ACOK 10 – Arya III

  • Ce sujet contient 12 réponses, 10 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Ser Aemon Belaerys, le il y a 1 mois.
13 sujets de 1 à 13 (sur un total de 13)
  • Auteur
    Messages
  • #151769
    Emmalaure
    • Exterminateur de Sauvageons
    • Posts : 849

    ACOK 10 – Arya III
    Au fil des pages – liste des sujets

    ACOK 09, Tyrion II ACOK 11, Davos I

    « (…) Vous qui entrez, laissez toute espérance. »

    (Divine comédie, Enfer III, Dante)

    Et nous retrouvons Arya pour la troisième fois, suivant ses aventures yorennesques dans un chapitre qui marque le passage d’un point de non-retour dans le périple vers l’enfer – au sens de royaume des morts mais également des damnés – et y reprend toute une imagerie utilisée par Dante.
    Le chapitre reprend l’action là où il l’avait laissée, après que Yoren et ses recrues avaient sauvé Gendry des Manteaux d’Or à sa poursuite, mais où le frère noir avait pris la décision d’accélérer le pas pour avoir plus de chance de les semer. Au long du chapitre, cette course-poursuite dont on n’a qu’un seul point de vue – celui des poursuivis – ne va pas du tout dans le sens espéré et là encore, GRRM s’amuse à déconstruire les modèles attendus et décevoir nos réflexes : au lieu d’accélérer, la course ralentit et va effectivement… droit dans le mur, même si ce n’est pas celui auquel on pouvait s’attendre. Au lieu de l’Enfer glacé du Mur, ce sera l’Enfer à feu et à sang du Conflans.

    1. La géographie infernale

    Outre la raréfaction du trafic (et par conséquent des vivants croisés sur la route), la route sinue et devient même incertaine :

    The bad part was, the road wound back and forth like a snake, tangling with even smaller trails and sometimes seeming to vanish entirely only to reappear half a league farther on when they had all but given up hope.

    [La voie] avait pour inconvénient de sinuer tel un serpent, tantôt vers l’arrière, tantôt vers l’avant, de s’enchevêtrer avec des sentes plus étroites encore et de sembler parfois s’évaporer, pour ne reparaître qu’une demie lieue plus loin, quand on désespérait de la retrouver. Arya la détestait.

    Il semble donc que la route royale ne soit pas tout à fait régulière dans cette région du Trident – elle disparait même par endroits, ce qui semble assez étrange car on n’en a aucune mention précédemment, ni dans les chapitres de Catelyn, ni dans ceux d’Eddard dans AGOT, lorsqu’ils l’empruntent. On a même plutôt l’impression d’une route relativement large et droite au moins jusque vers l’Oeil-Dieu et Harrenhal. Alors soit GRRM a oublié sa propre géographie, soit le symbolisme a ici pris le pas sur le reste et le réalisme ambiant est davantage un habillage du récit.
    Le premier chant de l’Enfer de Dante commence avec l’évocation d’un voyage allégorique du poète, sur une route sinueuse (= qui a cessé d’être droite), entre des collines à franchir, des vallées qui se creusent, des forêts, jusqu’à rencontrer des bêtes sauvages, des félins et une louve affamés. On retrouve exactement tous ces éléments dans le chapitre, mais sur un mode réaliste, car Arya n’est pas une écrivaine en plein rêve inspiré avec une message à faire passer à ses lecteurs, c’est une petite fille qui veut juste rentrer chez elle, au Nord, et qui n’a pas d’autre choix pour cela de suivre le convoi d’un passeur noir, un certain Charon/Yoren.

    – La route sinueuse :
    the road wound back and forth like a snake

    – Les collines et les vallées :
    The land was gentle enough, rolling hills and terraced fields interspersed with meadows and woodlands and little valleys where willows crowded close to slow shallow streams
    Et plus loin, le relief s’accentue (et les forêts sont plus nombreuses :
    Here farmland gave way to forest, the villages and holdfasts were smaller and farther apart, the hills higher and the valleys deeper.

    – Les bêtes sauvages et félines sont représentées par une troupe armée qu’ils doivent contourner et dont l’étendard représente un chat sauvage (« treecat ») :
    « See a banner? »
    « Spotted treecat, yellow and black, on a mud-brown field. »

    Au passage, les couleurs de la bannière rangent la troupe du côté Lannister, mais un Lannister sale et avili, beaucoup moins glorieux que le rouge (qui est devenu un marron boueux) et l’or (devenu jaune). Le « spotted »/ »taché » en rajoute une couche sur la dégradation morale et physique. Même si les taches peuvent être celles de l’animal sur la bannière, elle peuvent aussi être des taches de boue ou des déchirures, vu comment la troupe elle-même a l’air mal en point, avec ses blessés, son mourant et sa fatigue.
    Par ailleurs, il y a bien une maison des Terres de l’Ouest (donc Lannister) dont le blason correspond à celui décrit, mais comme la saga n’en parle pas ici, je vous laisse la trouver ^^.

    – La louve : pas de citation, pour le coup, car c’est tout un passage du chapitre qu’il faudrait citer, lorsqu’une nuit, Arya s’enfonce dans la forêt pour aller faire ses besoins et qu’elle se retrouve nez à nez avec une meute de loups aux yeux brillants. Amis poètes du soir, bonsoir ! Le passage est à la fois terrifiant et drôle par sa trivialité, car il n’est pas courant d’avoir des héros dans une position aussi désespérée et peu héroïque face au danger. Les super-héros ne font pas leurs besoins. Et d’ailleurs, ils n’ont jamais de besoins physiques lorsqu’ils ne sont pas à la maison, sauf effet comique délibérément recherché. Chez GRRM, les héros sont des gens ordinaires sans super pouvoirs même lorsqu’ils sont élus : ils ont faim et soif comme tout le monde, la nourriture ne se trouve pas dans un sac d’abondance magique et ils ont parfois la vessie bien pleine, ce que ce chapitre montre bien par ailleurs.
    Questions à mille euros sur le lien mystérieux entre notre héroïne et la meute : le loup qui se détache de la meute a-t-il « reconnu » Arya à l’odeur ? Est-ce Nyméria ?

    En bref, dans le chapitre précédent d’Arya, la troupe avait croisé une femme folle leur prédisant la mort et un riche marchand monté sur une jument grise (le gris ou le pâle est la couleur du cheval de la Mort, si on se réfère aux cavaliers de l’Apocalypse, et c’est une couleur associée aux ombres et à la mort dans la saga) qui proposait de racheter tout leur chargement dont ils n’auraient que faire là où ils allaient. A l’auberge, on parlait de la meute sauvage d’une « chienne des 7 enfers ». Les présages étaient funestes. Dans ce chapitre, ils sont entrés définitivement sur le territoire de la guerre sale, des charognards (corbeaux et corneilles sont de sortie et pas seulement les frères noirs), et de la mort.

    2. Le piège se referme

    Nous venons de voir que la géographie du chapitre reprenait celle du début de l’Enfer de Dante, lorsqu’il erre avant de franchir clairement la frontière grâce au passeur Charon et « d’abandonner là toute espérance ». Au-delà de la référence littéraire, elle est aussi un moyen d’accumuler les signes funestes sur la troupe et d’enfermer nos personnages dans un piège sanglant : il n’y a pas d’échappatoire possible dans cette région, sauf si on suit le tout dernier conseil de Yoren, qui indique qu’un « malin prend le bateau » et non pas la route.

    Le piège qui se referme, c’est d’abord la route qui sinue tellement qu’elle donne l’impression d’aller en arrière autant qu’en avant. parfois, elle disparait, et les ornières et autres trous ralentissent considérablement la marche, jusqu’à faire du sur place lorsqu’ils croisent un autre petit convoi à un moment. En d’autres termes, ils tournent en rond de la même façon que les loups enfermés dans le bois sacré à Winterfell. Même les coursiers que Gendry et Arya ont reçu pour éventuellement « s’échapper » ne servent à rien : comme la fillette s’en fait la réflexion, si elle fuyait avec maintenant, elle n’aurait plus le groupe pour veiller, pour chercher à manger, pour faire les éclaireurs et pour la défendre en cas de capture. Elle reste donc parce que c’est avec le groupe qu’elle se sent le plus en sécurité :

    Only then she’d have no one to scout ahead of her, or watch behind, or stand guard while she napped, and when the gold cloaks caught her, she’d be all alone. It was <b>safer</b> to <b>stay</b> with Yoren and the others.

    Puis, quittant la route royale, il veulent contourner l’Oeil -Dieu par l’ouest, mais comme ils ont épuisé leurs provisions (déjà ?!), ils doivent vivre sur le pays, de chasse, de cueillette et de petites rapines dans les champs plus ou moins abandonnés. Ce faisant, ils se comportent déjà comme les corneilles qu’ils vont devenir quand ils seront frères jurés de la Garde : Yoren fait ici figure de lord commandant improvisé qui organise les tâches selon les compétences de chacun, entre les éclaireurs qui assurent la « sécurité » de la route et les « intendants » qui assurent le ravitaillement.

    Comme oiseaux charognards, ils sont mal accueillis là où ils croisent du monde et on peut constater qu’il n’y a pas que les Sauvageons qui les appellent « black crows », les paysans du Conflans le font aussi :

    « It’s sweetcorn, better’n a stinking old <b>black</b> <b>bird</b> like you deserves, » one of them answered roughly. « You get out of our field now, and take these sneaks and stabbers with you, or we’ll stake you up in the corn to scare the other crows away. »

    Le « sweetcorn », c’est un maïs doux, et vu que les « crows » et autres « raven » de la saga réclament avec force cris du « corn » comme s’ils étaient perpétuellement affamés, la troupe de Yoren entre dans ce registre-là également en arrivant sur les champs de bataille après les batailles. D’ailleurs, à un moment, lorsqu’ils boivent l’eau d’un ruisseau, ils lui trouvet un « goût » et Lommy prétend que c’est celui de cadavres plus haut dans le cours. Ils n’ont peut-être pas encore prononcé leurs voeux, mais ils sont déjà symboliquement des oiseaux noirs.

    Enfin, s’il n’y avait que la route difficile, ce ne serait pas trop grave, mais il se trouve qu’elle est barrée : d’abord par une troupe de soldats qui les oblige à un long détour de plusieurs jours, puis vers le nord : cela commence par l’impression que le soleil se couche au nord, et alors qu’il fait nuit, c’est tout le nord qui est embrasé :

    And watch it they did. As the world darkened, the fire seemed to grow brighter and brighter, until it looked as though the whole north was <b>ablaze</b>. (…)By dawn the fire had burned itself out, but none of them slept very well that night.

    On a envie de dire que la nuit est sombre et pleine de terreur, mais c’est vraiment du mauvais esprit. En tous les cas, dans ce chapitre, on ne parle jamais de la comète, qui a été remplacée par le feu.
    L’aube et le nouveau jour n’amènent rien de plus rassurant, au contraire, puisque Yoren conduit tout le monde sur le lieu de l’incendie, où ils découvrent l’horreur d’un massacre et recueillent deux uniques survivantes, dont aucune n’est capable d’une parole intelligible. La femme ne sait que répéter « please » (en vo), comme une prière qu’elle adresserait à on ne sait pas qui et on ne sait pas pourquoi, ce qui n’est pas sans rappeler Hodor dont le seul mot qu’il sait dire est « hodor ». La petite fille (presque un bébé), ne parle pas davantage, sans qu’on sache si elle pouvait déjà le faire et a perdu cette faculté (Arya remarque le petit sifflement étrange produit par ses pleurs). C’est un moment de lecture difficile et plutôt poignant, d’autant qu’Arya n’est pas la super-héroïne aux gestes naturellement et facilement chaleureux en toutes circonstances : le spectacle est blessant pour tous et les masques tombent : Tourte Chaude avoue qu’il n’a jamais tué personne, Arya convient qu’elle a peur autant que lui et les adultes font taire Rorge et Mordeur qui se sont mis à rire en réponse aux « please » de la femme blessée.

    Le sentiment du piège sans échappatoire est alors explicité dans un conte de vieille Nan dont Arya se souvient opportunément :
    She remembered a story Old Nan had told once, about a man imprisoned in a dark castle by evil giants. He was very brave and smart and he tricked the giants and escaped . . . but no sooner was he outside the castle than the Others took him, and drank his hot red blood. Now she knew how he must have felt.

    En interprétation, on trouve exactement le schéma de l’itinéraire d’Arya, prisonnière au Donjon Rouge (et menacée par des adultes/ »grands de ce monde »), qui parvient à s’échapper par ruse de Port Real, mais avec une perspective possiblement pire à l’extérieur. Le conte est chouette par son côté très synthétique et souple, car c’est un schéma qui s’accorde avec d’autres personnages (Tyrion s’échappant du Donjon Rouge pour arriver chez un ogre, Sansa s’échappant du même endroit pour arriver chez une Lysa habillée aux couleurs des Autres, Bran s’échappant des cryptes de Winterfell pour arriver dans une grotte à Vervoyant et promis à une vie éternelle végétale/lentement dévoré par un arbre, etc…). Il y a possiblement une vérité « première » dans ce conte, c’est-à-dire qu’il raconte peut-être à la lettre un événement du passé, mais je n’ai pas creusé la question et ce n’est pas le lieu ici ^^.
    En commençant cette partie, j’ai comparé la situation d’Arya à celle des loups enchaînés de Winterfell, ce qui ne doit finalement pas surprendre, vu qu’elle est une Stark, mais ce qui va ressortir d’une lecture symbolique du chapitre, c’est que le loup semble ici prisonnier d’un dragon.

    3.Loups et dragons

    On rembobine et on revient à cette route tortueuse du début du chapitre :

    the road wound back and forth like a snake

    « Comme un serpent », et les dragons sont souvent qualifiés de serpents dans la saga. La métaphore de la route et du serpent se poursuit dans sa faculté à disparaître et ressurgir plus loin, comme si elle entrait sous terre et en ressortait, et par sa faculté à faire « ramper » (« crawl » en vo) ceux qui la suivent.
    Je me suis demandée si la rencontre avec des gens transportant un chargement de bois de chauffage (« firewood ») tiré par un boeuf était un premier indice concernant la nature brûlante de cet enfer. Cela me semble possible, car dans la scène suivante, alors que le camp est dressé et que le groupe s’interroge sur les motivations de la capture de Gendry, ce dernier poli tellement son casque à cornes qu’Arya voit se reflèter dedans les flammes du feu de camp :

    It was a beautiful helm, rounded and curved, with a slit visor and two great metal bull’s horns. Arya would watch him polish the metal with an oilcloth, shining it so bright you could see the flames of the cookfire reflected in the steel.

    Même s’il ne le porte pas, nous voici avec une drôle d’image de bête avec des cornes et du feu. Soit le diable, soit un dragon.

    L’image enflammée suivante concerne l’incendie vu de loin, qui embrase tout le ciel nocturne au nord et remplace la comète. Le lecteur devine que ce sont les feux allumés par les ravageurs de Tywin Lannister, qui a ordonné la mise à feu et à sang du Conflans, mais l’histoire d’Harrenhal nous ayant déjà été évoquée, on sait aussi que le feu du dragon a déjà marqué le Conflans par le passé, en particulier les rives de L’Oeil-Dieu, dont Yoren veut faire le tour. Cependant, les auteurs des ravages n’étant pas nommés ici, les métaphores fonctionnent pleinement.
    Certes, ici, le dragon n’a pas d’ailes, il n’est encore qu’une grosse bête bien chtonienne et maléfique, mais il s’installe durablement dans l’itinéraire d’Arya, qui avait déjà rencontré dans les souterrains du Donjon Rouge les vieux crânes des dragons des Targaryen. Ce monstre-là s’oppose par certains à la vive et aérienne Arya, qu’on voit grimper dans les arbres et sauter de branche en branche comme un écureuil. C’est moi qui rajoute comme un écureuil parce que le texte m’y a fortement fait penser et que la métaphore est présente chez Bran :

    When she was being quiet as a shadow, she could sneak past all of them, flitting out by starlight to make her water in the woods where no one would see. Once, when Lommy Greenhands had the watch, she shimmied up an oak and moved from tree to tree until she was right above his head, and he never saw a thing.

    Les loups ne grimpant pas aux arbres, Arya n’est pas très louve non plus (mais bien plutôt Enfant de la forêt), comme le lui fait d’ailleurs remarquer Yoren, lorsqu’elle revient le voir effrayée par la rencontre qu’elle a fait avec une meute :

    « Wolves, » she whispered hoarsely. « In the woods. »
    « Aye. They would be. » He never looked at her.
    « They scared me. »
    « Did they? » He spat. « Seems to me your kind was fond o’ wolves. »
    « Nymeria was a direwolf. » Arya hugged herself.

    D’autre part, lorsqu’elle s’est éloignée du campement, c’est Tourte Chaude qui l’a d’abord interceptée pour l’avertir qu’il avait entendu des loups dans les bois, ce qui n’était pas le cas d’Arya.
    Cependant, si on ne sait pas qui est le loup qui s’est détaché du groupe (c’est peut-être Nymeria qu’Arya n’a pas reconnue), le lien se (re)noue à travers l’échange de regards entre les bêtes et la fillette et le fait qu’elle soit épargnée accentue cette impression. Il semble alors que les loups sont ici des bêtes prisonnières d’un enfer, comme semble le confirmer le rappel de l’histoire de Nymeria chassée à coups de pierres. Cela reprend l’image du loup enchaîné omniprésent dans les chapitres de Bran, et celle de la louve prisonnière présente de la même façon (mais plus discrète) avec Sansa. S’il semble qu’il y ait un antagonisme avec le dragon, il n’est pas certain que cette autre bête ne soit pas elle aussi une « bête prisonnière », comme l’est le loup. Mais prisonniers de qui et de quoi ?
    En tous les cas, comme le dit Yoren à la fin du chapitre, pour s’échapper, il faut prendre le bateau. Mais est-ce pour s’échapper ou est-ce pour aller encore un peu plus avant et profondément dans les Enfers pour voir ce qui s’y cache ?

    • Ce sujet a été modifié le il y a 1 mois et 2 semaines par R.Graymarch. Raison: Harrenhal
    #151778
    R.Graymarch
    • Vervoyant
    • Posts : 7591

    Un chapitre d’errances, pas déplaisant, mais pas non plus transcendant. J’avais oublié plein de détails, cela dit.

    Arya a quand même vachement plus peur qu’avant, ça se comprend. Il faut dire qu’il y a moins de monde, ce qui n’est pas forcément rassurant

    The good part was, with so little traffic there’d be no one to point the finger and say which way they’d gone. The human flood that had flowed down the kingsroad was only a trickle here.

    Et la nuit, elle se protège/méfie de tout le monde

    At night, she woke at every noise to grab for Needle’s hilt. They never made camp without putting out sentries now, but Arya did not trust them, especially the orphan boys. They might have done well enough in the alleys of King’s Landing, but out here they were lost. When she was being quiet as a shadow, she could sneak past all of them, flitting out by starlight to make her water in the woods where no one would see.

    Ce qui est amusant, c’est quand quelqu’un évoque Gendry le bâtard de Ned (faudrait pas mal de gymnastique dans les dates) et qu’Arya peste en silence

    Puis c’est le départ vers l’Oeildieu et la chasse au lapin. C’est vrai qu’on peut se demander comment Yoren nourrit tout ce petit monde pendant des semaines. A Blanchépine, il doit payer et il regrette le temps où les frères de la Garde étaient accueillis dans les châteaux. Au moins, ils récupèrent du corn, certes sweetcorn, mais ça fait pas mal écho à ce que mangent les « crows » (ou ce que dit parfois le corbeau de Mormont)

    “It’s sweetcorn, better’n a stinking old black bird like you deserves,” one of them answered roughly. “You get out of our field now, and take these sneaks and stabbers with you, or we’ll stake you up in the corn to scare the other crows away.”
    ——————————
    Arya thought it tasted wonderful, but Yoren was too angry to eat. A cloud seemed to hang over him, ragged and black as his cloak. He paced about the camp restlessly, muttering to himself.

    J’ai noté aussi le blason “Spotted treecat, yellow and black, on a mud-brown field.”, sans chercher plus avant

    Yoren commence à craindre qu’on les dépouille et regrette à nouveau le prestige perdu de la Garde

    Ensuite y a un archer dans un arbre (j’avais complètement oublié) et un village en feu (idem)

    La femme au moignon avec une petite fait peur à Arya, et aussi aux autres. En effet comme dit quelques chapitres plus haut, Tourte-Chaude dit qu’il avait menti quand il avait déclaré qu’il avait déjà tué un homme. L’histoire de la femme est assez terrible d’ailleurs.

    She remembered a story Old Nan had told once, about a man imprisoned in a dark castle by evil giants. He was very brave and smart and he tricked the giants and escaped . . . but no sooner was he outside the castle than the Others took him, and drank his hot red blood. Now she knew how he must have felt.

    J’ai noté aussi que les feuilles parlaient à Arya, ça m’a fait penser aux barrals (surtout si proche de l’Oeildieu)

    When the wind blew, Arya thought she could hear the long trailing branches whispering, “Please. Please. Please.”

    Quand Arya est face au loup, il ne lui fait pas de mal. En effet, c’est dur de ne pas penser à Nymeria qui a été relâchée dans les environs, surtout qu’on nous en parle au chapitre précédent d’Arya.

    Et là, on se rappelle qu’Arya n’est qu’une enfant qui veut rentrer chez elle

    “I wish I was home,” she said miserably. She tried so hard to be brave, to be fierce as a wolverine and all, but sometimes she felt like she was just a little girl after all.

    The black brother peeled a fresh sourleaf from the bale in the wagon and stuffed it into his mouth. “Might be I should of left you where I found you, boy. All of you. Safer in the city, seems to me.”

    “I don’t care. I want to go home.”

    Yoren se veut rassurant, il rapporte des recrues au Mur depuis 30 ans et il s’en sort toujours.

    “Been bringing men to the Wall for close on thirty years.” Froth shone on Yoren’s lips, like bubbles of blood. “All that time, I only lost three. Old man died of a fever, city boy got snakebit taking a shit, and one fool tried to kill me in my sleep and got a red smile for his trouble.” He drew the dirk across his throat, to show her. “Three in thirty years.” He spat out the old sourleaf. “A ship now, might have been wiser. No chance o’ finding more men on the way, but still . . . clever man, he’d go by ship, but me . . . thirty years I been taking this kingsroad.”

    Hum.

    Je sers la Garde et c'est ma joie. For this night, and all the nights to come
    MJ de Chanson d'Encre et de Sang (2013-2020) et de parties en ligne de jeu de rôle
    DOH. #TeamLoyalistsForeverUntilNow. L’élu des 7, le Conseiller-Pyat Pree qui ne le Fut Jamais

    #151779
    Athouni
    • Patrouilleur Expérimenté
    • Posts : 264

    Comme Emmalaure, j’ai trouvé qu’il y avait une dimension infernale dans ce chapitre – sans faire de parallèle avec Dante que je n’ai pas lu ^^ ACOK – Arya III est  d’abord un chapitre d’ambiance qui prépare pour le cauchemard d’ACOK – Arya IV.

    Depuis l’arrivée des Manteaux d’or au chapitre précédent d’Arya, les choses vont de mal en pis. Contraints de quitter la Route Royale, Yoren et sa troupe sont continuellement ralentis. Les routes secondaires étroites et peu praticables, les détours occasionnés pour éviter toute rencontre incertaine (en l’occurrence, des hommes d’armes de la maison Myatt, une maison vassale des Lannister), les nuits blanches causés par la peur d’être surpris en pleine nuit, etc. les signaux inquiétants sont nombreux. Trop d’événements semblent concourir à freiner leur progression pour qu’Arya et le siens échappent à la tragédie annoncée.

    https://awoiaf.westeros.org/images/a/a5/Riverlands_by_reneaigner.jpg

    Fin du monde / Fin d’un monde

    En connaissant le funeste destin de Yoren, le relecteur peut relever l’ambiance apocalyptique du chapitre. Ainsi alors qu’un village est incendié, on peut ainsi lire « as the world darkened, the fire seemed to grow brighter and brighter, until it looked as though the whole north was ablaze. » Le lendemain, « the fields were a charred desolation for miles around, the houses blackened shells. The carcasses of burnt and butchered animals dotted the ground […]. Arya saw burnt bodies impaled on sharpened stakes atop the walls, their hands drawn up tight in front of their faces as if to fight off the flames that had consumed them. » A la fin du chapitre, Arya ne trouvant pas le sommeil entend « another sound, fainter, no more than a whisper on the wind, that might have been screams. » Il y a vraiment quelque chose d’infernal dans ces scènes. Significativement, c’est le Nord qui représentait jusqu’ici à la fois une destination et une promesse de sécurité qui est en feu. Là encore, ça ne sent pas bon…

    Yoren intervient très régulièrement dans ce chapitre, Martin prend la peine de nous partager ses ressentis. L’incompréhension et l’amertume dominent nettement. Les altercations avec les paysans sont exemplaires. Il est difficile d’être rejeté, méprisé par ceux qu’on a promis de protéger. La Garde de nuit n’est plus respectée comme elle l’était auparavant. Pour Yoren, qui a consacré sa vie à la Garde, c’est la fin d’un monde.

    Outside a holdfast called Briarwhite, some fieldhands surrounded them in a cornfield, demanding coin for the ears they’d taken. Yoren eyed their scythes and tossed them a few coppers. « Time was, a man in black was feasted from Dorne to Winterfell, and even high lords called it an honor to shelter him under their roofs, » he said bitterly. « Now cravens like you want hard coin for a bite of wormy apple. » He spat.

    « It’s sweetcorn, better’n a stinking old black bird like you deserves, » one of them answered roughly. « You get out of our field now, and take these sneaks and stabbers with you, or we’ll stake you up in the corn to scare the other crows away. »

    They roasted the sweetcorn in the husk that night […]. Arya thought it tasted wonderful, but Yoren was too angry to eat. A cloud seemed to hang over him, ragged and black as his cloak. He paced about the camp restlessly, muttering to himself.

    Arya saw men guarding the fields more and more when they turned north again. Often they stood silently beside the road, giving a cold eye to anyone who passed. Elsewhere they patrolled on horses, riding their fence lines with axes strapped to their saddles. At one place, she spotted a man perched up in a dead tree, with a bow in his hand and a quiver hanging from the branch beside him. The moment he spied them, he notched an arrow to his bowstring, and never looked away until the last wagon was out of sight. All the while, Yoren cursed. « Him in his tree, let’s see how well he likes it up there when the Others come to take him. He’ll scream for the Watch then, that he will. »

    Yoren broie du noir tout au long du chapitre mais les derniers paragraphes sont les plus inquiétants à cause de la surelle, par deux fois comparée à du sang (« the sourleaf had turned his spit red, so it looked like his mouth was bleeding » & « froth shone on Yoren’s lips, like bubbles of blood« ) et à cause de l’affûtage de son poignard, laissant clairement entendre que Yoren ne se fait guère d’illusion sur ce qui va suivre. On peut également lire son monologue final sur ses années de service à la Garde de nuit de la même manière : s’il se rappelle qu’il a perdu si peu d’hommes en trente ans, c’est précisément parce qu’il sait qu’il va en perdre beaucoup plus prochainement. Et c’est précisément ce qui lui fout les nerfs en pelote.

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois et 2 semaines par Athouni.
    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois et 2 semaines par Athouni.

    « When dead men come hunting in the night, do you think it matters who sits the Iron Throne »

    #151784
    darkdoudou
    • Pas Trouillard
    • Posts : 502

    Waouh ! super présentation, j’aime beaucoup lire tous les symbolismes que tu trouves, particulièrement pertinents : Dante, Charon, les liens loup-dragon. Tu as mis des mots sur le malaise qui m’avait saisi pendant la relecture, sans que j’arrive à identifier ce qui clochait (la route qui fait des zigzags ????).

    le loup qui se détache de la meute a-t-il « reconnu » Arya à l’odeur ? Est-ce Nyméria ?

    je ne crois pas que le loup qui se détache est Nyméria (Nyméria est un direwolf, pas un wolf, rappelle Arya à Yoren). Par contre, nous savons depuis le chapitre précédent que la meute de Nyméria est aux alentours de l’Oeildieu, et justement nous sommes à proximité de ce lac.

    Bien pratique que la zomanie d’Arya ne se réveille pas ici mais plus tard, alors que celle de Bran est déjà forte. La narration d’Arya c’est de devenir une petite souris, même si elle se rend compte que les autres orphelins de la troupe ne sont pas très affûtés, quand elle arrive à les contourner facilement. Arya par contre voit bien l’intérêt de rester dans la meute, et la leçon du mâle dominant Yoren a porté : elle s’abstient maintenant de chercher chicane à tout le monde, même quand on parle de son père autour d’elle.

    Comme Emmalaure j’ai noté le côté mini lord commandant de Yoren : déjà les futures recrues commencent à former un grand corps et à collaborer pour la survie commune.

    #151833
    PierreKirool
    • Éplucheur avec un Économe
    • Posts : 48

    Emmalaure, darkdoudou: Athouni a effectivement noté que la troupe de Yoren quitte la route royale pour emprunter des chemins secondaires par peur d’être poursuivis par les Manteaux d’Or de la Reine. Ce sont ces chemins qui sont tortueux voire parfois disparaissent !

    Donc non, Martin ne se permet pas de déformer la route royale droite comme un I et large pour laisser passer au moins 2 charrettes de front, on est tous d’accord 😉

    Merci pour vos analyses et les références !

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois et 1 semaine par R.Graymarch.
    #151837
    darkdoudou
    • Pas Trouillard
    • Posts : 502

    Alors la manière dont j’ai compris ce chapitre : Yoren quitte bien la route royale, mais elle a déjà subi une belle déformation dès l’introduction du chapitre :

    La voie se réduisait quasiment à deux ornières dans les herbes folles. [..]
    Mais elle avait pour inconvénient de sinuer tel un serpent, tantôt vers l’arrière, tantôt vers l’avant, de s’enchevêtrer avec des sentes plus étroites encore et de sembler parfois s’évaporer, pour ne reparaître qu’une demi-lieue plus loin, quand on désespérait de la retrouver.

    Alors que la petite troupe est encore sur la route royale, le flot humain s’est déjà tari, les fourgons sont coincés dix fois par jour et on rencontre même une charrette de forestiers qu’il est imposssible de croiser ou dépasser pendant une journée. C’est à se demander comment le cortège royal a pu passer par ici avec le supercarrosse de Cersei ?

    C’est seulement plus loin que nous avons le détour fait par Yoren :

    « ‘n’approch’ d’ l’Œildieu, dit le frère noir un matin. La route royale s’ra dangereuse jusque c’qu’on a traversé l’Trident. Va donc contourner l’lac par sa rive ouest. Peu d’apparence qu’y nous cherchent de c’côté-là. » Et l’on prit vers l’ouest au confluent de deux ruisseaux.

    C’est à ce point du récit que les terrasses cultivées décrites précédemment font place à un autre paysage.

    Aux champs cultivés succéda dès lors la forêt, villages et forts s’amenuisèrent en se clairsemant, les collines se firent monts, les vallons combes, et se procurer des vivres devint plus ardu.

    #151842
    Emmalaure
    • Exterminateur de Sauvageons
    • Posts : 849

    Je rejoins Darkdoudou et j’ajoute que dans mes souvenirs, la troupe de Yoren avait quitté la route royale immédiatement après la confrontation avec les Manteaux d’or. Pourtant, à la relecture du chapitre et du précédent, je n’ai pas été capable de retrouver ce passage où ils auraient explicitement quitté cette route royale (une recherche sur le site « a search of ice and fire »- qui permet de retrouver le texte avec des mots clés – n’a rien donné non plus). Je n’exclus pas une erreur d’interprétation parce que le texte en vo comporte une petite ambiguïté : en effet, par deux fois dans le présent chapitre la route royale est évoquée :

    The human flood that had flowed down the kingsroad was only a trickle here.

    Ici, le « here » peut vouloir dire deux choses : soit qu’ils sont sur une autre route que la route royale, soit qu’ils sont plus loin sur cette route royale et qu’elle a changé par rapport aux deux chapitres précédents.

    « The kingsroad won’t be safe till we’re across the Trident. So we’ll come up around the lake along the western shore, they’re not like to look for us there. » At the next spot where two ruts cut cross each other, he turned the wagons west.

    La seconde citation (déjà reprise en vf par Darkdoudou) peut elle aussi signifier deux choses : soit qu’ils sont sur la route royale et vont la quitter à ce moment-là, soit qu’ils n’y sont déjà plus et qu’ils ne vont pas y retourner mais s’en éloigner encore plus.

    A mon sens, cela veut surtout dire que pour les besoins littéraires de son récit, GRRM voulait dans ce chapitre une route sinueuse et traitresse comme un serpent, car d’une part cela fait partie de la préparation des événements du prochain chapitre d’Arya, comme l’a souligné Athouni dans son post, et d’autre part cela s’insère plus globalement dans le parcours antagoniste d’Arya et des dragons (Arya étant le minuscule et discret animal anti-badass qui leur échappe parce qu’on ne la remarque pas). Ce n’est ni la première ni la dernière ambiguïté ou incohérence dans la saga, mais elles mettent bien en valeur le discours symbolique derrière l’habillage « réaliste ».

    je ne crois pas que le loup qui se détache est Nyméria (Nyméria est un direwolf, pas un wolf, rappelle Arya à Yoren). Par contre, nous savons depuis le chapitre précédent que la meute de Nyméria est aux alentours de l’Oeildieu, et justement nous sommes à proximité de ce lac.

    Je pense également que ce n’est pas Nymeria mais un des loups de la meute. Cependant, GRRM n’étant pas plus précis à ce propos, j’ai imaginé que la possibilité existait qu’Arya ne reconnaisse pas sa louve quasiment un an après avoir rompu le lien avec elle, afin de mieux marquer le renouement de ce lien perdu.
    Et puisqu’on est sur les loups, si on compte bien, Arya voit 12 yeux, donc 6 loups. On l’a déjà vu, c’est le nombre des Autres dans le prologue d’AGOT, mais aussi des louveteaux trouvés dans la neige (et dans le présent chapitre, Arya résume par « a whole pack », ce qui renvoie bien au souvenir de ces 6 loups aux 6 enfants Stark), et plus récemment les Manteaux d’or cherchant à arrêter Gendry. Il y a beaucoup d’autres occurrences de ce chiffre tout au long de la saga. Six, c’est le « chiffre de la Bête » dans notre imaginaire occidental, et le contexte infernal du Conflans se prête parfaitement à cette symbolique. Par ailleurs, de la même manière que les Autres du prologue, les loups semblent surgir directement des arbres; leurs yeux sont également remarquablement visibles et brillants, grâce à la lueur de la lune qui se reflète sur eux, de la même façon qu’elle se reflétait sur les Autres du prologue. En cherchant à interpréter ces parallèles, j’en vois un supplémentaire qui concerne la « nature » des loups et des Autres, à savoir que ce sont des chasseurs. Le conte de Vieille Nan à propos du héros malin qui s’échappe de sa prison pour tomber sur les Autres – et dont Arya se souvient juste avant l’épisode de la rencontre avec les loups dans le bois – renforce encore le parallèle.

    Dans mon précédent post, je me demandais de quoi ou de qui les loups et les dragons pouvaient être prisonniers, mais il y a déjà des éléments de réponse : ils sont piégés par les hommes et leurs actions, et en retour, les hommes se « bestialisent ». Dans ce chapitre, on le voit bien dans un certain nombre de détails. J’ai déjà relevé le fait que la troupe de Yoren avait le comportement des corneilles et corbeaux noirs qui rapinaient les champs et arrivaient sur les champs de bataille pour se repaître de charogne, mais on a aussi Arya qui joue les écureuils/oiseaux/souris, la troupe de soldats inconnus à l’étendard de chat sauvage/léopard, ou encore Gendry avec son casque qu’il ne porte pas au début du chapitre, mais qu’il coiffe lorsque Yoren part en éclaireur dans le village incendié, ce qui lui donne une voix caverneuse. Je n’ai pas parlé de la bête à trois têtes que font Rorge, Mordeur et Jaqen dans leur cage et qui pourrait être une variation sur le mythologique Cerbère gardien des Enfers. Mordeur lui-même, avec son nom, sa face où la bouche est uniquement menaçante et incapable de proférer d’autres sons que des sons inarticulés d’animaux, est une véritable bête féroce. Aussi, lorsque Yoren laisse entendre que les véritables loups sont moins dangereux que ceux cachés sous une « peau d’homme », on ne peut que l’approuver : les vrais loups ont épargné Arya et n’attaquent jamais la troupe malgré leur proximité.

    #151844
    PierreKirool
    • Éplucheur avec un Économe
    • Posts : 48

    J’ai relu aussi de mon côté et tu as raison : la route royale est incroyablement mauvaise et quand ils finissent par la quitter c’est pire.

    C’est très étrange effectivement et pas très pratique pour le commerce ou les voyages royaux…

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois et 1 semaine par R.Graymarch.
    #151864
    Papillon de Naath
    • Éplucheur avec un Économe
    • Posts : 25

    Merci à tous pour vos analyses très intéressantes !

    En ce qui concerne l’histoire de la route royale, pour moi ils n’y sont plus dès le début du chapitre. Quand Yoren parle de la quitter quelques paragraphes plus tard, je le comprends comme un flashback du POV d’Arya précisément destiné à nous expliquer pourquoi ils sont sur une route aussi sinueuse et étroite.

    Pour schématiser très vulgairement comment je perçois le déroulé du début du récit: « On est sur une route sinueuse, on en est là parce qu' »un matin » Yoren a dit qu’il fallait contourner l’Oeil Dieu, après on a galéré et on galère encore… »

    #151873
    Pandémie
    • Fléau des Autres
    • Posts : 2115

    Il me semble, et vous m’en excuserez, que vous avez aussi une vision un peu « route « romaine » de la Route royale. Ce n’est qu’un chemin de terre et de cailloux, le seul vrai ouvrage digne de ce nom, c’et la chaussée à travers le Neck. Elle ne serait même pas considérée comme carrossable dans notre univers, si ce n’est par des tracteurs ou véhicules du genre, et le voyage en carrosse de Cersei et Cie est dit comme épuisant lui aussi. Ce qui la distingue des autres, c’est son tracé nord-sud au-travers de différentes couronnes, les auberges et abris qui la jalonnent et le fait qu’elle soit relativement sécurisée en temps normal. Mais elle n’est ni plus grande ni plus belle qu’un chemin à travers champs.

    C’est aussi un phénomène réaliste que l’état d’esprit influe sur la perception de la route, alors que c’st pourtant la même. VOus avez sûrement tous vécu un départ en vacances à la montagne ou à la mer où la dernière demi-heure est un enchantement et le trajet semble court, et que le même au retour avec les 30 dernières minutes à travers des zones commerciales et industrielles et des enfants qui râlent semble interminable. Arya n’est pas la seule victime du phénomène. Jon, quand il arrive ou fuit Châteaunoir, et Brienne, quand elle traverse le Conflans avec ou sans Jaime, ont une vision très différente de la route parcourue.

    Ca n’empêche pas GRRM, comme vous le dites très bien, de rajouter une couche littéraire sur les routes, par exemple la chaussée du Neck qui est comme une balafre à travers l’Histoire et évite de plonger dans une sorte d’inframonde magique et dangereux que seraient les marais. Ici, Arya se dirige bel et bien vers l’enfer sur cette route, principalement Harrenhal, d’autant que l’on sait qu’elle voyage avec un « ange » de la mort ou va rencontrer un autre « Cerbère » Clegane. Mais cela ne crée en rien un mystère, cela reste une bête route de l’époque, qui suit le relief, sur laquelle voyage une gamine qui n’a qu’une envie, rentrer chez elle.

    #152146
    Hizieł
    • Éplucheur de Navets
    • Posts : 24

    Merci Emmalaure pour cette belle présentation et à toutes et tous pour les points soulevés plus haut !

    Un détail qui m’a vraiment interpellé, et qu’Athouni a également relevé est l’évocation implicite du « destin funeste de Yoren », notamment par les descriptions angoissantes et sanglantes de la surelle qu’il mâche inlassablement.

    En connaissant le funeste destin de Yoren, le relecteur peut relever l’ambiance apocalyptique du chapitre.

    […]

    Yoren broie du noir tout au long du chapitre mais les derniers paragraphes sont les plus inquiétants à cause de la surelle, par deux fois comparée à du sang (« the sourleaf had turned his spit red, so it looked like his mouth was bleeding » & « froth shone on Yoren’s lips, like bubbles of blood« ) et à cause de l’affûtage de son poignard, laissant clairement entendre que Yoren ne se fait guère d’illusion sur ce qui va suivre.

    Mais ce qui m’a vraiment interpellé à la relecture c’est le parallèle avec Masha Heddle, la tenancière de l’Auberge du carrefour dans AGOT, elle aussi accro à la surelle, et dont la description par Catelyn (juste avant de capturer Tyrion) est visuellement très proche:

    The sourleaf had stained Masha’s teeth a dark red, and made her smile a bloody horror. […] Her ghastly red smile
    [AGOT 29 – CATELYN V]

    Je me rappelais justement bien de cette description car on avait souligné lors de la relecture d’AGOT à quel point elle était visuelle et efficace pour dépeindre le personnage.
    En ayant en tête ce qui arrive à Masha Heddle -pendue quelques temps plus tard par Tywin- retrouver ici la description de la bouche ensanglantée de Yoren, et connaissant (avantage de nous autres relecteurs et relectrices) sa fin tragique quelques chapitres plus loin, je ne sais pas vous mais désormais je ferai attention aux descriptions de surelle dans la saga!

    Justement par la suite, l’addiction à la surelle de 2 autres personnages « importants » sera évoquée à plusieurs reprises : par Jaime à propos de ser Emmon Frey (reprenant « l’écume » [froth] déjà utilisée pour Yoren) :

    « He had been chewing sourleaf again; pinkish froth glistened on his lips »
    « Lord Emmon rubbed his mouth. His hand came away red and slimy from the sourleaf » [AFFC – Jaime VI & VII]

    Et par Samwell à propos de Marwyn (dans exactement les mêmes termes que ceux utilisés pour Masha) :

    « Marywn smiled a ghastly smile, the juice of the sourleaf running red between his teeth » [AFFC – Samwell V]

    À voir donc si le SurelleGate sévira encore pour ces deux-là !

    #152194
    Black Aly
    • Éplucheur de Navets
    • Posts : 20

    …Humm intéressant comme parallèle entre la surelle et le destin funeste des personnages.  J’y vois aussi une sous lecture concernant les personnages pov eux-mêmes, le sourire rouge (red smile) est clairement destiné aussi à Catelyn.

    #152298
    Ser Aemon Belaerys
    • Exterminateur de Sauvageons
    • Posts : 830

    Au passage, les couleurs de la bannière rangent la troupe du côté Lannister, mais un Lannister sale et avili, beaucoup moins glorieux que le rouge (qui est devenu un marron boueux) et l’or (devenu jaune). Le « spotted »/ »taché » en rajoute une couche sur la dégradation morale et physique. Même si les taches peuvent être celles de l’animal sur la bannière, elle peuvent aussi être des taches de boue ou des déchirures, vu comment la troupe elle-même a l’air mal en point, avec ses blessés, son mourant et sa fatigue. Par ailleurs, il y a bien une maison des Terres de l’Ouest (donc Lannister) dont le blason correspond à celui décrit, mais comme la saga n’en parle pas ici, je vous laisse la trouver ^^.

    Maison Myatt ? cf wiki

    D’après les notes de bas de page, ce sont justement des hommes de cette maison qui croisent le convoi de Yoren.

    Le blason fait en effet écho au symbole d’un lion sale et tacheté, et dans la boue.

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois par R.Graymarch.

    -"Comment veux-tu mourir, Tyrion, fils de Tywin ?"
    - "Dans mon lit, à l’âge de 80 ans, le ventre plein de vin et ma queue dans la bouche d’une pute. "

13 sujets de 1 à 13 (sur un total de 13)
  • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.