ASOS 51 – Arya X

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    darkdoudou
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    ASOS 51Arya X

    Au fil des pages – liste des sujets

    ASOS 50, Catelyn VI ASOS 52, Catelyn VII

    Ce chapitre est très court, littérairement il peut donner l’impression d’exister juste pour séparer les deux chapitres de Catelyn qui l’entourent, très longs l’un et l’autre. L’action avance peu : l’auteur relate uniquement la tentative d’infiltration de Sandor Clegane qui a trouvé une manière originale pour assister au mariage Tully-Frey et nous partageons les pensées d’Arya qui a l’impression de rentrer enfin dans sa famille mais qui n’a pas l’air très réjouie. Il y a pourtant des choses à dire.

    L’Etranger et les petites gens

    Il y a un rapport important entre le Limier et la figure de l’Etranger, le septième dieu de la religion des Sept. Comme lui il est mal-aimé, il symbolise la mort et l’errance. Il pousse même la ressemblance à adopter ici le même aspect que la divine face.

    [Sandor Clegange] était accoutré de bure verte tout éclaboussée sous une pèlerine gris fer, et, dans la mesure où il baissait le nez sous son capuchon, ses traits demeuraient invisibles, et tout juste si tu distinguais dans l’ombre, là, le blanc des yeux qui t’épiait.

    Il n’est pas anodin que le cheval de Sandor, ce fougueux étalon noir, soit nommé du nom divin. Comme Blagueur (Smiler) pour Theon, ce nom reflète bien la caractéristique principale de son maître. Dans le chapitre précédent d’Arya l’étalon s’est d’ailleurs comporté comme une extension de son maître en empêchant très brutalement la fuite de la jeune Stark. Ici je trouve également intéressant que Etranger fasse tomber un écuyer au service des Frey qui manque de peu de se blesser, tout comme Vent Gris avait fait mordre la poussière à Petyr Frey dans le chapitre précédent de Catelyn.

    Une des choses que j’apprécie beaucoup dans les chapitres d’Arya, c’est qu’elle nous permet de côtoyer le petit peuple de Westeros. Au rebours du chapitre précédent de Catelyn qui nous a amené aux Jumeaux par la grande porte et dans les lieux de commandement, ici nous croisons les hommes d’armes du bas de l’échelle et de faux paysans. Et le dialogue ci-dessous illustre bien toute la distance entre ceux-ci et ceux-là, étrangers les uns aux autres :

     Mais alors, comment se fait-il qu’il ne vous ait pas reconnu ? s’ébahit Arya.
    — Comment ? Parce que les chevaliers sont des imbéciles, et qu’il aurait été indigne de lui d’abaisser son regard à deux fois sur un rustre miteux. » Il taquina du fouet la croupe des chevaux. « Garde les yeux bien à terre, un ton bien respectueux, dis bien ser à tout bout de champ, et la plupart des chevaliers ne te verront seulement pas. Ils consentent plus d’attention aux chevaux qu’aux petites gens. Il aurait pu reconnaître Étranger s’il me l’avait jamais vu monter. »

    Le Limier montre qu’il est capable lui aussi « d’un peu de comédie », et il arrive très bien à se faire passer pour un paysan qui ne sera pas regardé par les chevaliers. Il se montre aussi cynique d’ailleurs et guère plus sympathique que les Braves Compaings avec le fermier « chance met » qui leur a procuré tout le nécessaire pour se déguiser.

    De mauvaise grâce, il est vrai, un fermier croisé d’aventure sur la grand-route s’était en leur faveur défait de ses effets, carriole, caques et canassons. Quitte à l’en dépouiller à la pointe de la rapière, le Limier n’avait pas supporté de se laisser traiter de voleur : « Nenni, fourrageur, mon gars. Devrais dire merci de garder tes dessous. Tes bottes, maintenant, allez. Ou c’est tes jambes que je t’enlève. À toi de choisir. »

    prudence et folie

    Il y a plusieurs personnages qui ont des plans qui peuvent paraître prudents ou fous suivant le point de vue.
    Le plan de Sandor est bien pensé : se déguiser pour ne pas attirer l’attention des chevaliers et transporter des victuailles pour la noce. Cependant Etranger le destrier de guerre est plus difficile à grimer, et l’histoire racontée pour justifier sa présence est invraisemblable : un cadeau de noce prétendument donné par lady Whent à son suzerain Lord Tully, comme le relève Donnel Haigh :

    Elle s’imagine peut-être qu’un canasson va suffire à lui racheter Harrenhal ? s’étonna l’autre. Dieux de dieux, y a pas plus fou qu’une vieille folle ! »

    Mais qui est le plus fou ? Celui qui raconte cette histoire et prétend être un paysan chargé d’escorter le destrier dans un territoire en guerre, ou celui qui émet des doutes mais laisse passer le Limier sans le reconnaître ?

    Le sergent Bolton un peu plus loin est plus suspicieux. Au passage, si on se soucie de la vie des Stark, ça fait plaisir de voir que la sécurité aux alentours des Jumeaux est aussi dans les mains des gars du Nord, non ? Je trouve assez divertissante l’appréciation que fait le sergent Bolton de la cargaison transportée par Clegane, et qui fait écho à ce dira Catelyn des véritables plats servis au festin de noces qu’elle qualifiera de piètre chère à offrir à un roi.

    « Du porc salé…, c’est pas de la bouffe qui va pour des noces de grand seigneur, déclara-t-il avec un souverain mépris

    Néanmoins le sergent Bolton dégage un fourgon de la haie protectrice pour laisser passer Clegane et ne lui donne pas d’escorte pour trouver Deslaîches. Sandor ne suit pas la directive de décharger près de tentes et peut donc se diriger tranquillement vers le château qui n’est pas fermé contrairement à ce que raconte le sergent.

    Arya aussi a pris des leçons de prudence : alors qu’elle imaginait se dévoiler dès qu’elle rencontrerait un éclaireur, elle prend le temps d’examiner les blasons et renonce finalement quand elle ne reconnaît pas l’emblème de la maison Haigh/Foin (bien vu a posteriori, vu qu’il s’agit d’un banneret Frey). Plus loin, avec les gardes Bolton, elle continue à obéir à l’injonction du Limier :  « Tête basse et bouche cousue. »

    Je me demande aussi à quel point les chevaliers et personnes en armes qui s’occupent du service d’ordre sont conscients du plan qui est en cours : d’un côté il faut faire boire l’armée Stark-Tully et garder les armées Frey et Bolton opérationnelles avec des armes prêtes à jaillir, d’un autre côté le plan préparé à l’avance doit rester secret. Je note que les troupes qui festoient dans les tentes dehors et sont vues par Arya comportent uniquement des Tully et des Stark. Il y a deux camps différents pour les armées Frey (à l’est) et pour les Stark-Tully (à côté du château ouest). Il n’y a pas d’indication sur la position du camp Bolton. Il semblerait logique que les Bolton aient le même camp que les Stark et la même tente de fête, mais Arya voit uniquement des Karstark (le petit contingent d’infanterie que Bolton a ramené) en train de festoyer avec les Omble et les clans des montagnes.

    C’est là que l’absence de Brynden Tully se fait sentir à mon avis : il se serait peut-être inquiété de la sécurité globale autour du château, il aurait peut-être posé des questions aux gardes de bas étage et s’en serait posé ? Ou pas ? Comme relevé par Catelyn Stark, Galbart Glover qui le remplace n’a pas tout à fait l’expérience du Silure.

    Présages et retour à la maison

    Arya sait qu’elle se rapproche de sa famille, sa mère et son frère qu’elle n’a pas vus depuis son départ de Winterfell, pourtant elle a les tripes nouées et une appréhension inquiétante.

    Elle avait fait un rêve, la nuit d’avant, un rêve effroyable. En quoi ce rêve-là consistait exactement, elle ne parvenait plus à se le rappeler, mais l’impression qu’il lui avait faite sur le moment s’était prolongée toute la journée. Même aggravée, plutôt…

    Alors qu’elle se rapproche du château où sont sa mère et son frère aîné et qu’elle passe à côté de l’armée entassée sous les trois tentes en train de manger (un peu) et boire (beaucoup), Arya cherche à voir des visages connus et reconnaitre des bannières du Nord. Mais avec la pluie tout est gris, comme le relevait Catelyn. Et tous les visages qui paraissent familiers sont étrangers (visages de l’Etranger)

    Non, le type qui se soulageait dans les roseaux, là, n’était pas Panse-à-bière. Non, la tente d’où s’échappait en riant une fille à demi nue n’était pas grise, comme elle se l’était d’abord imaginé, mais bleu pâle, et le doublet du type qui s’élança aux trousses de la fuyarde était frappé d’un chat sauvage et non d’un loup.

    Bizarrement la seule qui s’inquiète de la présence des Bolton en nombre est Arya. Elle se pose les bonnes questions :

    comme c’était l’armée, cette armée, de Robb, il ne pouvait y avoir là de danger véritable, n’est-ce pas ? Non, hein ? Roose Bolton en faisait partie, cependant… Le seigneur Sangsue, comme l’appelaient les brigands. Cette idée la mettait mal à l’aise.

    Arya entend aussi la musique, cela veut dire que le mariage est déjà commencé mais que la fête est toujours en cours. Elle et Sandor ont la même réaction que Catelyn aura bientôt : les musiciens ne sont pas terribles. Le fait qu’il y a deux groupes différents en train de jouer dans chaque château fait penser déjà à une bataille engagée.

    Et comme les instrumentistes du château le plus proche jouaient un autre air que ceux du château de la rive opposée, les discordances qui en résultaient évoquaient moins une chanson qu’une échauffourée.

    Catelyn avait éprouvé à son arrivée aux Jumeaux que le bruit des flots de la Verfurque en crue évoquait le grondement d’un fauve (the growl of some great beast en v.o.). Pour Arya le son est plus précis, faisant penser à l’animal des Lannister.

    Au fur et à mesure que l’on approchait du château, la musique se faisait plus assourdissante, et pourtant dessous persistait à se faire entendre un grondement plus grave et plus sombre : celui de la Verfurque en crue, rauque comme un lion défendant sa tanière.

    J’ai trouvé émouvant l’un des derniers passages du court chapitre, pendant lequel Arya reconnaît sans les voir les vrais hommes du Nord : elle a un peu l’impression de rentrer à la maison.

    À leurs barbes comme à leurs physionomies, à leurs manteaux en peaux d’ours ou de phoque, au peu qu’elle percevait de leurs toasts et de leurs chansons, elle les identifiait sans peine pour des Omble et des Karstark et des montagnards des clans. « Je suis prête à parier qu’il se trouve aussi là des gens de Winterfell. » Des gens de Père, ceux du Jeune Loup, des loups-garous Stark

    Enfin le dernier présage que j’ai vu est dans la dernière phrase du chapitre prononcée par le Limier, et ça marche mieux en v.o.

    « It’s your bloody brother I want.  » « C’est ton putain de frère que je veux, moi.

    #179104
    R.Graymarch
    • Vervoyant
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    L’alternance des chapitres Catelyn et Arya continue… vers le pire.

    Là, on a Arya et Sandor qui apparemment sont déguisés et ont une carriole, mais d’où vient elle (on le saura ensuite) ?

    On parle blasons et Arya ne reconnaît pas

    The badges on their jerkins were smaller versions of the sigil sewn on their master’s surcoat; a black pitchfork on a golden bar sinister, upon a russet field. Arya had thought of revealing herself to the first outriders they encountered, but she had always pictured grey-cloaked men with the direwolf on their breasts. She might have risked it even if they’d worn the Umber giant or the Glover fist, but she did not know this pitchfork knight or whom he served. The closest thing to a pitchfork she had ever seen at Winterfell was the trident in the hand of Lord Manderly’s merman

    L’étalon pose question

    The stallion was no plow horse, that was plain at a glance. One of the squires almost wound up in the mud when the big black courser bit at his own mount. “How did you come by this beast?” the pitchfork knight demanded.

    “M’lady told me to bring him, ser,” Clegane said humbly. “He’s a wedding gift for young Lord Tully.”

    “What lady? Who is it you serve?”

    “Old Lady Whent, ser.”

    “Does she think she can buy Harrenhal back with a horse?” the knight asked. “Gods, is there any fool like an old fool?” Yet he waved them down the road. “Go on with you, then.”

    On en sait plus sur le mec en question, et son mépris des petites gens

    “Ser Donnel Haigh,” he said. “I’ve taken more horses off him than I can count. Armor as well. Once I near killed him in a mêlée.”

    “How come he didn’t know you, then?” Arya asked.

    “Because knights are fools, and it would have been beneath him to look twice at some poxy peasant.” He gave the horses a lick with the whip. “Keep your eyes down and your tone respectful and say ser a lot, and most knights will never see you. They pay more mind to horses than to smallfolk. He might have known Stranger if he’d ever seen me ride him.”

    On en apprend sur comment ils ont « obtenu » la carriole. Sandor est une brute mais il est malin

    That was why they’d needed the wayn and the pickled pigs’ feet. “I’m not going to be dragged before your brother in chains,” the Hound had told her, “and I’d just as soon not have to cut through his men to get to him. So we play a little game.”

    A farmer chance-met on the kingsroad had provided them with wayn, horses, garb, and casks, though not willingly. The Hound had taken them at swordpoint. When the farmer cursed him for a robber, he said, “No, a forager. Be grateful you get to keep your smallclothes. Now take those boots off. Or I’ll take your legs off. Your choice.” The farmer was as big as Clegane, but all the same he chose to give up his boots and keep his legs.

    Ah ce foreshadowing qui tue…

    Evenfall found them still trudging toward the Green Fork and Lord Frey’s twin castles. I am almost there, Arya thought. She knew she ought to be excited, but her belly was all knotted up tight. Maybe that was just the fever she’d been fighting, but maybe not. Last night she’d had a bad dream, a terrible dream. She couldn’t remember what she’d dreamed of now, but the feeling had lingered all day. If anything, it had only gotten stronger. Fear cuts deeper than swords. She had to be strong now, the way her father told her. There was nothing between her and her mother but a castle gate, a river, and an army . . . but it was Robb’s army, so there was no real danger there. Was there?

    Ce qui inquiète Arya c’est Roose Bolton.. mais c’est surtout parce qu’elle a tué un de ses gardes et elle se demande si elle s’est fait choper (et si sa famille serait OK). Ils arrivent à destination mais la musique leur fait dire que le mariage a eu lieu

    Agrlmjleu en lisant ça encore (cette relecture est sans pitié)

    The musicians in the nearer castle were playing a different song than the ones in the castle on the far bank, though, so it sounded more like a battle than a song. “They’re not very good,” Arya observed.

    Arya aimerait retrouver des vassaux de son frère mais ça ne marche pas

    Arya found herself wishing it were day. If the sun was out and the wind was blowing, she would have been able to see the banners better. She would have looked for the direwolf of Stark, or maybe the Cerwyn battleaxe or the Glover fist. But in the gloom of night all the colors looked grey. The rain had dwindled down to a fine drizzle, almost a mist, but an earlier downpour had left the banners wet as dishrags, sodden and unreadable.

    Grâce à un subterfuge, Sandor arrive à passer la première porte des lieux. Et pendant que résonnent Les Pluies de Castamere, la verfurque a un air de lion dans sa tanière…

    The drinking had been going on for hours, it seemed. Arya heard shouted toasts and the clash of cups, mixed in with all the usual camp sounds, horses whinnying and dogs barking, wagons rumbling through the dark, laughter and curses, the clank and clatter of steel and wood. The music grew still louder as they approached the castle, but under that was a deeper, darker sound: the river, the swollen Green Fork, growling like a lion in its den.

    Je passe sur le fait qu’Arya croit voir des morts (Panse-à-bière, Luwin) mais en fait non. Mais Arya ne tique pas sur le fait que Jeyne soit nommée juste après le jeune loup (qui est roi)

    “Here’s to Lord Edmure and Lady Roslin,” she heard a voice shout. They all drank, and someone yelled, “Here’s to the Young Wolf and Queen Jeyne.”

    Who is Queen Jeyne? Arya wondered briefly. The only queen she knew was Cersei.

    Arya veut s’arrêter mais Sandor veut parler directement au chef (pour une rançon de sa soeur, il a raison)

    “Shouldn’t we stop?” she asked Sandor Clegane. “There’s northmen in the tents.” She knew them by their beards, by their faces, by their cloaks of bearskin and sealskin, by their half-heard toasts and the songs they sang; Karstarks and Umbers and men of the mountain clans. “I bet there are Winterfell men too.” Her father’s men, the Young Wolf’s men, the direwolves of Stark.

    “Your brother will be in the castle,” he said. “Your mother too. You want them or not?”

    “Yes,” she said. “What about Sedgekins?” The sergeant had told them to ask for Sedgekins.

    “Sedgekins can bugger himself with a hot poker.” Clegane shook out his whip, and sent it hissing through the soft rain to bite at a horse’s flank. “It’s your bloody brother I want.”

    « Bloody » ? Ah ben justement….

    Je sers la Garde et c'est ma joie. For this night, and all the nights to come
    MJ de Chanson d'Encre et de Sang (2013-2020) et de parties en ligne de jeu de rôle
    DOH. #TeamLoyalistsForeverUntilNow. L’élu des 7, le Conseiller-Pyat Pree qui ne le Fut Jamais

    #179167
    DJC
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    • Posts : 261

    En première lecture on retient l’ingéniosité de Clégane, en seconde on voit tous les petits détails annonciateurs…

    Une masterclass d’écriture, vraiment !

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