Sons of the Dragon : on en a pensé quoi ?

Anthologie the Book of Swords (crédit : Bantam et Gardner Dozois)

Le 10 octobre dernier est parue aux Etats-Unis l’anthologie The Book of Swords dans laquelle se trouve la nouvelle The Sons of the Dragon de George R. R. Martin, élargissant encore un peu l’univers d’A Song of Ice and Fire. Axée sur les règnes d’Aenys et de Maegor, les deux fils et successeurs d’Aegon le Conquérant, la nouvelle détaille davantage cette période de l’histoire des Targaryen que ne le faisait l’encyclopédie parue en 2014, The World of Ice and Fire (Game of Thrones, les Origines en VF)

La question est sur toutes les lèvres : est-ce que ça vaut le coup, alors ?? Quelques membres de la Garde de Nuit ont lu la nouvelle, et vous parlent de leur lecture.

Prenez garde ! Cette chronique, comme son nom l’indique, traite d’une nouvelle non parue en VF et de nombreux spoilers peuvent s’y cacher ! Lisez-donc ce texte à vos risques et périls !

Babar des bois : à propos du style et de la forme

The Sons of the Dragon est une nouvelle qui se lit facilement : à part quelques mots de vocabulaire assez spécifiques, ça va tout seul, et c’est très appréciable (surtout pour quelqu’un qui, comme moi, n’a pas particulièrement l’habitude de lire en VO).

Le style est assez descriptif de manière générale : l’archimestre Gyldayn, l’auteur de cette histoire fictive, nous raconte de façon chronologique les événements. Ce qui fait de la nouvelle un écrit spécifique, qui pourrait en surprendre plus d’un (sauf si vous avez l’habitude de lire du Plutarque ou du Suétone :D). Mais du coup, en terme de chronologie, on s’emmêle bien moins les pinceaux que dans l’encyclopédie, The World of Ice and Fire, dans laquelle son auteur, mestre Yandel, faisait pas mal d’apartés.
Certaines descriptions sont, à dessein, particulièrement sordides et prennent aux tripes, comme par exemple le mariage entre Maegor et Tyanna de la Tour, la mort d’Alys Herpivoie, ou la mort du roi Maegor lui-même sur le trône de fer. Elles nous font vraiment ressentir l’horreur de son règne. Et puis, on trouve quelques petits moments épiques qui ouvrent l’appétit. Ces passages sont courts, et, souvent, il ne s’agit que d’une phrase. Mais GRRM a l’art de la punchline, et ces passages ont particulièrement bien marché pour moi : une phrase, et je voyais la scène qui se déroulait sous mes yeux (mentions spéciales à la bataille de la Fourche de la Néra, et à la préparation à la « bataille » de Villevieille). La nouvelle trouve aussi l’art de rendre des personnages sympathiques, épiques ou détestables en une demi-phrase, et il y a beaucoup de nouveaux personnages (de futures pages de notre encyclopédie en perspective \o/).

Bref, un petit morceau de l’histoire ouestrienne d’une trentaine de pages qui se lit bien et vite (j’attends la suite avec impatience !).

Pour finir sur la forme, le lecteur très attentif (celui qui connait le nom des 3.000 personnages de la saga) remarquera que quelques erreurs se sont glissées dans les pages de la nouvelle. Nous avons ainsi un Robar Baratheon dans TWOIAF qui devient Rogar Baratheon dans SoTD, quelques imprécisions chronologiques, et des origines géographiques erronées pour certaines maisons . Un complot de mestres sous-jacent ? Et bien non, ce sont en fait des erreurs d’édition. Elles viennent du fait que GRRM a probablement fourni à l’éditeur une version antérieure à TWOIAF (sorti en 2014), et qui n’a donc pas été revue et corrigée selon le contenu de cette œuvre. Mais j’aimais bien la théorie impliquant les mestres ^_^

Nymphadora : une nouvelle pour le vrai fan

Je ne vais pas vous mentir… La nouvelle n’apporte pas énormément de nouvelles informations : on suit les règnes d’Aenys et de Maegor, dont les faits marquants nous avaient déjà en grande partie été relatés dans TWOIAF. L’intérêt de la nouvelle est ailleurs ! Le fan de la saga se régalera de clins d’œil (je vous renvoie sur ce sujet à ce qu’en dit Geoffray au prochain paragraphe) et de décryptages et détails en tous genres sur des sujets parfois pointus (la légitimité et les règles de transmission du Trône, la Foi…)

Mais ne nous y trompons pas : cette nouvelle n’a pas le souffle épique d’un tome du Trône de Fer ou d’une nouvelle de Dunk et l’Œuf. Le ton volontairement neutre adopté par l’auteur peut désarçonner (on rappelle qu’on parle de « fake history » : l’ouvrage est supposé écrit par un historien fictif dans le style d’une chronique destinée aux érudits). Si des événements transpirent l’épique ou la magie, et si les personnages respirent le charisme, le lecteur peut se sentir frustré par le côté très descriptif qui ressort. L’exercice de style fait que le lecteur n’est pas spectateur direct de l’intrigue, mais doit lire entre les lignes pour se l’imaginer et s’en tailler sa propre version. Personnellement, c’est quelque chose que j’apprécie énormément, me sentant valorisée par un auteur qui ne me prend pas pour une idiote et me laisse des clefs au fil du récit pour que j’ouvre moi-même les portes de l’histoire. Toutefois, je préfère prévenir le lecteur qui souhaiterait s’attaquer à la nouvelle la fleur au fusil ^^. Par exemple, je ne conseillerais pas cette nouvelle à un spectateur de la série qui voudrait creuser l’univers. Cette nouvelle est avant tout à conseiller au fan invétéré.

Je tempérerais quand même mon propos en vous disant que la lecture est moins ardue que pour les deux nouvelles décrivant la Danse des Dragons : si le style peut dérouter, l’histoire reste très facile à lire, loin des dizaines et dizaines de personnages à retenir dans le récit de la Danse (en tous cas, personnellement, ce tsunami de Targaryen de la Danse des Dragons m’avait un peu perdue lors de ma lecture d’alors… et je vous rassure, avec Sons of the Dragon, on est loin de la noyade ^^ ; la lecture est beaucoup plus linéaire et aisée). Donc, si le fan est clairement visé par la nouvelle, le lecteur moins impliqué dans l’univers n’y sera pas perdu, juste potentiellement déçu de ne pas y trouver autant que dans les tomes classiques.

Ceci étant dit, ça tombe bien, personnellement je fais partie de la catégorie fan invétéré ! Et je peux vous dire que je me suis régalée de ces quelques pages et en redemande ! Vivement la sortie de Fire and Blood !

Geoffray : des clins d’œil ! Des clins d’œil partout !!

easter egg everywhere meme
Le célèbre meme internet « X, X everywhere » (X, X partout)

NB : easter egg (ou œuf de Pâques) est un terme utilisé par les anglo-saxons pour indiquer un « secret » ou un clin d’œil fait par un auteur (film, livre, audio, jeux vidéos) que seuls des fans (ou des gens attentifs) peuvent remarquer.

On peut se dire que Martin s’est vraiment marré à écrire cette nouvelle (enfin, moi j’ai vraiment ressenti ça à la lecture) et qu’il en a profité pour saupoudrer le récit de p’tits clins d’œil (évidents ou bien plus discrets). Voici donc une liste non exhaustive et fort brève des easter eggs que l’on peut trouver dans cette nouvelle :

  • Lord Samwell Tarly surnommé Savage Sam (en VO) : ça vous rappelle pas quelqu’un :p? Enfin Sam devient un lord ^^ !
  • Orys Baratheon et son fils Davos qui finissent par récupérer les mains et les pieds tranchés de leur ennemi Walter Wyl, qu’ils « trimbalent tels des oignons dans leurs tentes ». Davos, qui est un lord Baratheon en devenir, si c’est pas un formidable baume au cœur pour les fans du chevalier oignon, je sais pas ce que c’est :p !

Alors oui, ces deux premiers exemples étaient déjà connus grâce à The World of Ice and Fire, mais si, comme moi, vous avez juste lu l’histoire des Targaryen et picoré le reste, il est probable que vous soyez passé à côté :p.

  • Jeyne Ouestrelin apparaît aussi! Vous savez, la femme de Robb dans la saga, celle qui prend des potions (soi-disant) de fertilité de sa mère Sybell. Et bien, son homonyme « ancestral » finit pas super (#Perceval) : son enfant meurt à cause d’une potion de fertilité donnée par Tyanna de la Tour, la maîtresse un peu (beaucoup) maegi de Maegor (allitération en M). De là à tirer un parallèle entre cette histoire et celle de la femme de Robb, il y a un grand écart digne de JCVD que je ne me sens pas d’accomplir ;
  • le Jugement des Sept de Maegor, qui n’est pas sans rappeler celui de Dunk dans la nouvelle Le Chevalier errant. En tout cas, à la lecture, ça résonnait un peu comme ça.

Juste un mini-point sur mon appréciation de la nouvelle : je suis totalement d’accord avec mes voisines du dessus. Elle se lit vite et bien, et personnellement je la trouve plus facile à lire que The Princess and The Queen par exemple. Du coup j’attends Fire and Blood avec encore plus d’impatience !!

PS : Et vous, les œufs de Pâques, vous en avez trouvé combien 🙂 ?

Eridan : Sherlock Holmes à Westeros

Outre les nombreux clins d’œil disséminés par Martin (et relevés par Geoffray), on remarquera que Gyldayn profite de cette nouvelle pour donner des indices. On savait que l’archimestre aimait glisser des indices cachés, mais, cette fois, la nouvelle fourmille de mystères plus ou moins explicites, que l’archimestre nous expose, là où Yandel (l’auteur fictif de TWOIAF) conservait un silence coupable.

Les premiers mystères, les plus évidents, sont les meurtres inexpliqués de deux personnages clés : le Grand Septon et Maegor Ier Targaryen. Pour ces deux crimes, une liste de suspects est proposée, chacun ayant un mobile ou une occasion, détaillés par Gyldayn… On n’aura sûrement jamais la réponse à ces mystères-là, mais chacun y trouvera de quoi alimenter ses propres théories.
Puisqu’on parle de meurtres, il faut bien sûr s’attarder sur la mort suspecte d’Aenys, dû à une maladie foudroyante. Les circonstances nous rappellent tellement la mort de Jon Arryn que s’en est troublant. L’écriture de Gyldayn renforce les soupçons contre Visenya, la tante d’Aenys : sitôt qu’il est mort, elle court trouver son propre fils, Maegor, qui usurpe la couronne de son demi-frère…
Mais que les amoureux des complots se rassurent : les mestres peuvent être impliqués dans chacune de ces morts 😉 (cette fois, Gyldayn les met directement en cause… ce qui me pousse à penser que ses écrits doivent être peu appréciés par eux).

D’autres mystères subsistent encore, et sont moins évidents à percevoir : pourquoi Aegon fête-t-il en ami les dix ans de la paix conclue avec Dorne ? Et surtout, comment se fait-il qu’il s’y rende à dos de dragon ?
Pourquoi le Conquérant n’a-t-il pas eu plus de deux enfants, alors qu’il avait deux épouses ? Les murmures, accusant Aenys d’être l’enfant d’un autre, sont-ils fondés ? Et que penser de Maegor et de sa propre infertilité ?
Tyanna de la Tour a-t-elle révélé tous ses secrets avant de mourir, ou a-t-elle menti sur ce qu’elle avait fait subir aux autres épouses de Maegor ?

Autant de mystères, de portes ouvertes, qui ne seront sûrement jamais refermées sur une explication définitive… mais qui alimenteront sans doute les discussions des passionnées dans les années qui viennent.