ACOK 23 – Catelyn II

Forums Le Trône de Fer – la saga littéraire Au fil des pages ACOK 23 – Catelyn II

  • Ce sujet contient 9 réponses, 8 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Emmalaure, le il y a 2 jours et 23 heures.
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  • #155113
    Emmalaure
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    Ouf, celui-ci m’a donné du mal mais le voici !

     

    PENDANT CE TEMPS A VERACRUZ PONT-l’AMER

     

    Nous avions laissé Catelyn et son jeune loup de fils à Vivesaigues, chargeant ser Cleos Frey de négociations impossibles auprès du roi Joffrey (et de Cersei Lannister). Son précédent chapitre s’était conclu sur un double suspense : d’une part la nouvelle qu’une armée Lannister toute neuve se montait du côté de Lannisport, menaçant ainsi de prendre en tenailles les Stark et les Tully entre une armée Lannister au sud et celle de Tywin établie à Harrenhal, à l’est ; d’autre part la possibilité d’une alliance avec le roi Renly pour le pousser à marcher lui-même sur Harrenhal ou tout au moins à en déloger Tywin en menaçant directement la capitale.
    Deux cents pages plus loin, et peu après avoir appris que Cleos Frey était arrivé à Port Real dans des conditions difficiles, nous allons enfin en savoir un peu plus sur la situation de notre Roi du Nord tout neuf, sur sa stratégie et ses chances de réussite.

    Le chapitre est très dense et combine presque tous les aspects littéraires propres à cette saga : ainsi, côté personnages, on continue d’explorer les connus (Catelyn, Renly ou Loras) et nous découvrons (beaucoup) des petits nouveaux parmi lesquels Brienne se taille la part du lion, éclipsant la charmante potiche reine Margaery et même le beaux Loras par sa présence… écrasante. On trouve également de la stratégie politique puisque Catelyn arrive en ambassadrice et que sa mission n’est pas si simple. Comme si ça ne suffisait pas, GRRM déploie à l’occasion de ce chapitre tout son goût pour le langage symbolique, parfois subtilement, d’autres fois de façon beaucoup plus appuyée. Et pour finir, nous avons droit à une fin en cliffhanger avec un retour au premier plan de Stannis, là où on ne l’attendait pas.
    En bref, Catelyn I nous avait laissé sur notre faim, Catelyn II – malgré un petit déjeuner roboratif puis un banquet et des réjouissances – va nous laisser sur une faim encore plus grande.

    Le chapitre lui-même est construit en deux temps distincts dans le récit : la journée d’arrivée au camp de Renly puis la fin de journée avec le banquet ; chacun de ces temps peut à son tour se partager en trois – avec un premier temps introspectif pour Catelyn (réveil dans une tente//apprêts dans une autre tente), puis un second temps de spectacle (l’arrivée au camp et la joute// le banquet du soir), et enfin un troisième temps de dialogue avec Renly (la fin de la joute, la récompense de la vainqueuse et un début d’échange informel// la discussion au sommet de la tour du château).

    Aujourd’hui, cependant, je ne suivrai pas l’ordre du récit, mais j’explorerai ce chapitre bien dense à travers le thème du rêve d’été, qui me semble dominer largement ces quelques pages. Ainsi, on commencera par lever le voile sur le pays de l’été, puis j’analyserai la figure du roi de l’été à travers Renly et ses interactions avec les autres personnages, et pour finir, j’irai voir comment le rêve s’achève avec l’arrivée imminente de l’hiver.

    1. D’un monde à l’autre : ambassade en pays d’été.

    1.1. Franchir des frontières

    As they made their way south (…)

    Si nous comprenons dès la première phrase du chapitre que Catelyn est à nouveau sur les routes – « As she slept amidst the rolling grassland » – il faut attendre quelques paragraphes pour savoir que la troupe menée par Lady Stark est envoyée en mission officielle vers le sud par le roi Robb Stark, afin de négocier une alliance avec le roi Renly Baratheon.
    Dans les chapitres d’Arya, nous avons pu voir le Conflans à feu et à sang et le précédent chapitre de Tyrion – avec l’arrivée de l’ambassade de Cleos Frey à Port Real – laisse clairement entendre le même son de cloche. GRRM ne fera pas de redite ici, mais le texte suggère que la route n’était pas sûre jusqu’à la traversée de la Néra (« Blackwater ») et que la troupe a quitté un pays en guerre pour pénétrer en territoire paisible :

    As they made their way south, staying well clear of towns and holdfasts, they had seen bands of mailed men more than once, and glimpsed smoke on the eastern horizon, but none had dared molest them. They were too weak to be a threat, too many to be easy prey. Once across the Blackwater, the worst was behind. For the past four days, they had seen no signs of war.

    De proies potentielles, ils sont passés à chasseurs, comme en témoigne ser Wendel Manderly qui propose de prendre des oiseaux avec son arc pour le petit déjeuner :

    Ser Wendel Manderly sat stringing his bow. « My lady, » he said when Catelyn emerged. « There are birds in this grass. Would you fancy a roast quail to break your fast this morning? »

    Dans le Conflans, on voyait surtout des oiseaux charognards se nourrissant de cadavres.
    Le fleuve noir qu’est la Néra joue alors ici le discret rôle de frontière symbolique entre Enfer et Paradis, ou encore entre royaume des morts et royaume des vivants. Les deux premiers personnages nommés dans l’escorte de Catelyn sont le mort en puissance ser Wendel Manderly (qui va mourir aux Noces pourpres) et Shadd, un homme de Winterfell dont c’est l’unique apparition dans les 5 tomes de la saga déjà sortis, et qui porte un nom évocateur puisqu’il se réfère aux ombres et aux fantômes.
    La bannière grise et blanche – très hivernale – de l’ambassade complète le tableau. Les damnés du nord viennent chercher l’aide des vivants du sud.
    On peut dresser un parallèle avec la Garde de Nuit qui traverse elle aussi la sorte de fleuve gelé et vertical qu’est le Mur pour tenter de sauver ses patrouilleurs perdus et mettre fin à la menace que constitue le nouveau roi de l’hiver que serait le Roi d’Au-delà du Mur, Mance Rayder et sa horde. En apparence, le mouvement est inversé : Jon et ses compagnons passent du monde des vivants à celui des morts.

     

    1.2. Vert pays de géants …

    Quatre jours après avoir pénétré sur les terres des vivants, nos ambassadeurs approchent de leur but. Ils sont interceptés par le premier green lantern à la vue de qui rien n’échappe un chevalier qui fait ici sa seule apparition de toute la saga, ser Colen of Greenpool (Colen d’Etanvert en vf) :

    They were still a half day’s ride from Renly’s camp when they were taken. Robin Flint had ranged ahead to scout, and he came galloping back with word of a far-eyes watching from the roof of a distant windmill. 

    Les espions ont de bons yeux, mais on me dira qu’ils sont choisis pour ça ! Ce n’est pas parce que le chevalier s’appelle Etanvert qu’il est tout en vert, cependant : son blason représente des geais bleus, des oiseaux de la famille des corvidés (corbeaux, corneilles, etc…), ce qui va bien avec son rôle de surveillance, et d’un certain point de vue, Catelyn et ses compagnons font figure de morts échappés des enfers qu’il faudra peut-être renvoyer là d’où ils viennent.
    Ce premier contact – courtois – révèle une Catelyn bien décidée à défendre les intérêts de son fils, qu’elle place d’emblée sur un pied d’égalité avec Renly Baratheon :

    « I come as envoy from my son, Robb Stark, the King in the North, to treat with Renly Baratheon, the King in the South. »

    Même si notre comité d’accueil corrige l’appellation « King in the south » pour Renly, le ton est donné, comme si le monde n’était plus uni mais en morceaux. Il y a une dimension sacrilège dans les mots de Catelyn, qui formule explicitement le délitement d’un monde que les Targaryen ont tenté d’unir pendant quelques siècles et qui montre également qu’elle est déterminée à défendre les intérêts de son fils.
    La découverte du camp de Renly se fait progressivement, d’abord par les fumées lointaines – ce qui devrait inquiéter un brin car jusqu’à présent, les fumées lointaines annonçaient les incendies du Conflans. Ensuite, ce sont les bruits qui parviennent aux voyageurs :

    Then the sound came drifting across farm and field and rolling plain, indistinct as the murmur of some distant sea, but swelling as they rode closer.

    La métaphore de la mer prépare à quelque chose de gigantesque et effectivement, on ne sera pas déçu : l’armée réunie par Renly est une véritable « horde » avec ses milliers de feux de camps et le monde qui y grouille, hommes et bêtes mêlés, un mot que Renly emploiera plus tard.
    Le camp est dominé essentiellement par les maisons issues du Bief, les Tyrell à la rose et leurs vassaux. De la rose d’or, on en voit partout, ce qui permet déjà de glisser un mot sur la prolifération de cette famille, les anciens intendants des rois Jardiniers, descendants supposés du géant vert de Garth Mainverte (comme toutes les maisons du Bief) :

    The golden rose of Highgarden was seen everywhere: sewn on the right breast of armsmen and servants, flapping and fluttering from the green silk banners that adorned lance and pike, painted upon the shields hung outside the pavilions of the sons and brothers and cousins and uncles of House Tyrell.

    Du vert et de l’or, les couleurs de l’été. Cette prolifération s’accompagne de gigantisme, pas seulement dans le nombre mais également dans la taille, preuve que les forces du pays y sont particulièrement vives :

    A forest had surely been felled to make the tall staffs that held the banners.
    (…)
    Great siege engines lined the grassy verge of the roseroad, mangonels and trebuchets and rolling rams mounted on wheels taller than a man on horseback.

    Le gigantisme anticipe le parallèle avec l’au-delà du Mur et les vrais géants que verra Jon. Des géants qui autrefois peuplaient tout Westeros mais qui sont à présent en voie d’extinction et ont même l’honneur d’une chanson triste, celle qui raconte la disparition du « Dernier geant ».

     

    1.3. … de jeunesse 

    Les habitants de ce pays sont nombreux et jeunes (le mot « young » revient une dizaine de fois dans le chapitre) et bénéficient du regard bienveillant de leurs aînés quand ils sont là :

    Lord Rowan beside her did not join the merriment. « They are all so young, » he said.
    (…)
    « Look at them. They’re young and strong, full of life and laughter. And lust, aye, more lust than they know what to do with. There will be many a bastard bred this night, I promise you. Why pity? »

    Ce pays jeune est représenté entre autres par le frère et la sœur Tyrell, Margaery et Loras qui encadrent Renly au banquet, et sont les deux plus jeunes de leur fratrie. Margaery à l’âge de Robb (16 ans) et Loras est à peine plus vieux. Aux yeux de Catelyn, Loras fait même encore plus jeune que ce à quoi elle s’attendait et les fatigues de la joute de l’après-midi ne semblent pas avoir eu prise sur sa beauté et sa santé :

    Renly sat with his young bride on his left hand and her brother on the right. Apart from the white linen bandage around his brow, Ser Loras seemed none the worse for the day’s misadventures. He was indeed as comely as Catelyn had suspected he might be. When not glazed, his eyes were lively and intelligent, his hair an artless tumble of brown locks that many a maid might have envied. He had replaced his tattered tourney cloak with a new one; the same brilliantly striped silk of Renly’s Rainbow Guard, clasped with the golden rose of Highgarden.

    Les couleurs ne sont plus le vert mais l’arc-en-ciel. Dans la mythologie chrétienne, il symbolise l’alliance entre Dieu et le peuple élu, qui fonctionne pleinement ici, alors que la reine Margaery – qui ressemble à son frère et possède les mêmes boucles châtains – symbolise l’alliance du riche Bief et de Renly. En outre, l’arc-en-ciel vient de l’alliance de l’eau (vivifiante) et de la lumière, et l’élément aquatique est bien présent dans ce chapitre, réellement et symboliquement, à travers la Mander et Pont-l’Amer, le chevalier d’Etanvert et l’armure verte de Renly dans laquelle Catelyn se voit noyée.

     

      1.4…. et d’abondance :

    Enfin, le pays parle d’abondance et on y fait bonne chère, très bonne, même :

    Of food there was plenty. The war had not touched the fabled bounty of Highgarden. While singers sang and tumblers tumbled, they began with pears poached in wine, and went on to tiny savory fish rolled in salt and cooked crisp, and capons stuffed with onions and mushrooms. There were great loaves of brown bread, mounds of turnips and sweetcorn and pease, immense hams and roast geese and trenchers dripping full of venison stewed with beer and barley. For the sweet, Lord Caswell’s servants brought down trays of pastries from his castle kitchens, cream swans and spun-sugar unicorns, lemon cakes in the shape of roses, spiced honey biscuits and blackberry tarts, apple crisps and wheels of buttery cheese.

    Le chapitre précédent décrivant un banquet des moissons disait au-revoir à l’été et préparait à l’entrée dans l’hiver par d’ultimes réjouissances. Celui-ci, avec les feux de camp que contemplera du haut du petit château Catelyn – « aussi nombreux que les étoiles dans le ciel » – ressemble bien plus à une fête de plein été, comme les feux de la Saint-Jean. Comme le dit Mathis Rowan, cette nuit, il se fera plein de petits bâtards.

    Face à ce déploiement de forces vives – en se contemplant dans l’armure verte de Renly puis lors de l’abondant banquet – Catelyn va ressentir d’autant plus sa fragilité intérieure et s’employer à paraître forte elle aussi :

    Beside the entrance, the king’s armor stood sentry; a suit of forest-green plate, its fittings chased with gold, the helm crowned by a great rack of golden antlers. The steel was polished to such a high sheen that she could see her reflection in the breastplate, gazing back at her as if from the bottom of a deep green pond. The face of a drowned woman, Catelyn thought. Can you drown in grief? She turned away sharply, angry with her own frailty.

    (…)

    The rich foods made Catelyn queasy, but it would never do to show frailty when so much depended on her strength

    Mais par-dessus tout ce monde, il y a Renly, le cerf roi de l’été.

     

     

    2. Le roi de l’été.

    2.1. Jeune, beau, aimable et vigoureux

    Mais question taille et peut-être aussi question force, la préséance revient à Renly et son étendard de guerre géant, monté sur une tour de siège géante :

    Renly’s own standard flew high over all. From the top of his tallest siege tower, a wheeled oaken immensity covered with rawhides, streamed the largest war banner that Catelyn had ever seen—a cloth big enough to carpet many a hall, shimmering gold, with the crowned stag of Baratheon black upon it, prancing proud and tall.

    Avec sa bannière dorée et brillante qui domine le camp de la horde, Renly se pose en soleil illuminant le pays. Le roi dans toute sa gloire.

    Renly was handsome as Robert had been handsome; long of limb and broad of shoulder, with the same coal-black hair, fine and straight, the same deep blue eyes, the same easy smile. The slender circlet around his brows seemed to suit him well. It was soft gold, a ring of roses exquisitely wrought; at the front lifted a stag’s head of dark green jade, adorned with golden eyes and golden antlers.

    Son pouvoir vivifiant se manifeste à l’issu de la joute, lorsqu’il accorde à Brienne victorieuse le manteau arc-en-ciel de sa garde royale. Renly est magique !

    And yet, when Renly cut away her torn cloak and fastened a rainbow in its place, Brienne of Tarth did not look unfortunate. Her smile lit up her face, and her voice was strong and proud as she said, « My life for yours, Your Grace. From this day on, I am your shield, I swear it by the old gods and the new. »

    Brienne est littéralement transfigurée. Le bleu qui caractérise Brienne (armure et yeux) dans ce chapitre n’est pas celui des saphirs comme ce sera le cas plus tard, mais celui d’un cobalt profond, autrement dit d’un ciel d’été très pur. Comme tous ceux qui ont rejoint Renly, elle est une « enfant de l’été ».

    Enfin, le roi Renly n’est pas chiche et Catelyn est invitée à la table d’honneur et a le droit de loger dans la tente royale, comme hôte de marque. Dans la négociation, malgré les objections de l’ambassadrice sur un certain nombre de points, il se montre prêt à traiter et à accorder un certain nombre d’honneurs à Robb et la vengeance à Catelyn, et il lui accorde un entretien particulier sans intermédiaire et sans gardes du corps, preuve de sa confiance en lui.

     

    2.2. Mensonges et faux-semblants.

    Pourtant, il ne faudrait pas se laisser illusionner par ce portrait si flatteur du prétendant au trône qu’est Renly. Comme l’exprimait Donal Noye à Jon Snow, Renly est brillant comme le cuivre, mais sans valeur :

    « (…)And Renly, that one, he’s copper, bright and shiny, pretty to look at but not worth all that much at the end of the day. » (Jon 1 ACOK)

    Si son nom revient beaucoup au début du chapitre, pour sa toute première apparition aux yeux de Catelyn, il n’est avant tout le fantôme de son défunt frère Robert Baratheon, un fantôme couronné d’or et qui n’a pas encore de nom :

    In their midst, watching and laughing with his young queen by his side, sat a ghost in a golden crown.
    Small wonder the lords gather around him with such fervor, she thought, he is Robert come again. 

    Finalement, il n’y a pas que l’ambassade Stark qui semble avoir traversé le fleuve frontière des enfers pour aller rendre visite aux vivants : Renly pourrait bien en faire partie lui aussi.
    Si on se souvient bien, d’ailleurs, au cours du Tournoi de la Main dans AGOT, il avait été désarçonné par un Sandor Clegane transfiguré en ombre et sa chute avec le craquement qui s’était fait entendre avait laissé croire un instant qu’il avait été tué. Ce n’était que les bois de son casque qui avaient été brisés. Autrement dit, symboliquement, non seulement Renly avait perdu là sa « couronne » de cerf (= son pouvoir), mais il était déjà un mort en sursis. Dans son entrevue avec Catelyn – pour justifier sa fuite de Port Real à la mort de son frère – il argue de la menace que faisait peser Cersei sur sa vie. Il n’est pas sûr qu’il ait eu raison à ce propos : un simple ralliement à Joffrey lui aurait assuré ses titres et sa vie tant il est vrai que les Lannister n’avaient aucun désir de prolonger la guerre en train. Ils avaient même beaucoup plus intérêt à avoir un maximum d’alliés. Au pire, Renly n’aurait pas eu le droit de quitter tout de suite Port Real, du moins tant que la position de Joffrey n’était pas pleinement assurée.
    On peut compter un autre mensonge que Renly sert à Catelyn, et qui concerne le ralliement supposé des Dorniens à sa cause. Pour le lecteur, c’est même assez énorme, dans la mesure où Dorne ne s’est pas encore engagée et où des négociations sont en cours avec les Lannister, qui offrent une otage de marque là où Renly n’a rien à offrir de concret.

    Sans aller jusqu’à mentir, il propose à Catelyn de lui offrir la tête de Cersei, ce qui sonne comme une parole bien conventionnelle et pas très délicate : faute de pouvoir promettre autre chose, on promet d’assouvir un désir de vengeance parce que la vengeance fait partie des codes de la société noble ouestrienne. Le lecteur sait que le désir profond de Catelyn n’est pas la vengeance, mais Renly, sans considération réelle pour ses interlocuteurs, ne s’est pas demandé ce qu’elle désirait vraiment :

    « My lady, I swear to you, I will see that the Lannisters answer for your husband’s murder, » the king declared. « When I take King’s Landing, I’ll send you Cersei’s head. »
    And will that bring my Ned back to me? she thought. « It will be enough to know that justice has been done, my lord. »

    Renly à beau jeu de se prétendre un nouveau Robert mais sans les défauts de Robert ( = sans ses appétits démesurés), il a les siens en propre, qui ne sont pas forcément plus reluisants. Le lien avec Loras, en particulier, est ambiguë : si Renly se montre courtois et attentionné avec Margaery, Catelyn remarque bien que c’est Loras qui bénéficie de toute son attention.

    La guerre elle-même est une fausse guerre et n’en a que les apparences : si le campement et l’armée de Renly sont énormes et si le roi auto-proclamé prétend commander à 80 000 hommes avec un peu d’exagération, cela reste largement plus que toutes les troupes de Robb ou celles des Lannister. Avec des machines de guerre géantes, il a bien les moyens de prendre Port Real, et rapidement, et de la tenir.
    Pourtant, il ne se presse pas et à cet égard, la tente royale ressemble bien plus à la demeure d’apparat qu’on transporte quand le roi est en tournée dans son pays en paix qu’à la tente d’un roi en guerre : coffres précieux de vêtements, jeux, harpe, vaisselle précieuse en double, matelas confortable pour lit à deux places. Margaery partage-t-elle donc déjà pleinement la couche de Renly – ce qui fait de sa virginité un mensonge – ou bien la couche est-elle destinée à d’autres ? Ce qui fait de Renly un menteur quant au fait que sa reine suffirait à combler ses désirs.

    Mais la plus grosse illusion réside dans les joutes organisées pour le plaisir des jeunes guerriers oisifs, qui peuvent y récolter la gloire sans la mort ni le deuil. Les chevaliers de Renly sont jeunes, mais si jeunes que Catelyn les compare à des enfants :

    It is all a game to them still, a tourney writ large, and all they see is the chance for glory and honor and spoils. They are boys drunk on song and story,and like all boys, they think themselves immortal.

    Cette réflexion sonne singulièrement tragique dans le cas de Catelyn, puisqu’on ne peut s’empêcher de penser à Bran désormais estropié mais rêvant toujours de chevalerie comme dans les chansons.
    Au milieu des réjouissances, Catelyn fait figure d’Etrangère en apportant le message de la guerre réelle et de l’hiver, qu’elle n’ose pourtant pas encore dispenser trop ouvertement, comme on le voit dans un de ses échanges avec Brienne qui vient d’affirmer que s’ils meurent à la guerre, ils resteront vivants dans les chansons et que dans les chansons, c’est toujours l’été :

    Winter comes for all of us, Catelyn thought. For me, it came when Ned died. It will come for you too, child, and sooner than you like. She did not have the heart to say it.

    L’hiver, c’est bien Catelyn qui l’amène avec elle (mais on le verra dans la troisième partie).

     

    2.3 Le roi prisonnier

    Et si à l’instar de Bran le Brisé, Renly était lui aussi un fils cadet prisonnier ? Et prisonnier d’une ambition qui n’est pas véritablement la sienne ?
    Lorsque l’escorte de Catelyn est interceptée par la troupe du chevalier d’Etanvert, elle achève la route flanquée par deux colonnes d’hommes d’arme à cheval. Catelyn se demande alors si elle est sous protection ou prisonnière :

    The knight raised a mailed hand, and his men formed a double column flanking Catelyn and her guard. Escort or captor? she wondered.

    On peut faire l’analogie avec la situation de Renly, flanqué de Margaery à droite et Loras à gauche lors du banquet, et entourés de vassaux des Tyrell lors des joutes, ainsi que Catelyn peut le constater (elle reconnaît notamment Mathis Rowan, le père Tarly, Lady du Rouvre). Les vassaux de l’Orage eux-même sont à part dans le campement, puisqu’ils occupent l’autre côté de la Mander et assez significativement, Catelyn n’en reconnaît que très peu.
    Ce sont les vassaux des Tyrell qui d’ailleurs viennent demander des comptes à la mère de Robb Stark sur la stratégie de son fils à propos du prisonnier Jaime Lannister et sur le fait qu’il ne soit pas venu en personne rendre hommage à Renly. Ce à quoi elle répond assez vertement que le roi Robb, lui, il fait la guerre pour de vrai :

    « No disrespect to you, Lady Stark, but it would have been more seemly had Lord Robb come to pay homage to the king himself, rather than hiding behind his mother’s skirts. »
    « King Robb is warring, my lord, » Catelyn replied with icy courtesy, « not playing at tourney. »

    Prends ça dans les dents, Tarly, avec ton roi de pacotille au passage !

    Mais Renly n’est pas seulement flanqué des Tyrell et de leurs vassaux, il porte également leurs couleurs, le vert et or. Si sa bannière géante est bien une bannière purement Baratheon – le cerf noir sur fond d’or – celle-ci reste à l’extérieur. Mais dans la lice, parmi ses sujets, et à l’intérieur du château, le Baratheon cède au Tyrell : sa couronne d’or est gravée de roses et le cerf qui y est sculpté est vert et ses vêtements exhalent le vert et l’or.

    The crowned stag decorated the king’s green velvet tunic as well, worked in gold thread upon his chest; the Baratheon sigil in the colors of Highgarden.

    Au banquet, un bijou s’est ajouté à l’ensemble :

    (…) and a chain of gold and emeralds looped around his neck.

    Symbole de servitude – aussi dorée soit-elle – la chaîne joue ici le même rôle que celle que porte Tyrion qui joue à la Main du roi (pour Tyrion, le symbole est démultiplié par la chaîne géante qu’il fait forger et dont il n’a pas encore révélé l’usage ; et beaucoup plus tard, il portera le collier d’or des esclaves ; dans le tout premier chapitre de Daenerys également, le collier et les vêtements qu’elle portait en vue de ses « fiançailles » à Khal Drogo symbolisaient son état de servitude).

    Dans ce cadre, la garde arc-en-ciel pourrait également représenter des geôliers (je me demande s’il n’y a pas une petite analogie à faire avec le vol de la fourrure de lynx-de-fumée par Mord à Tyrion, aux Eyrie) tout autant que des protecteurs. Brienne, dans un renversement du trope du chevalier libérant sa belle, est alors la chevaleresse qui tente de libérer son beau des enchantements de la rose mais qui ne parvient qu’à se faire enchanter à son tour.

    Je l’ai déjà suggéré plus haut, mais c’est à Catelyn – messagère lucide et éveillée de l’hiver – qu’appartient la tâche de libérer ceux qu’elle pourra de l’enchantement de ce faux été. Ce sera en partie l’objet de la troisième partie que je ne posterai pas ce soir, car il est déjà tard (et je ne l’ai pas terminée ) !

    #155114
    R.Graymarch
    • Vervoyant
    • Posts : 7690
    Un chapitre extrêmement riche où on revoit Renly (assez relax finalement) et Catelyn (qui cède peu en diplomatie) et on découvre Brienne.
    Ce qui est intéressant, c’est que comme Bran, Catelyn n’a pas vraiment envie d’être là mais elle fait son devoir même si ça lui pèse.
    J’ai noté aussi que Catelyn mentionne « dagger of light » juste avant que sa blessure lui revienne en mémoire.
    Le voyage n’a pas été de tout repos mais Robb a eu raison de prévoir une bonne escorte. On voit aussi que la guerre n’est pas partout… entrée dans un autre monde
    Robb had sent twenty of his best to see her safely to Renly. He had sent five lordlings as well, whose names and high birth would add weight and honor to her mission. As they made their way south, staying well clear of towns and holdfasts, they had seen bands of mailed men more than once, and glimpsed smoke on the eastern horizon, but none had dared molest them. They were too weak to be a threat, too many to be easy prey. Once across the Blackwater, the worst was behind. For the past four days, they had seen no signs of war.
    A vos calculettes et à vos cartes : où et quand Cat a-t-elle vu Renly ?
    “When last I saw Renly, he was a boy no older than Bran. I do not know him. Send someone else. My place is here with my father, for whatever time he has left.”
    On nous remet le dialogue entre Robb et Catelyn : ils ne sont pas d’accord au début mais trouvent un point commun via une boutade (Lard-Jon diplomate^^). Comme quoi Robb sait aussi manoeuvrer sa mère et désamorcer un conflit
    On passe à table et Catelyn a une absence, avant de partir brutalement.
    Her bowl was empty, though she could scarce remember tasting the porridge. She laid it aside. “It is time we were away.” The sooner she spoke to Renly, the sooner she could turn for home. She was the first one mounted, and she set the pace for the column.
    Il y a un éclaireur dans le groupe
    Robin Flint had ranged ahead to scout, and he came galloping back with word of a far-eyes watching from the roof of a distant windmill. By the time Catelyn’s party reached the mill, the man was long gone.
    J’ai été étonné par « far-eyes », apparemment c’est une lentille de Myr. Pour voir ça, faut avoir une bonne vue quand même. Mais ils se font repérer aussi
    Ser Colen est un peu pressant au sujet de Renly
    King Renly is the crowned and anointed lord of all the Seven Kingdoms, my lady
    Il a été oint ?
    Ils arrivent ensuite au camp et ils voient tout le monde présent. On est loin de la guerre même si on joue à la guerre. Je note que la rose dorée n’est pas cousue sur le coeur, mais de l’autre côté.
    The golden rose of Highgarden was seen everywhere: sewn on the right breast of armsmen and servants flapping and fluttering from the green silk banners that adorned lance and pike, painted upon the shields hung outside the pavilions of the sons and brothers and cousins and uncles of House Tyrell.
    On remarque que Catelyn connaît bien son héraldique. Et pourtant…
    Yet for every shield she knew, there were a dozen strange to her, borne by the small lords sworn to the bannermen, and by hedge knights and freeriders who had come swarming to make Renly Baratheon a king in fact as well as name.
    Et comme annoncé plus haut, on arrive au tournoi. Du coup, ce n’est pas la même ambiance qu’à Vivesaigues.
    On voit un chevalier arc-en-ciel qui se bat avec une hache (on apprendra plus tard que c’est Loras)
    Et on passe à Renly avec un foreshadowing de dingue
    In their midst, watching and laughing with his young queen by his side, sat a ghost in a golden crown.
    Ah oui mais ce n’est pas un fantôme, c’est juste qu’il ressemble à son frère qui est mort, ouf alors ! (au passage, on apprend l’âge de Renly, ça vous aide pour le quiz du dessus)

    Small wonder the lords gather around him with such fervor, she thought, he is Robert come again. Renly was handsome as Robert had been handsome; long of limb and broad of shoulder, with the same coal-black hair, fine and straight, the same deep blue eyes, the same easy smile. The slender circlet around his brows seemed to suit him well. It was soft gold, a ring of roses exquisitely wrought; at the front lifted a stag’s head of dark green jade, adorned with golden eyes and golden antlers.

    /

    Renly was one-and-twenty, the girl no older than Robb, very pretty, with a doe’s soft eyes and a mane of curling brown hair that fell about her shoulders in lazy ringlets. Her smile was shy and sweet.

    Le combat se termine et Loras perd. On note que si le combat est « pour de faux », il y a quand même de bonnes blessures, des nez qui saignent et des armures cabossées
    On minimise la victoire de Brienne alors qu’il n’y a pas si longtemps, Loras avait utilisé un « trick » pour gagner contre Gregor.

    “You are all your lord father claimed you were.” Renly’s voice carried over the field. “I’ve seen Ser Loras unhorsed once or twice . . . but never quite in that fashion.”

    “That were no proper unhorsing,” complained a drunken archer nearby, a Tyrell rose sewn on his jerkin. “A vile trick, pulling the lad down.

    Brienne (que Catelyn découvre et qui n’est pas tendre envers elle, car elle n’est pas à sa place, enfin) demande à rejoindre la garde arc-en-ciel (la place que Renly avait réservée pour Barristan Selmy, on l’apprendra plus tard).
    Je note que les gardes (tous les gardes a priori) disent « I am your shield », donc protection, pas attaque.
    Ensuite, c’est l’entrevue entre Catelyn et Renly. Cat met la barre bien haut en reprenant ser Colen qui présente mal son fils (au niveau titulature)

    “I have the honor to bring you the Lady Catelyn Stark, sent as envoy by her son Robb, Lord of Winterfell.”

    “Lord of Winterfell and King in the North, ser,” Catelyn corrected him.

    Du coup, Catelyn « oublie » que Renly est roi et Brienne le lui rappelle vertement. Renly est plutôt relax sur ce point là, il préfère passer à autre chose

    “Your Grace,” Brienne the Blue corrected sharply. “And you should kneel when you approach the king.”

    “The distance between a lord and a grace is a small one, my lady,” Catelyn said. “Lord Renly wears a crown, as does my son. If you wish, we may stand here in the mud and debate what honors and titles are rightly due to each, but it strikes me that we have more pressing matters to consider.”

    Some of Renly’s lords bristled at that, but the king only laughed. “Well said, my lady. There will be time enough for graces when these wars are done. Tell me, when does your son mean to march against Harrenhal?”

    On peut noter que tous les vassaux n’ont pas la même attitude envers Catelyn (Margaery est très courtoise). Lord Rowan est plutôt prévenant, Lady du Rouvre est sarcastique (envers les Lannister) et Randyll Tarly est…. Randyll Tarly 😀

    “Jaime Lannister is held prisoner at Riverrun.”

    “Still alive?” Lord Mathis Rowan seemed dismayed.

    Bemused, Renly said, “It would seem the direwolf is gentler than the lion.”

    “Gentler than the Lannisters,” murmured Lady Oakheart with a bitter smile, “is drier than the sea.”

    “I call it weak.” Lord Randyll Tarly had a short, bristly grey beard and a reputation for blunt speech. “No disrespect to you, Lady Stark, but it would have been more seemly had Lord Robb come to pay homage to the king himself, rather than hiding behind his mother’s skirts.”

    King Robb is warring, my lord,” Catelyn replied with icy courtesy, “not playing at tourney.”

    Renly grinned. “Go softly, Lord Randyll, I fear you’re overmatched.”

    Fin de l’entretien et Renly, après avoir blagué au sujet de Robert, laisse son pavillon hyper luxueux à Catelyn. Honnêtement, il m’a fait bonne impression : un mec pas prise de tête qui désamorce les conflits, est courtois…
    Catelyn observe le pavillon. Son reflet est celui d’une femme noyée. Alerte foreshadowing !!!
    Beside the entrance, the king’s armor stood sentry; a suit of forest-green plate, its fittings chased with gold, the helm crowned by a great rack of golden antlers. The steel was polished to such a high sheen that she could see her reflection in the breastplate, gazing back at her as if from the bottom of a deep green pond. The face of a drowned woman, Catelyn thought. Can you drown in grief? She turned away sharply, angry with her own frailty. She had no time for the luxury of self-pity.
    Ensuite, c’est le moment du repas et Lord Rowan est encore très poli
    Catelyn renvoie à la fragilité qu’elle mentionnait en début de chapitre
    The rich foods made Catelyn queasy, but it would never do to show frailty when so much depended on her strength.
    En relisant, ça crève les yeux que Renly est proche de Margaery. Et encore plus de Loras !!
    From time to time, King Renly would feed Margaery some choice morsel off the point of his dagger, or lean over to plant the lightest of kisses on her cheek, but it was Ser Loras who shared most of his jests and confidences.
    Puis, c’est le moment de la fête (qui fait écho à celui à Winterfell juste avant ?). Tout le monde est un peu débridé, mais Renly se tient bien.
    Lord Rowan reste en retrait, comme Catelyn mais cette dernière a très bien intégré les enseignements du Nord
    Lord Rowan beside her did not join the merriment. “They are all so young,” he said.
    /

    “War will make them old,” Catelyn said, “as it did us.” She had been a girl when Robert and Ned and Jon Arryn raised their banners against Aerys Targaryen, a woman by the time the fighting was done. “I pity them.”

    “Why?” Lord Rowan asked her. “Look at them. They’re young and strong, full of life and laughter. And lust, aye, more lust than they know what to do with. There will be many a bastard bred this night, I promise you. Why pity?”

    “Because it will not last,” Catelyn answered, sadly. “Because they are the knights of summer, and winter is coming.”

    “Lady Catelyn, you are wrong.” Brienne regarded her with eyes as blue as her armor. “Winter will never come for the likes of us. Should we die in battle, they will surely sing of us, and it’s always summer in the songs. In the songs all knights are gallant, all maids are beautiful, and the sun is always shining.”

    Winter comes for all of us, Catelyn thought. For me, it came when Ned died. It will come for you too, child, and sooner than you like. She did not have the heart to say it.

    The king saved her.

    Sauf qu’en fait, il ne la sauve pas, il veut l’impressionner, lui montrer sa puissance. Brienne veut le défendre, mais Renly se pense invulnérable et la rabroue

    King Renly smiled. “If I am not safe in the heart of Lord Caswell’s castle, with my own host around me, one sword will make no matter . . . not even your sword, Brienne. Sit and eat. If I have need of you, I’ll send for you.”

    His words seemed to strike the girl harder than any blow she had taken that afternoon

    C’est là qu’on apprend pour Selmy et sa place prévue dans la garde arc-en-ciel (Renly, qui ne doute de rien en pensant qu’il viendrait, se demande où il est).
    On recause aussi des événements de Port-Réal quand Ned était là). Catelyn n’est pas prête à céder auprès de Renly même si elle garde ça pour elle

    “Ned refused you.” She did not have to be told.

    “He had sworn to protect Robert’s children,” Renly said. “I lacked the strength to act alone, so when Lord Eddard turned me away, I had no choice but to flee. Had I stayed, I knew the queen would see to it that I did not long outlive my brother.”

    Had you stayed, and lent your support to Ned, he might still be alive, Catelyn thought bitterly.

    “I liked your husband well enough, my lady. He was a loyal friend to Robert, I know . . . but he would not listen and he would not bend.”

    Puis il tente de l’impressionner avec le nombre mais ment sur sa légitimité (mais quel aplomb… là, il paraît moins sympa)

    Catelyn ne rompt pas et lui rappelle aussi l’existence de Stannis (et enfonce avec « lord » au lieu de « grace »)

     

    “It would seem that you are the one who has forgotten Stannis,” Catelyn said, more sharply than she’d intended.
    /
    “And if he will not give them to you, my lord?”

    Et en effet, le rideau se déchire, le charme est rompu car Stannis est arrivé. Et lui aussi est roi

    “Your Grace.” The rider spurred his mount closer. “I came swift as I could. From Storm’s End. We are besieged, Your Grace, Ser Cortnay defies them, but . . .”

    “But . . . that’s not possible. I would have been told if Lord Tywin left Harrenhal.”

    “These are no Lannisters, my liege. It’s Lord Stannis at your gates. King Stannis, he calls himself now.”

    Cela termine sur un point d’orgue cette entrevue (et on veut en savoir plus !!). On en sait beaucoup plus sur le caractère de Renly qui est sympa en public mais assez vain et prétentieux en fait. Et il oublie des choses importantes, ce que Catelyn ne fait pas.

    Je sers la Garde et c'est ma joie. For this night, and all the nights to come
    MJ de Chanson d'Encre et de Sang (2013-2020) et de parties en ligne de jeu de rôle
    DOH. #TeamLoyalistsForeverUntilNow. L’élu des 7, le Conseiller-Pyat Pree qui ne le Fut Jamais

    #155116
    Yfos
    • Exterminateur de Sauvageons
    • Posts : 771

    Catelyn ne rompt pas et lui rappelle aussi l’existence de Stannis (et enfonce avec « lord » au lieu de « grace »)

    C’est un peu surprenant car, à la fin de son précédent chapitre, elle avait conclu que

    Pour obtenir de l’aide, elle devait le gratifier du titre dont il s’était lui-même décoré

    De plus, elle le qualifie de « Roi du Sud » lorsqu’elle rencontre Ser Colen d’Étanverts.

    Il me semble qu’on ne sait pas ce qu’elle peut négocier ou non. A-t-il été convenu qu’elle ne pourrait pas l’appeler « Majesté » du moins au premier stade des négociations?

    #155150
    Ser Aemon Belaerys
    • Exterminateur de Sauvageons
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    nous découvrons (beaucoup) des petits nouveaux parmi lesquels Brienne se taille la part du lion, éclipsant la charmante potiche reine Margaery et même le beaux Loras par sa présence… écrasante.

    Tout à fait d’accord, l’introduction de Brienne dans ce chapitre est parfaite pour un personnage qui deviendra un POV.

    Également de nombreux vassaux orageois ou du bief que j’ai essayé de trier entre ceux qui rallieront Joffrey et ceux qui rallieront Stannis !

    Je comprends le désir de gloire des « jeunes » chevaliers, l’ambition de Mace Tyrell qui sera désigné par sa propre mère de Lord Enfleur, mais j’ai plus de doutes sur les motivations de Randyll Tarly, qui a priori suit simplement son suzerain mais n’a pourtant pas un caractère de simple suiveur.

    Renly n’est pas légitime à être le roi, nous le savons en tant que lecteur, mais pourtant pas plus qu’Aegon lors de la conquête. Il joue au jeu des trônes, mais pas assez sérieusement, et on a du mal à penser qu’il puisse être vainqueur. Il est vrai tout de même que sans la magie d’ombre de Melisandre, il est celui des 5 rois à être en meilleure position.

    -"Comment veux-tu mourir, Tyrion, fils de Tywin ?"
    - "Dans mon lit, à l’âge de 80 ans, le ventre plein de vin et ma queue dans la bouche d’une pute. "

    #155204
    RichardIII
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    C’est très sympa cette imagerie d’un Renly « prisonnier » de ses alliés du Bief, et la relégation de ses vassaux orageois au second rang.

    il argue de la menace que faisait peser Cersei sur sa vie. Il n’est pas sûr qu’il ait eu raison à ce propos : un simple ralliement à Joffrey lui aurait assuré ses titres et sa vie tant il est vrai que les Lannister n’avaient aucun désir de prolonger la guerre en train. Ils avaient même beaucoup plus intérêt à avoir un maximum d’alliés. Au pire, Renly n’aurait pas eu le droit de quitter tout de suite Port Real, du moins tant que la position de Joffrey n’était pas pleinement assurée.
    On peut compter un autre mensonge que Renly sert à Catelyn, et qui concerne le ralliement supposé des Dorniens à sa cause. Pour le lecteur, c’est même assez énorme, dans la mesure où Dorne ne s’est pas encore engagée et où des négociations sont en cours avec les Lannister, qui offrent une otage de marque là où Renly n’a rien à offrir de concret.

    Il aurait été tué par Cersei. Renly le sait puisqu’il sait (probablement) que Joffrey est un bâtard. Et puis, Accalmie et Hautjardin sont plus sécurisant que le lieu d’un coup d’État. Sur Dorne, c’est peut-être une erreur de bonne foi. Etrangement, tout le monde s’attend à un ralliement Martell à la cause de Renly, ralliement qui ne vient pas.

    Il ment sur d’autres choses cependant. Lui qui prétend faire l’unanimité de l’Orage et du Bief, c’est loin d’être le cas. Beaucoup de bannerets orageois n’ont pas vraiment apporté de soutiens (Swann, Torth, Dondarrion, Penrose, voire Selmy). Et dans le Bief on sait qu’il n’a pas les Redwyne. Et… où sont les Hightower? Les Peake? Les seigneurs des Boucliers? Vouyvères et Bonleu?  Caswell ne semble prendre parti que de bouche pour Renly, vu qu’il a 80000 hommes devant sa porte.

    Il semble que beaucoup de seigneurs restant soit sont neutres, soit n’envoient que de petites forces (à la Dustin) pour ne pas encourir l’ire de Hautjardin. Le cas d’Hightower est particulièrement frappant, car vu la palanquée de membres que la famille comporte, on aurait dû en croiser un dans ce chapitre. Mais non, il semble que Leyton ait proclamé Renly, et autorisé ses vassaux à se mêler à la fête,  sans ses forces personnelles.

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 semaine et 3 jours par R.Graymarch.
    #155433
    John Lon Bickel
    • Patrouilleur du Dimanche
    • Posts : 218

    Tiens, une interrogation me vient à propos de l’armée Renly/Hautjardin. Au-delà des insuffisances caractérielles de son chef et le caractère « enfants de l’été » de beaucoup de chevaliers, n’y a-t-il pas eu erreur de stratégie ?

    Le gros des forces vient du Bief, on l’a dit. Lequel n’a pas de vraie frontière géographique avec les Terres de l’Ouest. En prenant la route de l’océan, il y a de quoi ravager pas mal de terrain. Une armée aussi grande aurait pu, sinon prendre Castral Roc, du moins piller Port-Lannis et semer la pagaille. Les ouestriens auraient été pris en étau avec Robb au nord, quand bien même il n’y aurait eu aucune concertation entre Renly et Robb (la même chose, mais inversée, qui est arrivée à Robb encerclé entre Lannister et Greyjoy).

    Tywin aurait eu le champ libre, mais là aussi l’exemple de Robb montre bien qu’un seigneur ne peut pas se permettre d’être loin de chez lui lorsque ses terres brûlent. Sans compter qu’il aurait quand même dû laisser des troupes pour éviter un débarquement de Stannis, ou une réaction du Val… Et qu’aurait-il pu faire ? S’en prendre aux forteresses du Bief aurait incité les neutres du genre Hightower à s’impliquer. Prendre Vivesaigues, on a vu que ce n’est pas simple…

    Bon, je comprends la logique de Renly et des Tyrell : on est en supériorité alors on n’hésite pas, on va à la capitale, on pend Cersei, on pose Renly (et Margaery) sur le Trône et on démolit quiconque se met sur notre route. Mais rétrospectivement, pour le lecteur et même sans compter la bisbille chez les Baratheon, était-ce le meilleur coup à jouer selon vous ?

    #155438
    darkdoudou
    • Pas Trouillard
    • Posts : 524

    Bon, je comprends la logique de Renly et des Tyrell : on est en supériorité alors on n’hésite pas, on va à la capitale, on pend Cersei, on pose Renly (et Margaery) sur le Trône et on démolit quiconque se met sur notre route. Mais rétrospectivement, pour le lecteur et même sans compter la bisbille chez les Baratheon, était-ce le meilleur coup à jouer selon vous ?

    foncer sur Port-Réal ou Castral Roc, c’est que Baratheon aurait fait. Robert bien sûr.

    Renly, on le voit bien, voudrait gagner sans avoir à livrer bataille. Ca l’arrange bien que les Lannister et les Stark s’étripent, il se dit qu’il n’aura qu’à cueillir les fruits mûrs en arrivant tardivement. Il est significatif qu’au seul moment où Renly aurait pu se battre, il a choisi de s’enfuir :

    so when Lord Eddard turned me away, I had no choice but to flee. / En me repoussant, lord Eddard ne me laissait d’autre solution que la fuite.

    Merci beaucoup Emmalaure pour ta super présentation, j’attends la troisième partie avec impatience.

    Ce chapitre m’a semblé celui des évidences et  des apparences. Capitaine Hal Obvious Mollen est là pour nous montrer les évidences : c’est un tournoi, pendant que chantaient les chanteurs et que les jongleurs jonglaient (While singers sang and tumblers tumbled)

    L’armée est gigantesque et les machines de siège sont déjà là, alors que dans la guerre médiévale souvent c’est tellement énorme qu’on les construit sur place ; c’est pas comme s’il n’y avait pas d’arbres dans le Bois-du-Roi.
    Renly a l’air royal, il ressemble à une version « sympa » de Robert comme relevé par Emmalaure et R.Graymarch. Mais dès qu’on gratte on peu ses limites apparaissent.

    #155476
    RichardIII
    • Patrouilleur Expérimenté
    • Posts : 356

    Le gros des forces vient du Bief, on l’a dit. Lequel n’a pas de vraie frontière géographique avec les Terres de l’Ouest. En prenant la route de l’océan, il y a de quoi ravager pas mal de terrain. Une armée aussi grande aurait pu, sinon prendre Castral Roc, du moins piller Port-Lannis et semer la pagaille. Les ouestriens auraient été pris en étau avec Robb au nord, quand bien même il n’y aurait eu aucune concertation entre Renly et Robb (la même chose, mais inversée, qui est arrivée à Robb encerclé entre Lannister et Greyjoy).

    Marcher sur Port-Réal est la meilleure option. Castral Roc est une forteresse surpuissante, qui n’est jamais tombée. Et elle est défendue, vu qu’à l’époque Stafford Lannister entraine une armée à Port-Lannis. Une invasion n’aurait pas été si facile.
    Et surtout je vois mal en quoi elle est nécessaire. Prendre Castral Roc ne ferait pas de Renly le roi. Prendre Port-Réal et éliminer les prétendants Lannister, si.

    Renly ne veut pas combattre, je le pense aussi. Mais il a raison, non ? Stark le fait pour lui. Quant à Port-Réal, plus il attend, plus la situation se dégrade et tourne vers la famine, grâce à beau-papa.  Et si Stannis assaille Port-Réal, là ce serait carton plein. Il fera le sale boulot consistant à éliminer les bâtards de Cersei, et Renly pourra ensuite tranquillement le renverser avec ses forces épuisées.

    On a la stratégie de ses moyens, et à titre personnel je trouve celle de Renly excellente. Il n’est pas l’ami des Stark, et les désirs indépendantistes de Robb le dérangent fondamentalement. Que Stark et Lannister s’entre-affaiblissent est une excellente chose.

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 5 jours et 5 heures par R.Graymarch. Raison: 3e ps
    #155534
    Tizun Thane
    • Pisteur de Géants
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    Pour moi, c’est le chapitre où Catelyn Tully devient vraiment Catelyn Stark, notamment (mais pas uniquement) avec son iconique « enfants de l’Eté », alors que l’Hiver vient.

    En relecture, l’absence ou quasi-absence des Orageois, et la dominance du Bief dans les alliés, laissent un peu songeur. Renly apparaît un peu comme la marionnette des Tyrell.

    De même, les foreshadowings abondent. Le fantôme et sa couronne dorée qu’est Renly, la morte noyée dans le reflet qu’est Catelyn… GRRMartin aime bien faire des clins d’oeil à ses lecteurs. Le twist final, avec la nouvelle du siège d’Accalmie, est savoureux.

    Renly paraît tout puissant. Il se vante. Il parade. Il tient Stannis comme quantité négligeable, et ce dernier a l’audace d’assiéger la « capitale » de Renly, précipitant ce dernier vers son destin.

    #155540
    Emmalaure
    • Exterminateur de Sauvageons
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    Bon, je comprends la logique de Renly et des Tyrell : on est en supériorité alors on n’hésite pas, on va à la capitale, on pend Cersei, on pose Renly (et Margaery) sur le Trône et on démolit quiconque se met sur notre route. Mais rétrospectivement, pour le lecteur et même sans compter la bisbille chez les Baratheon, était-ce le meilleur coup à jouer selon vous ?

    On voit au contraire que Renly et les armées du Bief ne se dépêchent pas de prendre la capitale et tablent sur l’affaiblissement mutuel des Lannister et des Stark, comme l’a relevé RichardIII. Si c’était une stratégie défendable, ce n’est cependant pas forcément la meilleure, la preuve : à avoir trop tardé alors qu’il avait objectivement les moyens de s’emparer de la capitale rapidement et de prendre en tenailles Tywin Lannister, Renly se fait griller par Stannis.

     

    Mais chose promise, et pour limiter l’impatience de Darkdoudou^^, voilà la suite… des petites mains presque innocentes ont fait disparaître la troisième partie que je voulais poster il y a déjà une bonne semaine, et je n’ai pas eu le courage ni le temps de la refaire dans l’immédiat. Je m’y suis remise hier, il me manque encore la toute fin, mais comme ce que j’ai refait est déjà bien conséquent, je le poste.

    3. La fin d’un rêve

    3.1 Hiver vient…

    Nous avons vu précédemment que le thème de l’été trompeur était développé tout au long du chapitre et cette dernière partie est l’occasion de creuser un peu plus avant et de risquer quelques hypothèses !
    Le thème de l’été, lié à celui du rêve et du passé, est posé dès le commencement du chapitre, qui s’ouvre directement sur un rêve de Catelyn la renvoyant quelques années plus tôt, à l’époque du long été précédant le début de la saga. L’impression d’inaccessibilité de ces moments heureux est renforcée par la multiplication des verbes au passé, dans une succession de très courtes phrases accolées les unes aux autres sans mot de liaison, dont le rythme rapide est scandé par la répétition du « that ». On peut également ressentir dans le texte la sonorité proche de chaque bout de phrase (« again », « hands », « breast ») ainsi que le nombre de syllabe presque égal qui fait sonner le texte comme des vers.

    Catelyn dreamt that Bran was whole again, that Arya and Sansa held hands, that Rickon was still a babe at her breast. Robb, crownless, played with a wooden sword, and when all were safe asleep, she found Ned in her bed, smiling.

    Si le tableau semble parfait, l’ensemble suggère la fuite irrémédiable du temps :

    Sweet it was, sweet and gone too soon.

    La douleur du réveil est exprimée par l’image forte de la dague (« dagger ») dans une courte phrase, comme un unique coup :

    Dawn came cruel, a dagger of light.

    L’association de l’aube et de la « dague de lumière » est une référence directe au thème de la Bataille de l’Aube et à Illumination (« lightbringer », littéralement « porte-lumière » comme l’est l’aube) qui, selon la légende, mit fin à la Longue Nuit et qui, entre les mains d’un nouvel Azor Ahai, doit à nouveau sauver le monde de l’hiver et ramener lumière et été.
    Curieusement, ici, le trope est inversé, car c’est le rêve d’été qui est interrompu par l’aube, et cette aube elle-même apparaît dans une dimension mortifère : la lame dont il est question ramène dans le monde de la tragédie et met fin à l’été, ou tout au moins aux apparences de l’été, mais aussi au monde du passé.
    Le réveil de Catelyn s’apparente à la mort de Nissa Nissa transpercée par « Lightbringer » et désormais marquée physiquement, ce qui est rappelé ensuite par les cicatrices qu’elle porte aux mains, causées par une autre dague, sombre et bien réelle celle-ci, et destinée à Bran :

    The dagger had been Valyrian steel, and Valyrian steel bites deep and sharp. She had only to look at the scars to remember.

    Ce n’est pas la première fois (ni la dernière) que GRRM écrit qu’une lame « mord » (« bites ») ; cette métaphore est également employée à propos du froid, de la glace et de l’hiver. Ainsi marquée par la « morsure » à la fois d’une lame, d’un animal prédateur et de l’hiver (coucou les loups de Winterfell), Catelyn est enchaînée à ses nouveaux devoirs :

    She woke aching and alone and weary ; weary of riding, weary of hurting, weary of duty.

    Les mots sont forts et manifestent la dimension physique de la souffrance de Catelyn : GRRM emploie régulièrement « to ache/aching » à propos des jambes de Tyrion qui lui font mal, mais Daenerys aussi y a droit à plusieurs reprises dans AGOT, à propos du sourire forcé qui lui fait venir des larmes lors de son mariage ou des chevauchées quotidiennes dans ses premiers mois parmi les Dothrakis. A cela, s’ajoute un sentiment de solitude (« alone ») et de lassitude, « weary », répété trois fois par la suite, auquel répond un triple souhait (« I want ») :

    I want to weep, she thought. I want to be comforted. I’m so tired of being strong. I want to be foolish and frightened for once. Just for a small while, that’s all . . . a day . . . an hour . . .

    Lasse de chevaucher, elle veut se poser et pleurer, lasse des blessures elle veut être réconfortée, lasse du devoir qui l’oblige à paraître forte, elle veut pouvoir exprimer ses émotions profondes (c’est ainsi que j’interprète « foolish » et « frightened »). Ces deux premiers paragraphes posent Catelyn en personnage tragique, dépossédé de sa propre volonté et réduit à accomplir celle des autres :

    One day, she promised herself as she lay abed, one day she would allow herself to be less than strong.
    But not today. It could not be today.

    Mais pas aujourd’hui, j’ai piscine ambassade. C’est vraiment pas de chance.

    Catelyn reprend en outre le motif de la légendaire Alyssa Arryn, qui n’a jamais pleuré les siens de son vivant et est condamnée à les pleurer dans la mort, pour l’éternité, sous forme de cascade gelée, figée. Il me semble que le triple vœu exprimé sera en partie exaucé, mais pas du tout dans le sens attendu par Catelyn, à l’occasion des Noces pourpres, puisqu’elle y sera « frightened » et « mad » (plus encore que « foolish »), et qu’après son réveil en Lady Coeurdepierre son visage portera les marques de ses griffures comme des larmes de sang (qui ne coulent pas).

    Ainsi, la Catelyn de ce chapitre reprend avec des variations la riche symbolique avec laquelle elle avait déjà été introduite dès son tout premier chapitre : une fille de l’été marquée par l’hiver et devenue la funeste messagère de celui-ci. Et de fait, elle arrive avec la bannière blanche comme glace (« icy-white ») et ses mots refroidissent les courtisans de Renly, comme par exemple lorsqu’elle les « hérisse » (le frisson de froid ^^) en leur rappelant que son fils Robb porte une couronne tout autant que Renly, ou lorsqu’elle répond avec une courtoisie glacée (« icy courtesie ») au père Tarly, pour finir au banquet par lâcher « winter is coming ».

     

    3.2. D’une mise à mort

    Nous venons de voir que le réveil de Catelyn portait les signes de la mise à mort : cette symbolique se poursuit dans la suite du chapitre puisqu’on en retrouve les signes dans l’illusion d’été que représentent le roi Renly et ses chevaliers. Dans le premier post, j’avais signalé la première apparition de Renly aux yeux de Catelyn comme celle d’un fantôme portant le nom de Robert : le roi Renly y était dépossédé de lui-même et déjà marqué par la mort. J’ajouterai la tente royale dans laquelle l’hivernale Catelyn est logée en invitée (j’ai failli écrire que le loup était invité dans la bergerie ^^) : cette tente porte de très nombreux symboles de l’été et de sa fertilité, comme la harpe pour la musique, les jeux, les fruits d’été, le grand lit destiné à un couple, la vaisselle en double pour le partage, la couleur verte et cette armure splendide couronnée d’un heaume aux bois de cerf : le cerf lui-même est un symbole à la fois de royauté, de puissance et de fertilité. Pourtant, l’ensemble n’est qu’une coquille vide et les fruits oubliés là risquent de pourrir : le roi et son épouse logent au château et la seule chose qui semble habiter l’armure verte est le reflet de Catelyn, « une femme noyée (…) dans le deuil ».
    Graymarch a déjà relevé le beau foreshadowing du cadavre de Catelyn jeté à la Vertfurque après les Noces pourpres. J’ajoute que c’est pendant qu’il revêt cette armure que Renly sera tué par une ombre froide et meurtrière créée par une femme aux apparences flamboyantes. Il y a peut-être un effet de miroir : là où Catelyn est une véritable fille de l’été aux cheveux couleur de feu mais revêtue du manteau de l’hiver, Melisandre pourrait être une femme de l’hiver (une vraie morte à l’intérieur) revêtue d’habits couleurs de feu et transformée par magie, à l’instar de la fausse Illumination retirée du bûcher dans le précédent chapitre de Davos.

    La mise à mort du roi de l’été et de l’été ne s’arrête pas là : à travers le regard de Catelyn, les jeux et les rires des jeunes convives lors du banquet du soir sont qualifiés de folie – « madness » – un mot qui signera sa propre mort aux Noces pourpres, lorsqu’elle se mettra à rire et crier en même temps après la mort de Robb et le meurtre de l’innocent fou Aegon.
    Je fais un petit arrêt sur un des actes de folie des jeunes chevaliers, car le texte original comporte un jeu de mots qui n’est pas perceptible en français :

    (…) while Ser Tanton of the red-apple Fossoways climbed on the table and swore to slay Sandor Clegane in single combat. The vow might have been taken more solemnly if Ser Tanton had not had one foot in a gravy boat when he made it.

    Ser Tanton Fossoways jure de tuer Sandor Clegane en combat singulier (déjà, avec ce qu’on connaît du bonhomme, on ne donne pas cher de la peau de ser Tanton), mais il le fait avec un pied dans la saucière. En anglais, saucière se dit « gravy boat », mais « grave » désigne également la tombe, et « boat » le « bateau » ; « to have one foot in the grave » est par ailleurs la même expression qu’en français : autrement dit, ser tanton aurait déjà un pied dans la tombe ou sur le bateau prêt à passer le fleuve des Enfers… ou la Néra (d’ailleurs, ses deux frères vont mourir à la bataille de la Néra, dans les rangs de l’armée de Stannis).

    Cependant, la folie des chevaliers d’été et leur mise à mort me semble culminer dans le personnage de Brienne qui vainc le chevalier des fleurs et favori du roi de l’été, avant d’être à son tour vaincue par la messagère de l’hiver « enlevant » sous spn nez ce même roi de l’été.
    Ainsi, la première apparition de Brienne se fait lors de la joute qui l’oppose aux derniers « survivants » de la mêlée et au dernier d’entre eux, Loras Tyrell, le chevalier des fleurs : Brienne est d’abord le « chevalier en bleu » monté sur un cheval noir quand Loras a le cheval blanc et argenté, la couronne de fleurs d’or et le manteau arc-en-ciel. Dans mon premier post, j’ai dit que le « bleu cobalt » qui qualifiait Brienne pouvait s’interpréter comme le bleu d’un ciel d’été ; mais il peut aussi être le bleu foncé d’un ciel du soir, quand le soleil se couche, ce qui entre en résonnance avec le surnom des lords de Tarth – « Etoile du soir » – qu’on apprend à l’issu de la mêlée, en même temps que l’identité de notre chevaleresse. Elle monte un destrier noir, comme Sandor Clegane, ce qui est peut-être une façon de glisser ce nouveau personnage dans le même registre narratif et symbolique que notre vrai faux chevalier servant. En outre, le « deep blue » qualifie bien le bleu des Autres dans le Prologue d’AGOT. La Brienne de la joute a quelque chose de crépusculaire.
    Cependant, Loras n’est pas non plus exempt d’ambiguïté : la couleur blanche rappelle l’hiver, si bien que la fin de la joute peut s’interpréter comme un faux été (les Tyrell ont fait de Renly leur marionnette et un faux « roi de l’été », mais comme la fausse Illumination de Stannis, tout cela ne peut que conduire un peu plus loin dans la guerre et les ténèbres, donc vers l’hiver éternel) vaincu par l’implacable et écrasant hiver ; ou l’hiver véritable déguisé en été, vaincu à la fin et de justesse par un été authentique déguisé en hiver (au banquet, dépouillée de son costume de joute, Brienne va porter les couleurs de sa maison, à savoir le bleu et le rose, en même temps que le manteau arc-en-ciel, des couleurs bien plus estivales).
    Pourtant, la victoire de Brienne reste illusoire : comme le dit Renly à Catelyn dans leur entretien particulier, le manteau offert à Brienne était en fait réservé à un autre, le vieux ser Barristan Selmy ; pour le banquet, Brienne reste reléguée en bout de table quand l’éternellement jeune et beau Loras occupe une place d’honneur à côté de Renly (et semble complètement remis de la joute, comme s’il n’avait pris aucun coup).
    Enfin, notre chevaleresse va mener une seconde joute – verbale cette fois – avec Catelyn ; elle tente d’abord de la remettre à sa place en exigeant qu’elle donne du « votre grâce » au roi Renly, et plus tard, au banquet, en une réplique à laquelle Catelyn refuse de répondre, elle révèle l’étendue de ses propres aspirations désespérées, et se découvre ainsi :

    « Lady Catelyn, you are wrong. » Brienne regarded her with eyes as blue as her armor. « Winter will never come for the likes of us. Should we die in battle, they will surely sing of us, and it’s always summer in the songs. In the songs all knights are gallant, all maids are beautiful, and the sun is always shining. »

    Comme Sansa, Brienne rêve que sa vie soit comme les chansons mais se heurte à la réalité : dans les chansons/dans son rêve, Brienne est belle, tous les chevaliers sont galants (à mettre en regard des moqueries cruelles à son égard de leur part lorsqu’ils l’appellent « Beauty »), et le soleil brille pour de vrai (à cet instant du chapitre, c’est la nuit). Je pense que Brienne fait ici preuve d’une ironie tragique que Catelyn n’a pas saisie, faute de bien connaître la chevaleresse et son histoire. En première lecture, nous sommes dans la même position, on se dit que Brienne est encore plus folle que les autres et qu’elle risque de sévèrement déchanter. On ne sait pas encore que pour elle la désillusion a déjà eu lieu et on ne voit que le coup fatal porté par Renly, « sauveur » de Catelyn. En vérité Catelyn a épargné Brienne, adoptant ainsi un comportement chevaleresque, là où Renly ne s’est pas privé de « frapper » celle qui lui était dévoué, tout en se donnant les apparences d’un sauveur.

    The king saved her (=Catelyn)
    (…)
    His words seemed to strike the girl harder than any blow she had taken that afternoon. « As you will, Your Grace. » Brienne sat, eyes downcast. 

    Comme les épées (swords), les mots (words) blessent et tuent.

    Enfin, la mise à mort de l’été – ou plutôt du rêve d’été – est perceptible dans la construction même du chapitre : il s’ouvre sur une aube meurtrière et s’achève en pleine nuit, quand les gens sont ivres de leurs rêves, et où des myriades de feux terrestres remplacent les étoiles du ciel. Le matin, une dague de lumière mettait fin au rêve d’été de Catelyn en ouverture, la nuit suivante, un messager portant un casque ailé (le texte ne précise pas si les ailes du casque sont noires^^) vient interrompre le roi de l’été étalant sa puissance aux yeux de la messagère de l’hiver, il agite les chaînes de la porte du petit château (eh oui, Renly est un roi « prisonnier ») et annonce qu’un autre roi – le propre frère de Renly – s’apprête à le dépouiller de son fief et de sa couronne.
    Le voile de l’illusion se déchire brutalement : la « juste » guerre que le bon roi de l’été était censé mener contre les méchants et orgueilleux fauves Lannister a tourné à la lutte fratricide sacrilège. Si les voyants étaient au rouge au cours du chapitre, ils se sont mis à clignoter brutalement.

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