Qui est aujourd’hui le candidat le plus légitime au Trône de Fer ?

Couronnement d'Aegon le Conquérant, dans le Septuaire Étoilé de Villevieille (crédits : Michael Kormack, TWOIAF)

Nous avons vu durant l’Estivale quelle était la règle théorique de succession au trône dans la saga… C’est bien joli, tout ça, mais ça ne nous dit pas qui est aujourd’hui le candidat le plus légitime au trône ! La Garde de Nuit vous propose un article récapitulatif afin d’examiner les arguments de légitimité de chacun des participants au jeu des trônes.

Précision importante avant de se lancer dans cette chronique : il est absolument fondamental de différencier ici la saga littéraire de la série télévisée. La série s’est en effet pas mal éloignée de l’œuvre originale : certains personnages n’ont pas survécu à l’écran, alors qu’ils sont encore en vie dans les livres, et d’autres n’apparaîtront jamais, alors qu’ils rentrent dans la ligne de succession au trône. Il semblerait également que la série, pour des questions de temps, de scénario et de budget, soit peu pointilleuse sur les règles de succession et les questions de légitimité qui sont au cœur de l’œuvre de George R. R. Martin. C’est pourquoi nous vous présenterons d’abord les situations dans la saga littéraire, avant d’aborder ces questions dans la série.

Enfin dernier petit point à l’attention de nos lecteurs : nous allons allègrement spoiler à la fois livres (les cinq intégrales sorties à ce jour… et peut-être même ce qui sortira plus tard) et série (les sept saisons diffusées). Nous espérons que vous êtes à jour 😉

À noter : cette chronique est le fruit d’un travail commun des rédacteurs de la Garde de Nuit.

Avant propos : de la légitimité des Baratheon ?

Avant toute chose, il nous faut clarifier un point essentiel : celui de la légitimité de Robert Baratheon au Trône de Fer.

Une idée reçue assez classique consiste à croire que Robert a pris le trône par la force et qu’il n’avait aucun droit légal pour cela, si ce n’est la force de son marteau de guerre (théorie soutenue d’ailleurs par son frère Renly dans ACOK, la deuxième intégrale de la saga). Ce n’est pas tout à fait exact : au moment du déclenchement de la rébellion, Robert est cinquième dans l’ordre de succession, car il est le petit-fils de Rhaelle Targaryen, fille du roi Aegon V.

Les descendants d’Aegon V Targaryen (Crédits : la Garde de Nuit)
Robert Baratheon (Crédits : <a href=
Amok, avec son autorisation) » width= »272″ height= »418″ /> Le roi Robert Baratheon (Crédits : Amok, avec son autorisation)

S’il prend effectivement le pouvoir par la force, sa légitimité à le conserver lui vient avant tout de son ascendance Targaryen. Ses alliés ne seraient pas restés unis derrière lui, et ses ennemis ne se seraient pas ensuite ralliés à lui, s’il n’avait pas eu ce lien de sang et la légitimité qu’elle procure. C’est ce qui explique son couronnement et qui justifie que l’on parle de la rébellion de Robert et non de la rébellion de Jon Arryn, qui est pourtant le premier à avoir brandi les armes contre Aerys II, ou d’Eddard Stark, un des principaux chefs de la rébellion. Eddard Stark, Jon Arryn, ou Hoster Tully (les principaux partisans de Robert), et même Tywin Lannister, qui finit par rejoindre la rébellion et qui prit la capitale, mettant ainsi un terme au règne des Targaryen, sont de grands seigneurs suzerains. Ils sont de plus victorieux à la suite de la mort d’Aerys. Les Lannister sont même les maîtres de Port-Réal et ont la main sur le Trône de Fer. Et pourtant aucun d’eux ne revendique le trône, car ils savent qu’ils n’ont pas de lien généalogique connu avec l’ancienne dynastie régnante à faire valoir (contrairement à Robert), et donc qu’ils ne peuvent compter sur cet argument pour asseoir leur légitimité (contrairement à Robert). Les autres grandes familles de Westeros ne se seraient pas ralliées à eux aussi aisément qu’elles le firent pour Robert. Il est en effet à noter qu’une importante majorité des grandes maisons s’est unie derrière le tout nouveau roi Baratheon pour mater les Fer-Nés lors de la rébellion de Balon Greyjoy, qui arrive seulement six ans après la chute d’Aerys, et qui espérait justement profiter du manque de légitimité de Robert pour réussir.

En effet, un point fondamental à retenir est que pour gouverner, il faut l’appui des grandes familles qui reconnaissent le roi comme leur souverain légitime. La légitimité, qu’elle soit réelle, symbolique, inventée, ou étoffée a posteriori, est fondamentale pour asseoir son autorité. Conquérir le trône ne fait pas tout, il faut le conserver ensuite. Bien sûr, la force est essentielle, notamment dans la phase de conquête, mais elle ne peut fonctionner seule. Un roi uniquement fort ne pourrait pas résister à toutes les rébellions ou tentatives d’assassinats qui résulteraient d’un manque de légitimité et, surtout, il ne pourrait pas pérenniser une dynastie si ses vassaux la contestent (le cas d’Aegon Ier est particulier : d’une part le contexte dans lequel il arrive à Westeros est totalement différent de celui dans lequel se déroule la rébellion de Robert, et d’autre part, la possession de trois dragons déséquilibre démesurément le jeu. À noter d’ailleurs que même avec leurs dragons, Aegon et ses sœurs mirent tout de même deux ans à conquérir Westeros, qu’ils ne firent jamais tomber Dorne, et que leurs premiers successeurs furent longtemps contestés).

Pour en revenir aux Baratheon, d’un point de vue purement légal, la rébellion de Robert peut être considérée comme un conflit dynastique : la branche aînée des Targaryen est écartée du trône au profit de la branche cadette, au motif que la lignée est dégénérée par le roi fou Aerys II (à propos d’Aerys et de son règne, nous vous renvoyons à cet article : « Aerys, le Roi Fou : Et dans les livres, alors ? »). Avant même la mort de Robert, il y a donc deux conceptions : celle des anciens rebelles, qui considèrent la lignée Baratheon comme la dynastie régnante, et celle des anciens loyalistes, qui soutiennent toujours les Targaryen. Après dix ans de règne prospère de Robert et d’exil forcé des derniers Targaryen, la première conception semble pratiquement unanime à Westeros. Au moment donc où commence la saga, les grandes maisons sont derrière Robert, et la Foi des Sept, un des piliers du royaume et source de légitimité, soutient le roi Baratheon et ses successeurs.

La succession Baratheon

Lorsque Robert meurt, ses héritiers, proclamés, supposés ou prétendus, s’affrontent pour savoir qui est le plus légitime.

La dynastie Baratheon-Lannister

Les enfants-rois

Les trois enfants rois
Les trois enfants Baratheon (Crédits : Amok, avec son autorisation)

Dans les livres, les « enfants » de Robert ne sont pas (encore) tous morts. Le trône revient donc logiquement, selon la règle de primogéniture masculine, au fils aîné du roi Robert Baratheon, Joffrey Baratheon, puis, celui-ci décédant sans enfant, à Tommen Baratheon (c’est la situation actuelle à la fin du dernier tome paru, ADWD). À la mort de Tommen, si celui-ci n’a pas d’héritier, il sera difficile de savoir à qui échoira le trône… En théorie, il devrait revenir à son oncle Stannis ou à sa sœur Myrcella. Toutefois, Stannis sera fatalement écarté du fait de sa rébellion contre Tommen (les partisans de Tommen refuseront de reconnaître Stannis, qui risque avec son sens de la justice de les punir pour avoir soutenu un usurpateur). Si Tommen meurt, ses partisans pourraient donc a priori rompre avec la tradition de refus de l’accession au trône des femmes, et se tourner vers Myrcella.

L’adultère de la reine

Joffrey, Myrcella et Tommen sont cependant les fruits de l’inceste de la reine Cersei et de son frère, Jaime. Ils ne sont donc pas les enfants de Robert et n’ont aucun lien de parenté avec lui. Ils devraient donc, théoriquement, et du point de vue du lecteur, être écartés de la ligne de succession, au profit de Stannis Baratheon selon la règle de la primogéniture masculine.

Toutefois, les preuves de l’illégitimité de Joffrey, Myrcella et Tommen sont peu nombreuses et peu convaincantes. L’inceste de Cersei et Jaime est un secret assez bien gardé, même si de nombreux personnages l’ont deviné, et il manque des preuves solides à exhiber. De facto, du point de vue d’un lord de Westeros, les allégations d’adultère que propagent Stannis peuvent aussi bien être vraies qu’être le fruit des manigances d’un oncle jaloux qui veut profiter de la jeunesse de ses neveux pour leur prendre le pouvoir… Élément dont Stannis est tout à fait conscient, et qu’il tente de contourner, tout d’abord en en parlant à Jon Arryn : afin que les deux hommes enquêtent ensemble, puis en voulant récupérer Edric Storm, le bâtard reconnu de Robert, petit garçon aux cheveux noirs et aux yeux bleus.

« Mais si vous saviez la reine coupable d’un crime aussi monstrueux, lord Stannis, pourquoi vous en être tu ?
— Je ne m’en suis pas tu, déclara-t-il, j’ai informé Jon Arryn de mes soupçons.
— De préférence à votre propre frère ?
— Mon frère ne m’a jamais manifesté d’égards que de pure forme, expliqua-t-il. Émanant de moi, ce genre d’accusations aurait paru dicté par la rancune et l’intérêt, une manigance pour me placer en tête de la ligne successorale. Je présumai que Robert se montrerait moins récalcitrant si le dossier lui parvenait par l’intermédiaire de son cher Arryn.
— Ah, dit Renly. Voici la clé d’une mort d’homme.
— Parce que, bougre d’idiot, tu le croyais mort par le plus grand des hasards ? Cersei le fit empoisonner, de peur qu’il ne la dénonce. Il s’était employé à réunir un certain nombre de preuves…
— …qui ont sûrement disparu avec lui. Très très ennuyeux. »
(ACOK, Catelyn III)

Bref, même si le lecteur sait ce qu’il en est, notamment parce que Cersei reconnaît la situation devant Eddard, les autres personnages de l’univers n’ont que des soupçons. L’habitant de Westeros n’a aucune information lui permettant de mettre en doute la légitimité du roi Tommen Baratheon. D’ailleurs, la plupart d’entre eux ne s’intéressent guère à ces questions dynastiques, laissant les événements décider de leur allégeance : pour le moment, les victoires militaires des Lannister, alliés aux Tyrell, suffisent à garantir à Tommen la fidélité d’une majorité de nobles et de chevaliers.

La reine Myrcella à Dorne

Myrcella Baratheon, par Elia Mervi
Myrcella Baratheon, par Elia Mervi

Au regard des lois des Sept Couronnes, c’est au prince Tommen d’hériter de son frère (prévalence de la masculinité). Mais, selon la loi successorale de Dorne, c’est la princesse Myrcella qui devrait devenir reine, puisqu’elle est plus âgée que Tommen (prévalence de l’aînesse). Évidemment, cela suppose d’appliquer à la Couronne les règles de succession propres à l’une des provinces du royaume, ce qui devrait être compliqué, voire inenvisageable… Mais il s’agit de Dorne, un territoire rattaché tardivement aux Sept Couronnes, notamment en contrepartie du fait que la principauté conservait un régime légal particulier : « la loi de Dorne continue de régir Dorne à jamais ». Pour certains Dorniens, Myrcella est donc l’héritière de Joffrey (et non Tommen) tant qu’elle est à Dorne.

Dès la troisième intégrale (ASOS), le prince Oberyn Martell évoque ainsi la possibilité de couronner Myrcella à Dorne selon la loi dornienne. Dans l’intégrale 4 (AFFC), sa fille, Tyerne Sand, reprend cette idée, afin de déclencher une guerre contre le Trône de Fer. Mais Tyerne est incarcérée peu après par son oncle, le prince Doran Martell. C’est finalement la princesse Arianne qui organise avec quelques amis un complot maladroit pour faire couronner Myrcella avec la complicité de ser Arys du Rouvre, Garde Royal et bouclier-lige de Myrcella (et amant de la princesse Arianne). Cette manœuvre doit surtout permettre à Arianne de réaffirmer ses droits à la succession de la couronne princière de Dorne, car elle pense que son père va lui préférer son frère cadet. Mais le complot, éventé, est facilement déjoué par Doran Martell. Toutefois, il ne restera pas sans conséquence : ser Arys du Rouvre se sacrifie dans un acte désespéré et Myrcella est gravement blessée par un des conspirateurs.

[Oberyn Martell] « Et, Joffrey au tombeau, qui la loi dornienne lui donne-t-elle pour successeur immédiat sur le Trône de Fer, sinon Myrcella qui, d’aventure, se trouve être promise à mon propre neveu à moi, grâce à vous ?
— La loi de Dorne ne s’applique pas. » Englué comme il l’était dans ses problèmes personnels, Tyrion n’avait jusque-là pas pris une seule seconde pour envisager la question de la succession. « Mon père va couronner Tommen, comptez-y bien.
— Il lui est en effet loisible de couronner Tommen ici, à Port-Réal. Ce qui ne revient pas à dire qu’il ne soit pas loisible à mon frère de couronner Myrcella, à Lancehélion. Votre père fera-t-il la guerre à votre nièce au nom de votre neveu ? Et votre sœur ? »
(ASOS, Tyrion IX)

Il n’est plus question par la suite de la légitimité de Myrcella, qui aura été la reine d’une nuit… du moins, pour le moment.

Les autres héritiers Baratheon

Stannis Baratheon, le seul vrai roi

Stannis Baratheon (Crédits : <a href="http://www.amokanet.ru/">Amok</a>, avec son autorisation)
Stannis Baratheon (Crédits : Amok, avec son autorisation)

Dans les livres, Stannis n’est pas mort, et il appuie sa revendication au Trône de Fer sur l’illégitimité pour adultère des enfants de la reine… Cependant, Stannis n’a pas vraiment de preuves concrètes à montrer aux seigneurs des Sept Couronnes (à part pointer du doigt la couleur des cheveux des enfants de Cersei, ce qui est léger).
Tout est alors une question de perspectives : lorsque Stannis annonce ses prétentions, les lords de Westeros choisissent de croire ou non aux allégations de bâtardise. Au moment où il proclame l’adultère de la reine et l’illégitimité de ses neveux et nièces, il n’a pas encore Edric Storm avec lui… Le bâtard de Robert aurait pu lui servir de preuve : il le récupère en priorité en assiégeant Accalmie avant de se lancer à l’assaut de Port-Réal, mais il le perd peu après la bataille de la Néra, Davos Mervault ayant fait en sorte de mettre l’enfant à l’abri de Melisandre. De toute façon, Edric à lui seul n’aurait pas été une preuve, mais à peine plus qu’un argument que Stannis ne pouvait espérer employer qu’après une victoire militaire décisive.
Les nobles choisissent donc de croire à son histoire ou de s’en défier, en fonction de leur intérêt et de leur allégeance du moment. La majorité d’entre eux choisit de l’ignorer, car Stannis est très peu populaire, même auprès de ses propres vassaux. De plus, les probabilités de le voir triompher face aux Lannister et à son jeune frère Renly semblent faibles. La mort de Renly et la prise d’Accalmie lui permettent de récupérer une partie de ses vassaux, qui viennent grossir son armée. Cependant, ses chances de victoire semblent de plus en plus compromises après la défaite de la Néra et son départ pour le Mur, dans le Nord.

La reine Shôren Baratheon

Dans les livres, Shôren est toujours vivante : les partisans de Stannis pourraient la considérer comme son héritière, et continuer le combat en son nom si le roi devait mourir. Ses enfants, si elle en a, lui succéderont. Mais si Shoren décède sans héritier, la situation devient plus compliquée…
La couronne pourrait revenir à la branche cadette côté Targaryen. Il faudrait vraisemblablement, pour légitimer l’héritier, passer par un Grand Conseil.

Les descendants de Maekar Ier Targaryen (Crédits : la Garde de Nuit)

Pourtant, on aurait tort de penser que Shôren est la seule héritière légale de Stannis.

L’éphémère Renly Baratheon

Renly Baratheon (Crédits : <a href="http://www.amokanet.ru/">Amok</a>, avec son autorisation)
Renly Baratheon (Crédits : Amok, avec son autorisation)

À la mort de Robert, Renly Baratheon, le frère cadet de Robert et Stannis, est un acteur politique incontournable : maître des lois, il est à la tête d’un fief puissant (les terres de l’Orage) et est très apprécié de ses vassaux comme des petites gens. Par ailleurs, il a noué de bonnes relations avec les puissants Tyrell de Hautjardin, grâce à son écuyer, ser Loras Tyrell.

En tant que frère cadet, Renly pourrait bien être considéré comme l’héritier de Stannis, préférentiellement à Shôren, qui est une enfant et une fille. Lors de négociations entre eux, Stannis promet de le proclamer son héritier s’il n’obtient pas de fils d’ici à sa mort, il n’envisage donc pas que sa fille lui succède à ce moment-là.

Stannis pointa sa lame étincelante vers son frère. « Je ne suis pas impitoyable ! tonna-t-il, en dépit de sa réputation bien établie d’homme sans merci. Et je ne désire pas non plus souiller du sang d’un frère Illumination. Au nom de la mère qui nous porta tous deux, Renly, je t’accorde cette nuit encore pour revenir de ta folie. Amène tes bannières et viens me trouver d’ici l’aube, je t’accorderai Accalmie, te rendrai ton siège au Conseil et te désignerai même pour mon héritier jusqu’à ce qu’un fils me soit né. Sinon, je t’anéantirai. »
(ACOK, Catelyn III)

Mais Renly est imprudent, sa puissance le rend téméraire et ses amitiés le rendent présomptueux. Il ne veut pas respecter l’ordre de succession, prenant appui sur le fait que Robert n’en aurait pas tenu compte quand il écarta les Targaryen survivants du trône (ce en quoi il se trompe, comme nous l’avons vu). Aussi décide-t-il de se déclarer roi, sans reconnaître la préséance de Stannis, et même sans prendre la peine de se pencher sur les enfants – et successeurs – officiellement légitimes de Robert. Il épouse la sœur de Loras Tyrell, Margaery, et fait de leur père, Mace, sa Main, ces concessions lui garantissant l’alliance du Bief et des terres de l’Orage.

Sa mort met fin à ses prétentions. Mais il est incontestable qu’en interprétant mal le précédent créé par Robert, Renly aurait mis le royaume en danger : si la légitimité n’était plus importante, alors n’importe qui aurait pu revendiquer le trône, et les guerres fratricides se seraient multipliées à chaque fois que le problème de la succession se serait posé.

Les bâtards de Robert Baratheon ?

Certains émettent l’hypothèse d’une succession allant à Edric Storm, fils bâtard de Robert Baratheon, et le seul que ce dernier ait reconnu, sans doute du fait de la haute naissance de sa mère et des circonstances de sa conception (pour la petite histoire, Edric fut conçu pendant la nuit de noces de lord Stannis Baratheon et de lady Selyse Florent, dans leur propre lit nuptial à Accalmie.)

Toutefois, reconnaître un bâtard ne veut pas dire le légitimer, et seul un roi peut légitimer un bâtard. On imagine mal Tommen, Myrcella, Stannis ou Shôren légitimant Edric, faisant de lui le roi d’office (puisqu’un Edric légitime serait le premier dans l’ordre de succession de Robert après Joffrey, le plaçant ainsi devant tout ce joli petit monde…). Qui plus est, politiquement parlant, une alliance avec Edric Storm est à exclure pour tous les souverains : outre sa naissance, il n’est pas considéré par les grands vassaux de Westeros, qui n’ont aucune raison de le rallier, et il n’a aucune force sur laquelle s’appuyer (et puis il reste un enfant).

Une théorie élégante : Harry l’héritier ?

Le masterplan de Littlefinger suppose de marier sa fille bâtarde, Alayne Stone (en réalité, Sansa Stark, héritière du Nord) à un fils de chevalier, Harrold Hardyng (en réalité, seul héritier connu de lord Robert Arryn et du Val d’Arryn).

Les descendants de Jasper Arryn (Crédits : la Garde de Nuit)
Alayne Stone (Sansa Stark) aux Eyrie (crédits : Michael Lomarck)
Alayne Stone (Sansa Stark) aux Eyrie (crédits : Michael Lomarck)

Littlefinger prétend que lorsque le mariage aura lieu, il pourra révéler l’identité de Sansa : les vassaux du Val d’Arryn, transfigurés par sa beauté et par l’affection qu’ils portent à Harrold, seraient alors tenus par l’honneur de lui reconquérir Winterfell et sa couronne de reine du Nord…
Et ensuite ?? … C’est tout ? …
On n’imagine pas Littlefinger se contenter d’un os aussi maigre. Qui plus est, une campagne militaire dans le Nord serait tout à la fois une entreprise dangereuse et peu rentable… Si Petyr Baelish a incité Lysa Arryn à rester à l’écart de la Guerre des Cinq Rois, on espère que ce n’est pas pour user les troupes du Val dans une guerre inutile.

On suppose plutôt qu’il compte les faire partir à l’assaut de Port-Réal, pour destituer les Lannister (détestés dans le Val) et s’approprier le Trône de Fer. Mais ensuite ? Si conquérir le trône est une chose, le conserver en est une autre, comme nous l’avons vu. Si Harrold Hardyng est apprécié dans le Val, le reste de Westeros ne le connaît pas, et on peine à voir les grandes familles accepter la suzeraineté d’un inconnu d’assez basse naissance (ça nous rappellerait presque Baelish lui-même).

Il y a peut-être une possibilité. Aegon V a eu cinq enfants, desquels sont nés les Targaryen et Baratheon que nous connaissons… Mais il avait aussi deux sœurs, Daella et Rhae. La seule chose que l’on sait à leur propos est qu’elles ont été mariées et qu’elles ont eu des enfants. Une théorie voudrait que l’une d’elle se soit mariée à Jasper Arryn, père de Jon Arryn et arrière-grand-père d’Harrold Hardyng. La chronologie rend ce mariage possible, le prestige et la puissance de la maison Arryn le rend plausible.
Ainsi, Harrold pourrait bien avoir des prétentions au Trône de Fer… et son surnom « Harry l’Héritier » serait donc ironique, car il ne serait pas seulement l’héritier indirect de Robert Arryn, mais aussi l’héritier du Trône de Fer à la mort de Stannis et Shôren.

Toutefois, cette parenté éloignée ressemble fort à un bricolage, qui pourrait ne pas convaincre les Ouestriens les plus rétifs. L’ascendance Targaryen d’Harrold remonterait à quelques générations (réduisant d’autant sa légitimité), et l’alliance avec le Nord n’est pas assurée tant que Sansa reste légalement mariée à Tyrion Lannister, leur union n’ayant pas été dissoute. Mais ce mariage n’ayant pas été consommé, il y aura peut-être moyen de le faire annuler, même si la mort de Tyrion reste la solution la meilleure aux yeux de Baelish. Toujours est-il que le plan de Littelfinger, au regard des éléments que nous lecteurs, avons, reste encore incertain.

Et dans la série ?

Dans la série, Joffrey et Tommen ont succédé à leur père, mais sont décédés. Tout comme leur sœur Myrcella. Robert n’a donc plus de descendant direct (les trois enfants restaient officiellement ses descendants, même si l’ensemble des personnages – eux y compris – avait l’air de clamer à travers tout Westeros qu’ils étaient le fruit d’un inceste. Mais passons). De fait, Cersei prend le trône, s’estimant la plus légitime et comptant faire taire ses opposants grâce à la peur qu’elle inspire… Elle s’appuie probablement sur le fait qu’elle est la veuve d’un roi, et la mère de deux autres. Il faut dire aussi qu’à Port-Réal, elle n’a plus de réel opposant qui pourrait faire entendre sa voix.

Gendry (crédits Amok)
Gendry (crédits Amok, avec son aimable autorisation).

Si l’on s’en tient à la règle, toutefois, elle n’a pas vraiment de légitimité, et le trône reviendrait théoriquement à la branche suivante : celle de Stannis Baratheon. Sauf que, dans la série, la lignée de Stannis est éteinte… Je vous renvoie donc au point précédent pour plus de détails sur la succession de Stannis… En notant qu’Harry l’Héritier n’existe (très certainement) pas à l’écran.

Reste la question des bâtards de Robert : si Edric Storm n’existe pas dans la série, son rôle est repris par Gendry, qui a appris et qui revendique son ascendance Baratheon (ah, le marteau…). Reste qu’il n’est ni légitime, ni connu par les grandes familles de Westeros. Mais les grandes familles ayant été peu ou prou éradiquées, et la série ne semblant pas s’appesantir sur les détails dynastiques, on pourrait imaginer que Gendry soit à un moment reconnu et légitimé par Jon roi du Nord ou par Daenerys. Mais ce serait probablement à condition qu’il renonce au Trône de Fer pour se contenter des terres originelles de son papounet : les terres de l’Orage et Accalmie.

La branche principale Targaryen

Si l’on se place du côté de Robert Baratheon, la branche aînée des Targaryen a été écartée du trône au profit de la branche cadette au motif que la lignée est disqualifiée par la dégénérescence du Roi Fou Aerys. Mais si l’on se place du point de vue des Targaryen survivants et plus globalement des descendants d’Aerys, un cousin lointain a usurpé leur trône.

Il existe des Ouestriens qui désapprouvent le règne de Robert, et qui pourraient se ranger auprès d’un prétendant Targaryen qui développerait de tels arguments. La plupart des Dorniens par exemple éprouvent un profond ressentiment contre la dynastie Baratheon car ils avaient soutenu Aerys lors de la rébellion de Robert : dix mille soldats dorniens se sont battus du côté des loyalistes lors de la bataille du Trident. Par ailleurs, Robert n’a jamais rendu justice à Dorne pour la mort de la princesse Elia Martell, femme de Rhaegar, et de leurs enfants. Ainsi, les Dorniens pourraient être en définitive plus favorables à soutenir la cause d’un Targaryen que celle de Myrcella Baratheon (à propos des Dorniens et de leurs plans, nous vous renvoyons cet article : « Dorne : Et dans les livres alors ? »). Toutefois, Dorne à elle seule ne représente pas une force suffisante.

Parmi les anciens loyalistes, on compte aussi les seigneurs du Bief. Leur suzerain, Mace Tyrell, s’est finalement rallié à la dynastie Baratheon, puisque sa fille a successivement épousé trois prétendants Baratheon. Toutefois, si les Tyrell ont adopté le parti de Tommen, certains de leurs vassaux pourraient être tenté par d’autres options… Les Florent ont bien rejoint Stannis, et d’autres continuent de voir d’un mauvais œil les Tyrell, ces descendants d’intendants qui sont devenus les suzerains du Bief avec la conquête d’Aegon (à propos de l’histoire du Bief et des Tyrell, nous vous conseillons cette vidéo : [La Balade de Glace et de Feu #1] Le Bief).

Le roi Viserys III Targaryen

Viserys Targaryen (crédits Amok, avec son aimable autorisation).
Viserys Targaryen (crédits Amok, avec son aimable autorisation).

Du point de vu des loyalistes, Viserys est le dernier Targaryen mâle en vie et c’est à lui qu’échoit la couronne de son père. Aerys II le Fol l’a désigné comme son héritier après la mort de Rhaegar.

Toutefois, Viserys est un roi déchu depuis toujours. Seule une poignée de fidèles l’entourait durant les premières années d’exil, et il finit bien vite par se retrouver seul avec sa sœur, Daenerys. Il n’a jamais eu d’armée, ni de vassaux pour le soutenir… Et même le chevalier Jorah Mormont, qui est à son service, le trouve méprisable et indigne d’être roi. Il faut dire que son comportement cruel envers sa sœur, son orgueil et sa paranoïa le placent comme héritier de son père dans ses pires aspects, notamment aux yeux du lecteur qui suit de près son périple (à propos de la folie d’Aerys et de ses successeurs, nous vous renvoyons à cet article : Capitale, incendie et folie : d’Aerys II le Fol à Néron).

Il [Jorah Mormont] ricana. « Nul ne saurait réveiller les morts, petite. Le dernier dragon fut Rhaegar, votre frère, et il a péri au Trident. Viserys est tout au plus l’ombre d’un serpent, lui. » Ces mots la [Daenerys] cinglèrent comme une agression. Elle eut le sentiment qu’ils remettaient en cause tout ce en quoi elle avait toujours cru.
« Mais vous… vous lui avez juré sur votre épée…
— Exact, petite, dit-il. Et s’il n’est que l’ombre d’un serpent – sa voix se chargea d’amertume –, que penser de ceux qui le servent ?
— Il n’en est pas moins le roi légitime. Il… » Mormont immobilisa son cheval et, les yeux dans les yeux : « Sans mentir, à présent, vous aimeriez le voir accéder au trône ? » Elle s’accorda un instant de réflexion. « Il ne ferait pas un très bon roi, n’est-ce pas ? »
(AGOT, Daenerys III)

Viserys finit par mourir misérablement, mettant fin à ses prétentions. En tant que dernière Targaryen survivante, Daenerys reprend la lutte de son frère. Mais, malgré le comportement de ce dernier, elle le compte dans la lignée des rois Targaryen.

La reine Daenerys Ière Targaryen

Daenerys Targaryen à Astapor : "Dracarys" (crédits : Magali Villeneuve, ASOIAF Calendar 2016)
Daenerys Targaryen à Astapor : « Dracarys » (crédits : Magali Villeneuve, ASOIAF Calendar 2016)

Daenerys peut elle aussi asseoir sa légitimité en arguant du fait que la rébellion de Robert n’était pas légitime. Tout comme Viserys, elle peut se prévaloir de son ascendance pour rallier quelques fidèles (c’est ce sur quoi comptait Varys, selon ses dires…). L’histoire est écrite par les vainqueurs, et avec trois dragons dans sa besace (qui ne sont pas sans rappeler l’iconique trio de dragons mené par le premier Aegon, le Conquérant, qui conquit Westeros), elle pourrait avoir des arguments pour justifier sa reconquête et la présenter comme un retour de la lignée légitime.

L’obstacle : un système de dévolution patriarcal

Cependant, Daenerys est une femme. Dans la société patriarcale de Westeros, c’est un obstacle de taille quand il s’agit d’accéder au trône ! Si sur le papier, il est théoriquement possible à une femme d’accéder au trône, les légistes ont systématiquement fait en sorte, en cas de succession problématique, que la couronne passe d’homme en homme. Jamais une femme n’a régné sur les Sept Couronnes, et l’histoire de la lignée Targaryen est notamment marquée par « la Danse des Dragons », une guerre civile destructrice dont le point de départ fut un affrontement entre deux successeurs potentiels au défunt roi Viserys Ier : Rhaenyra, la fille aînée, et Aegon, le fils cadet (que nous connaissons sous le nom d’Aegon II).

Daenerys et ses trois dragons feront-ils le poids face à cette tradition phallocrate ? Rien n’est moins sûr. On notera par ailleurs que Daenerys est entourée de réprouvés et bannis ouestriens (Jorah Mormont et Barristan Selmy), de mercenaires, d’anciens esclaves et de troupes étrangères, bref, de peu de gens susceptibles d’attirer des faveurs ouestriennes (sauf peut-être Barristan Selmy, ancien lord Commandant de la Garde Royale, et qui jouit encore d’une grande renommée à Westeros, au point que ceux qui se déclarent roi pendant la guerre des Cinq Rois s’inquiètent du fait qu’il puisse être allé chez l’un de leurs concurrents).

Jon Snow, le Targaryen

Jon Snow (crédits Amok, avec son aimable autorisation).
Jon Snow (crédits Amok, avec son aimable autorisation).

Si l’on se place dans l’hypothèse où Jon est bien le fils de Rhaegar et Lyanna (théorie qui n’est pas confirmée dans les livres, mais qui s’appuie sur des éléments très solides), quelle pourrait être, sur le papier, sa légitimité par rapport à Daenerys ?

L’obstacle : la question de bâtardise

Si Rhaegar et Lyanna ne se sont pas mariés, Jon est un bâtard et donc il n’entre pas dans la ligne de succession. Et même en cas de mariage, il faudrait encore que ce mariage soit reconnu comme valide : Rhaegar est déjà marié quand il enlève Lyanna Stark. On pourrait admettre (comme dans la saison 7 de la série) que Rhaegar a trouvé un moyen de dissoudre son mariage avec Elia Martell. Une autre possibilité est de rappeler que d’autres Targaryen avant Rhaegar avaient conclu des unions polygames : Aegon Targaryen, le Conquérant, était marié à ses deux sœurs, son fils Maegor s’est même marié à trois femmes en même temps. Toutefois, ces deux-là étaient rois, avaient des dragons… Et même avec ça, ces mariages étaient très mal vus, au point de déclencher une révolte de la Foi lors du règne de Maegor. Il est peu probable qu’un tel argument soit recevable et rende valide le mariage de Rhaegar et Lyanna aux yeux des lords de Westeros.

Jon risque donc d’être considéré comme un bâtard, malgré tout.

La proximité prime sur l’aînesse

Cependant, pour pousser plus loin notre réflexion, plaçons nous dans le cas où le mariage soit reconnu comme valide. Jon pourrait alors potentiellement avoir préséance sur sa tante Daenerys…

Mais ça n’a rien d’évident ! Après le Trident, et donc la mort de Rhaegar, les partisans d’Aerys semblent accepter le fait que le roi ait déshérité Rhaegar, et donc sa lignée, au profit de Viserys, alors qu’Aegon (le premier fils de Rhaegar) est toujours vivant, même s’il faut tout de même dire qu’à ce moment-là, la question dynastique ne devait plus être leur préoccupation principale. Aerys suit en la matière le précédent du Grand Conseil de l’an 101, qui semble indiquer que la proximité par rapport au roi prime sur l’aînesse.

À la mort de Viserys sans enfant, qui, entre sa sœur Daenerys (la proximité) ou son neveu Jon (l’aînesse), prime ?

Il y a des précédents en la matière : lorsqu’une succession est difficile, on réunit les nobles en un Grand Conseil et ils doivent trancher pour savoir qui doit monter sur le trône. Toutefois, il existe (à Westeros, comme au sein de la Garde de Nuit) différentes manière d’apprécier et d’interpréter les décisions rendues par ces Grands Conseils. Certains pensent que la jurisprudence du Grand Conseil favorise la proximité plutôt que l’aînesse (donc Daenerys, plutôt que Jon). D’autres estiment que les Grands Conseils écartent par principe les femmes, et que celle-ci ne peuvent pas hériter (ce qui favoriserait indubitablement Jon).

Et les preuves dans tout ça ?

Tout ça, c’est bien beau, mais ça reste sur le papier très théorique. Replaçons nous dans le contexte des livres, et du point de vue des Ouestriens (qui ont beaucoup beaucoup moins d’éléments que les lecteurs pour établir la légitimité d’un prétendant).
En l’absence de preuve, difficile de faire admettre aux grands vassaux la parenté de Jon (dont peu de proches étaient au courant, il reste – à notre connaissance pour le moment – un seul témoin en vie : Howland Reed). Pour les rallier à sa bannière, il devrait non seulement les convaincre de son ascendance, mais en plus prouver qu’il n’est pas bâtard… La tâche paraît compliquée, voire impossible ! Et rappelons qu’en face, sa tante Daenerys a trois dragons et une ascendance claire comme de l’eau de roche…

Jon et ses vœux

Autre source de problèmes, Jon est membre de la Garde de Nuit, dont il est devenu le lord Commandant. Il a prononcé des vœux le liant à un ordre, et ces vœux sont contraignants, seule la mort peut l’en défaire. Ce qui a l’air plutôt bien parti à la fin de la cinquième intégrale (ADWD). La plupart des lecteurs pensent alors à une résurrection en lien avec Melisandre (qui est à Châteaunoir), ou avec ses pouvoirs de change-peau (Fantôme aussi est à Châteaunoir), peut-être avec les deux en même temps. Mais deux cas de figure se poseraient alors : soit il passe sous silence sa mort et sa résurrection, ce qui fait qu’il est, aux yeux de tous, encore lié par ses vœux à la Garde de Nuit (et on connait le destin des déserteurs), soit il clame partout sa mort qui le libérerait théoriquement de ses vœux et sa résurrection, ce qui peut causer quelques petits soucis de diplomatie autour de lui, compte-tenu de la situation actuelle de la Garde de Nuit (qui pour rappel, s’est faite décimer par une armée de morts-vivants) et de la mauvaise réputation de la magie qui reste abhorrée par beaucoup… Là encore, ce n’est pas gagné…

« Oyez mes paroles et soyez témoins de mon serment, récitèrent-ils, emplissant d’une même voix l’obscurité croissante du bois sacré. La nuit se regroupe, et voici que débute ma garde. Jusqu’à ma mort, je la monterai. Je ne prendrai femme, ne tiendrai terres, n’engendrerai. Je ne porterai de couronne, n’acquerrai de gloire. Je vivrai et mourrai à mon poste. Je suis l’épée dans les ténèbres. Je suis le veilleur au rempart. Je suis le feu qui flambe contre le froid, la lumière qui rallume l’aube, le cor qui secoue les dormeurs, le bouclier protecteur des royaumes humains. Je voue mon existence et mon honneur à la Garde de Nuit, je les lui voue pour cette nuit-ci comme pour toutes les nuits à venir. »
(Voeux de la Garde de Nuit)

On notera toutefois que, même si aucun précédent n’existe, défaire un frère noir de ses vœux serait potentiellement envisageable. À l’instar de Joffrey qui démit Barristan Selmy de ses vœux, ou du Grand Conseil qui « évoqua » la possibilité de relever Aemon de ses vœux de mestre en 233, envisager une situation où l’on relève Jon de ses vœux est du domaine du possible… Mais ça reste tout de même assez nouveau et exceptionnel.

Griff le Jeune

À partir de l’intégrale 5, un tout nouveau protagoniste entre en scène : Griff le Jeune, qui prétend être Aegon Targaryen, le fils de Rhaegar.

Une identité douteuse

Griff le Jeune (crédits : Steamey)
Griff le Jeune (crédits : Steamey)

Aegon Targaryen n’était qu’un bébé quand son père est mort au Trident face à Robert Baratheon. Quelques temps plus tard, quand les Lannister mettent Port-Réal à sac, le chevalier Gregor Clegane brise le crâne du nourrisson contre un mur. Le cadavre est apporté à Robert Baratheon dans un manteau Lannister ensanglanté, afin de prouver l’allégeance de lord Tywin aux rebelles. Le spectacle qu’offre le cadavre d’Aegon est insupportable, et personne ne le regarde bien longtemps. Qui plus est, qui pourrait douter de son identité ? Ce n’est qu’un bébé comme un autre.

Pourtant, Varys prétend avoir subtilisé le véritable Aegon, et l’avoir remplacé par un autre bébé juste avant la mise à sac de la ville. Il aurait ensuite envoyé l’enfant de l’autre côté du détroit, en Essos, où il aurait grandi dans la clandestinité, vivant à la dure, et apprenant que le trône n’est pas un droit, mais un devoir. Cette belle et idéale version de l’histoire est fortement remise en question au vu des éléments dissimulés dans l’ensemble de l’œuvre de GRRM. Ce n’est cependant pas le plus important du point de vue de notre sujet : qui que soit réellement Griff le Jeune, il se prétend et se présente à tous comme Aegon Targaryen, le futur Aegon VI.

« Messires, je vous présente Aegon Targaryen, premier-né de Rhaegar, prince de Peyredragon, par la princesse Elia de Dorne… Bientôt, avec votre aide, il sera Aegon, sixième du nom, roi des Andals, des Rhoynars et des Premiers Hommes, et Seigneur des Sept Couronnes. »
(ADWD, Le lord perdu)

Néanmoins, si lui-même et ses alliés tiennent pour acquise la version de Varys, il est peu probable que tout le monde s’en accommode aussi facilement. Le principal atout militaire d’Aegon est la Compagnie Dorée, considérée comme la plus formidable troupe mercenaire d’Essos, une armée professionnelle, fiable, bien entraînée et bien équipée, capable de venir à bout de la plupart des armées seigneuriales ouestriennes de taille équivalente. Cependant, cette troupe est composée d’exilés de Westeros et d’aventuriers se revendiquant de façon plus ou moins plausible ou abracadabrante les héritiers légitimes de grands fiefs de Westeros, espérant qu’Aegon les en récompensera une fois sur le trône. Les seigneurs en place risquent de se montrer réticents à l’idée de s’allier à une troupe qui lorgne leurs terres.
De plus, historiquement, la Compagnie Dorée a été formée par Aigracier, un bâtard du roi Aegon IV l’Indigne, afin d’aider à mettre sur le trône les Feunoyr, une autre lignée de bâtards royaux qui revendiquait le Trône de Fer. La Compagnie tenta ainsi à plusieurs reprises d’envahir les Sept Couronnes afin de renverser la dynastie Targaryen. Le fait qu’elle suive actuellement un Aegon qui se prétend Targaryen ne peut qu’alimenter les soupçons sur son ascendance.

Sa place dans la généalogie Targaryen

Aegon serait le fils de Rhaegar. À ce titre, il aurait plus de droit au trône que Jon Snow, dont il est l’aîné. Toutefois, les questions centrales autour de la bâtardise de Jon peuvent rejaillir sur Aegon : si le mariage de Lyanna et Rhaegar a bien eu lieu, il faut s’interroger sur sa valeur : est-il légal ? Quelle conséquence a-t-il concernant le mariage de Rhaegar et Elia ? Et quelles conséquences pour les enfants issus de ce mariage ? Aegon peut-il être affublé de bâtardise rétroactivement ? Cela semble peu probable, la bâtardise étant considérée comme une souillure de naissance.

Cependant, en écartant Rhaegar de son héritage, Aerys a de fait écarté Aegon, pour lui préférer Viserys (préséance de la proximité sur l’aînesse). Il peut donc parfaitement être considéré comme moins légitime que Daenerys, contrairement à ce que Griff le Jeune croit.

Un mariage pour les rassembler tous ?

Comment réconcilier les héritiers Targaryen dans tout ce fouillis dynastique ? C’est le commandant de la Compagnie Dorée, Harry Paisselande, qui nous donne la clef :

« On a besoin de cette fille. On a besoin du mariage. Si Daenerys accepte notre petit prince et le prend pour consort, les Sept Couronnes en feront autant. Sans elle, les lords vont se foutre des revendications d’Aegon et le traiter de faussaire et d’escroc. »
(ADWD, Le lord perdu)

Si un conflit dynastique entre les prétendants Targaryen devait éclater, le plus simple serait encore de les réunir par le mariage, sachant qu’aucun n’a de légitimité parfaite. Cette solution avait été retenue pour mettre fin à « la Danse des Dragons », lorsqu’Aegon III (fils de la reine Rhaenyra) avait épousé Jaehaera (fille du roi Aegon II), réunissant ainsi les deux branches rivales de la maison.

Et dans la série ?

Dans la série, on apprend que Rhaegar a répudié sa femme Elia et épousé Lyanna Stark (qui n’est pas nommément mentionnée : Rhaegar a simplement contracté un mariage secret à Dorne). Cette information complique la donne : on ne sait pas trop d’où Rhaegar tirerait sa légitimité à dissoudre son propre mariage avec Elia. On a certes des précédents de répudiation, mais uniquement par des souverains, ce que Rhaegar n’est pas. Sinon, un mariage ne peut être rompu qu’en cas de non-consommation, et par le Grand Septon seul, ou par un Concile de la Foi. Rhaegar ne remplit aucune de ces deux conditions. Et, à supposer la répudiation valide, reste à en déterminer les conséquences sur les enfants déjà nés de l’union rompue, le concept de « bâtards rétroactifs » étant, on l’a vu, difficilement concevable. Toutefois, dans la mesure où la série semble avoir occulté le personnage de Griff le Jeune, cette dernière question sur les autres enfants de Rhaegar est moins importante.

Ce qui fait que dans la série, Jon est l’héritier légitime des Sept Couronnes. Mais, encore une fois, sur le papier seulement.
Il lui faudra donc, tout d’abord, prouver aux vassaux (parce que le spectateur le sait déjà, mais pas les seigneurs suzerains) que ses parents étaient mariés et que ce mariage était légal. Il est cependant probable que la série ne s’embarrasse pas de ces questions de légalité de répudiation, et accepte le nouveau mariage comme tel. Quant à la preuve, on imagine bien Sam sortir THE papier qui prouve que Rhaegar et Lyanna étaient mariés (passons sur le fait que d’une part, Sam n’a pas du tout fait attention à cet écrit dans un premier temps, et que donc il a peu de raison d’avoir emporté le livre, et que d’autre part le texte, qui ne mentionne pas explicitement Lyanna, est tout sauf un document légal : ce sont les mémoires d’un Grand Septon. Mais il est possible que là aussi la série contourne ces détails).
Il faudra ensuite que Jon réussisse à prouver qu’il est bien le fils de Rhaegar et Lyanna. Pour le moment, seul Bran en a la « preuve », ce qui est un peu léger, encore plus que les mémoires d’un Grand Septon, pour le faire accepter aux vassaux du Nord, mais aussi à ceux de l’ensemble des Sept Couronnes (enfin ce qu’il en reste). À noter que le fait que Rhaegar et Lyanna aient été mariés n’est pas une preuve que Jon est leur fils. Ceci dit, il est très possible que Jon, dans la série, devienne le maître de Rhaegal. Cela prouverait à tous, dans le canon de la série, qu’il a du sang Targaryen, et ferait peut-être plus facilement accepter aux vassaux le témoignage de Bran…
Enfin, il devra faire face aux réactions de ses vassaux qui ne portent pas les Targaryen dans leur cœur, à celle des vassaux du sud encore sous la coupe de Cersei, et surtout surtout à celle de sa tata Dany qui elle, vit avec l’idée qu’elle est la seule légitime au Trône de Fer depuis la mort de Viserys en saison 1.
Et reste à voir ce que signifiera d’un point de vue légal le fait que Jon ait ployé le genou devant Daenerys.

Bref, un sacré bazar dans le cas de la série, qui ne s’embarrassera probablement pas des détails et des règles contraignantes. Ou les contournera.

Conclusion

« Faut arrêter ces conneries de nord et de sud ! Une fois pour toutes, le nord, suivant comment on est tourné, ça change tout ! »

Bah la légitimité, c’est pareil… suivant le point de vue, ça dépend.
Et encore… Si la religion et la magie s’en mêlent…

Si la question vous intéresse, n’hésitez pas à écouter à la suite de cet article l’épisode 3 du Son du Mur où nos trois animateurs favoris Geoffray, Jon et Nymphadora débattent de la question !