ASOS 28 – Daenerys III

Forums Le Trône de Fer – la saga littéraire Au fil des pages ASOS 28 – Daenerys III

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    ASOS 28 – Daenerys III

    Au fil des pages – liste des sujets

    ASOS 27 – Davos III ASOS 28, Jon III

    TEL EST CUIT QUI CROYAIT VENDRE

    Nous avions laissé Daenerys en plein désarroi, face à un choix proprement cornélien : venger l’honneur de son père et perdre Chimène ou écouter son amour et perdre l’honneur engager une armée de morts vivants fabriqués au prix du sang et selon une méthode moralement abjecte, ou suivre son coeur et devoir renoncer au trône de ses ancêtres, voire à la vie comme avant elle son noble frère Rhaegar.

    Le chapitre présent commence par une question à un mot unique  – « All ? »/ »Tous ? » – dont l’objet est développé par la suite. La brièveté de la question nous lance de suite dans la dynamique du récit, ici une scène de vente et de marchandage : visiblement, Daenerys a pris une décision et pas qu’à moitié. Elle ne vient pas acheter un millier d’hommes, ni deux mille, mais la totalité des Immaculés, y compris les apprentis et les enfants encore en début de dressage. Le dégoût que lui inspirait leur ce dressage semble très très loin.

    Evidemment, en primo-lecture, on est aussi interloqué que les Bontés et on se dit que GRRM n’a pas la main légère sur les coups de théâtre si l’ose en poser un dès l’ouverture de son chapitre. Mais justement, dans ce chapitre, un coup de théâtre peut en cacher un autre, deux autres en vérité et c’est de ce thème-là que je vais partir pour présenter le chapitre, avant d’aller faire un petit tour du côté de la construction et déconstruction d’un modèle héroïque à travers le personnage de Daenerys et ses ambitions de justicière.

     

    1. D’un coup de théâtre à l’autre

     

     

    De la vente des Immaculés à la prise surprise d’Astapor, le chapitre est construit en 5 étapes distinctes avec un point central qui est la nuit à bord du Balerion, avec une alternance position statique/un mouvement  :

    – En haut de la pyramide, près d’un jardin, Daenerys négocie l’achat des Immaculés :

    Cool green light filtered down through the diamond-shaped panes of colored glass set in the sloping triangular walls, and a breeze was blowing gently through the terrace doors, carrying the scents of fruit and flowers from the garden beyond. « Your ears heard true, » said Dany. « I want to buy them all. Tell the Good Masters, if you will. »

    (…) In this cool green room atop the pyramid, (…)

    – Après l’accord, Daenerys redescend sur la Place de l’orgueil et traverse l’enfer d’Astapor en litière, accompagnée d’une nouvelle petite compagne, Missandei :

    Arstan Whitebeard held his tongue as well, when Dany swept by him on the terrace. He followed her <b>down</b> the steps in silence, but she could hear his hardwood staff tap tapping on the red bricks as they went.

    (…) Yet down in the Plaza of Pride, standing on the hot red bricks between the slavers’ pyramid and the barracks of the eunuchs, Dany turned on the old man.

    (…) »Missandei is no longer a slave. I free you, from this instant. Come ride with me in the litter, I wish to talk. » Rakharo helped them in, and Dany drew the curtains shut against the dust and heat. 

    – A bord du Balerion, la nuit se passe dans l’attente d’un difficile lendemain :

    Dany leaned back into her pillow, and let the litter bear her onward, back to Balerion one last time to set her world in order. And back to Drogon.

    – Le lendemain, nouvelle traversée d’Astapor, contemplée cette fois-ci du haut de sa monture l’Argentée :

    If I look back I am lost, Dany told herself the next morning as she entered Astapor through the harbor gates. (…) Today she rode her silver, (…)

    – Sur la place du Châtiment, en contrepoint de la place de l’Orgueil, la Harpie la dragonne déploie ses ailes et crache son feu justicier. Daenerys y gagne le beurre, l’argent du beurre et crame la crèmerie :

     

    The Plaza of Pride with its great bronze harpy was too small to hold all the Unsullied she had bought. Instead they had been assembled in the Plaza of Punishment, fronting on Astapor’s main gate, so they might be marched directly from the city once Daenerys had taken them in hand.

     

    Au long de ce cheminement, GRRM nous emmène d’une émotion à l’autre à travers celles de ses personnages, que ce soit Daenerys ou ses interlocuteurs : au départ, lorsque Daenerys confirme qu’elle veut la totalité des Immaculés actuels et futurs, nous partageons sans filtre la surprise de la petite esclave, ainsi que celle des Bontés, à la nuance près que la surprise des Bontés s’accompagne d’une avidité (« greed » en vo), mise à distance du lecteur par le biais de Daenerys : pour le dire autrement, les lecteurs épousent directement la l’incrédulité exprimée par la petite esclave – Daenerys ayant de l’empathie pour elle et la rapportant telle quelle, mais pas celle des Bontés – que Daenerys hait et méprise.

     

    <b>All</b>? » The slave girl sounded wary. « Your Grace, did this one’s worthless ears mishear you? »
    Les mots de l’esclave sont immédiatement suivi d’une courte description de l’atmosphère quasi paradisiaque du lieu dans lequel se tient la négociation, loin de la fournaise et de la poussière rouge d’Astapor qui ont dominé le chapitre précédent de Daenerys, et cette dernière s’adresse gentiment à celle qui lui sert d’intermédiaire, ce qui transparait dans la formule de politesse « if you will ».
    Le ton est différent à propos des Bontés : les odeurs naturelles des fruits et des fleurs du jardin (« scent ») se muent en parfums factices (« perfume ») dont les Bontés (essentiellement Kraznys dans le texte) se sont aspergés (« drenched » en vo) pour l’occasion et s’opposent également à l’odeur naturelle de la sueur de Jorah Mormont :
    She could not quite make out all that they were saying, but she could hear the greed.
    (…)
    « All, » growled Kraznys mo Nakloz, who smelled of peaches today.
     – Mon dragon pour un royaume –
    Cependant, les Bontés sont dures en affaires et les efforts de Daenerys – revêtue d’une robe raffinée de qarthienne et accompagnée de huit servants et gardes du corps – pour ne pas apparaître comme une mendiante mais comme une reine, ne suffisent pas à obtenir ce qu’elle souhaite. Ce qu’on lui propose en est même très loin : sur quasiment 9000 Immaculés (dont 8000 prêts à l’emploi), elle parvient à en obtenir 2000 en vendant toutes ses possessions ainsi que les 3 bateaux d’Illyrio, sauf sa couronne. Si c’est déjà un joli chiffre dont pas mal se contenteraient, on n’atteint même pas encore le chiffre symbolique des 3000 Immaculés qui vainquirent les Dothrakis selon l’histoire rapportée par Jorah Mormont dans Daenerys I du même tome.
    La tension monte chez le lecteur qui s’est plus ou moins fait à l’idée que Daenerys en passera par l’achat des Immaculés (et qui espère obscurément que leur condition s’améliorera avec elle par rapport à ce qu’ils vivent à Astapor) : va-t-elle obtenir ce qu’elle veut, ou non ? On en doute, d’autant que les Bontés font monter les enchères de leur côté :
    « This littlewhore is a fool, truly, » said Khaznys mo Nakloz. « Ask her for triple, I say. She is desperate enough to pay. Ask for ten times the price of every slave, yes.« 
    Et c’est justement lorsque Daenerys oppose un non ferme à la vente de sa couronne et que la situation semble dans l’impasse qu’intervient le second coup de théâtre : la vente d’un des dragons, et pas n’importe lequel puisque les Bontés choisissent Drogon, le noir, le plus puissant, qui porte les couleurs Targaryen et accessoirement le préféré de Daenerys.
    Cette fois, c’est Barbe-Blanche qui exprime tout haut la surprise du primo-lecteur (attends, on nous a fait tout un foin des dragons et de leur naissance pour en voir un échangé contre une armée de zombies ??? Nooooon ! Ne fais pas ça ! On veut encore des dragons ! On veut les voir grandir !), amplifiant le souffle coupé de Jhiqui :
    Whitebeard stared in shocked disbelief. His hand trembled where it grasped the staff. « No. » He went to one knee before her. « Your Grace, I beg you, win your throne with dragons, not slaves. You must not do this thing— »
    La réaction du vieux et « sage » Barbe-Blanche est clairement théâtralisée et sa « sagesse » va être opposée à la « folie » de la jeune Daenerys un peu plus tard, lorsqu’ils seront ressortis de la pyramide, quand il dira qu’elle a été volée par les Bontés – « cheated » en vo – ce qui n’est pas contestable après qu’on a pu constater dans le texte leur avidité et la monté des enchères.
    – Le châtiment du crémier-
    La suite – le retour « pour la dernière fois » (sic) à bord du Balerion, la dispute avec Groleo, l’enfermement dans la cabine pour conférer secrètement avec Jorah et les seuls Sang coureurs, le rêve hallucinant de victoire au Trident à la place de la défaite de Rhaegar, le sommeil qui ne vient pas, l’intervention de l’ombre de Quaithe en pleine nuit, et enfin la traversée d’Astapor avec une troupe de mendiants dont la seule vraie richesse sont les trois dragons – tout cela sert à faire monter la pression et place même Daenerys dans une position quasiment désespérée : on se demande comment elle peut même rêver conquérir Westeros et monter sur le Trône avec sa bande en guenilles :
    I ought to have a banner sewn, she thought as she led her tattered band up along Astapor’s meandering river. She closed her eyes to imagine how it would look: all flowing black silk, and on it the red three-headed dragon of Targaryen, breathing golden flames. A banner such as Rhaegar might have borne.
    En plus, dans la continuité de son rêve de la nuit précédente, la voilà qui fantasme sur une bannière flamboyante et semble déconnectée de la réalité. Comme c’est une des héroïnes de la saga et qu’on n’imagine pas qu’elle nous quitte tout de suite, on s’interroge sur son avenir et on se dit qu’au lieu de glorieux, il pourrait bien très mal tourner. Pourquoi pas, après tout ? Ce n’est pas comme si Eddard Stark avait perdu la tête, ou Winterfell brûlé, ou Bran et Rickon été contraints de disparaître, ou la Garde été décimée, ou Jaime perdu sa main d’épée…
    La vente elle-même se passe plutôt bien et les Bontés tiennent leur promesse : Daenerys fait l’acquisition des Immaculés sans heurt ni mauvaise surprise (ouf, les esclavagistes sont très avides mais ils respectent leur parole donnée lors de la négociation !) et Kraznys lui donne même quelques conseils « amicaux » sur comment employer ses troupes pour le bénéfice de « tous » :
    While the payment was being made, Kraznys mo Nakloz favored her with a few final words on the handling of her troops. « They are green as yet, » he said through Missandei. « Tell the whore of Westeros she would be wise to blood them early. There are many small cities between here and there, cities ripe for sacking. Whatever plunder she takes will be hers alone. Unsullied have no lust for gold or gems. And should she take captives, a few guards will suffice to march them back to Astapor. We’ll buy the healthy ones, and for a good price. And who knows? In ten years, some of the boys she sends us may be Unsullied in their turn. Thus all shall prosper. »
    La tension atteint son point d’orgue à travers le tumulte des émotions de Daenerys et la violence de ses battements de coeur, comparés à des coups de poing :
    Dany mounted her silver. She could feel her heart thumping in her chest. She felt desperately afraid. Was this what my brother would have done? She wondered if Prince Rhaegar had been this anxious when he saw the Usurper’s host formed up across the Trident with all their banners floating on the wind.
    Tout de suite après, sa voix éclate comme un cri lorsqu’elle revendique les Immaculés comme siens : GRRM utilise les majuscules pour le rendre, tandis que Daenerys répète le mot « done » (« c’est fait/fini/achevé ») comme une incantation :
    She stood in her stirrups and raised the harpy’s fingers above her head for all the Unsullied to see. « IT IS DONE! » she cried at the top of her lungs. « YOU ARE MINE! » She gave the mare her heels and galloped along the first rank, holding the fingers high. « YOU ARE THE DRAGON’S NOW! YOU’RE BOUGHT AND PAID FOR! IT IS DONE! IT IS DONE!« 
    Avec ce cri, la situation bascule, et l’échange de regard avec le Grazdan en chef – qui prend soudain conscience que Daenerys les a trompés au moins sur sa maîtrise du haut valyrien – fait renaître l’espoir : et si Daenerys avait trompé tout son monde au lieu d’être trompée ?
     Ensuite, contrairement à l’acquisition des Immaculés, celle de Drogon ne se passe pas comme prévu, et de fait, c’est Daenerys qui a volé les esclavagistes en leur vendant un animal indomptable qui ne change pas d’allégeance : là où l’obéissance aveugle à laquelle les Immaculés ont été dressés se retourne contre leurs anciens maîtres, le dragon lui aussi dressé répond à la seule voix qu’il reconnaît et au mot que lui a appris Daenerys : « Dracarys ». Notre princesse commence par frapper elle-même Kraznys avec le fouet de la Harpie qu’elle vient d’acquérir, puis lui lance sont dragon dessus dans un murmure :
    « There is a reason. A dragon is no slave. » And Dany swept the lash down as hard as she could across the slaver’s face. Kraznys screamed and staggered back, the blood running red down his cheeks into his perfumed beard. The harpy’s fingers had torn his features half to pieces with one slash, but she did not pause to contemplate the ruin. « Drogon, » she sang out loudly, sweetly, all her fear forgotten. « <b>Dracarys</b>. »
    Le chapitre s’achève sur une victoire totale de Daenerys, et le lecteur jubile avec elle, les cris et le tumulte se transformant en musique (le tintement des clochettes et le chant). Le chapitre s’ouvrait sur un mot unique, une question, à la fin du chapitre, c’est un nouveau mot unique qui lui répond – en haut valyrien.
    « Unsullied! » Dany galloped before them, her silver-gold braid flying behind her, her bell chiming with every stride. « Slay the Good Masters, slay the soldiers, slay every man who wears a tokar or holds a whip, but harm no child under twelve, and strike the chains off every slave you see. » She raised the harpy’s fingers in the air . . . and then she flung the scourge aside. « Freedom! » she sang out. « Dracarys! Dracarys! »
    Et on sort de ce chapitre un peu éprouvés mais plus que satisfaits : le hold up du siècle vient d’avoir lieu.
    Comme ce n’est pas notre première lecture, on va regarder un petit peu en-dessous du texte pour voir que non seulement ce coup de théâtre final est annoncé tout au long du chapitre, mais qu’en outre Daenerys monte une trahison aux petits oignons. Trahison, vous avez dit ?
    2. »Trois trahisons tu connaitras. L’une pour le sang, une pour l’or, une pour l’amour. »
    – Double langage et journée des dupes –
    Dans ce chapitre, la tromperie est double : elle vient à la fois du personnage Daenerys qui trompe les esclavagistes mais aussi de GRRM qui ponctue son chapitre de toute une série de phrases qui peuvent s’interpréter dans deux sens différents selon qu’on connait ou ignore comment le chapitre se termine.
    Pour tromper son monde, Daenerys utilise tout ce qui a trait aux apparences : la robe raffinée de Qarth qui, si elle n’est pas un tokar, montre une certaine richesse et a pour but d’atténuer l’image de sauvage ouestrio-dothrakie mal dégrossie qu’elle a auprès des Bontés. On peut marchander avec elle. La robe de Daenerys la met en partie à nu en dévoilant un sein, mais ce dévoilement apparent sert en réalité de masque : sa connaissance du haut-valyrien est cachée et elle se compose un visage inexpressif :
    Dany let them argue, sipping the tart persimmon wine and trying to keep her face blank and ignorant. I will have them all, no matter the price, she told herself.
    Au passage, « I will have them all » revient plusieurs fois, avec de légères variations (« I must have them all »). On a sa pensée intérieure en direct, mais ce que le lecteur ignore (et là, c’est le double jeu de GRRM, qui dévoile une partie mais pas le tout) c’est pourquoi Daenerys les veut absolument tous : on croit que c’est uniquement pour conquérir son trône. La fin du chapitre révèle que c’est aussi pour les libérer tous et jeter bas le régime esclavagiste.
    Le refus de vendre sa couronne participe de la duperie : Daenerys est accrochée à un symbole – elle se prend pour une reine qu’elle est encore loin d’être, n’ayant aucun sens des réalités – ce qui a pour effet d’en faire le parfait pigeon pour les esclavagistes. En aparté, pour le lecteur, elle convoque le souvenir de Viserys que la vente de la couronne maternelle aurait rendu fou et amer et on se dit alors que peut-être, Daenerys cherche à se préserver de la folie familiale, mais on ne cherche pas plus loin. L’affirmation paraît même d’autant plus irrationnelle que Daenerys préfère vendre un de ses enfants plutôt qu’un bijou qu’elle pourrait plus tard aisément remplacer.
    Two thousand would never serve for what she meant to do. I must have them all. Dany knew what she must do now, though the taste of it was so bitter that even the persimmon wine could not cleanse it from her month. She had considered long and hard and found no other way. It is my only choice. « Give me all, » she said, « and you may have a dragon. »
    Le bluff de Daenerys est coûteux, mais là où le lecteur imagine que c’est la vente elle-même qui lui coûte, ce sont les mots prononcés qui ont un sale goût. « Deux mille ne serviraient pas pour ce qu’elle avait l’intention de faire » : là encore, l’intention véritable de Daenerys demeure cachée et le lecteur interprète la phrase comme l’expression de son désir de reconquête du Trône de fer : en effet, 2000, ce n’est pas beaucoup au regard des armées de Westeros, malgré l’excellence des Immaculés. Mais 2000, c’est tout à fait insuffisant pour abattre les esclavagistes : les 6000 autres continueraient d’obéir aux Bontés et écraseraient les 2000 de Daenerys.
     – Justice du dragon et prophéties –
     Lorsque Daenerys discute avec Jorah sur le pont du Balérion, ils ont déjà établi leurs plans pour le lendemain avec les 3 sang-coureurs qui maintenant fourbissent tranquillement leurs armes; Daenerys convoque la mémoire d’Eroeh qu’elle avait sauvée en vain, et discute avec Jorah du rôle d’un roi. Daenerys affirme que les rois doivent la justice à leurs sujets, que c’est leur raison d’être au regard des dieux et refuse au passage la fatalité, c’est-à-dire que le destin d’une personne soit écrit à l’avance. Daenerys projète surtout là son désir de justice et de liberté, mais le primo-lecteur emporté dans la dynamique du récit et des émotions suscitées ne voit pas au-delà de l’intention de l’héroïne est de renverser les usurpateurs Baratheon et de ramener la justice en Westeros, même si le prix est exorbitant puisqu’elle s’apprête à sacrifier un de ses « fils » pour cette cause : que vaut un dragon en face d’une seule Eroeh à sauver pour toujours ?
    La « justice », c’était également ce que Tyrion souhaitait pratiquer quand il avait été mandaté par son père pour servir de Main à sa place, dans le tome précédent. Et si les sang-coureurs fourbissent leurs armes, c’est pour accomplir leur devoir de protecteur et parer à toute éventuelle tromperie de la part des esclavagistes.
     L’autre interprétation, bien plus naturelle et évidente une fois qu’on connaît la fin, c’est que Daenerys a soigneusement préparé un coup fourré et une attque en règle. La journée du lendemain sera dure parce qu’elle y assistera à un massacre… brûlant :
    « Khaleesi. You ought to be asleep. Tomorrow will be hot and hard, I promise you. You’ll need your strength. »
    Bien sûr, Astapor a été décrite comme une fournaise et la vente qui va s’achever « demain » ne peut qu’être naturellement dure et brûlante puisqu’on y vend un « enfant ».
    Dans cette prespective, la vente de Drogon apparait bien comme une trahison de la part de Daenerys. La journée du lendemain commence par la procession vers le lieu de la vente, avec une Mère des Dragons montée sur sa jument argentée :
    Dany told herself the next morning as she entered Astapor through the harbor gates. (…) Today she rode her silver, (…)
    Et nous tenons une des montures des prophéties entendues chez les Nonmourants (three mounts must you ride . . . one to bed and one to dread and one to love) dont le souvenir est évoqué dans la suite immédiate du texte :
    Dany told herself the next morning as she entered Astapor through the harbor gates. She dared not remind herself how small and insignificant her following truly was, or she would lose all courage. Today she rode her silver, clad in horsehair pants and painted leather vest, a bronze medallion belt about her waist and two more crossed between her breasts. Irri and Jhiqui had braided her hair and hung it with a tiny silver bell whose chime sang of the Undying of Qarth, burned in their Palace of Dust.
    Le rappel du destin funeste des Nonmourants et de leur palais de Poussière devrait d’ailleurs nous alerter sur ce qui attend Astapor et ses briques qui tournent en poussière. Je note au passage un possible jeu de mots sur « dust »/la poussière et « lust »/le désir qui est la caractéristique des Ghiscaris, aspirant à l’impossible possession des dragons et une revanche sur Valyria.
    L’autre monture bien présente dans le chapitre est le grand navire Balerion : il porte le nom du dragon qui a porté Aegon le Conquérant et c’est à son bord que Daenerys prépare son plan d’attaque avec ses tout premiers fidèles, ceux qui ont assisté au miracle de la naissance des trois dragons. Balerion également fait partie de la vente
    La monture de Daenerys la mène du port – où est amarré le Balerion – à la place du Châtiment – tout un programme – où la Khaleesi revendiquée peut s’emparer des insignes du pouvoir (la « main de la harpie » aka le fouet insigne de commandement des Dothrakis) et abattre sa justice punitive sur les criminels qui ont cru pouvoir s’arroger la vie et l’âme d’autres hommes et le feu des dragons. La première chose que Daenerys voit sur cette place est l’estrade sur laquelle sont exposés trois esclaves suppliciés pour avoir voulu échapper d’une manière ou d’une autre à leur condition. Tous les symboles sont en place, et d’une manière très paradoxale, Daenerys, qui convoquait la mémoire d’Eroeh pour exprimer son désir de faire échapper les personnes au destin scellé d’avance pour eux, remplit elle-même toutes les cases d’une partie des prophéties des Nonmourants : ils ont beau être retournés à la poussière, leurs mots se matérialisent sous nos yeux et notre héroïne ne le voit pas.
    3.La guerrière du feu
    Deux chapitres plus tôt, la prêtresse rouge Melisandre est venue visiter Davos pour tenter de le convertir sinon à la religion de R’hllor, du moins à la croyance que Stannis est un envoyé divin, promis à un destin salvateur. Dans le feu du dialogue, elle tentait notamment de démontrer que Davos et Cressen se trompaient sur Stannis, le premier voyant en lui un roi, le second un homme, et que Melisandre, elle, y voyait le guerrier du feu promis par son dieu :
    The old maester looked at Stannis and saw only a man. You see a king. You are both wrong. He is the Lord’s chosen, the warrior of fire. I have seen him leading the fight against the dark, I have seen it in the flames. The flames do not lie, else you would not be here. It is written in prophecy as well. When the red star bleeds and the darkness gathers, Azor Ahai shall be born again amidst smoke and salt to wake dragons out of stone. The bleeding star has come and gone, and Dragonstone is the place of smoke and salt. Stannis Baratheon is Azor Ahai reborn!
     Ce chapitre de Davos est suivi d’un chapitre Jon où arrivé au pied d’un mur de glace il se sépare de son loup au sang chaud et « épouse » une femme « kissed by fire »/ »baisée par le feu ». Daenerys III arrive là-dessus, et si Jon n’est pas en position de meneur ni de héros, c’est le contraire pour Daenerys, qui s’arroge un rôle ordinairement dévolu aux héros masculins.
    – La veillée mystique –
     Comme on l’a vu, c’est en reine guerrière que Daenerys s’avance sous le regard des Astaporis assemblés pour le défilé, ce qui n’est pas sans rappeler les « entrées royales » médiévales, lorsque les rois et leur suite entraient dans une ville où ils faisaient étape à l’occasion d’un tour de leur royaume ou qu’ils venaient de « libérer » d’un adversaire. La bande dépenaillée de Daenerys est moins glorieuse qu’une suite royale, mais elle exhibe trois dragons. Mais ce n’est pas seulement l’imagerie royale qui est convoquée pour notre héroïne : GRRM joue éalement avec les codes de la chevalerie, et avant son combat contre les méchants monstres esclavagistes (leur monstruosité repose sur les mêmes traits que dans le chapitre précédant de Daenerys), Daenerys – tel le chevalier qui s’apprête à suivre un jugement divin ou à se faire adouber – passe la nuit entre veille, méditation et sommeil hanté par un rêve de bataille et l’ombre bavarde de Quaithe :
    That night she dreamt that she was Rhaegar, riding to the Trident. But she was mounted on a dragon, not a horse. When she saw the Usurper’s rebel host across the river they were armored all in ice, but she bathed them in dragonfire and they melted away like dew and turned the Trident into a torrent.
    Dans ce rêve, elle prend la place de Rhaegar une nouvelle fois (c’était le cas dans un rêve de dragon du premier tome, lorsqu’elle ouvrait la visière du casque de Rhaegar mort au trident et découvrait son propre visage), mais se voit montée sur un dragon et l’armée de l’usurpateur est toute vêtue de glace, ce qui pour le lecteur fait très fortement écho aux Autres. De plus, quelques chapitres plus tôt, nous avons vu Samwell faire fondre un Autre grâce à une dague de « dragonglass », là où Daenerys fait fondre toute une armée dans un bain de « dragonfire ». Il est très tentant de faire le lien entre les deux et de voir dans ce rêve une sorte de prémonition, le rôle à quoi Daenerys est destinée dans la saga. Au Palais des Nonmourants, elle avait fait brûler un coeur bleu et réduit les Nonmourants et leur palais en cendres; ici, elle rêve de faire fondre une armée de glace. Le lien avec le Coeur de l’hiver s’affiche en énorme et la prise d’Astapor n’apparaît plus que comme une étape sur ce chemin.
     L’ombre de Quaithe ajoute encore à la dose de mystère de cette page de pseudo calme avant la tempête : Daenerys croit distinguer quelque chose et se met à dialoguer brièvement, mais lorsqu’elle fait la lumière, personne ne voit rien. Etait-ce une hallucination ? Quaithe a-t-elle usé de magie pour apparaître, et si oui, quelle magie ? Je ne vais pas trancher là, je note simplement que l’ombre de Quaithe joue dans cette scène le rôle de la divnité/du saint/de l’ange/etc qui suggère des actions que le héros doit s’empresser de suivre. Et de fait, elle prescrit ses futures actions à notre héroïne, souvenez-vous, la dose de rappel est remboursée par la sécu, merci et on se revoit pour la 3e dose :
    « Remember. To go north, you must journey south. To reach the west, you must go east. To go forward you must go back, and to touch the light you must pass beneath the shadow. »
    Mais pour une fois, l’héroïne n’écoute pas la prescription et s’en tient à son propre plan. Là où Quaithe l’engageait à « aller vers l’arrière » pur pouvoir avancer, au matin, la marche vers la Place du Châtiment s’ouvre sur son mantra : « si je regarde en arrière, je suis perdue ». On peut se demander si à la fin, à force de ne pas regarder en arrière et d’aller vers l’avant, elle ne va pas reculer pour de vrai. J’y reviendrai à la fin. Pour le moment, je reste sur notre imagerie chevaleresque et sur le combat du héros.
    – la princesse et le dragon –
     Notre imaginaire nous a habitués à considérer le modèle de Saint Georges tuant le dragon et sauvant la princesse (et convertissant la ville qui l’a appelé à l’aide) comme la trame à suivre pour une bonne histoire de chevalerie. Ici, GRRM s’est amusé à tout inverser : la ville n’a pas appelé de chevalier à l’aide car ce sont ses habitants (une partie) qui sont les démons; le chevalier qui arrive n’en est pas un mais c’est une princesse et elle vient avec son dragon. Mieux encore, elle se confond dans le texte avec son dragon, qu’elle utilise pour rendre la justice, ou disons pour se transformer en bras et verbe divin vengeur.
     Ainsi, dans son premier trajet, de la pyramide des esclavagistes au Balerion, Daenerys s’allonge dans sa litière pour se protéger de la chaleur et de la poussière :
    Dany leaned back into her pillow, and let the litter bear her onward, back to Balerion one last time to set her world in order. And back to Drogon.
    Le lendemain, lors du chemin du Balerion jusqu’à la Place du Châtiment, ce sont les trois dragons qui occupent la litière dont on a cette fois retiré le toit :
    Rakharo and Jhogo protected the litter. Dany had commanded that the top be removed, so her three dragons might be chained to the platform.
    Dans le chemin aller, Daenerys se cache à l’intérieur de la litière : elle ne s’est pas encore dévoilée et porte son déguisement qarthien. Ssur le chemin du retour, Daenerys se dévoile par le choix de son costume de khaleesi – de reine dothrakie – de la même manière que ses dragons apparaissent au grand jour. Drogon est dans une demie veille, il ne bouge pas et semble endormi, sauf son oeil ouvert et attentif :
    Drogon coiled into a ball, wings and tail tucked tight. Only his eyes remained to tell that he was not asleep.
    L’inversion du trope n’est pas sans ambiguïté : les Bontés sont certes monstrueux dans leur genre, et ils font vivre un enfer à une multitude d’autres hommes, comme le texte se charge de le rappeler à l’arrivée sur la Place du Châtiment par l’exhibition de trois esclaves suppliciés qu’on pourrait rapprocher des trois suppliciés du Mont Golgotha. En outre, la place est surveillée par leurs gardes spéciaux qui arborent des coiffes extravagantes en forme de « cornes de démons ». Pourtant, le cheminement depuis le Balerion montre une ville bien différente de la rouge et brûlante Astapor : on y découvre même des coins aux allures de paradis terrestre près de son fleuve – le Ver – tel ce couple nu qui fait l’amour et dont la nudité empêche quiconque de savoir à quelle classe sociale ils appartiennent.
     Sur le chemin, Daenerys qui regarde la foule venue contempler les dragons voit surtout des gens ordinaires qui viennent collecter des souvenirs et des histoires à raconter à leurs enfants et petits-enfants et se demande combien d’entre eux en auront. Astapor n’est pas peuplée que de monstres et il est douteux que les dragons sachent faire la différence entre les « bonnes » et les « mauvaises » victimes.
    Petit aparté pour les friands de références historiques : Daenerys vient de s’assurer l’acquisition des Immaculés et Kraznys tente de se dépatouiller avec Drogon qui ne bouge pas d’un pouce au bout de sa chaine. Elle se retourne, montée sur son argentée, et pense :
     It is time to cross the Trident.
    (un donut au premier qui trouve la réf).
    La référence est également interne à la saga : depuis la punchline qui clôt le précédent chapitre de Daenerys sur le funeste destin de Rhaegar, notre héroîne nous remet son frère au Trident à toutes les sauces dans son désir de réécrire le scénario. Ici, à l’issue de sa trahison, elle ne se bat ni loyalement, ni noblement, ni spécialement vaillamment, mais elle ne meurt pas et remporte sa bataille haut la main.
    – Du passé faisons table rase –
    Si la figure et les actions de Daenerys déconstruisent la figure du héros, c’est qu’à l’intérieur même de la saga, Daenerys déconstruit des mondes et des sociétés. Aux esclaves, elle rend la liberté ainsi qu’un nom, comme c’est visible avec Missandei qui réapprend à dire « je », à être un sujet :
    « Missandei is no longer a slave. I free you, from this instant. Come ride with me in the litter, I wish to talk. » Rakharo helped them in, and Dany drew the curtains shut against the dust and heat. « If you stay with me you will serve as one of my handmaids, » she said as they set off. « I shall keep you by my side to speak for me as you spoke for Kraznys. But you may leave my service whenever you choose, if you have father or mother you would sooner return to. »
    Nous n’irons pas la blâmer pour cela, au contraire, c’est ce combat et les valeurs qu’elle porte qui entraîne le lecteur dans ses pas. Après l’antique Palais des Poussières réduit en cendres, la rouge, poussiéreuse et infernale Astapor suit quasiment le même chemin (la destruction complète sera achevée par d’autres plusieurs mois plus tard, mais Daenerys ouvre la voie comme on ouvre la boite de Pandore).
     Bien que notre princesse ne veuille pas regarder en arrière, son monde est fait de souvenirs et d’injonctions mémorielles : « do you remember Eroeh ? » demande-t-elle à Jorah, « remember » lui souffle Quaithe, sans compter l’ombre de Rhaegar, et plus loin encore celle d’Aegon le conquérant à travers Balerion et celles des empires de Valyria et de Ghis. En réalité, tout pousse Daenerys à « regarder en arrière », c’est-à-dire à chercher dans la mémoire ancienne, comme va être forcé de le faire Bran Stark (qui voulait être chevalier et à défaut de pouvoir le devenir veut apprendre à voler) en exploitant son don de vervoyant, et comme le fait également symboliquement Jon Snow qui ne s’y connaît finalement pas plus que Daenerys. D’ailleurs, dans le chapitre précédent (Jon III), alors qu’il arrive au pied du Mur (une rivière glacée verticale, son Trident/Ver/Rubicon à lui), Jon s’enfonce dans les profondeurs d’une grotte avec sa flamboyante compagne, des profondeurs qui leur font convoquer la mémoire de vieilles histoires sur Winterfell, comme celle des enfants de Gendel. Et le chapitre de Jon se termine sur le désir impossible d’Ygritte de rester à jamais dans l’obscurité, de mourir au monde. Daenerys s’inscrit en contrepoint de Jon dans cette succession de chapitre, l’un s’enfonçant dans l’ombre et l’autre allant vers la lumière, l’un étant privé de sa liberté et capacité d’action et d’initiative, et l’autre élaborant et menant à bien un plan pour acquérir une armée et des richesses; mais tous les deux sont sous le signe de la trahison : Daenerys trahit ses enfants avant que cette trahison se révèle un leurre pour trahir ses adversaires, et Jon Snow trahit la Garde de Nuit et Ygritte ses deux « épouses », l’une dont il a pris le manteau et l’autre qu’il a « enlevée », la « légitime » et la « favorite ».  Mais il a fourni en toute ignorance à Sam une arme tueuse d’Autres.
     Dans la baie des Serfs, Daenerys est en train de liquider les derniers lambeaux de l’héritage de Valyria : quelle mémoire va-t-elle liquider lorsqu’elle sera à Westeros ? Et quels sont les liens entre les deux ?

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    #169372
    R.Graymarch
    • Vervoyant
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    Donc on arrive au vol à l’achat des Immaculés par Daenerys. Vu la taille de ce chapitre, je comprends qu’on n’ait pas tout condensé en un (avec le précédent) comme dans mes souvenirs.

    On a une entrée in media res qui pose directement les enjeux. On apprend ensuite que Daenerys a soigné la mise en scène (habits, entourage).

    Pour le reste, cela suit le schéma de la fois d’avant : Daenerys passe par une interprète. J’ai été étonné par Barristan qui râle au point de partir. Je me demandais s’il jouait un rôle sur demande (même si cela correspond à quoi il croit) mais apparemment non. On dirait que Daenerys a choisi toute seule dans son coin.

    A la fin de la transaction, on lui offre Missandeï. Je me souviens avoir écrit « à part Bran, quel enfant est aussi chou que Myrcella ? » et bien entendu c’est Missandeï. Pourtant on la décrit quasiment comme un robot résigné

    The slave girl rendered his words to her, and hers to him. If she had feelings about being given for a token, she took care not to let them show.

    De retour chez elle, Daenerys réprimande Barristan (un peu comme les Stark-Tully réprimandent Edmure), et Missandeï s’aperçoit qu’elle a été jouée. Je note aussi le « oh » très Quentyn Martellesque

    Then she realized the question had been asked in High Valyrian. Her eyes went wide. “Oh. ”

    “Your name is Oh?”

    “No. Your Grace, forgive this one her outburst. Your slave’s name is Missandei, but . . .”

    Et hop une petite occurrence pour nous rappeler Arya
    Valar morghulis,” said Missandei, in High Valyrian.
    On note quand même que Daenerys est intelligente : elle vérifie les informations sur les Immaculés auprès de Missandeï (qu’elle espère fidèle car elle vient de l’affranchir). J’avais oublié pour ses frères…
    The girl lowered her eyes. “Three of them were my brothers once, Your Grace.”
    Then I hope your brothers are as brave and clever as you.
    Ah, la confiance en Jorah, ça fait toujours mal de lire ça 😀
    Afterward she called her bloodriders to her cabin, with Ser Jorah. They were the only ones she truly trusted.
    ah, ser Creepy
    The crew left her alone as they went about their business, but Ser Jorah soon joined her by the rail. He is never far, Dany thought. He knows my moods too well.
    /

    “Why do the gods make kings and queens, if not to protect the ones who can’t protect themselves?”

    “Some kings make themselves. Robert did.”

    “He was no true king,” Dany said scornfully. “He did no justice. Justice . . . that’s what kings are for.”

    Ser Jorah had no answer. He only smiled, and touched her hair, so lightly. It was enough.

    Ensuite Daenerys a un rêve de gloire puis de Quaithe (mais quelle surprise). Elle reprend son mantra
    If I look back I am lost, Dany told herself the next morning as she entered Astapor through the harbor gates. She dared not remind herself how small and insignificant her following truly was, or she would lose all courage.

    Elle se rend compte ensuite que la foule est venue voir les dragons, comme à Qarth. En revanche, j’avais complètement oublié la scène suivante

    She glimpsed children playing on one of them, darting amongst elegant marble statues. On another island two lovers kissed in the shade of tall green trees, with no more shame than Dothraki at a wedding. Without clothing, she could not tell if they were slave or free.

    Mais plus loin, pour bien nous faire comprendre que les esclavagistes sont méchants, on montre des esclaves suppliciés.
    Puis vient le moment de la transaction. Daenerys sort ce qu’il y avait sur le bateau (tout n’a pas pu être apporté, je suppose que donc ce sera gardé ensuite ?). J’apprends qu’il y avait des caisses de livres (argh)
    Ensuite, la transaction est faite. Question idiote : chaque acheteur reçoit un fouet ? Sinon pourquoi elle ? Car en os de dragon, ça n’a pas l’air si simple à refaire
    In return he presented her with the whip. The handle was black dragonbone, elaborately carved and inlaid with gold. Nine long thin leather lashes trailed from it, each one tipped by a gilded claw. The gold pommel was a woman’s head, with pointed ivory teeth. “The harpy’s fingers,” Kraznys named the scourge.
    J’avais oublié qu’elle fouettait Kraznys
    Puis c’est la trahison (avec un lien entre la liberté des esclaves et celle des dragons). Mais vu qu’elle est gentille et les autres sont méchants, ce n’est pas bien grave car la fin justifie les moyens, non ? Comment ça, pour elle oui mais pas pour Tywin ou Jorah ? ^^

    She raised the harpy’s fingers in the air . . . and then she flung the scourge aside. “Freedom!” she sang out. “Dracarys! Dracarys!

    Dracarys!” they shouted back, the sweetest word she’d ever heard. “Dracarys! Dracarys!” And all around them slavers ran and sobbed and begged and died, and the dusty air was filled with spears and fire.

    Et donc du win-win. Enfin surtout pour elle. Assez jouissif en primolecture car on est de son côté. A posteriori, c’est quand même du vol…

    Je sers la Garde et c'est ma joie. For this night, and all the nights to come
    MJ de Chanson d'Encre et de Sang (2013-2020) et de parties en ligne de jeu de rôle
    DOH. #TeamLoyalistsForeverUntilNow. L’élu des 7, le Conseiller-Pyat Pree qui ne le Fut Jamais

    #169375
    Emmalaure
    • Exterminateur de Sauvageons
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    Désolée, j’ai un gros pavé et j’ai m** pour la présentation, tout est tassé au lieu d’être un peu aéré. je corrigerai ça demain ^^.

    #169376
    R.Graymarch
    • Vervoyant
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    Demain, tu ne pourras plus le faire.

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    #169377
    Aline du Val
    • Frère Juré
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    @Emmalaure, merci pour cette analyse magistrale. Merci à @R. Graymarch de faire une « deuxième voix », comme toujours, admirable.

    De ma primolecture, je me rappelle comment j’avais été secouée par ce chapitre. A la réflexion, je pense que c’est le moment charnière où Daenerys « se révèle  » vraiment une Targaryen avec cette dimension, plus ou moins présente, de la folie. Chapitre annonciateur de l’évolution de la personnalité de Daenerys qui, bientôt drapée dans son manteau de « Mère » et de justicière, va aller de plus en plus loin, dépassée et frustrée je pense par les résultats de ses actes, exemple, lorsqu’une ville est « libérée », elle ne tarde pas de retomber dans ses anciens travers, seulement les dirigeants changent, les affranchis se re-vendent en esclavage pour survivre etc.  Tout ça pour ça, donc? Mais normal, car c’est le seul système politique et économique que la région connaît. Normal, car en quelque sorte il n’y a pas de suite à la libération – Danaerys s’en va, pour libérer une nouvelle ville sur sa route. Elle n’assure pas le service après-vente de ses révolutions…

    Chapitre qui est bouleversant par le niveau de l’explosion de la violence de la massacre perpétrée sur toute la population non-esclave de la ville (sauf les enfants de moins de 12 ans – d’ailleurs que deviennent-ils ensuite? qui s’en occupe? vont-ils survivre?). Les Bons Maîtres, d’accord (et encore), mais les artisans, les boutiquiers etc. sont-ils tous esclaves (donc non tués) ou bien sont-ils libres et du coup massacrés? Je n’ai pas compris.

    Bref, vous avez compris – même si j’admire les capacités de résilience et de meneuse d’hommes du personnage, et même son côté rêveur par moments, je vois Danaerys comme un personnage dérangeant, ambiguë, et très dangereux…

    🙂

     

    #169378
    DJC
    • Patrouilleur du Dimanche
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    Merci pour vos présentations de qualité !

    Je me rappelle avoir été surpris (et je le suis toujours) de cette première fois où Daenerys élabore une stratégie complexe et qui a priori ne ressemble pas trop à ce qu’on imaginait d’elle..  et qui complexifie/épaissit énormément son personnage

    #169387
    Ysilla
    • Terreur des Spectres
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    It is time to cross the Trident. (un donut au premier qui trouve la réf).

    D’ailleurs, dans le chapitre précédent (Jon III), alors qu’il arrive au pied du Mur (une rivière glacée verticale, son Trident/Ver/Rubicon à lui),

    Alea jacta est, @emmalaure, le donut te revient, non ?😉

    "L'imaginaire se loge entre les livres et la lampe...Pour rêver, il ne faut pas fermer les yeux, il faut lire."

    #169412
    Pandémie
    • Fléau des Autres
    • Posts : 2486

    Chapitre qui est bouleversant par le niveau de l’explosion de la violence de la massacre perpétrée sur toute la population non-esclave de la ville

    Pas tout à fait, elle ordonne la mort des soldats et des hommes  de plus de 12 ans portant le tokar ou le fouet. Les morts ont dû être nombreux, mais les plus modestes n’ont pas ce riche vêtement de soie.

    Dans la baie des Serfs, Daenerys est en train de liquider les derniers lambeaux de l’héritage de Valyria : quelle mémoire va-t-elle liquider lorsqu’elle sera à Westeros ? Et quels sont les liens entre les deux ?

    C’est le deuxième sujet de Dany où la remarque revient mais encore une fois, le pays de Ghis n’est pas l’héritier de Valyria, ils se débrouillaient très bien sans elle pour faire des esclaves et être des gros dégueulasses. On constate au contraire une volonté de recréer un héritage de royaume façon Aegon/un empire façon Valyria, où le feu et le sang et les dragons permettent d’imposer l ‘ordre et la justice. Enfin, seulement sur le papier.  On remarque d’ailleurs une évolution parallèles entre les Valyriens, une paisible civilisation de bergers chopant les dragons, s’étendant et tuant des Ghiscaris et apprenant de leur part l’esclavage et le parcours de Dany, une innocente jeune fille pleine d’empathie pour les Lazaréens (des bergers), acquérant des dragons, cramant tout esclavagiste mais finissant par s’acoquiner avec ces mêmes coutumes esclavagistes de Meereen.

    Perso, quand je relis ce chapitre, ce qui me frappe toujours, c’est quand même l’extrême naïveté et bêtise des Bontés de tout livrer leur armée sur la bonne foi d’une étrangère. Perso, j’ai toujours trouver le plan de Dany cousu de fil blanc. On dirait des vieux séniles qui envoient 2000€ sur un compte au bout du monde parce qu’on leur a envoyé un email comme acompte parce qu’ils ont hérité d’un oncle millionnaire ou qu’une belle femme les aime et a besoin d’un billet d’avion, ou un garagiste qui livre une Ferrari contre un chèque. Les livrer hors de la ville, ou inclure dans le conditionnement ou leur dernier ordre de ne pas attaquer Astapor semble quand même une précaution élémentaire.

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois et 1 semaine par R.Graymarch.
    #169416
    Emmalaure
    • Exterminateur de Sauvageons
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    @Ysilla

    J’avais seulement donné un indice ^^

     

    Dans la baie des Serfs, Daenerys est en train de liquider les derniers lambeaux de l’héritage de Valyria : quelle mémoire va-t-elle liquider lorsqu’elle sera à Westeros ? Et quels sont les liens entre les deux ?

    C’est le deuxième sujet de Dany où la remarque revient mais encore une fois, le pays de Ghis n’est pas l’héritier de Valyria, ils se débrouillaient très bien sans elle pour faire des esclaves et être des gros dégueulasses. On constate au contraire une volonté de recréer un héritage de royaume façon Aegon/un empire façon Valyria, où le feu et le sang et les dragons permettent d’imposer l ‘ordre et la justice. Enfin, seulement sur le papier. On remarque d’ailleurs une évolution parallèles entre les Valyriens, une paisible civilisation de bergers chopant les dragons, s’étendant et tuant des Ghiscaris et apprenant de leur part l’esclavage et le parcours de Dany, une innocente jeune fille pleine d’empathie pour les Lazaréens (des bergers), acquérant des dragons, cramant tout esclavagiste mais finissant par s’acoquiner avec ces mêmes coutumes esclavagistes de Meereen.

    Les Ghiscaris de la nouvelle Ghis, ceux d’après la chute de Valyria, partagent bien avec les neuf cités libres un héritage qui leur vient de Valyria, même si ce n’est pas le seul et même si c’est malgré eux, ne serait-ce que par leur usage de la langue. De même façon qu’un enfant né d’un viol hérite des gènes de ses deux parents. Dans le chapitre précédent de Daenerys, Jorah a parlé de « mongrel » à propos des Astaporis et le contexte dans lequel apparait ce mot ne laisse pas de doute sur le sens : les Astaporis actuels sont héritiers de la Harpie de la vieille Ghis et de l’empire de Valyria, mais aux yeux de Daenerys, c’est un héritage dévoyé et dégradé :

    The harpy of Ghis, Dany thought. Old Ghis had fallen five thousand years ago, if she remembered true; its legions shattered by the might of young Valyria, its brick walls pulled down, its streets and buildings turned to ash and cinder by dragonflame, its very fields sown with salt, sulfur, and skulls. The gods of Ghis were dead, and so too its people; these Astapori were mongrels, Ser Jorah said. Even the Ghiscari tongue was largely forgotten; the slave cities spoke the High Valyrian of their conquerors, or what they had made of it.

    Et pour en rajouter dans le symbole (je ne l’ai pas non plus relevé, j’ai peut-être eu tort), les Astaporis ont des cheveux soit rouges soit rouges et noirs, des couleurs bien Targaryen, en fait ^^.

    Mais ça n’empêche effectivement pas que Valyria ait également pu également hériter de l’empire de Ghis. Au-delà de l’esclavage, on peut même se poser des questions sur les chimères qu’il sont censés avoir créées alors que la Harpie est une authentique chimère dans la représentation, et même sur les dragons qui partagent avec elle des ailes de chauve-souris. Dans l’histoire d’Essos, ce pourrait très bien être la vieille Ghis qui ait « transmis » les dragons aux pacifiques Bergers de Valyria.
    Je n’ai d’ailleurs pas insisté sur le nom du fleuve qui traverse Astapor – le Ver (Worm en vo) – mais j’aurais pu, car mon propos était de montrer que sans le savoir, Daenerys était peut-être bien en train de remonter le temps/retourner en arrière (« go back ») en essayant de bâtir un futur. Bien sûr, quand Quaithe parle de retourner en arrière pour aller vers l’avant, elle ne précise pas ce qu’elle veut dire (peut-être recréer l’empire passé de Valyria et multiplier les dragons, avec Quaithe en conseillère de l’ombre), mais c’est une constante chez les personnages de la saga de voir leurs craintes/désirs/projets/boutades se réaliser d’une manière complètement inattendue (et non voulue) pour eux et pour le lecteur, à la manière des prophéties qui s’accomplissent selon le point de vue qu’on adopte.

    Cela dit, on peut aussi dire qu’en voulant reprendre le Trône de fer et réinstaurer la domination Targaryen sur Westeros, Daenerys est déjà en train de regarder en arrière; et symboliquement en l’associant à la figure d’Aegon le conquérant, on la ramène encore plus loin dans le passé : en vérité, tout son entourage et ses rêves l’accrochent à un passé qui est révolu et qui a peu de chance de revenir, à tout le moins pas comme elle le fantasme.

    #169432
    Céleste
    • Patrouilleur Expérimenté
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    Elle remonte clairement la piste de l’esclavage, les Dothrakis qui créent des esclaves et ensuite la Baie des Serfs qui les forment. Et comme l’avait souligné Pandémie, l’Ancienne Ghis pratiquait l’esclavage avant de devenir esclavagiste et ce, à cause d’un manque de ressources à commercer lié à plusieurs facteurs dont Valyria.

    Et c’est vrai qu’on a du champ lexical des enfers de feu commun dans les chapitres d’Astrapor, du volcan de Peyredragon, Mélisandre, Valyria et compagnie. Cependant, autant je suis convaincue par le retour aux sources de l’esclavage, autant je ne crois pas que les Ghiscaris aient appris la science dragon aux Valyriens. Faut plutôt chercher un peuple très magique qui transmet aux hommes, un peu comme les Enfants de la Forêt mais côté Essos. Un peu comme le petit homme-rat chez les Nonmourants par exemple.

    Mais je comprends l’idée parce qu’on a l’impression que Quaithe invite à remonter à l’origine de quelque chose, à trouver la vérité, mais cette vérité se trouve encore plus à l’est. Et peut-être que cette vérité répond à cette question :

    Dans la baie des Serfs, Daenerys est en train de liquider les derniers lambeaux de l’héritage de Valyria : quelle mémoire va-t-elle liquider lorsqu’elle sera à Westeros ? Et quels sont les liens entre les deux ?

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois et 1 semaine par R.Graymarch.

    Je préfère le souffle du dragon à la bave de crapeau et la langue de vipère.

    #169484
    Pandémie
    • Fléau des Autres
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    Ok… merci pour l’explication. Moi ça me conforte juste que quand on se plonge trop profondément dans l’analyse mot à mot, symbolique et sémantique dans un chapitre spécifique, on risque de perdre la vue d’ensemble. Les habitants de la Baie des serfs sont des « mongrels », des bâtards, mais d’une douzaine de peuples, ils ont certes pris des Valyriens leur langue, mais pas le phénotype caractéristique, ni l’esclavage, ni la magie, ni les dragons. Juste supposer que Ghis a « donné » les dragons à Valyria parce que symboliquement une harpie est un hybride semblable aux sphinx et que le Ver traverse leur ville… Hem,  pas convaincu. Tout dans le texte dit que les Valyriens se sont attaqués aux Ghiscaris, ou l’inverse par désir d’en posséder, après avoir eu les dragons. Rien n’indique la possession de dragon à Ghis, au contraire, ils se sont fait latter à cause de cela, ni la moindre magie, dont on ne trouve pas une seule trace. Par contre, on a plusieurs passages qui disent que la sang-magie et les dragons viendraient d’Asshai, on peut même se psoer des questions du rapport des dragons avec Westeros. Mais rien avec Ghis. Et il est clairement dit que l’esclavage n’est pas l’héritage de Valyria mais l’héritage originel des Ghiscaris.

    Ca ne veut pas dire que Dany ne revient pas dans le passé, mais faut pas partir dans le contresens des autres moments de la saga et des autres sources. Il est répété plusieurs fois par plein de personnages et par Dany elle-même que Valyria et les seigneurs dragons sont un fantasme qui fait rêver et que beaucoup rêveraient de ressusciter. Ca commence déjà avec Drogo, et ce n’est pas le seul. Tout indique que Dany est dans un processus de renaissance de ce fantasme, avec ce que cela implique de grandiose et de terrible. La fin du chapitre se conclut d’ailleurs sur une armée locale scandant « Dracarys » »Dracarys », le feu-dragon qui était l’arme de prédilection de Valyria, et cette armée, une fois Astapor abandonnée, va se diriger vers Mereen. On assiste quasiment à un hoquet de l’Histoire, puisque plusieurs milliers d’années plus tôt, Valyria a vaincu l’Ancienne Ghis avec ses dragons, et retourné sa population contre elle pour étendre son territoire et prendre… Mereen.

    Donc il est assez clair que Dany veut ou rêve d’être une nouvelle reine-dragon du passé (en ayant plein d’a priori positifs totalement biaisés et idéalisés), et vit exactement la même chose que ses ancêtres en compromettant ses idéaux avec les esclavagistes. Ce qui va la mettre au pied du mur (littéralement, la ruine avec les fourmis, dans ADWD).

    #171009
    Tybalt Ouestrelin
    • Éplucheur avec un Économe
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    Un chapitre resté mémorable et wow quelle analyse @Emmalaure ! Mes respects.

    Comme beaucoup en primolecture j’ai été étonné, puis soulagé, et finalement satisfait du massacre.Et en même temps aujourd’hui j’y vois les prémisses de la fureur future… peut-être ?

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