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Recommandations de décembre : le livre à mettre au pied de tous les sapins !

Recommandations de décembre : le livre à mettre au pied de tous les sapins !

Pour fêter la fin de l’année avec vous, l’équipe de rédacteurs de la Garde de Nuit vous présente sa recommandation ultime pour tous ceux qui sont en retard dans leurs cadeaux de Noël : le livre lu en 2018 à mettre au pied de tous les sapins !
Et comme la vérité est une affaire bien subjective, chacun y a été de son petit avis. Une manière d’en avoir pour tous les goûts !
Enfin, comme il reste un peu de temps, n’oubliez pas qu’il existe plein de petits libraires ravis de vous faire plaisir partout en France, même si la tentation de la livraison peut paraître irrésistible !

Royaume de vent et de colère de Jean-Laurent Del Socorro

Royaume de vent et de colère, de Jean-Laurent Del Socorro

Royaume de vent et de colère, de Jean-Laurent Del Socorro, éditions ActuSF

1596. Deux ans avant l’édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique s’oppose à Henri IV, l’ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi.

À La Roue de Fortune se croisent des passés que l’on cherche à fuir et des avenirs incertains : un chevalier usé et reconverti, une vieille femme qui dirige la guilde des assassins, un couple de magiciens amoureux et en fuite, et la patronne, ancienne mercenaire qui s’essaie à un métier sans arme. Les pions sont en place. Le mistral se lève. La pièce peut commencer.

Pour qui ? Pour tous ceux et toutes celles qui n’aiment pas la magie et les dragons. Pourquoi ? Parce que nous sommes en face d’une uchronie historique qui décide de rester dans les clous de l’Histoire et d’utiliser la magie avec parcimonie. Mais c’est aussi un beau roman choral aux personnages attachants dont les destins se mêlent et se démêlent. Jean-Laurent Del Socorro est d’abord un auteur de nouvelles, et cela se sent. Le style est précis, sans fioriture, et tout cela se lit extrêmement vite.

En résumé ? Un genre de Love Actually façon Reine Margot (l’amour est un thème plus que central dans le texte), avec quelques élans qui rappelleront Alexandre Dumas ou encore Moorcock (dans le peu de magie présente).

Pour ceux qui doivent choisir une version, prenez celle avec la nouvelle Gabin sans « aime » qui reprend l’histoire du roman du point de vue d’un enfant. A noter que le roman existe en poche pour ceux qui ne veulent pas se ruiner.

Et la recommandation des autres qui m’est passée sous le nez ?
Célilune avait conseillé en novembre 2017 Des milliards de tapis de cheveux d’Andreas Eschbach. Il s’agissait de mon premier choix avant de réaliser qu’il avait déjà été recommandé. Une vraie claque. En plus le bouquin réédité chez L’Atalante est vraiment un bel objet.

Crys

Armageddon Rag de George R. R. Martin

Armageddon Rag

Armageddon Rag, de George R. R. Martin, éditions Denoël

En 2018, outre les recommandations littéraires de mes petits camarades (y en a trop), vu qu’il n’y avait rien qui me tentait dans tout ce qui tourne autour du Trône de Fer, je me suis intéressé aux autres écrits de l’auteur qui nous rassemble ici. J’ai donc pas mal écumé les nouvelles et romans de George R. R. Martin et si je ne devais recommander qu’une œuvre, ce serait Armageddon Rag (1983).
A la fin des années 1960, les Nazgûl étaient un groupe mythique qui aurait pu être des superstars si le chanteur n’avait pas été tué par balle lors d’un concert en 1971. Cela a sonné la fin à la carrière du groupe. Une douzaine d’années plus tard, l’ancien manager est retrouvé mort de façon très graphique au milieu d’éléments proches des chansons/disques/affiches des Nazgûl. Cela intéresse un journal de rock qui envoie Sandy, son ancien journaliste (fondateur, parti quelques années auparavant et qui tente de survivre en écrivant de la fiction) sur cette étrange affaire.

Alors déjà, si vous aimez le rock (plutôt US) des années 1960, arrêtez-vous là et allez lire ce livre car sur ce plan, c’est un bijou.

Pour ceux qui sont restés. Ce livre est totalement imparfait mais je l’aime malgré ses défauts car ses qualités m’ont marqué. Quand on lit la quatrième de couverture et la classification du genre du livre, on se doute vers quoi ça va. Mais au début, cela prend des détours. Et j’ai adoré cette première moitié, mais alors de tout mon cœur. Sandy se balade dans son passé. C’est brillant, poignant, émouvant. Car se dessine un portrait de la génération contestataire des années 1960, mais 15 ans après. Et forcément le bilan n’est pas trop flatteur. Franchement, pour moi, l’intérêt du roman est là : parler sans fard de cette génération, quinze ou vingt ans plus tard.

Mais en sachant de quoi allait parler le livre, je me disais bien que ça ne pouvait pas durer. Alors, je me délectais et lisais de plus en plus tout en voulant en même temps freiner pour ne pas arriver trop vite à la suite. Et, forcément, elle est arrivée. Et là, l’intrigue principale est quand même un « ton » (huhu) en dessous, voire plusieurs. Certes, l’auteur parle avec énormément de talent de musique et de concert mais j’ai trouvé que ça « déroulait l’intrigue » (une intrigue un peu plus dans la veine « fantastique ») : ça se lit, certes, mais pour moi, la magie est partie.

Et donc je suis fort partagé entre une moitié extraordinaire et une plus lambda. Je ne sais pas si on peut parler d’un « grand livre malade » comme Truffaut parlait des « grands films malades » ou s’il est juste en partie raté donc loin d’être complètement réussi.

« Un grand film malade : ce n’est rien d’autre qu’un chef-d’œuvre avorté, une entreprise ambitieuse qui a souffert d’erreurs de parcours : un beau scénario intournable, un casting inadéquat, un tournage empoisonné par la haine ou aveuglé par l’amour, un trop fort décalage entre intention et exécution, un enlisement sournois ou une exaltation trompeuse. Cette notion de « grand film malade » ne peut s’appliquer évidemment qu’à de très bons metteurs en scènes, à ceux qui ont démontré dans d’autres circonstances qu’ils pouvaient atteindre la perfection. Un certain degré de cinéphilie encourage parfois à préférer, dans l’œuvre d’un metteur en scène, son « grand film malade » à son chef-d’œuvre incontesté, donc Le Roi à New York à La Ruée vers l’Or, ou encore La Règle du Jeu à La Grande Illusion. Si l’on accepte l’idée qu’une exécution parfaite aboutit le plus souvent à dissimuler les intentions, on admettra que « les grands films malades » laissent apparaître plus crûment leur raison d’être. Observons aussi que, si le chef-d’œuvre n’est pas toujours vibrant, « le grand film malade » l’est souvent, ce qui explique qu’il fera, plus aisément que le chef d’œuvre reconnu, l’objet de ce que les critiques appellent un « culte ».
(François Truffaut)

En tout cas, ce livre est un tournant dans la vie de l’auteur car malgré son succès critique (prix Balrog du meilleur roman 1984 – prix « Balrog » pour les Nazgûl, c’est un gag ? – et nommé pour le prix Locus du meilleur roman de fantasy et le prix World Fantasy du meilleur roman 1984), le public bouda cette œuvre hybride et l’auteur fut forcé d’arrêter l’écriture de livres pour travailler à l’écriture de fictions audiovisuelles et de déménager pour cela en Californie. Livre incompris à sa sortie, franchement il mérite mieux !

On peut noter avec amusement deux mentions de « rêve de fièvre », un morceau qui s’appelle Agonie de la lumière (de l’art de mettre ses deux précédents romans dans le troisième). L’auteur est un écrivain raté, qui sait qu’il ne rendra pas son manuscrit à l’heure et ne le cache pas à son éditeur (1983, George…). Sinon, le chien agit un peu comme un direwolf, et toute la partie tolkienneuse fait assez groupe rock étudiant potache (peut-être comme les Nazgûl dans les 1960s, cela dit). Un peu de sang-magie, également ? Gros bémol (huhu²) sur les rôles féminins tout de même. J’attends de lire vos impressions sur le forum.

Et la recommandation des autres ?
Nymphadora avait conseillé en octobre 2017 Les Salauds Gentilshommes de Scott Lynch. Mention spéciale au deuxième tome pour les bateaux et les rôles féminins forts, et coup de cœur pour l’intrigue secondaire du troisième tome, bien plus haletante que l’intrigue principale.

R.Graymarch

Les Jardins statuaires de Jacques Abeille

Les Jardins Statuaires de Jacques Abeille, Edition Folio SF

Les Jardins Statuaires de Jacques Abeille, Edition Folio SF

Pour être honnête, ce roman traînait depuis très longtemps dans ma bibliothèque, recommandé par une collègue dont les lectures m’ont souvent laissée perplexe (pour être polie), je n’avais pas trop envie de lui laisser sa chance… Et puis l’été est arrivé, et il ne me restait plus grand chose à lire… Bref, j’ai fini par l’ouvrir et là… La claque ! Une superbe surprise ! Le genre est inclassable, le style étrange mais agréable, l’histoire improbable et hypnotique à la fois… Je m’excuse d’avance auprès de ceux pour qui ce livre et cet auteur sont des classiques (écrit en 1982, on ne peut pas vraiment dire que j’apporte de la lecture fraîche !), mais si 2018 m’a apporté un livre incontournable, c’est bien celui-ci. Il m’a fait le même effet que lorsque j’ai lu Damasio pour la première fois, c’est dire !

Alors pour résumer l’irrésumable : A une époque indéfinie, dans un lieu indéfini, vivait un voyageur. Ce voyageur, notre conteur, s’arrête dans un pays très exotique par rapport à sa propre contrée. Un pays frustre où les gens vivent repliés dans des fermes où les hommes font pousser des statues. Il s’arrête dans une des rares auberges du coin, un lieu délabré et isolé de tout. Un jardinier lui propose un jour de lui servir de guide pour visiter le pays et peut-être, s’il le peut, lui expliquer leur mode de vie. De visite en visite, le voyageur s’émerveille des paysages idylliques et de la courtoisie des gens mais finit par découvrir les failles de ce pays merveilleux qui risque de disparaître à jamais…

Et la recommandation des autres ?
En novembre 2017, Riusma nous recommandait le roman The Expanse. J’avoue avoir commencé par regarder la série, par flemmardise, et puis au fur et à mesure des épisodes, lire m’a semblé indispensable. Merci Riu pour cette découverte, cela faisait très longtemps que je n’avais pas lu une aussi bonne saga de SF (depuis Asimov, c’est dire !).

Célilune

L’espace d’un an, de Becky Chambers

L'Espace, d'un an, de Becky Chambers

L’Espace, d’un an, de Becky Chambers, de la SF pleine d’aliens mais très humaine.


Envie d’une Science-Fiction différente ? Tentez Becky Chambers et sa feel-good SF ultra humaine et contemporaine. Dès son premier livre, L’Espace d’un An, cette jeune autrice américaine a réussi à renouveler le genre. Chez Becky Chambers, il y a des aliens, des vaisseaux spatiaux, des spatioports où se croisent mille races et des guerres… Mais le plus souvent, ce n’est pas cela l’important. Les vaisseaux spatiaux ont des rideaux à fleurs aux fenêtres et de la moquette sur les marches métalliques pour ne pas abîmer les griffes des pilotes non-humains, les aliens sont quasi tous en paix les uns avec les autres et très contents de l’être, et Becky Chambers s’intéresse beaucoup plus au quotidien, aux petites choses, et aux sentiments, qu’aux conflits entre galaxies et aux destruction de planètes. Car si ses personnages sont souvent des aliens, ils sont surtout très humains, et confrontés à des problématiques très contemporaines : trouver une place dans le monde, s’accepter soi-même, trouver l’amour, apprendre à vivre en communauté malgré les différences…

Le pitch de l’Espace d’un An : une jeune femme fuit sa famille, et trouve un emploi comme secrétaire sur un petit vaisseau chargé de creuser des trous de ver d’un bout à l’autre de la galaxie. Dans le vaisseau, plusieurs personnages, pas tous humains, avec qui elle va se lier.

Becky Chambers a depuis publié deux autres livres dans le même univers, Libration et Record of a Spaceborn Few (en attente de traduction en français). Trois livres qui restent dans la même veine : de la SF très tendre, faite pour se tenir chaud.

Et la recommandation des autres ?
Parce que les ptites fleurs et la guimauve c’est pas pour tout le monde, lisez aussi Les Derniers Hommes, de Pierre Bordage, roman post-apo franchouillard dont Célilune vous parlait avec talent ici.

DNDN

Le Château, d’Edward Carey

Le Château, d'Edward Carey

Le Château, d’Edward Carey

J’ai découvert ce livre en le recevant dans une box dont on m’avait fait cadeau. C’est le premier tome de la trilogie des Ferrailleurs (Iremonger en VO), trilogie qui est terminée (pour ceux qui n’aimeraient pas attendre la suite d’une série de livres…). Les trois tomes racontent une histoire globale mais chacun a sa propre intrigue et se suffit à lui-même.
Les Ferrailleurs sont une famille de noble des faubourgs londoniens, au temps de la reine Victoria (que l’on croisera d’ailleurs, plus tard…). Clod, un adolescent de quinze ans, s’apprête à être fiancé à une cousine et à recevoir ses pantalons. Dans le même temps, Lucy, jeune fille intrépide, perd ses parents d’une étrange maladie et se retrouve enrôlée parmi les serviteurs des Ferrailleurs, dans leur Château au milieu des détritus.
Bien évidemment il va leur arriver tout un tas d’aventures. C’est du Downton Abbey au pays de Tim Burton avec en bonus les illustrations de l’auteur. Je n’ai pas très bien compris pourquoi le livre a été classé en littérature jeunesse, l’histoire est à la fois drôle et intelligente, le lore est riche et les personnages fouillés et caractériels à souhait, soit j’ai gardé l’esprit jeune, soit il convient parfaitement aux adultes^^. Étrange et loufoque, avec un soupçon de critique sociétale, la narration est faite par point de vue, à la première personne.
Et les illustrations sont sublimes, les livres sont de beaux objets, bien adaptés pour un cadeau.

Et la recommandation des autres ?
En juin 2018, Jean Neige nous conseillait Le Capitaine Alatriste, d’Arturo Perez-Reverte, le premier d’une série de romans historiques qui n’ont rien à envier à Dumas-père, et que je vous encourage vivement à lire.

Tomcat

Conclusion

Si avec tout ça, vous n’avez pas trouvé le cadeau parfait pour tout votre entourage, n’hésitez pas à consulter l’annuaire de toutes les recommandations publiées sur le blog de la Garde de Nuit.

Compte collectif de La Garde de Nuit.

2 Comments

  1. DNDM m’a eu à l’usure, j’ai enfin commandé L’Espace d’un an à mon libraire (prix 23€90).

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