Saison 7, épisode 3 : La Justice de la Reine

Visuel L'estivale 2017 (Riusma pour La Garde de Nuit)

Le résumé de cet épisode vous est proposé par Corondar.

C’est un peu fébrile que je commence ce résumé… ma première chronique en la matière, je suis ému.
Faut pas se rater, le devoir dû à la Garde, tout ça. En tant que spectateur de la série, je suis dans la catégorie « fan popcorn ». Je trouve ça sympa à regarder, divertissant. C’est un bon palliatif en attendant la suite des romans. Mais je reste un peu ébahi par le statut quasi iconique dont dispose désormais la série auprès d’une partie de son public. Si je reconnais à l’ensemble de grandes qualités, je ne peux m’empêcher de relever les défauts de l’œuvre, surtout au niveau scénaristique. Je trouve que les scénaristes cèdent trop souvent à la facilité et au raccourci.

À dire vrai, ce que je préférais dans la série, c’était de regarder les saisons précédentes avec mes potes non lecteurs, pour anticiper leurs réactions face à des événements majeurs de l’intrigue. Si je n’ai plus désormais ce petit plaisir, je trouve que, maintenant que la série trace son propre chemin en-dehors des livres, je suis un spectateur plus libéré en quelque sorte. Fini les contraintes et les comparatifs, et c’est pas plus mal. Et je trouve que les deux premiers épisodes de cette saison (Dragonstone et Stormborn) passaient très vite, sans temps mort, contrairement à certains épisodes des saisons précédentes. Qu’en sera t-il de ce nouveau cru ?

La Dragonne rencontre le Loup

Fidèle à une tradition désormais bien établie par les scénaristes, Jon file tel le vent, et se retrouve là où il doit être : à Peyredragon donc… Accompagné du fidèle Davos, il retrouve Tyrion sur la plage pour un dialogue ma foi fort bien écrit. Les deux compères évoquent avec une pointe de nostalgie le chemin parcouru depuis leur dernière rencontre à l’ombre du Mur. Davos, toujours en quête de justification quant à sa présence dans la storyline, badine avec Missandei.

Drogon aussi accueille les nouveaux arrivants, en survolant tout ce beau monde. Davos et Jon en restent baba : un dragon de belle taille ça fait toujours son petit effet.
Du haut des falaises, deux comploteurs de l’ombre observent la scène : la Dame Rouge et l’Eunuque. Le second s’étonne que la première n’accueille pas en personne son Élu. Mélisandre avoue qu’elle n’a pas quitté le Roi du Nord en très bons termes. On a droit à un nouvel échange plutôt bien écrit (où Mel nous rappelle que le véritable titre de la saga c’est la rencontre de la glace et du feu, symbolisée par la réunion Jon-Daenerys), entre comploteurs un peu blasés. Varys tente de se la jouer « Je suis dans une meilleure position que vous, ma bonne dame », mais la prêtresse sèche notre petite araignée avec une sortie un peu cryptique sur leur disparition prochaine de la scène. Une sombre vision dans les flammes peut-être ? L’avenir nous le dira… On notera tout de même une très belle photo et de très beaux paysages pour cette scène.

Enfin a lieu la rencontre tant attendue… Et faut bien avouer que ça fait un peu pschitt, Jon-Kit et Dany-Emilia faisant ce qu’ils font de mieux : ils boudent. On se chamaille gentiment sur les titres des uns et des autres, l’une veut que l’autre ploie le genou, l’autre refuse, on a le droit à un petit cours d’histoire de Westeros sur Thoren Stark. On notera surtout une thématique forte qui reviendra tout au long de l’épisode : le poids des héritages paternels des uns et des autres, Jon et Daenerys étant tous deux conscients des erreurs commises par leurs pères, et tentant de ne pas les reproduire. Moins de naïveté pour le premier et moins de cruauté pour la seconde ? Le jeu d’acteurs laisse à désirer, heureusement Peter Dinklage et Liam Cunningham relèvent le niveau (et c’est eux qui ont les meilleurs répliques). Mais l’essentiel est acquis : la team Targaryen a été informée de la grande menace que représentent les Marcheurs Blancs. Avant que la dispute ne puisse prendre de l’ampleur (Daenerys se montrant quelque peu péremptoire et incrédule), Varys intervient et chuchote à l’oreille de sa reine : noires ailes, noires nouvelles, Varys annonce que les Greyjoy et les Dorniens ont été capturés par Euron. Tous les Greyjoy, s’enquiert la reine ?

Non, pas tous, l’un d’entre eux résiste encore et… Euh, en fait non, il se fait repêcher la queue entre les jambes (enfin, façon de parler…) par un des navires restants des gentils Greyjoy.

La Lionne mange du Serpent

On passe donc sans transition du gentil Greyjoy au méchant Greyjoy, j’ai nommé Euron, qui se trimballe ses prisonnières enchaînées à son cheval, dans les rues en liesse de Port-Réal, en narguant sa nièce. Apparemment tout le monde est content que la reine Cersei se voit livrer ses ennemies par le méchant Greyjoy, sans qu’on sache très bien pourquoi… Lequel fait une entrée de rock-star dans la salle du trône (à cheval, ça me rappelle quelqu’un…), pour jeter Ellaria (qui reconnaît avec horreur la Montagne dans son armure) et Tyerne au pied du Trône (Yara étant reléguée en arrière-plan).

Euron parade et veut réclamer son dû : apparemment son plus ardent désir est d’épouser une reine et de devenir prince consort, sûrement pour la sortir (là aussi, pourquoi Cersei plutôt que Dany reste un mystère). Cersei promet à Euron de s’offrir à lui, une fois la guerre terminée. Le méchant Greyjoy en profite pour se foutre de la tronche de Jaime, dans un face-à-face très savoureux, où le premier interroge le second sur les préférences (pas vraiment en matière de cuisine) de sa sœur. Laquelle ne profite même pas du spectacle de ce combat de coqs pour ses beaux yeux, trop occupée qu’elle est à assouvir sa vengeance dans les geôles du Donjon Rouge, face à Ellaria et Tyerne enchaînées et bâillonnées, qui sentent bien que les carottes sont cuites.

Cersei, tel un chat jouant avec sa nourriture, jouit de la situation. Et faut avouer que le tout est assez creepy. Alors qu’on se demande ce que Cersei va leur infliger comme sévices, elle se met à embrasser Tyerne à pleine bouche, devant une Ellaria horrifiée qui comprend tout de suite que la reine inflige à sa fille le même châtiment qu’elle avait elle même infligée à cette pauvre Myrcella. Et elle condamne Ellaria à assister à la mort de sa fille, et, pire, à rester enfermée dans la même cellule pour contempler la décrépitude de son corps. Scène assez effroyable et bien jouée, si ce n’est que les personnages d’Ellaria et de Tyerne étant hautement antipathiques depuis le début (elles n’ont pas hésité à massacrer leur propre famille après tout), ça perd un peu de son impact quand même.

Visiblement, la vengeance et la torture psychologique donnent de sacrés envies à Cersei, qui remonte fissa retrouver son frère pour une partie de jambes en l’air. Lequel hésite un peu au début, mais finit par se laisser faire. La reine achève pleinement de nous convaincre de sa dérive despotique, puisqu’elle ne prend même plus la peine de cacher à la première servante venue qu’elle s’envoie son frère.

Tout cela ne l’empêche pas de gérer les affaire du royaume en rencontrant un banquier de Braavos, à qui elle promet de payer ses dettes (n’est-elle pas une Lannister ?), et d’être moins révolutionnaire que Daenerys (après avoir fait sauter le Grand Septuaire, ça reste à prouver). Banquier qui sait aussi brosser la reine dans le sens du poil puisqu’il la compare à son père.

Alors que Cersei marchande avec un banquier, Tyrion marchande avec Jon. Il lui promet de lui livrer le verredragon de Peyredragon si ce dernier consent à donner une chance à Daenerys, qui, tout comme Jon, veut protéger le bon peuple des monstres (esclavagistes et Marcheurs Blancs même combat ?). Tyrion qui nous la joue entremetteur, puisqu’il conseille aussi à Dany de donner sa chance à Jon. Le Roi du Nord et la Mère des Dragons échangent donc sur les falaises, ça apprend à se connaître et à s’apprivoiser. C’est pas encore l’amour ou la confiance mutuelle, mais bon, je sens que ça va pas tarder…

Pendant ce temps, dans le Nord et à Villevieille…

Sansa nous démontre qu’elle a l’air de s’intéresser un peu plus à l’intendance que Cersei, puisqu’elle supervise l’approvisionnement de Winterfell, et donne de sages conseils quant aux options de chauffage des armures du Val d’Arryn. Littlefinger dragouille toujours la jeune Stark, en lui donnant aussi des petits conseils de comploteur avisé. Sansa ne semble pas totalement dupe, mais elle écoute quand même, Evilfinger préconisant de garder en tête l’éventuel après-Longue Nuit. Sansa est sauvée d’une nouvelle déclaration enamourée du petit doigt par l’arrivée inopinée du petit Bran (qui n’est plus si petit, et qui se téléporte apparemment moins vite que la moyenne). Sansa est heureuse de revoir son frère, qui semble avoir la tête ailleurs. Sous le barral de Winterfell, il lui explique son nouveau statut de Corneille à trois yeux, ce que Sansa ne comprend guère (Bran le dit lui même : c’est compliqué). Il confirme qu’il ne sera jamais le Stark de Winterfell, que sa mission est ailleurs. Surtout, ses pouvoirs semblent en croissance exponentielle, puisqu’il peut désormais avoir une vision assez nette du passé et du présent, racontant à sa sœur qu’il est très triste de tout ce qu’elle a dû subir dans leur maison natale, entre les mains de Ramsay. Sansa semble à la fois bouleversée par ce souvenir et par l’aspect désormais un peu surnaturel (et étranger ?) de son frère. On notera toutefois que Bran émet le souhait de contacter Jon, pour lui dire certaines choses…

Un autre qui semble avoir des pouvoirs surnaturels, c’est Sam : docteur Quinn n’a qu’à bien se tenir, il y a un nouveau chirurgien aux méthodes avant-gardistes efficaces dans la place. En deux coups de bistouri et deux emplâtres, voilà notre Jorah complètement guéri, et qui n’a donc plus qu’un seul ardent désir : aller retrouver sa belle blonde, sûrement pour être de nouveau « friendzoné ». On nous reparle encore d’un papa aux relations conflictuelles avec son fiston, mais Sam a payé sa dette envers le vieil ours en sauvant son ourson. Tout est bien qui finit bien ? Si on veut, Sam s’est certes attiré l’admiration de l’Archimestre dans la manœuvre (a priori, découper de la peau et mettre de la pommade ça impressionne dans la citadelle), mais il écope d’une nouvelle corvée (parce qu’enfreindre l’ordre d’un Archimestre, ça reste mal) : il va devoir recopier des vieux bouquins à la main. Mais que fait Gutenberg ?

…et au fait, y avait pas une guerre ?

Ben oui, on en oublierait presque que certaines ont un trône à conserver ou à conquérir.

Daenerys, qui ne sait pas encore que son pot de colle va rappliquer sous peu (heureux les ignorants), n’est pas contente : les gentils Greyjoy sont plus là, les Aspics non plus, qui va aller conquérir Port-Réal ? Elle veut faire son coup classique : chevaucher Drogon, embarquer ses petits frères et aller cramer la flotte des méchants Greyjoy. Tyrion fait remarquer que sans GPS, il va être difficile de repérer la flotte adverse, et que Dany pourrait se prendre une flèche perdue, ce qui serait ballot (pour la cause Targ surement, pour l’art du jeu dramatique nettement moins). Au passage, la petite Targ nous balance un « Mes dragons sont invulnérables » bien senti. Je serais un dragon, je le sentirais mal perso : ça sent un peu trop le panneau « Attention, un dragon va crever avant la fin de la saison. »

Et puis Tyrion rappelle à Dany, que dans son plan il n’y avait pas que le siège de Port-Réal, mais aussi la prise de Castral Roc (pas de bol, c’était la partie la plus pourrie du plan). On nous fait donc une petite Guy Ritchie : on nous montre une action (à savoir la chute de Castral Roc), tout en nous la décrivant par la voix off d’un personnage (en l’occurrence Tyrion). Comme on s’en doutait un peu, Tyrion met à profit sa connaissance des égouts de la ville (encore un rappel du père…), pour envoyer un commando ouvrir les portes de la ville (là aussi, ça me rappelle quelque chose). Mais bizarrement, Ver Gris se dit que tout cela est un peu trop facile, y a pas autant de troupes Lannister que prévu. Et c’est le drame : la flotte des méchants Greyjoy (Tyrion avait raison sur une chose au moins, qu’on ne pouvait pas savoir où ils étaient, c’est con qu’il se soit trompé sur tout le reste de la stratégie) apparaît pour détruire le peu qu’il restait de la flotte des gentils Greyjoy et qui avait amené les Immaculés jusque là. Lesquels se retrouvent donc pris au piège de la citadelle qu’ils viennent juste de prendre.

Mais où sont donc passées les troupes Lannister ? Elles aussi équipées du téléporteur de troupes dernier cri, elles se lancent vaillamment à l’assaut de Hautjardin, en se trimballant fièrement les Tarly (la loyauté et le lien vassalique, c’est plus ce que c’était) dans leurs bagages. Jaime prend le château sans coup férir, sur fond d’un joli remix des pluies de Castamere, et le constat désabusé de notre bonne Reine des Épines qui reçoit le chef conquérant dans ses appartements (elle le dit elle même : les troupes Tyrell sont nazes, on se demande bien pourquoi tout le monde voulait être alliés à eux dans les premières saisons ?).
S’ensuit l’un des meilleurs moments de l’épisode : un savoureux échange entre Jaime et Olenna. Diana Rigg est comme d’habitude géniale, ses dialogues aux petits oignons. Elle met en garde Jaime contre la folie de sa sœur, lequel se berce encore un peu d’illusions quant à l’amour de sa vie, mais on sent bien qu’il n’a plus les mêmes certitudes qu’autrefois.

La Reine des Épines veut savoir à quelle sauce elle va être mangée. Jaime lui apprend qu’il a obtenu de Cersei la manière douce : il verse un poison à effet rapide et indolore dans son verre. Olenna boit d’une traite et lance une dernière petite bombe dont elle a le secret : elle confesse à un Jaime horrifié que c’est elle qui a empoisonné Joffrey, et elle lui demande de le faire savoir à Cersei. Chapeau bas l’artiste, tu nous manqueras. Un grand personnage et une grande actrice, servie par de bonnes répliques. L’épisode se termine sur une petite pluie de Castamere fort à propos.

Conclusion

Lannister 3 – Targaryen 0

Comme les deux premiers épisodes, celui ci passe très vite, signe que c’est plutôt bon. Y a du rythme, et les nombreuses qualités habituelles sont là, notamment dans l’aspect technique (c’est bien filmé, y a une belle photo, les décors, les costumes…). Au niveau des acteurs on continue à alterner l’excellent et le vide un peu gênant.

Niveau scénario, là aussi, on a du très bon et du franchement pas terrible. La thématique du « Tout le monde a des problèmes de père » est pas mal (et puis ça tranche avec les habituels traumas maternels). On a le droit à quelques grands moments (la vengeance de Cersei contre les Aspics, la mort d’Olenna…), mais les facilités habituelles se renforcent (les armées aussi se téléportent à volonté désormais, la guérison immédiate et miraculeuse de Jorah…). Par contre, faut vraiment que la série arrête de verser dans la stratégie militaire : les plans des uns et des autres sont foireux et aléatoires, le tout ne tient absolument pas compte des réalités géographiques, humaines et militaires de l’univers. Mais ça se suit toujours avec plaisir, c’est là l’essentiel, non ?