ASOS 34 – Samwell II

Forums Le Trône de Fer – la saga littéraire Au fil des pages ASOS 34 – Samwell II

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    Emmalaure
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    ASOS 34 – Samwell II

    Au fil des pages – liste des sujets

    Toutes mes confuses pour celui-ci qui sera livré avec un jour de retard, bien qu’ayant commencé travailler dessus avec pas mal d’avance, je n’avais pas anticipé pour la toute dernière ligne droite deux journées de boulot à plus de 12 heures, et j’avoue être un peu rincée pour finir la mise au propre ^^.
    Mais j’ouvre le sujet tout de même et je livre l’intro ! Nous quittons tout juste Tyrion et la lettre envoyée par Bowen Marsh aux 5 rois de Westeros, annonçant la probable mort du lord Commandant Mormont et la menace imminente que constituent les Sauvageons pour le Mur, et voilà que Samwell nous ramène enfin chez Craster, en compagnie des restes de l’expédition Mormont, pour un point d’étape sur la route du retour. Point d’étape mortel, comme un écho d’un ancien précédent coup de théâtre (la mort d’Eddard Stark), et avant-goût du prochain banquet sanglant. Si la transition entre les deux chapitres éloignés géographiquement est assez évidente, il existe d’autres liens entre eux, notamment sur les thématiques abordées, mais ils sont pas mal occultés par la mise en scène en forme de coup de théâtre de ce qui est évoqué à l’avance dans l’ordre de lecture, à savoir la mort du Vieil Ours Jeor Mormont : dans le chapitre de Tyrion, on n’ose pas croire à la mort du Lord commandant et on se dit que Bowen Marsh vend la peau de l’ours un peu trop tôt; au début du chapitre de Samwell, l’ambiance n’est certes pas à la fête, mais il y a des survivants, dont Mormont qu’on voit émerger de la Forêt hantée avant qu’il ne nous donne quelques espoirs sur la suite en accordant du crédit au récit incroyable de la mort de l’Autre à coup d’obsidienne (ou de tarte au citron). Voilà pour les Lannister, leur patriarche et ses combines, c’est pas tout de suite que le crapaud Janos Slynt va avoir le vent en poupe !
    Mais patatras ! Sur un mot de trop envers Craster, la mutinerie se déchaîne, le vieux méchant bouc il laisse sa peau (bon débarras !) et le Vieil Ours aussi (snif). Et la menace des Autres revient. Combo gagnant pour Sam. Cette mort est préparée dans le déroulé du chapitre et c’est le premier sujet que je vais analyser.
    Le Vieil Ours n’étant pas le seul personnage à mourir dans ce chapitre, on ira également explorer un petit peu la cave secrète de Craster et ce qui pourrait se cacher sous ses oripeaux de vieux bélier. Enfin, l’honneur de finir le tour d’horizon reviendra à ce cher Sam, le corbac trouillard, égorgeur d’Autre.
    Comme d’habitude, ce seront des propositions de lecture et d’interprétations, sans exhaustivité et sans prétention à être uniques.

    • Ce sujet a été modifié le il y a 1 semaine et 6 jours par R.Graymarch.
    • Ce sujet a été modifié le il y a 14 heures et 45 minutes par Babar des Bois.
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    #170580
    R.Graymarch
    • Vervoyant
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    J’aimerais bien me remettre dans la peau de primo-lecteur pour savoir ce que j’allais imaginer du destin de la troupe de Mormont. Arriver au Mur (quitte à mourir en le défendant) ou mourir en chemin ? En tout cas, je pense que j’aurais imaginé que la maison de Craster serait un endroit sûr. Et pourtant…

    Il faut dire qu’on a une superbe entrée en matière

    Up in the loft a woman was giving birth noisily, while below a man lay dying by the fire. Samwell Tarly could not say which frightened him more.

    Pendant longtemps, on aura les deux événements en parallèle : un être en train de mourir et un en train de naître.

    Je note qu’on se réfère pas mal à des surnoms : Giant, Slayer, on y reviendra

    Craster est peu avenant et parle vraiment beaucoup de sa foi

    “I fed you what I could, but you crows are always hungry. I’m a godly man, else I would have chased you off. You think I need the likes of him, dying on my floor? You think I need all your mouths, little man?” The wildling spat. “Crows. When did a black bird ever bring good to a man’s hall, I ask you? Never. Never.”

    On a un peu de repère temporel, cela fait au moins neuf jours qu’il est blessé
    Kedge Whiteye had taken Bannen’s mangled foot off nine days past, in a gout of pus and blood that made Sam sick, but it was too little, too late.
    J’ai bien aimé la partie sur les simples
    When they’d left Castle Black, Brown Bernarr had been carrying bags of Myrish fire, mustard salve, ground garlic, tansy, poppy, kingscopper, and other healing herbs. Even sweetsleep, which gave the gift of painless death. But Brown Bernarr had died on the Fist and no one had thought to search for Maester Aemon’s medicines. Hake had known some herblore as well, being a cook, but Hake was also lost.
    J’ai tiqué sur « bellyful » comme mot
    “I’ve had a bellyful o’ that shrieking,” he shouted up. “Give her a rag to bite down on, or I’ll come up there and give her a taste o’ my hand.”
    On apprend que les frères de la Garde n’ont pas bougé il y a deux nuits quand il a frappé une de ses filles. Car Craster est un « friend to the Watch ». Mais à quel prix ?
    Sam comprend deux tomes avant Jon, le réel sens du serment de la Garde
    I am the shield that guards the realms of men. A woman was a woman, even a wildling woman. We should help her. We should.
    Sam énervé par Craster qui parle de son poids en l’appelant « Slayer »… sort (je pensais qu’il allait se rebeller, moi^^)
    On reparle de l’homme pieux, ami de la Garde

    There had been no attacks while they had been at Craster’s, neither wights nor Others. Nor would there be, Craster said. “A godly man got no cause to fear such. I said as much to that Mance Rayder once, when he come sniffing round. He never listened, no more’n you crows with your swords and your bloody fires. That won’t help you none when the white cold comes. Only the gods will help you then. You best get right with the gods.”

    Gilly had spoken of the white cold as well, and she’d told them what sort of offerings Craster made to his gods. Sam had wanted to kill him when he heard. There are no laws beyond the Wall, he reminded himself, and Craster’s a friend to the Watch.

    Sam va se balader dans le camp et on voit du monde. On nous raconte même un peu des histoires du passé.

    The slender blond steward they called Sweet Donnel had laid a shaft just off the bull’s eye at fifty yards.
    /
    In his youth he had been an outlaw, a member of the infamous Kingswood Brotherhood. He claimed he’d once put an arrow through the hand of the White Bull of the Kingsguard to steal a kiss from the lips of a Dornish princess.
    On nous donne des noms de cette fraternité et on veut se moquer de Sam qui le prend mal, surtout quand ça vient aussi de Grenn. Sauf que, ce n’est pas si simple (What’s in a name?)

    “Why not?” Grenn sounded honestly puzzled. “It’s a good name, and you came by it fairly.”

    Pyp always teased Grenn about being thick as a castle wall, so Sam explained patiently. “It’s just a different way of calling me a coward,” he said, standing on his left leg and wriggling back into his muddy boot. “They’re mocking me, the same way they mock Bedwyck by calling him ‘Giant.’”

    “He’s not a giant, though,” said Grenn, “and Paul was never small. Well, maybe when he was a babe at the breast, but not after. You did slay the Other, though, so it’s not the same.”

    “I just . . . I never . . . I was scared!

    “No more than me. It’s only Pyp who says I’m too dumb to be frightened. I get as frightened as anyone.” Grenn bent to scoop up a split log, and tossed it into the fire. “I used to be scared of Jon, whenever I had to fight him. He was so quick, and he fought like he meant to kill me.” The green damp wood sat in the flames, smoking before it took fire. “I never said, though. Sometimes I think everyone is just pretending to be brave, and none of us really are. Maybe pretending is how you get brave, I don’t know. Let them call you Slayer, who cares?”

    Revient ensuite cette histoire d’obsidienne et comment ça s’est répandu
    But Dywen listened, and Dolorous Edd, and they made Sam and Grenn tell the Lord Commander. Mormont frowned all through the tale and asked pointed questions, but he was too cautious a man to shun any possible advantage.
    Ils ont dilapidé l’obsidienne récoltée.. du gâchis :/
    Surtout qu’ils ne sont plus si nombreux
    Forty-four had come straggling into Craster’s out of the storm, out of the sixty-odd who’d cut their way free of the Fist, but three of those had died of their wounds, and Bannen would soon make four.
    Jon manque à Sam et ce dernier a la culpabilité du survivant. Mais on a le Corbeau de Mormont qui revient avec ses répétitions dont « Snow ».
    Jeor aussi commence à prendre conscience de l’importance du verredragon et du dévoiement de la Garde
    “We never knew! But we must have known once. The Night’s Watch has forgotten its true purpose, Tarly. You don’t build a wall seven hundred feet high to keep savages in skins from stealing women. The Wall was made to guard the realms of men . . . and not against other men, which is all the wildlings are when you come right down to it. Too many years, Tarly, too many hundreds and thousands of years. We lost sight of the true enemy. And now he’s here, but we don’t know how to fight him. Is dragonglass made by dragons, as the smallfolk like to say?”
    Sam propose de prendre le fils de Craster et se fait engueuler par Mormont. Généreux, Sam mais peu réaliste.
    On assiste ensuite à un montage de bourrichon contre Craster après la mort de Bannen.

    “Craster’s got his own to feed,” said Giant. “All these women. He’s given us what he can.”

    “Don’t you bloody believe it. The day we leave, he’ll tap a keg o’ mead and sit down to feast on ham and honey. And laugh at us, out starving in the snow. He’s a bloody wildling, is all he is. There’s none o’ them friends of the Watch.” He kicked at Bannen’s corpse. “Ask him if you don’t believe me.”

    Direction le bûcher funéraire pour se changer les idées. Ah zut, ça sent le cochon grillé. Et heureusement que Edd est là pour nous faire rire.
    Pour apaiser tout ça, Craster organise un repas de fête mais cela n’a pas du tout l’effet escompté et on se remonte le bourrichon. Ca part en vrille. On peut dire ce qu’on veut de Craster mais il est brave.. Cela ne le sauve pas, même s’il a usé de la hache offerte par la Garde (karma)
    On a un très beau paragraphe désespéré
    Instead the Lord Commander grabbed for his dagger. Ollo had only one hand, but that was quick. He twisted free of the old man’s grasp, shoved the knife into Mormont’s belly, and yanked it out again, all red. And then the world went mad.
    Puis une ellipse où Sam perd la notion du temps (tiens, lui aussi ?)
    Sam recueille les dernières paroles de Mormont et c’est beau

    The Wall. Make for the Wall. Now.”

    Now,” squawked the raven. “Now. Now.” The bird walked up the old man’s arm to his chest, and plucked a hair from his beard.

    “You must. Must tell them.”

    “Tell them what, my lord?” Sam asked politely.

    “All. The Fist. The wildlings. Dragonglass. This. All.” His breathing was very shallow now, his voice a whisper. “Tell my son. Jorah. Tell him, take the black. My wish. Dying wish.”

    Wish?” The raven cocked its head, beady black eyes shining. “Corn?” the bird asked.

    “No corn,” said Mormont feebly. “Tell Jorah. Forgive him. My son. Please. Go.”

    Puis il se retrouve face aux femmes tandis que beaucoup de ses frères boivent, mangent ou violent. Toujours un peu ahuri, il ne sait pas quoi faire mais on le guide (on va dire ça)

    “Where?” asked Sam, puzzled. “Where should I take her?”

    “Someplace warm,” the two old women said as one.

    Gilly was crying. “Me and the babe. Please. I’ll be your wife, like I was Craster’s. Please, ser crow. He’s a boy, just like Nella said he’d be. If you don’t take him, they will.”

    “They?” said Sam, and the raven cocked its black head and echoed, “They. They. They.”

    “The boy’s brothers,” said the old woman on the left. “Craster’s sons. The white cold’s rising out there, crow. I can feel it in my bones. These poor old bones don’t lie. They’ll be here soon, the sons.”

    et là, on comprend mieux le lien probable entre les fils et les Autres

    Je sers la Garde et c'est ma joie. For this night, and all the nights to come
    MJ de Chanson d'Encre et de Sang (2013-2020) et de parties en ligne de jeu de rôle
    DOH. #TeamLoyalistsForeverUntilNow. L’élu des 7, le Conseiller-Pyat Pree qui ne le Fut Jamais

    #170739
    Liloo75
    • Fléau des Autres
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    En primo lecture, je ne pense pas avoir imaginé que le chapitre se conclurait par la mort du lord Commandant.

    Déjà, nous avons des nouvelles des hommes de la Garde. Des 300 de l’expédition, il n’en reste plus qu’une quarantaine. Dont certains sont en piteux état.

    Ils ont été recueillis par Craster, bon gré mal gré. Celui-ci ne fait pas d’efforts. C’est un bien piètre hôte. Les hommes de la Garde ont faim et froid. Pourtant, il doit bien y avoir des réserves de nourriture chez Craster. Il doit faire manger ses femmes. L’une d’entre elles est en train d’accoucher à l’étage. C’est Vere.

    Sam prie pour que ce soit une fille. Car les garçons, Craster les donne aux « dieux ». En réalité, nous devinons qu’il les offre aux Autres, achetant ainsi sa sécurité.

    Quel genre d’homme peut faire cela ? Un ami de la Garde ? Un ami de pacotille.

    Sam a hérité du surnom de d’Egorgeur, pour avoir occis un Autre, avec une lame en verredragon. C’est un sobriquet qu’il tolère mal. C’est encore une moquerie pour certains. Mais pas pour tous ses frères. Certains, et pas des moindres, le croient. C’est ce que tente de lui faire comprendre Grenn. Pas si idiot l’Auroch.

    Mormont apparaît sur son cheval. Il veut des explications. Il enjoint Sam de lui parler de la lame qui lui a servi à éliminer l’Autre. Sam lui explique ce qu’est le verredragon. Mormont semble avoir une révélation. Le Mur n’a pas été construit pour protéger le continent des sauvageons, mais pour protéger les royaumes humains des morts qui marchent. Il faut trouver du verredragon (ou obsidienne) et fabriquer des armes pour lutter contre la menace qui vient avec le froid.

    Mais Mormont n’aura pas le temps de faire créer ces armes. Le soir même, alors que Craster a demandé à Mormont de partir avec ses hommes, tout bascule. La radinerie de Craster provoque des mots chez les frères jurés qui s’étaient tus jusque-là.

    Et tout part en vrille. C’est Craster qui est la première victime de cette révolte. Puis Mormont est grièvement blessé. Avant de mourir, il demande à Sam de retrouver son fils Jorah et de lui faire savoir qu’il lui pardonne.

    Jorah ne le saura probablement jamais.

    Sam est tellement secoué qu’il semble incapable d’agir. Pourtant il lui faut se secouer. Vere a mis au monde un fils, et il a promis de l’aider. D’autant plus que le froid revient. Il est son seul espoir.

    Edit. @emmalaure, je ne sais pas si tu as eu le temps d’analyser le rapport entre le froid et les Autres. Ou bien les sacrifices de Craster, les dons qu’il fait aux « dieux » et le lien avec les Autres. Dans l’affirmative, je suis preneuse de ton point de vue 😉

     

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 semaine et 3 jours par Liloo75.
    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 semaine et 3 jours par Liloo75.

    - De quels diables de dieux parlez-vous, lady Catelyn ? (…) S’il existe vraiment des dieux, pourquoi donc ce monde est-il saturé de douleur et d’iniquité ?
    - Grâce aux êtres de votre espèce.
    - Il n’y a pas d’êtres de mon espèce. Je suis unique.

    #170812
    Emmalaure
    • Exterminateur de Sauvageons
    • Posts : 900

    Et le voilà enfin ! (il était prêt, mais c’est moi qui n’ai pas du tout eu le temps de me brancher depuis mardi ^^). Et oui, liloo, j’ai bien une hypothèse sur Craster et les Autres !

     

    – La Mort le roi Ours –

    1 – L’Ours était toujours vivant.

    Si l’ouverture du chapitre, au chevet des mourants dans l’antre infernal d’un patriarche monstrueux, pouvait laisser planer un doute quant à la survie de Mormont, nous sommes rassurés lorsque Sam retourne dehors : il fait jour, le paysage a repris des couleurs, on apprend que la neige est en train de fondre, que la menace des Autres et des créatures s’est éloignée (pour le moment) …

    The day was cloudy, but still bright enough to blind him after the gloom of the hall. Some patches of snow weighed down the limbs of surrounding trees and blanketed the gold and russet hills, but fewer than there had been. The storm had passed on, and the days at Craster’s Keep had been . . . well, not warm perhaps, but not so bitter cold.

    (…)

    “Do you think the wights are gone? » Sam asked Grenn. « Why don’t they come finish us?”

    « They only come when it’s cold. »

    …, et les frères noirs vaquent à des taches bien précises (monter la garde, couper du bois, entretenir des feux, s’entrainer au tir à l’arc), prouvant qu’une certaine organisation est encore de rigueur et qu’il y a donc un chef pour tenir l’ensemble.

    L’apparition de Mormont, très théâtralisée, achève de nous rassurer, d’autant que le vieux n’a rien perdu de sa superbe ni de son mordant : ses premiers mots montrent qu’il est toujours aussi grognon (« gruff ») et qu’il n’a rien perdu de son sens de la répartie :

    The spearmen at the gate shouted a challenge, and the Old Bear returned a gruff, « Who in seven hells do you think goes there? Did the Others take your eyes? »

    Au passage, notons que le mot « gruff » – assez rare dans la saga – est le tout premier qui qualifie Jeor Mormont, quand Jon (et nous) le découvrons pour la première fois, accompagné de son corbeau :

    Jeor Mormont, Lord Commander of the Night’s Watch, was a gruff old man with an immense bald head and a shaggy grey beard. He had a raven on his arm, and he was feeding it kernels of corn.

    Il apparait également pour le vieux Ser Willem (le premier Vieil Ours de Daenerys), pour Jorah Mormont, mais aussi pour le vieux Jon Arryn (dans le souvenir d’Eddard Stark), pour ser Rodrik Cassel avec ses favoris, et d’autres figures assez clairement paternelles comme Tormund. “Gruff” est revenu dans le chapitre précédent, quand Tyrion s’est rappelé le personnage.

    Tyrion had rather liked old Jeor Mormont, with his gruff manner and talking bird. « Is this certain? » he asked.

    Mormont est toujours là, avec son corbeau, ouf ! la fin du monde peut attendre encore un peu.

    Samwell en prend pour son grade, lui aussi :

    « Is your name Tarly? Do you have a brother hereabouts? Yes, you. Close your mouth and come with me. »

    « With you? » The words tumbled out in a squeak.

    Lord Commander Mormont gave him a withering look. « You are a man of the Night’s Watch. Try not to soil your smallclothes every time I look at you. Come, I said. »

    Non seulement il est vivant et toujours de la même humeur, mais il a également toute sa tête, comme le prouvent les questions précises qu’il a posées à Sam au récit de la mort de l’Autre, et ses réfléxions quand il revient sur le sujet dans son dialogue avec lui : droit au but. Ici, les leçons de vocabulaire sont superflues, il faut du concret, des actes, et pas des mots ou du vent (ceci dit, il se trompe peut-être en partie sur ce point) :

    “The maesters say it comes from the fires of the earth. They call it obsidian.”

    Mormont snorted. « They can call it lemon pie for all I care. If it kills as you claim, I want more of it. »

    (J’ai résisté à l’envie de monter une théorie sur les tartes au citron^^)

    Ses propos sur les Sauvageons montrent par ailleurs une nouvelle prise de conscience et maintenant que le lecteur a fait la connaissance des Sauvageons et de Mance Rayder à travers les PoV de Jon, on se prend à espérer que le vieux Mormont va davantage réfléchir à une alliance – un pacte – avec eux pour se tourner contre ce qui semble la véritable menace : les Autres et les morts animés de l’Au-delà du Mur. En d’autres termes, si le présent n’est guère reluisant, l’avenir qui se dessine n’est pas complètement bouché non plus et l’espoir est permis, même si le ciel à l’horizon est menaçant :

    He glanced to the west, where a bank of dark clouds hid the sun.

    Enfin, Mormont montre qu’il est encore le chef et tient ses hommes : il fait taire Samwell qui s’en prenait à Craster à propos de ses fils et dans le duel de regards et de mots qui l’oppose à un des frères noirs, il est sur le point de l’emporter avant d’être interrompu par Craster.

    “Have you forgotten who I am? Sit, eat, and be silent. That is a command.”

    No one spoke. No one moved. All eyes were on the Lord Commander and the big clubfooted ranger, as the two of them stared at each other across the table. It seemed to Sam that Karl broke first, and was about to sit, though sullenly . . .

    . . . but Craster stood, and his axe was in his hand.

    Pourtant, on constate que Mormont n’a plus autant la main que cela sur ses corneilles et les mauvais signaux s’accumulent progressivement jusqu’à saturer le récit précédant la mort du Vieil Ours.

     

    2 – Signes funestes.

    Ces présages de mort sont graduels, au sens où à la lecture (surtout la primo lecture) ils restent sujet à interprétations et ne concernent pas uniquement Mormont : c’est à rebours qu’on peut leur attribuer un sens plus précis. J’en citerai quelques uns, sans exhaustivité. Par exemple, la scène d’ouverture – avec un Bannen enfoui dans des fourrures recrachant le bouillon que Sam essaye de lui faire ingurgiter – gagne une dimension symbolique lorsqu’on découvre la dernière scène – où le vieil ours agonise sur les genoux de Sam en crachant du sang et quelques paroles. Si Bannen n’est pas explicitement comparé à un ours, les fourrures qui le couvrent font office de peau d’ours, dans le contexte de la construction du chapitre.

    Up in the loft a woman was giving birth noisily, while below a man lay dying by the fire. Samwell Tarly could not say which frightened him more.

    They’d covered poor Bannen with a pile of furs and stoked the fire high, yet all he could say was, « I’m cold. Please. I’m so cold. » Sam was trying to feed him onion broth, but he could not swallow.

    Sous le toit de Craster, il fait froid et sombre, on mange mal, mourants et blessés s’entassent et la discipline des frères noirs se délite en même temps qu’ils s’animalisent : ils sont ici principalement décrits par leur caractère soupçonneux et intrusif (ils épient tout), leur voracité et leur obsession de la nourriture, ce qui les fait tout à fait ressembler à des corneilles bavardes, curieuses, affamées… et pas franchement sympas. On ne donnera pas tort à Craster qui se moque des corneilles gelées :

    « Frozen crows, » Craster sneered when they straggled in, those few who had survived the snow, the wights, and the bitter cold. « And not so big a flock as went north, neither. » Yet he had given them space on his floor, a roof to keep the snow off, a fire to dry them out, and his wives had brought them cups of hot wine to put some warmth in their bellies. « Bloody crows, » he called them, but he’d fed them too, meager though the fare might be.

    Vers le milieu du chapitre, Jeor Mormont fait enfin son apparition sur un mode fantastique : c’est son corbeau – la reine des corneilles – toutes ailes déployées qui apparait d’abord, au cri répété de « snow » – synonyme de mort de ce côté du Mur, chez les Sauvageons.

    « Snow. »

    Sam glanced up at the sound. Lord Commander Mormont’s raven was circling the fire, beating the air with wide black wings.

    « Snow, » the bird cawed. « Snow, snow. »

    Le corbeau reprend le rôle du vent qui précède l’apparition des Autres en précédent ici un Mormont à cheval qui « émerge » lui aussi des arbres, ceux de la forêt hantée. Il est flanqué du vieux Dywen, le frère noir sensible à l’odeur du froid qui porte un dentier en bois et semble avoir un rapport assez pragmatique à la magie (on apprend plus tard via Edd qu’il a proposé d’apprendre à monter les chevaux morts, comme feraient les Autres, pour économiser de la nourriture), et du successeur de Thoren Petitbois, un frère noir incrédule défini par sa tête de renard (au passage, le renard sert occasionnellement à qualifier Tywin Lannister, qui pourrait bien être un renard déguisé en lion) : les spectres, les animaux et les « enfants de la forêt » sortent du bois hanté.

    Wherever the raven went, Mormont soon followed. The Lord Commander emerged from beneath the trees, mounted on his garron between old Dywen and the fox-faced ranger Ronnel Harclay, who’d been raised to Thoren Smallwood’s place.

    Pour entrer dans le domaine de Craster, ils passent entre deux poteaux surmontés chacun d’un crâne : celui d’un ours et celui d’un bélier. C’était déjà les mêmes quelques mois plus tôt, lors de la première halte chez Craster, mais ils avaient encore un peu de viande dessus.

    He rode between the gateposts, one bearing a ram’s skull and the other the skull of a bear

    A l’ouest, des nuages sombres arrivent et annoncent une tempête : je pense qu’il s’agit de la même qui accompagne le retour d’Euron et la mort de Balon, puis qui va traverser toute la partie nord de Westeros en noyant sous les pluies le Conflans ou qu’on verra sous forme d’un violent orage lors de la halte de Bran, des Reed et de Jon à Reine-Couronne. Ce serait dans ce chapitre la première mention d’un fil conducteur pour la suite. Je ne suis pas certaine que ce soit bien réaliste météorologiquement parlant, mais littérairement, cela a du sens, car une bonne partie des chapitres suivants sera justement occupée par le passage de cette « tempête », associée à des morts violentes et des combats.

    He glanced to the west, where a bank of dark clouds hid the sun.

    Lors des funérailles improvisées de Bannen, le corbeau répète en écho le dernier mot de Mormont, « ended » – « fini ».

    « And now his watch is ended, » the black brothers said, in solemn chant.

    « And now his watch is ended, » Mormont echoed.

    “Ended, » cried his raven. « Ended.”

    De retour sous le toit de Craster, à l’intérieur de l’antre sombre et froid, la révolte gronde, les corneilles sont plus affamées que jamais et délirent sur la nourriture, le vieux Mormont se fait insulter par un de ses hommes et Craster sort la hache de guerre, cadeau de Mormont à la précédente halte : contrairement aux prévisions d’Edd-la-Douleur, elle n’aura pas servi directement à assassiner des frères noirs, mais elle agit bien comme un signal de déchaînement de la violence, si bien que lorsqu’après l’égorgement de Craster, le Vieil Ours veut rétablir l’ordre en rappelant une loi « divine » et en faisant appel à la piété de ses hommes, un insurgé lui répond qu’au-delà du Mur, il n’y a pas de lois (et après tout, en agitant la hache de Mormont, Craster a le premier rompu ces lois) :

    « The gods will curse us, » he cried. « There is no crime so foul as for a guest to bring murder into a man’s hall. By all the laws of the hearth, we— »

    « There are no laws beyond the Wall, old man. Remember? » Dirk grabbed one of Craster’s wives by the arm, and shoved the point of his bloody dirk up under her chin. « Show us where he keeps the food, or you’ll get the same as he did, woman. »

    Renvoyé à sa condition réelle de vieil homme, le Vieil Ours n’est plus intouchable et tombe sous les coups des corneilles après Craster :

    Garth of Greenaway blocked his path, and Ollo Lophand yanked him back. They both had blades in hand. « Hold your tongue, » Ollo warned. Instead the Lord Commander grabbed for his dagger. Ollo had only one hand, but that was quick. He twisted free of the old man’s grasp, shoved the knife into Mormont’s belly, and yanked it out again, all red. And then the world went mad.

     

    3 – L’adieu aux armes

    La scène de l’agonie, la tête du vieil homme reposant sur les genoux de Sam, est émouvante et constitue un retour à la scène d’ouverture, lorsque Sam était au chevet de Bannen mourant. Pour ma part, j’y trouve des réminiscences avec la fin du film Excalibur, lorsqu’Arthur mourant au milieu du champ de bataille confie son épée à Perceval, puis disparait, sa dépouille emmenée au loin par trois dames.

    Par rapport au début du chapitre, cependant, la situation a changé : si au départ, les corneilles affamées picoraient ce qu’elles pouvaient, à la fin, les mutins sont en train de se goinfrer de nourriture et de filles-femmes et ont envahi toute la maison de Craster, de la cave au grenier; l’agonie de Bannen se prolongeait sur la répétition obsessionnelle « j’ai froid » et au rythme des cris de la parturiente, là où Mormont transmet ses dernières volontés concernant l’avenir de la garde mais surtout son fils, puis cède la place à Gilly et son fils nouveau-né à sauver, un bébé empaqueté dans des fourures, comme un petit ourson : la mort achète la vie.

    Three of Craster’s wives were standing over them. Two were haggard old women he did not know, but Gilly was between them, all bundled up in skins and cradling a bundle of brown and white fur that must have held her baby.

    C’est une manière d’associer étroitement Mormont et Craster et on constate que cette association au moins symbolique n’est pas isolée : quand Mormont revient, Craster surgit de sa maison pour proclamer qu’il a un fils, mot repris en écho par le corbeau de Mormont, ce qui nous rappelle que lui aussi en a un, à l’autre bout du monde, du côté des dragons, et à ce stade, on se dit que le fils pourrait bien détenir les solutions aux problèmes mortels du père. Contre les Autres, rien ne serait mieux que les dragons et leur feu. A titre personnel, je préfère une autre interprétation qui suggère que le feu et la glace ne sont pas adversaires mais complémentaires et indispensables l’un à l’autre, et que c’est leur séparation qui amène un cycle infini de violences. Jorah Mormont fraye avec le feu et s’y brûle, là où son père s’est autocondamné au froid éternel et meurt dans un lieu qui fait figure de coeur de l’hiver, comme pourrait en attester le pauvre Bannen répétant qu’il a froid comme une ultime litanie.

    Les fils absents/fuyant dans les endroits chauds ne sont pas le seul lien qui unit Mormont et Craster : lors du « festin » d’adieu, avant de mourir, ils siègaient l’un à côté de l’autre (Mormont à la droite du père Craster) :

    Craster owned but one chair. He sat in it, clad in a sleeveless sheepskin jerkin. His thick arms were covered with white hair, and about one wrist was a twisted ring of gold. Lord Commander Mormont took the place at the top of the bench to his right, while the brothers crowded in knee to knee.

    L’image des frères noirs entassés (« crowded » avec le jeu de mot sur crow/crowded) genou contre genou poursuit en outre la métaphore d’un Craster, dieu tout-puissant à l’autorité duquel les royaumes humains se soumettent comme les animaux.

    Et justement, nous allons laisser reposer notre Vieil Ours en paix pour nous tourner vers ce satané Craster.

     

    – Maudit patriarche –

    Bien qu’il ne soit pas présent physiquement dans de nombreux chapitres, il est régulièrement évoqué et son ombre plane au-delà du Mur, y compris après sa mort, puisqu’il laisse au moins une fille-épouse et un fils, qui vont traverser le Mur sous la conduite de Samwell. A lui tout seul et avec ses 19 femmes, il tient la dragée haute à ses « amis de la Garde » et au roi d’au-delà du Mur qu’est Mance Rayder.

    Comme patriarche, Craster concentre à peu près tous les traits négatifs présents chez d’autres figures de patriarches de la saga, mais poussés à un degré excessif qui le rendent non seulement monstrueux mais en font aussi un parfait bouc émissaire, à l’instar de l’insatiable Varshé Hèvre.

     

    1 – Le seigneur bélier

    Dans les chapitres où Craster est physiquement présent, il possède les attributs du roi/du seigneur : à Craster, on reconnait le droit d’édicter ses propres règles chez lui et les faire respecter, dussent-elles aller à l’encontre d’autres lois humaines :

    « His roof. His rule. »

    … et dussent-elles aller à l’encontre des serments de protection prêtés par n’importe quel chevalier et par les Frères de la Gadre de Nuit :

    We are guests, Sam reminded himself. Gilly is his. His daughter, his wife. His roof, his rule.

    The first time he’d seen Craster’s Keep, Gilly had come begging for help, and Sam had lent her his black cloak to conceal her belly when she went to find Jon Snow. Knights are supposed to defend women and children. Only a few of the black brothers were knights, but even so . . . We all say the words, Sam thought. I am the shield that guards the realms of men. A woman was a woman, even a wildling woman. We should help her. We should.

    A l’extérieur de la maison, quand Craster annonce qu’il vient d’avoir un fils, Sam tente de défendre ce dernier et d’obtenir que Craster le leur abandonne (au lieu de – croit-il – l’abandonner dans les bois) et se fait vertement tancer par Mormont après que celui-ci lui a intimé l’ordre de retourner à l’intérieur de l’antre, c’est-à-dire sous le toit de Craster :

    “Inside!”

    Red-faced, Sam pushed through the deerhides, back into the gloom of the hall. Mormont followed. « How great a fool are you? »

    Son toit, Sa loi.

    On a également vu que chez lui, Craster occupe le seul siège disponible et préside à table. Le bracelet d’or qu’il porte au bras est son seul signe de richesse, il remplace la couronne royale mais apparaît également comme une métaphore des cornes en rond des béliers :

    Craster owned but one chair. He sat in it, clad in a sleeveless sheepskin jerkin. His thick arms were covered with white hair, and about one wrist was a twisted ring of gold.

    Ces détails qualifiaient déjà Craster dans Jon III ACOK. La métaphore des cornes du bélier fonctionne parce que Craster possède d’autres caractéristiques du bélier : son nez épais et large, sa peau de mouton qu’il ne quitte jamais, ses bras couverts de poils blancs.

    Craster was a thick man made thicker by the ragged smelly sheepskins he wore day and night. He had a broad flat nose, a mouth that drooped to one side, and a missing ear. And though his matted hair and tangled beard might be grey going white, his hard knuckly hands still looked strong enough to hurt.

    Dans Jon III ACOK, ses enfants (filles comprises) étaient comparés à des agneaux.

    Quant au caractère, il est susceptible, orgueilleux et impulsif, comme en témoigne sa réaction à l’insulte « bâtard » :

    « Who calls me bastard? » Craster roared, sweeping platter and meat and wine cups from the table with his left hand while lifting the axe with his right.

    « It’s no more than all men know, » Karl answered.

    Craster moved quicker than Sam would have believed possible, vaulting across the table with axe in hand.

    Tel le bélier qui fonce tête baissée, Craster renverse les obstacles, bondit et se déplace vite… pour finir égorgé comme une bête sacrifiée.

    Nous connaissons un autre patriarche à l’orgueil démesuré, qui ne supporte pas qu’on rie de lui et le fait chèrement payer à ses ennemis : Tywin Lannister, celui des Pluies de Castamere. Et si Tywin n’est jamais métaphorisé directement en bélier ou en bouc, il en possède au moins un autre trait, une certaine avidité, visible concrètement dans le chapitre précédent à travers l’appropriation d’une épée en acier valyrien qui n’était pas la sienne.

     

    2 – L’ogre bouc émissaire

    D’un point de vue littéraire, Craster partage une caractéristique majeure de Tywin, qui révèle le fruit de ses oeuvres : l’or/la merde qu’ils sont censés chier. L’antre de Craster est construite sur une colline de boue dont Edd-la-Douleur prétend qu’elle est faite de la « merde à Craster », une plaisanterie d’un goût douteux présente dans Jon III ACOK et qui revient :

    The ground beneath his feet was a slush of melting snow and soft mud that Dolorous Edd insisted was made of Craster’s shit.

    He (Dolorous Edd) flicked a glob of wet mud out from under a horseshoe. « Does this mud look like shit to you? Could it be that this whole hill is made of Craster’s shit? »(Jon III ACOK)

    Le parallèle me paraît d’autant plus appuyé que les collines caractérisent le pays de Castral Roc, et que Castral Roc est un château troglodyte construit dans une colline aurifère, que Tyrion a autrefois eu la charge d’assainir et vidanger (boyaux et canalisations, qui n’étaient pas remplis d’or, eux). Sans parler de l’odeur que les lieux et les deux hommes exhalent, l’un de son vivant, l’autre après sa mort.

    Mais si Craster produit des tas et des tas d’excréments – symboliques ou réels – c’est d’abord parce qu’il est une bête vorace, un ogre : il est mis en scène essentiellement à table, en train de manger et reprend cette fois le thème de la gloutonnerie développé avec Robert Baratheon, un autre patriarche. Une gloutonnerie présente jusque dans la sexualité : si Robert n’a pas un harem à demeure et ne tue pas ses fils ni ne commet d’inceste avec ses filles, il passe son temps à manger, à boire, à violer et à semer des bâtards qu’il abandonne à leur sort. Craster, lui, expose ses enfants dans les bois. Pour les deux, c’est un instrument de domination et une expression de leur pouvoir (même si ce n’est pas consciemment réfléchi ni calculé comme tel chez Robert Baratheon qui profite davantage d’un pouvoir qui lui est prêté) : on ne touche pas aux femmes-filles de Craster, là où Robert se sert partout où il veut, y compris dans le lit nuptial de son propre frère.

    Je rapprocherai ici Craster de l’ogre du petit Poucet, qui n’a que des filles (sept, exactement, comme Craster a de fils depuis la naissance du tout dernier) et cherche à manger le petit Poucet et ses six frères. Il va même jusqu’à surseoir à leur exécution et les accueille sous son toit pour les faire engraisser.

    Entre les corneilles affamées qui rêvent de nourriture et l’ogre Craster, le chapitre est saturé de nourriture et de cannibalisme, avec un point culminant aux funérailles du pauvre Bannen dont l’odeur du cadavre brûlé donne faim à un Samwell épouvanté par l’appétit que cela réveille chez lui. Sam s’éloigne pour vomir et à nouveau, Edd intervient pour exprimer clairement et succintement, ce qui était resté jusque-là relativement allusif :

    « Never knew Bannen could smell so good. » Edd’s tone was as morose as ever. « I had half a mind to carve a slice off him. If we had some applesauce, I might have done it. Pork’s always best with applesauce, I find. » Edd undid his laces and pulled out his cock. « You best not die, Sam, or I fear I might succumb. There’s bound to be more crackling on you than Bannen ever had, and I never could resist a bit of crackling. »

    Manger Bannen, manger le gros et gras Sam, chier, on a un combo gagnant.

    De fait, Craster a bien déjà regardé Sam avec insistance, l’a comparé à une truie, l’a appelé par son nouveau surnom « Egorgeur » avec une once de moquerie (sous-entendu « il est mieux dans le rôle de l’égorgé) :

    Craster’s eyes were cold and mean, and whenever the wildling looked his way his hands twitched a little, as if they wanted to curl up into fists. Does he know I spoke to Gilly, the last time we were here? he wondered. Did she tell him I said we’d take her? Did he beat it out of her?

    Si Sam interprète les regards de Craster vers lui comme des soupçons qu’il pourrait avoir d’une transgression commise, c’est peut-être parce que c’est plus rassurant que de se dire qu’il va finir débité en saucisses noires dans un lardoir.

    Craster gnawed on his hard black sausage. He had sausages for himself and his wives, he said, but none for the Watch. « Women, » he complained. « The way they wail . . . I had me a fat sow once birthed a litter of eight with no more’n a grunt. » Chewing, he turned his head to squint contemptuously at Sam. « She was near as fat as you, boy. Slayer. » He laughed.

    It was more than Sam could stand.

    Et comme il n’est pas idiot, Sam sort de cet enfer froid, où pendant que Craster se goinfre il compte la nourriture à ses hôtes :

    « Food and fire, » Giant was saying, « that was all we asked of you. And you grudge us the food. »

    (…)

    « Bloody crows, » he called them, but he’d fed them too, meager though the fare might be.

    We are guests, Sam reminded himself.

    Orgueilleux, avare, luxurieux, paresseux (ce sont les femmes qui travaillent, servent et souffrent pendant que le seigneur mange), gourmand jusqu’au cannibalisme, colérique et envieux (ce trait est visible surtout dans Jon III ACOK, dans son rapport aux autres hommes qui pourraient attirer ses femmes, comme Jon Snow, Robar Royce ou mance Rayder qui a réussi à devenir roi d’Au-delà du Mur, mais aussi dans le fait qu’il réclame la superbe hache personnelle de Mormont en plus de l’arbalète et du bon vin). Craster réunit à lui seul les sept péchés capitaux, ce qui en fait le bouc émissaire parfait et son égorgement est un sacrifice. Personne ne devrait le pleurer. Cependant, malgré tout ce qu’il se trimballe de monstruosité, le sacrifice de Craster pourrait bien avoir un effet dévastateur et libérer des choses que personne ne voulait libérer : après Craster, c’est Mormont qui tombe sous les coups de ses frères (dont les conjurés du prologue, sans Chett et sans complot) et le « monde devient fou » selon Sam. De fait, la majorité des corneilles se contentent de prendre la place de Craster et se révèlent aussi monstrueuses que lui : la « malédiction » se transmet.

    Car Craster est peut-être maudit, mais c’était un « homme pieux » à sa manière.

     

    3 – L’homme des dieux.

    « I’m a godly man . . . » Craster started.

    “You’re a niggardly man, » said Karl, « and a liar.”

    « I’m a godly man », à trois reprises, Craster l’affirme dans le chapitre

    I’m a godly man, and the gods keep me safe. If wights come walking, I’ll know how to send them back to their graves. (Jon III ACOK)

    Selon le témoignage d’abord de Gilly, puis d’autres femmes-filles de Craster, ses dieux sont les Autres, ces ombres froides et blanches meurtrières qui semblent avoir une emprise sur les morts et les réanimer. Le lecteur et les protagonistes les connaissent pour leurs oeuvres sanglantes : la mort d’un groupe de sauvageons dans le prologue, celle de Royce et récemment le massacre de l’expédition Mormont. On peut également compter Othor et Jaffer Flowers de la petite expédition menée par Benjen Stark, revenus morts au Mur et réanimés dans la nuit.

    Si l’on en croit Craster, c’est sa propre piété qui le protège – et peut-être en est-il très sincèrement persuadé – mais si l’on y regarde de plus près, on voit que ces trois groupes ont fait une halte chez Craster avant de tomber sur les Autres ou les créatures. Pire, Jafer portait encore les traces d’un coup de hache (la hache d’Othor est d’abord soupçonnée) et au tome suivant on apprend que Craster trouve sa hache trop émoussée et en réclame une nouvelle : de là à soupçonner qu’il a demandé celle d’Othor en paiement de renseignements, comme il a fait avec Mormont, il n’y a qu’un tout petit pas. Mais pour en faire quoi ?

    Dans le prologue du premier tome, 6 Autres apparaissent. Dans ACOK, nous apprenons que Craster a eu 6 fils. Dans le prologue d’ASOS, le bruit du vent qui précède l’arrivée des morts au Poing et comparé aux pleurs d’un enfant. Enfin, à la fin de ce chapitre, les vieilles femmes de Craster affirment que les Autres sont les fils de Craster et elles semblent sûres de leur fait. Etant donné que les ombres blanches n’ont pas du tout l’air de bébés et qu’on voit un Autre fondre sous un coup d’obsidienne, on peut légitimement avoir quelques doutes, sauf si on prend en compte la magie dans l’équation.

    En effet, la mère de Craster serait une sauvageonne de l’Arbre Blanc, village où l’expédition Mormont fait une halte (Jon II ACOK) et trouve un gigantesque barral avec une bouche ouverte pleine de cendres et d’ossements d’animaux mais aussi humains : un arbre à vervoyant vorace (ou que des hommes alimentent) nous ramène aux thèmes qui sature tout l’espace narratif dans les chapitres chez Craster, la mort et la nourriture. D’autre part, plus discrètement, au village de l’Arbre Blanc, Edd note une légère odeur de bouse (« dung »), odeur qui revient dans l’antre de Craster (Jon III ACOK). Elle n’y est pas dans le présent chapitre de Samwell, car les odeurs dominantes sont celles des blessures infectées des agonisants et de la nourriture. Si le lecteur ni les personnages n’ont encore jamais vu d’Autre surgir d’un barral, ils semblent émerger des arbres de la forêt hantée.

    Mon hypothèse personnelle est que Craster est responsable par le sacrifice de ses fils du réveil des Autres : en d’autres termes, le sang de ses fils leur permettrait de prendre une forme « solide », et de la même façon que Melisandre met au monde des ombres meurtrières, Craster les lancerait d’une manière ou d’une autre sur des cibles désignées, comme Royce qui a eu l’audace de regarder un peu trop ses femmes-filles. Au passage, il y aurait des « dégâts collatéraux » – hommes et bêtes – qui alimenteraient le lardeoir de notre ogre. Ce faisant, il serait pris dans un cercle vicieux : les Autres lâchés sur la forêt hantée amènent le froid, vident la forêt de son gibier et des hommes, il y a donc de moins en moins de nourriture disponible et Craster se retrouve contraint à toujours plus de sacrifices pour subvenir à ses besoins et ceux de ses femmes-filles. Je ne crois cependant pas que Craster soit parfaitement conscient de ce qu’il fait, ni qu’il ait sciemment « créé » les dieux auxquels il croit. Je l’imagine plutôt comme Thoros de Myr qui a rescucité « par hasard » Beric Dondarrion une première fois, s’est mis à croire à son dieu, et reproduit le même rituel pour continuer de ranimer à l’infini le même Beric, sans comprendre vraiment comment tout cela fonctionne.

    Que l’hypothèse soit juste ou non, il y a bien un lien étroit entre Craster et les ombres blanches et froides que sont les Autres, ce qui pour finir, nous permet de regarder du côté d’une troisième figure de patriarche, un athée qui ne croit qu’au devoir et se retrouve à faire alliance avec une magicienne fanatique et meurtrière, et est pressé par elle de sacrifier des enfants « à sang de roi » : je veux parler de Stannis Baratheon, qui veut sincèrement le bien du royaume et veut sauver ses sujets, et qui passe de l’enfer de feu qu’est Peyredragon à l’enfer glacé de Winterfell. A première vue, Stannis et Craster sont aux antipodes l’un de l’autre et rien ne saurait les rapprocher. Pourtant, ici, les extrêmes se touchent et qui sait si Stannis avec sa « femme oiseau » qu’est Melisandre ne va pas achever la destruction de la Garde de Nuit bien entamée par Craster ?

    Et Sam dans tout ça ? A première vue, il semble subir tous les évènements, sans possibilité d’agir, voire agissant contre ses principes et ses serments. Quest donc devenu notre tueur d’Autre ?

     

    – La promesse de printemps –

    Malgré la tragédie mise en scène dans ce chapitre, avec une transgression des droits de l’hôte et une mutinerie au cours d’un « banquet » qui préfigurent une autre transgression au sud du Mur, tout n’est pas absolument perdu : quelques fidèles parviennent à s’échapper (une douzaine, on apprendra plus tard) mais en outre, Sam à la fin est chargé d’accomplir concrètement son serment et une tache de chevalier : protéger et sauver femme et enfant, exactement comme il en avait eu l’intention dans Jon III ACOK, puis dans ce chapitre-ci, à la nuance près que faute de pouvoir déléguer ce souhait légitime à d’autres (Jon Snow puis Jeor Mormont ont tous les deux refusé), il va devoir le faire lui-même, avec ce qu’il est et qui il est. Mais justement, qui est-il ?

     

    1 – Qui suis- je ? Où cours-je et dans quel état j’erre ?

    Ce chapitre est construit au gré de l’errance de Samwell Tarly, de ses questions existentielles et des violences verbales et psychologiques qu’il subit de la part des autres. Il accompagne l’action davantage en spectateur en fuite plutôt qu’en acteur : Sam ne sait pas vraiment qui il est ni quelle est sa place, et cela se traduit par un apparent désordre dans le mouvement narratif qui rend plus difficile la perception d’un plan précis. Sam est d’abord dans l’antre, puis dehors, puis il fait le tour de la maison, puis il revient à l’intérieur sur ordre, puis on le retrouve dehors pour les funérailles de Bannen, et enfin à nouveau à l’intérieur quelque part à table.

    Son chapitre précédent prenait déjà l’allure d’une longue fuite errante, mais on pouvait distinguer nettement trois parties, la première rythmée par ses pas (Sam took another step) jusqu’à la chute, la seconde où couché sous la neige il se laissait aller à la mort et au souvenir; la troisième prenait la forme d’une renaissance, porté par « maman » P’tit Paul et guidé par Grenn. Il s’achevait avec la dissolution d’un Autre grâce à un acte héroïque et désespéré de Sam, alors que l’aube se levait, ce qui permettait à notre trouillard préféré d’accomplir une part de son serment de frère juré :

    (…)I am the sword in the darkness.(…) I am the fire that burns against the cold, the light that brings the dawn (…)

    Autour de Sam, les figures paternelles et protectrices disparaissent les unes après les autres : son père le renie et le chasse très loin de chez lui, le tuant symboliquement à défaut de le faire physiquement. Dans ce chapitre, en étant une menace physique pour Sam, Craster endosse le rôle d’un 4e patriarche (pas encore vu dans la saga, mais ce sera fait au prochain tome), le père castrateur Randyll Tarly, qui avant de chasser son fils lui a imposé des tortures psychologiques et physiques dans l’espoir de le faire devenir un homme selon les standards de virilité.

    Craster gnawed on his hard black sausage. He had sausages for himself and his wives, he said, but none for the Watch. (…) Chewing, he turned his head to squint contemptuously at Sam. « She was near as fat as you, boy. Slayer. » He laughed.

    J’interprète ici la saucisse comme un symbole phallique (pauvres hommes dont l’identité est réduite à un organe !), et bien évidemment, les frères jurés n’ayant pas le droit d’avoir des enfants, ils en sont explicitement privés, comme si Craster punissait son père supposé d’avoir brisé son serment en enlevant une sauvageonne.

    Craster tombe sous les coups des frères jurés et le Vieil Ours meurt à son tour.

    Comme figure paternelle, le Vieil Ours n’était pas non plus très tendre avec Samwell, et lui aussi lorgnait un brin du côté de Randyll Tarly en voulant le faire rentrer absolument dans certains standards; cela commence quand il l’appelle par le nom de son père biologique :

    « Tarly! »

    « Me? » Sam got awkwardly to his feet.

    “Me? » The raven landed on the old man’s head. « Me?”

    « Is your name Tarly? Do you have a brother hereabouts? Yes, you. Close your mouth and come with me. »

    L’ironie vient de ce que Mormont exauce ici un voeu explicite de Samwell : en effet, juste avant, avec Grenn, il se demandait pourquoi il ne pouvait pas être tout simplement Samwell Tarly au lieu d’être affublé de surnoms qu’il ne souhaite pas.

    « Why can’t I just be Samwell Tarly? » He sat down heavily on a wet log that Grenn had yet to split. « It was the dragonglass that slew it. Not me, the dragonglass. »

    Le voeu exaucé ne correspond finalement pas davantage à ce qu’est Sam, et il n’est pas sûr que les exhortations de Mormont à devenir un homme soient tout à fait entendues :

    Lord Commander Mormont gave him a withering look. « You are a man of the Night’s Watch. Try not to soil your smallclothes every time I look at you. Come, I said. » His boots made squishing sounds in the mud, and Sam had to hurry to keep up. « I’ve been thinking about this dragonglass of yours. »

    « It’s not mine, » Sam said.

    Voilà deux fois que Sam récuse son acte héroïque en l’attribuant à son arme comme si elle était téléguidée par Jon Snow. A chaque fois, ce refus d’un rôle héroïque est lié à un nom : Tarly et Egorgeur. On va donc regarder du côté de l’Egorgeur.

     

    2 – Je n’suis pas un héros

    Dans ce chapitre, on apprend dès le début que Sam a gagné un nouveau surnom : de « ser Piggy » il est passé à « Slayer » – « Egorgeur », qui correspond bien davantage aux standards de virilité attendus chez les guerriers (et les hommes en général dans cette société fondamentalement guerrière).

    Cependant, dans la saga, « slayer » est un mot accolé à deux mots, « kin » et « king », qui induisent des actes de violences allant à l’encontre de lois humaines et « divines » : le kinslayer est un « tueur des siens » (Craster en est un), et le kingslayer un tueur de roi (là c’est Jaime, avec rupture d’un serment de frère juré à la clé). On comprend dès lors les réticences de Sam à l’égard de ce nouveau surnom :

    « I don’t recall as we did. » Giant was no more than five feet tall—his true name was Bedwyck—but a fierce little man for all that. « Slayer, did you ask Craster for his counsel? »

    Sam cringed at the name, but shook his head. He filled another spoon, brought it to Bannen’s mouth, and tried to ease it between his lips.

    C’est la première apparition du surnom, dès les premiers paragraphes, dans un contexte où Sam au chevet d’un frère mourant est pris à parti par un autre de ses frères (le petit « Giant »), qui brandit ici le surnom comme une menace envers Craster. Or Sam n’a pas du tout envie d’être mêlé à une querelle inutile et il évacue la question en gardant ostensiblement le silence et en se concentrant sur sa tâche de garde-malade aussi inutile que cela soit (on sait d’emblée que Bannen n’a aucune chance de survie). Craster n’est pas dupe de la menace : un peu plus tard, il reprend le surnom pour s’en moquer ouvertement et ramène Sam à son précédent état, celui de petit garçon gros comme un cochon bon à être égorgé et mangé (sans se plaindre) :

    « Women, » he complained. « The way they wail . . . I had me a fat sow once birthed a litter of eight with no more’n a grunt. » Chewing, he turned his head to squint contemptuously at Sam. « She was near as fat as you, boy. Slayer. » He laughed.

    Cette moquerie en forme de menace pousse Sam à prendre la fuite hors de l’antre. Si dehors il fait encore jour et que la menace des Autres s’est éloignée – offrant du répis aux frères jurés – notre héros n’est pas pour autant en paix : dans son précédent chapitre, sa fuite était entravée alors qu’il trébuchait sur des racines cachées sous la neige (quels traitres ces arbres, aussi !); cette fois, c’est la boue qui l’entrave :

    The ground beneath his feet was a slush of melting snow and soft mud that Dolorous Edd insisted was made of Craster’s shit. It was thicker than shit, though; it sucked at Sam’s boots so hard he felt one pull loose.

    Et comme il est entravé, il ne peut pas échapper à ses frères jurés qui brandissent à leur tour son nouveau surnom comme une moquerie :

    Searching for escape, Sweet Donnel looked about and spied Sam standing in the muck. « Slayer, » he called. « Come, show us how you slew the Other. » He held out the tall yew longbow.

    Sam turned red. « It wasn’t an arrow, it was a dagger, dragonglass . . . » He knew what would happen if he took the bow. He would miss the butt and send the arrow sailing over the dike off into the trees. Then he’d hear the laughter.

    Concrètement, Sam est sommé de tirer à l’arc afin que la galerie puisse bien constater que justement il n’est pas un tueur. Cette fois, Sam répond et sans contester encore le surnom, il repousse l’arme qu’on lui propose pour l’illustrer. Je profite de ce passage pour un petit aparté : laughter (« rire ») est phonétiquement proche de slaughter (« massacre ») et dans cette perspective de jeu sur les mots, les deux dernières phrases citées prennent un autre sens : Sam raterait certes ce qui sert de cible à l’entrainement, mais en allant dans les arbres, la flèche pourrait en atteindre une autre, car parmi les arbres on trouve des bêtes, des oiseaux perchés, voire des Autres. Sans compter qu’un arbre pourrait être habité par un vervoyant. On peut alors se demander quel « massacre » il entendrait. Cette brève scène en rappelle une autre où Sam s’entrainait effectivement au tir à l’arc avec ses amis (Edd et Grenn) : dans le prologue d’ASOS, sous le regard malveillant de Chett, sa première flèche se perdait « emportée par le vent », la seconde faisait tomber une feuille et la troisième se plantait dans la cible dessinée sur un tronc d’arbre (symboliquement, Sam faisait bien trois fois mouche).

    Quoiqu’il en soit, Sam récuse pour la troisième fois le surnom de Slayer et s’humilie en devant s’agenouiller dans la boue pour récupérer sa botte aspirée. Certains mouillent leur chemise, d’autres mettent les mains dans le cambouis, Sam, lui, a les pieds dans le caca.

    C’est lors de la rencontre avec Grenn et la discussion autour de la signification des surnoms qu’on comprendra davantage tout ce qu’il peut y avoir de gênant pour Sam à se faire appeler « Slayer ».

    But he (Grenn) grinned as Sam came chuffing up. « The Others get your boot, Slayer? »

    Him too? « It was the mud. Please don’t call me that. »

    Grenn propose à Sam de s’emparer du surnom, d’y mettre des choses positives et de retourner la moquerie, comme lui-même l’a fait avec son surnom Auroch :

    “You never liked Ser Alliser to call you Aurochs.”

    « He was saying I was big and stupid. » Grenn scratched at his beard. « If Pyp wanted to call me Aurochs, though, he could. Or you, or Jon. An aurochs is a fierce strong beast, so that’s not so bad, and I am big, and getting bigger. Wouldn’t you rather be Sam the Slayer than Ser Piggy? »

    Mais Sam ne peut pas entendre cet argument parce qu’il n’est pas un égorgeur et n’a pas envie d’en être un, comme on le comprend quand il tente d’expliquer que ce n’est pas lui qui a tué l’Autre, mais la lame d’obsidienne et… le hasard. D’autant que peu de ses frères ont réellement cru à son récit et qu’un certain nombre pense que c’est lui qui a tué P’tit Paul et qu’il a seulement monté un conte pour se dédouaner :

    Black Bernarr and the three Garths made it plain that they doubted his whole story, and Rolley of Sisterton came right out and said, « More like you stabbed some rustling bushes and it turned out to be Small Paul taking a shit, so you came up with a lie. »

    Atteindre des cibles végétables (en perdant des flèches, par exemple), c’est un peu la spécialité de Sam, aussi la version de Rolley est bien plus réaliste que celle de Sam et Grenn, quand bien même elle est fausse. Selon cette version, le « kinslayer » se cache derrière le « slayer ».

    Mais si Sam n’est pas un égorgeur, s’il récuse cette appellation et ce rôle malgré la dissolution effective de l’Autre, que lui reste-t-il ? Il ne s’est pas servi de son cor antique offert par Jon mais il l’a gardé, et en y ajoutant son sens aigu de l’observation et le fait qu’il ne tire aucune gloire de son exploit, il commence à cocher beaucoup de cases du serment de la Garde de Nuit, bien plus que beaucoup d’autres de ses frères, mais il le fait en dehors des attendus héroïques, car comme on va le voir, Samwell se pose comme le contraire du chevalier vengeur et tueur.

     

    3 – « Mother have mercy »

    La renaissance de Sam en homme (adulte) de la Garde de Nuit s’accomplit dans la douleur pour lui, les douleurs d’un accouchement, et ce n’est pas un hasard si Gilly accouche dans ce chapitre : le récit aurait pu en faire l’économie et seulement notifier qu’elle venait d’avoir un bébé, ça n’aurait rien changé à l’intrigue, mais cela retirerait une dimension symbolique très forte au personnage de Samwell.

    « Mother have mercy. Mother have mercy. Mother have mercy. »

    C’est la seule oraison funèbre à laquelle a droit Jeor Mormont après que Sam lui a fermé définitivement les yeux. Alors que quelques heures avant, Bannen bénéficiait d’une cérémonie certes spartiate, mais avec les mots rituels de la Garde, Sam ne parvient pas à s’en souvenir. En outre, l’appel à la pitié de la Mère accompagne chez Sam sa peur et son désir de fuite, y compris dans le sommeil :

    His steps were dragging, lurching. The heavy pack he carried made him look like some monstrous hunchback. And he was tired, so tired. I can’t go on. Mother have mercy, I can’t.(Samwell I ASOS)

    Fatigué, c’est ce que ressent Sam impuissant au chevet de Bannen :

    “I’m cold, » said Bannen. « Please. I’m cold.”

    For all the heat and smoke in Craster’s hall, Sam felt cold himself. And tired, so tired. He needed sleep, but whenever he closed his eyes he dreamed of blowing snow and dead men shambling toward him with black hands and bright blue eyes.

    C’est le mot qui revient à la fin du chapitre, lorsque Jeor Mormont agonise sur ses genoux et lui demande de porter son témoignage au Mur (et son pardon à son fils Jorah avec ses dernières volontés) :

    “No corn, » said Mormont feebly. « Tell Jorah. Forgive him. My son. Please. Go.”

    « It’s too far, » said Sam. « I’ll never reach the Wall, my lord. » He was so very tired. All he wanted was to sleep, to sleep and sleep and never wake, (…)

    C’est-à-dire que chaque fois qu’une tâche lui est confiée, il recule pour l’accomplir et trouve des prétextes pour l’éviter : aux femmes de Craster qui le pressent de sauver Gilly et son bébé (et cela correspond à son souhait profond), il répond qu’il n’a pas le droit de parler aux femmes de Craster. Et lorsqu’il souhaite accomplir quelque chose, il tente de la faire accomplir par d’autres : dans ACOK, il avait envoyé Gilly à Jon pour que ce soit Jon qui la sauve, et pas lui. On a vu que dans le présent chapitre, il re-tente le coup avec Mormont.

    Cependant, ce chapitre se finit comme le précédent : quand tout le monde manque à l’appel – que les pères et mères sont morts ou inaccessibles – Sam est forcé de prendre le relais et d’agir :

    The fear that filled Sam then was worse than any fear he had ever felt before, and Samwell Tarly knew every kind of fear. « Mother have mercy, » he wept, forgetting the old gods in his terror. « Father protect me, oh oh . . . » His fingers found his dagger and he filled his hand with that.

    La prière précède immédiatement la mort de P’tit Paul, dernier rempart entre l’Autre et Sam.

    Dans le présent chapitre, les femmes de Craster montrent d’abord à Sam que le Vieil Ours et Craster sont morts (et qu’ils ne sont donc plus un obstacle pour sauver Gilly), et après la prière à la Mère, elles en rajoutent une couche :

    « Your mother can’t help you none, » said the old woman on the left. « That dead old man can’t neither. You take his sword and you take that big warm fur cloak o’ his and you take his horse if you can find him. And you go. »

    Allez Samwell, fais-le ! Tu peux le faire !

    Et sa mère ne venant pas l’aider, c’est lui qui va aider une toute jeune maman et son nouveau-né, la jeune femme portant un nom de fleur : Gilly, c’est gillyflower, la giroflée, qui symbolise une vie longue et heureuse et s’annonce donc de bon augure pour leur capacité de résilience à tous les deux. A ce titre, la traduction de Gilly en Vère fonctionne bien, je trouve. La giroflée est une fleur des climats tempérés et chaud, donc c’est tout naturellement qu’il va falloir la sortir de l’enfer froid qu’est l’antre de Craster, et l’emmener dans un pays chaud :

    Where? » asked Sam, puzzled. « Where should I take her?”

    « Someplace warm, » the two old women said as one.

    Je me suis permise d’y voir une référence à la boite offerte par Galadriel à Samsagace dans le SDA, qui contient de la terre de Lothlorien et une graine de mallorne, et une promesse de printemps pour plus tard. De la même façon que son amour pour Frodo aide Samwise à franchir tous les obstacles sur leur chemin de croix (y compris à résister à la tentation de garder l’Anneau pour lui seul), le désir de vie de Samwell et sa capacité à l’empathie avec les autres êtres vivants restent plus forts que sa peur d’agir.

     

    Pour conclure, je résumerais l’idée générale ainsi : sortant de l’antre infernal de l’ogre, la corneille Sam se révèle un passeur particulier, empathique, auquel échoie la mission de ramener des « morts » dans le monde des vivants, mais également de transmettre les mots et souhaits de morts aux vivants. A mon sens, c’est le rôle inversé qui est dévolu à Jon : lui (comme Arya), fait passer les vivants dans le monde des morts.

    #170818
    DJC
    • Patrouilleur du Dimanche
    • Posts : 225

    wow passionnant, bravo (et merci)

    #170868
    Liloo75
    • Fléau des Autres
    • Posts : 2543

    Merci Emmalaure pour cette riche analyse.

    Je partage ton point de vue sur le lien entre Craster et les Autres.

    Je crois qu’en première lecture je n’avais pas saisi que Craster nourrissait les Autres.

    Il se plaît si souvent à dire qu’il est pieux et que c’est pour cela qu’il est protégé. Sa mort dans la dernière partie du chapitre m’avait amenée à penser que pour quelqu’un de croyant, ses dieux ne l’avaient guère aidé.

    Sauf que ses dieux ne sont pas ceux du Nord. Ce sont les Autres, à qui il offre ses fils. C’est la raison pour laquelle les Autres ne l’attaquent jamais. Il est protégé d’eux. Mais rien ne peut le prémunir de la folie des hommes. Ni de son propre comportement et de ses conséquences. Car s’il s’était montré plus généreux envers la Garde (il en avait les moyens) les choses auraient tourné différemment.

    - De quels diables de dieux parlez-vous, lady Catelyn ? (…) S’il existe vraiment des dieux, pourquoi donc ce monde est-il saturé de douleur et d’iniquité ?
    - Grâce aux êtres de votre espèce.
    - Il n’y a pas d’êtres de mon espèce. Je suis unique.

    #171063
    Tybalt Ouestrelin
    • Éplucheur avec un Économe
    • Posts : 30

    Eh bien, une fois de plus je suis époustouflé par la finesse de l’analyse, bravo.

    Rien à rajouter à cela, je n’avais pas imaginé Craster comme invocateur des Autres mais pourquoi pas ! Ce serait lui alors le Roi de la Nuit ^^. Blague à part ça m’amène plein de questions ; s’il a eu 6 fils, le premier ne doit pas être tout jeune, pourquoi les Autres ne semblent actifs que depuis peu de temps ? S’ils ne sont invoqués que comme des mauvais sorts, quid à présent que personne ne les appelle plus ? Décident-ils pour et par eux-mêmes ? A-t-il juste réveillé un pouvoir enfoui ? Dans ce cas, comment se fait-il que ça n’ait pas été réveillé plus tôt ; le sacrifice d’enfant même s’il n’est pas glorieux n’est pas complètement rare, alors sur plusieurs millénaires… Bref, j’adore cette théorie.

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