Les secrets de Viserys II

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    Nefer
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    Viserys II Targaryen : roi des ombres

    Cette rétrospective se propose d’examiner de manière globale et unifiée un certain nombre des mystères qui ont émaillé la vie de Viserys II Targaryen, de sa capture lors de la Danse des Dragons à son décès en l’An 172. Par ailleurs l’analyse est prétexte à dresser le portrait psychologique et politique d’un homme qui a marqué l’Histoire des Sept Couronnes.

    Sommaire :

    ——————————————————————————————-

    Mystère n° 1 : L’entrevue secrète d’Addam et Corlys Velaryon

    Vers la fin de l’An 129, le prince Jacaerys Velaryon décide de mettre ses deux demi-frères Aegon et Viserys à l’abri dans la cité libre de Pentos, en attendant que leur mère Rhaenyra prenne le contrôle de Port-Réal. Corlys Velaryon escorte donc les deux princes jusqu’à Pentos avec une partie de sa flotte, mais les navires de la Triarchie prennent en embuscade la flotte Velaryon. La Triarchie ou « Royaume des Trois Filles », pour rappel, est une alliance entre les cités de Myr, Tyrosh et Lys qui se sont ralliées aux Verts. Le prince Aegon réussit à s’échapper avec son dragon, mais Viserys reste coincé sur le navire avec son œuf de dragon. Le prince Aegon vole immédiatement vers Peyredragon où une contre-attaque est organisée en urgence par le camp des Noirs.

    À ce moment les Noirs n’ont aucune raison de croire que Viserys est mort : le navire de Viserys est capturé mais pas coulé, et Viserys est un otage trop précieux pour être tué. La logique voudrait donc que les Noirs rattrapent aussi vite que possible la flotte de la Triarchie sur leurs dragons et interceptent Viserys avant que ses ravisseurs n’aient le temps de le cacher quelque part dans les Cités Libres. De toute manière les navires de la Triarchie voguent vers le Gosier (donc vers Westeros) plutôt que vers Essos. Et c’est effectivement ce qui se passe : la contre-attaque de la flotte Velaryon est organisée dans l’urgence, au risque d’une stratégie prévisible. La flotte de la Triarchie n’a donc aucun mal à se réorganiser pour piéger le camp des Noirs.

    C’est la bataille du Gosier (cinquième jour de l’An 130), qui est une déconfiture magistrale pour la maison Velaryon avec la mort de Jaecerys Velaryon, prince de Peyredragon et héritier de Rhaenyra. Sachant que son frère cadet Lucerys est déjà mort à l’époque, le seul espoir de mettre un Velaryon sur le Trône de Fer réside désormais en leur benjamin Joffrey… qui mourra quelques mois plus tard. Mais cette bataille signifie aussi la destruction d’un tiers de la flotte Velaryon et la mise à sac de Port-d’Épice et Lamarck, sièges de la maison Velaryon.

    Cependant un détail de la bataille ne nous est jamais été révélé : qui s’occupait de chercher Viserys ? Il était encore sur place et Rhaenyra a forcément désigné quelqu’un pour repérer le navire où Viserys était emprisonné. Et suite à cette bataille, Addam Velaryon, qui a participé à la bataille sur son dragon, a apparemment une « entrevue secrète » avec son père Corlys. Le contenu de cette conversation n’est jamais révélé, mais on peut supposer qu’il a trait à la bataille et à ce qui s’y est déroulé. Qu’a donc vu Addam du haut de son dragon ? Et pourquoi lui et Corlys ont-ils tu ce qui s’est produit ?

    Au regard des événements futurs, j’ai la désagréable impression qu’Addam a cru voir le petit prince Viserys sur un des bateaux de l’amiral lysien Sharako Lohar. Il aurait alors averti son père Corlys que Viserys avait de grandes chances d’être en vie et retenu en otage quelque part à Lys. Prudent, Corlys lui a conseillé de n’en rien dire afin de pas donner de faux espoirs à Rhaenyra qui, déjà à l’époque, se montre particulièrement instable et colérique. Addam n’est entré que récemment à la Cour et sa position précaire pourrait être révoquée à tout moment s’il fait de telles déclarations à la légère. C’est seulement suite à la Bataille du Gosier que Viserys est prononcé « mort ou disparu ».

    Il semble raisonnable de croire que les Velaryon savaient pour la survie de Viserys depuis le tout début et ont décidé de repousser cette révélation à un moment opportun, pour des raisons politiques. Corlys et Addam ont en réalité contacté les Lysiens bien plus tôt et négocié pour organiser le retour de Viserys d’une manière qui bénéficierait à la fois aux Rogare et aux Velaryon. Alyn, qui était dans la confidence de son père et de son frère, a plus tard pris le relais de cette conspiration côté Velaryon. Nous partirons donc du principe que les Velaryon n’ont pas pris connaissance de la survie de Viserys en l’An 133 à Dorne, comme Alyn Velaryon le prétendra, mais beaucoup plus tôt, dès le début de l’année 130. Très tôt dans sa vie, on a menti à Viserys sur les circonstances réelles de sa situation. Ce traumatisme à retardement est essentiel pour comprendre l’homme qu’il deviendra par la suite… mais également le retors Alyn Velaryon, courtisan responsable de ce traumatisme.

    • Ce sujet a été modifié le il y a 3 semaines et 1 jour par Lapin rouge. Raison: Lien vers partie 3
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    #139069
    Nefer
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    Mystère n° 2 : Le revirement de Tyland Lannister

    Alyn et Unwin, ou comment les rivalités survivent à la guerre

    Et en l’An 131, la Danse des Dragons prend fin. Afin de signer l’armistice, Aegon III (fils de Rhaenerya Ière et Daemon Targaryen), héritier des Noirs, est marié officiellement à Jaehaera (fille d’Aegon II et Heleana Targaryen). Corlys Velaryon fait partie des sept régents désignés pour régner durant la minorité d’Aegon III, et ce mariage est le fruit de sa politique. Il vient d’échapper à la mort car Cregan Stark souhaitait l’exécuter, avant d’en être dissuadé par les jumelles Baela et Rhaena Targaryen qui ne sont autres que les petites-filles de Corlys par sa fille Laena Velaryon (épouse de Daemon Targaryen). Cette forte loyauté de Baela et Rhaena envers la maison Velaryon nous intéressera beaucoup par la suite.

    Corlys est le plus puissant des sept régents originels d’Aegon III, et à sa mort en l’An 132 son fils bâtard (mais légitimé) Alyn Velaryon tente lui aussi d’entrer au Conseil de régence. Mais à la suite d’une décision de Tyland Lannister (Main du Roi, un ancien du camp des Verts), c’est Unwin Peake (un ancien Vert lui aussi) qui est sélectionné pour remplacer Corlys.

    Ainsi commence l’inimitié entre Unwin et Alyn, qui est a priori une guerre larvée entre anciens Noirs et anciens Verts pour les miettes du pouvoir. D’ailleurs déjà en l’An 131 Unwin Peake avait montré son mécontentement de ne pas avoir été nommé régent… l’œuvre de Corlys ? Le père (Corlys) a empêché Unwin d’accéder à la régence, alors il en empêche le fils (Alyn) en représailles ?

    Examinons en tous les cas les motivations du troisième larron qui intervient dans le duel Alyn/Unwin.

    Tyland Lannister : un personnage ambigu

    Tyland Lannister arrive au sommet de l’appareil de l’État dès la mort d’Aegon II. On peut s’étonner que les Noirs aient accepté de lui concéder une aussi haute position au pouvoir : Corlys Velaryon est bien placé pour savoir qu’en tant que Grand Argentier des Verts, Tyland avait poussé Aegon II à exécuter le jeune fils de Rhaenyra captif à l’époque. Le petit roi Aegon III se retrouve avec une Main qui a tenté de l’assassiner par le passé, bonjour l’ambiance. Comment les anciens partisans de Rhaenyra acceptent-ils de donner autant de pouvoir à quelqu’un qui représente un tel danger pour son héritier ?

    Peut-être parce que Tyland a les moyens de se cramponner aux rênes du pouvoir : lorsque les Noirs ont repris Port-Réal, Tyland était dans les Cités Libres en train de recruter des compagnies d’épées-louées pour Aegon II, et en tant que Grand Argentier, il avait sûrement les moyens de passer des contrats juteux. Et quand bien même Aegon II mourrait, Tyland aurait très bien pu ajouter une clause spécifiant de continuer la lutte pour installer sa fille héritière, la princesse Jaehaera Targaryen, sur le Trône de Fer… Bref, lorsque Tyland revient à Port-Réal désormais occupée par les Noirs, le sieur Lannister débarque avec un argument de poids : la menace de continuer la guerre par le biais de mercenaires. Dans ces conditions, ce ne serait pas étonnant que les Noirs aient négocié : Tyland rompt les contrats et met fin à la Danse des Dragons, mais en échange il revient au pouvoir en tant que Main du Roi.

    À son entrée en fonction, Tyland Lannister prétend ne favoriser aucun des deux camps et « ne plus se souvenir » qui a combattu pour les Verts ou les Noirs, mais on est en droit d’en douter. C’est clairement de la novlangue politicienne. Et au contraire on verra que Tyland n’est pas homme à oublier ses anciennes amitiés, loin de là : en l’An 132, l’ancien Grand Mestre des Verts, Orwyle, est arrêté et condamné par le Conseil Restreint pour trahison. Mais pour sauver son vieux pote de l’exécution, Tyland se sert d’une ruse (refuser de nommer un bourreau royal) pour commuter cela en emprisonnement indéfiniment prolongé. Sa décision de remplacer Corlys (ancien Noir) par Unwin (un Vert) au Conseil de régence semble également un moyen pour Tyland de réparer une prétendue injustice commise envers Unwin, son ancien frère d’armes durant la Danse des Dragons. Donc au début de sa carrière en tant que Main, Tyland a clairement une partialité pro-Verts, pour ne pas dire anti-Noirs.

    Bref. Débarrassé de l’influence des Velaryon au Conseil de régence, la Tyland s’empresse en l’An 132 de marier l’héritière présomptive d’Aegon III : Baela Targaryen est sommée d’épouser Thaddeus Rowan (un ancien défenseur des Noirs). Cependant Baela s’oppose à ce projet de mariage et réussit à s’échapper à Lamarck où elle épouse Alyn Velaryon. Jolie revanche pour Alyn, qui revient sur la scène politique par la porte de derrière… Les régents dirigés par Tyland Lannister répliquent alors du tac-au-tac en décidant que puisque Baela a défié les commandements du Conseil Restreint, son statut d’héritière royale lui sera refusé d’une manière ou d’une autre. La régence de la Couronne désigne donc comme héritière Rhaena Targaryen sa jumelle, et s’empresse de la marier également. Mais cette fois-ci Tyland Lannister prend soin d’impliquer Rhaena dans les discussions et concède à sa demande d’épouser Corwyn Corbray (qui a combattu pour les Noirs). Et Corwyn est un allié des Velaryon puisque c’est lui qui présentera la jeune Daenaera Velaryon à Aegon III lors du grand bal des débutantes où il choisira sa seconde épouse.

    Rétrospectivement, il y a ici quelques incohérences dans le comportement de Tyland. On voit que les époux qu’il choisit pour Baela et Rhaena en l’An 132 sont des anciens Noirs, alors que la logique historique voudrait qu’il favorise des anciens Verts comme il l’avait fait au début de son occupation du poste… Alors qu’est-ce qui a vraiment changé durant l’année 132 pour que Tyland revoie sa copie et se mettre à favoriser les Noirs ?

    Le Détroit : un nouveau danger pour Westeros

    Je pense que très vite Tyland Lannister a finalement regretté son choix de refuser à Alyn la régence, car il s’est vite aperçu qu’il avait trop besoin de la flotte Velaryon. Car oui, Tyland a besoin d’une flotte : une de ses premières mesures en tant que Main est d’annoncer la construction de 50 galères de guerre, mais au final seules 10 sont officiellement commandées. En effet la Couronne a de gros problèmes d’argent : la Danse des Dragons a ruiné beaucoup de monde, le pays est exsangue et les impôts rentrent moins dans les caisses puisque Tyland a préféré abolir les taxes impopulaires mises en place par Bartimos Celigar sous le règne de Rhaenyra. Donc puisque la flotte commandée par Tyland est très insuffisante aux besoins militaires du royaume, la Main n’a pas d’autre choix que d’aller lécher les bottes d’une maison qui dispose encore d’une forte puissance navale. Mais laquelle ? Les Redwyne se sont déclarés pour les Verts durant la guerre, mais leur flotte endommagée n’est probablement pas suffisante pour pallier aux besoins du Trône de Fer. Par ailleurs les Greyjoy font encore de leurs siennes à l’ouest de Westeros (notamment contre les Lannister) et les Redwyne ne peuvent se passer du peu de navires qui leur reste. Non, seuls les Velaryon sont vraiment en mesure de résoudre les critiques faiblesses maritimes de la capitale. Y compris parce que le siège de leur maison est… un passage stratégique vers Port-Réal.

    Mais pourquoi Tyland a-t-il besoin de tant de navires, me direz-vous ? Eh bien, parce qu’il redoute une propagation à Westeros des batailles navales qui ont lieu à Essos. En effet l’An 131 marque le début d’un conflit sanguinaire entre Tyrosh, Myr, Lys et le capitaine Racallio Ryndoon qui s’est proclamé « Prince du Détroit ». Plus tard Pentos, Lorath et Braavos s’impliquent également dans ces affrontements sur le Détroit. Or Tyland est terrorisé à l’idée d’une nouvelle guerre et fait tout pour que Westeros ne s’y implique ; il repense probablement à la terrible bataille du Goulet et sait que les choses ont mal tourné la dernière fois que la Couronne s’est mêlée des affaires maritimes des Cités Libres. On remarque également ici que Pentos et Braavos étaient alliées aux Noirs pendant la Danse et que Tyland déboute leurs ambassadeurs lorsqu’ils proposent une alliance contre Racallio. Pas étonnant puisque Tyrosh, Myr et Lys sont d’anciennes alliées des Verts : une alliance Pentos/Braavos/Westeros contre Racallio pourrait facilement devenir une conquête de Tyrosh Myr et Lys qui ne peuvent s’allier puisqu’elles sont en conflit actuellement. Là encore Tyland prend soin de ses anciens amis Verts autant qu’il peut.

    Dans ces conditions la flotte Velaryon peut former un bon gros blocus pour empêcher les zinzins des Cités Libres de propager leurs feux sanguinaires aux côtes de Westeros. Donc à partir de l’An 132, Tyland Lannister doit les ménager en acceptant que d’anciens partisans Noirs épousent les deux héritières présomptives d’Aegon III. En effet Racallio Ryndoon a un temps été envisagé par les régents comme un prétendant sérieux pour la main de Baela Targaryen. Or fiancer l’héritière du Trône de Fer à un participant du conflit, c’est nécessairement prendre parti. Et Tyland ne veut pas d’une intervention ouestrienne dans cette guerre. Donc peut-être a-t-il jugé finalement qu’Alyn était un moindre mal pour Baela, comparé à Racallio.

    Pour aller plus loin : les origines de la guerre dans le Détroit

    En l’An 130, l’amiral lysien Sharako Lohar a acquis un otage de choix en la personne du prince Viserys Targaryen. La valeur de cet otage n’est destinée qu’à augmenter à mesure que les héritiers mâles Targaryen tombent comme des mouches en Westeros. Il y a donc intérêt pour Sharako à ne pas révéler immédiatement qu’il possède Viserys, puisqu’il peut espérer de meilleurs termes à mesure que continue la guerre. Cependant Sharako est dans une situation difficile : la Bataille du Goulet reste une défaite cuisante pour lui puisque sur ses quatre-vingt-dix navires, seuls vingt-huit sont revenus à bon port. Pire encore, ving-cinq de ces navires appartiennent aux Lysiens. Les veuves des cités de Myr et Tyrosh l’accusent donc d’avoir délibérément exposé les navires myriens et tyroshis au danger pour renforcer le poids de Lys au sein du Royaume des Trois Filles. Pour référence, G.R.R. Martin semble ici s’inspirer d’une controverse militaire du monde réel, à savoir le jugement des Stratèges d’Athènes suite à la bataille des Arginuses. Lâché par ses alliés, Sharako a besoin d’argent et de soutiens politiques rapidement ; il se contraint donc à vendre le prince Viserys au magistrat lysien Bambarro Bazanne. Là encore l’attentisme de Bambarro fait sens : Viserys peut tout aussi bien être livré aux Verts ou aux Noirs contre rançon, mais pour s’assurer qu’on le paye, mieux vaut attendre la fin de la Danse des Dragons.

    Mais ce ne serait pas la première fois dans la saga qu’un intriguant colporte de vilaines rumeurs auprès de veuves pour provoquer la chute d’un homme politique gênant… Littlefinger fait la même chose avec Olenna Tyrell/Redwyne pour provoquer la chute de Joffrey Baratheon. Les Velaryon étaient aux premières loges lors de la Bataille du Goulet et pouvaient largement témoigner des manoeuvres abusives de Sharako durant l’affrontement : leurs connexions commerciales avec les Cités Libres leur laissent une large opportunité de pourrir la réputation de Sharako et exciter Myr et Tyrosh contre lui. Cependant il est tout à fait plausible que Sharako se soit mis dans la mouise tout seul et que les rares marins survivants soient allés se plaindre auprès des veuves myriennes et tyroshies. Que les Velaryon y soient pour quelque chose ou non, la chute politique de Sharako l’oblige donc à jouer sa carte maîtresse et la passer à Bambarro Bazanne.

    On voit cependant que la disgrâce politique de Sharako suite à la bataille tendra plutôt à favoriser le clan Velaryon… D’une part, cette disgrâce finit par causer la Guerre dans le Détroit (on en parlera plus tard dans une autre analyse), et cette guerre navale permet à Alyn Velaryon de revenir sur la scène politique car la Main Tyland Lannister a besoin de ses bateaux. D’autre part, la disgrâce rallonge la captivité secrète du prince Viserys puisqu’il doit changer de captif et être trimbalé de prison dorée en prison dorée. Or si la survie de Viserys reste secrète, alors épouser Baela et Rhaena Targaryen a encore un intérêt puisqu’elles demeurent les héritières présomptives d’Aegon III. En l’An 132, Alyn Velaryon aurait donc encore tout intérêt à cacher l’existence de Viserys puisque cela lui permettrait d’épouser officiellement Baela, la potentielle future reine de Westeros, et non pas Baela, une obscure demi-soeur du roi. Alyn se tait donc… ou du moins, choisit de se taire jusqu’au moment où il sera plus avantageux pour lui de dire la vérité.

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    #139116
    Nefer
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    Mystère n° 3 : le double-assassinat de Sharako et Bambarro

    On a vu précédemment qu’après un léger recul sur la scène politique, les Velaryon (enfin, disons surtout Alyn Velaryon) bénéficient de la guerre des Trois Filles car l’aggravation de la situation maritime oblige la Couronne à mendier les faveurs de la flotte Velaryon. Mais cette guerre a également l’intérêt de rallonger la captivité secrète de Viserys, ce qui préserve l’importance de Baela et Rhaena Targaryen en tant qu’héritières présomptives du Trône de Fer… et par conséquent la puissance politique de leurs nouveaux époux, Alyn Velaryon et Corwyn Corbray, anciens partisans de Rhaenyra. Intéressons-nous maintenant à la façon dont cette guerre impacte plus directement la difficile situation du petit Viserys.

    Les nouvelles de ce conflit sont notamment portées à la connaissance de Westeros par Marston Waters, un ancien membre des Verts qui deviendra plus tard un adversaire forcené de la famille Rogare (et peut-être aussi l’âme damnée d’Unwin Peake). Mais dîtes-moi, qu’est-ce qui a causé la Guerre des Trois Filles, au juste ? La mort de Sharako Lohar en l’An 131. À savoir le même type qui s’est emparé du prince Viserys lors de la Bataille du Goulet… Il y avait donc un double intérêt pour les Velaryon à assassiner Sharako en 131 : d’abord déclencher un conflit maritime dans le Détroit, ensuite contrôler le sort de Viserys. Y a-t-il des raisons de penser que les anciens Noirs ont quelque chose à voir avec sa mort ? Examinons l’affaire.

    Il suffira d’un cygne

    À l’origine, Sharako est censé avoir été tué en duel par un rival qui lui disputait l’amour de Johanna Swann, le fameux « Cygne Noir » : une femme d’origine ouestrienne qui exerçait une immense influence politique à Lys. Sauf que les Lysiens affirment que cette rivalité amoureuse était en réalité un prétexte pour un assassinat commandité par les Lysiens, en représailles de la Bataille du Goulet. Au final on ne saura jamais qui était ce mystérieux « rival ». Cependant on peut facilement imaginer que ce bellâtre n’était que la créature de Johanna Swann, et que c’est elle qui a poussé son soupirant à défier l’encombrant Sharako pour précipiter sa fin (sans pour autant se compromettre elle-même légalement). Sachant que Johanna est une courtisane professionnelle qui a réussi à acquérir une énorme influence à Lys en séduisant des hommes puissants, lui prêter ce pouvoir d’influence n’a rien d’incongru. Manipuler les hommes est ce qu’elle fait de mieux. Encore faudrait-il qu’elle ait un mobile pour tuer Sharako. Et elle en a peut-être un…

    En effet Johanna n’a pas eu une vie facile : née Swann, elle a été capturée lors d’un voyage par des pirates lysiens travaillant pour le compte du Royaume des Trois Filles. Mais son oncle Swann était trop radin pour payer la rançon et, à quinze ans, elle a été réduite en esclavage et vendue à une maison de prostitution à Lys. Une histoire atroce qui nous permet de deviner les motivations secrètes de Johanna : elle hait le Royaume des Trois Filles (historiquement allié aux Verts) pour l’avoir capturée, et la famille Swann (historiquement alliée aux Verts) pour ne pas l’avoir secourue. Et elle veut sa vengeance.

    Or les Noirs de Rhaenyra l’ont indirectement vengée en infligeant de sacrées déculottées au Royaume des Trois Filles lors de la Danse des Dragons, notamment à la Bataille du Goulet. Les Velaryon sont également impliqués par leur puissance navale dans une guerre maritime qui pourrait précipiter la destruction ou l’asservissement du Royaume des Trois Filles. Byron Swann est également tué durant la Danse des Dragons. On ne sait pas si ce Swann est le même Swann qui a refusé de payer la rançon de Johanna, ou bien son fils, mais sa mort est étrange : il en existe pas moins de six versions différentes. La théorie la plus vraisemblable est qu’il a été tué par Syrax, le dragon de Rhaenyra, mais bizarrement il y a controverse sur la question. Est-il vraiment mort lors de l’assaut sur Fossedragon ? Ou bien quelqu’un a-t-il profité de la confusion pour le tuer ?

    Le surnom de Johanna, le « Cygne Noir » (« Black Swan » en VO) suggère en effet que Johanna s’est alliée aux Noirs pour se venger de sa maison d’origine, car il repose sur pas moins de quatre jeux de mots :

    • En statistique, un « cygne noir » est un risque qui, sous prétexte qu’il a peu de chances d’arriver, est complètement négligé par les experts et stratèges. Ce qui fait que ce risque a des conséquences extrêmement graves lorsqu’il se produit puisque personne n’a pris la peine de concevoir une contre-stratégie ou des mesures préventives.
    • Dans le Lac des Cygnes de Tchaïkovski, le personnage du Cygne Noir (Odile) est une séductrice qui ment au protagoniste pour le conduire à sa perte.
    • « Black Swan » peut aussi se prononcer « Blacks’ Swann », c’est-à-dire « une Swann acquise à la cause des Noirs ».
    • « Black Swan » est une déformation de « Black sheep », le mouton noir, c’est-à-dire la mauvaise graine d’une famille, un renégat, un traître. Un autre personnage, Brynden Tully, a d’ailleurs un surnom (Le « silure », ou « poisson noir ») basé sur un jeu de mot similaire (« Blackfish » en VO).

    Sharako Lohar : l’homme qui en savait trop

    Quoiqu’il en soit, il serait facile pour les Velaryon de convaincre Johanna qu’ils lui ont « rendu service » en la débarrassant de ses ennemis. En tant que femme utilisée et déshumanisée par les hommes, Johanna aurait de toute manière eu toutes les raisons de sympathiser avec la cause de Rhaenyra Targaryen, et de « renvoyer l’ascenseur » à ses partisans en tuant Sharako et en déclenchant cette guerre navale. Il ne faut pas oublier que Sharako est un témoin gênant : en l’An 131, il est l’une des rares personnes à savoir que le prince Viserys est encore en vie. Si les Velaryon veulent cacher sa survie pour le moment, éliminer l’amiral Sharako Lohar est pour eux une priorité.

    Mais ce conflit maritime dans les Degrés a pour ricochet des conséquences inattendues pour les Velaryon… en effet la personne à qui Viserys avait été refilé, le dignitaire lysien Bambarro Bazanne, meurt à son tour. La compagnie de mercenaires qu’il employait se retourne contre lui et le tue, à la suite d’un défaut de paiement. À sa mort, on découvre que Bambarro est extrêmement endetté et toutes ses possessions sont transférées à la famille Rogare. Or, parmi ces possessions, il y a… le prince Viserys Targaryen, que Bambarro avait acheté dans le plus grand secret à Sharako Lohar et qu’il détenait dans son palais. C’est donc en l’An 132 que les Rogare mettent la main sur l’héritier secret d’Aegon III.

    On voit donc que très peu de temps après le meurtre de Sharako, un autre témoin gênant concernant l’exil de Viserys meurt dans des circonstances violentes. C’est assez suspect. À première vue ces troubles font indirectement le jeu des Velaryon car l’exil de Viserys est ainsi prolongé. Est-ce que les Noirs sont également derrière la mort de Bambarro ? Pas sûr ; ils auraient tout aussi bien pu acheter son silence. Mais il semble plus réaliste de croire qu’ils se sont fait plutôt damer le pion par une autre faction : la banque Rogare.

    Bambarro : l’arnaque à l’héritage

    En effet il y a des incongruités dans le comportement de Bambarro. Tout le monde dans les Cités Libres sait très bien que la loyauté des compagnies d’épées-louées dépend uniquement de l’argent : pour embaucher des mercenaires, il faut être sûr de pouvoir payer, et même renchérir si un ennemi tente de les corrompre. Bambarro s’imaginait-il sérieusement que ces reîtres continueraient à travailler pour lui gratis ? Et pourquoi les biens de Bambarro sont-ils transférés aux Rogare après son décès ? La réponse semble évidente : s’ils récupèrent son capital, c’est probablement parce qu’ils sont ses créanciers. Après tout, la banque Rogare existe pour prêter de l’argent. Et à la mort de Bambarro, cette banque a pu faire valoir ses droits de créance en hypothéquant les biens pour rembourser lesdites dettes.

    On peut donc facilement imaginer un scénario retors : Bambarro doit embaucher des mercenaires à Lys pour participer à la guerre dans les Degrés, et doit pour cela demander un prêt. Mais, déjà criblé de dettes, il se fait débouter par tous ses créanciers. Et afin d’amadouer la banque Rogare, Bambarro finit par lui avouer un secret : il dispose d’un otage précieux, le prince Viserys Targaryen, dont la coûteuse rançon pourrait lui permettre de rembourser les prêts une fois l’échange effectué. Les Rogare concèdent donc le prêt mais trahissent Bambarro pour s’accaparer l’otage : le jour du paiement promis aux épées-louées, ils ne livrent pas l’or et les mercenaires, furieux, tuent Bambarro. Un crime parfait qui dédouane la banque Rogare de toute responsabilité et lui permet de récupérer Viserys en l’An 132.

    Et les Velaryon sont parfaitement en mesure de deviner où Viserys est retenu : d’abord Addam a vu Sharako enlever Viserys lors de la Bataille du Goulet. Puis Johanna a séduit Sharako pour lui soutirer des informations, et découvert que Viserys avait été vendu en secret à Bambarro Bazanne, et que ce dernier le retenait dans son palais. Et il est désormais de notoriété publique que le palais de Bambarro est désormais aux mains des Rogare. Donc Alyn, en l’An 132, a toutes les raisons de penser que les Rogare retiennent Viserys quelque part.

    #139136
    DroZo
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    Ton analyse est passionnante, merci !

    Ça donne envie de relire les chapitres sur la régence d’Aegon III tout ça.

    « La drosophile est un petit animal avec un cycle de vie court et de nombreux mutants sont disponibles. Son génome compact a été un des premiers génomes à être séquencé entièrement. »

    I’m a X-Flies 😎

    #139318
    Nefer
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    Mystère n° 4 : le « suicide » de Jaehaera Targaryen

    Unwin Peake, un coupable désigné

    En l’An 133 (deux ans après son mariage), la jeune Jaehaera Targaryen est retrouvée morte, empalée sur les pieux des douves de la Citadelle de Maegor. Immédiatement la méfiance conduit chacun à soupçonner l’obséquieux Unwin Peake, Main du Roi et régent, qui souhaitait marier sa fille Myrielle à Aegon. Un motif clair et net existe ici : l’ambition.

    Cependant, quand on creuse un peu, on s’aperçoit que les choses sont un peu plus compliquées. L’argument de l’archimestre Gyldayn est qu’Unwin s’inquiétait de la mésentente entre Jaehaera et Aegon, qui conduirait fatalement à un mariage sans enfant, auquel cas la Couronne reviendrait à l’héritière présomptive, Baela Targaryen. Effectivement Unwin a des raisons de ne pas vouloir de Baela sur le trône car en 132 Baela a épousé Alyn Velaryon, le grand rival politique d’Unwin. En ce cas la motivation d’Unwin n’était pas tant « m’élever » que plutôt « empêcher Alyn de s’élever ». Et c’est là que le bât blesse : si Unwin veut mettre des bâtons dans les roues à Alyn… pourquoi ne pas tout simplement réconcilier Jaehaera et Aegon pour qu’ils conçoivent des héritiers et empêchent ainsi Alyn de poser ses fesses sur le Trône de Fer ? Aegon était dépressif, têtu, associable… et détestait qu’on le touchât : il y avait un gros risque, après la mort de Jaehaera, qu’il ne se remarie pas et désigne définitivement Baela comme son héritière. Ç’aurait été une catastrophe pour Unwin ! Ce dernier ne profitait pas forcément de la mort de Jaehaera, loin de là.

    Il est donc possible que par l’opportunisme dont il a fait preuve suite à la mort de Jaehaera, Unwin Peake ait involontairement fait l’objet de suspicions qui auraient dû être portées contre quelqu’un d’autre.

    Jaehaera, emblème des Verts

    On est donc en droit de s’interroger sur les motivations réelles du meurtre de Jaehaera. Car effectivement il y a un autre mobile possible, et beaucoup plus évident : la revanche et la suprématie des Noirs. À l’origine, l’union de Jaehaera (héritière des Verts) et d’Aegon III (héritier des Noirs) était censée sceller la réconciliation des deux camps au sein du Royaume, avec un futur roi issu des deux camps, aussi légitime par les lignées masculines que féminines. Mais ce plan symbolique tombe à l’eau avec la mort prématurée de Jaehaera… Qui plus est, Aegon finit par la remplacer par Daenaera Velaryon. Or les Velaryon était les plus fidèles vassaux de Rhaenyra ! Pour le coup c’est vraiment une victoire totale et sans aucune ambiguïté pour le camp des Noirs… Donc du point de vue de l’historien il serait tout à fait juste de soupçonner autant les Velaryon qu’Unwin Peake, puisqu’ils bénéficient de la mort de Jaehaera de la même façon que tente d’en bénéficier Unwin.

    D’ailleurs même Aegon a conscience de la portée symbolique de ce mariage : Torrhen Manderly veut organiser une procession dans tout le royaume où Daenera porterait le vert et Aegon le noir, et d’alterner un jour sur deux. Aegon rejette ce projet, et on le comprend : Daenera n’est pas issue du clan des Verts, donc la symbolique est mensongère et vide de sens. Il semble clair que Torrhen cherche pathétiquement à reproduire un protocole qui était à l’origine prévu pour Jaehaera. Aegon étant un roi plutôt franc du collier et abrupt, il a sûrement préféré assumer la victoire et signifier aux Verts qu’ils avaient définitivement perdu la Danse des Dragons.

    Les jumelles s’en mêlent

    Bref, Jaehaera a probablement été assassinée sur l’ordre d’un membre du clan des Noirs, pour « finir le travail » de destruction de la lignée des Verts. Et c’est là que notre regard se porte sur les seuls deux autres Targaryen de la branche noire encore vivants… ou plutôt vivantes, puisqu’il s’agit de Baela et Rhaena, les demi-sœurs d’Aegon et (feu ?) Viserys. Par ailleurs Baela et Rhaena sont les héritières présomptives d’Aegon III puisqu’il n’a pas encore d’enfants et puisque Viserys est toujours présumé mort. Je ne suis donc pas sûr que Baela et Rhaena aient particulièrement apprécié que leurs droits sur le Trône aient été minorés en la faveur de Jaehaera, issue de la branche verte. On a donc déjà un mobile suffisant pour Baela et Rhaena : la protection de leur héritage ancestral. Chacune peut espérer asseoir un de ses enfants sur le Trône de Fer avec la mort de Jaehaera.

    On remarque également que Baela est décrite comme colérique, téméraire, plutôt garçon manqué, prompte à la violence. On la compare même à son père, le terrible Daemon… qui a notamment été tué par Aemon Targaryen du clan des verts, l’oncle de Jaehaera. Ce serait parfaitement plausible que Baela ait voulu venger son père Aemond en assassinant la dernière représentante du camp des Verts.

    Une meurtre ritualisé ?

    Les similitudes troublantes entre le suicide de Helaena et la mort de sa fille Jaehaera renforcent cette comparaison. En effet ce suicide a en grande partie été causé par l’affreux assassinat du prince Jaehaerys, frère de Jaehaera. Et c’est Daemon qui a organisé cet assassinat, en représailles du meurtre du prince Lucerys Velaryon par Aemond. Résumons : Daemon croit à la bonne vieille Loi du Talion, « œil pour œil, dent pour dent, un fils pour un fils ». Sauf que si on fait le décompte des morts à la fin de la Danse des Dragons, les Verts ont tué davantage de Noirs que les Noirs n’ont tué de Verts. Pour respecter le serment de vengeance fait par Daemon, il est essentiel que Jaehaera meure. Le fait que la mère et la fille meurent toutes deux empalées suite à une défenestration depuis la Citadelle de Maegor suggère une référence macabre et goguenarde au premier meurtre lors du second. Par ailleurs Lucerys était officiellement un Velaryon donc il y a des chances pour qu’Alyn Velaryon (mari de Baela, rappelons-le) soit également intéressé par ce projet de vengeance.

    On remarquera aussi que l’atroce meurtre du prince Jaeherys, qui a conduit Helaena au suicide, est l’œuvre des mercenaires Sang le Boucher et Fromage le Chasseur de Rats. Notons que Jaehaera était présente avec Helaena et Maelor lors de la mort de Lucerys, et que Fromage avait menacé de laisser Sang violer Jaehaera si Helaena ne leur donnait pas un fils à tuer. Mais seul Sang a été capturé par les Verts… donc Fromage se cache encore quelque part à Westeros. Puisqu’il a exécuté son contrat comme convenu, il est tout à fait plausible qu’il soit retourné voir Daemon pour collecter sa prime et ait coulé des jours tranquilles dans une retraite dorée. Auquel cas il y a des chances pour que Baela sache parfaitement où trouver le sbire de son père pour commanditer un autre assassinat à Port-Réal. C’est d’autant plus important que très peu de personnes connaissent les passages secrets qui permettent de s’introduire discrètement dans le Donjon Rouge. D’autant que le passage secret de la Citadelle de Maegor n’est même pas connu de la Main et n’est normalement révélé qu’à la famille royale. Fromage est donc l’une des très rares personnes capables d’organiser un assassinat à cet endroit et de s’échapper ni vu ni connu.

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    Nefer
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    Mystère n° 5 : Coup de foudre à la foire aux bestiaux

    NB : Cette analyse n’était pas prévue dans mon sommaire d’origine, mais s’est avérée nécessaire pour expliquer les motivations de différents protagonistes. Nous aborderons donc les raisons derrière l’interminable exil de Viserys plus tard.

    Après la Danse des Dragons, le bal

    Suite à la mort de Jaehaera, Aegon III est sommé de se trouver une nouvelle épouse. Afin de ne désavantager aucune maison noble, un grand bal est organisé afin qu’Aegon III examine différentes prétendantes. Cependant la Main du Roi, Unwin Peake, use de ses privilèges pour truquer l’élection : il permet à sa fille Myrielle de se rendre à plusieurs soupers avant le bal pour que le roi se « familiarise » avec elle. Ce procédé semble porter ses fruits et une amitié se développe entre Myrielle et Aegon III qui l’apprécie bien davantage que feu son épouse Jaehaera. Quant au bal en lui-même, il est organisé de manière à ce qu’aucune jeune fille n’ait réellement l’opportunité de séduire le jeune roi : du fait du nombre élevé de candidates, Aegon peut à peine échanger trois mots avec chaque soupirante. Par ailleurs l’évènement est de l’aveu de tout le monde assommant et suffoquant, au point d’être surnommé « Foire au bétail ». Dans ces conditions, un introverti comme Aegon III serait fortement tenté de choisir Myrielle, soupirante déjà jugée tout à fait charmante à ses yeux… ne serait-ce que pour ne plus avoir à subir un second bal aussi ennuyeux et stupide que le premier. Cependant une invitée débarque à la fin du bal : la jolie Daenaera Velaryon. Aegon III s’empresse de la désigner comme sa future épouse, au point d’expédier de manière fort impolie la présentation des candidates restantes.

    On remarque ici que le jeune Aegon III se comporte d’une manière assez étonnante : il semble tomber sous le charme de Daenaera instantanément et la choisir immédiatement. Pourtant il n’a rien d’une Sansa Stark ou d’un Jaime Lannister capable de prendre des décisions impulsives parce qu’ils croient filer le grand amour… Au contraire Aegon III sort tout juste d’un mariage arrangé qui s’est très mal passé, il n’est donc pas du genre à idéaliser ce genre de fiançailles arrangées. C’est un gamin bourru et solitaire qui n’est pas du tout intéressé par le romantisme. Bien avant la Foire aux Bestiaux, Unwin Peake lui vantait déjà les qualités de sa fille Myrielle et Aegon III répondait qu’il y avait bien peu de chances qu’il tombât amoureux d’elle.

    Donc l’hypothèse d’un coup de foudre à la Foire aux Bestiaux pour la beauté de Daenaera ne colle pas du tout avec la personnalité bien connue d’Aegon III. Ce qui laisse à penser qu’il fait ce choix pour d’autres raisons.

    Des fiançailles bien opportunes

    La réponse la plus évidente est qu’il s’agit d’une mascarade : ce n’est pas un coup-de-foudre, Aegon III avait arrêté son choix sur Daenaera bien avant le bal. Et comme c’est la première fois qu’il la voit, sa décision semble plutôt déterminée par une volonté de former une alliance avec la puissance de la maison Velaryon. Les deux parties y trouveraient certainement un intérêt : déjà, ce sont d’anciens Noirs qui ont intérêt à se serrer les coudes. Par ailleurs l’héritière d’Aegon III (Baela) est déjà mariée à Alyn Velaryon mais ce titre pose quelques problèmes puisqu’il s’agit d’une femme et puisqu’elle a une jumelle (Rhaena) que le Conseil de régence a proposé de désigner héritière à sa place… En épousant Daenaera, Aegon III résout ce problème de succession épineux : Lamarck conserve son importance à la Cour car le futur héritier d’Aegon III aura du sang Velaryon dans les veines.

    Alyn et Baela sont réalistes et savent que tenter de placer leur enfant sur le Trône de Fer pourrait déclencher une guerre civile qu’ils ont toutes les chances de perdre… Une option moins dangereuse et tout aussi lucrative est de marier Aegon III à une Velaryon par la voie légale. Cependant ces considérations posent un problème de taille : quand les nécessaires négociations pour ce mariage ont-elles eu lieu entre les Velaryon et Aegon III ?

    Problèmes logistiques

    Du côté d’Aegon III, on a ici affaire à un adolescent renfermé qui passe le plus clair de son temps reclus dans ses appartements et ne voit pratiquement personne. Il était donc très facile pour Unwin Peake et ses partisans de surveiller le courrier d’Aegon III ou d’apprendre qui venait le voir. Or Unwin est clairement surpris qu’Aegon III ait porté son dévolu sur Daenaera au lieu de Myrielle.

    Du côté des Velaryon, les choses sont tout aussi compliquées. Baela était enceinte à Lamarck lors de la mort de Jaehaera et ne semble être retournée à Port-Réal que le jour du bal. On ne sait pas trop où était Rhaena précisément, mais sachant qu’elle fit une fausse couche durant la seconde moitié de l’An 133, il aurait été difficile pour elle de se déplacer. Son époux Corwyn Corbray ne faisait pas partie du Conseil de régence, donc tout indique que le couple résidait à Lamarck ou à Cordial. De toute manière, tous ces individus célèbres auraient sûrement été repérés par Unwin s’ils avaient mené des tractions secrètes avec Aegon III.

    Quant à Alyn Velaryon, il est lui-même fort occupé par un voyage diplomatique à Villevieille. Il y apprend la mort de Jaehaera et les fiançailles (plus tard déclarées illégales par les régents qui réclament un bal pour un choix équitable) d’Aegon III et Myrielle Peake. On le soupçonne d’être derrière les contre-offres de mariage envoyées à Aegon III par les Tarly et les Hightower… et il envoie notamment une lettre à son épouse Baela Targaryen, enceinte à Lamarck. Le contenu de cette lettre n’est jamais révélé au lecteur. À la vue des événements qui suivent, il semble extrêmement probable qu’Alyn a surtout écrit cette lettre pour supplier Baela d’intriguer et marier Daenaera à Aegon III, car il ne pouvait pas s’occuper de cette affaire pour le moment. Cependant nous aurons l’occasion de revenir sur cette missive, car il est possible qu’elle ait mentionné aussi un autre sujet beaucoup plus mystérieux.

    Bref, il aurait été compliqué pour les Velaryon et Aegon III de communiquer pour préparer l’arrivée de Daenaera au bal et ses fiançailles avec Aegon III. La seule solution pour eux aurait été d’employer un intermédiaire qui aurait transmis des missives entre Cordial/Lamarck et les appartements d’Aegon III dans le Donjon Rouge. Un intermédiaire en qui chacune des parties a confiance.

    Les feux (et le sang) de l’amour

    Par ailleurs il n’est pas étonnant que ces négociations de fiançailles soient restées secrètes : peu avant le bal, des dizaines de candidates potentielles issues d’autres familles sont déshonorées, calomniées, défigurées ou même assassinées. Unwin Peake est le principal suspect car il possède un mobile (éliminer la concurrence) et le pouvoir politique nécessaire pour organiser ces « accidents » sur une grande échelle. Rappelons néanmoins que toutes les maisons nobles de Westeros sont en concurrence pour la main d’Aegon III et il serait injuste d’imputer tous ces crimes à Peake.

    Cependant on considère que les Velaryon constituent à l’époque les principaux rivaux politiques d’Unwin Peake. Alyn Velaryon ne cessait de gagner en influence depuis qu’il était présent au Conseil Restreint en tant que Maîtres des Navires, et marié à une héritière présomptive du Trône (Baela). Pour toutes ces raisons, Unwin Peake l’avait forcé à commander une expédition à l’Ouest contre les Greyjoy pour l’éloigner de la Cour, et dans l’espoir qu’il se fasse tuer. Sachant qu’Unwin menait une campagne de sape contre de nombreuses soupirantes d’Aegon III, pourquoi n’a-t-il pas tenté d’éliminer Daenaera qui aurait en toute logique été la candidate avancée par les Velaryon ? La nouvelle du bal s’étant propagée dans tout le pays, il n’aurait pas été compliqué pour Unwin de déterminer que Daenaera serait présente au bal. Or Daenaera n’a visiblement subi aucune tentative de déstabilisation.

    Tout laisse à penser, en effet, que par prudence les Velaryon n’ont jamais officiellement confirmé la présence de Daenaera au bal. Le Jour de la Jouvencelle, Baela et Rhaena débarquent en trombe sur des destriers vers la fin de la cérémonie et Daenaera fait ainsi une entrée fracassante. Tout laisse à penser que Daenaera et ses chaperonnes n’étaient pas sur la liste des invités… en effet lors de cette entrée, le Lord Commandant Marston Waters (qui doit sa nomination à Unwin Peake) tente de bloquer le passage de Baela qui lui lacère le visage avec sa cravache. Cet incident est révélateur car Baela est issue de la famille royale : en toute logique Marston ne devrait pas porter la main sur Baela, c’est clairement la réaction impulsive de quelqu’un de surpris. Donc les circonstances laissent à penser que ni Marston Waters ni la Main Unwin Peake n’étaient au courant de l’arrivée de Daenaera.

    Pour avoir organisé un coup pareil, l’intermédiaire utilisé par les Velaryon doit être sacrément discret. Ce doit être quelqu’un dans l’entourage d’Aegon III, mais que pour une raison ou une autre Unwin n’a jamais soupçonné de duplicité. Quelqu’un d’insoupçonnable. Mais qui ?

    Petit page ou éminence grise

    Aegon III n’a en effet qu’un seul ami dont il est très proche : Gaemon Cheveux-Pâles. Devenu pupille de la couronne à la fin de la Danse des Dragons, Gaemon exerce donc une influence immense sur le jeune roi et pourrait à terme devenir un conseiller très influent. D’autant plus qu’Aegon III est solitaire et a une vie sociale extrêmement réduite. Gaemon n’a que sept ans en l’An 133, date à laquelle se déroule la Foire aux Bestiaux, mais Aegon III n’en a que treize. Il le considère comme un petit frère d’adoption censé remplacer le prince Viserys. Gaemon est donc suffisamment grand pour relayer des messages, et suffisamment éveillé pour influencer Viserys si quelqu’un lui « souffle » les bonnes choses à dire. Aegon III aurait été sûrement sensible aux arguments (ou chantages affectifs ?) d’un Gaemon manipulé en sous-main par la famille Velaryon. Contrairement à Aegon III, Gaemon était quelqu’un de plutôt sociable et de moindre rang : il avait sûrement l’habitude de se balader partout dans le Donjon Rouge… et Unwin Peake n’aurait jamais soupçonné un garçonnet de servir d’émissaire pour une négociation politique aussi importante. Il a complètement sous-estimé Gaemon.

    On voit que très tôt Gaemon est devenu le page d’Aegon III. Ce n’est pas une nomination anodine : les pages sont censés devenir écuyers puis chevaliers, ce qui suggère qu’Aegon III comptait anoblir Gaemon à terme, voire même le fieffer. Lorsque les régents demandent à Aegon III de statuer sur l’héritier de son choix, Aegon III propose de désigner Gaemon car il a officié en tant que pseudo-roi auparavant. Une proposition assez fantaisiste : aucune chance que Westeros accepte un roi bâtard né d’une prostituée, et dont l’ascendance targaryenne est douteuse. Cependant Aegon III semblait déterminé, dès son plus jeune âge, à impliquer Gaemon dans sa politique. Après tout Rhaenyra a elle-même commencé son éducation politique en tant que page auprès de son père : les conversations qu’elle entendait étaient censées la former à la gouvernance du royaume. Aussi lorsqu’Aegon III est témoin de discussions politiques durant la régence, il y a de fortes chances pour que Gaemon y assiste également.

    Mais pourquoi Gaemon œuvrerait-il pour les Velaryon ? Eh bien, disons qu’il s’agit d’une alliance d’intérêt. Gaemon a des raisons de s’opposer aux Verts. Les Barathéon sont responsables de la mort d’Essie, mère de Gaemon, et de Sylvenna Sand, son amante de cœur. Donc remplacer Myrielle Peake (candidate d’un Vert) par Daeanera Velaryon (candidate d’un Noir) fait sens de son point de vue. Lors de son court règne, Gaemon a également publié des édits réformant les lois d’héritage de façon à mettre à égalité filles et garçons, ce qui en fait potentiellement un sympathisant de la cause de Rhaenyra (mais aussi des Dorniens ?). Mais surtout, Gaemon a une dent contre Unwin Peake. En effet c’est Unwin qui autorise le maître d’armes Gareth Long à nommer Gaemon « souffre-le-fouet » d’Aegon III lorsque ce dernier rechigne à s’entraîner au métier des armes. On sait que cette nomination a scandalisé Aegon III qui s’est senti obligé de se plier à ces leçons pour protéger le petit Gaemon des coups de fouet. Mais on peut imaginer que Gaemon lui aussi a nourri un certain ressentiment contre Unwin. Personne n’aime se faire menacer d’une telle maltraitance.

    La possibilité d’une collusion entre Gaemon et les Velaryon est suggérée par la conclusion du bal : c’est à Gaemon qu’Aegon III accorde l’honneur d’annoncer l’identité de sa future épouse… et bizarrement, Gaemon le fait avec un grand sourire. Pourquoi Gaemon se réjouit-il de la bonne fortune de la famille Velaryon ? Tout porte à croire qu’il est impliqué dans ce plan.

    La revanche du bouffon

    Et il y a une autre personne qu’on peut soupçonner d’être derrière ces tractations : Champignon. En effet il semble avoir été dans l’entourage du roi fréquemment après le « suicide » de Jaehaera… On peut supposer qu’Aegon III souhaitait se remonter le moral avec quelques bouffonneries, mais c’est peu probable puisqu’on sait qu’Aegon III ne pouvait pas voir Jaehaera en peinture. Par ailleurs il est explicitement dit que le jeune roi n’a jamais trouvé Champignon particulièrement drôle, et qu’il acceptait sa présence uniquement pour faire plaisir à… Gaemon Cheveux-Pâles, tiens donc. Derrière ces innocents dîners-spectacles, Gaemon et Champignon œuvraient donc pour pousser Aegon III à choisir Daenaera, et tout ça au nez et à la barbe d’Unwin Peake. Champignon dispose d’une grande liberté au Donjon Rouge et est à tort considéré simple d’esprit par les nobles. Un intermédiaire parfait pour les Velaryon. Sachant que Champignon a également servi de conseiller politique à Rhaenyra, il serait tout à fait logique qu’il tente d’exercer la même sorte d’influence sur son fils Aegon III.

    Car Champignon a lui aussi une raison d’en vouloir à Unwin Peake : lors de la préparation du bal, il a été menacé de mort par Tessario, capitaine des gardes d’Unwin. Ce dernier l’a payé pour colporter des rumeurs déplaisantes sur les soupirantes à l’oreille d’Aegon III… et Champignon a accepté. Cependant personne n’aime se faire menacer de la sorte (Gaemon a subi un chantage similaire lorsqu’il a été nommé « souffre-le-fouet »). Par ailleurs si Daenaera n’était pas sur la liste des invitées au bal, Champignon aurait tout à fait pu respecter les instructions d’Unwin tout en travaillant pour les Velaryon. En effet Champignon n’a pas été payé pour glorifier Myrielle, mais pour traîner ses concurrentes dans la boue. Or Daenaera n’est pas sur la liste officielle des concurrentes.

    On voit que par la suite Daenaera, Gaemon et Champignon s’entendent très bien à la Cour et sont souvent vus ensemble. Tout au long de sa carrière, Unwin Peake n’a eu de cesse de « faire le vide » autour d’Aegon III et de remplacer tous l’entourage royal par des gens à sa botte. Ce processus est déjà largement entamé en l’An 133 avec pas mal d’intrigues : Unwin n’a de cesse de contester les nominations du jeune Aegon III et de nommer ses propres hommes en contradiction totale avec les décisions royales (par exemple dans le cas de la Garde Royale). Dans ces conditions Gaemon et Champignon ont forcément craint d’être un jour chassés de la Cour par Unwin, avec un avenir très incertain à la clé. Ils auraient eu tout intérêt à effectuer des démarches auprès des Velaryon, principaux rivaux d’Unwin, pour préserver leur position auprès du jeune roi. Daenaera a su se montrer reconnaissante envers les deux personnes qui ont fait d’elle la reine des Sept Couronnes.

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 2 semaines et 2 jours par Nefer.
    • Cette réponse a été modifiée le il y a 2 semaines et 2 jours par Lapin rouge. Raison: Confussions Aegon III - Jaehaera - Myrielle
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    Mystère n° 6 : L’interminable exil de Viserys

    Rappelons les faits : Viserys est vu pour la dernière fois en vie par Aegon III peu avant la Bataille du Goulet, à la fin de l’année 129. Jusqu’à la fin de l’année 131, différents évènements violents et imprévisibles justifient que la possible survie du prince héritier ait été passée sous silence, que ce soit du côté des Velaryon ou des ravisseurs. Cependant en l’An 131, la situation se stabilise : d’une part la Danse des Dragons prend fin avec un Conseil de régence et des compromis politiques entre les Noirs et les Verts jadis ennemis… et d’autre part la famille Rogare est désormais en mesure d’engager des négociations pour le retour de l’otage à Westeros. Or Alyn Velaryon apprend « officiellement » que Viserys est bel et bien en vie en l’An 133. Il y a donc toute une année, voire davantage, où les Rogare ne cherchent étrangement pas à tirer avantage de leur prise de guerre. Pourquoi l’exil de Viserys a-t-il duré aussi longtemps, et dans un aussi grand secret ? Pourquoi ce silence durant une période qui couvre au moins toute l’année 132 ?

    Pupille ou otage ?

    Du côté Rogare, on peut facilement imaginer les raisons politiques derrière ces cachotteries. En bons banquiers, les Rogare cherchent à exploiter leur investissement sur le long terme. Sharako Lohar et Bambarro Bazanne comptaient sûrement soutirer de l’argent au Trône de Fer, mais la banque lysienne souhaite obtenir quelque chose de beaucoup plus lucratif : une marionnette en la personne du prince Viserys. Leur objectif est d’avoir à Westeros un membre de la famille royale entièrement dévoué aux intérêts de la banque Rogare. Accessoirement, la position avantageuse du prince dans la ligne de succession peut évenutellement installer un roi pro-lysien à Westeros. Et effectivement c’est ce qui se passe lors du retour du prince à la Cour en l’An 134 : les membres de la famille Rogare prennent leurs aises à Port-Réal et ouvrent tout un tas d’entreprises, avec une influence toujours grandissante.

    Et modeler une marionnette, cela prend du temps. Le long silence des Rogare peut donc largement s’expliquer par la nécessité de « laver le cerveau » du petit Viserys tout au long de l’année 132. C’est un enfant influençable, transformé à leur image. En un sens ce que tentent les Rogare n’est pas si différent de ce que font les familles nobles aux « pupilles » dont elles ont la charge. L’intérêt de cette pratique est de forcer un lien affectif entre l’enfant élevé et sa famille d’adoption, afin de manipuler le rôle politique de sa maison d’origine.

    Sauf que généralement cette pratique est assumée comme telle des deux côtés : les deux maisons savent ce qui se joue réellement et le/la pupille est conscient d’être influencé(e) pour des raisons politiques. Il y a donc des limites à l’efficacité de cette pratique, d’autant plus si l’adoption est forcée en temps de guerre : on voit comment elle a traumatisé quelqu’un comme Theon Greyjoy, arraché à sa famille originelle par les Stark lors d’un armistice humiliant. Sachant que personne à Port-Réal n’était au courant de la survie de Viserys, comment les Rogare ont-ils expliqué au jeune Viserys les circonstances de sa captivité ? Il n’a que neuf ans lorsqu’il est récupéré par la banque lysienne, donc le potentiel de mensonge et de manipulation dans cette affaire est immense.

    Les raisons officielles pour lesquelles les Rogare ont attendu aussi longtemps pour lancer les négociations de libération ne nous sont jamais révélées… Alors qu’en est-il des raisons officieuses ? A-t-on menti au petit Viserys ? Il aurait été aisé pour les Rogare d’expliquer qu’ils devaient le cacher « pour sa propre sécurité » en attendant que la situation se tasse à Westeros, que les assassins des Verts le cherchaient pour l’assassiner… sauf que dès l’An 131 plus personne ne cherchait sérieusement à éliminer la lignée de Rhaenyra. En grandissant, Viserys a dû se rendre compte à quel point on l’avait mené en bateau, et comment ses « bienfaiteurs » l’avaient empêché de retrouver son frère Aegon III pendant tout ce temps. De quoi assombrir un gamin déjà bien atteint.

    L’étrange rendez-vous

    Quoi qu’il en soit, c’est en l’An 133 que les Rogare se décident enfin à lancer les négociations. Alyn Velaryon, lors de son voyage diplomatique à Lancehélion, est apparemment contacté par Drazenko Rogare (époux de la princesse régnante Aliandra Martell). Celui-ci lui apprend la survie et présence du prince Viserys à Lys. Quatre questions à poser sur cet événement :

    • Pourquoi les Rogare ont-ils contacté Alyn Velaryon, maître des navires, et non pas le Conseil de Régence, la Main du Roi, ou même le roi Aegon III lui-même ? Pour une discussion de cette importance, qui influe nécessairement sur la ligne de succession royale, c’est aux plus hautes instances qu’il faut s’adresser.
    • Pourquoi ce premier contact a-t-il eu lieu à Dorne, qui n’est à l’époque par encore rattachée aux Sept Couronnes ? Pourquoi pas Port-Réal, siège du pouvoir central ? C’est d’autant plus absurde que la cité de Lys est plus proche géographiquement de Port-Réal que de Lancehélion.
    • Alyn Velaryon va deux fois à Lancehélion lors de l’année 133 car il fait un aller-retour entre Port-Réal et les Terres de l’Ouest. Or c’est lors de son second passage à la Cour d’Alandria Martell que Drazenko aborde le sujet du prince Viserys. Pourquoi n’avoir rien dit lors du premier séjour d’Alyn ?
    • Généralement, on négocie la libération d’un otage au moment où il a le plus de valeur. Pourquoi les Rogare lancent-ils les négociations pour libérer Viserys après le mariage d’Aegon III et Daenaera Velaryon, union qui éloigne Viserys au sein de la ligne de succession ?

    Il y a donc beaucoup d’incohérences dans ce récit, qui paraît davantage être la « version officielle » des véritables évènements. N’oublions pas qu’Alyn court un gros risque : si ses rivaux politiques peuvent prouver qu’il savait pour la survie de Viserys et n’en a rien dit, le sieur Velaryon peut être accusé de trahison d’État et décapité… et ce même s’il s’est finalement décidé à révéler cette information à un moment opportun. Retarder la révélation de renseignements à l’État-Major est un jeu où l’on risque gros… Et tout finit par se savoir. Il y a donc nécessité pour Alyn de bien calculer le moment précis où il « apprend » la survie de Viserys, de façon à pouvoir se dédouaner de toute cachotterie auprès du gouvernement.

    Il semble donc beaucoup plus réaliste d’affirmer que ce n’est pas Drazenko qui contacte Alyn au sujet de Viserys lors du second passage à Dorne. Au contraire, c’est bel et bien Alyn qui affronte Drazenko et lui révèle qu’il sait que la famille Rogare cache Viserys. À partir de ce moment, Alyn pose son ultimatum : les négociations pour le retour du prince doivent commencer immédiatement, et elles doivent être menées entre les Rogare et Alyn lui-même. Si Drazenko refuse ces termes, Alyn déballera tout au Trône de Fer dès son retour à Port-Réal. Acculé, surpris que les Velaryon en sachent autant sur les agissements de sa famille, Drazenko n’a d’autre choix que d’accepter ces termes. Mieux vaut passer par Alyn pour négocier dans le calme ; l’alternative est qu’Aegon III apprenne cela dans la surprise et la colère, avec son maître des navires qui en rajoute des couches sur la duplicité et la malfaisance des Rogare. Auquel cas Aegon III lancerait directement ses armées contre Lys pour récupérer son frère par la force.

    Le moment opportun

    Reste à élucider les raisons qui poussent Alyn à forcer la main des Rogare à ce moment précis : ni plus tôt, ni plus tard. On l’a expliqué, les Velaryon ont eu les moyens de deviner que la banque Rogare possédait Viserys dès l’An 131. À partir de là, il aurait été largement possible de dévoiler le pot-aux-roses et lancer des négociations pour la libération de l’otage. Alors pourquoi ce silence de la part d’Alyn ?

    Premièrement, il est tout bêtement possible que durant l’année 132 les Velaryon s’attendaient à ce que les Rogare contactent d’eux-mêmes le Trône de Fer. Cependant le silence prolongé de Lys sur la question a dû commencer à inquiéter la maison de Lamarck. En y réfléchissant un minimum, Alyn pouvait sans trop de difficultés comprendre que les Rogare n’étaient pas seulement intéressés par une rançon mais aussi par la perspective de placer un « pion » auprès d’Aegon III pour servir les intérêts de Lys. Même si les Velaryon servent les intérêts de leur maison avant tout, on peut imaginer que l’intégrité du royaume compte également à leurs yeux. L’idée d’un « agent de l’étranger » officiant aussi près du pouvoir royal a pu les effrayer. Pour des raisons de sécurité nationale, Alyn s’est donc décidé à écourter autant que possible l’exil et le lavage de cerveau qui subissait Viserys en forçant la main des Rogare en l’An 133. Cependant le comportement de la maison Velaryon laisse suggérer que d’autres intérêts moins altruistes ont prévalu dans ce choix stratégique.

    En effet la révélation de la survie de Viserys a des conséquences immédiates dans la ligne de succession du Trône de Fer : tout retour du prince impliquerait l’écartement de Baela et Rhaena Targaryen, ses demi-sœurs. Viserys et même ses potentiels enfants légitimes passeraient avant elles. Or on sait que les Velaryon tentent par deux fois de placer leur sang dans la ligne de succession : d’abord en mariant Alyn à Baela, ensuite en mariant Daenaera à Aegon III. C’est à travers ce prisme que le comportement d’Alyn concernant Viserys doit être compris. En effet on voit que lr retour de Viserys aurait des conséquences différentes en fonction du moment de la régence auquel on se place. Deux possibilités :

    • En l’An 131, Jaehaera et Aegon III sont mariés, leur enfant potentiel est l’héritier supposé du Trône de Fer. Cependant ils n’ont pratiquement aucune chance d’enfanter car ils se détestent. Alyn intrigue donc pour taire la survie de Viserys et épouser Baela en l’An 132. Ceci lui permet d’espérer d’avoir un jour son propre fils, un Velaryon, sur le Trône de Fer. L’ordre de succession est donc désormais : 1) Viserys, 2) Baela/Rhaena.
    • En l’An 133, Jaehaera meurt et Unwin annonce immédiatement qu’Aegon III va épouser Myrielle Peake. Alyn reçoit ces nouvelles à Vieilleville et s’étrangle : Myrielle et Aegon III ont des chances d’enfanter, donc son rêve s’écroule. Baela intrigue donc pour remplacer Myrielle par la petite Daenaera Velaryon, ce qui permet de « sauver » les meubles. L’ordre de succession est donc désormais : 1) le futur enfant de Daenaera et Aegon, 2) Viserys et 3) Baela/Rhaena.

    On voit donc que la mort de Jaehaera a par ricochet un effet involontaire : elle modifie nécessairement la place occupée par le prince Viserys dans la ligne de succession. D’héritier prioritaire, il devient héritier secondaire. La décision d’Alyn concernant le retour de l’otage Viserys en l’An 133 semble donc avoir été prise en conséquence de la mort de Jaehaera. Deux indices temporels accréditent cette hypothèse.

    La lettre de Villevieille

    D’abord, on voit qu’Alyn ne démarche la famille Rogare que lors de son second séjour à Dorne, et non pas lors du second. Pourquoi ? Sûrement parce qu’Alyn apprend la mort de Jaehaera et les fiançailles forcées d’Aegon III à Myrielle Peake lors de son séjour à Vieilleville… qui se situe exactement entre ces deux séjours à Lancehélion chronologiquement ! On sait également que sitôt cette nouvelle apprise, Alyn Velaryon écrit une mystérieuse lettre à son épouse Baela, enceinte à Lamarck. Son contenu est laissé secret par les historiens. On peut supposer qu’Alyn donnait à Baela des instructions pour fiancer à tous prix Daenara à Aegon III et ainsi sauver la place des Velaryon au sein de la ligne de succession… Mais honnêtement, Baela avait-elle vraiment besoin des instructions de son époux pour comprendre l’urgence et la nécessité d’une telle entreprise ? Et pourquoi ces lettres sont-elles restées si secrètes alors qu’il est évident que les Velaryon devaient intriguer pour évincer Myrielle à cette époque ?

    Il est possible que par cette missive, Alyn annonce surtout à Baela qu’il a pris une grave décision : la mort de Jaehaera permettant à Aegon III d’enfanter un héritier avec une nouvelle épouse, et le rêve commun que caressaient Alyn et Baela (placer leur propre enfant sur le trône de fer) vient de s’envoler. Dans ces conditions, il n’y a plus aucune raison pour eux de taire plus longtemps la survie du prince Viserys. Mais il leur reste un espoir ténu de sauvegarder les intérêts de la maison Velaryon en mariant Aegon III à Daenaera. Alyn explique donc à Baela qu’il va falloir jouer très serré question organisation : ils doivent lancer les négociations de libération au plus vite… mais pas avant d’avoir fiancé officiellement Daenaera à Aegon III.

    Le miracle du Jour de la Jouvencelle

    Et c’est là que le second indice chronologique entre en scène : la conversation entre Drazenko Rogare et Alyn s’est déroulée… le Jour de la Jouvencelle. Donc le même jour où sont annoncées les fiançailles d’Aegon III et Daenaera Velaryon lors du bal de la Foire aux Bestiaux organisé à Port-Réal. C’est quand même énorme : le même jour, deux évènements extrêmement significatifs pour la ligne de succession se produisent. Quelle coïncidence ! Rétrospectivement, il y a probablement eu un accord en termes d’organisation entre Alyn et Baela : ils savent tous deux qu’ils seront fixés concernant la nouvelle épouse d’Aegon III ce jour-là, donc Alyn repousse au même jour sa confrontation avec Drazenko Rogare.

    Mais du coup, si on part du principe que la proposition de Daenaera en tant que candidate à la main d’Aegon III a été gardée secrète… cela veut dire que, le jour où Alyn l’affronte concernant Viserys, Drazenko commence les négociations sur la base de mauvaises informations. Le Jour de la Jouvencelle, le dignitaire lysien ignore qu’Alyn s’apprête à placer une Velaryon en tant que reine. Pire, il ignore peut-être même qu’Aegon III songe réellement à se remarier et enfanter. Ce qui signifie qu’il se méprend totalement sur la valeur réelle de Viserys en tant qu’otage et en tant qu’héritier. Alyn commence donc ces négociations avec un sacré atout dans sa manche, car la personne de l’autre côté de la table ne connaît pas bien la situation actuelle à la Cour. Une sacrée prouesse stratégique qui permet à Alyn de déstabiliser son interlocuteur et imposer ses propres exigences.

    Tout indique qu’effectivement les Rogare sont pris de court et contrariés : ils comptaient remodeler Viserys à leur image pendant quelques années de plus, quand même. Mais qu’importe, on fera avec. À l’insistance d’Alyn, Drazenko prétend que c’est lui qui a contacté Alyn à Lancehélion et non l’inverse. La banque suppose que la Couronne sera moins agressive à l’égard de Lys et de sa lenteur si Alyn prétend qu’ils ont avancé ces informations concernant Viserys de leur plein gré. Les négociations pour le retour de Viserys (qui se produira finalement en l’An 135) sont donc officiellement entamées sous l’égide d’Alyn. Celui-ci espère s’arroger aux yeux d’Aegon III toute la gloire et l’admiration qui résulteront de ce « sauvetage » du prince Viserys.

    Afin de s’assurer qu’il restera soumis à l’influence de Lys, Viserys est marié en vitesse à Larra Rogare en l’An 134, juste avant le départ pour Westeros. Tout indique que Viserys a effectivement consommé son mariage lorsqu’il était encore en captivité à Lys puisque le fils de Larra et Viserys, le futur Aegon IV, naît durant la troisième lune de l’An 135. On sait que lors des négociations les Rogare ont porté un soin particulier à s’assurer noir sur blanc que le mariage de Larra et Viserys ne soit jamais au grand jamais dissous. Il y avait donc nécessité que Viserys consomme son mariage avant le retour à Westeros : Larra devait être déflorée et enceinte aussi vite que possible… de façon à ce que le Conseil de régence ne puisse pas la traîner devant le Grand Septon pour une dissolution.

    Viserys II, le véritable « roi brisé » ?

    Soyons clairs : Viserys II est un enfant violé. Né en l’An 122, il a à peine douze ans lorsqu’il perd sa virginité avec Larra Rogare, qui a sept ans de plus que lui ! Qu’est-ce qu’une adulte peut bien trouver à un garçon de douze ans ? Même selon les standards de la noblesse de Westeros, l’affaire est extrêmement glauque. Les mariages sont célébrés à un très jeune âge mais la consommation proprement dite est généralement repoussée à beaucoup plus tard. D’autant plus que les garçons y sont censés être mariés à un âge plus avancé que les filles. Mais ce n’est pas la première fois que Lys trempe dans une affaire de prostitution infantile…

    On repense ainsi à l’affaire du Cygne Noir, Johanna Swann, qui comporte des similitudes troublantes avec l’histoire de Viserys II : elle aussi est noble et capturée lors d’un voyage en mer, elle aussi voit sa captivité injustement rallongée pour les intérêts égoïstes des seigneurs de sa parenté, elle aussi finit par être exploitée sexuellement à Lys… et elle aussi devient en conséquence un personnage sombre et potentiellement fourbe. Sa présence semble avoir été rajoutée par G.R.R. Martin au récit de la captivité de Viserys (via sa liaison avec Sharako Lohar) de façon à en faire un « écho féminin » du jeune prince. Viserys II a été manipulé et perverti de façon à devenir la « pute » de la banque Rogare.

    On voit que l’Histoire officielle dresse un portrait tout en contraste des frères Aegon III et Viserys II : Aegon est meurtri, dépressif, aigri, tandis que Viserys est stable, enjoué, proactif. Mais en y regardant bien, on se rend compte que Viserys traîne derrière lui un sacré bagage de traumatismes lui aussi, du fait de sa captivité cauchemardesque. Sauf que lesdits traumatismes sont bien plus insidieux, et niés par la narration. Aegon III a au moins l’avantage de savoir exactement pourquoi il est traumatisé, et il semble avoir bénéficié d’une relative sympathie de son entourage à ce sujet. On peut facilement comprendre que voir sa mère dévorée par un dragon laisse des séquelles sur le mental d’un enfant. En revanche les injustices subies par Viserys II à cause des Velaryon et des Rogare (mensonges, abus de confiance, séparation familiale, abus sexuel) sont complètement passées sous silence. Peut-être Viserys II n’en a-t-il jamais eu pleinement conscience lui-même.

    Aegon III est parfois considéré comme comptant parmi les Targaryen « fous », mais ce jugement est abusif : malgré son stress post-traumatique, et en dépit d’une incapacité à s’engager sur le plan social, il semble avoir réussi à surmonter ses problèmes de santé mentale pour devenir un monarque convenable. Au contraire de son frère Viserys, qui lui était capable de montrer à la face du monde l’apparence d’un être humain extraverti et fonctionnel. Mais l’apparence ne correspond pas forcément à la réalité intérieure. Et dès son retour à Westeros, Viserys fait preuve d’un comportement préoccupant.

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    Nefer
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    Mystère n° 7 : L’étrange dispute d’Aegon III et du prince Viserys

    NB : Cette analyse n’était pas prévue dans mon sommaire d’origine, mais s’est avérée nécessaire pour expliquer les motivations de différents protagonistes. Nous aborderons donc les raisons derrière la mort de Gaemon Cheveux-Pâles plus tard.

    Au début de l’An 135, le prince Viserys est papa : il place son œuf de dragon dans le berceau du nouveau-né, comme le veut la tradition Targaryenne. Mais peu après, cette même coutume cause une tragédie… L’œuf placé dans le berceau de la petite Laena Velaryon (fille d’Alyn et de Baela Targaryen) éclot, et la monstruosité qui en sort (sans ailes, aveugle, anormalement blanche) manque de tuer le bébé. Surpris, Alyn se saisit immédiatement du monstre et le tue. Suite à cela, une dispute éclate entre les frères Viserys et Aegon III car le roi ne veut plus d’œufs de dragons dans le château, ce que Viserys refuse. Finalement la volonté du roi prévaut sur celle de Viserys et l’œuf est envoyé à Peyredragon. Cet incident conduira Viserys à ne plus parler à Aegon III pendant un mois. Les raisons exactes cette dispute et les motivations des deux protagonistes ne sont jamais dites explicitement par G.R.R. Martin, ce qui paraît suspect. On ne peut que les deviner. Analysons donc les origines explicites et implicites de cette querelle entre les deux frères.

    Aegon III, le grand-frère surprotecteur ?

    Il est facile d’imaginer ce qui se passe dans la tête d’Aegon III. Celui-ci a été traumatisé par la mort de sa mère, dévorée par Feu-du-Soleyl sous ses yeux… et de nombreux membres de sa famille ont péri lors de la Danse des Dragons. La seule mention des dragons provoque chez lui des crises de colère et il refuse de s’en approcher. A priori le seul dragon dont il aurait pu s’approcher à l’époque est Point-du-jour, le dragon de sa demi-sœur Rhaena. Seuls trois autres dragons ont survécu à la guerre, et ils sont devenus sauvages : le Cannibale, Voleur-de-Moutons et Aile-d’Argent.

    Lorsqu’Aegon III apprend que sa demi-nièce Laena s’est faite attaquer par un dragon à peine éclos, on peut donc considérer qu’il revit de très mauvais souvenirs. Afin d’éviter au fils de Viserys le même sort, il intervient pour l’empêcher de placer un œuf dans le berceau du bébé et empêcher une catastrophe de se reproduire. Ce mobile n’est pas totalement rationnel car les Targaryen ont placé des œufs de dragons dans de nombreux berceaux et n’ont jamais eu à s’en plaindre. L’agressivité du dragon de Laena semble plutôt due à une tare malheureuse : comme la bête présente des difformités physiques, il est tout à fait possible qu’elle ait également eu des problèmes mentaux et son comportement n’est pas représentatif de l’attitude draconique face aux nouveaux-nés. Au contraire il semble que les Targaryen plaçaient ces œufs dans le berceau de leurs enfants pour exploiter le phénomène d’imprégnation filiale caractéristique de ces animaux et semblable à celle des oiseaux. Le risque qu’un dragon sain attaque la personne proche de son « nid » est extrêmement faible et Aegon III projette clairement ses propres peurs sur le futur Aegon IV.

    L’élevage de dragons : une stratégie délicate

    Cependant il faudrait tempérer ce portrait… Aegon III est entré dans l’Histoire comme le « Fléau des Dragons » car les derniers dragons sont morts sous son règne, mais cette réputation est clairement injustifiée. Il n’y a aucune preuve qu’Aegon III ait organisé l’extinction de l’espèce ; d’après Marwyn, ce sont plutôt les Mestres les coupables. Et durant son règne Aegon III semble vouloir le retour dragons : il reconnaît que leur aide lui permettrait de mieux contrôler le royaume. Suivant une idée de son frère, il fait même d’Essos neuf mages pour faire éclore une couvée, sans succès. Malgré son trauma, Aegon III n’a donc jamais souhaité la disparition des dragons. Il faut également rappeler qu’historiquement aucun Targaryen n’a dompté deux dragons différents au cours de sa vie ; il n’est pas prouvé que ce soit impossible… mais ce seul fait peut expliquer pourquoi Aegon III ne cherche pas particulièrement à dompter un dragon après la mort de son dragon d’origine, Nuée d’Orage.

    En conclusion on peut donc supposer qu’Aegon III pèche surtout ici par prudence : certes il ne veut pas qu’un nouveau-né s’approche d’un dragon… mais a priori il ne s’oppose pas à une tentative de domptage future. Cependant la zoologie tend plutôt à donner tort à Viserys car les dragons, comme les oiseaux, tendent à identifier les personnes qu’ils voient immédiatement après l’éclosion comme des membres de leur famille. Ceci crée un « lien » de familiarité entre le dragon et l’enfant présent lors de l’éclosion, et cette accoutumance est censée faciliter le domptage du dragon par la même personne plus tard dans sa vie. Donc même s’il veut bien faire, Aegon III empire la situation : en séparant l’œuf de l’enfant durant la « période critique » d’imprégnation, il complique la tâche du futur dragonnier car le domptage sera nécessairement plus dangereux. On comprend donc mieux pourquoi Viserys tient à laisser l’œuf dans le berceau de son fils nouveau-né, et pourquoi les déboires de la petite Laena Velaryon n’ont pas l’air de l’inquiéter plus que cela.

    Mais pourquoi Peyredragon ?

    Mais sur quoi portait précisément la dispute entre Aegon III et le prince Viserys, au juste ? D’abord on nous dit qu’Aegon III ne veut plus d’œufs de dragon « dans le château » (donc dans le Donjon Rouge). Puis on nous dit que suite à la querelle, la volonté du roi prévaut et que l’œuf est envoyé à Peyredragon. Alors quelle était le projet d’Aegon III au début ? « Pas dans le Donjon Rouge » et « à Peyredragon », ce n’est pas la même chose. Est-ce qu’Aegon III a mentionné Peyredragon dès le départ ou est-ce que cette destination a été décidée après la dispute ?

    Des compromis auraient pu être trouvés. L’œuf, plutôt que d’être placé dans le berceau du futur Aegon IV, aurait tout aussi bien pu être conservé au Donjon Rouge dans une salle sécurisée, régulièrement gardée. Cela aurait compliqué l’imprégnation du dragon sur l’enfant lors de la « période critique », mais cela ne l’aurait pas rendue impossible non plus. Il y avait moyen de satisfaire les exigences d’Aegon III en termes de sûreté sans compromettre le processus entamé par le prince Viserys pour faire de son fils un futur dragonnier. Pourquoi s’embêter à placer l’œuf à Peyredragon ?

    Eh bien, tout simplement parce que c’est à Peyredragon que les œufs éclosent, d’habitude. On ne sait pas exactement où ont éclos chacun des œufs de l’Histoire des Targaryen, mais on remarque une constante :

    • Songefeu pond trois œufs à Belle île, mais ceux-ci éclosent à Peyredragon.
    • Rhaena Targaryen emmène trois œufs avec elle au Val d’Arryn en l’An 130, mais seul l’entre eux éclot. Auparavant elle semble avoir passé de longues nuits à Peyredragon à dormir avec son œuf à côté d’elle.
    • Aegon II fait venir sept œufs de Peyredragon jusqu’à Port-Réal, ceux-ci n’éclosent pas.
    • Elissa Farman vole trois œufs à Peyredragon et les vend à Braavos. Le Grand Mestre Benifer dit à Jaehaerys de ne pas trop s’inquiéter car il estime que les œufs ne peuvent pas éclore s’ils sont trop loin de Peyredragon. C’est en effet ce qui semble se produire puisqu’aucune naissance de dragon n’est remarquée en Essos dans les années qui suivent.

    On voit donc que les œufs de dragons ont tendance à éclore plus facilement lorsqu’ils sont placés à Peyredragon, ou près de Peyredragon. Du temps des Targaryen, la forteresse disposait même d’une salle spéciale dévolue à la garde des œufs, appelée « couveuse ». Peyredragon est le fief dévolu aux héritiers du trône, et très proche de Port-Réal. On peut donc imaginer que pratiquement tous les œufs placés dans le berceau des petits Targaryen ont passé un certain temps à Peyredragon, car leurs parents font régulièrement l’aller-retour entre l’île et la capitale. Par ailleurs cette tradition de placer des œufs dans le berceau des petits Targaryen semble avoir débuté sous le règne d’Aegon Ier, ce n’est pas « officiellement » une tradition valyrienne.

    Est-ce que quelque chose à Peyredragon aide les œufs à mieux éclore ? Peut-être bien. Après tout, c’est une île volcanique, et Valyria était aussi située sur un site de forte activité séismique… Ce serait parfaitement logique que les dragons pondent et couvent de préférence dans des volcans, et que les Targaryen, une fois partis de Valyria, se soient établis sur un autre site volcanique. La bonne santé de leurs dragons en dépendait.

    Plus intéressant encore, on remarque que le texte ne dit jamais explicitement qu’Aegon III s’oppose à ce que l’œuf soit placé dans le berceau d’un nouveau-né… seulement à ce qu’il soit placé « dans le château ». Et il est explicitement dit que l’œuf du dragon monstrueux qui a attaqué Laena Velaryon n’a pas éclos à Peyredragon, mais à Lamarck. Et si c’était précisément cette naissance à Lamarck qui avait causé cette difformité ? L’œuf aurait-il produit un dragon sain s’il avait éclos à Peyredragon ? Dans ce contexte, il est donc possible qu’Aegon III souhaite placer l’œuf de Viserys à Peyredragon non pas pour empêcher la naissance d’un dragon, mais au contraire pour s’assurer qu’elle se déroule dans les meilleures conditions. C’est un retour aux « bonnes vieilles méthodes » de la famille. Alors pourquoi Viserys, qui veut clairement faire un éclore un dragon, s’oppose-t-il au projet de déménagement de l’œuf à Peyredragon ?

    Le mystérieux châtelain

    Qui régnait sur Peydragon à l’époque ? La question est épineuse car le dernier Prince de Peydragon en date, Joffrey Velaryon (héritier de Rhaenyra !) est mort en l’An 130. Aegon III arrive (officiellement au pouvoir) en l’An 131. Ensuite la prochaine personne à être appelée « Prince de Peyredragon » est l’héritier d’Aegon III, Daeron (futur Daeron Ier). Sauf que Daeron est né en l’An 143. Il y a donc toute une période où G.R.R. Martin ne nous dit pas qui avait l’autorité nominale sur la forteresse à l’époque.

    On peut supposer qu’il y a une justification politique derrière tout ça : le titre de « Prince de Peyredragon » est en effet traditionnellement attribué au prince héritier, c’est un honneur significatif. Ce qui veut dire qu’il vaut mieux l’attribuer non pas à un héritier présomptif mais bien à un héritier apparent, quelqu’un qui a réellement toutes les chances de s’asseoir un jour sur le Trône de Fer. Or on sait à quel point l’identité de l’héritier présomptif réel d’Aegon III a fait polémique durant le début de son règne : Baela ? Rhaena ? Gaemon ? Il n’y a jamais eu de déclaration officielle car il était incertain qu’Aegon III enfante un jour : son mariage forcé avec Jaehaera se passait très mal et sa seconde épouse, Daenaera Velaryon, n’a que six ans en l’An 133 lors du remariage. Le retour inattendu du prince Viserys « à la vie » complique encore les choses.

    Donc en l’An 135, lorsqu’Aegon III et Viserys se disputent au sujet de l’œuf, tout porte à croire qu’il n’y a pas de « prince de Peyredragon ». On sait cependant qu’il y en aura un à terme puisque Daenaera et Aegon III finiront sans doute par enfanter. Aegon III pourrait éventuellement désigner un « prince temporaire » pour l’interim… mais ce serait peut-être impoli et stupide de donner un titre à quelqu’un en sachant pertinemment qu’on devra le lui retirer ensuite. Donc la personne qui règne sur Peyredragon en l’An 135 n’est probablement pas issue de la lignée successorale d’Aegon III. Baela passe visiblement tout son temps à Lamarck avec son mari Alyn Velaryon, le prince Viserys vit à Port-Réal, Rhaena… on ne sait pas trop où elle vit, peut-être à Cordial avec son époux Corwyn Corbray ? Quoi qu’il en soit Peyredragon est très peu mentionné durant la régence d’Aegon III, ce qui accrédite l’hypothèse qu’aucun Targaryen ne vit là-bas.

    Donc l’île ancestrale des Targaryen est forcément aux mains d’un châtelain ou d’un régent. Mais qui est ce châtelain/régent en l’An 135 ? On ne peut faire que des suppositions, mais cette personne est sans doute… Alyn Velaryon. Ou quelqu’un issu de sa famille. En l’An 130/131, il aurait été parfaitement logique de céder temporairement la gestion de la forteresse aux Velaryon. Tout d’abord, le siège de leur maison, Lamarck, est à deux pas. Ensuite ils disposent d’une flotte importante pour protéger la forteresse. Enfin Aegon est à l’époque le dernier Targaryen mâle légitime en vie… et les Velaryon se sont mariés aux Targaryen tellement de fois qu’on peut effectivement argumenter que les Velaryon méritent l’île de Peyredragon. Du moins, un droit suffisamment acceptable pour que le Conseil de régence signe un papier pour céder la gestion du domaine à Alyn Velaryon en précisant bien sûr qu’Aegon III se réserve le droit de le repasser à son futur héritier et que la maison Velaryon n’aura très probablement Peyredragon que temporairement.

    D’autant plus qu’à la mort d’Aegon II en l’An 131, c’est spécifiquement à Alyn Velaryon que les occupants de Peyredragon ont livré la forteresse. Donc ça signifie qu’à l’époque où la question d’un régent pour Peyredragon se posait… les troupes et la flotte d’Alyn étaient déjà dans la place. Le droit de conquête lui permettait sûrement de revendiquer le fief. Désigner qui que ce soit d’autre comme régent aurait pu conduire à un conflit avec Alyn, car il aurait pu contester la décision du Conseil de régence en refusant de bouger ses troupes. Alternativement, il est possible que le Conseil de régence ait en fait désigné Corlys Velaryon (un des leurs) comme régent de Peyredragon, et qu’Alyn ait récupéré la charge de son père à sa mort en l’An 132. Le mariage d’Alyn avec Baela Targaryen, héritière présomptive d’Aegon III, a également pu faciliter sa mainmise sur l’île en l’An 132.

    Une famille envahissante

    Voilà donc pourquoi Viserys ne veut pas déménager l’œuf sur Peyredragon : il ne veut pas que les Velaryon s’accaparent l’œuf. Très jeune, le prince Viserys s’engage dans une logique de reconstruction de l’ancienne puissance Targaryenne… et ce projet passe nécessairement par l’éclosion de dragons. De beaucoup de dragons. Parce qu’à l’époque, la maison Targaryen n’est plus que l’ombre d’elle-même : Aegon III est un roi fantoche manipulé par ses régents, Viserys vient de débarquer à la Cour… Quant à Rhaena et Baela, elles sont désormais toutes dévouées aux intérêts de leurs maris et des maisons dont ils issus, comme l’exigent leurs vœux de mariage. C’est d’autant plus problématique que le seul dragon « domestiqué » encore vivant est celui de Rhaena : Point-du-Jour volète probablement du côté de Cordial dans le Val d’Arryn, il s’est éloigné du pouvoir central. Les trois autres dragons en vie sont agressifs, difficiles à dompter. Il est donc primordial pour le clan Targaryen de faire éclore un œuf dans un berceau de leur famille, sans quoi l’espèce risque de s’éteindre et avec elle la puissance du Trône de Fer.

    Or l’insistance d’Aegon III pour placer l’œuf à Peyredragon place Viserys dans une position délicate : s’il accompagne l’œuf et s’installe sur l’île, il sera cerné de soldats acquis aux Velaryon qui risquent de le prendre en otage, et il perdra son influence politique sur Aegon III à Port-Réal. Mais s’il se sépare de l’œuf, ce dernier risque d’être refilé à Laena Velaryon, à sa mère Baela Velaryon… ou Alyn Velaryon lui-même. Après tout son frère Addam a réussi à dompter un dragon, pourquoi pas lui ? Il est acquis que les individus de cette famille ont suffisamment de sang valyrien pour faire éclore et plus tard dompter un dragon. D’ailleurs, si Alyn ne voulait pas d’un dragon, il n’aurait pas placé d’œuf dans le berceau de la petite Laena.

    L’An 135 marque l’apogée de la maison Velaryon : Alyn est riche, maître des navires au Conseil Restreint, il s’est couvert de gloire lors de ses expéditions militaires, il a marié un membre de sa famille roi, épousé la demi-sœur d’Aegon III… et maintenant, il risque d’avoir un dragon. Tous les ingrédients sont réunis pour une domination totale et sans ambiguïté de Lamarck sur le Trône de Fer. Peut-être, à terme, un coup d’état.

    En l’An 135, le déménagement de l’œuf à Peyredragon est donc l’occasion pour le prince Viserys d’exprimer ses vives inquiétudes quant à l’influence grandissante des Velaryon à la Cour et leur désir de dérober le contrôle des dragons aux Targaryen. Ce à quoi Aegon III a probablement rétorqué que sans l’intervention des Velaryon, Viserys pourrirait encore à Lys dans sa cage dorée et qu’accuser sans preuves leurs plus loyaux et puissants alliés n’était pas une très bonne idée. D’où la longue querelle d’un mois entre les deux frères.

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    #139738
    Nefer
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    Mystère n° 8 : L’empoisonnement de Gaemon Cheveux-Pâles

    En l’An 135, le souper d’Aegon III tourne au cauchemar : après avoir mangé des tartelettes, son ami Gaemon et son épouse Daenaera se plaignent de maux de ventre. Daenaera est sauvée par des purgatifs, mais Gaemon décède dans la souffrance. Il s’agit visiblement d’une tentative d’empoisonnement. Mais par qui ? Et pourquoi ?

    Unwin Peake : bouc-émissaire des historiens

    Les suspicions des lecteurs se portent immédiatement vers l’inquiétante ex-Main du Roi, Unwin Peake : certes il a démissionné de son poste en l’An 134 et n’est plus à Port-Réal… mais tous les sbires qu’il a nommés à des postes importants demeurent encore dans la capitale. Unwin a donc largement les moyens et l’influence pour organiser un assassinat dans le Donjon Rouge. Par ailleurs Unwin est déjà soupçonné d’avoir assassiné la première femme d’Aegon III, la petite Jaehaera Targaryen, pour le forcer à épouser Myrielle Peake. Donc logiquement il n’est pas exclu qu’il ait recommencé en tentant d’assassiner Daenaera Velaryon, seconde épouse d’Aegon III. En témoigne la réaction explosive d’Unwin qui quitte le Conseil Restreint en protestation contre l’humiliation faite à Myrielle lors du bal de la Foire au Bétail.

    Mais justement, n’est-ce pas un peu trop facile ? Unwin a déjà manqué de se faire décapiter dans l’affaire Jaehaera… serait-il vraiment malin de sa part de tenter un second meurtre si similaire au premier, seulement deux ans plus tard ? Et Aegon III a déjà rejeté Myrielle une fois, n’est-il pas illusoire de croire qu’il la prendrait en troisièmes noces ? Il est également nécessaire de rappeler qu’en 135, la situation d’Aegon III a profondément changé avec le retour du prince Viserys : si Daenaera meurt sans lui donner de fils, il n’est pas en obligation de se marier. Il peut tout simplement désigner le prince Viserys comme son héritier légitime. Alors si Unwin a tenté d’assassiner Daenaera… c’était vraiment un acte désespéré.

    La Garde sanglante

    On nous dit que c’est spécifiquement la Garde Royale qui est chargée d’interroger les cuisiniers du Donjon Rouge. Or la Garde Royale est, par ses vœux, sommée d’obéir à ce que leur ordonne de faire le Roi, et de protéger à tous prix la famille royale. Si le prince Viserys, héritier présomptif du roi Aegon III, demande à un membre de la Garde Royale de l’assister dans un projet d’empoisonnement… Que pourrait bien faire le frère juré impliqué malgré lui ? Après tout, c’est son futur roi qui lui donne cet ordre. Et la seule révélation de cette tentative de meurtre pourrait provoquer une nouvelle guerre civile. De quoi motiver un membre de la garde royale à se taire et à laisser faire la raison d’état.

    Par ailleurs l’implication d’un frère juré expliquerait beaucoup de choses sur les zones d’ombre de cette affaire : la Garde est censée talonner la famille royale partout où elle va. Pourquoi n’a-t-on aucune information sur l’identité du frère juré qui surveillait Aegon III et son épouse Daenaera au moment du souper ? Et pourquoi la Garde éprouve-t-elle tant de mal à identifier la personne qui a mis le poison dans les tartelettes ? Tous les cuisiniers du Donjon Rouge sont interrogés alors qu’a priori il ne faut qu’une personne pour cuisiner un désert. Rappelons que le poison a été « cuit » dans les tartes elles-mêmes, ce qui indique qu’elles ont bien été empoisonnées par un cuisinier et non par un serveur, un commis ou un laquais. Mais la vérité est probablement que les cuisiniers n’ont rien à voir avec tout ça : le frère juré coupable a probablement substitué, au dernier moment, les tartelettes destinées au roi avec d’autres tartelettes cuisinées séparément.

    Une « maladie » bien rapide

    L’important ici est la temporalité : pourquoi cette tentative d’empoisonnement à ce moment-là ? Il est peu probable qu’il s’agisse d’une réaction au mariage d’Aegon III et Daenaera Velaryon : celui-ci remonte à presque deux ans déjà ! En revanche le souper mortel intervient juste après la visite d’Aegon III et du prince Viserys. Ce serait beaucoup plus logique que l’empoisonnement soit dû à la décision controversée d’emmener à Peyredragon l’œuf destiné au futur Aegon IV… qui est implicitement une occasion pour les Velaryon de s’élever encore plus en dérobant aux Targaryen leurs futurs dragons.

    On remarquera que les symptômes remarqués sont fulgurants : le repas n’est pas fini que Gaemon se plaint déjà de maux de ventre et Daenaera ressent la même chose peu après. Aegon III demande immédiatement à Champignon d’aller chercher le Grand Mestre Munkun. Visiblement le roi semble avoir compris dès le départ qu’il s’agit d’un empoisonnement : on ne l’imagine pas demander l’intervention d’un mestre pour une bête crise d’aérophagie. C’est assez étrange car les Larmes de Lys ne sont pas censées fonctionner aussi rapidement : au contraire c’est même leur principal intérêt, car leur lenteur à agir sur la victime permet de faire passer l’empoisonnement pour une maladie. C’est ce qu’on observe dans le cas de l’assassinat de Jon Arryn par Lysa Tully… et aussi Androw Farman qui, en sélectionnant soigneusement les personnes qu’il empoisonne, parvient à faire croire à une épidémie.

    De l’argent jeté par les fenêtres

    Par ailleurs Munkun détermine que les Larmes ont été cuisinées dans la croûte des tartelettes aux pommes servie à la table du roi. Or Lysa Tully et Androw Farman versent les Larmes de Lys dans le vin de leur victime, pas dans leur nourriture. C’est ainsi que le poison est censé être utilisé. Relisez le chapitre 34 de l’Intégrale IV où Arya/Cat discute justement de cette substance : la représentante des Sans-Visages donne un cours sur les poisons… et elle précise bien que les Larmes de Lys dévorent les tripes et simulent une maladie « si on les dissout dans de l’eau ou du vin ». Je crois qu’on peut se fier à son expertise sur la question : les Larmes de Lys ne sont pas un poison à verser sur la nourriture, il doit être dilué et ingéré de manière liquide. Ce détail pourrait expliquer les symptômes fulgurants de Gaemon et Daenaera : ils ont ingéré une forme non-diluée du poison, celui-ci a agi trop vite et leurs organismes ont immédiatement réagi. Le paradoxe de la situation est que Gaemon et Daeneara ont sans doute ingéré beaucoup plus de poison que Jon Arryn, mais que cela a sauvé la vie de Daenaera tant il était évident que Gaemon venait de se faire empoisonner.

    Ce qui est étrange ici c’est que les Larmes de Lys viennent d’être employées de manière tout à fait inappropriée. On peut même parler de gaspillage car c’est un produit très coûteux… L’intérêt de ce poison est de ne pas se faire remarquer et d’agir lentement ; au lieu de cela il vient d’être utilisé pour un meurtre peu discret et très rapide. Pourquoi ne pas avoir utilisé de l’amanite tue-mouche ou tout autre poison plus commun ? C’est comme si l’assassin ne savait pas utiliser les Larmes de Lys correctement… et c’est là que l’hypothèse d’un Viserys assassin prend tout son sens. Il possède de puissants alliés lysiens à la Cour : les Rogare. Des gens tout à fait capables de lui offrir un poison discret s’il le demande. Cependant le prince n’a que treize ans en l’An 135 : c’est donc un adolescent un peu ignorant des subtilités de l’assassinat, un peu impulsif aussi. On peut donc imaginer que, faute de demander davantage d’explications sur les effets précis des Larmes de Lys, Viserys les a faites cuire dans des tartelettes aux pommes plutôt que de les faire verser dans du vin ou de l’eau.

    Qui voulait tuer qui ?

    Le choix de la tarte aux pommes est également révélateur des intentions de l’assassin : Aegon III n’aime pas ni les nourritures sucrées ni le vin, c’est un fait connu de tous à la Cour. Ce n’est pas non plus un goinfre, ses serviteurs doivent régulièrement lui rappeler de s’alimenter. Donc la seule véritable option pour l’empoisonner, c’est de verser un poison dans sa carafe d’eau ou à la rigueur dans un pichet de petite bière. Donc si les Larmes de Lys sont placées dans les tartelettes aux pommes, cela signifie qu’Aegon III n’est pas la cible de l’assassinat : au contraire on cherche à l’épargner. G.R.R. Martin semble ici faire un parallèle avec une tentative d’empoisonnement dans l’Intégrale V : au départ le lecteur est poussé à croire que les sauterelles empoisonnées de Hizdahr étaient destinées à tuer Daenerys, et que Belwas la sauve accidentellement en s’empiffrant dans son plat. Sauf que la Cour de Daenerys sait très bien que celle-ci déteste la cuisine meereenienne, et que les chances qu’elle goûte ces sauterelles sont très faibles. Il est donc possible que les sauterelles aient été destinées à tuer Hizdahr ou même Belwas.

    Ce qui nous laisse trois victimes potentielles : Daenaera, Gaemon mais aussi Champignon. En effet il n’est pas exclu que le bouffon se serve dans les assiettes des convives ou reçoive sa propre part au souper. Il faut aussi noter qu’il est impossible de procéder à l’empoisonnement sans faire de Gaemon une victime collatérale : celui-ci est en effet le goûteur du roi, il est chargé de mâchouiller la nourriture quelques minutes avant qu’elle soit entamée par les autres personnes attablées. C’est d’ailleurs sûrement pour cela que les symptômes de Gaemon se déclarent quelques minutes avant ceux de Daenaera. Alors, qui était la cible réelle de l’empoisonneur ?
    Eh bien, il est tout à fait possible que le meurtrier les visait toutes les trois. Après tout, le poison a été placé dans un plat à partager collectivement, pas dans des verres individuels. Et toutes ces personnes partagent un point commun : ce sont les créatures du clan Velaryon, chargées d’influencer Aegon III pour qu’il se rappelle qui sont ses plus fidèles et puissants serviteurs. Champignon et Gaemon ont sans doute intrigué pour marier Daenaera à Aegon III, celle-ci leur doit tout. Il faut rappeler qu’Aegon III est quelqu’un d’extrêmement solitaire, il n’a que peu d’amis et confidents capables d’influencer ses décisions politiques. Ses contacts avec les régents et le Conseil Restreint sont tendus et glaciaux. Supprimer d’un coup Daenaera, Champignon et Gaemon, c’est retirer aux Velaryon tout intermédiaire pour parler au roi, tout moyen de le manipuler…

    N’écoute que moi, oui écoute ton frère, nous sommes dans un monde amer

    Et dans une configuration pareille, Aegon III n’aura plus qu’une seule personne proche de lui et à laquelle il peut faire confiance : son frère, le prince Viserys. C’est lui donner un pouvoir d’influence immense. Et rétrospectivement, il y a forcément eu une rivalité entre lui et Gaemon Cheveux-Pâles : cet enfant bâtard a acquis la confiance et l’amitié d’Aegon III car le roi faisait sur lui un transfert fraternel. Le petit roi, rongé par sa culpabilité à l’égard de Viserys qu’il croyait mort par sa faute, protégeait un petit frère de substitution. Sauf que finalement Viserys n’est pas mort du tout… et on nous précise bien qu’à son retour à Port-Réal, Aegon III passe tout son temps avec Viserys et se met à délaisser non seulement Gaemon mais aussi Daenaera. La jalousie a dû être intense entre Viserys et la petite bande composée par Gaemon, Daenaera et Champignon. D’ailleurs Aegon III lui-même a pu encourager cette compétition pour son affectation : le souper avec ses trois anciens amis intervient juste après sa dispute avec Viserys, alors qu’il était censé les avoir « délaissés » suite au retour du prince. Aegon III tentait-il de rendre son petit-frère jaloux en s’affichant ainsi en public avec ses anciens amis ? Revenait-il quémander leur soutien après les avoir abandonnés en faveur de Viserys ?

    Au final Viserys ne parviendra pas à tuer Daenaera… mais on peut imaginer que c’était surtout Gaemon Cheveux-Pâles qu’il cherchait à remplacer, pas tellement la petite reine. Par ailleurs la nourriture et la boisson de Daenaera a dû être soigneusement surveillée suite à cet incident et une seconde tentative d’empoisonnement aurait été compliquée à réaliser. On peut donc envisager cet empoisonnement foireux comme l’acte d’un petit frère possessif qui voit tous les amis d’Aegon III comme des concurrents, voire comme des ennemis. Un jaloux pathologique qui maintient sa famille dans un isolement délibéré où il peut prendre toutes les décisions à leur place. N’oublions pas que Gaemon était promis à jouer un rôle politique conséquent… Et si Aegon III l’avait nommé main à la place de Viserys ? La mort de Gaemon est pour le roi un traumatisme supplémentaire qui le pousse sans doute à se reposer encore plus sur Viserys, ce qui augmente sa dépendance.

    L’acte de Viserys est monstrueux, mais il doit être compris à la lumière des souffrances qu’il a lui-même vécues aux mains des Rogare : sa notion du consentement et de la morale sont forcément influencées par ses anciens ravisseurs. Par ailleurs Viserys n’est plus un enfant : a-t-il, avec le temps, compris que les Velaryon avaient délibérément rallongé son exil à Essos pour servir leurs intérêts politiques ? La mort de Daenaera Velaryon aurait pu servir à la fois de vengeance envers le clan de Lamarck, et d’avertissement à Alyn. Supprimer Daenaera de l’entourage royal faisait également perdre à Alyn son interlocuteur privilégié pour orienter la politique du Trône de Fer.

    Et les Rogare dans tout ça ?

    Ne l’oublions pas : les Larmes de Lys ne sont pas seulement chères, elles sont rares. Pour s’en procurer, il faut de bonnes connexions en Essos. C’est tout de même étrange que les Lysiens présents à Port-Réal ne soient pas soupçonnés dans l’affaire… D’autant qu’à Lys tous les conflits politiques se règlent par le poison, c’est bien connu. Sachant que Viserys est le pion désigné des Rogare pour étendre leur puissance à Westeros, eux aussi ont intérêt à supprimer les trois agents des Velaryon présents auprès d’Aegon III. Il ne faut pas oublier que si Daenaera meurt, Aegon III a peu de chances de se remarier, auquel cas l’enfant de Viserys et Larra Rogare devient l’héritier légitime de la Couronne. C’est un coup à jouer.

    Mais analysons les répercussions politiques qu’aurait eues la mort de Daenaera si l’assassin avait réussi son coup. Déjà, on peut être sûr qu’Alyn Velaryon, maître des navires, aurait crié vengeance pour son arrière-petite-cousine. Et on sait qu’Unwin Peake, avec qui Alyn avait déjà des relations exécrables, est le suspect numéro un de ce crime. Vu l’hostilité entre les deux, l’affaire aurait pu dégénérer avec une rixe, un procès, un duel judiciaire… Voire-même une guerre civile entre partisans des Velaryon et défenseurs des Peake, anciens Noirs et anciens Verts, bref, une nouvelle Danse des Dragons.

    Dans ces conditions, qui gagnerait la bataille ? Sans doute ni les Peake ni les Velaryon. Personne à Westeros ne veut d’une nouvelle guerre si proche de la dernière. Aegon III, sur l’insistance de ses régents et du reste du Conseil Restreint, aurait donc probablement évincé Alyn et Unwin de la Cour. Cette décision aurait par ricochet surtout profité aux Rogare qui auraient ainsi été débarrassés de leurs principaux concurrents à Port-Réal. Leur influence n’aurait donc pu que croître. Littlefinger fait un peu la même chose dans l’Intégrale I en dressant les familles Stark et Lannister l’une contre l’autre, là aussi sur la base de suspicions d’un meurtre qu’il a lui-même planifié. On peut donc comprendre pourquoi les Rogare accepteraient d’aider Viserys et de lui prodiguer des Larmes de Lys, pour se débarrasser d’une Velaryon et faire porter le chapeau à un Peake.

    Le Val : un pétard mouillé

    Il y a des raisons de penser que la mort de Daenaera devait faire partie d’un plan plus étendu car elle intervient juste avant un évènement significatif : Corwyn Corbray, qui avait été chargé de régler les problèmes de succession du Val d’Arryn, décide que Joffrey Arryn est l’héritier légitime. Une décision prévisible. Ceci provoque un conflit armé entre les partisans de Joffrey Arryn et les usurpateurs Arnold et Isembard. En conséquence la Couronne doit envoyer des forces armées rétablir la paix de roi… et de quoi sont composées ces troupes, au juste ? Principalement des hommes de Thaddeus Rowan, Corwyn Corbray et Alyn Velaryon. Tous des anciens Noirs, donc. Par ailleurs Corwyn est clairement un proche allié d’Alyn : il aide Baela et Rhaena Targaryen à présenter Daenaera Velaryon lors du bal de la Foire au Bétail.

    En conséquence un conflit entre les Peake et les Velaryon, justifié par l’assassinat de Daenaera, aurait pu profondément changer la situation à Westeros : sans la disponibilité de la flotte Velaryon, le Trône de Fer n’aurait pas pu faire prévaloir la cause de Joffrey Arryn dans le Val. Cette région serait donc tombée aux mains d’Arnold ou d’Isembard, qui se seraient retrouvées en rébellion ouverte contre la Couronne. Autant dire qu’Aegon III n’aurait pas été très content du comportement des Velaryon, trop occupés à accuser Peake sans preuves alors que leur flotte est requise pour un conflit réel et capital. On voit d’ailleurs que l’incompétence de Moredo Rogare (qui dirige la flotte Velaryon) coûte de nombreux hommes à Alyn. Les Rogare ont-ils placé Moredo à un poste pour lequel il n’avait aucune compétence… dans l’espoir d’affaiblir la puissance de la flotte Velaryon ?

    C’est juste avant ce conflit que les Rogare sont à l’apogée de leur puissance ; et c’est durant le conflit que les choses commencent à mal tourner pour eux. Sans l’intervention de la flotte Velaryon, sans le soutien tacite de la Main du Roi Unwin Peake, la guerre dans le Val aurait duré beaucoup plus longtemps, occupé les rivaux des Rogare… et empêché, sans doute, la chute de leur famille à Westeros. Rétrospectivement, la tentative d’assassinat sur Daenaera pourrait faire partie d’un plan raté destiné à écarter les maisons Peake et Velaryon du pouvoir central.

    #139757
    DroZo
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    J’ai terminé ton paragraphe sur le mariage d’Aegon et Daenaera (pas encore eu le temps de lire la suite) et à mon sens tu vas trop loin dans ton interprétation, en recherchant des explications très compliquées, avec selon moi quelques incohérences, là où des explications plus simples fonctionnent bien mieux, sans avoir besoin de rechercher des complots tortueux derrières. Pour moi, tout s’explique uniquement avec les relations personnelles entre nos différents protagonistes.

    Je reviens déjà sur le choix de Daenaera au Bal en replaçant un peu de contexte. Aegon III n’est jamais décrit comme un idiot. Il sait que cette cérémonie est une mascarade organisée par Unwin Peaks. Et Aegon III déteste Unwin Peaks, sans pour autant avoir la possibilité de le montrer. Unwin Peaks est un homme autoritaire et ambitieux, et à chaque fois qu’Aegon III a essayé de faire entendre son désaccord la réponse a été par la violence, notamment en faisant fouetté le meilleur ami d’Aegon : Gaemon Cheveux-Pâle. De plus, Aegon apprécie peu Myrielle Peaks. Ça se voit que ça ne match pas entre eux, les réponses de l’enfant-roi sont polie, ce qu’on attend de lui, mais pas plus. Il ne l’aime pas et sait pertinemment que c’est son infâme père qui fait pression sur lui pour qu’il l’épouse.

    Bref, la situation paraît totalement inextricable pour notre jeune roi. Il est assez probable que lors du bal il n’aurait jamais choisi Myrielle, vu la froideur polie de leurs échanges. Mais se fier aux autres candidates est tout aussi déprimant : le bal a plus l’air d’être un concours d’ambitieuses et d’intrigantes, tout ce que déteste Aegon. À la rigueur celle qui aurait eu le plus de chances de devenir reine à mon sens aurait été la petite Bolton, qui est la seule à ne pas faire preuve d’ambition personnelle (du moins en apparence, au-delà on ne peut pas savoir), et qui est également la seule qui fait réagir positivement notre roi, la seule à lui faire bonne impression.

    Dans tout ce micmac, nul besoin de complots tordus impliquant plétouze d’intermédiaires aux ambitions hypothétiques pour expliquer pourquoi Aegon choisit sans hésitation Daenaera. Daenaera, c’est la candidate que lui présentent ses sœurs Baella et Rhaella. Et ces sœurs font parties des très rares personnes en qui le petit Aegon ait confiance, qui le connaissent réellement et qui veulent son bonheur. Qui s’intéressent à lui. Unwin Peaks et toute sa clique ne le connaissent pas, ne cherchent pas à savoir qui il est, et c’est pourquoi ils échouent avec leur Myrielle. Les jumelles ont grandi avec Aegon sur Peyredragon et Lamarck, et entretenaient sans doute des relations de confiances étroites, comme on a souvent entre frères-sœurs-cousins-cousines. Surtout qu’à l’époque de leur enfance, les bonnes relations avec Aegon étaient sincères et désintéressées, puisqu’Aegon était à l’époque le 5ème sur le file de succession. Et cette confiance entre les trois nous est prouvée par la suite, lorsque Baella et Rhaella convainquent facilement leur frère de les aider à sauver Corlys Velaryon durant l’Heure du Loup.

    On a donc un roi qui est pris aux pièges d’intrigues, et ses frangines arrivent en lui disant « Yo frangin, on sait ce que tu subis, donc voici une porte de sortie, crois-nous on te connaît bien, on la connaît bien, on sait que tu seras heureux avec elle, et en plus tu seras débarrassé de l’autre taré de Peaks ». C’est normal qu’Aegon dise : « Merci les frangines vous me sauvez la vie. Je vous fais entièrement confiance, allez zou je me marie avec votre copine. » Il n’y a même pas besoin d’un long complot avec des intermédiaires pour que ça fonctionne.

    Et concernant ton scénario d’intermédiaires, il ne me convainc personnellement pas parce qu’à mon sens les motivations que tu donnes aux personnages ne correspondent pas à ce que l’on connaît de leurs psychologies.

    Que les jumelles veulent promouvoir la maison Velaryon et les Noirs et se venger d’Unkwin Peaks et des Verts, à la rigueur pourquoi pas, mais comme je l’ai dit, sauver la mise à leur petit frère qu’elles aiment est déjà une bonne motivation en soit (et vu qu’elles fréquentent surtout leur famille les Velaryon. Que leur candidate soit une fillette de leur famille qu’elles connaissent très bien est logique aussi).

    Mais pour les autres… Aegon III a en horreur les conflits entre Noirs et Verts, il a tellement été traumatisé par la guerre et est tellement motivé à ce qu’elle ne reparte pas qu’il va surtout pas choisir de camp. Il a confiance aux Velaryon parce que sa famille en fait partie et que ce sont les seuls qui l’aiment vraiment pour ce qu’il est, mais ça va pas plus loin, et je suis pas convaincu que se lancer dans des intrigues compliquées mettant la vie de Gaemon en danger soit une idée qui l’enthousiaste, surtout après la période souffre-fouet de Gaemon.

    Gaemon ensuite n’a jamais été décrit comme un intrigant, et c’est une des raisons qui font qu’Aegon l’apprécie. En plus d’un remplaçant â Viserys, Gaemon ressemble beaucoup à Aegon : c’est un gosse qui a été traumatisé et violenté durant la guerre à cause des ambitions de sa mère, qui a tout perdu, qui a vu sa famille et les gens qu’il aimait se faire massacrer devant lui, qui a lui-même été emprisonné et enchaîné… Pour toutes ces raisons, de tous les membres de la cour, il est le seul non-Velaryon et non-Targaryen qui puisse comprendre ce que ressent le roi. Son amitié ne semble pas due à de l’ambition, à de la vengeance lu à un quelconque intérêt personnel, mais juste parce que ces enfants sont pareils. À cela on ajoute que Gaemon est un souffre-fouet, ce qui, quand on est un gosse, doit tout de même bien montrer qu’on ne vaut rien dans le jeu des trônes, qu’on n’a aucun pouvoir et que les joueurs n’auront pas le moindre scrupule à te buter si il se met à intriguer. Ça doit dissuader quoi.

    Enfin concernant Champignon… Si il avait été impliqué dans un quelconque complot, pourquoi n’en aurait-il pas parlé dans ses chroniques, où il relate tous les moments réels où fictifs où il a joué un rôle ? Par peur des représailles ? Le fou ne risquait plus rien, puisqu’il a dicté son témoignage en Essos, des décennies après les faits, et si les représailles lui faisaient si peur, il n’aurait pas écrit un récit aussi acide envers ses contemporains.

    Bref, cette histoire de complot ne me convainc pas, je trouve l’histoire de simples relations fraternelles plus crédibles à mon sens.

    « La drosophile est un petit animal avec un cycle de vie court et de nombreux mutants sont disponibles. Son génome compact a été un des premiers génomes à être séquencé entièrement. »

    I’m a X-Flies 😎

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