Portrait de famille

Ce sujet a 8 réponses, 3 participants et a été mis à jour par  Ysilla, il y a 1 an et 2 mois.

9 sujets de 1 à 9 (sur un total de 9)
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  • #24289

    R.Graymarch
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    Portrait de famille est une nouvelle de 1985 (pour la VO) qui a obtenu le prix Nebula. Vous la trouverez notamment dans le recueil Dragon de glace, recueil disparate composé de deux nouvelles fantasy et deux autres plus fantastico-bizarro-horreur.

    Cette nouvelle termine l’ouvrage et apparaît bien banale au début (comme la précédente mais sur une durée plus longue). On y croise Richard Cantling, un écrivain quinquagénaire qui vit désormais loin de la civilisation et qui vient de se fâcher avec sa fille. Il reçoit des tableaux par la poste et au cours de nuits fort étranges, on en apprend plus sur son rapport avec les personnages de ces livres.

    La construction de cette nouvelle est un bijou. Petit à petit, on en apprend de plus en plus sur la carrière d’écrivain (plus ou moins fructueuse) de Richard et aussi sur sa vie personnelle. De banal, cela devient de plus en plus intense et haletant. Même si encore une fois, la fin est un peu trop ambiguë (un peu).

    Évidemment, le lecteur est tenté de transposer ça à GRRM : un écrivain « doit-il » se comporter de la même façon pour connaître, préserver ou retrouver le succès. J’espère que non mais la question se pose et j’avoue que j’ai trouvé ça vertigineux Alors peut-être que je me fais plaisir en imaginant que GRRM n’est pas si loin que ça de Richard (ou qu’il écrit ça comme repoussoir). En tout cas, c’est encore une fois très bien mené.

    Et vous, vous en avez pensé quoi ?

    Je sers la Garde et c'est ma joie. For this night, and all the nights to come
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    DOH. #TeamLoyalistsForeverUntilNow. L’élu des 7, le Conseiller-Pyat Pree qui ne le Fut Jamais

    #24458

    Ysilla
    • Pisteur de Géants
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    La construction de cette nouvelle est un bijou.

    J’ai lu la nouvelle Portrait de famille tout d’une traite, hier après- midi et je suis bien d’accord avec toi, Graymarch, c’est un récit d’excellente facture.

    Pour info, ce n’est pas dans le recueil  Le dragon de glace que j’ai lu Portrait de famille et L’homme en forme de poire, mais dans l’énorme compilation de plus de 1500 pages que Pygmalion a publiée en novembre dernier sous le titre de de R.R.ÉTROSPECTIVE – un peu bizarre comme titre-mot-valise -. L’ouvrage contient 34 nouvelles et scénarios de GRR dont certains déjà parus comme le Volcryn, le Chevalier errant, le Dragon de Glace…

    Quelques mots sur la traduction – ou plutôt sur la qualité de la langue française employée, car je n’ai pas le texte en vo –  : c’est très agréable à lire, le style est fluide, le vocabulaire de bonne tenue sans être obscur , à part à la première page, le pléonasme voire même qui m’a piqué les yeux.. ça fait pas sérieux , ça !

    Pour le fond, je n’ai  rien à rajouter aux excellents commentaires de Graymarch, sinon une petite réflexion sur la fin de la nouvelle :

    Je crois comprendre que mon frère n’aime pas trop les ambiguïtés finales ; et moi, je serais allée plus loin : à mon avis, le paragraphe final est inutile et trop prosaïque, après la confusion des dernières lignes. J’aurais conseillé à GRR (non, mais pour qui elle se prend celle-là ! ^^) , je lui aurais donc conseillé d’achever sur « sa famille. Ses personnages. Ses enfants. » Une conclusion sèche, énigmatique,  soutenue par une syntaxe aussi sèche, sans fioriture,  en trois phrases nominales, métaphore du dessèchement de la vie humaine de Cantling. Pour la vie littéraire, ça se discute, là est la problématique de la nouvelle.

    Je vais plutôt aborder rapidement les thèmes de la nouvelle :

    Quelques commentaires en vrac sur les thèmes abordés : je pense  qu’on retrouve dans cette nouvelle, ainsi que dans l’homme en forme de poire, l’un des thèmes fondateurs de ASOIAF : le thème de l’identité ou plutôt de l’identité confuse, qui se diffracte en figures dérangeantes mais abordées avec beaucoup de finesse par GRR :

    • le thème de la dévoration = la crainte et/ou le désir  d’être annihilé soi-même ou d’annihiler l’autre en étant « absorbé » ou en l' »absorbant », en étant « découpé » ou en le « découpant ». Les deux nouvelles sont très claires là-dessus. Et ASOIAF devrait être relu sous cet angle- là (Theon, le Rat Coq, Skagos, Brienne … entre autres)

    Cantling, pour user d’une métaphore rabelaisienne, porte à son plus haut point, l’art de puiser dans la substantifique moelle.

    • le thème de la relation incestueuse – vue ici sous un angle fantasmatique et symbolique, qui unit le thème de l’identité et de l’annihilation de soi-même et/ou de l’autre : Portrait de famille en est une brillante démonstration.

    Enfin pour achever ces réflexions rapides, j’ajoute que Cantling est à la fois l’écrivain que GRR serait tenté d’être = un ogre – il l’est déjà physiquement IRL ^^ et aussi la victime de l’ogre, si l’ogre est l’oeuvre ; mais Cantling est aussi l’écrivain que n’est pas GRR : pour le peu que je sache de lui, il accorde beaucoup d’importance à sa vie personnelle et affective, quitte à nous laisser attendre, attendre, attendre…

    Juste avant de terminer, un point vient de me frapper en écrivant « attendre, attendre, attendre »– et je laisse à un autre frère le soin d’approfondir…dans cette histoire de genèse littéraire, manque un personnage important : le lecteur  qui n’entre dans la danse fugitivement que comme facteur économique…

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 an et 3 mois par  R.Graymarch.

    "Ce ne sont pas nos aptitudes qui montrent ce que nous sommes, ce sont nos choix."

    #24467

    R.Graymarch
    • Vervoyant
    • Posts : 5043

    Je ne sais pas si GRRM aime bien la moelle, mais toi c’est plutôt le gras ? 😀 (et l’italique)

    Je trouve que le thème de l’identité est plutôt en arrière-plan par rapport aux autres cités. Cela dit, vu qu’on parle d’écrivain ma mise en abyme est forcément un élément qu’on prend (trop ?) en compte. Quant au côté « ogresque », physiquement parlant, en 1985, j’ai des doutes. Pour l’ogre métaphorique, on sent surtout (ou c’est que moi) que Richard n’a « que ça » pour retrouver le succès, bref il pourrait se convaincre qu’il n’avait pas le choix

    Au sujet de la fin

    Spoiler:
    Je dis ça de mémoire car je n’ai plus la nouvelle. Il commande les portraits envoyés pour les mettre en couverture de ces livres, non ? Pour moi, c’est un peu un symbole pour reconnaître le talent de sa fille, mais surtout un « aveu » que ses personnages ont remplacé sa famille. De toute façon, il ne lui reste plus que sa fille et elle a coupé les ponts. Je me demande si on peut pas rapprocher ça de Pygmalion, quelque part. L’artiste isolé, avec son oeuvre.

    En revanche, on peut imaginer que les apparitions nocturnes sont fantasmées. Ou sinon sa fille est une magicienne^^

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    #24543

    Ysilla
    • Pisteur de Géants
    • Posts : 1288

    Je ne sais pas si GRRM aime bien la moelle, mais toi c’est plutôt le gras ? (et l’italique)

    Damned ! Graymarch, tu as grillé un de mes travers d’écriture !^^ La concision n’est pas une de mes qualités et quand je m’aperçois que j’ai pondu un gros pavé, pour éviter une longue lecture fastidieuse aux frères et sœurs, je mets en gras les mots-clés. Mais c’est excessif, sans aucun doute.
    Et encore, je n’utilise pas la couleur ! ^^

    Quant au côté « ogresque », physiquement parlant, en 1985, j’ai des doutes.

    Ta remarque est fondée : emportée par ma démonstration, j’ai négligé la chronologie, encore que sur ses photos de jeunesse, GGR Martin me paraisse solidement charpenté.

    au sujet de la fin

    Spoiler:

    Il commande les portraits envoyés pour les mettre en couverture de ces livres

    je pense que oui  l’artiste « polie » est sa fille, sans aucun doute, puisqu’elle mentionne qu’elle retourne à New-York pour y être illustratrice dans une maison d’édition.

    Pour moi aussi , c’est le symbole qu’il a basculé et qu’il s’est adressé à sa propre fille comme à une étrangère.

    Je trouve que le thème de l’identité est plutôt en arrière-plan par rapport aux autres cités.

    Dans la mesure où je relie le thème de la dévoration et de l’inceste au terme plus générique de l’identité, je pense que c’est vraiment l’idée qui domine le texte mais je conviens qu’il faut en préciser les contours.

    Par identité, j’entends surtout la permanence d’un moi autonome, indépendant ( je me retiens de le mettre en gras.^^ ) et dans Portrait de famille autant que dans L’homme en forme de poire, on voit cette permanence menacée.

    Spoiler:

    Les mutilations que Michelle inflige à son autoportrait reproduisent le viol psychique perpétré par son père.

    Un des personnages, Chaipaqui, je crois, accuse son géniteur d’écrivain de vampirisme : Cantling aspire bien la substantifique moelle des individus qu’il a croisés au cours de son existence.

    Et je ne parle pas de la scène hallucinante où Cantling recueille les confidences de sa fille : elle est d’une extraordinaire perversité – le récit du viol qui se doublera plus tard d’un viol psychique – le lieu de ses confidences : le lit ! le très trouble dans le contexte du passage « Montre-moi où ça fait mal » fait de la scène une scène d’inceste symbolique où se brouillent les repères de filiation.

    Une petite question sur le personnage Edward Shewpakee : c’est un nom très bizarre et son alternative phonétique l’est encore plus  : Chaipaqui, j’aurais plutôt transposé en Chioupaqui.

    Je délire sans doute, mais je n’ai pu m’empêcher de lire « Ch’ais pas qui » → « je ne sais pas qui » …pas mal pour un personnage qui emprunte à quantité de relations de Cantling.

    Je commets un beau biais de confirmation ? ^^

    Qui a lu le texte en anglais pour savoir quel est l’original de Chaipaqui ?

    edit : ou alors Shewpakee n’est pas dans le texte original ? Ce serait alors une adaptation de la traductrice pour permettre la transcription phonétique- jeu de mots : chaipaqui / je ne sais pas qui.

    ce qui laisserait supposer pour le personnage d’Edward, un nom où l’on trouverait quelque chose comme « not-know-who » ?

     

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 an et 3 mois par  Ysilla.

    "Ce ne sont pas nos aptitudes qui montrent ce que nous sommes, ce sont nos choix."

    #24559

    Ysilla
    • Pisteur de Géants
    • Posts : 1288

    Je complète mon post précédent :

    Ce que je subodorais est exact :

    le nom Shewpakee du personnage Edward est bel et bien une adaptation de la traductrice française pour aboutir à la transcription Chaipaqui → Je ne sais pas qui.

    on peut tomber sur une  partie du texte en vo en passant par Google livres avec comme mots-clés : edward + dreamsongs ( titre du recueil où est paru Portraits of his children en vo)

    Edward se nomme en vo Edward Donohue et Donohue peut se lire à peu près comme « don’t – know – who » autrement dit « je ne sais pas qui ».

    Ce qui valide la  question de l’identité, de la permanence du moi menacée dans la nouvelle Portraits de famille.

    J’avoue que je suis assez contente de moi !^^

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    #25974

    R.Graymarch
    • Vervoyant
    • Posts : 5043

    Donohue est un nom irlandais assez courant donc ça passe mieux en VO. Car Chaipaki fait au mieux un peu amérindien. Mais la traduction était un peu obligatoire pour transcrire l’esprit. Même si ça « coule » moins bien.

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    #25976

    DNDM
    • Pisteur de Géants
    • Posts : 1387

    La construction de cette nouvelle est un bijou. Petit à petit, on en apprend de plus en plus sur la carrière d’écrivain (plus ou moins fructueuse) de Richard et aussi sur sa vie personnelle. De banal, cela devient de plus en plus intense et haletant. Même si encore une fois, la fin est un peu trop ambiguë (un peu). Évidemment, le lecteur est tenté de transposer ça à GRRM : un écrivain « doit-il » se comporter de la même façon pour connaître, préserver ou retrouver le succès. J’espère que non mais la question se pose et j’avoue que j’ai trouvé ça vertigineux. Alors peut-être que je me fais plaisir en imaginant que GRRM n’est pas si loin que ça de Richard (ou qu’il écrit ça comme repoussoir). En tout cas, c’est encore une fois très bien mené.

    J’ai aussi adoré cette nouvelle. Et oui, GRRM met dedans beaucoup de lui-même, de ses peurs, de ses expériences d’écrivain. Je ne pense pas qu’on puisse fabriquer un tel niveau de sincérité. Il le dit lui-même dans la partie « Le cœur en conflit« , d’ailleurs, qui introduit ce segment d’histoires dans Dreamsong – A RRetrospective.

    This is a story about writing, and the price we writers pay when we mine our dreams and fears and memories.

    Vertigineux, oui.

    Faudra que je la relise, vos échanges sous spoiler me font penser qu’on a pas la même interprétation de ce qui est réel et de ce qui ne l’est pas dans cette histoire. Mais pour le coup, c’est intéressant, et ça joue plutôt en faveur du choix de GrrM de faire une fin ambigüe; chacun y voit un peu ce qu’il veut.

    Auteur de "Les mystères du Trône de Fer – Les mots sont du vent": https://www.lagardedenuit.com/forums/sujets/les-mysteres-du-trone-de-fer-les-mots-sont-du-vent/
    Présentation & autres pub(lications) : www.lagardedenuit.com/forums/sujets/presentation-dndm/

    #25997

    R.Graymarch
    • Vervoyant
    • Posts : 5043

    Merci pour ces ajouts. Je me dis quand même que l’auteur de 37 ans écrit sur un auteur à succès quinquagénaire. Je me demande si ce n’est pas pour un effet repoussoir comme j’écrivais au dessus.

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    #26008

    Ysilla
    • Pisteur de Géants
    • Posts : 1288

    Donohue est un nom irlandais assez courant donc ça passe mieux en VO. Car Chaipaki fait au mieux un peu amérindien. Mais la traduction était un peu obligatoire pour transcrire l’esprit. Même si ça « coule » moins bien.

    J’ai mis la main sur la version espagnole, la semaine dernière, curieuse  de savoir comment le nom « Donohue » serait adapté : j’en ai été pour mes frais – c’est le cas de le dire –

    « Edward Donohue. Dunnahoo, como lo llamaban sus amigos y sus colegas, también personajes de Pasando el rato, la primera novela de Richard Cantling. »

    Le traducteur ou la traductrice a refusé l’obstacle ^^ et n’a pas traduit, soit que l’adaptation soit impossible ( il faudrait déformer « no sé quién » pour obtenir un patronyme à consonance vaguement anglophone) ou alors le traducteur n’a pas perçu le jeu de mots Donohue / Dunnahoo/ don'(t)know who ?

     

    "Ce ne sont pas nos aptitudes qui montrent ce que nous sommes, ce sont nos choix."

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