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Les parricides de Stannis : Alester Florent, l’oncle qui a trahi

Les parricides de Stannis : Alester Florent, l’oncle qui a trahi

Au cours des dernières semaines, nous avons traité de trois affaires de parricides supposés de Stannis : la mort de la figure paternelle que représente mestre Cressen, celle de son petit frère Renly, et la tentation de sacrifier son neveu Edric Storm, sauvé in extremis par ser Davos Mervault. Aujourd’hui, nous allons clore ce long dossier en parlant du dernier parricide en date et de ses conséquences, celui d’Alester Florent.

Petit rappel des faits

Alester Florent

Alester Florent, par Chris Pritchard

Alester Florent est l’oncle par alliance de Stannis Baratheon (ou « bel-oncle », selon la traduction de « good uncle » par Jean Sola dans l’intégrale 3), puisqu’il est l’oncle de sa femme, la reine Selyse Florent. Lors de la guerre des Cinq Rois, il fait d’abord partie de l’ost de Renly Baratheon. À la mort de ce dernier sous les murs d’Accalmie, il est le premier à changer de camp et à se déclarer pour Stannis, entraînant avec lui la majorité de la cavalerie des terres de l’Orage et une partie du Bief. Il pousse même le zèle jusqu’à être le premier à se convertir au culte de R’hllor. La maison Florent acquiert grâce à lui plus de pouvoirs et d’influence que tout autre auprès de Stannis.

La défaite de la Néra est terrible pour ses partisans. Alester y perd ses terres, ses revenus et ses biens. Il est obligé de fuir à Peyredragon avec son roi et ce qui lui reste de troupes. Alarmé par l’isolement et l’obstination de Stannis à continuer une guerre coûte que coûte, quand bien même la victoire lui est désormais impossible, Alester tente de trouver une porte de sortie par la négociation. Il écrit une lettre à Tywin Lannister lui proposant la reddition de Stannis et le retrait des accusations d’adultère incestueux, qu’il fait peser sur Cersei et Jaime. En échange, le Trône de Fer laissera Accalmie à Stannis, et rendra son château de Rubriant à Alester et à sa famille. Ce pacte devra être conclu par le mariage de la princesse Shôren avec le prince Tommen.

Bien entendu, cette proposition est faite dans le dos de Stannis, qui refuse toute reddition en faveur des bâtards de Cersei. Lorsqu’Alester tente de faire passer secrètement son offre de paix à Tywin, il est trahi et dénoncé à Stannis. Il est alors arrêté, destitué de ses fonctions de Main du Roi et enfermé dans les geôles de Peyredragon. Il y reste plusieurs semaines, avant que le roi ne décide de son exécution pour haute trahison. Lors du départ de la flotte de Stannis pour le Mur, Mélisandre le livre aux flammes du bûcher en sacrifice à R’hllor afin d’attirer des vents cléments sur la flotte de Stannis. D’après Davos, durant toute la traversée du détroit, un vent fort et régulier pousse les navires, mais les marins prétendent entendre dans ce souffle les cris du supplicié et sentir dans la brise une odeur de chair grillée…

La route du parricide

L’exécution d’Alester

L’exécution d’Alester Florent, par Dejan Delic

De toutes les affaires de parricides supposés que nous avons traitées, celle Alester est de loin la moins mémorable. Contrairement à Cressen, Renly et Edric, Alester est un personnage assez tertiaire ne bénéficiant que de peu de scènes marquantes. Sa mort n’est entourée d’aucun mystère ; tout est exactement ce qu’il semble être. Nous pouvons bien sûr nous demander si les vents favorables invoqués par Mélisandre sont réellement dus au sacrifice d’Alester ou s’il s’agit d’une nouvelle tromperie. Alester possèderait bien du sang de roi, puisque la maison Florent descendrait selon les légendes de Garth Mainverte par sa fille Florys la Renarde, donc son sang pourrait bien avoir des vertus magiques, mais ce lien est tellement lointain que l’on peut s’interroger de s’il vaudrait encore quelque chose de particulier. En fait, la mise à mort d’Alester est tellement peu mémorable que nous n’y assistons même pas directement : elle ne nous est racontée qu’en on-dits par Grenn à la fin d’ASOS (intégrale 3) puis en flashback par Davos au début d’ADWD (intégrale 5). Par ailleurs, considérer cette exécution comme un parricide n’est pas évident, tant le lien de parenté entre Stannis et Alester est lui aussi lointain. Il ne s’agit après tout que du frère du père de sa femme. Stannis considère cependant que ce lien suffit pour qu’Alester soit un membre de sa famille.

« Mon frère s’était fait aimer d’eux, alors que je n’inspire, moi, semblerait-il, que la trahison. Même à mon propre sang, ma propre parentèle. Frère, grand-père, cousins, bel-oncle… »

ASOS – Davos IV

Et de fait, considérer son bel-oncle comme son propre oncle est la logique du mariage en Westeros. En devenant « une seule chair, un seul cœur et une seule âme » , les époux partagent tout, y compris les liens familiaux ; ce qui permet par exemple à Cersei de dire à Robert que Tyrion et Jaime sont ses frères, autant que les siens dans AGOT (intégrale 1).

La reine se mit à considérer son mari. « Si personne avait eu le front de parler à un Targaryen comme il vient de te parler…
— Me prends-tu pour Aerys ? l’interrompit-il.
— Je te prends pour un roi. Les lois du mariage et les nœuds qui nous lient font de Jaime comme de Tyrion tes propres frères. Les Stark ont capturé l’un et contraint l’autre à s’exiler. Cet homme te déshonore comme il respire, et cela ne t’empêche pas de te tenir là, à sa botte, et de lui demander : « Ta jambe te fait mal ? T’offrirai-je une goutte de vin ? » »
La fureur violaça Robert. « Combien de fois encore me faudra-t-il te dire de tenir ta langue, femme ?  »

AGOT – Eddard X

L’exécution d’Alester est donc bel et bien, si on suit la logique de Stannis, un parricide. Et un véritable cette fois. Et là nous pouvons nous pencher sur l’omniprésence de la thématique du parricide dans l’arc narratif de Stannis.

Stannis n’apparaît que dans une dizaine de chapitres durant ACOK (intégrale 2) et ASOS (intégrale 3) réunis, et il est déjà impliqué dans pas moins de quatre affaires de parricides. C’est énorme. Mis à part dans le chapitre où il propose à Jon de devenir Jon Stark à la fin d’ASOS, la thématique du parricide est explicitement citée dans chacun des chapitres où il tient une place importante, y compris dans ADWD, que ce soit dû à des discussions autours de ses propres parricides (Davos qui l’interroge sur la mort de Renly, Stannis qui hésite à faire tuer Edric) ou bien à l’évocation de parricides commis par d’autres (Renly qui évoque la mort de Stannis, Justin Massey qui accuse Mors et Hoster Omble de comploter pour faire tuer leur neveu le Lard-Jon lors d’un conseil de guerre…). Le plus inquiétant pour l’avenir du personnage de Stannis est que, dans chacun des crimes dont on peut l’accuser, son implication réelle va croissante. Stannis n’a pas tué mestre Cressen, son père de substitution ; au contraire il semble avoir essayé de le dissuader de se donner la mort en tentant d’assassiner Mélisandre. La culpabilité de Stannis dans le meurtre de Renly reste un sujet flou, puisque s’il a parié sur sa mort, il ne l’a pas commandée, et il n’est pas conscient d’être celui qui l’a physiquement tué. Mais Stannis semblait bien sur le point de tuer son neveu Edric Storm, a minima l’envisageait-il très sérieusement, et ce n’est que l’intervention de Davos Mervault et la fuite de l’enfant qui l’en empêchent.

Stannis

Stannis Baratheon, par Henning Ludvigsen

Avec l’exécution de son oncle Alester Florent, Stannis franchit symboliquement le cap du parricide, et c’est uniquement à partir de ce moment-là que le récit commence à le récompenser. Avant la mort d’Alester, Stannis avait une image de perdant : son faux neveu Joffrey lui vole sa couronne légitime, ses vassaux refusent de lui prêter allégeance, il subit une défaite écrasante sur la Néra, lui faisant perdre la presque totalité de son armée, il se retrouve isolé à Peyredragon alors que ses derniers soutiens le lâchent les uns après les autres… Mais, à partir de la mort d’Alester, les évènements lui sont plus favorables : il écrase l’armée de Mance Rayder au Mur, sauvant ainsi la Garde de Nuit, et trouve de nouveaux alliés nordiens déterminés ; il libère Motte-la-Forêt de l’occupation fer-née, gagne le soutien de la Banque de Fer, se lance dans une campagne pour reprendre Winterfell aux Bolton, et, si le résultat de cette bataille peut nous apparaître dans un premier temps comme désastreux (si l’on en croit le compte-rendu qu’en fait la lettre signée Ramsay Bolton, reçue par Jon Snow), une analyse plus poussée nous montre que cela semble loin d’être acquis (voir le billet « Stannis a-t-il perdu la guerre pour le Nord contre Roose Bolton ? »).

La responsabilité de Stannis dans ces affaires de parricides supposés va crescendo, et le récit le récompense pour cela. Son dernier en date consiste à livrer aux flammes un parent éloigné coupable de haute trahison. Si on continue dans ce crescendo, quelle sera la cible de son prochain crime ? Sa femme Selyse ? Sa fille Shôren ?

La crainte que Stannis aille suffisamment loin dans sa route vers le parricide au point de devenir un monstre qui assassinerait une des personnes qui comptent le plus pour lui au nom de R’hllor, le Dieu de la Lumière, est amplement discuté par Davos Mervault et Sladhor Saan dans un long dialogue en ouverture du premier chapitre de Davos dans ACOK (intégrale 2). Ce risque est donc narrativement abordé très tôt dans l’arc de Stannis. Les enjeux sont posés. Maintenant, place au drame ?

« Cette épée n’était pas Illumination, mon bon. »
Ce brusque changement de sujet troubla Davos.
« Quelle épée ?
— Une épée tirée du feu, oui. Les gens me racontent des choses, grâce à mon charmant sourire. À quoi diable une épée brûlée servira-t-elle à Stannis ?
— Une épée brûlante, rectifia Davos.
— Brûlée, maintint Sladhor Saan, et réjouissez-vous, mon cher. Vous connaissez l’histoire de la forge d’Illumination ? Écoutez un peu. Il fut un temps où les ténèbres s’appesantissaient sur le monde. Pour les affronter, le héros devait avoir une épée de héros, oh mais ! telle que jamais on n’en avait vu.

[…]

« Après qu’il eut œuvré cent jours et cent nuits sur la troisième lame et que celle-ci fut parvenue à l’incandescence dans les feux sacrés, il appela sa femme. « Nissa Nissa, dit-il, car elle s’appelait ainsi, dénude ton sein et sache que je t’aime plus que tout au monde. » Elle s’exécuta, je ne sais pourquoi, et Azor Ahai lui plongea l’épée fumante dans le cœur. Elle poussa, dit-on, un tel hurlement d’angoisse et d’extase que la face de la lune en demeura fêlée, mais son âme et son sang, sa bravoure et son énergie imprégnèrent l’acier. Telle est l’histoire de la forge d’Illumination, l’épée rouge des héros.
« Maintenant, vous comprenez ce que je voulais dire ? Réjouissez-vous que Sa Majesté n’ait retiré du feu qu’une épée brûlée. L’excès de lumière blesse les yeux, et le feu brûle. »

ACOK – Davos I

Le dilemme douloureux

Stannis se remit à grincer des dents.
« Je n’ai jamais demandé la couronne que voici. C’est froid, l’or, et c’est lourd à porter sur la tête, mais dans la mesure où je me trouve être le roi, des devoirs m’incombent… S’il faut absolument que je sacrifie un enfant dans les flammes pour en préserver des ténèbres un million… Sacrifier… n’est jamais facile, Davos. Ou bien sacrifice il n’y a pas. Dites-lui, madame.
— C’est dans le sang du cœur de son épouse bien-aimée qu’Azor Ahai trempa l’acier d’Illumination, dit Mélisandre. Si le propriétaire d’un millier de vaches en donne une au dieu, cela n’est rien. Mais celui qui donne l’unique vache qu’il possède… »

ASOS- Davos VI

Azor Ahaï tuant Nissa Nissa

Azor Ahaï sacrifiant sa femme Nissa Nissa, par Amok

Un point que l’on soulève rarement lorsqu’on parle d’Azor Ahaï, et qui pourtant est cité à plusieurs reprises dans le texte, c’est qu’avant de la sacrifier pour sauver le monde, il aimait sa femme Nissa Nissa. Et s’il l’aimait, alors la sacrifier a dû lui coûter beaucoup.

Voici un élément de plus qui relie Azor Ahaï à Stannis. On entend souvent dire que Stannis n’aime pas les gens, mais c’est faux. Tout au long de cette série d’articles, nous nous sommes efforcés de mettre en évidence à quel point Stannis aime ses proches et à quel point leurs pertes successives lui pèsent. Stannis pleure la mort de Cressen et celle de Renly, quand bien même ce dernier était à ses yeux un traitre qui lui avait usurpé sa couronne. L’idée de sacrifier Edric Storm pour sauver le monde rend Stannis malade au point que sa culpabilité l’empêche de prononcer son nom. Même la trahison d’Alester Florent, qui n’est pourtant pas vraiment un de ses proches, le désole. Tout cela se voit assez peu en première lecture, le roi étant aussi quelqu’un d’introverti, d’aigri, de bougon et de jaloux, mais, en seconde lecture, on se rend compte qu’il est beaucoup plus à fleur de peau qu’il n’y paraît. Et c’est cet amour sincère et désintéressé pour les gens, très loin de la fausse affection hypocrite de la cour de Port-Réal qu’il déteste, qui rend son dilemme du sacrifice et du parricide si intéressant.

« Je connais son nom. Y eut-il jamais nom mieux adapté ? Il proclame sa bâtardise, sa haute naissance et les turbulences orageuses, les orages dont il est porteur. Edric Storm. Voilà, je l’ai dit. Êtes-vous satisfait, messire Main ?
— Edric…, commença Davos.
— … n’est qu’un gamin, qu’un seul. Il pourrait être le meilleur à avoir jamais respiré en ce monde-ci, cela ne changerait strictement rien. C’est au royaume que je me dois. »
Sa main balaya l’espace au-dessus de la Table peinte.
« Combien en vit-il, de gamins, à Westeros ? Combien de gamines ? Combien d’hommes, combien de femmes ? Les ténèbres vont les dévorer tous, dit-elle. La nuit qui jamais ne finit. Elle invoque des prophéties… – un héros rené dans la mer, des dragons vivants éclos de la pierre morte… –, elle parle de signes et jure que c’est moi qu’ils désignent. Jamais je n’ai demandé cela, pas plus que je n’ai demandé à être roi. Puis-je pour autant me permettre de les mépriser, elle et ses assertions ? »
Il fit grincer ses dents.
« Nous ne choisissons pas nos destinées. Mais il n’empêche que nous devons… – nous devons bien accomplir notre devoir, non ? »

ASOS – Davos VI

De par sa rigidité, son sens du devoir exacerbé, sa grande sensibilité et son jusqu’au-boutisme, Stannis est le personnage idéal pour que ce dilemme, entre d’un côté sauver le monde et de l’autre son amour pour ses proches, puisse s’exprimer de façon aussi extrême. Dans ACOK (Intégrale 2) Jon I, Donnal Noye, l’ancien forgeron des Baratheon, décrit le roi ainsi : « Stannis est de fer, noir et dur et solide, oui, mais cassant, tout comme le fer. Il se brisera plutôt que de plier ». Jusqu’à présent, le roi a inconsciemment joué de stratagèmes pour ne pas avoir à plier face à ce dilemme impossible, que ce soit la négociation (il négocie avec Mélisandre pour ne pas être obligé de tuer Edric Storm), le déni (il refuse de voir sa culpabilité dans le meurtre de Renly), ou encore le report du problème vers un autre dilemme plus simple à accepter (condamner Davos Mervault lorsque celui-ci se rend coupable de haute trahison en l’empêchant de sacrifier Edric). Mais ces solutions ne sont que des pis-aller qui ne sauront tenir éternellement si le dilemme se poursuit. La question que l’on peut se poser est : quand Stannis sera à court de ces stratagèmes et qu’il devra assumer ses parricides, futurs comme passés, atteindra t-il son point de rupture ? Se brisera-t-il, comme le prédit Donnal Noye ? Et quels en seront les conséquences pour lui comme pour le reste du récit ?

Les parricides de Stannis dans la série TV

Attention, le présent paragraphe contient des spoils concernant la saison 5 de la série TV Game of Thrones ainsi que sur la suite des romans. Si vous ne souhaitez pas être divulgâché, vous pouvez directement sauter à la conclusion.

Stannis et Selyse

Stannis et Selyse regardant l’exécution de leur fille Shôren (crédit : HBO)

Durant la saison 5 de la série Game of Thrones, alors qu’ils sont partis reprendre Winterfell aux Bolton, Stannis et son armée de retrouvent bloqués dans une tempête de neige. Alors que son armée impuissante meurt lentement de faim et de froid, Ramsay et ses éclaireurs étant parvenus à détruire ses stocks de vivres, le roi se sait perdu. Et Mélisandre le lui répète : s’il ne parvient pas à gagner le Trône de Fer, nul autre que lui sera capable d’unir les Sept Couronnes face aux Marcheurs Blancs, et ce sera la fin du monde. Et pour gagner le Trône, il doit d’abord survivre à la bataille de Winterfell.

Afin de ne pas mourir à petit feu, Stannis consent au sacrifice ultime que lui demande Mélisandre : sacrifier son unique fille Shôren sur le bûcher dans un rituel magique qui fera fondre la glace et permettra a son armée de reprendre la lutte. Le rituel fonctionne, et la neige fond, libérant Stannis et ses hommes. Mais le parricide a été tellement horrible que les mercenaires du roi désertent, en pillant le camp de tout ses chevaux. Face à une défaite désormais certaine, Mélisandre fuit à Châteaunoir pour échapper au courroux de son roi. Selyse, dévastée par l’horrible mort de sa fille, se suicide. Quant à Stannis, il choisit sa mort en partant donner un dernier assaut désespéré contre Winterfell, assaut qui lui sera fatal.

Selon les showrunners de la série Dan Weiss et David Benioff (information relayée pour le journaliste James Hibberd dans son livre Le feu ne tue pas un dragon) le sacrifice de Shôren ferait partie des quelques éléments d’intrigue du prochain volume du Trône de Fer que Martin leur aurait révélé.

Si la scène devrait donc apparaitre dans les livres, le contexte sera en revanche certainement différent. Dans ADWD (intégrale 5), Shôren et Melisandre se trouvent à Châteaunoir, à plusieurs semaines de marche de Stannis qui lui est en marche vers Winterfell ; elle est donc hors de sa portée. La raison même du sacrifice invoqué dans la série nous paraît également peu crédible dans le contexte des livres, le roi ayant à ses côtés de nombreux seigneurs nordiens qui savent manœuvrer malgré les tempêtes de neige.

Si le où, le quand et le pourquoi du sacrifice de Shôren divergeront entre les livres et la série, certains lecteurs se posent aussi la question du qui : Stannis, ou bien un autre personnage comme Mélisandre ou Selyse, agissant alors que le roi est présumé mort (à cause de la lettre envoyée par Ramsay Bolton à Jon Snow) ? Comme vous avez sans doute pu le constater, l’auteur de cet article pense que ce sera bien Stannis qui sacrifiera sa fille, dans l’objectif ou bien de réveiller les dragons de pierre, ou bien de forger Illumination et de devenir Azor Ahaï. En effet, le destin tragique de Shôren peut nous avoir été teasé dès sa toute première apparition dans le prologue d’ACOK (intégrale 2) où la princesse rêve que des dragons veulent la manger…

« Viens t’asseoir, petite. Plus près, plus près, là…, insista-t-il d’un signe. C’est bien tôt pour une visite, l’aube est à peine levée. Tu devrais être pelotonnée dans ton lit.
— Je faisais de mauvais rêves, s’excusa-t-elle. Plein de dragons. Ils venaient me manger.  »

ACOK – Prélude

Notons par ailleurs que l’histoire de l’homme qui doit sacrifier son enfant aux dieux est un motif littéraire récurent. On pense par exemple à Abraham dans la Bible qui doit sacrifier son fils Isaac à Dieu afin de lui prouver sa foi. Mais le lien le plus fort peut être fait avec le mythe d’Agamemnon et d’Iphigénie. Dans la mythologie grecque, Agamemnon, roi de Mycènes, doit partir à la guerre de Troie pour respecter son devoir envers son frère le roi Ménélas. Mais les vents sont absents, les armées ne peuvent partir. Le devin Calchas (ici Mélisandre) lui commande de sacrifier sa fille Iphigénie à la déesse Artémis – que le roi avait offensé – ce qu’Agamemnon finit par accepter. Le personnage d’Iphigénie (ici Shôren) est d’ailleurs lié à la figure de la biche (femelle du cerf, qui est l’emblème des Baratheon) puisque, selon certaines versions du mythe, les dieux la sauvent au dernier moment en la remplaçant par cet animal. Que George R. R. Martin reprenne ce motif avec Stannis ne serait donc pas étonnant.

Conclusion

Avant de clore toute notre analyse sur les parricides de Stannis, il nous semble bon de rappeler un point : que Stannis soit un personnage profondément lié aux thématiques du sacrifice et du parricide, et qu’il finisse par être persuadé que commettre des crimes est la seule solution pour devenir Azor Ahaï et sauver le monde des ténèbres ne veut pas forcément dire qu’il est Azor Ahaï. Stannis peut se tromper, de même que Mélisandre. À l’inverse, si Stannis n’est pas Azor Ahaï, cela ne veut pas dire que sacrifier un de ses proches dans un rituel magique sera sans effet : dans l’univers du Trône de Fer, la sang-magie, qui fonctionne grâce à des sacrifices humains, a déjà fait ses preuves.

Quoi qu’il en soit, dans cette série d’articles, nous espérons avoir réussi à faire le point sur les parricides réels et symboliques qui tournent autours de Stannis, ainsi que de leurs conséquences pour l’avenir du personnage. Si vous souhaitez continuer à approfondir ce personnage, nous vous recommandons notre article qui décrypte ses mouvements tactiques lors de sa campagne contre Roose Bolton dans ADWD. Si vous êtes plus intéressés par la question d’Azor Ahaï, nous avons également un article sur qui est Azor Ahaï et un autre sur Son épée magique Illumination. Enfin, si vous voulez approfondir la thématique du parricide en Westeros, nous en avons également un sur les tabous à Westeros. Et d’autres articles sont encore à venir sur le site de la Garde de Nuit

2 Comments

  1. Merci DroZo pour cette série d’articles !
    Quel plaisir de lire tes propos qui remettent en perspective les actions de Stannis. Un personnage aussi ambigu que fascinant…

  2. J’ai toujours trouvé qu’il y avait des trucs qui pêchaient concernant la mort d’Alester Florent. Son plan me parait assez naze et je vois pas comment il ne peux pas voir que son offre de paix ne sera jamais approuvé par Stannis. J’imagine qu’il y a une bonne part de déni là-dedans, ou quelque chose de plus sombre? Après tout Alester a la moitié des forces basées à Peyredragon, son frère gouverneur auquel il se fait pas mal d’illusions et le poste de Main. Pensait t-il forcer la paix à Stannis?
    Quoiqu’il en soit Rubriant est loin d’être tombé quand Alester fait ses ouvertures.
    La deuxième chose dont personne ne parle c’est tout simplement ce qu’en pense les Florent (hors Axell et Selyse). La moitié des forces de Stannis viennent d’Alester et ils regardent brûler leur seigneur sans aucune hésitation. Je trouve ça assez bizarre. De manière générale, on présente l’éxécution de Rickard Kastark comme une grave erreur pour Robb et tout le monde se fiche de celle d’Alester, pourtant autrement plus essentiel dans le dispositif Baratheon que Kastark dans celui de Robb. Les Florent à Rubriant ont t-il cessé de prêter hommage à Stannis après ça? On en sait rien.

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