Winter is coming : Une brève histoire politique de la fantasy, par William Blanc

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  • Ce sujet contient 4 réponses, 5 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par MELT527, le il y a 4 jours et 11 heures.
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  • #130565
    Nymphadora
    • Vervoyant
    • Posts : 6217

    Je triche un peu : ce court ouvrage (128 pages) n’est pas formellement un essai consacré uniquement à notre saga favorite, mais l’auteur y fait la part belle à Martin, et avec un tel titre… plaçons le dans le rayon des parutions en lien avec ASOAIF ^^

    Cet essai promet donc une brève analyse de l’histoire politique de la fantasy. Il se compose en fait de trois chapitres distincts qui nous parlent de trois figures de la fantasy par le prisme du message politique porté par leur oeuvre.

    L’essai commence par aller aux sources de la fantasy en nous parlant de l’oeuvre de William Morris, auteur de l’époque victorien peu connu par chez nous (en tous les cas, personnellement je ne suis absolument pas familière de son oeuvre^^), et pourtant apparemment très prolixe : artiste, penseur politique, écrivain et éditeur, ce père de la fantasy mettait en avant des communautés quasi-utopiques et proches de la nature, pour mieux illustrer les ravages du monde moderne.

    L’ouvrage enchaîne ensuite sur un chapitre consacré à l’oeuvre de Tolkien. Marqué par la guerre et la destruction apportée par l’industrialisation, l’auteur porte au travers des Hobbits et de la Comté un message tourné vers la nature.

    Enfin, l’essai nous parle de Martin. Revenant aux sources de sa vision politique au travers de mentions à Armaggedon Rag (il est formidable, lisez-le ! Et c’est effectivement probablement l’oeuvre la plus politique de Martin), il enchaîne sur le lien que l’on peut faire entre l’arrivée des Autres et le réchauffement climatique. Je vous avoue avoir eu un peu peur au début : Martin s’est toujours défendu d’avoir écrit sciemment une oeuvre dénonçant l’inaction face au réchauffement climatique. Mais William Blanc est bien au courant et montre bien comment, si il y a une dizaine d’année, Martin expliquait à quel point ce lien était ridicule à ses yeux, la conscience environnementale, et l’esthétique de la série télé ont progressivement estompé ce discours pour que Martin lui-même reconnaisse que les liens peuvent être faits, même si ils n’étaient pas intentionnels.

    Puis l’ouvrage nous offre quelques bonus : des textes courts de Blanc sur des thématiques complémentaires (les dragons, les saisons, le jeu de rôle, la figure de Conan..), une iconographie ainsi qu’une bibliographie commentée.

    Une final, cette lecture ouvre plein de pistes vraiment intéressantes.. mais elle m’a laissée sur ma faim : on est vraiment sur une « brève histoire ». Rapide à lire, didactique et clair, ça va à l’essentiel, mais on en voudrait plus en creusant certains aspects. En tout cas, cet ouvrage est une bonne introduction au thème.

    ~~ Always ~~

    #130853
    Ysilla
    • Terreur des Spectres
    • Posts : 1753

    J’ai lu l’ouvrage de William Blanc cet automne. C’est vrai qu’il est très court mais passionnant à découvrir et j’en recommande la lecture, comme toi, Nympha.

    L’essai commence par aller aux sources de la fantasy en nous parlant de l’oeuvre de William Morris, auteur de l’époque victorien peu connu par chez nous

    Pour compléter ton paragraphe, Nympha, j’ajoute qu’il éclaire bien l’arrière-plan politique de l’émergence de la fantasy au 19ème siècle ; de quoi apporter une solide contradiction aux contempteurs du genre qu’ils accusent de livrer systématiquement ses lecteurs à un escapisme dangereux, en leur retirant toute velléité d’intervenir dans la vie civique.

    En quelques lignes, appuyées par des références bibliographiques précises, William Blanc montre justement que la création d’univers secondaires au 19ème siècle a eu une dimension politique contestatrice de la Révolution Industrielle. Ce qui ne signifie pas d’ailleurs que toute la production de fantasy passée ou actuelle relève de la pensée politique, loin s’en faut, et ce serait de toute façon navrant que toute œuvre ne gagne de légitimité qu’à l’aune d’une visée politique ou sociétale.

    Mais je ne vais surtout pas reprocher à William Blanc d’envisager la fantasy sous cet angle – c’est le sujet du bouquin – car son propos, à ce qu’il m’a semblé, ne tombe jamais dans l’approche dogmatique et il distingue bien la dimension créatrice et politique de certaines œuvres et  les revendications politiques qui s’appuient sur une lecture orientée – parfois justifiée et parfois fantaisiste des œuvres, ça c’est un autre débat.-

    Voici le seul minuscule reproche que j’adresse à William Blanc : n’avoir pas égratigné au passage le délire interprétatif – qu’il soit philosophique et/ou politique de ASOIAF ou de son avatar télévisuel auquel se livrent des commentateurs pour qui le texte – quand ils l’ont vraiment lu ? – devient un prétexte.

    [William Blanc] enchaîne sur le lien que l’on peut faire entre l’arrivée des Autres et le réchauffement climatique. Je vous avoue avoir eu un peu peur au début : Martin s’est toujours défendu d’avoir écrit sciemment une oeuvre dénonçant l’inaction face au réchauffement climatique. Mais William Blanc est bien au courant et montre bien comment, si il y a une dizaine d’année, Martin expliquait à quel point ce lien était ridicule à ses yeux, la conscience environnementale, et l’esthétique de la série télé ont progressivement estompé ce discours pour que Martin lui-même reconnaisse que les liens peuvent être faits, même si ils n’étaient pas intentionnels.

    En effet, GRRM concède tout au plus que les commentateurs du 21ème siècle puissent établir une possible analogie avec le changement climatique, analogie des commentateurs que je trouve plutôt bancale, car nous sommes menacés par un réchauffement global et surtout exponentiellement rapide, d’origine vraisemblablement anthropique et unique en son genre tandis que, d’après ce que nous en savons, Westeros est menacé par le retour d’une espèce de glaciation ; si l’origine première de cet événement climatique est peut-être la conséquence d’actions humaines d’après la série, le texte d’ASOIAF  lui-même ne nous a jusqu’à présent rien dit ni sur l’origine du phénomène, ni sur le pourquoi du retour de la Longue Nuit à un moment donné et encore moins sur l’implication des humains dans ce retour.

    GRRM a précisé que l’idée de la Longue Nuit lui est venue du souvenir du chaos provoqué par une exceptionnelle tempête de neige qui s’est abattue sur Chicago en 1967

    There was so much snow that winter, you couldn’t see, all snow, all ice, and it was so very cold.

    It was like the trenches during World War I, but they were trenches of ice. I remember walking through the trenches and the tunnels of ice, the wind blowing so you couldn’t even see. It’s an experience that never left me.

    À noter que l’analogie qui lui vient à l’esprit est celle des tranchées de la Première Guerre Mondiale, ce qui renvoie plutôt à l’expérience traumatique de JRR Tolkien dont il est un grand lecteur et admirateur, expérience justement évoquée par Blanc dans le paragraphe La fantasy et la Grande Guerre

    Quant à l’interview du New-York Times , quand on lit très attentivement GRRM, outre qu’il rappelle, comme tu le remarques, Nympha,  qu’au moment où il a écrit le premier tome, personne dans le grand public n’a conscience du changement climatique, en aucune façon il n’établit de comparaison stricto sensu entre la Longue Nuit et la modification climatique ; le parallèle  souligné et c’est important, à posteriori,  est seulement celui de l’aveuglement des hommes qui consacrent leur énergie à lutter pour le pouvoir, l’accumulation des biens, sans voir qu’un immense danger les menacent.

    It’s kind of ironic because I started writing “Game of Thrones” all the way back in 1991, long before anybody was talking about climate change. But there is — in a very broad sense — there’s a certain parallel there. And the people in Westeros are fighting their individual battles over power and status and wealth. And those are so distracting them that they’re ignoring the threat of “winter is coming,” which has the potential to destroy all of them and to destroy their world. And there is a great parallel there to, I think, what I see this planet doing here, where we’re fighting our own battles.

    GRRM a choisi le mot juste : il s’agit seulement d’un parallèle et j’ai mis en gras ses précautions lexicales ; et comme chacun sait deux parallèles vont certes dans la même direction (laquelle, ça on ne le sait pas) mais ne se rejoignent jamais. 😉

    Quant à la thématique littéraire de l’aveuglement des humains, elle est tellement commune que c’en est un cliché. Destins individuel ou collectifs, on trouve pléthore de références à cette cécité ontologique dans la Bible, la mythologie gréco-romaine et j’en passe…Ça remonte au Déluge, si j’ose dire…😂

    Autant affirmer alors que le suisse Ferdinand Ramuz a lui aussi métaphorisé le changement climatique et l’aveuglement humain en écrivant sa très belle histoire de glacier suspendu qui rompt et engloutit tout un village dont les habitants s’entre-déchirent dans des querelles personnelles dans La Grande Peur de la Montagne …en 1926. 😅

    J’attends ironiquement avec impatience les articles qui vont nous expliquer que GRRM a prévu le Covid-19 avec le Fléau de Printemps.

     

    "L'imaginaire se loge entre les livres et la lampe...Pour rêver, il ne faut pas fermer les yeux, il faut lire."

    #130857
    Aerolys
    • Fléau des Autres
    • Posts : 2829

    Ça m’a l’air intéressant. :O Je le lirais dès que je le pourrais (et j’ai envie de découvrir l’oeuvre de William Morris).

    Toutes les plus belles histoires commencent par une brique sur le pied.

    Si Theon ouvre un bar, c'est le Baratheon.

    Spoiler:
    #170346
    DNDM
    • Fléau des Autres
    • Posts : 2408

    Lu. Mais comme je baigne probablement un peu trop dans ces thématiques, la lecture n’a pas été forcément passionnante. C’était à la fois trop long et trop court, en fait: trop long par rapport à ce que ça raconte, trop court parce que j’aurais avoir plus de choses sur les quelques thématiques que je découvrais.

    Au final, le sous-titre dit clairement les choses: on a là « une brève histoire politique de la fantasy », c’est-à-dire une analyse très rapide de la fantasy en tant qu’objet politique, en se focalisant sur trois grandes étapes symbolisées par trois grands auteurs (Morris, Tolkien, GrrM).

    Mais tant qu’à faire, j’aurais préféré un contenu du genre « Que sais-je », qui brosse très brièvement mais largement les choses, en s’arrêtant sur beaucoup plus d’étapes mais sans perdre de temps à étayer le propos de citations, plutôt que trois parties Morris / Tolkien / GrrM qui m’ont l’air d’aller chacune trop dans les détails par rapport à la promesse du livre.

    Quelque chose du genre Panorama illustré de la fantasy & du merveilleux mais en plus light, qui s’intéresserait uniquement aux aspects politiques et usages politiques de la fantasy à travers le temps, quoi. A y repenser, ledit Panorama fait pas mal ce job, d’ailleurs, même si ce n’est pas son unique objectif.

    Bref, un ouvrage intéressant pour qui découvre l’aspect politique de la fantasy, mais qui laisse sur sa faim, pour moi. Plus un trio d’amuse-bouche qu’un vrai repas. Ceci dit, c’est sûrement l’objectif. Par ex, pour moi les passages sur Tolkien et le refus de l’industrialisation ne contenaient pas de scoop, mais c’était néanmoins intéressant de voir ça posé et formalisé, et ça m’a donné envie de lire un ouvrage complet sur le sujet, si j’en trouve un un jour.

    Auteur de "Les mystères du Trône de Fer", tome I, co-auteur du tome 2: https://www.lagardedenuit.com/forums/sujets/les-mysteres-du-trone-de-fer-les-mots-sont-du-vent/ & https://www.lagardedenuit.com/forums/sujets/les-mysteres-du-trone-de-fer-2/
    Présentation & autres pub(lications) : www.lagardedenuit.com/forums/sujets/presentation-dndm/

    #170588
    MELT527
    • Éplucheur avec un Économe
    • Posts : 26

    On m’avait parlé de cet auteur pour son travail sur la réception du roi Arthur dans le monde (Le Roi Arthur, un mythe contemporain). On m’a vendu cet auteur comme une bonne entrée en matière quand on est pas trop connaisseur du sujet et peu habitué aux essais. C’est assez court pour ne pas tomber des mains et assez documenté pour qu’on est l’impression d’apprendre quelque chose sans être submergé. Mais la cible n’est clairement pas les afficionados de la thématique. Juste une mise en bouche.

    Quand j’aurai lu Le Roi Arthur, je pense que j’essayerai celui-ci. Quelqu’un a-t-il lu celui sur Charles Martel ?

    MELT527
    La lecture est une invitation à l'oisiveté ; l'oisiveté, la mère de tous les vices. Donc, la lecture est un vice. J'étais très vicieux. Robert Brisebois

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