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La pâte de barral

La pâte de barral

La dernière fois que nous avons vu Bran dans la saga, il débutait son apprentissage auprès de la corneille à trois yeux. Afin d’éveiller ses pouvoirs de vervoyant, lord Brynden demandait à Bran d’avaler une pâte blanche veinée de rouge, faite à partir de germes de barral écrasés, puis de libérer son esprit pour entrer, non dans un corps cette fois, mais dans l’arbre-cœur par ses racines.

Bran se retrouve alors dans le barral du bois sacré de Winterfell, et voit par ses yeux plusieurs scènes du passé : son père priant pour que Robb et Jon grandissent tels des frères, et pour obtenir le pardon de son épouse, une fille ressemblant à Arya se battant à coups de branche avec un garçon plus jeune qu’elle, une femme enceinte demandant que son fils la venge, une jeune fille embrassant un chevalier d’une taille peu commune, un jeune homme taillant trois flèches en bois de barral, plusieurs de ses ancêtres, et enfin un sacrifice humain par égorgement.

Aujourd’hui, nous n’allons pas parler de ces scènes du passé, mais de la mystérieuse pâte ingérée par Bran. Une théorie que l’on retrouve beaucoup sur les forums anglo-saxons veut que cette pâte soit constituée du sang de Jojen Reed. Une théorie crédible ? Réunissons les éléments et à vous de juger !

En l’absence de mention contraire, les citations présentes dans cet article sont issues du chapitre 35, Bran III, dans A Dance with Dragons.

“Brandon Stark could taste the blood.”

Brynden Freuxsanglant Rivers et Bran Stark, par Marc Simonetti

Brynden Freuxsanglant Rivers et Bran Stark, par Marc Simonetti

Nous sommes dans le dernier chapitre de Bran dans ADWD. Après un long périple au-delà du Mur, Bran, Meera, Jojen, Hodor et Été ont rejoint la grotte des enfants de la forêt, et le jeune Stark va débuter son apprentissage auprès de la corneille à trois yeux. Mais, alors qu’ils sont enfin à l’abri, tout concorde dans ce dernier chapitre de Bran à plonger le lecteur dans une ambiance inquiétante.

Tout commence par une lune menaçante :

The moon was a crescent, thin and sharp as the blade of a knife.
*
La lune formait un croissant, fin et tranchant comme une lame de couteau.

Les spectres assiègent l’entrée de la caverne mais ne peuvent y rentrer. À l’intérieur, l’enfant brisé, assis sur un siège de racines de barral, écoute les chuchotements dans l’obscurité. Le vocabulaire que l’on retrouve ensuite dans ce chapitre est un vocabulaire de mort et de putréfaction : les corbeaux picorent la peau de l’enfant comme des vautours s’attaqueraient à un corps, on nous parle de chair, d’abysses, d’odeurs putrides, de squelettes, d’os et de sang… Tout au long du chapitre s’installe une atmosphère de malaise et de mort. Si Bran nous parle de rêves, on est en plein cauchemar plutôt que dans un joli songe.

Some days Bran wondered if all of this wasn’t just some dream. Maybe he had fallen asleep out in the snows and dreamed himself a safe, warm place. You have to wake, he would tell himself, you have to wake right now, or you’ ll go dreaming into death.
*
Certains jours, Bran se demandait si tout cela n’était pas un simple songe. Peut-être s’était-il endormi dans la neige et se rêvait-il au chaud, en sécurité. Il faut te réveiller, se répétait-il, tu dois te réveiller tout de suite, ou tu continueras à rêver jusqu’à la mort.

La lune menaçante qui ouvre le chapitre rythme le passage du temps : dans un jeu de répétitions comme aime à le faire Martin, elle se fait tour à tour tranchante telle une lame, puis ronde et repue, et ainsi de suite, suggérant la mort qui rode et se nourrit de ses proies. Une ambiance de fatalité pesante, qui plonge le lecteur dans une atmosphère lugubre.

George R.R. Martin a écrit nombre de récits d’horreur, et, dans ce chapitre, il met à profit son expérience pour nous livrer un récit à l’ambiance sinistre qui fait craindre le pire au lecteur pour les personnages, et éveille en nous des craintes plus glauques les unes que les autres.

Et dans cette atmosphère, voilà que la corneille à trois yeux donne à avaler à l’enfant une pâte veinée de rouge, qui rappelle du sang.

Something about the look of it made Bran feel ill. The red veins were only weirwood sap, he supposed, but in the torchlight they looked remarkably like blood. He dipped the spoon into the paste, then hesitated.
*
Quelque chose dans l’aspect de la substance donna la nausée à Bran. Les veines rouges n’étaient que de la sève de barral, supposait-il, mais à la lueur de la torche elles avaient une remarquable ressemblance avec le sang. Il plongea la cuillère dans la pâte, puis hésita.

Il n’en faut pas plus aux fans de la saga pour imaginer une intrigue sordide : alors que l’on sait que Jojen n’est pas en forme depuis un bon moment, qu’il est introuvable en fin de chapitre (de même que Meera), beaucoup sautent aux conclusions et supposent que la pâte de barral était en fait constituée du sang de Jojen qui aurait été mis à mort par les enfants de la forêt.

La magie et le sang

« Will this make me a greenseer? » « Your blood makes you a greenseer, » said Lord Brynden. « This will help awaken your gifts and wed you to the trees. »
*
« Est-ce que ça va me transformer en vervoyant ?
— C’est ton sang qui fait de toi un vervoyant, répondit lord Brynden. Ceci t’aidera à éveiller tes dons et te mariera aux arbres. »

Sang et magie sont intimement liés dans l’œuvre. On nous parle de sang-magie, on sait que pour Mélisandre le sang de roi a des pouvoirs incommensurables, … mais si l’on associe souvent cette magie du sang à Essos et ses sorciers, elle n’est pas l’apanage de l’Est : la tradition veut également que les Premiers Hommes aient pratiqué des sacrifices humains sanglants en l’honneur des anciens dieux, le sang des sacrifices étant bu par les barrals.

Ainsi, alors que Brynden nous annonce que le sang fait de Bran un vervoyant, il n’est pas si capillotracté de penser que le sang de sacrifices, en particulier le sang de vervoyants, pourrait améliorer ses capacités. Le sang semble être un élément amplificateur de la magie tout au long de l’œuvre.

Rien ne dit que l’on parle du sang de Jojen pour autant (rappelons que Jojen n’est pas vervoyant d’ailleurs, il a simplement ce que l’on qualifie de « rêves verts »), mais la sève rouge du barral peut aussi avoir pris cette couleur par les vervoyants qui se fondent dans ses racines, comme c’est le cas de Brynden Rivers, et, en ce sens, même en ingurgitant de la « simple » pâte de barral, Bran consomme peut-être bien symboliquement du sang.

Au-delà de son apparence, voyons maintenant ce que l’on sait du goût de cette fameuse pâte :

“It had a bitter taste, though not so bitter as acorn paste. The first spoonful was the hardest to get down. He almost retched it right back up. The second tasted better. The third was almost sweet. The rest he spooned up eagerly. Why had he thought that it was bitter?”
*
Ça avait un goût amer, quoique point autant que la pâte de glands. La première cuillerée fut la plus difficile à avaler. Il faillit la rendre aussitôt. La seconde eut meilleur goût. La troisième était presque sucrée. Il enfourna le reste avec avidité. Pourquoi l’avait-il trouvée amère ? La pâte avait un goût de miel, de neige fraîchement tombée, de poivre et de cannelle et du dernier baiser que lui ait jamais donné sa mère. L’écuelle vide lui glissa des doigts et sonna sur le sol de la caverne.

La pâte n’a donc pas spécialement le goût du sang. Si la recette de la pâte contient du sang, le goût en est en tous cas masqué, ce qui milite plutôt pour penser qu’il s’agit bien de ce que l’on pense que c’est : « juste » de la pâte de barral.

Mais il est intéressant de noter que cette description fait écho à celle de l’ombre-du-soir, à l’odeur de chair putréfiée, que Daenerys boit lorsqu’elle se rend dans l’hôtel des Nonmourants. Cette boisson, censée ouvrir la perception magique de celui qui la consomme, a un goût changeant et semble s’adapter au vécu de celui-ci. La première gorgée qu’en prend Daenerys la dégoûte, mais alors qu’elle continue à boire, la boisson devient mielleuse, et elle l’avale goulûment.

The first sip tasted like ink and spoiled meat, foul, but when she swallowed it seemed to come to life within her. She could feel tendrils spreading through her chest, like fingers of fire coiling around her heart, and on her tongue was a taste like honey and anise and cream, like mother’s milk and Drogo’s seed, like red meat and hot blood and molten gold. It was all the tastes she had ever known, and none of them … and then the glass was empty.
*
La première goutte avait sur les papilles un goût d’encre et de viande avariée, mais l’absorption en dissipa la fétidité, et Daenerys eut le sentiment que le liquide, en elle, venait à la vie, s’animait. Cela faisait comme des vrilles qui se développaient dans sa poitrine et qui, tels des doigts de feu, lui enserraient le cœur, elle avait sur la langue des saveurs qui évoquaient le miel, la crème et l’anis, le lait maternel et la semence de Drogo, le sang chaud, la viande rouge et l’or en fusion. A la fois toutes les saveurs qu’elle avait connues et aucune d’elles… – et la flûte se retrouva vide.

A Clash of Kings, Daenerys IV

Et autre détail intéressant : l’ombre-du-soir est tirée d’un arbre au tronc noir, avec des feuilles bleues. Un miroir parfait de notre barral blanc aux feuilles rouges.

S’il n’est pas établi que l’ombre-du-soir contienne du sang, elle est associée à des rituels des conjurateurs de Qarth. Rien ne dit que les Conjurateurs pratiquent la sang-magie… mais l’on sait néanmoins que, lorsqu’ils furent appelés par Randyll Tarly pour pratiquer un rituel sensé vaincre la couardise de son fils Samwell, ils ont égorgé un buffle, puis ont baigné l’enfant dans son sang. De facto, entre l’imaginaire d’Essos associé à la sang-magie, et ce rituel sanglant, peu de lecteurs seraient surpris d’apprendre que le sang est un élément clef de la recette de l’ombre-du-soir. Et ces mêmes lecteurs ne seraient donc pas plus surpris d’apprendre que la recette de la pâte de barral n’est pas hyper vegan-friendly. Reste à voir pourquoi le sang en question serait spécifiquement celui du jeune Paludier et non pas simplement le résidu de sang sacrificiel donné en engrais au barral…

Jojen Reed, la mort aux trousses

« My task was to get you here. My part in this is done ».
*
« J’avais pour tâche de te conduire ici. Mon rôle est achevé. »

Meera et Jojen Reed, par Amok

Jojen nous l’a annoncé dès ACOK (intégrale 2) : il connaît les circonstances de sa mort. Au cours du périple qui l’amène avec Bran au-delà du Mur, le jeune Paludier nous répète d’ailleurs régulièrement que le jour de sa mort n’est pas encore arrivé. Mais, alors qu’ils arrivent à la grotte des enfants de la forêt, Jojen dit à Bran que, ça y est, il a rempli sa mission. Meera, sa sœur, semble devenir inconsolable. De jour en jour plus mélancolique et las, Jojen souhaite retourner à Griseaux en dépit du caractère inéluctable de son destin.

Une humeur bien sombre qui pourrait coïncider avec le fait qu’il sait sa mort toute proche ? Pour le lecteur attentif, cela fait en tous cas peu de doutes : Jojen n’en a plus pour très longtemps.

Et, dans le fameux chapitre de la pâte de barral, il semble même sous-entendre qu’il sait qui sont ses meurtriers : les enfants de la forêt.

Bran’s eyes widened. ‘They [les enfants de la forêt] ’re going to kill me?’
‘No,’ Meera said, ‘Jojen, you’re scaring him.’
‘He is not the one who needs to be afraid.’
*
Les yeux de Bran s’écarquillèrent. « Ils [les enfants de la forêt] vont me tuer ?
— Non, assura Meera. Jojen, tu lui fais peur.
— Ce n’est pas lui qui doit avoir peur. »

Bien sûr, il parle peut-être du destin de quelqu’un d’autre qu’il aurait vu en rêve… mais alors que Bran ignore où sont Jojen et Meera la dernière fois qu’ils sont mentionnés dans le chapitre, alors qu’on sait qu’il vient d’ingurgiter une pâte étrange veinée de sang, les conclusions sont vite tirées par certains fans… Jojen manque à l’appel, il est condamné et sous-entend qu’il a à craindre des enfants de la forêt : autant d’éléments qui mettent la puce à l’oreille.

Le cannibalisme, un thème fort dans le parcours de Bran

Nous vous conseillons notre article Tabous et transgressions : inceste, meurtre et cannibalisme dans le « Trône de Fer » pour plus de détails sur le sujet, ici nous ne ferons qu’effleurer la problématique en nous concentrant sur Bran.

Dans ADWD (intégrale 5), la thématique du cannibalisme a déjà fait son apparition dans l’arc de Bran. Auparavant, c’est d’ailleurs dans un chapitre de Bran que l’on a appris l’histoire du Rat Coq, l’une des fables les plus marquantes en ce qui concerne le cannibalisme dans la saga. Mais, si la thématique existait en filigrane, elle devient récurrente et évidente dans ADWD.

Tout commence dans le premier chapitre point-de-vue de Bran dans ADWD : les provisions sont épuisées, la faim ronge les compagnons. Bran se glisse dans l’esprit d’Été et part en chasse. Sentant le sang, il arrive auprès des cadavres de cinq membres de la Garde de Nuit, dont un manchot (qui sont certains des mutins qui ont assassiné Craster et lord Jeor Mormont), que trois loups sont en train de dévorer. Été vainc en combat le chef de la petite meute, un vieux mâle borgne, en qui Bran sent à sa grande surprise un autre zoman (Varamyr). Son combat terminé, il se repaît.

He went from man to man, sniffing, before settling on the biggest, a faceless thing who clutched black iron in one hand. His other hand was missing, severed at the wrist, the stump bound up in leather. Blood flowed thick and sluggish from the slash across his throat. The wolf lapped at it with his tongue, licked the ragged eyeless ruin of his nose and cheeks, then buried his muzzle in his neck and tore it open, gulping down a gobbet of sweet meat. No flesh had ever tasted half as good. When he was done with that one, he moved to the next, and devoured the choicest bits of that man too.
*
Le loup géant passa d’homme en homme, reniflant, avant de choisir le plus gros, une chose sans visage qui serrait du fer noir dans une main. L’autre main avait disparu, sectionnée au poignet, le moignon ligaturé de cuir. Du sang coulait, épais et lent, de l’entaille en travers de sa gorge. Le loup le lapa avec sa langue, lécha la ruine lacérée et énucléée de son nez et de ses joues, puis il fourra son museau dans le cou et l’ouvrit en le déchirant, gobant une bouchée délicieuse de viande. Aucune chair n’avait jamais eu la moitié de cette saveur.
Quand il en eut fini avec celui-ci, il passa au suivant, et dévora aussi les meilleurs morceaux de cet homme.

(A Dance with Dragons, Bran I)

Ainsi, Bran, au travers de son loup, a goûté au sang humain. Pourtant, le prologue d’ADWD (qui a Varamyr pour personnage point-de-vue) sonne encore dans nos mémoires : cet acte de cannibalisme est une abomination.

« la chair d’enfant, songea-t-il en se souvenant de Cabosse. De la chair humaine. Était-il si bas tombé qu’il avait faim de chair humaine ? Il entendait presque Haggon gronder : « Les hommes peuvent consommer la viande des bêtes et les bêtes celle des hommes, mais l’homme qui se repaît de chair humaine est une abomination. »
Une abomination. Ce mot avait toujours eu la faveur d’Haggon. Abomination, abomination, abomination. Manger de la chair humaine était une abomination ; copuler sous forme de loup avec un loup, une abomination ; et s’emparer du corps d’un autre homme, la pire des abominations. […] J’ai dévoré son cœur et bu son sang, et toujours il me hante »

(ADWD, prologue)

Bran commet ainsi, dans ce premier chapitre où l’on le voit, une abomination : il goûte le sang de l’homme. Et il a déjà commis la pire des abominations en s’emparant du corps d’Hodor dès l’intégrale 3 (Bran III).

Mais, comme si ce n’était pas suffisant, dans ce même chapitre, Bran goûte probablement par lui-même (sans l’intermédiaire de son loup) à de la chair humaine. En effet, alors que Bran se réveille dans son propre corps, il découvre que Mains-froides est revenu avec une truie que Meera est en train de rôtir. Interrogé, Mains-froides, qui reste éloigné des flammes, ne nie pas avoir tué les frères de la Garde, et le lecteur attentif comprend : il est assez probable que dans ce paysage de famine et de mort, ce ne soit pas une truie qui cuit, mais bien de la chair humaine… (dans l’imaginaire commun, on dit généralement que la viande de porc est effectivement la plus proche de la chair humaine). Bon appétit à la petite troupe !

Cet itinéraire de Bran dans ADWD est donc, en trois chapitres à peine, semé de transgressions et d’interdits. Et l’arc se conclue d’ailleurs par cette phrase si sombre :

“Brandon Stark could taste the blood.”
*
[…] Brandon Stark perçut le goût du sang.

Cannibalisme et horreur l’accompagnent symboliquement dans son apprentissage, et cet épisode de la pâte de barral, que la théorie du sang de Jojen soit avérée ou non, n’est pas là par hasard : Martin crée un malaise, des évocations sordides, et veut que le dégoût monte pour le lecteur, jusqu’à imaginer toutes les horreurs possibles dans les non-dits.

Une mort hors champ ?

Le principal défaut de la théorie qui veut que Bran ait ingéré le sang de Jojen est qu’il aurait nécessairement été tué hors champ. Or, alors que la mort de ce personnage est un élément que l’on nous annonce depuis plusieurs tomes, il serait assez surprenant que le lecteur n’y assiste pas.

Vous me direz que Martin est justement connu pour déjouer les attentes du lecteur, et que ce pourrait être le genre d’artifice qu’il serait capable d’utiliser pour surprendre et choquer le lecteur… Et si vraiment Bran se retrouvait face au cadavre de Jojen et découvrait que son sang lui a servi d’antenne-relais magique, le lecteur serait assurément choqué, tout autant que Bran lui-même. Une telle scène ferait même ressortir l’ironie mordante d’un passage que l’on a déjà lu :

It had been twelve days since the elk had collapsed for the third and final time, since Coldhands had knelt beside it in the snowbank and murmured a blessing in some strange tongue as he slit its throat. Bran wept like a little girl when the bright blood came rushing out. He had never felt more like a cripple than he did then, watching helplessly as Meera Reed and Coldhands butchered the brave beast who had carried them so far. He told himself he would not eat, that it was better to go hungry than to feast upon a friend, but in the end he’d eaten twice, once in his own skin and once in Summer’s.
*
Voilà douze jours que l’orignac s’était écroulé pour la troisième et dernière fois, que Mains-froides s’était agenouillé à côté de lui sur la couche de neige et avait murmuré une bénédiction dans une langue inconnue, en lui tranchant la gorge. Bran avait pleuré comme une fillette lorsque le sang vif avait jailli. Jamais il ne s’était senti plus infirme qu’à ce moment-là, tandis qu’il regardait, désemparé, Meera Reed et Mains-froides débiter le vaillant animal qui les avait portés si loin. Il se jura qu’il ne mangerait rien, préférant avoir faim que de se repaître d’un ami, mais finalement, il s’était nourri deux fois, une fois sous sa propre peau et une dans celle d’Été.

(Bran II, ADWD)

Néanmoins, Martin a construit à travers le personnage de Jojen une intrigue chevillée à la notion de prophétie et de fatalité : Jojen connaît les circonstances de sa mort et attend la Faucheuse avec résignation. Or Martin n’aime rien tant que de jouer avec la notion de prophétie auto-réalisatrice, et avec l’interprétation faussée qu’ont ses personnages des prophéties qui leur sont données. Il serait de ce fait étonnant que Martin se prive d’une intrigue aussi puissante : il semble s’être donné toutes les cartes pour faire de la mort de Jojen un événement scénaristique marquant, jouant encore une fois avec la notion de prophéties, et il serait assez renversant qu’il décide finalement de ne pas jouer avec la prémonition qu’a Jojen de sa mort. Que Bran soit juste confronté un beau jour au cadavre de Jojen pour découvrir qu’il lui a servi d’essence magique aurait certes un caractère très glauque, mais ce serait une sacrée omission dans toute cette histoire de prémonitions !

Conclusion

Que Jojen ait fini en sandwich ou pas, nous espérons par cet article vous avoir montré un éclairage intéressant sur la façon qu’a eue George R.R. Martin de suggérer à son lecteur un épisode totalement dérangeant et sordide. Si la théorie en elle-même repose sur bien peu d’indices et risque de se révéler fausse, elle repose sur un mécanisme très savamment maîtrisé d’écriture fait de symbolique filée et de suggestion. Rien que pour ça, nous espérons que vous avez trouvé notre article croustillant 😉
N’hésitez pas non plus à jeter une oreille sur le dernier Son du Mur, le podcast de La Garde de Nuit, entièrement consacré au personnage de Bran Stark.

1 Comment

  1. Mhouaiîâh!
    Pas très convaincu par les théories sur la pâte de barral. D’autant plus que la sève de barral a toujours affiché une couleur rouge sang !
    En tout cas, l’article met bien le travail de Martin enavant, qui instille le doute et les possibles à envisager.

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