[Making of] The House That Dragons Built

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  • #187138
    Crys
    • Pisteur de Géants
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    Tout est dans le titre ou presque. Il s’agit du documentaire en 10 parties (une pour chaque épisode) dont les durées vont de 20 à 30 minutes, diffusés sur HBO Max, et aux abonnés absents de la sortie DVD/Bluray. C’est à bien distinguer des Inside the Episode sortis dans la foulée de la diffusion cet automne ou des quelques vidéos BTS (Behind the scene). Pour l’heure le reportage est inédit dans les pays francophones, il aura donc fallu le mater en anglais (éventuellement sous-titré anglais) pour pouvoir faire ce compte-rendu. Voici donc pêle-mêle, les réflexions et informations qu’on pouvait tirer de ce truc, juste après son teaser.

    Je tiens à préciser avant tout que je suis assez fan de tout ce qui est bonus de fabrication de films, notamment au niveau des grosses prods. Ceux du Seigneur des Anneaux ou du Hobbit font école pour moi dans ce qu’ils proposent en termes de compréhension de la démarche des gens qui ont travaillé sur les projets. Et concernant tout ce qui accompagnait Game of Thrones, j’avais trouvé l’ensemble assez faible, souvent très promotionnel. Ici globalement on ne quitte pas le ton bourré de superlatifs qui feraient passer Nagui pour un rageux (et le montage sur-cuté façon RMC Découverte pour retenir l’attention à grands renforts de Inception Button et autres percus synthétiques), mais on apprend pas mal de petites choses que je souhaitais partager.

    Covid et absence
    Disons-le tout de suite, le grand absent de ce documentaire, c’est George R. R. Martin lui-même, que ce soit physiquement lors des interviews ou même en termes d’évocations. Tout le monde se réfère à la vision des deux showrunners, Ryan Condal et Miguel Sapochnik et ceux-ci… évoquent assez peu Martin. Ryan Condal fait quelques références à Fire and Blood comme matériau de base, mais c’est assez succin. Cela rejoint la transmission du matériau telle que décrite par Martin dans Le feu de tue pas un dragon de James Hibberd : à un moment, il a réalisé qu’il n’était plus la référence, que les gens venaient voir D&D pour les questions et points de référence et plus lui. C’est sans doute ici le prolongement de ce qui avait déjà été amorcé, d’autant que le documentaire se concentre vraiment sur le tournage (et un tout petit peu la préprod et la postprod). Un tournage dont Martin était absent, peut-être par envie, mais surtout par contrainte puisqu’il s’est déroulé pendant la période COVID.

    Ces dix épisodes sont d’ailleurs un bon témoignage de l’étrangeté de ces deux dernières années, avec des personnes masquées sur les plateaux en-dehors des acteurs. De même, les restrictions ont impacté certaines séquences, puisque par exemple, la production limitait le nombre de figurants à 150, que ce soit sur les plateaux studios en intérieur comme en extérieur. Ce qui a amené les équipes à d’adapter comme par exemple lors du tournoi où les différents figurants présents ont été filmé sur fond vert et dupliqués, faute de monde pour remplir les gradins. C’est également le même problème avec la séquence du couronnement d’Aegon où non-seulement le plateau n’était pas assez grand pour représenter la taille de la salle, mais où une fois de plus, faute de figurants, on a opté pour la duplication. Une utilisation du numérique donc, comme solution de secours face à la pandémie.

    Démesure et technologies
    S’il y a bien un truc qui frappe, c’est la démesure du projet. On le sentait en voyant les épisodes, mais là quand on voit certains décors, c’est vraiment frappant. Que ce soient les sets « studio extérieur » du Donjon rouge, du tournoi ou de la plage des Degrés de Pierre ou même le détail des costumes qui est tout simplement fou. On a vraiment à peine le temps d’embrasser le boulot qui a été fourni en voyant les épisodes sur le plan visuel.

    Et ce qui peut frapper, c’est à quel point tout a évolué. Je pense que visionner les 10 épisodes constitue un bon contrepied à ce que Jackson avait fait pour son Seigneur des Anneaux y a 20 ans. Exit les modeleurs et les sculpteurs, ici c’est la 3D qui est reine. On conçoit beaucoup directement sur ordi avant d’imprimer en 3D (les épées, les couronnes, des morceaux de décor comme les trésors des voyages de Corlys, le masque et la canne de Viserys, etc). Et ce dans des proportions assez folles puisqu’il aura fallu par exemple 2 mois à trois imprimantes 3D qui ont tourné 24h/24 et 7 jours/7 pour imprimer la maquette de Valyria sans compter le travail de texture et de peinture derrière. De manière générale, le docu étale du chiffre, souvent impressionnant, mais du chiffre tout de même : 16 semaines pour élaborer l’armure de Daemon, puis 10 semaines encore pour la fabriquer le tout mobilisant entre 10 à 12 personnes ; 3 personnes pendant 10 semaines pour réaliser les broderies de la robe de Rhaenyra à la fin du premier épisode ; 18 troncs d’arbres dans le décor du Donjon Rouge, 2000 épées achetées ou créées pour donner son nouveau look au Trône de Fer, etc… D’un côté, c’est très impressionnant, mais à force d’assommer le spectateur avec ces quantités, on finit par avoir du mal à évaluer…

    Dans le genre estimations ratées, il y a le recours à la technologie Volume, qui permet de filmer en réalité augmenté via des écrans et des LEDS. Tantôt utilisée pour des éclairages (lors des vols à dos de dragon), tantôt comme décor, ce nouveau système est extrêmement onéreux puisque les graphistes et autres ingénieurs 3D bossent en temps réel sur le décor alors qu’il est matérialisé derrières les acteurs. On savait que l’équipe avait eu recours à ce set un peu particulier pour les scènes sur le pont de Peyredragon (à grand renforts de promotion sur le sujet), puisque l’endroit est encore trop fragile pour envisager un tournage sur place (nous avons nos sources espagnoles). Cependant, il s’avère que c’est bien plus large que cela. Les scènes d’Accalmie, du Grand Septuaire sont tournées dans ce cadre, avec quelques éléments de décors construits comme le trône des Baratheon ou l’autel du Grand Septuaire. On peut toutefois se demander si cette technologie ne s’impose pas uniquement lors de décors circulaires comme c’est le cas des deux exemples cités, ou en extérieur. Toujours est-il qu’avec les difficultés financières du plateau situé à Leavesden où l’équipe a tourné en saison 1, qu’en sera-t-il de son utilisation en saison 2 ?

    Côté « réalité augmentée », pour terminer, les réalisateurs semblent disposer d’un outil absent des tournages de Game of Thrones, à savoir une tablette permettant de voir dans le décor la place occupée par un dragon en 3D grossière, et donc la possibilité de préparer ses cadrages directement sur place.

    Retour à la réalité
    Mais tout n’est pas que virtuel dans House of the Dragon, loin s’en faut et pas mal de ce qu’on voit à l’écran n’est pas du numérique. En témoigne le décor du Donjon Rouge qui est réalisé d’un seul tenant et permet donc le plan séquence d’ouverture de l’épisode 6, lequel n’était d’ailleurs pas écrit tel quel dans le scénario et que l’on doit justement à ce décor polyvalent qui permet de passer de la chambre de Rhaenyra à celle du roi en passant par la future cour de la carte, des escaliers, etc. Ce seul décor a pas mal bousculé le planning de réalisation puisqu’il prenait du retard et donc les scènes qui le concernaient ont été déplacées à la fin.

    Les décors extérieurs sont également impressionnants. Le plateau a changé de nombreuses fois de visage, servant à matérialiser l’entrée du Donjon Rouge, l’arène de tournois ou encore la plage de la bataille des Degrés de Pierre. Concernant cette dernière, dans le genre « retour à la réalité » qui rappelle le manque d’anticipation de Benioff et Weiss concernant la météo irlandaise… il y a les marées ! Mal anticipées sur la vraie page où est tournée la scène d’introduction de Craghas Drahar (qui porte bel et bien un vieux masque de la Harpie et 4h de maquillage de grisécaille), elles ont forcé les équipes à tourner la bataille en studio à ciel ouvert. On peut noter quelques petites anecdotes plutôt sympa sur cette séquence d’ailleurs, comme la falaise en trompe-l’œil en arrière plan qui a été peinte et conçue à l’ancienne comme dans un film des années 60 ou encore les masses d’armes creuses gorgées de faux sang, prévues pour éclater au moindre impact (spoiler alert : ils les ont toutes utilisées sur le tournage).
    Au rayon des « ça a failli mal se terminer » du tournage, on peut noter la crue de la rivière qui a submergé le campement de la chasse. On peut encore apercevoir d’énormes flaques sur les plans finaux, mais globalement, le travail investi a manqué d’être saccagé le premier jour du tournage par la météo. Certains techniciens évoquent Lost in La Mancha de Terry Gilliam, et franchement, les images montrent qu’on est pas loin (de l’eau à mi-mollet avec des techos qui courent ranger le matériel depuis la tente de maquillage). Sans compter les 1200 figurants présents ce jour-là pour donner vie à la chose.

    Les costumes de House of The Dragon ont bien sûr ébloui pas mal de monde et une différence par rapport à Game of Thrones a été la possibilité pour les équipes de fabriquer leurs propres tissus eux-mêmes. À ce titre, la recherche du vert de la robe d’Alicent a pris plusieurs semaines. On peut regretter cependant, comme pour les détails des décors, que le montage du docu laisse à peine le temps de s’attarder sur certains points qui ont l’air assez fou (les écailles de l’armure de Rhaenys par exemple).

    …. et c’est tout pour aujourd’hui ! J’ai encore quelques trucs sous le coude mais je vous en ferai part plus tard 🙂

    • Ce sujet a été modifié le il y a 1 semaine et 4 jours par Crys.
    #187157
    Babar des Bois
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    C’est super intéressant, merci Crys pour le compte-rendu =)

    S’il y a bien un truc qui frappe, c’est la démesure du projet. On le sentait en voyant les épisodes, mais là quand on voit certains décors, c’est vraiment frappant. Que ce soient les sets « studio extérieur » du Donjon rouge, du tournoi ou de la plage des Degrés de Pierre ou même le détail des costumes qui est tout simplement fou. On a vraiment à peine le temps d’embrasser le boulot qui a été fourni en voyant les épisodes sur le plan visuel.

    Un vrai questionnement cette dernière phrase. J’ai tout du long de la série été extrêmement frustrée de ne pas assez voir à l’écran (luminosité / temps passé dessus) tout le détail et le travail fait derrière. A se demander aussi si aujourd’hui les décors / costumes / Accessoires ne sont pas également pensé pour avoir une existence derrière le tournage, dans des expos par exemple.
    (et quand est-ce qu’on achète une machine 3D pour cette maquette ? :o)

    En témoigne le décor du Donjon Rouge

    Je suppose que ce décor là sera réutilisé pour la saison 2 ?

    #hihihi
    Co-autrice de "Les Mystères du Trône de Fer II - La clarté de l'histoire, la brume des légendes" (inspirations historiques de George R.R. Martin)

    #187167
    Crys
    • Pisteur de Géants
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    En témoigne le décor du Donjon Rouge

    Je suppose que ce décor là sera réutilisé pour la saison 2 ?

    J’espère qu’ils auront pensé à cet investissement sur du long terme aussi, un peu à la manière dont la Grande Salle de Poudlard a été pensée en 2000 (avec un sol en pierre au lieu du traditionnel polystyrène). Ce serait pas déconnant, mais les studio Leavesden accueillant énormément de tournages et celui de HOTD pour sa partie studio remontant à début 2021, je suis pas bien sûr qu’ils aient pas tout cassé (après tout le renouvellement n’a eu lieu qu’un an et demi plus tard). Pareil, le décor extérieur du Donjon Rouge a du être démoli je pense pour accueillir la plage des Degrés et le plateau « bateau » qui apparemment était bien plus imposant, modulable et mobile que celui de Game of Thrones. De mémoire le plateau « bateau » de GoT était démonté et rangé à la fin de chaque saison. Là je saurais pas trop dire comment ça se passe. A Belfast, GOT était le plus gros tournage annuel du studio sur place, alors que là, HOTD est noyé au milieu d’une flopée de blockbusters… à voir !

    Tiens d’ailleurs en parlant plateau, j’ai oublié de mentionner que la grande salle d’Harrenhall au début de l’épisode 1 est en réalité la salle du Trône de Fer mais pas terminée. Ils ont monté le sol et les marches qui montent au trône, puis ils ont tourné en mettant du fond vert partout. Et tant qu’on est à Harrenhal, l’acteur qui joue Jaehaerys avait pas été payé pour un rôle parlant, donc il voulait pas parler, ce qui a donné la mise en scène qu’on connaît. Pour les plus nerds de Star Wars (comme Ryan Condal qui est en mode fanboy dans le reportage), il s’agit de celui incarnant Bib Fortuna. Pour ceux comme moi qui voient pas du tout le perso, c’est lui.
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    #187171
    DJC
    • Patrouilleur Expérimenté
    • Posts : 327

    Super intéressant, merci pour le compte-rendu et les compléments !

    Des extraits Behind The Scene sont sortis sur youtube :

    Et des histoires de scènes de dragons :

     

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