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Stannis a-t-il perdu la guerre pour le Nord contre Roose Bolton ?

Stannis a-t-il perdu la guerre pour le Nord contre Roose Bolton ?

Au début de l’intégrale 5 (ADWD), la guerre menace de se déchaîner dans le Nord. En effet trois factions rivales se disputent la Couronne : les Greyjoy, les Bolton, et Stannis Baratheon. Les conquêtes Greyjoy étant abandonnées par le nouveau roi Euron Greyjoy, la guerre va surtout se jouer entre les Bolton et Stannis. À la fin du tome, Stannis a l’air d’avoir perdu. En effet, il est bloqué sous une effroyable tempête de neige à trois jours de Winterfell, et on découvre qu’Arnolf Karstark, un de ses principaux alliés de Stannis dans le Nord, est en fait un traître à la solde de Roose Bolton. De plus, Jon Snow reçoit une lettre signée par Ramsay Bolton indiquant que Stannis a bel et bien été défait, après sept jours de bataille.

Mais cette défaite est-elle avérée ? Comme d’habitude avec George R.R. Martin, il faut parfois voir au-delà des apparences pour découvrir un tout autre jeu.

Le présent décryptage a été très inspiré par le travail de Lord Riusma sur l’ancien forum.
Image d’en-tête : Tomasz Jedruszek – March on Winterfell (pour Fantasy Flight Games), montage : Nymphadora

Stannis Baratheon et Roose Bolton : deux stratèges méthodiques

On peut avoir l’impression que durant la guerre du Nord, les actions de Stannis sont désespérées et mal réfléchies, voire incompréhensibles. Pour certains lecteurs, le One True King a même une image d’éternel perdant : il s’est fait écraser à la bataille de la Néra, et la lettre de Ramsay prétend qu’il a péri à la bataille de Winterfell…

Si les actions de Stannis paraissent incompréhensibles, il ne faut pas oublier par quel point de vue (ou PoV pour Point of View) on perçoit Stannis. Dans ACOK (intégrale 2) et ASOS (intégrale 3), Stannis était principalement vu par les yeux de ser Davos Mervault et de mestre Cressen. L’un est son intime depuis la rébellion de Robert Baratheon, l’autre l’a carrément élevé. Bref, ce sont des gens qui connaissent très bien Stannis et sa façon de raisonner.

Dans ADWD, après l’éloignement de Davos, en mission à Blancport, les PoV qui suivent Stannis sont maintenant ceux de Jon Snow et d’Asha Greyjoy. Deux personnes qui ne le connaissent pas du tout, et qui ont donc du mal à s’en faire une idée juste. Dans son premier chapitre d’ADWD, Jon Snow pense :

Stannis Baratheon se révélait un invité irascible, et remuant. Il avait remonté la route Royale pratiquement jusqu’à Reine-Couronne, exploré les taudis désertés de La Mole, inspecté les forts en ruine à Porte Reine et Bouclier de Chêne. Chaque nuit, il arpentait le sommet du Mur avec dame Mélisandre et, le jour, il visitait les enclos, choisissant des captifs afin que la femme rouge les interroge. Il n’aime pas être bloqué. La matinée ne s’annonçait pas comme une partie de plaisir, Jon le craignait.

ADWD, Jon I.

Dire que Stannis n’aime pas être bloqué c’est tellement mal le connaître. Il suffit de regarder son CV pour s’en convaincre : il a tenu Accalmie durant son siège sans rien lâcher, alors que la famine se faisait pressante à l’intérieur des murs. Stannis, contrairement à ce que Jon pense, est un homme très patient et particulièrement inflexible. Nous y reviendrons plus tard.

Parlons justement de son fameux CV. Si, dans ADWD, il est considéré comme un stratège de génie, ce n’est pas pour rien. Outre son exploit lors du siège d’Accalmie, qui démontre plus particulièrement son inflexibilité, il est celui qui a écrasé les flottes Targaryen et Velaryon lors de la bataille de Peyredragon à la fin de la rébellion de Robert contre Aerys II. C’est également lui qui a défait la flotte de Fer des Greyjoy durant leur rébellion. Bref, c’est un général réputé qui a fait ses preuves. Stannis est décrit comme étant très prudent, contrairement à son frère Robert, qui était plus du genre à foncer tête baissée dans la bataille. Il est surtout extrêmement méthodique.

Face à lui se trouve lord Roose Bolton. Lui aussi est décrit comme étant un stratège très froid et méthodique. Durant la guerre des Cinq Rois, il dirigeait l’infanterie du Nord. Il mène la diversion ordonnée par Robb jusqu’à la bataille de la Verfuque contre Tywin Lannister et, malgré la défaite prévue (puisque cette offensive n’était qu’une diversion), il réussit à se replier avec suffisamment d’hommes pour rester une menace pour les Lannister. Plus tard, il prend Harrenhal grâce à la trahison de Varshé Hèvre, et organise de façon méthodique le massacre des troupes nordiennes aux portes des Jumeaux, pendant que lord Walder met en œuvre les Noces Pourpres à l’intérieur. Durant la campagne du Nord, ses actions sont montrées par le point de vue de Theon Greyjoy, devenu Schlingue. Grâce à son statut particulier, Theon peut avoir accès à certaines informations confidentielles, mais n’est bien entendu pas en mesure de les analyser au vu de son état mental (du fait des tortures infligées par Ramsay Bolton).

On a donc là deux stratèges réputés qui s’affrontent. Deux stratèges froids et méthodiques. Deux stratèges dont l’armée est composée d’un noyau dur (les Bolton et les Frey pour Roose, les Sudiers pour Stannis) et de Nordiens à la loyauté mal assurée. Voyons donc comment ces tacticiens vont s’en tirer.

Mors Omble et Arnolf Karstark : un traître dans les rangs

« Quarante corbeaux ont été dépêchés, se plaignit le roi, mais nous ne recevons en retour que silence et défi. L’hommage est un devoir de tout sujet féal envers son roi. Pourtant, les bannerets de votre père me tournent tous le dos, fors les Karstark. Arnolf Karstark est-il le seul homme d’honneur, dans le Nord ? »

ADWD, Jon I.

Voici une réplique de Stannis à Jon alors qu’il recherche des soutiens à Châteaunoir, une réplique qui ne manque pas d’ironie inconsciente. En effet, comme on le découvrira bien plus tard, Arnolf Karstark est en réalité un agent double au service de Roose Bolton. Officiellement, il dit soutenir Stannis parce qu’il n’a pas d’autres choix, ne pouvant rester fidèle aux Stark puisque Robb a décapité son neveu, lord Rickard Karstark, ce dernier ayant assassiné deux otages Lannister pour venger ses fils. Sachant que la maison Karstark a tué des Lannister, Arnolf ne peut plus non plus se rallier à eux, et donc à leur gouverneur du Nord Roose Bolton.

Vers la moitié du livre, cependant, Alys Karstark, petite-nièce d’Arnolf, débarque à Châteaunoir pour apprendre la vérité à Jon Snow : Arnolf Karstark est un agent double au service des Bolton. En se mettant au service des Lannister, Arnolf espère obtenir l’exécution du frère d’Alys, Harrion, le seigneur légitime de Karhold, prisonnier depuis la bataille de Sombreval. Ainsi Karrhold reviendrait à la dernière fille de lord Rickard, Alys, qu’Arnolf compte marier à son propre fils, Cregan. Grâce à cela, la lignée d’Arnolf aura moyen de récupérer Karhold, le château des Karstark.

Aussitôt mis au courant de la situation, lord Jon Snow va demander au banquier braavien Tycho Nestoris de prévenir Stannis. En effet, la Banque de Fer de Braavos a beaucoup prêté au Trône de Fer, mais la reine Cersei a décidé de cesser de rembourser sa dette, car elle préfère consacrer ses fonds à la reconstruction de la flotte royale. Les banquiers braaviens ont donc décidé de soutenir Stannis, en échange de son engagement à reprendre les remboursements dus une fois parvenu au pouvoir (voilà qui en dit long, au passage, sur l’estimation faite par la Banque des chances de Stannis). Tycho Nestoris est envoyé en ambassade auprès de Stannis pour lui transmettre cette offre. Et il n’arrive auprès du roi qu’à la toute fin de l’intégrale 5, alors que les armées Frey et Manderly sont en route pour l’affronter.

Mais Stannis est-il vraiment tombé dans le piège de Karstark ? N’avait-il pas deviné de lui-même depuis bien longtemps que son premier soutien nordien était un traître ?

Pour répondre, revenons en arrière : nous sommes à Châteaunoir, au début de la campagne, et Stannis a alors deux soutiens principaux chez les Nordiens : Arnolf Karstark et Mors Omble, dit Freuxchère. La maison Omble est dirigée par les frères Mors et Hother Omble, alors que leur neveu et seigneur d’Âtre-les-Confins, le Lard-Jon, est retenu en otage par les Frey après les Noces Pourpres. Dans cette campagne du Nord, les Omble vont séparer leurs troupes en deux. Une moitié, dirigée par Hother Omble, dit Pestagaupe, se rallie à Ramsay Bolton, en échange de la libération du Lard-Jon et d’un pardon pour son frère Mors. L’autre moitié, dirigée par Mors Omble, se rallie à Stannis Baratheon, en échange du crâne de Mance Rayder et d’un pardon pour son frère Hother, qui se bat pour les Bolton.

Lors du conseil de guerre de Stannis, une phrase vient sous-entendre que Mors Omble et Arnolf Karstark transmettent tous deux des informations à Stannis. Mais leurs informations sont souvent contradictoires.

« Le Bâtard de Bolton est parti au Sud, emmenant Hother Omble avec lui. Sur ce point, Mors Omble et Arnolf Karstark sont d’un même avis. »

ADWD, Jon IV.

Ces informations, les deux seigneurs les tiennent de première main, puisqu’Arnolf et Hother se trouvaient à Fort-Terreur lors du départ de Ramsay pour Moat Cailin, et il semble qu’Hother ait prévenu son frère Mors, qui a averti Stannis.

Présidant, le Bâtard de Bolton siégeait sur le fauteuil du seigneur son père, buvant à la coupe de son père. Deux hommes partageaient avec lui le haut bout, et d’un seul coup d’œil Schlingue sut que tous deux étaient des lords. L’un était émacié, avec des yeux de silex, une longue barbe blanche et un visage aussi dur qu’un gel d’hiver. Il arborait comme broigne une peau d’ours dépenaillée, usée et grasse. Au-dessous, même à table, il portait un jaseran en maille annelée. Le second lord, maigre lui aussi, était tordu, où le premier était droit. Une de ses épaules descendait bien plus bas que l’autre, et il se courbait sur son tranchoir comme un vautour sur une charogne. Il avait des yeux gris et cupides, des dents jaunes, une barbe fourchue où s’enchevêtraient la neige et l’argent. Seules quelques fines mèches de cheveux blancs s’accrochaient encore à son crâne tavelé, mais la cape qu’il portait était douce et belle, en laine grise bordée d’hermine noire et attachée sur l’épaule avec un soleil ouvragé en argent martelé.

ADWD, Schlingue I.

À noter que la nature d’agents doubles des frères Omble au service de Stannis est étayée par d’autres passages du livre. Roose Bolton dit lui-même qu’il faut se méfier de Pestagaupe Omble :

« On ne peut se fier ni aux Cerwyn ni aux Tallhart, mon gras ami lord Wyman ourdit une fourberie, et Pestagaupe… les Omble peuvent paraître simplets, mais ils ne sont pas dépourvus d’un genre de grossière rouerie. Ramsay devrait tous les craindre, comme je le fais. La prochaine fois que tu le verras, dis-lui ça.»

ADWD, Schlingue III

Cette méfiance des Omble est partagée par sa grande alliée dans cette guerre, lady Barbrey Dustin :

« Le vieux Pestagaupe n’est ici que parce que les Frey tiennent le Lard-Jon prisonnier. »

ADWD, Le tourne-casaque

Et lorsque Hother « Pestagaupe » Omble apprends que Stannis compte fondre sur Winterfell, une bataille perdue d’avance, il fait de son mieux pour cacher sa mine préoccupée.

Hother Omble, le vieillard émacié qu’on appelait Pestagaupes, s’en fut, la mine sévère et une moue à la bouche.

ADWD, Le Prince de Winterfell.

Bref, Stannis reçoit dès Châteaunoir des informations contradictoires de deux informateurs : Arnolf Karstark et Mors Omble, via son frère Hother. Donc, l’un des deux ment forcément. Reste à déterminer lequel.

Dans un premier temps, Stannis semble plutôt faire confiance à Arnolf Karstark, puisqu’il semble avoir rallié toutes les forces de sa maison à sa cause, alors que les Omble qui ne s’y sont ralliés qu’à moitié. Seulement, Arnolf tente d’entraîner le roi dans un assaut contre Fort-Terreur, attaque qui est bien entendu un piège.

« Arnolf Karstark écrit qu’il reste moins de cinquante hommes à Fort-Terreur, pour moitié des domestiques. Un château fort faiblement tenu est faible. »

ADWD, Jon IV.

Cependant, en homme prudent et méthodique, Stannis convoque Jon Snow à son conseil de guerre. En tant que fils d’Eddard Stark, sa connaissance de la noblesse du Nord lui serait très utile pour déterminer à quel seigneur se fier. À peine est-il arrivé que Stannis l’interroge sur Mors Omble. Jon Snow donne une réponse assez élogieuse sur cet homme.

« Lord Snow, s’enquit le roi Stannis, parlez-moi de Mors Omble. »
La Garde de Nuit ne prend pas parti, se dit Jon, mais une autre voix en son for intérieur répliqua : les mots ne sont pas des épées. « L’aîné des oncles du Lard-Jon. Freuxchère, l’appellent-ils. Un freux l’a jadis cru mort et lui a becqueté un œil. Le drôle a empoigné l’oiseau et lui a coupé la tête d’un coup de dents. Quand il était jeune, Mors était un farouche combattant. Ses fils ont péri sur le Trident, sa femme en couches. Sa fille unique a été emportée par des sauvageons il y a trente ans.
— Voilà donc pourquoi il réclame la tête, intervint Harwood Fell.
— Peut-on se fier à ce Mors ? » demanda Stannis.
Mors Omble aurait-il plié le genou ? « Votre Grâce devrait lui faire prêter serment devant son arbre-cœur. »

[…]

« Les Omble ne portent guère les Bolton dans leur cœur. Si Pestagaupes a rejoint le Bâtard, la raison n’en peut être que les Lannister tiennent le Lard-Jon captif.
— Tel est son prétexte, pas sa raison, déclara ser Godry. Si le neveu périt dans les fers, ces oncles pourront revendiquer terres et seigneurie pour eux-mêmes.
— Le Lard-Jon a fils et filles. Dans le Nord, les enfants nés d’un homme passent encore avant ses oncles, ser.
— À moins qu’ils ne meurent. Les enfants morts passent en dernier, partout.
— Suggérez cela à portée d’ouïe de Mors Omble, ser Godry, et vous en apprendrez plus long sur la mort que vous ne le souhaiteriez. »

ADWD, Jon IV.

À noter que l’hypothèse de ser Godry au sujet des Omble, c’est-à-dire intriguer pour la mort de leur neveu afin de lui ravir ses terres, est exactement ce que fait Arnolf Karstark. Jon vient donc de dresser un portrait flatteur de Mors Omble. Stannis va, plus loin dans le discussion, le tester sur Arnolf Karstark.

« Je suis plus enclin à attribuer Winterfell à Arnolf Karstark. Un bon Nordien.
— Un Nordien. » Plutôt un Karstark qu’un Bolton ou qu’un Greyjoy, se dit Jon, mais cette pensée ne le consolait guère. « Les Karstark ont abandonné mon frère au milieu de ses ennemis.
— Après que votre frère a décapité lord Rickard. Arnolf se trouvait à mille lieues de là. Il a du sang Stark dans les veines. Le sang de Winterfell.
— Pas plus que la moitié des autres maisons du Nord.
— Ces autres maisons ne se sont point déclarées pour moi.
— Arnolf Karstark est un vieil homme au dos tordu, et même dans sa jeunesse il n’a jamais été le combattant qu’était lord Rickard. Les rigueurs de la campagne pourraient bien le tuer.
— Il a des héritiers, trancha Stannis. Deux fils, six petits-fils, quelques filles. Si Robert avait enfanté des fils légitimes, bien des gens qui sont morts vivraient peut-être encore.
— Votre Grâce ferait meilleure affaire avec Mors Freuxchère.
— Fort-Terreur en apportera la preuve. »

ADWD, Jon IV.

Jon Snow, fils de Ned Stark vient donc de vanter à Stannis l’honneur des Omble et a remis en question la loyauté d’Arnolf, sans se douter que les deux envoyaient des informations contradictoires à Stannis. Ce dernier a donc sa réponse : Arnolf est un traître et Stannis va choisir de ne pas suivre son idée d’une attaque contre Fort-Terreur, le siège des Bolton. Voyons comment il traite avec Arnolf dans la suite de la campagne.

Premièrement, on peut noter que Stannis transmet les informations à Arnolf avec un temps de retard. Par exemple, la nouvelle de la prise de Motte-la-Forêt aux Fer-nés arrive assez tôt à Blancport, sans doute par l’intermédiaire de Robett Glover, frère de Galbart Glover, le seigneur de Motte-la-Forêt.

« Qui êtes-vous ?
— Robett Glover, ne vous déplaise, messire.
— Glover. Votre siège ancestral était Motte-la-Forêt.
— Celui de mon frère Galbart. Il l’était, et l’est encore, grâce à Stannis votre roi. Il a repris Motte à la garce fer-née qui l’avait usurpé et offre de le restituer à ses légitimes propriétaires. »

ADWD, Davos IV.

La nouvelle n’atteint Tertre-bourg (où se trouve l’armée Bolton) par l’intermédiaire d’Arnolf Karstark que plusieurs semaines plus tard. En effet, à ce moment-là, Wyman Manderly a eu le temps de faire le trajet de Blancport jusqu’à Tertre-bourg en litière, à un rythme très lent.

« Il y a des nouvelles que tu dois apprendre. Lord Stannis a enfin quitté le Mur. »
Cela fit se relever à moitié Ramsay, un sourire luisant sur ses larges lèvres humides. « Est-ce qu’il fait mouvement contre Fort-Terreur ?
— Hélas, non. Arnolf ne comprend pas. Il jure qu’il a tout fait pour amorcer le piège.
— Je me demande. Griffez le Karstark et vous trouverez un Stark.
— Après le coup de griffe que le Jeune Loup a infligé à lord Rickard, cela pourrait être beaucoup moins vrai que naguère. Peu importe. Lord Stannis a pris Motte-la-Forêt aux Fer-nés pour le restituer à la maison Glover. Pire, les clans des montagnes se sont joints à lui, Wull, Norroit, Lideuil et le reste. Ses forces croissent. »

ADWD, Schlingue III.

À noter que Roose Bolton ne fait pas ici mention de la maison Mormont, qui rejoint les troupes de Stannis juste après la victoire de Motte-la-Forêt.

Autre indice sur le fait que Stannis sait qu’Arnolf est un traître : lorsque le Nordien rejoint l’armée du roi, on le tient subtilement à l’écart de ce dernier.

Sans un mot, le roi Stannis s’en fut, retournant à la solitude de sa tour de guet. Retour au feu de son fanal, comme le savait Asha, à scruter la flamme en quête de réponses. Arnolf Karstark voulut boitiller à sa suite, mais ser Richard Horpe le saisit par le bras et l’orienta vers la maison commune.

ADWD, Le sacrifice.

En résumé, il est plus que probable que Stannis sache bien avant l’arrivée de Tycho Nestoris qu’Arnolf Karstark est un traître. Mais ce n’est pas tout de savoir qui est le traître, encore faut-il savoir l’utiliser.

La marche vers Winterfell

Lorsque Roose Bolton apprend que, contre toute attente, Stannis n’a pas attaqué Fort-Terreur mais Motte-la-Forêt, il décide de lui forcer la main. Il dispose pour cela d’une jeune fille nordienne, Jeyne Poole, qu’il fait passer pour Arya Stark. Si Arya épouse Ramsay Bolton à Winterfell, Roose le sait, les seigneurs nordiens alliés à Stannis feront pression sur lui pour qu’il aille sauver la fille de Ned Stark. Stannis n’aura que deux choix : ou bien attaquer Winterfell – et perdre, l’armée de Roose est encore trop forte – ou bien perdre les Nordiens, qui constituent désormais les trois-quarts de son armée.

Roose n’étant pas encore à Winterfell, un homme comme Robert Baratheon se serait dépêché de prendre la forteresse avant lui. Mais Stannis n’est pas Robert. Prendre Winterfell lui apporterait certes des soutiens dans le Nord, mais ça ne sauverait pas « Arya Stark », ni ne détruirait l’armée Bolton. Pour gagner, Stannis va donc utiliser une autre stratégie.

Il se met donc en marche vers Winterfell pour un voyage qui devrait durer quinze jours. Cependant le climat glacial du Nord s’en mêle, provoquant un ralentissement spectaculaire de l’armée. À tel point que Stannis se retrouvera bloqué dans la neige, à trois jours de Winterfell, sans pouvoir bouger, alors que ses hommes meurent de faim et de froid dehors.

Ou en tout cas c’est ce qu’il veut nous faire croire. Stannis Baratheon est-il vraiment bloqué ?

Son armée a beau être bloquée, cela ne l’empêche pas d’être rejoint par celle des Karstark. Pas plus que l’armée de Mors « Freuxchère » Omble de se mouvoir à trois jours de là. Analysons donc plus en détail la situation.

Voyons déjà l’arrivée de l’armée de Stannis au point de blocage.

Le lendemain, les éclaireurs du roi trouvèrent par fortune un village de paysans abandonné entre deux lacs – un pauvre lieu racorni, guère plus de quelques huttes, une maison commune et une tour de guet. Richard Horpe ordonna la halte, bien que ce jour-là l’armée n’eût pas progressé de plus d’un demi-mille et qu’il y eût encore plusieurs heures avant la tombée de la nuit. Le lever de lune était passé depuis longtemps quand le train des bagages et l’arrière-garde arrivèrent à la traîne. Asha était parmi eux.

ADWD, La prise du roi.

Chose curieuse relevée par Asha, l’armée s’est arrêtée plusieurs heures avant la nuit, après n’avoir parcouru qu’un demi-mille, alors qu’habituellement, ils auraient continué à marcher jusqu’à la tombée de la nuit. Voici un premier indice que l’armée ne s’est pas arrêtée parce qu’elle est bloquée, mais bien par choix. Ce hameau est un lieu stratégique. Analysons donc le terrain.

On a donc un hameau avec une tour de garde, à côté de deux lacs gelés. Tellement gelés qu’ils permettent à des hommes de se déplacer dessus sans problème. Au milieu du plus grand lac se trouve une petite île. Si la glace au début était solide, après 19 jours « bloqués » dans le coin ce n’est plus forcément le cas.

Woods connaissait le Bois-aux-Loups aussi bien que n’importe quel homme vivant. Les plus arrogants seigneurs du roi avaient appris à prêter l’oreille, quand il parlait. « J’ les connais, ces lacs. Zêtes mis dessus comme des asticots sur une charogne, par centaines. Zavez percé tant d’ trous dans la glace que c’est grand miracle si y en a pas eu davantage qui sont tombés au travers. Du côté de l’île, par endroits, on dirait un fromage attaqué par les souris. » Il secoua la tête. « Les lacs, c’est fini. Les avez épuisés. »

ADWD, Le sacrifice.

La pêche intensive a donc énormément affaibli la glace, par de nombreux forages, principalement de l’autre côté de l’île. Gardons cette information en tête.

Un autre élément important du lieu se trouve être le pavillon de Stannis Baratheon. Voyons comment il est décrit durant la marche.

Sur trois côtés, les pavillons des nobliaux sudiers montés au Nord avec Stannis l’entouraient. Sur le quatrième, rugissait le feu nocturne, fouettant l’obscurité croissante du ciel de ses tourbillons de flammes.

ADWD, La prise du roi.

Arrivé au hameau, le feu que semble tant aimer Stannis sera déplacé au sommet de la tour de guet du village, qu’il s’est appropriée. Ce feu est d’ailleurs visible de loin, même avec le brouillard.

Elle se perdit avant d’avoir fait dix pas. Asha voyait le feu du fanal flamber au sommet de la tour de guet, une vague lueur orange flottant dans les airs. À tous autres égards, le village avait disparu. Elle était seule, dans un monde blanc de neige et de silence, à se frayer un passage dans des congères qui lui montaient jusqu’aux cuisses.

ADWD, Le sacrifice.

Un feu que voit également Arnolf Karstark une fois qu’il arrive au camp de Stannis. Un feu qui se justifie par la religion de Stannis. C’est aussi une information en or pour les Bolton : ce n’est pas un feu. C’est un phare qui peut guider l’armée ennemie directement sur le roi Stannis. Évidemment qu’en bon espion, Arnolf va transmettre l’information.

Gageons que, dès que l’armée Bolton arrivera, le phare ne sera plus au sommet de la tour de guet… mais au centre de l’île. Juste devant l’endroit où, selon Woods, on a tellement foré la glace qu’elle en devient dangereuse.

Alors, Stannis, mauvais stratège ?

On peut d’ailleurs comparer cette situation avec une bataille réelle, la bataille du lac Peïpous, également appelée « Bataille sur la glace », qui a opposé les chevaliers teutoniques au prince russe Alexandre Nevski, et au cours de laquelle, selon la légende, la glace du lac aurait cédé sous le poids de la lourde cavalerie germanique.

En attendant que Roose morde à l’hameçon, le froid et la faim font cependant des dégâts dans le camp de Stannis. Mais cela est-il un vrai problème ? Déjà, ceux qui souffrent le plus, ce sont ceux qui ne sont pas Nordiens, c’est-à-dire les 1.500 Sudiers et notre personnage point de vue, Asha Greyjoy. La majorité de la troupe de Stannis sont des Nordiens : 4.000 hommes des clans, sans compter les Mormont. Des hommes habitués au froid et à la faim. Des hommes déterminés à sauver « Arya Stark » quoi qu’il en coûte. Des hommes qui ne comptent pas revenir chez eux afin de préserver les réserves de vivres de leur famille durant l’hiver qui s’annonce. En un mot, des hommes déterminés, prêts à mourir, qu’une tempête de neige n’impressionne pas.

Ser Corliss Penny jeta au chef de clan un regard incrédule. « Est-ce que vous cherchez à périr, Wull ? »
La question parut amuser le Nordien. « Je veux vivre éternellement dans un pays où l’été dure mille ans. Je veux un castel dans les nuages d’où je pourrai contempler le monde à mes pieds. Je veux avoir de nouveau vingt et six ans. Quand j’avais vingt et six ans, je pouvais combattre tout le jour et baiser toute la nuit. Ce que les hommes veulent n’a aucune importance.
« L’hiver est presque sur nous, petit. Et l’hiver, c’est la mort. Je préfère que mes hommes périssent en se battant pour la petite du Ned que seuls et affamés dans la neige, en pleurant des larmes qui leur gèlent sur les joues. Personne ne chante ceux qui finissent ainsi. Quant à moi, je suis vieux. Cet hiver sera mon dernier. Pourvu que je me baigne dans le sang des Bolton avant de mourir. Je veux le sentir m’éclabousser la face quand ma hache mordra profondément dans un crâne de Bolton. Je veux le lécher sur mes lèvres, et mourir avec ce goût sur ma langue.
— Oui-da ! gueula Morgan Lideuil. Sang et combat ! » Ensuite, tous les hommes des collines se mirent à brailler, à cogner sur la table leurs gobelets et leurs cornes à boire, remplissant de leur vacarme la tente du roi.

ADWD, La prise du roi.

Du côté de Roose Bolton, la situation n’est pas non plus aussi rose qu’elle en a l’air. Mors Omble se trouve sous les remparts de Winterfell à jouer de la trompe de guerre et des tambours pour épuiser les nerfs des assiégés. Des assiégés qui d’ailleurs se haïssent tous les uns les autres, entre les provocations de Manderly, la haine pour les Frey et les Bolton, les pleurs d’ « Arya Stark » qui commencent à faire du mal au moral des Nordiens, et la série de meurtres organisée par les piqueuses de Mance Rayder… Et ce sans compter que Winterfell ne pourra pas nourrir éternellement une armée aussi grosse que la sienne, comme le rappelle lady Barbrey Dustin.

C’est donc une véritable guerre des nerfs qui oppose Stannis Baratheon et Roose Bolton. Le premier qui craque sera forcé soit à fuir (ce qui revient à perdre toute crédibilité et donc la guerre), soit à attaquer l’autre sur le terrain qu’il a choisi.

Et on sait tous qu’à ce genre de jeu, il n’y a pas de meilleur homme que Stannis Baratheon. Lors du siège d’Accalmie, les assiégés dirigés par Stannis avaient fini par manger le cuir de leurs chaussures. On en est encore loin.

Et d’ailleurs, le plan de Stannis semble marcher. À la fin d’ADWD, Roose craque bel et bien et envoie les troupes Frey et Manderly, soit 2.300 hommes (un gros tiers de son armée, dont les 2.000 Frey qui lui sont très fidèles) contre Stannis.

La lettre de Ramsay

À la fin du roman cependant, coup de théâtre ! Jon reçoit une lettre très inquiétante.

Bâtard était le seul mot inscrit à l’extérieur du rouleau. Ni lord Snow, ni Jon Snow ou Lord Commandant. Simplement Bâtard. Et la lettre était scellée d’une coulée de cire rose et dure. « Vous avez eu raison de venir tout de suite », jugea Jon. Vous avez raison d’avoir peur. Il brisa le sceau, aplatit le parchemin et lut.

Ton faux roi est mort, bâtard. Lui et tout son ost ont été écrasés en sept jours de bataille. J’ai son épée magique. Dis-le à sa putain rouge.
Les amis de ton faux roi sont morts. Leurs têtes sur les remparts de Winterfell. Viens les voir, bâtard. Ton faux roi a menti, et toi aussi. Tu as raconté au monde que tu avais brûlé le Roi d’au-delà du Mur. En réalité, tu l’as envoyé à Winterfell me voler mon épouse.
Je reprendrai mon épouse. Si tu veux récupérer Mance Rayder, viens le chercher. Je le tiens en cage aux yeux de tout le Nord, pour preuve de tes mensonges. La cage est froide, mais je lui ai confectionné un chaud manteau avec la peau des six putains qui l’ont accompagné à Winterfell.
«Je veux restitution de mon épouse. Je veux la reine du faux roi. Je veux sa fille et sa sorcière rouge. Je veux sa princesse sauvageonne. Je veux son petit prince, le marmot sauvageon. Et je veux mon Schlingue. Envoie-les-moi, bâtard, et je ne t’importunerai pas, toi et tes noirs corbacs. Prive-m’en, et je t’arracherai ton cœur de bâtard pour le dévorer.

C’était signé :

Ramsay Bolton, Lord légitime de Winterfell.

ADWD Jon, XIII.

Cette lettre annonce un terrible verdict : Stannis aurait perdu la bataille. Mais cette lettre est aussi des plus étranges…

Tout d’abord elle donne la conclusion de la « bataille des glaces », climax de la guerre entre Stannis et les Bolton, mais sans que le lecteur puisse « voir » la-dite bataille, ce qui, de la part de George Martin, est anti-climaxique au possible, surtout quand on a deux personnages PoV sur place (Theon et Asha). Cela n’est pas un argument en soit cependant, concentrons-nous donc plutôt sur les faits.

Cette fameuse lettre n’est pas la première que nous avons de Ramsay. Au cours de la saga, nous en voyons trois autres.

La première a été reçue par Roose Bolton. Elle annonçait la capture de Theon et la mort des Fer-nés de Winterfell. Le seigneur de Fort-Terreur en parle à Catelyn et à Robb peu après leur arrivée aux Jumeaux.

Les prunelles pâles de Bolton croisèrent les siennes. « Les Fer-nés ont tout incendié, le château lui-même comme la ville d’hiver. Certains de vos gens ont été emmenés à Fort-Terreur par mon fils, Ramsay.
— Votre bâtard était accusé de crimes abominables, lui rappela-t-elle vertement. De meurtre, de viol, et de pire encore.
— Oui, convint-il. Il a un sang vicié, c’est incontestable. Mais il est un rude combattant, aussi astucieux qu’intrépide. Après que les Fer-nés eurent abattu ser Rodrik puis, presque aussitôt, Leobald Tallhart, c’est à Ramsay qu’incomba la conduite de la bataille, et il l’assuma. Il jure de ne pas rengainer son épée tant qu’il restera un seul Greyjoy dans le Nord. Peut-être un service aussi éminent serait-il susceptible de racheter, dans une modeste mesure, tout ce que son sang de bâtard a pu le conduire à perpétrer de forfaits. » Il haussa les épaules. « Ou point. C’est à Sa Majesté qu’il appartiendra, une fois la guerre achevée, de peser et de juger. D’ici-là, j’espère avoir quant à moi un fils légitime de lady Walda. »
Quelle froideur il a, fut heurtée Catelyn, et ce n’était pas la première fois.
« Ramsay fait-il la moindre mention de Theon Greyjoy ? demanda Robb. Précise-t-il s’il a été lui aussi tué ou s’il est parvenu à prendre la fuite ? »
Roose Bolton extirpa de l’aumônière qu’il portait à la ceinture un vague lambeau de cuir. « Mon fils joignait ceci à sa missive. »
Ser Wendel détourna sa face soufflée de graisse. Robin Flint et P’tit-Jon Omble échangèrent un regard, tandis que le Lard-Jon renâclait à la manière d’un taureau. « Serait-ce… de la peau ? fit Robb.
— La peau du petit doigt de la main gauche de Theon Greyjoy. Mon fils est cruel, force m’est de le confesser, mais… Mais qu’est-ce qu’un peu de peau, comparé aux vies de deux jeunes princes ? Vous étiez leur mère, madame. Puis-je me permettre de vous offrir ce… – cet infime gage de vengeance ? »

ASOS, Catelyn VI.

La seconde est reçue par Asha Greyjoy à Motte-la-Forêt après la chute de Moat Cailin.

Le dernier message expédié à Motte-la-Forêt était venu de Stannis Baratheon, pour exiger hommage. Celui-ci était pire. « Les Nordiens ont pris Moat Cailin.
— Le Bâtard de Bolton ? s’enquit Qarl, près d’elle.
Ramsay Bolton, sire de Winterfell, signe-t-il. Mais il y a d’autres noms, également. » Lady Dustin, lady Cerwyn et quatre Ryswell avaient ajouté leur propre paraphe au sien. Auprès d’eux était figuré un géant grossier, la marque d’un Omble.
Ceux-ci étaient tracés avec de l’encre de mestre, un mélange de suie et de coaltar, mais le texte au-dessus était rédigé en brun d’une ample écriture toute en piques. Elle décrivait la chute de Moat Cailin, le retour triomphal du gouverneur du Nord en ses domaines, et un mariage à conclure promptement. Les premiers mots annonçaient : « J’écris cette lettre avec du sang de Fer-nés », les derniers : « J’adresse à chacun de vous un morceau de prince. Attardez-vous sur mes terres et vous partagerez son sort. »

ADWD, L’épouse rebelle.

Jon Snow aussi reçoit une lettre de Ramsay Bolton à la chute de Moat Cailin.

Clydas tendit le parchemin devant lui. Il était étroitement roulé et scellé, avec un bouton de cire rose et dure. Seul Fort-Terreur use de cire à cacheter rose. Jon arracha son gantelet, saisit la lettre, rompit le sceau. Lorsqu’il vit la signature, il oublia la correction que lui avait infligée Clinquefrac.
Ramsay Bolton, sire de Corbois, disait-elle, d’une ample écriture pointue. L’encre brune se détacha par écailles quand Jon la frôla du pouce. Sous la signature de Bolton, lord Dustin, lady Cerwyn et quatre Ryswell avaient apposé leurs propres marques et sceaux. Une main plus fruste avait tracé le géant de la maison Omble. « Pouvons-nous savoir ce que cela dit, messire ? » s’enquit Emmett-en-Fer.
Jon ne vit aucune raison de ne pas le lui révéler. « Moat Cailin est tombée. Les cadavres écorchés des Fer-nés ont été cloués à des poteaux le long de la route Royale. Roose Bolton convoque tous les seigneurs féaux à Tertre-bourg, afin d’affirmer leur loyauté au Trône de Fer, et de célébrer les noces de son fils avec… » Son cœur lui parut s’arrêter un instant. Non, ce n’est pas possible. Elle est morte à Port-Réal, avec Père.
« Lord Snow ? » Clydas le scruta de près avec ses yeux roses et troubles. « Êtes-vous… souffrant ? Vous semblez…
— Il doit épouser Arya Stark. Ma petite sœur. »

ADWD, Jon VI.

Si on compare ce que l’on sait de ces quatre lettres, plusieurs éléments font tiquer.

Déjà, la fameuse lettre que reçoit Jon à la fin d’ADWD, que nous appellerons la « lettre de Winterfell » pour plus de simplicité, ne contient aucun morceau de peau, là où les trois missives précédentes en contenaient un. La lettre d’Asha était même écrite avec du sang, et le fait que l’encre s’écaille quand Jon la touche laisse à penser qu’il en est de même pour la première lettre de Jon. Pourtant, si la « lettre de Winterfell » dit bien la vérité, Ramsay avait largement de quoi envoyer un morceau de la peau des piqueuses qu’il aurait écorchées, et suffisamment de sang pour rédiger sa lettre. Cela aurait en plus prouvé ses dires quand il parle de la mort des sauvageonnes. Pourquoi ne le fait-il pas ?

Ensuite on peut s’intéresser au style. La « lettre de Winterfell » est écrite dans un langage ordurier, là où la lettre d’Asha est rédigée dans un langage soutenu. Pourquoi changer ainsi de ton ?

On peut également s’intéresser à la signature de la lettre. Bon, passons sur le fait que Ramsay oublie dans la signature de la « lettre de Winterfell » qu’il est aussi sire de Corbois, ce qu’il ne manque pas de rappeler dans la première lettre de Jon et dans celle d’Asha.

Attardons-nous plutôt sur les signatures qui accompagnent celle de Ramsay dans ses lettres. Les deux lettres annonçant la victoire de Moat Cailin comprennent les signatures de lady Dustin, de Pestagaupe Omble et des Ryswell, afin d’appuyer les dires de Ramsay. La « lettre de Winterfell » ne contient que la signature de Ramsay. S’il a bien remporté la « bataille des glaces » comme il le prétend, pourquoi ses alliés ne signent-ils pas avec lui ?

En soit, aucun de éléments relevés ne sont des preuves irréfutables pour montrer que la « lettre de Winterfell » ne dit pas la vérité. Ils sont tous explicables : Ramsay, dans la précipitation, a pu oublier de faire signer la lettre par ses alliés. Il a pu oublier d’envoyer un morceau de peau des piqueuses. Et la rage d’avoir perdu son Schlingue et son épouse pourrait expliquer qu’il perde le contrôle de lui-même et se mette à insulter tout le monde.

Cependant, cette accumulation de points étranges doit a minima nous faire douter de la véracité de cette lettre. Ramsay dit-il bien la vérité ? D’ailleurs, est-ce bien Ramsay qui l’a écrite ? Certains sur le forum théorisent qu’elle aurait plutôt été rédigée par Mance Rayder, Stannis Baratheon, ou bien réécrite et modifiée par Clydas et les conjurés à Châteaunoir à partir d’une lettre que Ramsay aurait bel et bien envoyée dans le but de pousser Jon Snow à la désertion et donc de légitimer son assassinat.

Aucune théorie sur cette lettre ne fait actuellement l’unanimité. Quoi qu’il en soit, toutes les bizarreries qui l’entourent permettent d’affirmer qu’elle n’est pas une preuve suffisante de la défaite de Stannis. Ni de sa victoire d’ailleurs.

Conclusion

Que les fans de Stannis se rassurent donc, leur chouchou n’est pas forcément mort. Que les fans de Roose Bolton s’inquiètent parce que… heu… il y a vraiment des fans de Roose Bolton ? Dénoncez-vous, que je pense à ne plus vous tourner le dos… bref, qu’ils s’inquiètent parce que quoi qu’on en dise, la bataille de Winterfell n’est ni gagnée, ni perdue.
Oh, et puis il y a toujours l’armée secrète recrutée par Wyman Manderly et Robett Glover, cachée le long de la Blanchedague qui peut encore prendre tout le monde par surprise (voir ce passage du billet « Comprendre la Grande Conspiration Nordienne »). Lord Wyman, on ne t’oublie pas, le Nord se souvient, et tes tourtes aussi.

Pour aller plus loin sur la campagne du Nord dans ADWD :
Qui a tué Petit Walder Frey ?
La tourte aux Frey
Comprendre la Grande Conspiration Nordienne
-La « lettre de Winterfell » (wiki forum)

5 Comments

  1. Top article Drozo, très clair et… rassurant? Je pense que Geoff va le garder sous son oreiller pour mieux dormir.

  2. Les deux premières fois où on a un POV qui reçoit une lettre de Ramsay, ils insistent sur l’ « écriture pointue », une « écriture toute en piques ».

    Lorsque Jon reçoit la dernière lettre, cela n’est pas mentionné.

  3. J’aime beaucoup ces retours sur des passages qui m’avaient échappés (notamment le coup du lac gelé piégé !). Merci

  4. Très bon article qui apporte une nouvelle lumière sur les événements de Winterfell. Merci beaucoup DroZo.
    Ça me donne envie de relire la saga.

  5. Juste un petit mot pour dire que, moi aussi, j’ai bien apprécié ce petit récapitulatif sur la situation de Stannis. Merci la Mouche de la GdN !

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