AGOT 44 – Eddard XI

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    Eridan
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    AGOT 44 – Eddard XI
    Au fil des pages – liste des sujets

    AGOT 43, Tyrion VI AGOT 45, Sansa III

    Je dois confesser que j’aime beaucoup ce chapitre, très riche et très technique. Tous les mots me semblent importants, tous les détails me semblent intéressants. On va essayer toutefois d’aller à l’essentiel. (sisi, j’vous jure!)

    1) L’ambiance

    Il faut lui reconnaître ça : Martin est un auteur qui sait créer des ambiances et qui utilise pour ça des moyens très cinématographiques, dus à son expérience. Le chapitre s’ouvre donc sur la présentation de la salle du Trône : démesure, sentiment d’oppression … et la couleur dominante, le « rouge sang » de la pierre. Les tapisseries tentent d’amener de la gaieté, du vert, du bleu, du marron, pourtant ces couleurs s’estompent face au pourpre du grès. Les éléments de décoration que Robert Baratheon a introduits dans la salle du Trône sont donc sans effet … En passant, Ned rappelle que des crânes de dragon ornaient autrefois les murs. L’os de dragon est noir, les murs sont rouges … Les couleurs sont inversées, mais ça reste du symbolisme Targaryen, que Robert ne pouvait sûrement pas supporter et décemment pas conserver.

    Et on le découvre enfin … ce « Trône de Fer » dont tous les personnages nous parlent depuis si longtemps. Il est monstrueux, énorme, dangereux, inconfortable, comme le pouvoir qu’il représente. Lui aussi ne fait que rajouter à l’impression de malaise. (D’autant que Martin le personnifie au cours du chapitre, en rapportant la rumeur qui dit qu’il « pourrait tuer des gens et qu’il l’a déjà fait » … Pas d’explication pour le moment, elles viendront plus tard. L’art de Martin, c’est aussi de savoir juste évoquer les choses et laisser ensuite marcher notre imagination.)

    L’ambiance étant posée, le chapitre peut commencer !

    2) Les personnages (encore, toujours)

    Comme il le dit lui-même, le cœur de l’écriture de Martin, ce sont les personnages.

    On retrouve des personnages devenus familiers : Eddard, Pycelle, Littlefinger, Varys. Sur ceux-là, on apprend peu de choses nouvelles. Pycelle n’intervient que pour défendre les Lannister ; Littlefinger intervient moins encore (deux questions, une raillerie) … Varys a une réaction intéressante lorsqu’on parle de massacrer des enfants encore au sein ( “Oh, dreadful,” murmured Varys. “How cruel can men be?” / « Mais c’est abominable ! susurra Varys. Comment peut-on se montrer si féroce ? » ) Ca apportera un peu de crédit à ses propos de la fin d’ADWD, sur le sauvetage d’Aegon et ses motivations pour « protéger les enfants » … Bref, le mec incarne particulièrement bien son personnage.

    Les personnages qui m’intéressent particulièrement ici, ce ne sont pas les protagonistes qu’on ne connaît déjà que trop bien … mais les seconds rôles, qui sont passionnants.

    • Les seigneurs riverains

    En première lecture, on a trois chevaliers lambdas, agissant sur ordre de leur suzerain. Ils sont pratiquement indifférenciables, et aussitôt présentés, ils disparaissent de notre champ de vision. A la relecture, on se rend compte au contraire qu’ils ont été ciselés. Chacun a son tempérament bien à lui, chacun a son histoire.

    On a déjà croisé ser Raymun Darry dans le troisième chapitre d’Eddard. Il est cette fois tout amertume contre les Lannister. (Est-ce un bon plan que d’envoyer un ancien loyaliste Targaryen pétitionner contre le beau-père du roi ? Ca se discute.)

    Marq Piper est encore pire, et Ned nous le dénonce comme tel : « Au gré de Ned trop jeune et par trop fougueux, il n’en était que mieux l’ami intime d’Edmure Tully. » Le chapitre lui donne raison : Marq est le premier à prononcer publiquement (et fort) le nom de Gregor Clegane. Il est aussi le plus injurieux des trois ( « Chevalier postiche ! Dogue enragé de lord Tywin, oui. » ) et le plus belliqueux ( « Qu’ils s’avisent de tourner bride, et leur sang irriguera la terre qu’ils ont brûlée ! » ). Bref, c’est le moins pertinent.

    Et puis, il y a Karyl Vance (et là, je vais pas être objectif, mais j’aime beaucoup ce personnage ^^). Déjà, il a une tache lie-de-vin, ce qui n’est pas sans rappeler un certain Freuxsanglant, mais ce n’est pas le plus important. Ser Karyl est le plus calme des trois : il est celui qui expose la situation, qui répond aux questions … il est aussi celui qui a un brin de compassion pour les gens qu’il amène ( « Sad-eyed » / « D’un regard et d’un geste navrés, »). Et puis, il y a cette petite phrase, qui n’a l’air de rien :

    You. Yes, you, no one’s going to hurt you. Tell the Hand what you told me.
    Toi. Oui, toi. Personne ne te veut de mal. Répète à la Main ce que tu m’as dit.

    Karyl est le seul qui prend un peu de temps pour rassurer les gens terrifiés (et encore …). Il a parlé avec eux, il se souvient de ce qu’ils lui ont dit … Bref, j’aime bien ce perso ^^

    • Le peuple

    Chose rare, on a un petit aperçu du peuple de la saga dans ce chapitre, avec une de mes citations préférées du livre :

    “His Grace is hunting across the Blackwater,” Ned said, wondering how a man could live his whole life a few days ride from the Red Keep and still have no notion what his king looked like.

    – Sa Majesté, l’interrompit Ned, assez ébahi que l’on pût passer sa vie entière à quelques journées équestres du Donjon Rouge et ignorer jusqu’à l’aspect de son propre roi, Sa Majesté chasse sur l’autre rive de la Néra. »

    Et c’est là qu’on comprend le fossé qui existe entre les petites gens et les nobles. Les gens du peuple savent à peine qui les gouverne, et ne savent pas le reconnaître. Ils se préoccupent de bien paraître quand on leur annonce qu’ils doivent se rendre à la capitale, mais ils sont incapables de reconnaître le roi ou la Main. Jorah Mormont avait averti Daenerys (et le lecteur), le peuple espère juste être tenu à l’écart des querelles des puissants … Le chapitre lui donne raison :

    He studied the frightened faces of the villagers. Small wonder they had been so fearful; they had thought they were being dragged here to name Lord Tywin a red-handed butcher before a king who was his son by marriage. He wondered if the knights had given them a choice.

    La panique des villageois faisait peine à voir. Leur attitude craintive, jusqu’alors, s’expliquait trop bien. Ils avaient précisément redouté cela. Que leurs chevaliers les eussent amenés là (de gré, ou de force ?), devant un roi qui était son beau-fils, à seule fin d’impliquer nommément lord Tywin dans ce bain de sang.

    Le peuple n’est en rien concerné par les disputes des puissants, il se contente de les subir, étant tour à tour des victimes et des instruments dans la guerre, leurs seigneurs ne se montrant guère plus compatissants que leurs ennemis.
    Celle qui me fait le plus de peine, évidemment, c’est la gamine qui reste bouche-bée devant ser Arys du Rouvre, avec sa robe pleine de sang. Quant elle prend la parole, elle ne peut même pas décrire toutes les horreurs qu’elle a vues … ou qu’elle a subies.

    The girl on her knees craned her head up at Ned, high above her on the throne. “They killed my mother too, Your Grace. And they… they…” Her voice trailed off, as if she had forgotten what she was about to say. She began to sob.

    La fillette à genoux dut se démancher le col pour regarder Ned, là-haut, sur son trône. « Y z’ont tué ma mère aussi, Votre Majesté. Et pis y…, y… » Sa voix se perdit là-dessus, comme si elle avait oublié ce qu’elle comptait dire, et elle se mit à sangloter.

    Une fois de plus, GRRM préfère suggérer, plutôt que révéler … Pour peu qu’on ait de l’imagination et qu’on se souvienne qui est Gregor Clegane, ce témoignage est glaçant.

    3) Guerre, politique, justice

    Ce chapitre est chargé de géopolitique. Petit tour d’horizon : suite à l’arrestation de Tyrion, Lannister et Tully ont convoqué le ban, mais aucun ne se décide à briser la paix du roi. Il faut éviter de verser le premier sang, d’être l’agresseur. Au lieu d’attaquer franchement, Tywin envoie quelques hommes sans bannière commettre rapines et pillages, pour pousser ses ennemis à la faute. Eddard commente :

    Tywin Lannister was as much fox as lion.
    Tywin Lannister était aussi renard que lion.

    Belle référence au Prince de Machiavel : « Un prince […] doit savoir bien utiliser la bête, il doit choisir le renard et le lion ; car le lion ne peut se défendre des filets, le renard des loups ; il faut donc être renard pour connaître les filets, et lion pour faire peur aux loups. » (Tiens donc ! ^^)
    Face aux Lannister, on a donc les Tully : Edmure est à la manœuvre, Hoster est en retrait (autre indice de l’état de lord Tully). Et Edmure commet des erreurs stratégiques :

    “Ser Edmure has sent men to every village and holdfast within a day’s ride of the border,” Ser Karyl explained. “The next raider will not have such an easy time of it.”
    And that may be precisely what Lord Tywin wants, Ned thought to himself, to bleed off strength from Riverrun, goad the boy into scattering his swords. His wife’s brother was young, and more gallant than wise. He would try to hold every inch of his soil, to defend every man, woman, and child who named him lord, and Tywin Lannister was shrewd enough to know that.

    – Ser Edmure a garni d’hommes chaque village et chaque fort situé à moins d’une journée équestre de la frontière, indiqua ser Karyl. Le premier pillard qui s’y risquera ne l’aura pas si belle. »
    Exactement ce que pourrait bien souhaiter lord Tywin, se dit Ned à part lui. Saigner Vivesaigues en incitant ce godelureau d’Edmure à éparpiller ses épées. Emporté par la fougue de la jeunesse, le frère de Catelyn se montrait là plus chevaleresque qu’avisé. Il allait tenter de garder chaque pouce de terre, de protéger chaque homme, chaque femme, chaque enfant qui l’appelaient « messire », et Tywin Lannister était assez sagace pour l’escompter…

    Edmure est noble et honorable, ce qui est malheureusement une erreur dans cet univers. Quand même un bon samaritain comme Eddard Stark le dit, c’est que c’est vrai. Heureusement, Hoster Tully a encore suffisamment de jugeote et d’autorité pour empêcher son fils et ses bannerets de plonger la tête la première dans le piège de lord Tywin : sur insistance d’Hoster, les Riverains sont venus à la cour afin de faire valider leur action future par le roi, afin d’agir dans le cadre de la loi.
    Pycelle se révèle ici comme un véritable agent des Lannister : il tente de faire ajourner. Il n’a pas tout à fait tort, en cela que toute décision prise par Eddard aura fatalement moins d’impact (et sera forcément plus critiquable vu son implication) qu’une décision du roi … Mais on se doute qu’il espère surtout que Cersei pourra influencer Robert une fois de plus, pour lui faire prendre une demi-mesure. L’argumentation d’Eddard est implacable : il est la Main du Roi, parle au nom du roi et rend la justice du roi, qui s’applique partout dans les Sept Couronnes. Et il essaie de prendre la décision la plus juste, seulement …

    “Robert bid me to sit here in his place, to listen with his ears, and to speak with his voice. I mean to do just that… though I agree that he must be told.”

    Il m’a ordonné de siéger ici comme il le ferait, d’y être ses propres oreilles, sa propre voix. J’entends m’y employer avec exactitude…, non sans l’informer comme il sied, je n’en disconviens pas.

    Seulement ce discours sonne creux. On sait que Robert prend son devoir moins au sérieux que Ned, qu’il n’a pas sa conception de la justice, qu’il est travaillé par d’autres intérêts que ceux que Ned a en tête … et que donc, les décisions prises seront radicalement différentes. Quoi qu’il en soit, au regard des lois de Westeros, la décision d’Eddard sera légale, quoi qu’il décide. (J’ai dit légale, j’ai pas dit juste ou bonne ^^)

    • Justice

    Mais la nonne, évidemment, ne pouvait savoir que l’audience du jour comporterait tout autre chose que le menu fastidieux de la veille et du lendemain : pétitions banales, bisbilles de hameaux rivaux, mesquins différends de bornage…

    Voila le quotidien des audiences royales. Plusieurs fois dans la saga, on verra des personnages donner des audiences et rendre la justice. A chaque fois, cela participe à la caractérisation des personnages ou à l’intrigue : Randyll Tarly rend une justice brutale, Cersei est expéditive, Daenerys est tiraillée par ses sentiments et ses intérêts … Et Eddard est présenté comme un homme d’honneur, soucieux de ses devoirs et de la justice. On l’avait vu dans l’exécution du premier chapitre de Bran, on le constate à nouveau ici.

    Il écoute les arguments, demande des précisions, essaie d’établir les faits. Il tente d’être juste et raisonnable (autant que possible dans cette situation). Bien sûr, il est partial dans cette affaire où il est moins question de justice que de politique, toutefois, il ne cède pas à la facilité. Il pourrait se servir de ces événements pour déclencher une guerre, pour autoriser les Riverains à attaquer les Ouestiens. Mais ce serait une vilenie. Ce serait confondre vengeance et justice. A ceux qui réclament vengeance (Marq Piper et Loras Tyrell), il répond qu’il n’accordera rien de plus que justice.

    Sa décision est-elle juste ? Chacun aura son appréciation personnelle sur la question.

    • Les décisions d’Eddard

    On en arrive à la sentence en elle-même. Elle est féroce, mais on est désormais habitué et ça ne nous choque pas, pas plus que le fait que Gregor n’a pas été entendu lors de ce jugement : on en sait suffisamment sur lui, sur les crimes qu’il a commis et sur les Lannister ( « les méchants de l’histoire » ) pour se dire que c’est bien mérité.

    Eddard regrette de ne pas pouvoir l’exécuter, mais sa blessure l’en empêche. Pour exécuter ses ordres, Eddard désigne des gens qu’on connaît mal : Beric Dondarrion (terres de l’Orage), Thoros de Myr, Lothar Mallery (terres de la couronnes) et Gladden Wylde (Conflans). Ce choix peut paraître judicieux sur l’instant, car tous sont liés à Robert plutôt qu’aux Lannister … Mais les conséquences de ce choix seront plus complexes qu’on ne l’imagine sur le coup. Sans le savoir, Eddard évite un des pièges de Tywin … mais il y précipite une centaine d’hommes valeureux (et qui auraient pu lui être fidèles), qui constitueront le socle de la Fraternité sans Bannière. Se faisant, Eddard vient de débouter Loras Tyrell et de vexer Ilyn Payne, ce que Varys pointe à la fin du chapitre comme des erreurs. Choisir Loras était moins une manière d’honorer le jeune homme que de se concilier les Tyrell dans les guerres à venir (confirmé dans le chapitre suivant par Littlefinger). Quant à Ilyn Payne, se voir remplacer ne lui plaît pas et son dépit envers lord Stark explique aussi en partie son empressement à exécuter une autre sentence, plus tard dans le livre.

    Fin de chapitre dont sont absents Littlefinger (parti bavasser avec Sansa) et Pycelle … qui s’est sans doute précipité auprès des Lannister pour les avertir de ce qui s’était dit, notamment, au sujet des mouvements des Riverains.

    4) Easter Eggs

    Dans la catégorie des Eddard-a-t-il-un-pouvoir-de-préscience-? :

    […] and damn Robert and his hunting as well.
    […] et maudits tout autant Robert et ses parties de chasse !

    Ned, amigo ! Méfie-toi d’avantage de ce que tu dis !

    Ser Arys Oakheart, who stood by the foot of the throne in the white armor of the Kingsguard, ready to protect and defend the king… or, Ned supposed, the King’s Hand.
    ser Arys du Rouvre qui, fièrement campé au pied du trône en son armure immaculée de la Garde, avait l’air tout prêt à faire un rempart de son corps au roi…, voire à sa Main, conjectura Ned.

    Le roi, oui. Sa Main, non.

    • Ce sujet a été modifié le il y a 1 mois et 2 semaines par R.Graymarch.
    #139919
    R.Graymarch
    • Vervoyant
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    Ce chapitre renforce l’impression que Ned est un bon gars (donc le héros, dans ce genre de production). Encore blessé, il tente de rendre justice du mieux possible (sachant qu’il a en effet un léger biais contre les Lannister).

    A la lecture et même à la relecture, je n’ai pas eu l’image du trône tel qu’il est (cf dessin de Simonetti). J’admets que c’est impressionnant et que ça « rend bien » (c’est super symbolique et ça a de la gueule), au quotidien, un mec, aidé d’un conseil, qui est placé aussi au-dessus des gens qu’il écoute, c’est quand même pas pratique. A se demander s’il arrive facilement à les entendre (oui, je suis bassement matériel).

    Le chapitre est ramassé autour de cette scène de doléances. On note, ou pas, certaines attitudes du conseil restreint, on voit que Ned tente de s’acquitter au mieux de sa tache et comme Eridan l’a dit, on voit le petit peuple (tout en nuances) ainsi que les manoeuvres politico-militaires derrière. Je me rappelle avoir vu assez récemment une vidéo ancienne (5 ans ?) qui démontait le discours des trois nobles en disant que le périple des armées de Gregor et cie n’était pas logique géographiquement parlant. Je ne sais pas si c’est accepté. En tout cas, c’était pour lui une preuve de je ne sais plus quel/le manipulation/complot

    Quoi qu’il en soit, à la fin du chapitre, on est rassurés : Ned règne mieux que Robert et Gregor va être arrêté. La situation est difficile mais tout va s’améliorer pour notre héros impeccable :/

     

    Je sers la Garde et c'est ma joie. For this night, and all the nights to come
    MJ de Chanson d'Encre et de Sang https://www.lagardedenuit.com/forums/sujets/ces-presentation-du-jeu/
    DOH. #TeamLoyalistsForeverUntilNow. L’élu des 7, le Conseiller-Pyat Pree qui ne le Fut Jamais

    #139925
    Ser Aemon Belaerys
    • Pas Trouillard
    • Posts : 587

    Et on le découvre enfin … ce « Trône de Fer » dont tous les personnages nous parlent depuis si longtemps.

    J’avais même pas fait gaffe mais en effet c’est le premier chapitre dans la salle du trône ! J’ai relu en prenant en compte différentes illustrations plutôt que le visuel de la série, et je me suis fait la même remarque que R.Graymarch sur le manque de praticité d’un tel siège.

    Eddard regrette de ne pas pouvoir l’exécuter, mais sa blessure l’en empêche. Pour exécuter ses ordres, Eddard désigne des gens qu’on connaît mal : Beric Dondarrion (terres de l’Orage), Thoros de Myr, Lothar Mallery (terres de la couronnes) et Gladden Wylde (Conflans). Ce choix peut paraître judicieux sur l’instant, car tous sont liés à Robert plutôt qu’aux Lannister …

    Eddard compose plutôt une belle équipe sur le papier, on ne sait pas s’il les connait bien mais il doit les estimer pour pouvoir leur faire confiance. Mais il aurait pu y joindre le politique en plus, en demandant à y rajouter Ilyn Payne. Ce dernier aurait été coupé des Lannister et comme on sait qu’il aime son travail, il aurait tranché la tête de Ser Gregor. Bien évidemment avant il fallait capturer ce dernier et l’envoi de Beric et des autres se justifiait alors. En plus ainsi Ilyn n’est pas à Port Réal plus tard dans un prochain chapitre !

    Il n’avait pas vraiment de raison non plus de refuser à Loras d’y aller, je ne crois pas que Eddard ait des griefs contre les Tyrell (ou Renly), mais je pense que du PoV d’Eddard, Loras est encore jeune et il ne voulait pas lui faire risquer sa vie, notamment vu comment s’est déroulé le tournoi.

    Je me rappelle avoir vu assez récemment une vidéo ancienne (5 ans ?) qui démontait le discours des trois nobles en disant que le périple des armées de Gregor et cie n’était pas logique géographiquement parlant. Je ne sais pas si c’est accepté. En tout cas, c’était pour lui une preuve de je ne sais plus quel/le manipulation/complot

    Possiblement GRR Martin s’est fait dépasser par les conditions de temps de déplacement et la géographie de Westeros qui ne devaient pas être totalement consolidé. En tout cas Vance, Piper et Darry n’ont pas à faire un complot, on verra bien dans les prochains chapitres que Gregor et Cie sont bien en train de s’attaquer au Conflans.

     

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois et 2 semaines par R.Graymarch.

    -"Comment veux-tu mourir, Tyrion, fils de Tywin ?"
    - "Dans mon lit, à l’âge de 80 ans, le ventre plein de vin et ma queue dans la bouche d’une pute. "

    #139927
    Hizieł
    • Éplucheur de Navets
    • Posts : 13

    A la lecture et même à la relecture, je n’ai pas eu l’image du trône tel qu’il est (cf dessin de Simonetti). J’admets que c’est impressionnant et que ça « rend bien » (c’est super symbolique et ça a de la gueule), au quotidien, un mec, aidé d’un conseil, qui est placé aussi au-dessus des gens qu’il écoute, c’est quand même pas pratique. A se demander s’il arrive facilement à les entendre (oui, je suis bassement matériel).

    Exactement les mêmes pensées de mon côté à la relecture. En lisant j’essayais de me représenter le Trône en tentant d’oublier le visuel Simonetti, mais peine perdue (et je me demandais aussi comment ils pouvaient s’entendre, arrivant à la conclusion que l’acoustique de la salle devait être vraiment géniale).

    Il n’avait pas vraiment de raison non plus de refuser à Loras d’y aller, je ne crois pas que Eddard ait des griefs contre les Tyrell (ou Renly), mais je pense que du PoV d’Eddard, Loras est encore jeune et il ne voulait pas lui faire risquer sa vie, notamment vu comment s’est déroulé le tournoi.

    A mon sens, c’est vraiment purement pour la jeunesse de Loras et non pour des raisons politiques qu’Eddard l’écarte. Il justifie son refus par le désir de vengeance qu’il pense déceler dans la demande de Loras, mais je pense que c’est aussi et surtout parce qu’il ne le pense pas en mesure de faire face à la Montagne (« désarmé, ser Loras Tyrell ne paraissait même plus ses seize ans » ; suivie de la remarque acerbe de Littlefinger et enfin le « Ser Loras a la vie devant lui » qu’il oppose à Varys).

    Je trouve que c’est une preuve supplémentaire qu’Eddard ne prend pas assez en compte les enjeux politiques dans le ménagement des possibles alliés (ici les Tyrell), ce que Varys lui rappelle avec ses remarques.

    De même, à la relecture, on aurait aussi aimé qu’il fasse le choix d’éloigner ser Ilyn en l’intégrant dans le groupe, déjà parce que l’issue d’Eddard aurait peut-être été différente sans Payne et aussi parce qu’intégrer un banneret Lannister / Ouestrien aurait été le symbole d’une équipée plus diversifiée (donc plus juste ?) pour rendre la Justice du Roi.

    Mais bon, dommage, c’était Payne perdue (…)

    #139935
    dracaufeux
    • Frère Juré
    • Posts : 85

    Robert Baratheon a-t’il déjà régné ne serait-ce qu’une fois ? Il me fait penser aux Rois Fainéants vers la fin de la dynastie des Mérovingiens.

    Concernant la fracture politique et sociale entre le peuple et ses gouvernants (Roi et Main) est certes flagrante dans le Trône de Fer mais elle n’est pas si visible que çà chez les autres monarques Targaryen (Rhaenyra est aimée du peuple, Jaehaerys et Alysanne qui font leurs pérégrinations, Aegon le Conquérant qui fait lui aussi des pérégrinations). c’est vraiment sous Aerys II et dans la saga que cela s’est cristallisé.

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois et 2 semaines par R.Graymarch.
    #139939
    Eridan
    • Fléau des Autres
    • Posts : 3680

    Je ne pense pas que le phénomène date d’Aerys II. Aegon III a sûrement fait tomber la pérégrination en désuétude et je ne suis pas sûr que ses successeurs l’aient remise au goût du jour (à part le soubresaut d’Aegon V dans sa jeunesse, mais c’était moins une pérégrination royale qu’une vie de chevalier errant). Les pérégrinations royales servent aux monarques et à leurs familles pour se montrer à leur peuple, mais au final, ils sont surtout au contact avec la petite noblesse (les lords, les chevaliers fieffés). C’est surtout auprès d’eux que les Targaryen se rendent et entretiennent des relations, plus qu’avec le peuple. On a bien Alysanne qui organise des cours féminines qui accueillent aussi des femmes du peuple, le roi rend la justice localement, mais à part ça … Et la pérégrination ne résout pas tout : après leur mariage incestueux condamné par la Foi, les enfants d’Aenys (Rhaena et Aegon) se font mal recevoir par les villageois. A l’inverse, lorsqu’il se déplace dans le Nord au début du livre, Robert suscite l’admiration de ses sujets comme aux temps des rois Targaryen. C’est finalement assez naturel : quand le royaume est en paix et que le roi est apprécié, on le célèbre sans le connaître ; quand la guerre menace, on le déprécie. Joffrey et Rhaenyra en sont le parfait exemple : ils sont adulés quand tout va bien (naissance de Rhaenyra, mariage de Joffrey et Margaery) et détestés quand tout va mal (émeutes de la faim, soulèvement de Port-Réal/sac de Fossedragon).

    Pour moi, la fracture entre la famille royale et le peuple de Westeros existe bien avant Robert : le continent est trop vaste, les gens trop dispersés, les informations pas suffisamment accessibles pour que tout le monde puisse connaître et reconnaître le roi, sa Main, sa famille, et le reste de sa cour. Les gens ont quelques notions rapides (ils savent plus ou moins qui les gouverne), mais dans l’ensemble, ils n’ont juste pas accès aux infos et se sentent peu concernés tant que tout va bien. Ils écoutent les proclamations royales et les ragots, certains peuvent voir le profil (plus ou moins bien exécuté) du roi sur des pièces de monnaie. Pas sûr qu’ils puissent pour autant identifier les personnes quand ils les rencontrent. Lorsque le roi passe près de chez eux (déplacement ou tournoi), ils essayent de le voir par curiosité car c’est un petit spectacle à part entière, mais même là, il peut être difficile d’identifier les personnes pour peu qu’on ne soit pas bien informé. Lorsque Dunk rencontre les Targaryen dans la première nouvelle, par exemple, il met systématiquement du temps avant de comprendre à qui il a affaire. Il connaît de nom la branche aînée (Baelor, Valarr et Matarys), il sait qu’il y a trois frères qu’il est capable de nommer, et des neveux, qu’il ne connaît manifestement pas.

    #139940
    Pandémie
    • Terreur des Spectres
    • Posts : 1912

    Sans compter que le péquin moyen à 3 jours de chevauchée n’a en général pas de cheval pour chevaucher, n’a pas 1 semaine de RTT pour laisser ses champs et pas d’accès au Donjon rouge.😁

    C’est dans doute plus une nouvelle manifestation  du décalage provincial d’Eddard qu’une méconnaissance de la société. Il sait bien que le peuple de Westeros ne suit pas les frasques de la famille royale dans Port-Real Match. Par contre lui accueille des gens bossant pour lui à sa table et part sans doute en tournée d’inspection dans les hameaux, fermages, moulins etc. situés aux abords de Winterfell et de temps en temps chez ses vassaux (au moins Blancport). Il est ainsi plus proche du peuple, sentiment sans doute exagéré car même ainsi, l’immense majorité du peuple du Nord ne peut avoir aperçu sa figure.

    #139948
    Obsidienne
    • Pas Trouillard
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    J’ai du mal à comprendre l’attitude de Tywin.

    Si j’ai bien compris, lors de la fin de la Rébellion de Robert et l’assassinat d’Aerys, sont arrivés sur les lieux Tywin, puis Ned et, enfin, Robert.
    Etant le premier dans la place, Tywin choisit pourtant d’accepter Robert comme souverain ; il sentait probablement ses forces trop faibles…

    A-t-il rongé son frein pendant plus de 15 ans ?
    Veut-il (« grâce » à l’enlèvement de Tyrion) relancer la guerre en ne s’attaquant ni, de front, à Robert, ni légitimement aux Starks (ravisseurs de son enfant chéri, mais far far away…) mais aux Tully, proches géographiquement et indirectement compromis dans le rapt ?

    Bref, n’importe quoi  du désordre, pourvu que ça déstabilise Westeros et que je puisse gagner,enfin, le Trône ?

     

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois et 1 semaine par R.Graymarch.

    "Vé ! " (Frédéric Mistral, 1830-1914)
    " Ouinshinshoin, ouinshinshishoin " ( Donald Duck, 1934)

    #139951
    Eridan
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    Tywin n’a pas prévu de conquérir le Trône. Il n’a pas la légitimité pour ça, et c’est tellement plus simple de régner à travers quelqu’un qui a une meilleure légitimité et peu d’envie/de capacité pour gouverner comme Joffrey ou Tommen.
    Il veut juste réaffirmer la puissance et le statut de sa maison à ce moment-là. S’en prendre à un membre de sa famille (même un membre qu’il n’apprécie pas personnellement comme Tyrion), c’est manquer de respect au nom Lannister : ça prouve que les Lannister n’inspirent pas la crainte et qu’on peut s’en prendre à eux sans subir de représailles. Tywin ne peut juste pas accepter ça, d’où les représailles contre les Tully et leurs bannerets, la maison d’origine de la personne qui a enlevé/arrêté Tyrion. C’est une guerre privée entre petits seigneurs. Et comme dit Ned, pour le moment, on ne sait pas de quel côté Robert va pencher, quelle version il va croire (ou faire mine de croire en fonction des intérêts qu’il voudra ménager). La mort de Robert pendant la partie de chasse fait qu’on aura jamais la réponse, mais pour le moment, rien ne démontre que Tywin ou les Lannister aient agressé les Tully … Et Eddard le sait, c’est pour cette raison qu’il ne condamne que Gregor Clegane (qui est manifestement impliqué dans les crimes que sont venus dénoncer les Riverains), mais qu’il ne condamne pas les Lannister et ne les met même pas en cause : tout le monde sait qu’ils sont impliqués et qu’il s’agit juste d’une stratégie militaire, mais personne ne peut en fournir la preuve, donc les Lannister ne peuvent pour le moment pas être inquiétés.
    (Dans la série, Eddard convoquait Tywin à Port-Réal pour l’entendre puisque Gregor était son vassal, mais je n’ai pas retrouvé ce passage-là lors de ma lecture. Ai-je manqué quelque chose ?)

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois et 1 semaine par R.Graymarch.
    #139955
    darkdoudou
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    Merci beaucoup Eridan pour cette belle présentation! J’ai bien apprécié ton parti pris de t’intéresser aux personnages secondaires y compris le peuple qui est rarement incarné dans la saga. La citation de Machiavel que tu rapportes est vraiment une belle trouvaille, chapeau!

    Ce qui m’a marqué surtout dans la relecture, c’est le trône de fer que nous croisons enfin. Sa description et toute la scène m’ont fait beaucoup penser à la quatrième arcane du tarot : l’empereur.

    Emmalaure a déjà évoqué à plusieurs reprises le roi-pêcheur, et je crois que c’est une image juste qui colle beaucoup à Eddard Stark pendant ses chapitres à Port-Réal. L’arcane de l’empereur en est une autre illustration à mon avis. Elle symbolise classiquement l’Autorité. L’empereur qui n’est ni assis, ni debout a renoncé à la liberté des bras, des jambes, et même à la liberté de penser. Les bras tiennent le sceptre et le monde, et non un glaive. C’est cette renonciation (dont n’est pas capable Robert) qui permet de donner la véritable autorité. Habituellement la toute puissance veut dire que le roi crucifie tous ceux qui l’entourent en les privant de leur liberté. Au contraire l’arcane de l’empereur symbolise celui qui accepte volontairement d’être crucifié.

    Dans la saga, il y a plusieurs images du pouvoir et nous avons souvent affaire à des personnages incarnant un pouvoir crucifiant : Tywin, Cersei, Roose Bolton et Ramsay Snow par exemple mais il y a aussi des personnages incarnant le pouvoir crucifié : Eddard Stark, Jon Snow notamment.

    Le moment fort dans la scène à mon avis c’est quand Eddard Stark se redresse uniquement à l’aide des bras, pour se redresser malgré la douleur. Tout le monde a les yeux fixés sur lui quand il parle de justice en s’adressant aux villageois. Image de la toute-puissance, ses paroles deviennent des actes.

    (Dans la série, Eddard convoquait Tywin à Port-Réal pour l’entendre puisque Gregor était son vassal, mais je n’ai pas retrouvé ce passage-là lors de ma lecture. Ai-je manqué quelque chose ?)

    Je n’ai jamais vu la série, jamais lu cette scène, et je t’assure que Tywin et Robert ne se rencontrent jamais dans la saga. Quand nous rencontrons pour la première fois Tywin dans AGOT, c’est le chapitre Tyrion VII : Robert est déjà mort.

    #139960
    Yfos
    • Patrouilleur Expérimenté
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    A travers le POV d’Eddard, nous n’assistons qu’à une partie de l’audience. On saura par Sansa qu’il y a eu des moments plus classiques. A la liste du programme habituel, je comprends qu’un roi comme Robert ne soit pas intéressé : pétitions banales, bisbilles de hameaux rivaux, … On voit que Eddard est un homme de devoir : c’est son rôle de tenir ces audiences, sur des sujets peu intéressants mais importants pour les personnes concernées, il le fait ; alors que Robert s’en moque. Ce qui reste quand même préférable à la manière dont Joffrey se conduira en assistant à ces audiences.

    En re-relisant ce chapitre, j’ai eu l’impression d’une mise en scène. Les témoins disent sûrement vrai, mais je me demande si les chevaliers qui les accompagnent ne leur ont pas prescrit l’ordre de prise de parole : le premier a perdu sa brasserie, ce qui reste matériel (même si il a perdu ce qui le faisait vivre), le second évoque la mort d’anonymes, le troisième, celle de son apprenti et la fillette, celle de sa mère.

    Concernant Loras, cela me rappelle le prologue : Jeor Mormont avait fait le choix inverse en choisissant Waymar Royce pour diriger la patrouille et ce afin de ne pas offenser son père. Il y avait sûrement un hommes des Tyrell à envoyer, en dehors de Loras, non ?

    Et c’est là qu’on comprend le fossé qui existe entre les petites gens et les nobles. Les gens du peuple savent à peine qui les gouverne, et ne savent pas le reconnaître. Ils se préoccupent de bien paraître quand on leur annonce qu’ils doivent se rendre à la capitale, mais ils sont incapables de reconnaître le roi ou la Main.

    Ils ne sont pas les seuls. Un personnage (Stannis?) racontera que, enfants son frère et lui étaient allés à Port Real et avaient été impressionnés par la vue du roi Aerys sur son trône mais avaient appris plus tard que c’était en fait Tywin qu’ils avaient vu. Les enfants Stark n’avaient jamais vu Robert.

    Pycelle, lui, est de plus en plus de mauvaise foi :

    si ces braves gens croient de bonne foi que Ser Gregor a pu enfreindre ses vœux sacrés, …, daignez les renvoyer devant son seigneur et maître

    Sûr qu’ils seront écoutés.

    #139970
    Eridan
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    Je n’ai jamais vu la série, jamais lu cette scène, et je t’assure que Tywin et Robert ne se rencontrent jamais dans la saga.

    Je sais bien. ^^ Pour le coup, la scène que j’évoque, c’est seulement Eddard ajoutant, après avoir condamné Gregor à mort, « Le Trône de Fer convoque lord Tywin Lannister à Port-Réal pour qu’il réponde devant le roi des crimes de son banneret. » (Ordre qui ne sera de fait pas appliqué). Dans la série, Eddard mettait quand même en cause les Lannister à travers Gregor ; dans les livres, il semble donc qu’il évite de tomber dans cet écueil.

    Concernant Loras, cela me rappelle le prologue : Jeor Mormont avait fait le choix inverse en choisissant Waymar Royce pour diriger la patrouille et ce afin de ne pas offenser son père. Il y avait sûrement un hommes des Tyrell à envoyer, en dehors de Loras, non ?

    Je ne pense pas. Déjà, parce qu’en dehors de Loras lui-même, il n’y a pratiquement pas de Tyrell à la cour et que de toute façon, choisir un autre que Loras Tyrell après que celui-ci s’est exprimé publiquement, c’est vexant pour Loras. Si le cadet Tyrell avait été désigné, tout le monde aurait compris que la Main l’estimait suffisamment valeureux et compétent pour accomplir cette tâche. Les Tyrell ne pouvaient le prendre que comme un honneur (de la même manière qu’ils sont plus tard forcés dans AFFC de considérer comme un honneur le commandement des troupes d’assiégeants de Peyredragon, offert par Cersei à Loras … même si les plus fins comme Margaery ont compris ce qui se tramait vraiment.) A l’inverse, le fait de repousser la candidature de Loras est une manière de lui faire sentir qu’il n’est pas prêt… Ca a beau être vrai, ce n’est pas plaisant à entendre pour un jeune paon qui guigne la gloire.
    Même en envoyant un proche des Tyrell, le coup politique serait moins bon que d’envoyer Loras lui-même, le but étant de se lier aux Tyrell. Le principe est exactement le même que pour le piège de Cersei dans AFFC, d’ailleurs : si Loras mène à bien sa mission, il jouira de son côté du prestige de la victoire et de la satisfaction de la vengeance, alors qu’Eddard aura obtenu l’exécution de la sentence proclamée tout en se rapprochant des Tyrell. Si à l’inverse Loras échoue et est blessé/meurt au combat face à Gregor Clegane, les Tyrell ne pourront pas tenir Eddard pour responsable et l’offense faite par Gregor à leur maison les incitera à se rapprocher des Stark plutôt que des Lannister. Ce coup politique est bon, si on joue la carte de Loras, car celui-ci est « le fils préféré de Mace Tyrell » … Ca aurait beaucoup moins d’intérêt avec quelqu’un avec qui les Tyrell sont moins liés.

    Ils ne sont pas les seuls. Un personnage (Stannis?) racontera que, enfants son frère et lui étaient allés à Port Real et avaient été impressionnés par la vue du roi Aerys sur son trône mais avaient appris plus tard que c’était en fait Tywin qu’ils avaient vu. Les enfants Stark n’avaient jamais vu Robert.

    J’ai failli citer l’anecdote, avant de l’écarter (parce que mon retour était déjà trop long). La différence, c’est que justement, les Stark de la saga et les Baratheon d’alors ne sont que des enfants : ils sont en cours d’apprentissage des codes et des figures d’une noblesse au sein de laquelle ils seront parfaitement intégrés une fois devenus adultes. Joss et la plupart des victimes présentes sont des adultes, incapables de différencier le roi ou sa Main, ignorant sûrement aussi l’imagerie qui leur est associée (le loup pour les Stark, le cerf pour les Baratheon ; les « couleurs de la vérité » d’Eddard (noir gris blanc) des couleurs royales (or et noir)) et qui permettrait à n’importe quel noble de savoir à qui il a affaire, même s’il le rencontre pour la première fois.

    En re-relisant ce chapitre, j’ai eu l’impression d’une mise en scène. Les témoins disent sûrement vrai, mais je me demande si les chevaliers qui les accompagnent ne leur ont pas prescrit l’ordre de prise de parole

    Est-ce une mise en scène due aux chevaliers, ou plutôt à l’approche dramaturgique de GRRM qui tient à avoir une gradation dans l’horreur pour attirer la sympathie des lecteurs sur les victimes ? Perso, je pense plus à la seconde solution. ^^

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois et 1 semaine par R.Graymarch.
    #139978
    Mélusine
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    En entendant tous les malheurs qui sont arrivés aux gens du Conflans et qui n’ont rien demandé, pas une seule fois Eddard remet en cause le geste de Catelyn d’avoir capturé Tyrion. Et on a pas l’impression qu’il ait fait envoyé un message à Catelyn pour libérer Tyrion comme le roi lui avait demandé.

    Eddard se décharge de tout ce qui arrive et l’impute aux Lannister à raison d’ailleurs. Et il comprend assez bien quelles sont les manœuvres attendues par Tywin. Eddard a plus de sens tactique que de sens politique.

    Ned règne mieux que Robert

    C’est pas très compliqué 😁

    Sur l’inconfort du trône, Ned l’attribue à Aegon qui aurait dit : « Un roi qui siège doit ignorer l’aise ». Il me semble me souvenir que le banc sur lequel siège Daenerys n’est très confortable non plus, ne possédant pas de dossier.

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois et 1 semaine par R.Graymarch.
    #139982
    Eridan
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    Sur l’inconfort du trône, Ned l’attribue à Aegon qui aurait dit : « Un roi qui siège doit ignorer l’aise ». Il me semble me souvenir que le banc sur lequel siège Daenerys n’est très confortable non plus, ne possédant pas de dossier.

    Oui, et elle aussi sort d’ailleurs une phrase comparable, venant d’un Aegon qu’elle n’arrive pas à resituer :

    Dany’s neck and shoulders would be stiff and sore from the weight of it before the day was done. A crown should not sit easy on the head. One of her royal forebears had said that, once. Some Aegon, but which one? Five Aegons had ruled the Seven Kingdoms of Westeros.
    Avant la fin de la journée, le cou et les épaules de Daenerys se contracteraient douloureusement sous son poids. On ne doit pas porter la couronne sans peine. Un de ses royaux ancêtres avait déclaré cela, un jour. Un Aegon, mais lequel ? Cinq d’entre eux avaient régné sur les Sept Couronnes de Westeros.

    ADWD, Daenerys I.

    La formule est proche de ce que dit Ned en vo. ( « A king should never sit easy, Aegon the Conqueror had said » ), donc on peut penser que les deux formules viennent d’Aegon le Conquérant ou que plusieurs versions de l’anecdote se sont transmises au fil des siècles. 😉

    #139985
    R.Graymarch
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    C’est pas très compliqué 😁

    Robert est meilleur que le roi qui lui a succédé ou (sur la fin de la période) celui qui l’a précédé^^ Comme quoi, c’est pas si facile non plus

    Je sers la Garde et c'est ma joie. For this night, and all the nights to come
    MJ de Chanson d'Encre et de Sang https://www.lagardedenuit.com/forums/sujets/ces-presentation-du-jeu/
    DOH. #TeamLoyalistsForeverUntilNow. L’élu des 7, le Conseiller-Pyat Pree qui ne le Fut Jamais

    #139986
    Mélusine
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    Robert est meilleur que le roi qui lui a succédé ou (sur la fin de la période) celui qui l’a précédé^^ Comme quoi, c’est pas si facile non plus

    Joffrey n’a pas régné très longtemps, sa plus grosse erreur étant d’avoir fait exécuter Eddard. Est-il un mauvais roi pour cela, tout dépend ce qu’on entend par être un bon roi. De plus il a l’excuse de l’age, 13 ans, ce que n’a pas Robert.

    Robert a réussit à vider les caisses de l’État du royaume et la couronne avait des dettes considérables à sa mort. Il a laissé à Joffrey une situation inextricable, une bonne partie de Westeros est en guerre et les caisses sont vides. La guerre signifie un besoin d’argent plus important, ce qui implique des impôts en hausse du coup la colère gronde chez les petites gens. Et de ça Robert est responsable par son manque de réactivité, sa fainéantise, son avidité pour des tournois.

    Concernant Aerys, il est devenu fou sur la fin de son règne, a-t-il été un mauvais roi pour autant, ce n’est pas sûr. Il a précipité sa perte en tuant le père et l’héritier Stark.

    Il est à noter qu’à chaque fois qu’un Stark se pointe à Port Réal, il meurt et une guerre de grande ampleur est déclenchée.

    #139987
    Eridan
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    On sort un peu du cadre du sujet sur ce chapitre.

    Joffrey n’a certes pas régné longtemps, mais il a surtout très peu régné par lui-même : sa régente, ses Mains et son Conseil sont beaucoup plus responsables que lui de la plupart des faits qui se déroulent durant son règne. Maintenant, même si son erreur la plus grave à bien des égards est l’exécution d’Eddard (pour laquelle il a sans doute été influencé), ce n’est pas non-plus la seule mauvaise décision qu’il prend. Il y en a eu d’autres qui sont douteuses ou catastrophiques (en particulier en matière de justice où sa régente et son Conseil lui lâchent la bride et où il peut laisser libre cour à sa férocité). Parmi les autres erreurs de Joffrey, on peut compter le renvoi de Barristan Selmy, l’intégration du Limier à la Garde Royale, l’exécution hâtive et cruelle des Épois, l’ordre d’attaquer la foule lors des émeutes de la faim … D’autres ont aussi leur part de responsabilité dans chacune de ces décisions pour les avoir influencées/provoquées ou pour n’avoir pas su les empêcher. N’empêche que Joffrey est directement lié à chacune d’elles.

    Le règne d’Aerys n’est pas exempt de tout reproche. Sa folie a progressé tout au long de son règne : il soufflait un coup le chaud, un coup le froid, faisait des effets d’annonce jamais suivi de conséquences, il s’entourait de flagorneurs plutôt que de gens compétents et entretenait des rivalités paranoïaques avec sa Main, puis avec son héritier. Certains de ses actes ont provoqué la trahison de ses vassaux, la chute de sa maison et la mort de presque toute sa famille. Il a peut-être un bon bilan financier en fin de règne, mais on peut aussi se dire qu’il n’a pas su utiliser correctement les fonds dont il disposait lors de la Rébellion, ni protéger son trésor des rebelles qui l’ont récupéré, ses derniers descendants étant laissés dans le besoin par sa faute.

    Robert est certes un mauvais gouvernant, pour les raisons que tu évoques entre autre, mais il ne faut pas non-plus se voiler la face sur les torts et les défauts des autres rois ou faire comme si c’était le pire roi que Westeros ait connu.

    Il est à noter qu’à chaque fois qu’un Stark se pointe à Port Réal, il meurt et une guerre de grande ampleur est déclenchée.

    Ca ne fonctionne qu’avec Brandon-Rickard et Eddard. Si on prend Cregan, c’est exactement l’inverse : il survit et une guerre de grande ampleur prend fin. Et si on prend d’autres Stark, comme lord Brandon qui assiste aux Épousailles d’or, ça ne fonctionne plus du tout.

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois et 1 semaine par R.Graymarch.
    #139996
    Raff-Tout-Miel
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    Je n’ajoute rien de plus que ce que dit Eridan, tout est dit^^

    En terme de ressenti, il s’agit un des rares chapitres où on voit le PoV gouverner. On peut le mettre en parallèle avec les audiences futures de Daenerys, même si le continent n’est pas le même. Eddard est dans l’inconfort le plus total tant par sa blessure que par le trône lui-même, qui le répugne.

    Avec du recul, on se rend compte qu’il n’y a pas de bonnes décisions. admettons qu’il choisisse Loras, et bien quoi? Si Loras se serait fait tuer, peut-être que Mace aurait gardé une rancoeur contre la Main du Roi pour avoir cédé aux caprices de son fils?^^

    En revanche, Pycelle l’aurait volontiers envoyer face à Clegane. Et pour autant qu’on en sache, Renly n’était pas dans les petits papiers de Cersei et je gage que les Lannister et Tyrell n’étaient pas spécialement friands d’être voisins…^^

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois et 1 semaine par Raff-Tout-Miel.

    "A toi de choisir mon gars. Ou t'affrontes les fantômes, ou t'en deviens un."

    #141048
    Yoda Bor
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    Je suis curieuse de savoir ce que Robert aurait décidé s’il s’était retrouvé à la place de Ned dans cette situation.

    #141056
    Pat le petit porcher
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    Je suis curieuse de savoir ce que Robert aurait décidé s’il s’était retrouvé à la place de Ned dans cette situation.

    Il aurait probablement suivi le conseil de Pycelle et dit aux plaignants d’aller accuser Gregor devant son suzerain Lannister: ça lui aurait permis à la fois de se débarrasser de l’affaire et d’éviter d’offenser Tywin.

    #141057
    Eridan
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    La citation de Machiavel que tu rapportes est vraiment une belle trouvaille, chapeau!

    La réflexion ne vient pas de moi, originellement. ^^ Elle a émergé lors d’une discussion avec Nicolas Allard (dont je recommande le livre) et Babar des Bois à l’occasion de la saison 8, mais je me devais de la rapporter.

    Avec du recul, on se rend compte qu’il n’y a pas de bonnes décisions. admettons qu’il choisisse Loras, et bien quoi? Si Loras se serait fait tuer, peut-être que Mace aurait gardé une rancoeur contre la Main du Roi pour avoir cédé aux caprices de son fils?^^

    On ne saura jamais vraiment. Je pense pour ma part qu’Eddard manque là une sacrée occasion, qui aurait été déterminante pour la suite. Si Loras était tombé dans le piège de Tywin, Mace aurait certes pu en vouloir à Eddard de l’avoir envoyé, mais il en aurait sûrement beaucoup plus voulu encore à Gregor, à Tywin et aux Lannister (qui cette fois, sont directement impliqués dans l’attaque contre les émissaires du roi). Si les Lannister avaient tué son « fils préféré » , Mace se serait-il allié avec eux en définitive ? Et en imaginant que Loras ait survécu à cette attaque, de quel côté se serait placé Mace Tyrell ? La Fraternité sans Bannière aurait-elle stationné dans le Conflans ou se serait-elle déplacée pour trouver des alliés plus puissants ? Renly aurait-il été couronné ? Stannis aurait-il perdu la bataille de la Néra face aux seules troupes Lannister ? Le roi du Nord n’aurait-il pas pu trouver un nouvel allié de taille contre les Lannister ?
    Choisir Loras aurait quand même remis beaucoup de choses en question. 😉

    Eddard ne commet aucune vilenie en le désignant, au contraire, il l’honore de sa confiance. Si Loras échoue ensuite, ce n’est pas la faute d’Eddard, du moins Mace Tyrell ne peut pas lui en faire le reproche publiquement, même s’il peut avoir de la rancœur. C’est ce qui se passe avec Cersei, mais pour le coup, elle n’a pas seulement fait un mauvais choix avec Loras ; il y a eu d’autres décisions peu éclairées qu’elle a prises, qui ont eu des conséquences fâcheuses pour les Tyrell, et que Mace peut lui reprocher.

    Je suis curieuse de savoir ce que Robert aurait décidé s’il s’était retrouvé à la place de Ned dans cette situation.

    Attraper sa brosse à dents et son marteau de guerre,  monter sur son destrier et foncer dans le tas ? ^^

    Je pense que Robert est tellement affamé de combat et de « loisirs » qui le détournent de ses obligations royales, que son premier réflexe aurait été de saisir l’occasion sauf si son Conseil avait réussi à le tempérer (ce qu’ils arrivent généralement à faire quand c’est dans leur intérêt). Évidemment, il ne serait pas rentré dans le lard de Tywin (parce qu’il ne veut surtout pas d’une guerre entre ou avec ses vassaux), mais au moins, il aurait donné la traque à ce chevalier-brigand. Je ne pense pas qu’il aurait été dupe de la manœuvre militaire de Tywin (envoyer d’abord des brigands sans bannière, pour ensuite rappliquer avec toute son armée), mais est-ce qu’il se serait assez méfié ? Est-ce qu’il aurait pris le temps de réunir suffisamment d’hommes ? (donc pas les quelques cents qu’Eddard expédie ?) Est-ce que Tywin aurait pris le risque d’attaquer si c’était le roi en personne qui avait marché contre lui ?

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 3 semaines par R.Graymarch.
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