Share This Post

Accueil - Actualités / Recommandations littéraires

Recommandations de juin : Pride

Recommandations de juin : Pride

Avec juin qui s’achève, la Garde de Nuit vous propose de célébrer le mois des fiertés ! Une manière de s’ouvrir à d’autres horizons, malheureusement encore assez peu visibles ou considérés. Voici donc une liste de livres mettant au premier plan l’homosexualité, la bisexualité, ou la transidentité. En vous souhaitant de belles lectures !

Le garçon et la ville qui ne souriait plus, de David Bry

Le garçon et la ville qui ne souriait plus par David Bry


Roman jeunesse au joli titre poétique, Le garçon et la ville qui ne souriait plus, de David Bry, nous place dans un Paris du 19ème siècle uchronique. Dans un monde régi par des « Lois de la Norme » où l’on envoie tous les anormaux – handicapés, malades, défigurés… – à la cour des Miracles, un jeune homme, aidé de ses amis, tente de déjouer un complot visant à tuer les « anormaux » et à détruire la cour des Miracles.
C’est mignon, très positif dans le message, en mettant en scène un héros courageux. Le livre le suit dans ses tourments adolescents et ses questionnements, avec un grand plus sur le fait que notre héros est gay, ce qui n’est jamais amené avec des gros sabots et autres artifices… Honnêtement, des personnages comme lui quand j’étais en fin de primaire/collège, j’aurais aimé en croiser plus ! Un roman jeunesse qui nous présente une aventure haute en couleurs, avec un chouette message d’ouverture donc.

L’objet livre est en plus très joli (avec des illustrations en tête de chapitre pleines de charme). On pourrait arguer que tout va trop vite, avec un rythme effréné et des difficultés balayées au détriment de la profondeur… mais on reste avant tout dans un roman ciblé jeunesse qui touche juste et porte un message admirable : une société n’est grandie que par la différence.

Si vous cherchez un livre pour un petit cousin/neveu/enfant qui lit beaucoup et est dans la bonne tranche d’âge, c’est très recommandable.

Nymphadora

La Main gauche de la nuit, d’Ursula Le Guin

La Main gauche de la nuit, d’Ursula Le Guin, aux éditions Le Livre de Poche


L’Envoyé terrien Genly Aï arrive sur la planète Nivôse — appelée Géthen par ses habitants — pour en convaincre les dirigeants de rallier l’Ekumen, comparable à une Alliance commerciale entre humains.

Les Géthéniens sont des humains modifiés par de lointains ancêtres. La majeure partie du temps, ils ne sont ni homme ni femme et ils n’ont aucun caractère sexué. Cependant tous les vingt-six jours ils entrent en kemma, période où ils deviennent hommes ou femmes et s’accouplent avec un partenaire. Genly, humain restant continuellement à l’état d’homme, est vu comme une monstruosité. Malgré tout, il s’évertue à accomplir sa mission, en souhaitant rencontrer le roi du domaine où il a atterri grâce à son premier ministre, Estraven.

Alors qu’il est sur place depuis deux ans, Genly a encore des difficultés à comprendre les spécificités culturelles de la planète. Les chapitres où Estraven est le narrateur nous décrivent un Genly balourd et maladroit, tandis que ce dernier ne voit qu’une société pétrie de particularismes. Quand il se rend dans le domaine voisin, l’auteure imagine une autre société où les fondements culturels sont proches, mais l’organisation politique si différente rappelle les pays bureaucratiques soviétiques. Un même peuple, une même culture, deux systèmes radicalement opposés.

Le récit est connu pour explorer la notion de genre. À ce stade du commentaire, il convient de souligner qu’il a été publié en 1969, ce qui le rend particulièrement novateur pour l’époque. Genly trouve les habitants de la planète efféminés, pas seulement dans leur physique, mais aussi dans leurs attitudes. Ses réflexions un brin machistes laissent le sentiment d’un Envoyé qui juge. En réalité, le monde généthien est construit autour de cette spécificité, et l’auteure pense qu’une société sans hommes virils connaîtrait les meurtres, mais pas la guerre.

Genly et Estraven devront affronter ensemble une nature glaciale et dangereuse. Dans un style très littéraire, Ursula Le Guin nous montre que les humains peuvent se rapprocher malgré leurs différences.

FeyGirl

Docteur Aphra (Doctor Aphra), créée par Kieron Gillen

« Aphra », Docteur Aphra tome 1, Gillen au scénario et Walker au dessin (couverture de Shirahama)


Un demi-siècle après les émeutes de Stonewall, ce mois de juin est l’occasion de constater le chemin parcouru – et ce qui reste à accomplir… Pour moi, c’est aussi l’occasion de recommander, plus que jamais, des créateurices et créations queer, après José Donoso, puis Becky Chambers sur laquelle j’attire particulièrement votre attention au regard des récentes circonstances. Et cette fois, je vous propose de vous plonger dans l’Univers Étendu (canon) Star Wars avec la série Docteur Aphra, création de l’auteur britannique Kieron Gillen, issue de sa série Dark Vador.

Pour son premier comics Star Wars, Gillen, chargé par Marvel Comics d’écrire l’après-épisode IV du Seigneur noir des Sith, décida de créer une galerie de personnages à son service, sombres reflets des compagnons de son fils. Ainsi naquirent Trios, princesse de Shu-Torun ; Krrsantan, chasseur de primes wookie ; 0-0-0 et BT-1, un couple de droïdes aux pulsions meurtrières… et la plus mémorable d’entre-elleux : Aphra, docteure en archéologie, récupératrice d’armes antiques, reprogrammatrice desdits droïdes – bref, malhonnête homologue spatiale de l’autre personnage iconique de Harrison Ford produit par Lucas. Délicieusement amoral, le personnage (et ses assistants cybernétiques) séduisit tant et si bien qu’elle obtint sa propre série à l’issue des 4 tomes de DV.

Mis en avant par les couvertures pleines de charme de Kamome Shirahama, puis juste magnifiques d’Ashley Witter, illustré avec talent (principalement) par Kev Walker puis Emilio Laiso et enfin Caspar Wijngaard, le récit des aventures d’Aphra que nous offrent Gillen et son successeur Simon Spurrier bénéficie de leur humour ravageur et de leur excellente maîtrise de procédés narratifs type « fusil de Tchekhov », « foreshadowing », « hareng rouge »… résultant en une lecture toujours hilarante et génialement imprévisible – quand bien même Spurrier pousse ces aspects dans des extrêmes qui ne plairont pas à tout le monde. Et c’est aussi une œuvre qui pousse la représentation queer dans un univers qui est longtemps resté hétéronormé (on remercie Bioware d’avoir ouvert la voie en 2004, avec Juhani dans Knights of the Old Republic) avec ses personnages lesbiens, gays, bisexuels – à commencer par Aphra elle-même et la relation complexe qu’elle développe avec une impériale.

Si on peut avoir du mal avec l’amoralité de sa protagoniste, à l’évolution longtemps limitée alors que ses plans, et ses proches, ne cessent d’en souffrir, jusqu’à une conclusion douce-amère, ainsi qu’avec l’imagination délirante de Spurrier, Docteur Aphra est néanmoins un comics, à l’image de son personnage, extrêmement malin et divertissant, visuellement plaisant, et à la dimension queer explicite rafraichissante, à l’heure où la diversité de genres, d’orientations, ethnique (puisqu’Aphra est décrite « [est-]asiatique ») reste abordée avec une frustrante timidité par les films.

no one

Appelez-moi Nathan, de Quentin Zuttion et Catherine Castron

Appelez-moi Nathan, de Quentin Zuttion et Catherine Castron

Lila, une adolescente comme les autres ? Pas tout à fait.

Une fois n’est pas coutume, je vous propose ici encore un petit ovni graphique qui parle de transidentité. Lila est une fille, mais Lila ne se sent pas une fille, elle voudrait qu’on l’appelle Nathan. Mais comment faire comprendre ça à sa famille, à ses amis, quand elle-même a du mal à en parler ?

Sous le dessin tout en douceur et poétique de Quentin Zuttion et le récit tiré d’une histoire vraie de Catherine Castron, Appelez-moi Nathan nous emporte dans une recherche d’identité, de désir, de sexualité. Tout le monde se pose des questions à un moment donné de sa vie. Mais pour certains la réponse n’est pas « dans la norme » : il est alors bien plus difficile de se trouver dans « ce » monde.

Tout au long du récit, on passe de l’enfance à l’adolescence jusqu’à la transformation. Je ne pourrais pas dire si ce qui est décrit ici est ce que tous les jeunes passant par là ressentent. Je sais juste que ce récit m’a beaucoup touchée et qu’il serait de bon ton de le partager au plus grand nombre, afin d’ouvrir un peu les yeux sur un sujet trop peu abordé et pourtant bien présent dans notre société – surement autant pour ceux qui le vivent, pour voir que d’autres aussi les comprennent, que pour ceux qui ne les « comprennent » pas, pour un peu plus d’acceptation.

Malicia

Conclusion

Si rien de tout cela ne vous parle, n’hésitez pas à consulter l’annuaire de toutes les recommandations publiées sur le blog de la Garde de Nuit.

Compte collectif de La Garde de Nuit.

Leave a Reply