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Recommandations de mars : journée internationale des droits des femmes

Recommandations de mars : journée internationale des droits des femmes

En cette journée internationale des droits des femmes, la Garde de Nuit a décidé de vous proposer des recommandations 100% féminines en mettant des autrices en valeur.

Vous lirez probablement en ce jour de nombreux articles qui vous rappelleront qu’aujourd’hui encore, à travail égal, les femmes sont moins payées que les hommes, moins visibles dans les médias, etc. Le secteur du livre, et notamment les littératures de l’imaginaire, ne font pas exception. Récemment, une enquête de France Info relatait la difficulté d’être une femme dans ce milieu. Aujourd’hui, nous choisissons donc de mettre des autrices en valeur, en espérant que progressivement, nous n’ayons plus à nous poser de telles questions.

On n’est jamais bizarre sur Internet (ou presque) de Felicia Day

On n’est jamais bizarre sur internet (ou presque), de Felicia Day (Bragelonne)

Felicia Day, c’est « la reine des geeks » selon les médias américains. Actrice parfois connue du grand public pour ses rôles secondaires (voire très secondaires) dans des séries populaires à tendances geek comme Buffy ou Supernatural, c’est sa présence sur le Web et dans le monde des vidéos Internet qui l’a consacrée devant et derrière la caméra. Elle a notamment produit et réalisé sa websérie The Guild (l’une des premières du genre), comédie consacrée à une guilde de joueurs d’un jeu en ligne massivement multijoueur, et a lancé sa chaîne Geek and Sundry.

On n’est jamais bizarre sur Internet (ou presque) est sa biographie. Pour tout vous dire, je suis tombée dessus un peu par hasard, attirée par le titre léger de l’ouvrage… et je ne l’ai pas regretté !

Avec beaucoup d’auto-dérision et d’humour, Felicia revient sur son enfance un peu farfelue et sur l’arrivée d’internet dans sa vie (cette époque que certains ont connue des débuts de l’internet, où le net, avec ses forums et ses communautés de joueurs notamment, est devenu l’endroit où l’on rencontre des gens aussi bizarres que soi). Puis elle revient sur ses débuts dans l’industrie du cinéma et de la télévision, sur ses névroses, ses bizarreries de geekette, son addiction au jeu vidéo… le tout avec beaucoup de bienveillance et de bonne humeur. A la limite du guide de développement personnel, on est face à un témoignage personnel et décapant autour de la Webculture, des geeks et gamers et de la place de la femme dans cette communauté. En filigrane de l’ouvrage, on suit le parcours d’une femme pétillante qui persévère dans ses aspirations malgré les échecs, et qui n’en cache rien : des choses ont fonctionné, d’autres non, elle a connu la dépression, elle a été harcelée (notamment pour son statut de femme « gameuse« ) mais elle a aussi créé des contenus novateurs et ouvert la voie pour certains.

Au travers de ce témoignage, on suit donc avec légèreté un récit d’une femme inspirante qui s’est trouvé une place dans un monde ultra masculin, et ce livre est en ce sens plus engagé qu’il n’y paraît de prime abord. Pour une lecture qui ne paye pas de mine mais vous distraira en soulevant quelques bonnes questions, je le recommande !

Nymphadora

Le Trop Grand Vide d’Alphonse Tabouret de Sibylline, Capucine et Jérôme d’Aviau

Couverture de Le Trop Grand Vide d’Alphonse Tabouret de Sibylline, Capucine et Jérôme d’Aviau, aux éditions Ankama.

« Au milieu d’une forêt tendre, dans une clairière de rien, un tout petit machin se réveille mais ne se souvient pas. » Ainsi démarre la quête poétique d’Alphonse Tabouret pour rechercher le bonheur. Sexualisé uniquement par un prénom, il est un peu tout le monde, un peu enfant, mais un peu adulte aussi. Il part à travers la forêt en claquant la porte quand il se trouve lassé de son Créateur, et cherche un sens à sa vie.

Sibylline et Capucine, aux manettes de cette histoire à la fois loufoque, mignonne et triste, ont décidé de parler à travers ce conte pour petits et grands, de l’éloge de la différence et de l’insatisfaction de l’amour, tout en laissant au coup de crayon de Jérôme d’Aviau le soin de créer un univers en noir et blanc aussi enfantin que bizarre, mais après tout, les deux ne sont pas antinomiques. Certains pourraient lui reprocher son absence de personnages féminins sur une trop longue portion de l’histoire, mais la plupart des personnages sont juste des gens, sans qu’on s’attarde sur le « il » ou le « elle ». Et quand enfin, Lilili débarque, l’histoire qui se trame n’a rien du cliché, tout comme le personnage.

Une belle histoire graphique (à mi-chemin entre bande-dessinée et livre illustré), donc, qui fait l’éloge de l’égalité comme de la différence, à mettre entre toutes les mains !

Crys

Sorcières : la puissance invaincue des femmes de Mona Chollet

Sorcières : la puissance invaincue des femmes

Couverture de Sorcières : la puissance invaincue des femmes de Mona Chollet, aux éditions Zones.

Paru en septembre 2018, Sorcières fut incontestablement ma lecture la plus marquante de 2019. Alors que j’avais peu accroché au pourtant très reconnu King Kong Théorie de Virginie Despentes, Mona Chollet (journaliste, entre autres cheffe d’édition au Monde Diplomatique) a réussi à m’attraper et à me captiver de bout en bout dans cet essai qui utilise intelligemment la figure à la mode de la sorcière pour développer quatre axes du féminisme, quatre aspects de la sorcière.

Le constat de départ est simple : la chasse aux sorcières, symbole extrême du patriarcat et de sa lutte contre tous les aspects des femmes qui le dérangent, a des échos jusqu’à notre époque et nos civilisations.
La femme est une sorcière lorsqu’elle est seule (veuve ou célibataire), et donc indépendante, non soumise à une autorité masculine. La femme est une sorcière lorsqu’elle n’a pas d’enfant, et donc ne sert pas son rôle dans la société. La femme est une sorcière lorsqu’elle est vieille, et donc indigne de l’attention et du plaisir masculin. Et si l’Inquisition n’existe plus, le combat pour l’égalité est loin d’être gagné, et c’est ce que nous rappelle l’autrice, dans un style clair et précis.
Le dernier thème abordé, la sorcière en tant que femme proche de la nature, développe quant à lui le raisonnement écoféministe, qui met en lien patriarcat et capitalisme comme découlant d’une même vision de puissance et de domination masculine.

L’analyse est bien construite, argumentée et sourcée, tout en restant très agréable à lire, loin d’être aride comme on peut le craindre lorsque, comme moi, on a peu l’habitude de lire des essais ; le résultat est passionnant, accessible aux « néophytes du féminisme » tout en étant suffisamment poussé pour apporter de nouveaux éléments à un lectorat déjà renseigné.

Vous pourrez ne pas être d’accord avec tout ce que présente Mona Chollet, en particulier dans la dernière partie qui découle d’une interprétation de la société assez minoritaire, mais je doute fortement que quiconque ressorte de cette lecture sans se questionner – et n’est-ce pas le propre d’un bon livre que de nous faire réfléchir à la société qui nous entoure ? 🙂

Jon

Les Enfants perdus de St Margaret d’Emily Gunnis

Les enfants perdus de St. Margaret, d'Emily Gunnis

Les enfants perdus de St. Margaret, d’Emily Gunnis

Comment définir un bon polar ? Un livre qu’on lit d’une traite ?

Ce livre est plus que cela. Sous couvert de roman policier, l’auteure nous rappelle le martyre des jeunes filles célibataires et enceintes qui étaient rejetées par leurs familles et envoyées en institution, dans les pays anglo-saxons. Car il s’agit bien de maltraitance physique et psychique dont nous parlons ici.

De nos jours Sam, une jeune journaliste, découvre les lettres d’Ivy, jeune fille mise enceinte et abandonnée par le père de l’enfant dans les années 50 en Angleterre. Ivy se retrouve à St Margaret, établissement tenu par des religieuses qui n’avaient de cesse de punir les jeunes filles qui s’étaient écartées du droit chemin. En effet, les sœurs les contraignaient à un travail éreintant qui est sans doute une des explications des accouchements dramatiques fréquents… Et les bébés étaient arrachés aux mères dès la naissance.

Pendant que Kitty, célèbre présentatrice de télévision qui vient d’être mise à la retraite, se remémore son enfance quand elle avait appris à 8 ans qu’elle avait une sœur jumelle, Sam va découvrir que les décès suspects sont nombreux…

Le sujet de fond de ce polar reste évidemment le sort de ces jeunes filles et de leurs bébés. L’auteure donne vie aux victimes, nous rappelant la honte que ressentaient ces femmes parfois adolescentes alors que les jeunes pères n’étaient jamais conspués, le poids de la société puritaine qui jugeait et condamnait la femme, et la réalité de la vie dans ces institutions dont le scandale a été révélé il y a une décennie à peine. Quelques éléments décrits dans ce récit peuvent choquer des lecteurs, pourtant j’avais lu auparavant des articles qui relataient les mêmes faits.

Certains moments du livre sont très émouvants, mais à aucun moment larmoyants, car l’auteure a su éviter le piège du mélodramatique.

Ce récit ne se contente pas de redonner vie à quelques victimes. Il suggère aussi un parallèle avec Sam, l’héroïne contemporaine qui subit une vie professionnelle où elle a peu de chances de promotion, parce qu’elle doit s’occuper de son jeune enfant et qu’elle est séparée du père qui rechigne à contribuer.

Même si j’ai ressenti un léger essoufflement de l’histoire vers la fin — car nous connaissons tous les tenants avant la conclusion du récit — c’est un roman qui happe et dont on se souvient.

FeyGirl

Commando Culotte de Mirion Malle

Commando culotte de Mirion Malle

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler d’une bd (encore !) issue d’un blog (ENCORE !). Ce mois-ci, nous revenons sur les œuvres d’autrices ou féministes… eh bien je vous en présente une qui regroupe les deux : une autrice féministe. Mirion Malle, dessinatrice française, qui vit aujourd’hui au Canada, a débuté sa carrière sur son blog Commando Culotte (ne pas confondre avec Culottées de Pénélope Bagieu !).

Alors le Commando Culotte qu’est ce qu’est c’est? Dans cet ouvrage, Mirion Malle décortique les dessous de la pop-culture et la place des femmes dans les films ou les séries ou tout autre média. Elle met à bas les clichés ! Au lieu de le faire sous forme de livre et de texte, elle décide de le faire sous forme de dessins. On aime ou pas sa plume assez particulière, mais on s’attache réellement aux messages qu’elle fait passer. Elle ne s’attaque pas qu’aux stéréotypes du genre mais à tous les médias, même ceux qu’elle aime. Il y a d’ailleurs une partie assez intéressante sur Game of thrones (la série). Le but n’est pas de donner que les aspects négatifs, mais aussi de montrer ce qui est positif bien sûr. Il y a donc toute une partie sur les films qui ont pu bercer notre adolescence (American Pie, Easy A, Starship Troopers, Love actually et j’en passe…).

Mais elle aborde aussi des sujets de sociétés actuels comme la culture du viol, le slut-shaming.

Donc oui clairement c’est une lecture féministe et c’est bien pour cela qu’elle nous intéresse aujourd’hui. Elle permet d’ouvrir les yeux, d’une façon assez ludique et rigolote, sur un certain nombre de problématiques récurrentes dans la culture pop, ou dans la société tout simplement, aux sceptiques et même aux moins sceptiques. Le but ? juste apprendre !
Je ne vais pas vous faire un cours sur le féminisme ici maintenant en vous parlant de cette bd, ne vous inquiétez pas.
Du coup lisez-la, quelque soit votre genre ou non-genre, pour en apprendre un peu plus, et pour débattre si vous n’êtes pas d’accord avec tout. (Même l’auteur que j’ai eu la chance de rencontrer à Lyon Bd m’a avoué avoir évolué sur certains points qu’elle mettait en avant dans son livre). Et c’est bien ça aussi qui est intéressant, voir l’évolution des idées !

Malicia

Libration et Archives de l’exode de Becky Chambers

Archives de l’exode, de Becky Chambers (L’Atalante)

Il y a 15 mois, DNDM vous recommandait pour le livre à mettre au pied de tous les sapins L’Espace d’un an (The Long Way to a Small, Angry Planet), le premier roman de Becky Chambers. Comme vous l’avez évidemment toustes lu, il est temps de vous recommander ses suites. (Rassure-toi, toi qui est pris.e de court : si elles divulgâchent quelque peu la fin de leur prédécesseur, elles peuvent en fait être lues indépendamment.)

Libration (A Close and Common Orbit) fait en effet immédiatement suite à L’Espace d’un an, mais en suit 2 personnages jusqu’alors secondaires, Poivre & Sidra, la première ayant pris sur elle d’aider la seconde, IA se retrouvant soudainement installée dans un corps en apparence humain, à s’adapter à cette nouvelle vie, choisie à contrecœur, pour laquelle elle n’a pas été conçue. En parallèle nous est décrite la vie de Jane 23, enfant esclave parmi tant d’autres d’une colonie indépendante, qui se retrouve elle aussi dans un cadre de vie inédit, au côté d’une IA. Loin de se reposer sur ses acquis, Chambers bouscule donc ses lecteurices en délaissant le sympathique équipage du Voyageur pour deux récits collés au sol, plus proches qu’il n’y parait de prime abord, l’un tendant vers le roman d’apprentissage, l’autre lorgnant du côté de la robinsonnade, usant de son cadre science-fictionnel pour apporter sa pierre dans le débat de la nature contre l’éducation (nature vs nurture) et aborder des questions aussi variées que l’appropriation du corps, l’eugénisme… dans un univers qui fait toujours rêver sans pour autant être idyllique.

Archives de l’exode (Record of a Spaceborn Few) se déroule également à l’issue du premier tome de la série des Voyageurs, et n’a d’autre lien que leur univers commun avec Libration. Libre à Sion vous de lire celui-ci d’abord s’il vous inspire davantage. Notre autrice retrouve ici un casting choral au sein d’un vaisseau spatial, l’Asteria. Mais, loin du Voyageur, il s’agit d’un des vaisseaux-ruches de la Flotte d’exode, celui entamé par les dernier.e.s humain.e.s à avoir quitté la Terre, écologiquement dévastée, en direction d’un inconnu qui les a mené.e.s à l’Union Galactique. Désormais intégré.e.s, tournant sans fin autour d’un soleil offert, les Exodien.ne.s doivent faire face à l’incompatibilité de leur mode de vie, autrefois autarcique, avec l’économie galactique, aux désirs d’ailleurs des nouvelles générations, mais aussi au retour en leur sein des coloniaux qui avaient quitté la Flotte & à l’arrivée de curieux extraterrestres pour lesquels iels représentent une sujet d’étude inédit. C’est le quotidien d’une société humaine en pleine interrogation sur la pérennité de son système qu’on nous dépeint donc cette fois, à travers quelques individus la composant, leurs joies, leurs peines, leur doutes, leurs leçons – pas si différentes, naturellement, des nôtres…

Tout en continuant à étoffer son univers – en nous donnant des raison de rêver à un avenir autre qu’un « futur de guerre » – Chambers l’explore à travers de nouvelles formes narratives, multiplie les allégories, toujours attentive à la question du genre (travail souligné par celui de Marie Surgers et sa traduction inclusive), et offre ainsi 2 nouvelles œuvres riches d’émotions et de réflexions.

no one

Conclusion

Si rien de tout cela ne vous parle, n’hésitez pas à consulter l’annuaire de toutes les recommandations publiées sur le blog de la Garde de Nuit.

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Compte collectif de La Garde de Nuit.

1 Comment

  1. « (ne pas confondre avec Culottées de Pénélope Bagieu !) »
    …Puisqu’elle est mentionnée, c’est l’occasion de recommander aussi cette série dont vous pouvez voir le 1er tome adapté en animation sur France 5 ou en replay sur le site Internet : https://mobile.france.tv/france-5/culottees/

    (Et pour les amateurices du thème de la reco de Jon, elle vient d’adapter en bd le livre pour enfants « Sacrées Sorcières » [de Roald Dahl].)

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