Mois de l’imaginaire : nos recommandations

Logo de l'initiative "mois de l'imaginaire"

Bonjour à toutes et à tous :).

Dans le cadre du mois de l’imaginaire (nous vous renvoyons à cette news sur le sujet), les membres de la Garde de Nuit vous proposent une liste de recommandations à lire en attendant la sortie du forum de TWOW .

En espérant que nos choix vous plaisent 😉 !

Geoffray : Le Livre Malazéen des Glorieux Défunts

Le Livre Malazéen des Glorieux Défunts
Le Livre Malazéen des Glorieux Défunts, Tome 1 : Les jardins de la lune de Steven Erikson (Editions Calmann-Lévy)

Le Livre Malazéen des Glorieux Défunts (titre original : The Malazan book of the fallen) est une saga de fantasy (plutôt dark/heroic fantasy) de 10 tomes (terminée) écrite par le romancier canadien Steven Erikson. Cette saga comprend aussi des titres « secondaires », des « spin-off » racontant des histoires se déroulant en parallèle de l’histoire principale, qui sont eux écrits par Ian Esslemont (co-créateur de cet univers).
Au niveau des points qui peuvent fâcher, il faut savoir que seuls les deux premiers tomes de la saga (Les Jardins de la Lune et La Chaîne des Chiens) sont actuellement sortis en français (découpés en trois tomes). Une réédition est actuellement en discussion, mais pour le moment, il n’est possible de lire la saga complète qu’en anglais.

Mais pourquoi lire dix tomes de plusieurs milliers de pages chacun dans une langue qu’on ne maîtrise pas forcément, me direz-vous (surtout que le langage est assez soutenu, j’y reviens) ? Eh bien parce que c’est l’une des plus grosses claques fantasy que j’ai pu lire dans ces 10 dernières années ! Rien de moins.

La saga nous raconte l’histoire de l’Empire Malazéen et de ses conquêtes de territoires, du point de vue de ses soldats, ses magiciens, ses peuples, etc. Mais pas uniquement. On voit se dessiner au fur et à mesure un plus grand plan, une menace beaucoup plus sourde qui risque de faire basculer le monde, voire de le détruire…
Dit comme ça, ça a l’air d’être de la fantasy de bas-étage. Rien ne saurait être plus faux. L’une des grandes forces de cette saga, c’est la minutie avec laquelle Erikson a façonné son univers avec ses lois, ses règles, ses peuples, etc. L’une des difficultés sera d’ailleurs de s’immerger dans le récit sans tout comprendre, car Erikson n’explicite absolument rien et vous « balance » dans son univers à nu. Mais lorsque l’on comprend certains sous-entendus quelques livres plus loin ou lorsque des suppositions que l’on a faites trouvent un écho, l’impression de satisfaction n’en est que plus intense. Les personnages sont magnifiquement ciselés et tous plus impressionnants les uns que les autres, tout comme le sont leurs dialogues. Les moments épiques sont légion et vraiment impressionnants (j’ai eu de véritables frissons en lisant certaines scènes).

Cependant, anthropologue de formation, Erikson se questionne aussi régulièrement (par l’intermédiaire de ses personnages) sur la civilisation (et d’autre sujets annexes comme la Foi et la religion), ses réussites et ses échecs. De fait, son récit est souvent parcouru de discussions « philosophiques », de « poèmes » et d’interrogations qui pourront sembler abscons pour peu qu’on y soit hermétique.

C’est donc une œuvre fort exigeante qui ne plaira pas à tout le monde, mais pour peu qu’on arrive à faire l’effort de s’y accrocher et de s’immerger dans cet univers, c’est un immense chef-d’œuvre !

Nymphadora : Les Salauds Gentilshommes

Les Mensonges de Locke Lamora: Les Salauds Gentilshommes, Tome 1, de Scott Lynch (Editions Bragelonne)

Les Salauds Gentilshommes (titre original : The Gentleman Bastards) est une saga de fantasy de l’écrivain américain Scott Lynch. Elle est composée à ce jour de trois tomes (tous parus en français chez Bragelonne) :

  • Les Mensonges de Locke Lamora
  • Des Horizons rouge sang
  • La République des Voleurs

Je préfère vous prévenir tout de suite pour vous éviter toute déconvenue : si aujourd’hui trois tomes sont disponibles, l’auteur envisage une saga en sept tomes, et écrit assez lentement (on attend le tome 4 depuis 2013…). Toutefois, l’attente se fait moins rude que pour notre saga favorite du Trône de Fer : les « cliffhangers » sont moins présents dans l’œuvre, et chaque tome connaît une vraie conclusion. Vous pouvez donc vous jeter sur la saga les yeux fermés !

La saga nous retrace les aventures de Locke Lamora et de ses compagnons, les « Salauds Gentilshommes », dans un univers de fantasy fortement inspiré de l’Italie de la Renaissance. Les Salauds Gentilshommes sont une bande d’escrocs qui s’attaquent à la noblesse et utilisent, pour ce faire, des arnaques très élaborées. Au fil des pages, entre flash-backs de la jeunesse des personnages, préparation de « casses du siècle » et obstacles en tout genre, on découvre les liens qui unissent les personnages et l’on s’interroge sur les mystères qui entourent l’identité du héros. Le tout dans un univers très original où l’on découvre la magie par petites touches.

Sorte d’Ocean’s 11 de la fantasy, on s’attache énormément aux personnages. C’est l’une des sagas de fantasy récentes que j’ai personnellement préférée et je ne peux que la conseiller aux amateurs de lecture. Si vous ne voulez pas me croire, vous pouvez vous fier aux propos de G.R.R. Martin :

Ce roman m’a captivé dès la première page et ne m’a laissé aucune porte de sortie. Une histoire fraîche, originale et captivante racontée par une brillante nouvelle voix de la fantasy. Locke Lamora est un bandit plein de charme et la cité de Camorr un décor fascinant et magnifiquement dépeint qui rivalise avec Lakhmar et Ambre.

Célilune : Nicolas Eymerich, l’inquisiteur

Le Mystère de l'Inquisiteur Eymerich
Le Mystère de l’Inquisiteur Eymerich de Valerio Evangelisti (Editions La Volte)

Nicolas Eymerich est une saga composée de dix tomes, de l’écrivain italien Valerio Evangelesti, écrite entre 1994 et 2010.

Pour présenter brièvement l’auteur, Evangelesti est diplômé de sciences politiques (et cela se ressent dans le background de ses œuvres) et a écrit de nombreux cycles comme Métal Hurlant, pour citer le plus célèbre. Le cycle de Nicolas Eymerich a reçu de nombreux prix littéraires, dont le grand Prix de l’Imaginaire.

Alors Nicolas Eymerich est un personnage détestable, l’incarnation d’une caricature d’un inquisiteur de la Très sainte et Très Catholique Espagne du XIVe siècle. Il déteste les hommes, méprise les femmes, se montre méfiant envers l’humanité entière et est souvent impitoyable. Bref, que du bonheur ! Mais par certains côtés il ressemble aussi à Sherlock Holmes ou Hercule Poirot, tant son esprit logique et ses déductions sont fines et alambiquées parfois.

Parce que oui, évidemment, Nicolas Eymerich enquête. Et il enquête sur des phénomènes étranges dans lesquels le lecteur se perd parfois mais qui, une fois la dernière page terminée, nous bluffent complètement. C’est la grande spécialité de cette saga où les intrigues mêlent différentes époques (passé, présent et futur apocalyptique) et différents lieux pour nous balader dans un Imaginaire étrange et parfois inquiétant.

DroZo : La Compagnie des Glaces

la-compagnie-des-glaces-t1-2
La Compagnie des Glaces, de George-J. Arnaud, édition French Pulp.

La Compagnie des Glaces est une série de romans SF de l’auteur français George-J. Arnaud, sortie durant les années 80. L’histoire se déroule en 2340, dans une Terre plongée depuis trois siècles dans une nouvelle ère glaciaire. L’humanité a réussi à survivre dans des stations chauffées sous dômes, reliées entre elles par le seul moyen de transport efficace dans ce milieu hostile : le chemin de fer. En effet, le rail apporte tout : il permet les échanges de nourriture, de boissons, d’énergie et de chauffage. Étant donc devenus indispensables à la survie, les grandes Compagnies Ferroviaires ont logiquement pris le pouvoir et imposé leur idéologie : le Rail. Les villes entières sont sur des rails, si bien qu’on peut les déplacer aisément au besoin. Les moyens de transport n’utilisant pas les chemins de fer sont considérés comme hérétiques et sont vivement combattus. Même les guerres entre les différentes compagnies se font uniquement sur les chemins de fer… L’histoire débute donc avec Lien Rag, un glaciologue qui va se retrouver pris au piège des luttes de pouvoirs que se livrent les grands actionnaires de la Compagnie Transeuropéenne…

Cet univers est l’un des plus originaux et réalistes que j’ai pu lire. Oui, parce que tout dans le récit est fait pour rendre ce monde crédible, que ce soit dans les interactions géopolitiques ou pour nous présenter comment vivent concrètement les gens à cette époque. Le récit est très varié et explorera à peu près tous les genres, que ce soit de l’intrigue politique, de l’aventure, du récit de guerre, du polar, du mystère, ou encore du thriller économique… Parce que oui, il aura le temps de développer tout ça avec une histoire qui se déroule sur (attention accrochez-vous bien)… 62 tomes. Bon, 62 tomes de 150 pages chacun, certes (ça fait moins gros que l’intégrale des Wild Cards par exemple ^^), mais 62 tomes quand même ^^. Bon, vu que ça fait pas mal, je vous conseille de commencer sans forcément avoir en tête d’aller jusqu’au bout : les premiers tomes sont des stand-alone, ce qui vous permettra de découvrir cette saga sans vous engager immédiatement. Ensuite, cet univers unique et envoûtant ne vous lâchera plus. Cette saga vaut vraiment le coup et propose un monde sans équivalent dans toute la littérature. C’est un véritable petit bijou qui saura vous surprendre, l’auteur prenant l’habitude de nous emmener là où on s’y attend le moins…

Eridan : La Trilogie Bartimeus

La Trilogie de Bartimeus, tome 1
La Trilogie de Bartimeus, tome 1 : L’Amulette de Samarcande de Jonathan Stroud (Editions Albin Michel Jeunesse)

La Trilogie Bartimeus est une saga de fantasy jeunesse, écrite par Jonathan Stroud entre 2003 et 2005. Dans un monde proche du notre, l’Angleterre est dirigée par une caste aristocratique de magiciens, occupant toutes les sphères du pouvoir. Ce que le reste du peuple (les plébéiens) ignore, c’est que les magiciens n’ont pas de pouvoirs propres : ils connaissent juste des formules incantatoires leur permettant de réduire en esclavage des esprits (appelés familièrement « démons »), pour faire leur sale besogne.

La trilogie propose de suivre en parallèle le parcours de Bartimeus, djinn vantard, provocant et caustique, et de son maître, le jeune et talentueux magicien Nathaniel. Ils seront rejoints plus tard par Kitty, une plébéienne en révolte contre l’ordre établi. Ensemble, ils devront affronter les dangers et les complots, qui menacent le gouvernement des magiciens, mais aussi la population de Londres.

L’intérêt de ces livres n’est pas tant l’intrigue (en partie prévisible), que les points de vue multiples qu’offrent les livres. Chaque protagoniste a une histoire propre, un caractère bien trempé et cohérent, avec ses défauts mais aussi ses qualités. Le personnage féminin est loin d’être en reste et l’auteur fait le choix de raconter le point de vu des humains à la troisième personne, alors que les chapitres de Bartimeus sont racontés à la première personne. Ce style narratif permet au lecteur de s’identifier au djinn malgré sa nature, et à l’écrivain de mettre en place un système de notes de bas de pages, permettant de développer les réflexions de Bartimeus : tantôt digressions drôlatiques, tantôt informations importantes concernant l’univers.

En 2010, l’auteur a livré une préquelle à son univers (L’Anneau de Salomon), une aventure se déroulant au Xème siècle avant Jésus-Christ. On y retrouve Bartimeus, toujours aussi sémillant, plongé dans un nouveau complot à l’époque de Salomon.

Pandémie : L’Arcane des épées

L'Arcane des Epées - Intégrale 1
L’Arcane des Epées – Intégrale 1 de Tad Williams (Editions Pocket)

L’Arcane des épées (titre original : Memory, Sorrow and Thorn) est une saga de fantasy de l’écrivain américain Tad Williams. Elle est composée de trois tomes en anglais, huit en français. Elle parut à la fin des années 80, début des années 90, donc il y a un certain temps déjà, sans être entrée au panthéon des grandes sagas de fantasy. En effet, de prime abord, Williams bâtit une histoire plutôt peu originale, s’inspirant de Tolkien et d’autres classiques du genre.

L’histoire est celle d’Osten Ard, qui vit sous le règne du mourant roi Jean Presbytère, qui avait unifié les différents royaumes humains et établi son trône fait d’os de dragon au Hayholt, une forteresse millénaire bâtie sur les ruines du peuple mythique des Sithi, les anciens habitants d’Osten Ard, chassés de leurs terres par les armes de fer des premiers envahisseurs humains. Simon, un marmiton un peu rêveur mais à la destinée extraordinaire, va être pris dans les intrigues de cour et la lutte pour le trône entre Elias, fils aîné et héritier, et Josua, le cadet. Sans compter de veilles prophéties et une menace qui s’éveille dans le nord glacé.

Mais là où Tad Williams réforme quelque peu le genre, c’est dans la construction de son univers, très cohérent et inspiré du nôtre. Un monde d’inspiration médiévale et européenne, des voisins nordiques faisant penser aux vikings, un ancien empire d’inspiration gréco-romaine, une religion inspirée de l’église catholique, avec des langues en adéquation et des structures politiques et économiques cohérentes. De plus, Williams propose une intrigue non-manichéenne, laissant une place forte aux « méchants » pour qui l’on éprouve rapidement de l’empathie, laisse de la place au personnage féminin principal, qui s’interroge sur sa place de femme dans un monde d’hommes, et les sauveurs du monde doivent aussi se préoccuper de logistique et nourrir leurs armées. Le tout enrobé d’une grande poésie et de beaucoup de mélancolie.

Vous y voyez quelques points communs avec notre saga préférée ? Normal, George R.R. Martin l’a dit lui-même, Tad Williams est l’auteur qui lui a fait voir qu’il était possible de faire de la fantasy sortant des stéréotypes du genre. D’ailleurs, Martin ne cesse de lui réclamer une suite. Les points communs dans la construction de l’univers et le traitement des protagonistes permettent de tirer des parallèles intéressants. Et les hommages et références sont nombreux et il est amusant de les rechercher : Main du Roi, comète rouge, (M)arya, prophéties ambiguës, …

Bref, si vous voulez découvrir le chaînon manquant entre Tolkien et Martin, vous savez quoi lire.

Conclusion

En espérant que ces lectures vous divertiront et vous plairont 😉 (ndGeoff : en tout cas moi, les recommandations de mes camarades ont fait gonfler ma pile de livres à lire ^^ !)