu sans autre forme de procès dès qu’il arrivera à elle (et plein de choses peuvent ensuite se passer). Je ne dis pas que les secondes Noces Pourpres vont forcément avoir lieu ! Je dis qu’elles sont prévues par lady Catelyn… Ce que prévoient les personnages, bien souvent dans le Trône de fer…

Conclusion

Reste le principal point d’interrogation. Si les mouvements de Catelyn semblent bien répondre à une logique (récupérer le décret légitimant l’héritier de Robb, récupérer la couronne de Robb, informer son frère de ses plans et exfiltrer le Silure, capturer Jaime Lannister vivant, voler des uniformes…), tout cela semble froid et rationnel, même si le but reste une vengeance sanglante et aveugle, on ne peut pas nier que les actes de Catelyn sont tout sauf illogiques. Mais dans quel but ?

Pour moi, le détour à Sorcefangier est le point le plus crucial des actions de la Fraternité. Et oui, je sais, ça parait incroyable au premier abord, mais je pense en effet que Catelyn a l’intention de libérer les prisonniers des Noces Pourpres et de libérer Vivesaigues au nom du royaume du Nord… et continuer la lutte pour que l’héritier légitimement désigné par Robb puisse prendre la place qu’il lui est due : Jon Stark, roi de l’Hiver et seigneur légitime de Winterfell.

Dernier point de ce chapitre… Répondre aux objections (légitimes) qui vous ont forcément traversé la tête en lisant tout ça. « Catelyn… couronner Jon, nan mais tu te fous de nous là !? C’est totalement incohérent ! » Bah… non. Au contraire. Catelyn, vivante, détestait Jon. Elle détestait ce qu’il représentait (la trahison de son époux) et le danger qu’il représentait pour la lignée de son fils. Robb mort, elle a des cibles beaucoup plus grosses à haïr que Jon, elle a appris de la bouche de Merrett que même ses ennemis ignoraient où était Arya…, et la volonté de faire respecter les dernières volontés de son fils adoré n’est pas anodine… sans oublier le ressort dramatique absolument martinesque : faire de Catelyn celle qui compte mener Jon à la royauté… un tel revirement… est tout à fait dans le ton de la saga.

D’autres explications sont bien entendu possibles. Elle peut avoir récupéré le document à Sorcefangier dans le but de le détruire… mais, en ce cas, son but devient bien plus obscur… Elle n’a aucune information sur le devenir de Sansa (qui est toujours mariée au Lutin)…
Du coup, pour qui continuer la lutte ?
L’hiver vient, et la vie de brigandage dans le Conflans ne peut pas durer éternellement, en particulier dans un royaume pacifié.