« The Sons of the Dragons » : et après ?

Anthologie the Book of Swords (crédit : Bantam et Gardner Dozois)

Il y a un petit mois, l’anthologie The Book of Swords, qui comprend une nouvelle inédite de GRRM sur l’univers du Trône de Fer, sortait. Cette nouvelle, The Sons of the Dragon (SotD pour les intimes) raconte en détail les règnes des deux fils et héritiers d’Aegon Ier, le Conquérant, Aenys et Maegor (pour en savoir plus sur la nouvelle, nous vous renvoyons à cet article : De ce qu’il faut savoir pour lire « The Sons of the Dragon »).

La nouvelle se termine avec la mort de Maegor et le couronnement de Jaehaerys, en 48 AC (Après la Conquête). Le règne de Maegor le Cruel a laissé le royaume exsangue, en proie à de graves troubles internes (massacres, guerre avec la Foi, etc…) et une lignée targaryenne (encore récente) assez fragile sur le Trône de Fer, malgré ses dragons.
Le règne de Jaehaerys, le plus long de l’histoire targaryenne, a cependant permis de panser les blessures. Comment le roi Jaehaerys a-t-il redressé Westeros, pacifié les esprits, et affirmé sa lignée ? Pourquoi jouit-il d’une aussi bonne réputation ? Et qu’a-t-il laissé derrière lui ? C’est ce que nous allons voir dans cette chronique qui se penche sur le règne de Maegor et ses suites.

Petite note à l’intention des lecteurs : nous allons parler de certains (pas tous, loin de là) événements décrits dans la nouvelle qui vient de sortir, aussi, attention aux spoils de SotD. À noter aussi que nous parlerons de certains évènements se déroulant dans la quatrième intégrale de la saga, AFFC.

Les stigmates du règne de Maegor

Maegor Ier Targaryen (crédits Amok)
Maegor Ier Targaryen (crédits Amok)

Alors qu’Aenys Targaryen (le fils ainé d’Aegon le Conquérant et deuxième roi de la lignée) meurt dans des circonstances plus que troublantes à Peyredragon en l’an 42 AC, son demi-frère Maegor, qui était en exil à Pentos, revient sur le dos de Balerion, et se proclame roi.

Un règne marqué par la cruauté et les soupçons de sorcellerie

Ce que Westeros a particulièrement retenu de son règne, ce qui a profondément marqué les esprits, c’est la cruauté de ce roi. Cette réputation est clairement exprimée par le surnom qui est employé par les mestres, et qui lui est attribué dans les esprits des gens de Westeros : Maegor le Cruel. Ce surnom, il se murmurait déjà du vivant du roi.

Et pour cause, car sa réputation semble entièrement méritée : si le lecteur en avait eu des aperçus dans la saga principale et une rapide description dans l’encyclopédie (TWOIAF), la nouvelle donne davantage de grain à moudre. Bien entendu, SotD ayant été facticement écrit par Gyldayn, le dernier mestre de Lestival à l’époque d’Aegon V (soit deux siècles plus tard), il faut faire attention à ce qui est dit : l’auteur n’est pas contemporain des événements (même s’il cite des sources contemporaines) et reflète un parti pris précis.

« On se le rappelle sous le nom de Maegor le Cruel, surnom mérité car jamais roi plus impitoyable ne siégea sur le Trône de Fer. Son règne débuta dans le sang, et s’acheva de même »
(TWOIAF, Maegor Ier)

Son règne débuta en effet par le meurtre du Grand Mestre Gawen, qui protestait contre la prise de pouvoir de Maegor aux dépends d’Aegon, le fils aîné d’Aenys, qui était, selon le Grand Mestre, l’héritier du Trône de Fer (à propos de la loi de succession, nous vous renvoyons à cet article : La règle de succession au Trône de Fer). Et ce n’est que le premier des Grands Mestres à mourir sur ordre ou de la main du roi.

La fureur de Maegor s’exerça aussi contre sa propre famille. Son neveu Aegon, le fils d’Aenys, périt face à Balerion. Quelque temps plus tard, son petit frère Viserys (autre neveu de Maegor donc), qui était otage à Port-Réal, fut torturé en représailles de la fuite de sa mère Alyssa, qui avait profité de la mort de Visenya pour emporter ses deux plus jeunes enfants (Jaehaerys et Alysanne, le futur couple royal) et Noire Sœur, l’épée en acier valyrien des Targaryen. Viserys finit par périr au bout de neuf jours, à l’âge de 15 ans. Son corps fut exposé pendant quinze jours dans l’enceinte du château, Maegor espérant que sa mère viendrait le réclamer, ce qu’elle ne fit pas.
Cruel, Maegor le fut aussi envers ses épouses. Il en eut six (dont plusieurs simultanément), deux seulement lui survécurent. Ceryse Hightower mourut sans que l’on sache comment, Tyanna de la Tour fut exécutée de la main même du roi, Jeyne Ouestrelin mourut peu après son accouchement. Alinor Costayne (veuve d’un ancien partisan du roi, mais qui fut exécuté par lui) et Rhaena Targaryen (veuve d’Aegon, fils d’Aenys) furent les deux survivantes. Le pire sort fut réservé à Alys Herpivoie, seconde épouse de Maegor. Après des accusations d’adultère, la reine fut arrêtée, sa parentèle fut massacrée. Maegor alla même jusqu’à les traquer dans leur fief pour les exterminer (le massacre des Sombrelyn par Aerys fait pâle figure à côté de celui des Herpivoie). Les Herpivoie détenaient alors Harrenhal : il semble que ce soit depuis cet anéantissement que la légende de la malédiction de Harrenhal se propagea.

Mais l’évènement qui couronna sa réputation, ce pourquoi il est le plus connu, fut lié à l’achèvement du Donjon Rouge. Commencés sous le règne de son père Aegon, poursuivis par Aenys, les travaux du Donjon Rouge, l’imposant château qui devait devenir le siège de la royauté et abriter le Trône de Fer, furent terminés en 45 AC. Maegor avait procédé à quelques ajouts : il avait fait notamment édifier la Citadelle de Maegor, un château dans le château, et avait fait creuser la Coline d’Aegon pour créer des passages secrets desservant l’ensemble de la forteresse. Pour fêter la fin des travaux, le roi convia tous ceux qui avaient participé à son édification à un festin qui dura trois jours. Puis il les fit massacrer, pour éviter que les secrets des souterrains ne soient dévoilés.

La réputation de Maegor fut aussi aggravée par le fait que les rumeurs évoquaient l’usage de la sorcellerie et de la magie noire dans son entourage proche. Il se murmurait que sa mère Visenya manipulait certains arts occultes… mais difficile de trancher sur son cas. Un autre personnage semble davantage versé dans la sorcellerie : Tyanna de la Tour, la troisième épouse de Maegor et sa maîtresse des chuchoteurs. Originaire de Pentos, elle offre d’ailleurs des parallèles intéressants avec Varys, Freuxsanglant et Qyburn, ses successeurs à ce poste. Elle avoua avoir empoisonné les autres épouses de Maegor. Certains lecteurs s’interrogent pour savoir si elle aurait été une maegi ou pas (peut-être vous ferez-vous un avis à la lecture de la nouvelle 😉 ).

Mort de Maegor Targaryen sur le Trône de Fer (crédits : Michael Komarck ; TWOIAF)
Mort de Maegor Targaryen sur le Trône de Fer (crédits : Michael Komarck ; TWOIAF)

Vers la fin de son règne, il se murmurait de plus en plus fort que le roi était maudit : il s’était attaqué à la Foi, il avait tué ceux de son propre sang… comment expliquer autrement que les trois enfants qu’il avait eu soient nés monstrueux, déformés, sans yeux, et même avec un début d’ailes pour l’un d’entre eux ?

La fin de Maegor elle-même fut cruelle : après un conseil de guerre, il fut retrouvé, le lendemain matin, empalé sur le Trône de Fer. Suicide ? Assassinat ? En tout cas, symboliquement, c’est bien le Trône de Fer qui l’aura tué.
Son règne aura duré 6 ans et 66 jours (je vous laisse méditer sur le petit troll que nous offre GRRM).

Une guerre ouverte avec la Foi, un affrontement direct avec certains vassaux

Le plus grand ennemi de Maegor fut la Foi des Sept. Le clergé des « nouveaux dieux » était puissant à cette époque. La Foi dirigeait deux ordres militaires : les Fils du Guerrier (qui regroupait essentiellement nobles et chevaliers), et les Pauvres Compagnons. Elle avait également d’importants privilèges et prérogatives. La Foi représente alors un véritable pouvoir politique et un pilier de légitimité qu’Aegon le Conquérant avait réussi à se concilier (le Grand Septon avait béni et couronné Aegon lorsqu’il était venu à Villevieille), malgré ses mariages incestueux et polygames. Mais, dès le règne d’Aenys, la Foi s’opposa de plus en plus violemment et directement au roi, du fait des pratiques matrimoniales incestueuses des Targaryen. Elle fit de même avec Maegor, mais là où son demi-frère avait choisi de se montrer conciliant, Maegor choisit l’affrontement direct.
Maegor à peine couronné affronta les Fils du Guerrier au cours d’un Jugement des Sept qu’il remporta de justesse. Il était un roi guerrier, particulièrement doué à l’épée. Puis il affronta la Foi. Ce fut au début batailles rangées (remportées par Maegor) et massacres, puis Maegor et Visenya projetèrent de s’attaquer directement au siège du Grand Septon. Quand ce dernier fut retrouvé mort juste avant l’attaque (dans des circonstances étranges), un nouveau Grand Septon, plus conciliant avec les Targaryen fut élu. Les ordres guerriers furent alors dissous et leurs membres déclarés hors-la-loi. Maegor décida de traquer ceux qui ne déposaient pas les armes. La guerre changea alors de nature, il n’y eut plus de batailles rangées, mais des guérillas qui ne s’arrêtèrent jamais jusqu’à la fin de son règne.

Balerion s'attaquant à Vif-Argent au cours de la Bataille sous l’Œildieu (crédits : Michael Komarck ; TWOIAF)
Balerion s’attaquant à Vif-Argent au cours de la Bataille sous l’Œildieu (crédits : Michael Komarck ; TWOIAF)

La guerre se fit aussi contre plusieurs seigneurs de Westeros. Ces derniers étaient très partagés : certains soutenaient le roi, d’autres suivaient les condamnations de la Foi envers les Targaryen et s’opposèrent à Maegor, d’autres enfin, appuyèrent les prétentions d’Aegon, fils d’Aenys, qui revendiquait la couronne de son père.
Plusieurs des maisons qui soutenaient la Foi furent incendiées par Maegor et Visenya pour avoir défié l’autorité du roi. La Bataille Sous l’Œildieu, au cours de laquelle Maegor affronta son neveu Aegon, et qui vit pour la toute première fois à Westeros un affrontement entre deux dragons (mais pas pour la dernière…), entraîna la mort d’Aegon et de son dragon Vif-Argent, et mit fin temporairement au soulèvement de nobles. On notera d’ailleurs le parallèle qui est fait entre cette période de l’histoire targaryenne qui pourrait se rapprocher d’une mini-Danse des Dragons et la grande guerre civile targaryenne qu’est la Danse des Dragons. Un parallèle qui se retrouve jusque dans le nom des batailles : la Bataille sous l’Œildieu (Battle Beneath the God’s Eye en VO, qui opposa Aegon sur Vif-Argent et Maegor sur Balerion) fait écho à la Bataille sur l’Œildieu (Battle Above the God’s Eye en VO, opposant Aemond sur Vhagar et Dameon sur Caraxès).
Au fur et à mesure qu’avançait le règne de Maegor, de nombreux grands vassaux rejoignirent les rangs de ses ennemis, et se déclarèrent ouvertement contre lui. À la fin de son règne, alors que les Baratheon venaient de proclamer roi Jaehaerys, dernier fils en vie d’Aenys, Maegor n’avait à ses côtés que des maisons mineures (ou géographiquement proches de Port-Réal). Les Tully, les Velaryon, les Rowan s’étaient retournés contre lui, fragilisant son règne.

Une légitimité fragile

petit point spoil : il y a des citations de SotD dans cette partie.

Sur le papier, la loi de succession à Westeros est simple : c’est le premier fils qui succède à son père.
Aegon a conquis Westeros, s’est proclamé roi des Sept Couronnes, et a fait forger le Trône de Fer. Mais à la mort du Conquérant, sa lignée eut du mal à s’imposer. Aegon lui-même avait mis deux ans à conquérir Westeros, et il avait beau se proclamer roi des sept Couronnes, Dorne ne fut jamais conquise (elle fut annexée bien plus tard, par un double mariage). Comme quoi, même avec trois dragons, les choses ne furent pas si simples que cela.

La descendance d'Aegon I Targaryen et le Grand Conseil de 101 AC (crédits : Direwolf, La Garde de Nuit)
La descendance d’Aegon I Targaryen et le Grand Conseil de 101 AC (crédits : Direwolf, La Garde de Nuit)

Aenys monta sur le Trône de Fer en 37 AC, suivant l’ordre de succession défini par la loi. Pourtant, son autorité fut ébranlée dès le départ. Les rumeurs à sa naissance sur sa possible bâtardise semblèrent disparaître lorsque le prince, encore enfant, devint le maître du tout jeune dragon Vif-Argent. Mais on lui reprocha son caractère trop docile. Une rumeur commença à faire son apparition, et eut des partisans : le Trône aurait dû échoir au plus puissant guerrier parmi les fils du Conquérant. Ce fait est intéressant, car il montre que la loi successorale n’était pas parfaitement établie au début de la dynastie des Targaryen.

« Yet even as Aenys was receiving the High Septon’s blessing, some were casting doubt on his fitness to sit the Iron Throne. Westeros required a warrior, not a dreamer, they whispered to one another, and prince Maegor was the stronger of the Dragon’s two sons. And foremost among the whisperers was Maegor’s mother, the Dowager Queen Visenya Targaeryen. “The truth is plain enough”, she is reported to have said. “Even Aenys sees it. Why else would he have given Blackfyre to my son ? He knows that only Maegor has the strength to rule”
(Sons of the Dragons)

D’autres éléments fragilisèrent la légitimité d’Aenys. Il y eut tout d’abord un rejet de sa suzeraineté par certains vassaux qui n’acceptaient plus leur soumission et voulaient se venger de la Conquête d’Aegon.

« The Wars of Conquest had left scars throughout the realm. Sons now come of age dreamed of avenging long-dead fathers. Knights remembered the days when a man with a sword and a horse and a suit of armor could slash his way to riches and glory. Lords recalled a time when they did not need a king’s leave to tax their smallfolk or kill their enemies. “The chains the Dragon forged can yet be broken” […]”
(Sons of the Dragons)

Comme on l’a vu, il y eut ensuite la dégradation des relations avec la Foi : l’inceste étant vu comme une abomination par le clergé, le mariage que contractèrent Aegon et Rhaena, les deux premiers enfants d’Aenys, fut totalement rejeté par le Grand Septon qui appela à la chute du roi Targaryen.

À la mort d’Aenys, la loi successorale aurait voulu que son fils (marié à sa fille aînée) lui succède. Il avait en effet été préparé à régner, malgré son jeune âge, par son père, qui l’envoyait sillonner Westeros pour se rendre auprès des vassaux. Il est intéressant de noter d’ailleurs que, dans les premiers temps des rois Targaryen (sous les règnes d’Aegon, d’Aenys et de Jaehaerys), la royauté fut beaucoup itinérante (avoir des dragons, il faut dire que ça aide) : le roi se rendait régulièrement auprès de ses vassaux, et cela participait à montrer l’autorité du roi et la puissance des dragons aux grands seigneurs. Aegon avait également reçu le titre de prince de Peyredragon. Ce titre était auparavant porté par Maegor de façon informelle : jeune prince, il était surtout resté à Peyredragon auprès de sa mère, alors qu’Aenys suivait son père à travers tout Westeros, et c’est donc par habitude que les gens ont commencé à l’appeler prince de Peyredragon. Il semble donc que ça ne soit qu’à partir du moment où Aenys, profitant de l’exil de Maegor, le donna à son fils aîné que ce titre commença à être associé à celui de prince héritier.

Cependant, Aegon avait déjà des arguments en sa défaveur au moment de la mort de son père Aenys. La Foi avait déjà dénoncé son mariage avec sa sœur aînée, et le prince, jeune homme de quinze ou seize ans, était confiné dans le château des Crakehall. Face à lui, Maegor était en pleine possession de ses moyens : à peine Aenys décédé, sa mère Visenya alla le chercher de l’autre côté du détroit, et il revint de son exil sur le dos de Balerion, le plus puissant des dragons des Targaryen. Alors que la nouvelle du décès du roi devait à peine être connue d’Aegon, un nouveau roi venait de se proclamer à Peyredragon puis à Port-Réal, en faisant valoir sa lignée (comme fils d’Aegon le Conquérant), et sa puissance. L’oncle avait supplanté le fils aîné.

Pourtant le règne de Maegor s’acheva sur un déficit criant d’autorité : malgré sa puissance, la guerre contre le Foi avait ravagé le pays, et il avait perdu les grands seigneurs suzerains. Sa cruauté et les soupçons de sorcellerie qui l’entouraient avaient profondément terni sa réputation. Même deux de ses Gardes Royaux l’avaient abandonné pour un autre. Car en face de Maegor, se dressait un nouveau prétendant au Trône de Fer qui cumulait davantage d’arguments que lui : Jaehaerys, dernier fils vivant d’Aenys.

Jaeharys, le Conciliateur

Lorsque Jaehaerys monta sur le trône, le royaume était au bord de la guerre civile.

« Jaehaery accéda au trône en 48 AC., à une époque où le royaume était déchiré par les ambitions des seigneurs rebelles, la fureur du Grand Septon, et la cruauté de son oncle, Maegor Ier »
(TWOIAF, Jaehaerys Ier)

Jaehaerys I<sup>er</sup> Targaeryen, le vieux roi (crédits <a href="http://www.amokanet.ru/">Amok</a>, avec son aimable autorisation).
Jaehaerys Ier Targaeryen (crédits Amok, avec son aimable autorisation).

Le couronnement du jeune roi

Lorsque Maegor épousa sa nièce Rhaena Targaryen en 47 AC, il fit d’une des filles que cette dernière avait eu avec Aegon, Aerea, son héritière officielle. À la mort de Maegor, la question des droits d’Aerea ne semble cependant pas avoir été évoquée : Jaehaerys devint roi.
Les arguments en sa faveur étaient nombreux : c’est auprès de lui que s’étaient regroupés les seigneurs rebelles (Baratheon, Lannister …) et il était plus âgé ce qui signifiait une régence moins longue. En comparaison, Aerea était une très jeune héritière, proclamée par un roi ayant usurpé sa couronne … On peut se dire que la succession de Maegor en faveur de Jaehaerys est purement circonstancielle, mais il faut aussi noter que cette succession ne se fait ni en faveur d’Aerea, ni en faveur de sa mère Rhaena (la sœur aîné de Jaehaerys). Il semble donc que les femmes furent implicitement exclues de la succession royale dès cette époque. Qui plus est, Jaehaerys avait pour lui les droits de proximité (il était le fils cadet d’Aenys) plutôt que ceux de l’aînesse (Aerea était la petite-fille d’Aenys par sa fille aînée). Jaehaerys avait en outre son propre dragon, Vermithor, qui était le plus gros dragon après Balerion et Vhagar. Aerea en revanche était une petite fille de 5 ans, sans soutien affiché, hormis le fait d’être officiellement l’héritière de Maegor. Ce fut donc l’oncle plutôt que la fille.

La succession de Maegor I Targaryen (crédits : Direwolf, La Garde de Nuit)
La succession de Maegor I Targaryen (crédits : Direwolf, La Garde de Nuit)

Jaehaerys avait quatorze ans lorsqu’il fut couronné à Accalmie. Sa mère, la reine douairière Alyssa, fut donc sa régente, et lord Robar Baratheon, seigneur d’Accalmie fut proclamé Lord Protecteur du Royaume et Main du roi. Jaehaerys reçut également la bénédiction du Grand Septon qui déposa sur sa tête la couronne de son père.

Un long règne fructueux

Le Grand Tournoi de l'an 98 AC (crédits : Marc Simonetti ; TWOIAF)
Le Grand Tournoi de l’an 98 AC (crédits : Marc Simonetti ; TWOIAF)

Tout au long de son règne, Jaehaerys entreprit de calmer les tensions et d’unifier le royaume, appuyé par son épouse et sœur, la reine Alysanne, ainsi que sa Main, le septon Barth, (à l’origine un bibliothécaire du Donjon Rouge d’origine très modeste).
Son règne fut célébré par un grand tournoi en 98 AC, organisé pour ses cinquante ans sur le Trône.

Des mesures populaires

L’une des mesures les plus emblématiques de son règne fut l’abolition du droit de Première nuit qui, si elle mécontenta certains seigneurs, plut au peuple.

Le couple royal vint également à l’aide de la Garde de Nuit, qui déclinait (déjà à cette époque) doucement. Au cours d’un voyage à Winterfell, puis au Mur, la reine Alysanne offrit ainsi ses joyaux pour financer la construction de Noirlac, un château qui devait remplacer Fort-Nox, l’ancien siège du lord Commandant, devenu trop grand et trop cher à entretenir. Elle fit également don de terres à la Garde de Nuit. Ces terres, appelées le Neufdon, permirent de doubler la surface des territoires d’où la Garde de Nuit tirait ses ressources. Il est vrai que ce don ne coûtait pas cher au Trône de Fer, puisque ces terres devaient appartenir aux domaines des Stark et de leurs vassaux. Certains éléments font penser que ceux-ci ne furent guère ravis de cet appauvrissement. En l’honneur de la reine Alysanne, la Garde de Nuit décida de rebaptiser l’un de ses châteaux : Porte Névé devint ainsi Porte Reine.

L’unification du royaume

Jaehaerys et sa Main menèrent d’importants travaux à Port-Réal, notamment pour assainir la ville qui s’était développée rapidement, et sans réel plan d’urbanisme. Des canaux, égouts et puits furent construits pour en améliorer l’hygiène. Port-Réal devenait de jour en jour une ville digne d’être la capitale des Sept Couronnes.

Le roi entreprit également d’unifier le royaume issu de la conquête de son grand-père, et qui conservait d’importants particularismes locaux, les souverains précédents préférant laisser se perpétuer les traditions locales. Jaehaerys unifia les lois : une seule et même loi s’appliquerait désormais du Mur aux Marches de Dorne (pour rappel, Dorne est toujours indépendante à cette époque), et le droit commun remplaça le droit coutumier. Il fit également établir les grandes routes qui sillonnèrent le royaume et relièrent efficacement les différents territoires entre eux. C’est ainsi que naquirent la route Royale, ou encore la Route de la Rose, qui permettaient une circulation bien plus rapide et aisée à travers l’ensemble du royaume.

Un apaisement avec la Foi

Après les règnes d’Aenys et surtout de Maegor, qui furent particulièrement éprouvants vis à vis de la Foi, Jaehaerys joua la carte de l’apaisement et de la conciliation.
Sans pour autant abolir le décret de Maegor qui interdisait à la Foi d’être armée, il choisit d’accorder son pardon à tous les anciens Fils du Guerriers et Pauvres Compagnons qui déposaient les armes, là où Maegor les avaient déclarés hors-la-loi et les avaient traqués. En contrepartie du retrait du droit de justice (la Foi avait auparavant le droit d’exercer sa propre justice pour juger les siens), il s’engagea par serment à ce que le Trône de Fer défende et protège la Foi et ses intérêts.

« [Grand Moineau] : Soit. Encore convient-il de se poser la question suivante : où donc se trouvaient les chevaliers du roi pendant que se passaient ces abominations ? Jaehaerys le Conciliateur n’a-t-il pas juré sur le Trône de Fer lui-même que la Couronne protégerait et défendrait toujours la Foi ? »
(AFFC, chapitre 25, Cersei VI)

Une succession fleuve

Son mariage avec sa sœur Alysanne fut heureux et très fécond. Ils eurent ensemble treize enfants, bien que neuf seulement atteignirent l’âge adulte : Alyssa, Aemon, Baelon, Daella, Vaegon, Maegelle, Viserra, Saera et Gael. Mais beaucoup, notamment les héritiers directs, disparurent alors que Jaehaerys régnait toujours, ce qui posa des problèmes de succession.

La descendance de Jaehaerys I Targaryen et le Grand Conseil de 101 AC (crédits : Direwolf, La Garde de Nuit)
La descendance de Jaehaerys I Targaryen et le Grand Conseil de 101 AC (crédits : Direwolf, La Garde de Nuit)

La première crise de succession eut lieu en 92 AC, à la mort d’Aemon, premier fils du couple royal et héritier du Trône. Jaehaerys choisit alors de faire de son deuxième fils, Baelon, le prince héritier, alors qu’Aemon avait une fille, Rhaenys (ça va, pas trop de diphtongues ?). Il choisit ainsi non seulement l’héritier « le plus proche » (son fils cadet) plutôt que l’héritier « aîné » (la fille de son fils aîné), brisant la ligne de succession directe. Mais il choisit aussi le fils plutôt que la petite-fille. C’est ce dernier point qui mit en colère Alysanne et qui créa ce qu’on appelle la Seconde Querelle au sein du couple royal (qui dura tout de même deux ans, jusqu’en 94 AC). Dans les faits, les filles avaient toujours été écartées du Trône de Fer, ou mariées à leur frère (pour annuler leur droit ?). Rhaena, la fille aînée d’Aenys, avait ainsi été mariée à Aegon, son petit frère, mais c’était bien lui qui avait été désigné comme héritier, et non sa sœur-épouse. Jaehaerys avait pris la couronne de son père, sans tenir compte de la lignée d’Aegon qui perdurait pourtant au travers de sa fille Aerea. Enfin, ce fut Aemon, le premier fils de Jaehaerys qui obtint le titre de prince de Peyredragon, et non son aînée Alyssa, qui elle fut mariée à Baelon, le deuxième fils. Mais en faisant ce choix (désigner Baelon comme héritier plutôt que Rhaenys), qui provoqua un conflit visible aux yeux de toute la Cour, Jaehaerys posa un jalon de plus dans le processus qui écartait les femmes de la succession royale.

La deuxième crise de succession eut lieu en 101 AC, à la mort de Baelon. Jaehaerys, qui ne pouvait plus compter sur les conseils de son épouse et du septon Barth, tous deux décédés, décida de convoquer le premier Grand Conseil de l’histoire targaryenne, afin de choisir son héritier au Trône de Fer. Ce conseil se tint à Harrenhal, qui était le seul château suffisamment grand pour accueillir tous les vassaux et leur suite. Nous résumerons simplement ici le choix de ce conseil, et nous vous renvoyons à cet article pour en savoir plus : « La règle de succession au Trône de Fer ». Deux prétendants avaient des arguments de légitimité vraiment solides (naissance, dragon, soutiens, etc…), et le Conseil choisit Viserys Targaryen, le fils de Baelon, au dépend de Laenor Velaryon, le fils de Rhaenys (la fille d’Aemon qui avait déjà été écartée de la succession).
Ce Grand Conseil fut fondamental dans l’histoire des Targaryen : il donna non seulement un nouveau précédent à la supériorité du droit de proximité sur celui de l’aînesse, mais surtout, il entérina le fait que le droit au Trône ne se transmettait ni à une femme, ni par une femme.

le Grand Conseil de 101 AC à Harrenhal (crédits : Marc Simonetti; TWOIAF)
le Grand Conseil de 101 AC à Harrenhal (crédits : Marc Simonetti; TWOIAF)

Jaehaerys mourut en 103 AC, après 55 ans de règne, à l’âge de 69 ans, laissant un royaume en paix et prospère. Son règne fut le plus long de l’histoire targaryenne, et c’est pourquoi Jaehaerys est surnommé « le Vieux Roi ». Ces cendres reposent auprès de celles de son épouse, sous le Donjon Rouge.

Conclusion : une dynastie qui s’impose dans les Sept Couronnes, mais des successions qui resteront difficiles

À la mort de Jaehaerys, Westeros semble avoir accepté la royauté des Targaryen qui s’est inscrite dans les mentalités. Plus aucun habitant n’a connu l’époque d’avant la Conquête. Les grands seigneurs de Westeros ont été progressivement associés au gouvernement et surtout à la famille royale par le biais de mariages, ce qui participa à l’acceptation de la dynastie par les familles nobles. Désormais, le roi est de sang targaryen, il règne sur l’ensemble des territoires (sauf Dorne), et le lien de vassalité ne semble plus remis en cause (jusqu’à la rébellion de Robert). Cependant les successions targaryennes continuèrent à être difficiles. Soit parce qu’il y eut trop de prétendants avec des arguments de légitimité à faire valoir, soit parce qu’il n’y en eut pas assez. Un des exemples les plus frappants, et qui illustre parfaitement ces crises, fut la Danse des Dragons, au cours de laquelle les partisans de Rhaenyra, fille aînée du roi Viserys Ier (qui succéda à Jaehaerys), affrontèrent ceux d’Aegon, le fils cadet de Viserys, issu d’un second mariage.

Concernant la Foi, il est difficile de connaitre son positionnement sur l’inceste des Targaryen après le règne de Jaehaerys. Son héritier, Viserys, était marié à une Arryn, mais plusieurs de ses successeurs (mais pas tous, contrairement à certaines idées reçues) continuèrent cette pratique de mariage entre frère et sœur (ou entre oncle et nièce). Il est probable que, sans l’accepter véritablement, le clergé ait fermé les yeux pour les Targaryen.
La Foi n’est plus armée depuis le règne de Jaehaerys, mais elle reste puissante à Westeros, et elle est un pilier fondamental de la légitimité : chaque roi est béni et couronné par le Grand Septon. C’est d’ailleurs un des enjeux de Cersei lorsque Tommen monte sur le Trône :

« – Absurde, Votre Grâce, abonda lady Merryweather. Le Grand Septon aurait dû venir au-devant de vous. Et ces maudits moineaux…
– Il les nourrit, les dorlote, les bénit. Alors qu’il se refuse à bénir le roi… ! » Ladite bénédiction n’était qu’un rituel creux, elle le savait, mais les rituels et les cérémonies possédaient des pouvoirs, aux yeux des ignares. Aegon le Conquérant lui-même avait daté le début de son règne du jour où le Grand Septon l’avait oint à Villevieille.
[…]
« Si fait, convint-elle [Cersei], et le Grand Septon le bénit et lui conféra l’onction royale. Il est de tradition que chaque nouveau Grand Septon donne au roi sa bénédiction, et cependant vous persistez à refuser d’accorder la vôtre à Sa Majesté Tommen »
(AFFC, chapitre 29, Cersei VI)

La même Cersei qui d’ailleurs, en échange de cette bénédiction pour Tommen, autorise la Foi à se réarmer…

Enfin, le règne de Jaehaerys permit une première unification du royaume, unification qui fut consolidée à nouveau sous le règne de Viserys II, qui réforma la loi commune.