ACOK 08 – Catelyn I

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    Hizieł
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    ACOK 08 – Catelyn I
    Au fil des pages – liste des sujets

    ACOK 07, Jon I ACOK 09, Tyrion II

    Après avoir retrouvé Sansa, Bran & Rickon, Jon et Arya (par deux fois), c’est l’heure de la reprise pour les derniers Stark qui nous manquaient (dans tous les sens du terme) : Catelyn et Robb, qui sont toujours à Vivesaigues : pour un chapitre dense dans lequel je vous propose de nous replonger.
    Le chapitre s’ouvre dans la grande salle de Vivesaigues devant une large assistance composée de seigneurs Nordiens et Riverains.

    « Et Robb, de quel métal est-il, lui ? » (ACOK 7, Jon I)

    Jusqu’ici suivi du point de vue de Catelyn comme un chef de guerre, Robb est désormais le Roi du Nord ce qui entraîne un changement visible de statut et de stature : pour lui et pour ses décisions. On a par ailleurs vu dans les chapitres précédents qu’il n’était pas le seul impacté par cette nouvelle casquette : Sansa en a malheureusement déjà fait les frais à Port-Réal.

    « Elle avait l’impression qu’à peine forgée la couronne accablait Robb » / « Her son’s <b>crown</b> was fresh from the forge, and it seemed to Catelyn Stark that the weight of it pressed heavy on Robb’s head ».

    Nous avons déjà évoqué plusieurs fois ici la qualité des phrases introductives de chapitres de GRRM, et je trouve que ce chapitre ne fait pas exception en résumant en une phrase tous les enseignements dudit chapitre.
    Déjà physiquement, porter la couronne (au sens propre) se révèle compliqué pour Robb, qui essaye de la caler au mieux sur sa tête, et s’empresse également de s’en débarrasser dès qu’il est à l’abri des regards. Parlons donc un peu de cette couronne.

    « D’or, d’argent, de pierreries, pas l’ombre ; bronze et fer exclusivement, les métaux de l’hiver, sombres et vigoureux antagonistes du froid »

    Là où dans le chapitre qui précède, Jon et Jeor Mormont prédisaient à Robb tour à tour « des gobelets rutilants de pierre » et des « soieries, satins, velours de cent coloris différents », Catelyn souligne ici la froideur et la sobriété de cette toute nouvelle couronne de Roi du Nord de Robb, réplique de l’antique couronne des Rois du Nord.
    On remarquera la mention des piques en fer noir et du bronze martelé (alliage de cuivre) de la couronne, métaux que Donal Noye attribuait respectivement à Stannis et Renly Baratheon (la chevelure auburn de Robb rappelant également le cuivre).
    Je ne suis pas sûr que ces parallèles apportent grand-chose à la réflexion mais j’avais à cœur de les mentionner pour pouvoir ensuite évoquer le 3e métal des frères Baratheon, cette fois associé à Robert : l’acier. Plus particulièrement l’acier nu de l’épée, qui a été pendant tout AGoT un leitmotiv des apparitions de Robb. Sa première apparition dans ACoK s’inscrit donc totalement dans cette continuité puisque sa première action est ici de réclamer son épée, de la dégainer, puis de la poser « nue en travers de ses genoux, telle une menace visible de tous » face à Cleos Frey.
    Sa façon de se comporter dans ce chapitre avec Cleos se rapproche beaucoup (même dans les descriptions) de l’accueil qu’il avait réservé à Tyrion à son retour du Mur dans AGoT : « Son épée lui barrait les genoux, nue de manière que nul au monde n’en ignorât. » (AGoT Bran IV). Pour continuer ce parallélisme, dans les deux situations, il se lève ensuite l’épée au poing mais pour Cleos comme pour Tyrion, ce n’est pas Robb et son épée qui sont source de crainte mais bien le/les loups. En effet, Tyrion réplique en « ignorant l’arme qui le menaçait » mais se fait ensuite agripper et déchirer la manche par Vent Gris (encerclé par Eté et Broussaille) ; de même ici « ce n’était pourtant pas la lame qui angoissait ser Cleos, mais l’approche souple et feutrée de Vent Gris »
    Dans les deux cas, cette attitude de Robb est jugée après coup excessive par Luwin / Catelyn mais s’inscrit dans une relation plus large de Robb avec son épée, que je trouvais intéressant de rappeler ici rapidement. Premièrement son rapport à l’épée n’est pas nouveau : cf ser Rodrik qui le rabroue pour cette raison au début d’AGoT (Catelyn III) : « Ne tirez jamais l’épée que pour l’utiliser vraiment. Combien de fois devrais-je encore vous le répéter, jeune fou ».
    Et puis bien sûr, l’épée c’est aussi et surtout le symbole de ses victoires (stratégiques et sur le champ de bataille) à la tête de son armée et de son avenir promis à la guerre comme l’a remarqué Catelyn dans son dernier chapitre d’AGoT : « Marié d’avance à cette guerre qu’il faisait sienne […] sa véritable fiancée, comment s’y méprendre un instant ? reposait en évidence sur la table : son épée ».
    Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire sur cette relation Robb/épée (que je trouve vraiment très intéressante pour comprendre le personnage) mais ce n’est pas le propos ici donc je clos cette parenthèse (mais pourquoi ne pas la rouvrir dans un sujet dédié ?)

    Revenons à l’intrigue : dans ce chapitre, Robb charge ser Cleos Frey, qui a combattu avec les Lannister pendant la bataille du Bois-aux-Murmures, d’apporter à Port-Réal une proposition de paix à Cersei, accompagné d’une trentaine d’hommes. Ce choix de ser Cleos pour porter le message est expliqué par ses liens de sang avec les Lannister, étant le neveu de Tywin (et donc le cousin de la reine régente). On apprend plus tard que son frère Tion Frey était également du côté Lannister lors de la bataille (contrairement à nombre de leurs oncles et cousins, comme le rappelle Robb) et est lui aussi captif.

    La lecture par Robb à haute voix des termes de la paix est l’occasion pour nous d’en connaître les clauses : quelles sont-elles ?
    Je ne vais pas revenir y en détail, mais on peut noter que la première concerne la libération d’Arya et Sansa (et la rupture des fiançailles de cette dernière avec Joffrey), suivie par la restitution de la dépouille d’Eddard (et des gens de sa maisonnée) ainsi que de l’épée seigneuriale : Glace.
    Conséquence logique des trois batailles entre les armées Stark et Lannister (de la Verfurque, du Bois-aux-Murmures et des Camps), les deux camps retiennent de nombreux prisonniers, dont la mise en liberté figure parmi les clauses, à l’exception notable de Jaime Lannister « répondant de l’attitude de son père ».
    Enfin, outre la remise par les Lannister de dix otages de haut-rang (qui seront ensuite libérés progressivement), l’offre de paix prévoit la reconnaissance par Port-Réal de l’indépendance d’un Nord élargi, ainsi que le départ des troupes de Tywin hors de ce territoire.
    On avait bien vu lors du dernier chapitre de Catelyn dans AGoT la surprise avec laquelle elle avait observé les seigneurs riverains se joindre aux Nordiens dans les acclamations du nouveau Roi du Nord. Les conséquences de ce soutien se retrouvent logiquement dans le périmètre des terres que Robb veut voir soustrait au contrôle du Trône de Fer – périmètre incluant « toutes les terres Stark sises au Nord du Neck, ainsi que les terres baignées par le Trident et ses affluents, soit depuis la Dent d’Or à l’Ouest jusqu’au montagnes de la Lune à l’est », qui correspond donc au Nord complété par le Conflans.

    Si la démonstration de force de Robb lors de l’énoncé de ces clauses (plutôt très en faveur du camp Stark) s’est déjà un peu fissurée avec le départ (peu discret) de Rickard Karstark à la première mention de la paix, la suite du chapitre nous montre que la situation est en fait plus fragile encore pour le nouveau Roi du Nord.
    Déjà, ces clauses de paix sont loin de faire consensus parmi les Nordiens et les Riverains. L’idée même d’une paix (que Catelyn défend depuis la mort de Ned et la reprise de Vivesaigues) était initialement impensable pour beaucoup lors du conseil qui avait mené à « l’avènement » de Robb en Roi du Nord à la fin d’AGoT, et beaucoup ne l’avaient accepté qu’à condition d’obtenir en échange l’indépendance vis-à-vis du Trône de Fer. Lord Karstark faisait d’ailleurs partie de ceux-là : « J’accepterai la paix dans ces conditions-là […] qu’ils gardent leur château rouge et leur siège de fer ». Sa sortie montre cependant que cette proposition de paix lui reste insupportable, comme elle semble l’être également (dans une moindre mesure) pour Robb et Edmure, animés par l’envie de vengeance.
    Pour Catelyn en revanche, qui a perdu Ned et ne voit dans la poursuite de la guerre que le risque de perdre son fils aîné, et de ne jamais pouvoir retrouver ses filles, elle appelle logiquement la paix de ses vœux et se désole de l’offre de paix qu’elle considère trop dure pour que Cersei l’accepte. A nouveau, elle essaye de faire entendre raison à Robb, notamment à propos du Régicide mais c’est peine perdue. En guise de réponse, il lui propose de retourner aux Jumeaux, histoire de l’aider à trouver sa future épouse. On se demande bien pourquoi elle décline l’offre, dis-donc (il se peut qu’elle n’aime pas le seigneur du Pont, qui sait).

    Enfin, outre cette offre de paix déjà fragile et dont personne ne semble véritablement satisfait [est-ce vraiment ce qui caractérise un bon compromis ?], on en apprend plus sur l’état du Conflans, qui ne nous rassure pas sur la situation pour le camp Stark (et encore moins si l’on se souvient que c’est par là que se dirigent Arya, Yoren et les futures recrues de la GdN).
    Déjà, on apprend que Robb a suivi les conseils d’Edmure en permettant aux seigneurs riverains d’aller défendre leurs terres. Si l’intention initiale peut éventuellement se comprendre (ils ne vont pas « rester bras croisés pendant qu’on pille leurs champs et passe leurs gens au fil de l’épée », dixit Edmure), les conséquences sont déjà pas géniales initialement : l’armée s’éparpille (et donc s’affaiblit) et certains en profitent pour s’éclipser alors qu’ils ne sont pas concernés (cc Jason Mallister). Mais on apprend ensuite par Brynden Tully que c’est encore plus grave qu’imaginé puisque ces reconquêtes sont tout au mieux des demi-échecs (ou demi-succès selon que vous voyiez la coupe à moitié pleine ou vide) quand ce ne sont pas des échecs tout-court. Mention honorable pour Marq Piper et Karyl Vance qui arrachent « ça et là de petits succès ».
    A part ça, Béric Dondarrion était mort puis l’était plus (tiens tiens …) et autour de l’Oeildieu, le Conflans est à feu et à sang, la faute aux fourrageurs de Tywin, dont Gregor Clegane, ser Amory Lorch et des « spadassins de Qohor » (que dirige Varshé Hèvre) : des personnages charmants que l’on aura plaisir à retrouver encore pendant quelque temps. Ils appliquent à la lettre les instructions de Tywin telles qu’énoncées devant Tyrion à la fin d’AGoT : « je veux voir flamber la région de la Ruffurque jusqu’à l’Oeildieu, dis-le-leur ». Pour Brynden comme pour sa nièce, la stratégie de Tywin est limpide : il veut provoquer la bataille, sur le terrain qu’il a choisi. Catelyn, qui a bien vu que ce genre de provocation marchait trop bien sur Edmure, a peur que Robb ne l’écoute à nouveau et fonce droit vers Tywin, retranché à Harrenhal.
    Vient alors un petit détour sur l’histoire iconique de ce château, l’occasion d’apprécier à nouveau le sens minutieux du timing d’Harren le Noir, qui se décarcasse en défigurant le Conflans pendant 40 ans pour que son nouveau joujou tout rutilant soit soufflé en quelques heures par quelques dragons : ce pourrait être risible si ce n’était si dramatique. Après ce détour historique, Brynden informe Catelyn de la nouvelle armée Lannister qui se forme à l’ouest sans constituer pour l’instant une menace directe, n’étant pas encore prête.
    Dans ce Conflans embrasé, « l’oisiveté » si compliquée pour les Nordiens et les Riverains doit pour l’instant primer plutôt que donner à Tywin ce qu’il attend. Une troisième voie se dégage pourtant avec la proposition de Catelyn à la fin du chapitre d’aller rencontrer Sa Majesté Renly, seul à même d’obliger Tywin à bouger d’Harrenhal, en marchant sur Port-Réal par exemple : mais comment faire converger ses intérêts avec ceux des Stark, là est la question …

    Avant de clore cette analyse (déjà bien trop longue) et de vous donner, chers frères et chères sœurs, la parole, je souhaite revenir sur le thème qui transcende à mon sens ce chapitre : l’identité duelle. Ce sera l’occasion de parler de Greyjoy (que je n’ai pas encore évoqué, honte à moi), mais aussi de reparler de Cleos Frey-Lannister et de conclure avec Robb fils/roi, pour boucler la boucle.
    Tout d’abord, si ce thème (plutôt commun dans la saga) arrive à ressortir de ce chapitre, c’est grâce à la perspicacité et l’observation minutieuse dont fait preuve Catelyn dans tout ce chapitre. Lors de l’audience initiale, elle joue totalement son rôle en observant attentivement ser Cleos Frey, aussi bien que les réactions de l’auditoire aux propos de son fils Robb.

    « Que ne pouvait-on connaître les pensées qui s’agitaient derrière chacun de ces masques aux sourcils froncés, aux lèvres serrées, se dit Catelyn »

    La première identité double de ce chapitre, c’est ser Cleos Frey-Lannister, dont la dualité, exposée dès le début, est très intéressante. En effet, pour Theon (qui l’apostrophe au cri « Lannister » à son arrivée, faisant d’ailleurs croire une demi-seconde que le captif amené est Jaime), comme pour Robb plus tard : ser Cleos est avant tout un Lannister, du fait de son choix de camp lors des batailles précédentes. Robb va justement plus loin en ajoutant « un Lannister. Pas un Frey ». Pourtant, ce que Catelyn observe dès le début, c’est que ser Cleos n’a de Lannister que le (deuxième) nom : physiquement (« il ne possédait aucun des atours des Lannister ») et dans son attitude (« son Régicide de cousin ne se fût pas montré si coulant »). Au contraire, Catelyn voit qu’il est Frey jusqu’au bout des ongles, dans sa physionomie et sa « non-témérité ». A mon sens, pour Catelyn qui ne porte déjà pas forcément les Frey dans son cœur (elle connaît bien leur filouterie [et on a prouvé qu’elle n’aimait pas le jeu du Seigneur du Pont rappelez-vous]), voir dans l’autre camp un Frey pur jus, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à tous les autres Frey (qui sont eux alliés aux Stark), ça ne doit pas trop renforcer sa confiance envers cette maison (même inconsciemment) …

    Pour Theon Greyjoy, son identité duelle (Greyjoy de naissance et d’éducation Stark) n’est pas nouvelle et ne cessera d’être un élément prédominant de sa psychologie dans la saga. Toujours est-il que dans ce chapitre, concernant sa mission auprès de son père et comme pour Cleos, Robb et Catelyn se raccrochent chacun à l’une des «  »moitiés » » de l’identité de Theon. Catelyn qui, déjà précédemment dans le chapitre, s’est interrogée sur le « fin sourire de Theon […] un air qu’elle n’avait jamais aimé » ne veut pas de Theon comme émissaire auprès de son père Balon, le considérant uniquement comme un Greyjoy otage, donc pas digne de confiance. Robb, s’il considère bien sûr également Theon comme un Greyjoy « biologique » (« se peut-il meilleur ambassadeur auprès de Balon Greyjoy que son propre fils »), voit néanmoins Theon comme un véritable frère d’armes, et lui fait confiance pour défendre les intérêts Stark face à son père Balon, ayant passé de ses propres mots « la moitié de sa vie en otage » : donc la moitié de sa vie parmi les Stark.

    Enfin, Robb Stark est bien sûr celui donc l’identité duelle est la plus soulignée ici, par sa dualité de statut aux yeux du personnage PoV : un roi et un fils. Là encore, suivant son évolution tout au long de la saga à travers les yeux de sa mère Catelyn, c’est un thème récurrent de ses chapitres PoV. Dans ce chapitre cependant a lieu la transition entre le Robb uniquement chef de guerre d’AGoT et le Robb Roi du Nord. Les commentaires incessants de Catelyn évoluent donc de « le nouveau-né jadis tirebouchonné dans ses langes portait désormais plate et maille » (dernier chapitre d’AGoT pour Catelyn, à l’arrivée à Vivesaigues) à « Son fils, et désormais son roi » dans ce chapitre.
    Or, dans ce cas, si Robb se débrouille bien dans son nouvel exercice du pouvoir (étant également, plutôt bien entouré), la vision que l’on en a de Catelyn est plutôt (pour l’instant en tout cas) celle d’un fils qui s’habille en roi plutôt qu’un fils qui est véritablement devenu roi. C’est le sens de l’observation de Catelyn, qui oppose son ambition « royale » et sa jeunesse.
    « Il avait la barbe plus ardente que ses cheveux. Il semblait croire qu’elle lui donnait un air plus mâle et royal…, plus vieux. Mais barbe ou pas, il demeurait un adolescent de quinze ans »
    Il réagit d’ailleurs peu après en adolescent de quinze ans face à Edmure, s’emportant : « ne m’appelez pas le gosse […] me voici presque un homme fait et je suis roi – votre roi, ser ».
    Les deux volets de son identité : le fils et le roi peinent pour l’instant à converger si bien qu’en dehors des audiences publiques lors desquelles il préserve son image royale, la couronne de fer et de bronze des Rois du Nord l’accable effectivement.

    « Kill the boy within you […] It takes a man to rule. […] Kill the boy and let the man be born » (Mestre Aemon, dans ADWD – Jon II)

     

    Et en bonus, encore une fournée de tentatives d’interprétation de la comète rouge aka le Test de Rorschach de Westeros : entre un pavillon rouge de la vengeance pour Ned (Lard-Jon Omble), un présage de la victoire de Vivesaigues (pour Edmure qui y voit un poisson avec une queue aux couleurs Tully) et le symbole du sang pour Brynden : nos participants du jour étaient encore bien inspirés …

     

    Ma bougie est déjà presque entièrement consumée donc je m’arrête là, mais j’ai désormais bien hâte de vous lire sur ce chapitre !

    #151270
    Emmalaure
    • Exterminateur de Sauvageons
    • Posts : 836

    Merci pour cette belle présentation, Hiziet, et pas trop longue à mon goût !
    Notre Catelyn se révèle décidément une très fine observatrice avec une sacrée capacité d’analyse d’une situation politique complexe, comme tu l’as bien montré. Je nuancerai sur Theon, qu’elle ne craint pas nécessairement pour lui-même mais à cause de son père Balon et de la façon dont il pourrait faire tourner son fils. Et en cela, l’avenir va malheureusement lui donner raison, car Theon – comme Tyrion – recherche avant tout la reconnaissance d’autrui, en particulier ceux qui sont à proximité immédiate. Tant qu’il est près de Robb, il le sert fidèlement et loyalement (et s’en montre content dès qu’il peut récupérer des miettes de gloire), mais dès qu’il entre dans la sphère d’influence de son père, c’est le regard admiratif de celui-ci qu’il va rechercher, et dans un registre encore plus avilissant il recherchera l’approbation de Ramsay.

    Par rapport à ta première partie sur Robb et la difficulté du pouvoir symbolisée par la couronne de fer, et la situation constamment sur le fil de l’épée (l’acier nu), que tu as très bien montrées, je rajouterai la comparaison qui est faite au détour d’une phrase entre Robb et Aegon le conquérant et attribuée aux vassaux du nouveau roi du Nord. L’épée nue et le fer de la couronne m’ont fait penser au trône de fer qu’Aegon avait fait fabriquer avec les épées fondues des vaincus. Je pense qu’on est là dans le même registre symbolique, où couronne et trône tuent ceux qui les portent/s’assoient dessus.
    A noter que l’épée (l’arme) nue du seigneur du lieu signifie aussi qu’on n’accorde pas les droits de l’hôte à l’invité. De fait, Cleos reste un prisonnier et ne passe jamais au statut d’invité, malgré une amélioration momentanée de ses conditions de détention.

    Petite pensée improvisée pour la fin : on s’est pas mal interrogés sur le pourquoi de la brouille entre le Silure et son frère, provoqué a priori parce que Brynden Tully refusait catégoriquement de se marier. Je crois me souvenir qu’il y a eu pas mal de suppositions, y compris une homosexualité impossible à assumer ouvertement. En relisant le chapitre, j’ai pensé à un amour impossible et platonique avec lady Tully, la mère de Catelyn, Lysa et Edmure, et auquel Brynden serait resté résolument fidèle.

    #151273
    R.Graymarch
    • Vervoyant
    • Posts : 7469

    Chapitre intéressant (si j’omets les soupirs devant les litanies de Catelyn, allez dans un tome et demi, c’est fini^^). Hiziel a couvert pas mal des points que j’avais notés de mon côté.

    En effet, ce que prédisait Jeor comme situation confortable pour Robb ne l’est pas vraiment (il faut dire qu’il est en guerre). La métaphore sur la couronne massive, dure à porter et qu’on enlève dès que possible est bien martelée. Pour le métal, on a en effet une réponse partielle à la question de Jon « de quel métal Robb est-il fait ? ». Ledit métal (et ses ornements) nous montre que le Nord, c’est pas une couronne de rigolos décadents mais de vie rude.

    an open circlet of hammered bronze incised with the runes of the First Men, surmounted by nine black iron spikes wrought in the shape of longswords. Of gold and silver and gemstones, it had none; bronze and iron were the metals of winter, dark and strong to fight against the cold.

     

    Je note que Robb promet 30 hommes à Cleos Frey et je me dis qu’il n’a pas vraiment le loisir de perdre des hommes (ou d’en faire des otages). Il est parti sur une optique de faire confiance à l’émissaire, certes, mais tout de même…

    Catelyn broie du noir car elle se dit que c’est un peu de sa faute si Ned est parti au sud.
    Living men had gone south, and cold bones would return. Ned had the truth of it, she thought. His place was at Winterfell, he said as much, but would I hear him? No. Go, I told him, you must be Robert’s Hand, for the good of our House, for the sake of our children . . . my doing, mine, no other . . .
    Theon sourit sur « good behavior » (du père) et en effet, Catelyn ne « sent » pas Theon. Là, l’avenir lui donnera raison (différemment mais tout de même). Cela dit, on sait que Catelyn peut être cassante ou méprisante envers les « inférieurs » (je mets les otages là dedans) même quand ils sont enfants (coucou Jon).
    She studied Theon Greyjoy’s sly smile, wondering what it meant. That young man had a way of looking as though he knew some secret jest that only he was privy to; Catelyn had never liked it.
    Quand Robb n’est plus en public (et qu’il a fait envoyer sa couronne dans sa chambre), on apprend que les Riverains sont partis sur leur fief, sur proposition d’Edmure. On apprend aussi que l’offre de paix à Cersei sera sans doute une offense pour elle mais est déjà le fruit de compromis en interne. Avec des jusqueboutistes de chaque côté, dur de trouver une paix. Question subsidiaire : une mauvaise paix vaut-elle mieux qu’une bonne guerre ?

    “An offer had to be made—though a wiser man might have offered sweeter terms.”

    / But bearded or no, he was still a youth of fifteen, and wanted vengeance no less than Rickard Karstark. It had been no easy thing to convince him to make even this offer, poor as it was.

    Catelyn appuie là où ça fait mal en parlant de Sansa et Arya puis en mentionnant le sort de Jaime. Robb nous rassure, Jaime ne mourra pas. Intéressant pour la suite ^^

     

    “If your crown is the price we must pay to have Arya and Sansa returned safe, we should pay it willingly. Half your lords would like to murder Lannister in his cell. If he should die while he’s your prisoner, men will say—”

    “—that he well deserved it,” Robb finished.

    “And your sisters?” Catelyn asked sharply. “Will they deserve their deaths as well? I promise you, if any harm comes to her brother, Cersei will pay us back blood for blood—”

    “Lannister won’t die,” Robb said.

    On ne peut pas avoir un chapitre à Vivesaiges sans se moquer d’Edmure, bien entendu. Certes, il n’a pas été malin en disant « the boy » mais tout de même, bim dans ta tronche, tonton

    “Don’t call me the boy,” Robb said, rounding on his uncle, his anger spilling out all at once on poor Edmure, who had only meant to support him. “I’m almost a man grown, and a king—your king, ser. And I don’t fear Jaime Lannister. I defeated him once, I’ll defeat him again if I must, only . . .” He pushed a fall of hair out of his eyes and gave a shake of the head. “I might have been able to trade the Kingslayer for Father, but . . .”

    “. . . but not for the girls?” Her voice was icy quiet. “Girls are not important enough, are they?”

    Point géographie pour finir. Robb conseille à sa mère de partir avec Theon en bateau depuis Salvemer pour rentrer à Winterfell en un mois ? Il passerait par où le bateau ? Parce que les ports sur la côte ouest du Nord, y en a pas beaucoup. Et j’imagine pas que le bateau ferait le tour pour aller à Blancport
    “Then go with Theon. He leaves on the morrow. He’ll help the Mallisters escort that lot of captives to Seagard and then take ship for the Iron Islands. You could find a ship as well, and be back at Winterfell with a moon’s turn, if the winds are kind. Bran and Rickon need you.”
    L’oeil acéré de Catelyn voit bien ensuite que Robb esquive son regards
    Her son squatted beside Grey Wind, ruffling the wolf’s fur and incidentally avoiding her eyes.
    Mais ça ne l’empêche pas de prendre une décision de commandement.

    “I’m sending Theon. Good day, Mother. Grey Wind, come.” Robb walked off briskly, the direwolf padding beside him.

    Catelyn could only watch him go. Her son and now her king. How queer that felt. Command, she had told him back in Moat Cailin. And so he did.

    Puis c’est en effet le retour de la comète avec Brynden et le bingo des interprétations. Sa vision des batailles est plus sage, plus aguerrie.

    “Our blood or theirs?”

    “Was there ever a war where only one side bled?”

    J’ai noté aussi qu’on parle du jeune Dondarrion qui finalement ne serait pas mort. On nous parle également des « performances » des seigneurs du Conflans

    “Dondarrion and this red priest who rides with him are clever enough to preserve themselves, if the tales be true,” her uncle said, “but your father’s bannermen make a sadder tale. Robb should never have let them go. They’ve scattered like quail, each man trying to protect his own, and it’s folly, Cat, folly. Jonos Bracken was wounded in the fighting amidst the ruins of his castle, and his nephew Hendry slain. Tytos Blackwood’s swept the Lannisters off his lands, but they took every cow and pig and speck of grain and left him nothing to defend but Raventree Hall and a scorched desert. Darry men recaptured their lord’s keep but held it less than a fortnight before Gregor Clegane descended on them and put the whole garrison to the sword, even their lord.”

    On termine par un peu de stratégie. On a quasiment un pied dans chaque camp (même si pour celui de Tywin, ça remonte un peu) et on sait que chaque camp n’a pas vraiment la main sur le conflit. Du coup, Brynden nous rappelle le poker menteur de la guerre

    “More fool they. My first rule of war, Cat—never give the enemy his wish. Lord Tywin would like to fight on a field of his own choosing. He wants us to march on Harrenhal.”

    Volte face de Catelyn qui dit qu’elle a décidé d’aller… voir Renly. Et l’auteur nous laisse là. Gniiiii^^

     

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 semaine et 1 jour par R.Graymarch.

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    #151276
    Eridan
    • Fléau des Autres
    • Posts : 4013

    Merci pour la présentation, Hiziel.

    Je note que Robb promet 30 hommes à Cleos Frey et je me dis qu’il n’a pas vraiment le loisir de perdre des hommes (ou d’en faire des otages). Il est parti sur une optique de faire confiance à l’émissaire, certes, mais tout de même…

    Peut-être des barbes grises ou des hommes encore verts ?
    On verra dans un prochain chapitre de Tyrion que cette précaution était totalement nécessaire.

    une mauvaise paix vaut-elle mieux qu’une bonne guerre ?

    Ca dépend de quel point de vue … ^^

    Point géographie pour finir. Robb conseille à sa mère de partir avec Theon en bateau depuis Salvemer pour rentrer à Winterfell en un mois ? Il passerait par où le bateau ? Parce que les ports sur la côte ouest du Nord, y en a pas beaucoup.

    Par le même chemin que celui emprunté par Theon un peu plus tard pour prendre Winterfell, sans doute ? Remonter le fleuve jusqu’à Quart-Torrhen, y débarquer et faire ensuite le trajet jusqu’à Winterfell ? Catelyn a pas forcément besoin d’un port ou d’un quai pour débarquer.

    #151279
    R.Graymarch
    • Vervoyant
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    Peut-être des barbes grises ou des hommes encore verts ?

    Robb promet mieux que ça en tout cas

    “I brought you from your cell to carry my message to your cousin Cersei Lannister in King’s Landing. You’ll travel under a peace banner, with thirty of my best men to escort you.”

     

    20 good men 😀

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    #151282
    Athouni
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    Merci Hiziel : Et,non, ce n’est pas trop long. Tu devrais écrire ton post sur le lien entre Robb et son épée, ça me semble intéressant. Pour ma part, je n’en avais qu’une interprétation un tantinet phallique, une forme de démonstration viriliste du pouvoir, qui colle bien avec l’âge de Robb. Mais c’est sans doute réducteur.

    Pour ma part, j’ai analysé ce chapitre en lien avec le chapitre précédent où Donal Noye se demande si Robb fera un bon roi. Il me semble que Catelyn I offre une réponse en demi-teinte.

    It is no easy thing to wear crown

    Si comme on l’a vu au chapitre précédent « king » est « an easy word to say. An easy word to like« , il n’en reste pas moins que l’exercice du pouvoir est autrement plus difficile. Martin nous le rappelle d’entrée : « it seemed to Catelyn Stark that the weight of it pressed heavy on Robb’s head. »

    L’offre de paix est un test important pour Robb qui sait bien que son nouveau statut de roi dépend de la bonne volonté de ses vassaux. Il a en tout cas compris que l’offre de paix se doit d’être publique. Au fond, Robb s’adresse autant à Cleos Frey qu’à ses vassaux lorsqu’il énumère ses conditions. Ainsi le fait de poser son épée nue sur ses genoux est clairement une menace à l’adresse de Cleos Frey et un message pour ses partisans opposés à la paix : la guerre reste une possibilité. Martin prépare très bien ce qui va suivre en montrant l’intérêt de Catelyn pour les réactions de Lord Karstarck.

    In the back of the hall, Catelyn glimpsed the tall, gaunt figure of Lord Rickard Karstark shove through a rank of guards and out the door. No one else moved.

    La guerre, eu égard aux conditions de Robb, reste une forte probabilité, perçue comme telle par Catelyn comme par Robb (« An offer had to be made—though a wiser man might have offered sweeter terms. »). Bref, on est vraiment dans la politique en proposant des termes dont on sait qu’ils seront rejetés.

    Dans le détail, ça donne :

    1. Libérer ses soeurs : Libérer les soeurs Stark contre les cousins de la Reine, Willem Lannister, et Tion Frey. Irrecevable naturellement. La seule condition acceptable pour les Lannister aurait été un échange avec Jaime Lannister. Mais Robb ne l’acceptera jamais, en tout cas pas contre ses soeurs. Je ne pense pas que Robb ne soit pas un frère aimant, mais le poids politique d’Arya et Sansa ne concurrence celui de Jaime dans un univers patriarcal.
    2. Retour des ossements de son père : On sait qu’à Westeros, on ne plaisante pas avec les rites funéraires et en particulier les ossements des morts. Lady Dustin voue une haine tenace contre Ned Stark notamment pour cette raison au point d’empêcher le retour de ses os à Winterfell plus de 15 ans après ! La véhémence est encore perceptible dans ADWD – The turncloack : « Her lips twisted. It was an ugly smile, a smile that reminded him of Ramsay’s. “Catelyn Tully dispatched Lord Eddard’s bones north before the Red Wedding, but your iron uncle seized Moat Cailin and closed the way. I have been watching ever since. Should those bones ever emerge from the swamps, they will get no farther than Barrowton.” She threw one last lingering look at the likeness of Eddard Stark. “We are done here.” A priori, c’est une condition acceptable pour les Lannister.
    3. Retour de Ice, l’épée des Stark : En principe, cela ne devrait pas poser de problème à ceci près que les Lannister n’ont plus d’épée en acier Valyrien, Brightroar ayant disparu en même temps de Tommen II Lannister lors d’un voyage à Valyria. Un homme avec des principes et un minimum d’honneur aurait rendu l’épée (comme Ned Stark le fait avec Dawn des Dayne). Non seulement, Tywin Lannister ne la rendra pas mais il la fera fondre pour forger deux nouvelles épées pour sa famille : Widow’s wail et Oathkeeper. Symboliquement, on ne saurait être plus insultant.
    4. Libération de ses seigneurs et vassaux retenus captifs par les Lannister : Jusqu’à présent les exigences de Robb concerne surtout sa propre famille. Pour être aimé et suivi, il faut aussi tenir compte des proches des hommes qui combattent à vos côtés. D’où cette condition. Là encore, Jaime est exclu de cet échange de prisonnier. On comprend que le cas Jaime Lannister est aussi un problème. Bien sûr, c’est une assurance mais de par son statut, sa personnalité et sa dangerosité, il est aussi un point de tensions et de divisions interne.
    5. Indépendance du Nord : Conséquence logique de sa proclamation de Roi du Nord, Robb fait sécession. Inacceptable pour le pouvoir en place, obligatoire pour Robb. Il n’y aura pas de paix, c’est évident.

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    Des choix aux conséquences dramatiques

    Les exigences de Robb n’ont aucune chance d’aboutir. C’est essentiellement du bluff et de la politique, notamment à l’adresse de ses propres vassaux. Au-delà de la nature des termes, Robb n’est pas non plus en situation d’imposer ses conditions. Sans avoir perdu de bataille, il est dans une situation précaire notamment parce qu’il a permis aux Seigneurs du Conflans de retourner chez eux pour défendre leurs terres. Un geste louable mais une erreur stratégique grossière. Non seulement, cela réduit de manière important sa propre armée mais pire, ces Seigneurs isolés subissent revers sur revers.

    « Robb should never have let them go. They’ve scattered like quail, each man trying to protect his own, and it’s folly, Cat, folly. Jonos Bracken was wounded in the fighting amidst the ruins of his castle, and his nephew Hendry slain. Tytos Blackwood’s swept the Lannisters off his lands, but they took every cow and pig and speck of grain and left him nothing to defend but Raventree Hall and a scorched desert. Darry men recaptured their lord’s keep but held it less than a fortnight before Gregor Clegane descended on them and put the whole garrison to the sword, even their lord. »

    Pendant ce temps, Tywin Lannister est en mesure d’imposer son tempo. Ayant lancé ses chiens (Clegane, Lorch et Vargo Hoat) sur le Conflans, il se retrouve dans une position confortable : soit Robb réagit aux provocations et descend avec une armée diminuée sur Harrenhal perdant ainsi l’avantage du terrain , soit il laisse les chiens de Tywin poursuivre leurs ravages dans le Conflans tandis qu’une seconde armée Lannister s’assemble à Castral Roc.

    Dans ce jeu de dupes, le premier qui bouge se découvre. Le plan de Catelyn et Brynden est une réponse géniale à cette situation. Pour forcer Tywin à se mettre en marche, il faut s’allier avec Renly, seule force en mesure de menacer rapidement Port Réal.

    Mais l’erreur la plus importante, nous relecteurs le savons bien, c’est d’envoyer Theon Greyjoy à Pike pour traiter avec son père. En gardant Théon à ses côtés, Robb serait resté peut-être en position de force. En l’envoyant lui plutôt qu’un autre, il se prive d’un rapport de force nettement plus favorable. Bien sûr, Balon Greyjoy semble avoir bien peu d’attente envers son fils. Mais en n’en sachant rien, il est évident qu’abandonner un otage est une erreur de tout premier ordre.

    A sa décharge, Robb a grandi avec Theon et il ne le perçoit sans doute plus comme un otage. En favorisant les liens entre Theon et son fils aîné, Eddard Stark a fait ce qu’il fallait, humainement et même politiquement. Une amitié entre les deux héritiers est encore le meilleur garant d’une paix durable. D’ailleurs, Theon n’avait sans doute pas l’intention de trahir Robb.

    Alors qu’est-ce qui cloche ? Au fond, Eddard et Robb ont sous-estimé la rancune et la fierté de Balon Greyjoy et sur-estimé le poids politique de Theon, héritier sur le papier mais supplanté dans les faits et dans les coeurs par Asha Greyjoy.

     

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 semaine et 1 jour par Athouni.

    « When dead men come hunting in the night, do you think it matters who sits the Iron Throne »

    #151285
    Eridan
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    Les exigences de Robb n’ont aucune chance d’aboutir. C’est essentiellement du bluff et de la politique, notamment à l’adresse de ses propres vassaux.

    En effet, et à mon avis, l’erreur que nous commettons à la lecture de ce chapitre est de croire que Robb attend patiemment et passivement et qu’il laisse le temps jouer en faveur des Lannister. Il n’est pas passif, il envoie Theon auprès des Greyjoy, et ce n’est pas juste une ambassade courtoise pour proposer une simple alliance de principe : il y a déjà un plan de bataille derrière, que Robb et Theon semblent avoir en tête mais dont Catelyn n’est pas forcément informée.
    Dans le chapitre de Theon (chap. 12), on découvre que Robb n’est pas resté planté pas à Vivesaigues à attendre la réponse des Lannister : il a marché sur la Dent-d’Or qu’il assiège, avant d’entreprendre sa campagne de l’Ouest. Une campagne qui n’est elle-même qu’un moyen d’attirer Tywin hors d’Harrenhal. Cleos n’arrive à Port-Réal qu’au chapitre 21, mais pendant tout ce temps, la guerre a continué, et le rapport de force n’a pas encore totalement basculé en faveur des Lannister.

    #151293
    Athouni
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    Oui, le plan de Robb (ou celui de Theon apparement) démontre que Robb ne reste pas inactif.

    Que ce soit celui de Cat ou celui de Robb ce sont deux mouvements bien pensés mais dépendants dans les deux cas d’une alliance incertaine (aucune des deux n’aboutira d’ailleurs).

    En somme, en laissant partir les seigneurs du Conflans, Robb n’a plus toutes les cartes en main.

     

    « When dead men come hunting in the night, do you think it matters who sits the Iron Throne »

    #151311
    darkdoudou
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    Merci Hiziel pour ta belle présentation du chapitre !

    On remarquera la mention des piques en fer noir et du bronze martelé (alliage de cuivre) de la couronne, métaux que Donal Noye attribuait respectivement à Stannis et Renly Baratheon (la chevelure auburn de Robb rappelant également le cuivre). Je ne suis pas sûr que ces parallèles apportent grand-chose à la réflexion mais j’avais à cœur de les mentionner pour pouvoir ensuite évoquer le 3e métal des frères Baratheon, cette fois associé à Robert : l’acier.

    au sujet des métaux, je note que Westeros est différent de notre monde occidental. Chez nous il y a toujours la vision d’un âge d’or, époque bénie d’un paradis perdu à jamais, suivi d’ères de plus en plus dures symbolisées par des métaux de moins en moins nobles : argent, bronze, fer. Dans la Bible, la construction du temple de Salomon doit se faire « sans objet en fer », alors que l’or, l’argent et le bronze sont utilisés abondamment dans cette même construction.

    Le fer a toujours eu mauvaise réputation, et dans l’antiquité il a toujours été associé à la violence et la guerre. Ce n’est pas étonnant car l’utilisation de ce métal a été dès le début consacrée à la fabrication d’armes, donnant un avantage technologique déterminant aux Hittites qui l’ont utilisé en premier. Au contraire l’or, le bronze et l’argent ont surtout été utilisés à leur découverte pour fabriquer des objets décoratifs ou cultuels.

    La symbolique est bien différente à Westeros : dans le Nord, dans les îles de Fer, l’or est méprisé. Les Premiers Hommes restent fidèles au bronze, les fer-nés au fer. L’acier est lié aux Andals.

    J’ai trouvé intéressante ta comparaison du roi Stark avec les 3 frères Baratheon : Robb peut se montrer comme Robert en conquérant vainqueur à la bataille, séducteur de ses vassaux comme Renly (Lard-Jon, Jeyne), mais aussi très strict à l’image de Stannis (exécution de Rickard Karstark).

    Dans ce chapitre j’ai vu aussi deux doubles opposés :

    Robb – Catelyn vs Joffrey – Cersei

    J’ai noté que le destinataire des offres de paix et le supposé responsable des actions à Port-Réal est Cersei, la Reine Régente, et non Joffrey. Il y a un contraste saisissant entre Robb qui gouverne réellement avec en arrière-plan une mère qu’il cherche à écarter, et d’un autre côté Joffrey qui, nous l’avons vu dans le pdv de Sansa, ne gouverne pas vraiment, ne participant pas aux réunions du Conseil Restreint.

    Theon -Balon vs Tywin – Jaime

    Robb détient deux fils comme otages. Pour Jaime il a bien compris sa valeur, et, malgré les déchirements de sa mère n’envisage pas de l’échanger contre ses soeurs. Inversement, malgré les avertissements de Catelyn, il est prêt à laisser partir Theon. Le sourire des deux est évoqué par Catelyn en comparaison de l’hommage rendu par Cleos :

    Jaime : His cousin the Kingslayer would have been a much different matter. They would never have gotten that honorific through Ser Jaime Lannister’s perfect teeth.
    Theon : she studied Theon Greyjoy’s sly smile, wondering what it meant. That young man had a way of looking as though he knew some secret jest that only he was privy to; Catelyn had never liked it.

    les deux sont pourtant de puissantes armes à opposer à leurs formidables pères, l’un de fer et l’autre d’or :

    Et en bonus, encore une fournée de tentatives d’interprétation de la comète rouge aka le Test de Rorschach de Westeros : entre un pavillon rouge de la vengeance pour Ned (Lard-Jon Omble), un présage de la victoire de Vivesaigues (pour Edmure qui y voit un poisson avec une queue aux couleurs Tully) et le symbole du sang pour Brynden : nos participants du jour étaient encore bien inspirés …

    jusqu’à présent, dans tous les pov que nous avons lus, les personnages recensent les opinions de leur entourage sur cette comète, mais aucun des Stark ni Tyrion ne donne sa propre interprétation de ce que signifie ce présage. Au contraire ils ont plutôt tendance à mettre en doute les interprétations plus ou moins douteuses qui leur sont proposées. Je me demande ce qu’il en sera de Daenerys quand nous y arriverons ?
    #151312
    Eridan
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    Robb – Catelyn vs Joffrey – Cersei

    J’ai noté que le destinataire des offres de paix et le supposé responsable des actions à Port-Réal est Cersei, la Reine Régente, et non Joffrey. Il y a un contraste saisissant entre Robb qui gouverne réellement avec en arrière-plan une mère qu’il cherche à écarter, et d’un autre côté Joffrey qui, nous l’avons vu dans le pdv de Sansa, ne gouverne pas vraiment, ne participant pas aux réunions du Conseil Restreint.

    Il faut aussi se dire (et ça joue sans doute) que Joffrey est plus loin de sa majorité et donc du gouvernement en propre, que ne l’est Robb.
    Après, ça reste tout à fait judicieux de remarquer que Robb assume tout de suite et entièrement le gouvernement, là où les régents de Joffrey et son Conseil restreint se méfient de leur roitelet, de son impulsivité, de sa bêtise et de sa cruauté, que l’on voit transparaître chaque fois qu’on lui lâche la bride sur ses actes de gouvernements. C’est d’ailleurs un défaut récurrent dans le camp Lannister, qu’on constatera avec Joffrey puis avec Tommen : personne ne prend le temps de former le futur roi, de l’associer à son gouvernement, aux réunions, de recueillir son avis et de le corriger …

    La symbolique est bien différente à Westeros : dans le Nord, dans les îles de Fer, l’or est méprisé. Les Premiers Hommes restent fidèles au bronze, les fer-nés au fer. L’acier est lié aux Andals.

    Effectivement, Martin met en place toute une symbolique liée aux métaux, mais elle est à relativiser. Robb et Balon viennent de territoires pauvres, avec des traditions anciennes et fermement ancrées … Mais ça ne vaut pas forcément pour tout Westeros : l’Ouest est riche en mine d’or, et les Lannister ne se privent pas de le faire savoir et de le démontrer ; les Baratheon, comme les Targaryen, adoptent des couronnes d’or, sauf rares exceptions. L’or, l’argent et le cuivre restent à la base du système monétaire ou de la joaillerie absolument partout, et en ce sens, ils sont tout à fait appréciés et sources de prestige pour qui les possèdent (avec une petite réserve dans les îles de Fer : fer-prix / or-prix …).

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 semaine et 1 jour par R.Graymarch.
    #151315
    Obsidienne
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    Juste une petite remarque au sujet des métaux .
    Il n’est pas étonnant que l’or ait la place que l’on connait à cause de ses propriétés : rare, brillant, très peu altérable, facile à travailler…mais nettement trop « mou » pour faire des objets utilitaires, des armes en particulier.

    L’argent a des caractéristiques voisines (Site d’antiquaires : « L’argent étant un métal mou, on ne peut pas réaliser de pièces d’orfèvrerie en argent pur : les pièces en argent massif sont en réalité faites d’un alliage d’argent et de cuivre plus ou moins riche en argent. « )

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 semaine et 1 jour par R.Graymarch.

    "Vé ! " (Frédéric Mistral, 1830-1914)
    " Ouinshinshoin, ouinshinshishoin " ( Donald Duck, 1934)

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