ACOK 13 – Daenerys I

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  • Ce sujet contient 18 réponses, 13 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par O’Cahan, le il y a 2 mois et 2 semaines.
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  • #152330
    Lady
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    ACOK 13 – Daenerys I
    Au fil des pages – liste des sujets

    ACOK 12, Theon I ACOK 14, Jon II

    On retrouve Daenerys après le bûcher de son bien-aimé Drogo et la naissance de ses dragons. Dans ce chapitre Daenerys est à la croisée des chemins et plusieurs routes semblent se présenter à elle, alors qu’une seule est envisageable, celle indiquée par la comète.

    Aller de l’avant :

    Le chapitre s’ouvre sur la comète surnommée « l’Etoile sanglante » par les Dothrakis et Daenerys se souvient l’avoir vue lors du bûcher funéraire de Khal Drogo : la comète est tout de suite associée au sang et au feu qui rappelle la devise des Targaryen et aussi les dragons. Pour Daenerys le message (envoyée par les dieux) est clair, la comète lui montre la voie.

    En vérité c’est la seule voie qu’elle peut suivre. Au nord, la mer Dothrak est trop dangereuse pour son petit khalasar, au sud du fleuve les terres des Agnelets lui sont interdites après les massacres perpétués par le khalasar de Drogo et descendre le fleuve vers les cités esclavagistes de Meereen, Yunkai et Astapor serait prendre le risque de croiser la route du nouveau Khal Pono à la tête de dix mille guerriers. Daenerys doit donc tourner le dos à son peuple d’adoption et son passé avec Drogo pour guider les siens à travers le désert dans l’espoir d’un meilleur avenir (qui ne serait pas de finir avec les veuves du Dosh Khaleen).

    Si au début du voyage Daenerys a des allures de demi-déesse, enroulée dans sa peau de lion blanc, à la manière d’Hercule avec la peau du lion de Némée, le désert la métamorphose en une demi-vivante et c’est au-devant d’une petite troupe de « mort-vivants » qu’elle traverse les plaines rouges. Vieillards, jeunes enfants, faibles, beaucoup meurent de soif et d’épuisement.  Daenerys fait ses adieux à Doreah qui lui avait permis de reprendre l’ascendant sur sa vie en reprenant le contrôle de sa sexualité. C’est encore un lien entre elle et Drogo qui s’efface.

    Alors que les morts se suivent, Daenerys se concentre sur ses dragons (son futur) qui remplacent les membres de sa famille et ceux qu’elle a aimés qui ne sont plus. Si les humains fondent sous le soleil écrasant, les trois dragons s’épanouissent. Après s’être souvenu des paroles de son frère Viserys et avoir donné de la viande cuite aux dragons, ils commencent à grandir et à prendre des forces. Daenerys les a nommés Drogon, Rhaegal et Viserion en l’honneur des hommes qu’elle a perdu. La jeune femme se montre comme une mère féroce prête à protéger « ses enfants » des hommes d’abord (Khal Pono) puis des dieux. Elle se montre aussi très possessive : « Ils sont à moi […] Moi vivante, personne ne me les prendra. » « Ils n’auront pas mes dragons, jura-t-elle. Ils ne les auront pas. »

    Le désert n’en finissant pas, Daenerys commence à perdre espoir lorsque ses éclaireurs reviennent avec une bonne nouvelle : une ville n’est plus très loin.

    La ville des spectres :

    Le petit Khalasar arrive dans une cité toute blanche remplie de ruine et d’os. Pourtant Daenerys et les siens y retrouvent vie. Grâce aux fruits et à l’eau fraiche, la petite troupe recouvrent des forces et les blessures peuvent enfin cicatriser. Dans la cité des spectres, Daenerys repensent à ceux qui la hantent : « Viserys, Khal Drogo, mon fils Rhaego m’accompagnent en permanence. » Jorah Mormont lui parle des siens. Sa première femme née Glover et sa deuxième femme Lynce Hightower qui avait deux fois son âge lorsqu’il l’a rencontré et qui ressemblait à Daenerys. La jeune femme comprend alors les sentiments amoureux de son chevalier. Alors qu’il lui avait déjà expliqué être en exil pour avoir vendu des braconniers en esclavages, ici Jorah se montre moins direct : « Je recourus à des expédients que je rougirais d’avouer. Contre de l’or. » Jorah a-t-il déjà pris conscience que Daenerys répugne l’esclavagisme après qu’elle ait libéré les esclaves de son khalasar ?

    Daenerys s’endort et est visitée dans son sommeil par un de ses spectre, Drogo avec qui elle chevauche des dragons.

    La croisée des destins :

    Daenerys envoie ses trois sang-coureurs dans le désert afin de déterminer la route à suivre. En attendant le retour des trois guerriers, Vaes Tolorro, la cité des os reprend vie grâce au petit khalasar (même si une femme trouve la mort, piquée par un scorpion rouge).

    Du sud, Rakharo est le premier à revenir avec une promesse de mort si le khalasar prend cette direction. Il n’y a que du désert jusqu’à la mer et le squelette de dragon croisé par le sang-coureur nous donne un aperçu du destin de Daenerys s’il n’y avait pas eu Vaes Tolorro.

    Aggo revient ensuite du sud-ouest où il a trouvé deux autres cités mortes comme Vaes Tolorro qui laissent présager de l’avenir de Daenerys si elle choisit de rester dans la cité des os : la mort symbolisée par les gardes-squelettes de la première citée et l’oubli symbolisé par les rouleaux manuscrits trop secs et friables pour être emportés.

    Enfin, c’est Jhoggo revenant du sud-est qui apporte la réponse tant attendue, accompagnée de « trois rois mages guidé par la comète ». Sont alors introduits trois étranges personnages, le grand conjurateur Pyat Pree, Xaro Xhoan Daxos des Treize, prince négociant de Qarth et Quaithe de l’ombre qui venant de Qarth sont à la recherche des dragons.

    Conclusion :

    Ce chapitre est l’occasion pour Daenerys de faire son deuil. Elle traverse d’abord un « enfer » de sable avant de se reposer dans une cité morte remplie de spectres et peut ainsi dire adieu à ses morts. Elle coupe les derniers liens qui la relient à son passé et peut ainsi aller de l’avant sans jamais regarder en arrière.

    • Ce sujet a été modifié le il y a 7 mois et 2 semaines par R.Graymarch.
    #152345
    R.Graymarch
    • Vervoyant
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    C’est un chapitre de transition en effet. Assez précis mais aussi bien flou en même temps

    Treizième chapitre du livre (mais premier de Daenerys) et on voit encore la comète. Ou on n’avance pas, ou elle se montre très longtemps^^ Comme noté plus haut, la comète est ambiguë. Destinée à Daenerys (parmi tant d’autres, cf les POV précédents) mais pointant vers la mort. Daenerys est un peu mystique sur sa destination mais aussi elle n’a pas trop le choix (elle est réaliste sur ses guerriers mais pas sur ses dragons)

    J’ai aussi noté l’aspect gollumesque (pour la possession) de Daenerys au sujet de ses dragons. A sa décharge, c’est vraiment un bien rare, et il ne lui reste plus que ça ou presque. Le hic, c’est qu’ils attirent les convoitises et sont très fragiles pour le moment

    “One swipe from an arakh would put an end to them, though Pono is more like to seize them for himself. Your dragon eggs were more precious than rubies. A living dragon is beyond price. In all the world, there are only three. Every man who sees them will want them, my queen.”

    “They are mine,” she said fiercely. They had been born from her faith and her need, given life by the deaths of her husband and unborn son and the maegi Mirri Maz Duur. Dany had walked into the flames as they came forth, and they had drunk milk from her swollen breasts. “No man will take them from me while I live.”

    “You will not live long should you meet Khal Pono. Nor Khal Jhaqo, nor any of the others. You must go where they do not.”

    L’équipage a fière allure (j’avais aussi noté le lion herculéen… et vestige de feu son mari)

    Her hair had burned away in Drogo’s pyre, so her handmaids garbed her in the skin of the hrakkar Drogo had slain, the white lion of the Dothraki sea. Its fearsome head made a hood to cover her naked scalp, its pelt a cloak that flowed across her shoulders and down her back. The cream-colored dragon sunk sharp black claws into the lion’s mane and coiled its tail around her arm, while Ser Jorah took his accustomed place by her side.

    Tout ça a vite un air de Moïse guidant les Hébreux dans le désert. L’Exode, quoi. Du coup, c’est moins glamour. On a des morts : certains sont honorés, d’autres non.

    Dany bid them kill the weakest of their dying horses, so the dead man might go mounted into the night lands.

    /

    The child had been too young to ride, poor thing. Not for her the endless black grasses of the night lands; she must be born again.

    Au fur et à mesure du périple, les corps (des survivants) changent : les peaux se craquèlent, tout s’assèche. Il y a une transformation physique due aux privations. En parallèle (?), les dragons se portent mieux. J’ai noté cette comparaison étrange avec les chats de Pentos.

    The dragons were no larger than the scrawny cats she had once seen skulking along the walls of Magister Illyrio’s estate in Pentos . . . until they unfolded their wings

    Pour la partie nourriture, on insiste bien sur le fait que c’est Viserys qui a enseigné ce savoir à Daenerys

    They would hiss and spit at each bloody morsel of horsemeat, steam rising from their nostrils, yet they would not take the food . . . until Dany recalled something Viserys had told her when they were children.

    Only dragons and men eat cooked meat, he had said.

    Je suis assez impressionné qu’il sache ça (ça fait bien longtemps qu’il n’y a plus de dragon) et que sa soeur l’ait retenu. Obsession des dragons car ils sont les derniers Targaryen ? (corollaire : qui leur a appris ? Willem Darry ?)

    Je note aussi que Dany est possessive mais (ou alors c’est une conséquence) que les dragons ont besoin d’être prêts d’elle

    Irri and Jhiqui carried the others in a cage of woven wood slung between their mounts, and rode close behind her, so Dany was never out of their sight. It was the only way to keep them quiescent.

    Quand il s’agit de les nommer, Daenerys prouve encore sa connaissance des dragons, car elle connait le nom des dragons de la Conquête. Ce qui m’a encore plus scié, c’est qu’Aggo connaisse Balerion. A 300 ans et un continent de distance, pour un peuple sans langue écrite….

    Je pose ça là, je sais que ça va attirer plein de fans de vampirisation ou autre^^

    Yet even as her dragons prospered, her khalasar withered and died.

    Ensuite, Doreah meurt (j’avais complètement oublié même si en relisant je me suis dit « ben oui, c’est vrai »). Daenerys fait le maximum pour être près d’elle jusqu’au bout

    Jhogo said they must leave her or bind her to her saddle, but Dany remembered a night on the Dothraki sea, when the Lysene girl had taught her secrets so that Drogo might love her more. She gave Doreah water from her own skin, cooled her brow with a damp cloth, and held her hand until she died, shivering. Only then would she permit the khalasar to press on.

    Avec tous ces morts qui s’accumulent, il est temps de se poser des questions… ou pas

    “Perhaps we are doomed if we press on . . . but I know for a certainty that we are doomed if we turn back.”

    On n’a pas de « If I look back, I’m lost » mais on n’est pas loin

    Daenerys croit toujours en sa destinée, ou veut y croire

    The comet mocks my hopes, she thought, lifting her eyes to where it scored the sky. Have I crossed half the world and seen the birth of dragons only to die with them in this hard hot desert? She would not believe it.

    Et on arrive dans la cité abandonnée (aucune idée de la durée du voyage). Je ne sais pas si les figues ont un sens particulier. Ce qui est amusant, c’est que tout ce qu’ils trouvent est pas terrible mais vu qu’ils crevaient de faim, tout parait délicieux. Je note aussi que les Dothrakis ont peur de la cité mais que c’est un lieu de renaissance (y compris pour les cheveux de Daenerys)

    Jorah vient parler à Daenerys, nue sous sa peau de lion (hum). C’est là que j’ai appris que « reverie » est un mot anglais.
    J’ai noté également qu’on parle des fantômes qui vivent en nous (que les personnages soient vraiment morts ou pas, car l’épouse de Jorah n’est pas morte à ce que l’on sait) avant de parler du passé de Jorah

    “My handmaids say there are ghosts here.”

    “There are ghosts everywhere,” Ser Jorah said softly. “We carry them with us wherever we go.”

    Yes, she thought. Viserys, Khal Drogo, my son Rhaego, they are with me always. “Tell me the name of your ghost, Jorah. You know all of mine.”

    His face grew very still. “Her name was Lynesse.”

    Jorah déballe son histoire (on fait le lien avec la rébellion de Balon et donc le chapitre précédent) mais en effet passe sous silence la vente d’esclaves. J’ai noté aussi cette formule assez ambiguë

    Ten years we were wed, or near enough as makes no matter.

    Après, on entre dans un rapport de séduction un peu malsain que Daenerys envisage (mentalement) avant de le repousser

    She gave him leave to go, but as he was lifting the flap of her tent, she could not stop herself calling after him with one last question. “What did she look like, your Lady Lynesse?”

    Ser Jorah smiled sadly. “Why, she looked a bit like you, Daenerys.” He bowed low. “Sleep well, my queen.”

    Dany shivered, and pulled the lionskin tight about her. She looked like me. It explained much that she had not truly understood. He wants me, she realized. He loves me as he loved her, not as a knight loves his queen but as a man loves a woman. She tried to imagine herself in Ser Jorah’s arms, kissing him, pleasuring him, letting him enter her. It was no good. When she closed her eyes, his face kept changing into Drogo’s.

    Daenerys envoie des éclaireurs, tout se passe bien (sauf ce scorpion et je me demande pourquoi on insiste là dessus^^)

    One woman was stung by a red scorpion, but hers was the only death. The horses began to put on some flesh. Dany tended Ser Jorah’s wound herself, and it began to heal.

    Les éclaireurs reviennent un par un mais on n’a jamais aucune notion du temps écoulé

    Rakharo was the first to return. Due south the red waste stretched on and on, he reported, until it ended on a bleak shore beside the poison water. Between here and there lay only swirling sand, wind-scoured rocks, and plants bristly with sharp thorns. He had passed the bones of a dragon, he swore, so immense that he had ridden his horse through its great black jaws. Other than that, he had seen nothing.

    Puis on dépierre la plaza. Ce dragon me pose aussi question. Et si l’éclaireur est arrivé à la mer, il y avait peut-être du passage pas loin (bateaux, voire une ville ?)

    Aggo revient

    Aggo was back next. The southwest was barren and burnt, he swore. He had found the ruins of two more cities, smaller than Vaes Tolorro but otherwise the same. One was warded by a ring of skulls mounted on rusted iron spears, so he dared not enter, but he had explored the second for as long as he could. He showed Dany an iron bracelet he had found, set with a uncut fire opal the size of her thumb. There were scrolls as well, but they were dry and crumbling and Aggo had left them where they lay.

    Puis on répare la porte (toujours un petit « rituel » comme si on allait s’installer ici). Là aussi plein de questions sur le bracelet de fer, l’opale, les parchemins… Mais bon tant pis, on passe outre

    Car les Rois mages arrivent (ils devaient être super motivés pour faire une aussi longue marche)

    The pale man with the blue lips replied in guttural Dothraki, “I am Pyat Pree, the great warlock.”

    The bald man with the jewels in his nose answered in the Valyrian of the Free Cities, “I am Xaro Xhoan Daxos of the Thirteen, a merchant prince of Qarth.”

    The woman in the lacquered wooden mask said in the Common Tongue of the Seven Kingdoms, “I am Quaithe of the Shadow. We come seeking dragons.”

    On a toujours aucune idée de la durée. Et chaque émissaire parle une langue différente (rigolo, dans l’ordre inverse d’apprentissage de Daenerys).

    L’Exode (première partie) prend fin, les survivants sont sauvés. Plus ou moins

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    #152357
    Pandémie
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    J’avoue trouver ce chapitre très en-dessous. Cette vision du désert à un côté fantasy old school à la Conan des années 30, pour être poli (je ne trouve pas, mais je me souviens d’un article hyper intéressant de @babardesbois j sur l’orientalisme, mais c’était peut-être pour un colloque, enfin je crois) . La comète, les dragons, la cité déserte (mais avec des puits, des figues, des parchemins et des trésors  ou le squelette géant de dragon pas du tout ensablés sur lesquels on tombe par hasard, les trois mystérieux étrangers à la fin (dont deux mages). Au moins on a Dany qui prend ses responsabilités et de l’envergure, mais le côté Moïse à travers le désert, mouais.

     

    #152377
    darkdoudou
    • Pas Trouillard
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    Ce chapitre est le premier de trois consécutifs qui sont une pause pour les protagonistes Daenerys – Jon – Arya. En route vers l’inconnu, ils arrivent chacun dans un village abandonné qu’il faut fouiller pour des résultats inattendus.

    Pour Daenerys, tout semble bien tourner, après les dragons, la comète parue « la nuit même où le bûcher de Khal Drogo avait réveillé les dragons » montre la voie. Le village fait office d’oasis inespéré (un pêcher qui pousse près du désert, sérieux ?). Elle a le mérite d’oser prendre cette route dangereuse et d’entrer dans le village malgré tous les présages et avis contraires. J’ai noté que ce village est même vidé de son dieu, laissant une place vide sur le marbre.

    Les noms des 3 spectres de Daenerys se rapprochent de ceux des dragons, et pour une fois comme observé par Lady et R.Graymarch, Viserys est présenté d’une façon positive.

    Au sujet des 3 rois mages – qui arrivent sur des chameaux ? – je suis d’accord avec les 3 avis plus haut, c’est vraiment trop. Spécialement pour Xaro Xhoan Daxos que je vois très peu quitter son palais somptueux sans aucun serviteur pour une aventure de plusieurs mois en compagnie de trois individus peu recommandables. Pour le côté symbolique, ça marche super bien. Pour le réalisme, c’est plus difficile à croire.

    Je ne sais pas si les figues ont un sens particulier

    puisque tu parles de l’Exode, les figuiers font partie des attributs annoncés de la Terre Promise.

    #152378
    Babar des Bois
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    Merci pour ce résumé 🙂 ! Pour appuyer la thématique « transition » que tu développes, on peut aussi penser au passage d’une inspiration « médiévale » (Huns/Mongols) à des reprises très antiques (Babylone, Carthage, et autres cités orientales antiques).
    C’est rigolo, je n’avais pas pensé au lion de Némée pour la peau du Hrakkar, plutôt au tableau d’Attila de Delacroix.

    (je ne trouve pas, mais je me souviens d’un article hyper intéressant de @babardesbois j sur l’orientalisme, mais c’était peut-être pour un colloque, enfin je crois)

    (c’est gentil, merci ^_^). Oui, c’était pour le colloque des Imaginales 2020 (les actes doivent paraître en octobre).

    Avec ACOK, on rentre en effet dans les aspects les plus visibles de l’orientalisme classique. Il y avait des éléments d’orientalisme dans l’arc Dothraki (par ex. la description des marchés de Vaes Dothrak) – mais c’était surtout la thématique de la « barbarie » qui était creusée. Et avec le passage du désert rouge, on ouvre un autre arc, et on plonge tête baissé dans l’orientalisme. L’image du désert aride et de l’oasis salvatrice rempli de merveilles fait partie du panel, celle d’un orient exotique et bigarré (cf. la description des Qarthiens) aussi – et on en verra d’autres se déployer par la suite, à Qarth.
    Je trouve aussi que la thématique biblique est très présente (mais j’avoue ne presque pas connaître Conan ^^’). On a les rois-mages qui arrivent pour voir la naissance d’un miracle (les dragons), ainsi que l’image du prophète qui passe par un désert -et pas uniquement Moïse, cette image est assez récurrente dans la Bible : Elie et Israël dans l’ancien testament, Jésus et Jean-Baptiste dans le nouveau, etc… Un désert hostile qui met à l’épreuve, avec des tentations (c’est peut-être l’aspect qui n’est pas présent dans ce chapitre. Ou alors on peut considérer que Daenerys est en fait toujours dans son désert à la fin de ADWD et que la tentation qui la détourne de son objectif sont les cités orientales). Mais un désert qui permet une révélation (la renaissance de Daenerys dont parle Gray ? Daenerys qu’on voit en action en tant que véritable cheffe ?). Dans le chapitre de Daenerys qui suit on trouve également une image biblique, on pourra en discuter alors ^^

    puisque tu parles de l’Exode, les figuiers font partie des attributs annoncés de la Terre Promise.

    Dans l’ensemble du TDF, je dirais que les figues sont plutôt associées à l’orientalisme (fruit exotique, qui vient d’un pays chaud). On les trouve surtout dans les chapitres de Daenerys (depuis les Dothrakis, jusqu’à Meereen), ou dans ceux des personnages qui sont à Essos (Tyrion à Pentos), ou à Dorne.

    #hihihi
    Co-autrice de "Les Mystères du Trône de Fer II - La clarté de l'histoire, la brume des légendes" (inspirations historiques de George R.R. Martin)

    #152379
    Lapin rouge
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    J’ai noté que ce village est même vidé de son dieu, laissant une place vide sur le marbre.

    Les Dothrakis qui ont pillé et détruit le village ont sans doute emporté son dieu pour leur voie des dieux.

    Au sujet des 3 rois mages – qui arrivent sur des chameaux ? – je suis d’accord avec les 3 avis plus haut, c’est vraiment trop. Spécialement pour Xaro Xhoan Daxos que je vois très peu quitter son palais somptueux sans aucun serviteur pour une aventure de plusieurs mois en compagnie de trois individus peu recommandables. Pour le côté symbolique, ça marche super bien. Pour le réalisme, c’est plus difficile à croire.

    On s’en fout, c’est tellement la classe cette fin de chapitre (cf. passage cité par Gray). Et on peut toujours se dire que Jhogo a laissé leurs serviteurs plus loin, pour n’amener que les trois notables devant sa khaleesi. Quant à la motivation, franchement, à l’annonce de l’apparition de trois dragons, je pense qu’ils auraient été prêts à aller beaucoup plus loin (Marwyn ne part-il pas direct pour Meereen dans un contexte similaire ?).

    They can keep their heaven. When I die, I’d sooner go to Middle Earth.
    #152384
    Tizun Thane
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    C’est un chapitre de transition, pour amener Daenerys de la mer Dothraki à Qarth. Je le trouve plutôt rapide, par rapport au voyage que la petite troupe d’éclopés entreprend. (Les voyages de Brienne en comparaison… Je taquine 😉

    J’ai bien aimé l’ambiance « traversée du désert » et le mystère qui entoure la cité des ossements, qui effectivement a l’air d’avoir été rasée par d’autres Dothraki.

    Pas grand chose à ajouter en relecture. J’ai trouvé touchant et de bon conseil ser Jorah dans ce chapitre. Ca ne va pas durer ^^

    #152386
    R.Graymarch
    • Vervoyant
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    Narrativement, on aurait pu imaginer Daenerys et son groupe qui arrivent à Qarth. Mais d’un point de vue littéraire et symbolique, je suis d’accord que c’est plus fort qu’on vienne à elle (et ses dragons).

    puisque tu parles de l’Exode, les figuiers font partie des attributs annoncés de la Terre Promise.

    Apparemment y a pas mal d’occurrence du figuier dans la Bible (mais aussi le Coran, l’Odyssée… probablement une histoire de climat). On peut notamment supposer que c’est l’arbre de la connaissance du bien et du mal pour la partie juive (côté chrétien, on aime bien voir un pommier)

    Je sers la Garde et c'est ma joie. For this night, and all the nights to come
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    #152433
    Emmalaure
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    Merci Lady pour la présentation de ce chapitre symboliquement très riche, même si à première vue il reprend tout un paquet de clichés littéraires et mythologiques. Je trouve pour ma part que GRRM sait très bien se servir de tous ces clichés pour construire son propre monde, avec sa mystique, et dépasser le simple roman d’aventures.
    Je me souviens qu’à ma toute première relecture, j’avais été surprise de voir que la traversée du désert ne faisait qu’un seul chapitre, là où dans mes souvenirs il y en avait deux, et où j’avais souffert de l’aridité presque autant que les personnages – sans boire ni manger pendant la lecture . Evidemment, ça ne tenait qu’au fait que ce chapitre se découpe clairement en deux parties.

    Je vais explorer plus particulièrement la ville – de près et de loin – parce que vous ne l’avez pas encore fait et que je peux tricher, j’ai déjà des trucs dessus !
    Cette ville, nous la voyons d’abord de loin, presque comme un mirage, et ce sont ses murs qui frappent la vue :

    Lorsque la ville s’offrit à ses regards, avec la blancheur de ses murs et de ses tours comme dépolie par un voile de chaleur, elle lui parut trop belle pour être autre chose qu’un mirage. « De quelle cité s’agit-il ? demanda-t-elle à Mormont. En avez-vous une idée ? »
    Il secoua la tête. « Non, ma reine. Jamais je ne me suis tant aventuré à l’est. »
    Dans le lointain, les murs blancs promettaient si bien repos et sécurité, convalescence et retour des forces que Daenerys n’aspirait à rien tant qu’à se précipiter vers elles.

    Le thème du mur est un thème qui accompagne Daenerys tout le long de son parcours, de manière relativement discrète – car masqué par d’autres thèmes plus spectaculaires – mais bien présents. Les murs pour Daenerys représentent l’enfermement. A ce titre, elle entre tout à fait dans la figure de la princesse prisonnière dans sa tour attendant sa délivrance, a priori grâce à un prince promis/chevalier servant/héros sans peur et sans reproche. Dès son premier chapitre d’AGOT, on a vu qu’entre les murs de la maison d’Illyrio, elle aspirait à les franchir pour retrouver les enfants des rues, ceux qu’elle pense sans passé et sans avenir tout tracé d’avance. C’est que Daenerys n’est pas seulement prisonnière des hommes, mais également de son nom de famille et de son sang de dragon. Après Pentos, la horde passe au large des villes emmurées et la mer Dothrak s’ouvre devant elle alors que contre toute attente, elle s’accommode de son mariage avec le khal Drogo. Vaes Dothrak n’a pas de murs, ce qui accompagne l’émancipation de Daenerys par rapport à son frère Viserys. Cependant, cette émancipation ne concerne que le frère : bien qu’honorée, elle ne doit sa liberté relative et sa place sociale qu’à son époux et au fils qu’elle attend qui est promis à un brillant et sanglant avenir de conquérant. Vaes Dothrak n’a certes pas de murs, mais c’est là que toutes les épouses de khal défunts échouent pour finir « cloîtrées », et de toutes façons, vu la position géographique de cette ville, toute fuite est vaine (quoiqu’on pourrait parier que GRRM nous aurait concocté une fuite roulée dans le tapis d’une caravane de la ville marchande ^^).
    Après Vaes Dothrak, il y a la ville sans nom des Agnelets que Drogo pille et où il reçoit sa blessure. Les murs de la ville sont de boue, comme le cataplasme qui doit soigner la blessure mais qui tue le khal et le jette à bas de son cheval. Daenerys y perd tout et est brutalement rappelée à sa condition de prisonnière : la seule voie qu’on lui propose est de l’accompagner jusqu’à Vaes Dothrak, suivant la coutume dothrakie. Sauf le chavalier servant Jorah qui lui propose de s’enfuir. Une des interprétations qu’on peut faire de la boue – ici – c’est le rappel de la condition humaine et mortelle de tous, depuis le plus petit enfant jusqu’au khal, tous sont faits de chair (=de boue/d’argile, pour reprendre la mythologie chrétienne). Valar morghulis, comme on l’apprendra plus tard. C’est lors de cette étape que Daenerys s’affranchit d’une seconde prison, en libérant les dragons de leur gangue de pierre et leur redonne vie. Elle-même emprunte sa « renaissance » au mythe du phénix, qui se consume sur le bûcher et renait nu comme un ver, sans plumes, et pas encore capable de voler.

    Et on arrive au présent chapitre : alors que la traversée du brûlant et aride Désert rouge achève l’ancienne vie de Daenerys, symbolisée à mon sens par la mort de sa servante et amie Doreah – presque une soeur, un double littéraire, avec sa chevelure blonde, ses yeux bleus et son origine lysienne qui pouvait la faire descendre de « l’ancien sang » de Valyria – la gestation de la nouvelle reine se fait à l’intérieur des troisièmes murs franchis par elle dans le déroulé de la saga : les murs blancs de la ville fantôme bientôt baptisée Vaes Tolorro « la ville des os » par les survivants qui ont suivi la toute jeune mère des dragons.

    Et de fait, le texte amorce bien une renaissance symbolique, puisque la première fois que cette ville se présente au regard, elle est associée à la lune et à une jeune fille :

    « Une ville, Khaleesi ! crièrent-ils. Une ville pâle comme la lune et gracieuse comme une adolescente (« maid » – jouvencelle – dans la version originale). »

    Plus tôt dans la saga, Doreah avait justement rapporté à Daenerys une légende qarthienne selon laquelle les dragons seraient issus d’une lune s’étant approchée du soleil et ayant explosé sous sa chaleur. Or, dans AGOT, Daenerys et Drogo se nomment entre eux respectivement « lune de mes nuits » et « soleil de mes jours ». Par ailleurs, Daenerys est encore une jeune fille de quatorze ans à ce moment, et si l’on avait des doutes sur son identification littéraire avec la « Jouvencelle » (« Maid » en vo), Jorah Mormont se charge de l’établir en racontant durant la halte à Vaes Tolorro l’histoire de son mariage brisé avec la blonde, jeune, pâle et belle Lynce Hightower – « la Jouvencelle incarnée » (sic) – que Daenerys lui rappelle. De plus, les traces de feu à l’intérieur des murs et les craquelures des murailles renvoient eux aussi à cette légende qarthienne de la lune brûlée par les feux du soleil et craquant en libérant des dragons, dont l’un des sang-coureurs va retrouver un squelette, plus loin dans le désert.
    En d’autres termes, les murs de Vaes Tolorro représentent une jeune accouchée et il vont se révéler capable de nourrir momentanément le maigre khalasar de Daenerys et de la protéger. Ses cheveux y repoussent, signe de sa reprise de forces, les dragons croissent et les membres du khalasar s’y reposent avec profit. Pour autant, cette halte ne peut être que temporaire : autour de la ville, c’est le désert, et les trois éclaireurs envoyés par Daenerys ne rapportent rien de bien réjouissant, car la région n’offre rien qui permette de vivre à long terme : il n’y a que d’autres villes mortes, le désert ou la mer, et aucune oasis. La ville la plus proche – Qarth – est à quelques semaines de marche.

    Si de loin la ville est reluisante, et si les voyageurs peuvent trouver comme des petits coins de paradis cachés en ses murs, on ne peut pas oublier que cette « ville des os » est une ville morte, blanche comme les os. L’image renvoie alors à une autre, celle de la louve géante retrouvée morte par Eddard Stark et ses fils, dans la neige ensanglantée, dans le premier chapitre d’AGOT. Le cadavre de la louve géante est entouré de ses louveteaux vivants. À ce moment, les loups géants font figure de « merveilles » (au sens de sujet d’étonnement) parce qu’on n’en a plus vu depuis plusieurs générations au sud du Mur, de la même façon que les trois dragons de Daenerys sont des « merveilles » pour Essos, qui n’en a plus vus depuis le Fléau de Valyria. Voici un bout de l’échange entre les Nordiens :

    « Ce qui m’étonne, dit Eddard, et sa voix suffit pour rompre l’enchantement, c’est qu’elle ait pu suffisamment survivre pour mettre bas…
    – Peut-être pas, hasarda Jory. On m’a raconté… Enfin, elle était déjà morte, peut-être, quand ils sont nés ?
    – Nés de la mort, suggéra quelqu’un…, la pire des chances. »

    (Bran I, tome 1 A Game of Thrones)

    Ajoutons – puisque GRRMartin n’est pas avare d’images qui se répondent les unes aux autres – que le roux Robb apparaît les cheveux « brillants de soleil » tenant un des louveteaux dans ses bras (Robb stood knee-deep in white, his hood pulled back so the sun shone in his hair.) : le rouge du sang comme le Désert rouge, le blanc des os et de la neige (couleurs des Stark), et le feu (à Vaes Tolorro subsistent de vieilles traces d’incendie en voie d’effacement), nous retrouvons les mêmes couleurs à l’extérieur et l’intérieur des murs de Vaes Tolorro.
    La ville elle-même est pleine d’ossements et de traces de destruction violente, mais elle n’a plus ni nom ni dieux. Sa mémoire a été littéralement effacée et il n’en reste qu’une carcasse vide dont l’histoire est inconnue (Lady a bien souligné dans son post la redite avec la carcasse de dragon et les deux autres villes mortes avec les livres qui tombent en poussière). Pareillement, la louve géante trouvée dans la neige près de Winterfell est un mystère non résolu : on ignore quand elle est morte et ce qu’elle faisait au sud du Mur. La seule certitude est sa mort violente, puisqu’on retrouve planté dans sa gorge un bois de cerf. À première vue, entre un cerf et un cheval (les Dothrakis, auxquels Daenerys attribue la destruction de Vaes Tolorro, sont appelés les « seigneurs des chevaux ») il n’y a pas de lien, mais il est bien établi dans la saga par GRRMartin, puisqu’on le verra plus tard, la constellation de « l’Étalon » est la même que celle du « Seigneur aux Cornes » : la première appellation vient du sud du Mur, et la seconde du nord du Mur (on l’apprendra par Ygrid).

    Enfin, Vaes Tolorro n’a que les apparences lointaines d’une jouvencelle : lorsque Daenerys et son khalasar s’approchent, ils peuvent voir que les murs blancs sont lézardés et près de s’écrouler. Si l’auteur ne pousse pas la métaphore jusqu’à les comparer avec une « aïeule » (a « crone »), je le fais à sa place : la jeune femme brillante s’est transformée en femme âgée, ridée et voûtée. La même illusion se retrouvera dans le même tome, lors de la visite de Daenerys aux Nonmourants : une Nonmourante apparaîtra d’abord comme une splendide jeune femme avant de se révéler une horrifique vieille à la peau racornie, au sein « sec et dur comme du vieux cuir ». Une hypothèse populaire fait de Melisandre une femme très âgée (voire morte et magiquement ressuscitée des siècles plus tôt) qui use de magie pour avoir l’apparence d’une belle et brillante jeune femme, et la question de son histoire et de son passé se pose pour elle aussi. Comme héritière du sang de dragon, Daenerys est elle aussi une très vieille femme à l’intérieur, et d’une certaine manière, il se peut que loin d’être libre avec la mort de son frère, de son époux et de son enfant (et son refus d’une relation avec son « chevalier servant ») elle demeure prisonnière du sang de dragon et d’une histoire passée dont elle ignore tout. Il n’est pas anodin que ses trois dragons portent précisément le nom des trois hommes dont elle était la « proie prisonnière » et qu’elle les considère comme ses fantômes.
    Cette mémoire très ancienne me semble affleurer notamment dans les rêves qu’elle fait, comme ces rois alignés qui la pressent une fois d’accélérer le pas vers une porte rouge, alors qu’elle sentait un souffle glacé dans son dos et que des ailes surgissent soudain de son dos et lui font prendre son envol (dans son avant-dernier chapitre d’AGOT, avant le bûcher des dragons).
    Il y a peut-être un dernier parallèle à établir, avec les Autres, qui partagent quelques caractéristiques en tant qu’ombres : l’ambiance assez inquiétante (à ma première lecture, je craignais que la halte bascule dans une attaque des morts-vivants !), le blanc qui domine tout – « comme si les anciens habitants avaient ignoré la couleur » – l’absence de fenêtres aux façades, ce qui rappellent l’aspect « sans visage » (« sans face »), et enfin une statue qui a disparu au carrefour de six rues. On retrouve donc là encore notre chiffre six (les Autres du Prologue sont six), avec un septième personnage absent du paysage.

    S’il fallait imputer pareil abandon à quelque incursion lointaine des Dothrakis, la statue absente figurait peut-être, à présent, parmi les dieux volés de Vaes Dothrak. Daenerys l’aurait dès lors côtoyée des centaines de fois sans se douter de sa provenance.

    Qui est ce septième personnage absent, vers lequel tout semble converger, ou duquel toutes les routes semblent partir ? Le point de convergence est-il géographique ? Est-il temporel ? Les six routes pourraient-elles représenter six lignées et six royaumes ? La ville et ses murs représentant symboliquement une lune accouchée, fissurée et desséchée, peut-on la rapprocher de l’antique et légendaire reine du Val, Alyssa Arryn, dont la statue aux Eyrie est à terre, et dont l’histoire raconte qu’elle est condamnée à pleurer pour l’éternité, ayant retenu ses larmes à la mort de tous les siens ?
    Lysa Arryn est elle-même une ancienne jeune fille florissante qui a donné naissance à un avorton qu’elle retient sur son sein bien au-delà de l’âge normal (il semble qu’il prenne encore le sein occasionnellement à 8 ans) : le motif est cependant inversé par rapport à la jeune accouchée morte, car l’une met au monde un ou plusieurs conquérants, là où l’autre accouche d’un avorton.

    En résumé : le premier mur sur le chemin de la nouvelle Daenerys est un mur blanc comme la neige, la glace, les os. Il est associé à une figure de jeune fille, de mère et de vieille femme, une lune brillante et morte tout à la fois, tombeau mais aussi ventre porteur d’enfants conquérants et du feu destructeur des dragons. Le mur une fois franchi lève le voile sur des pans d’histoires tragiques et douloureuses, ce qui n’est pas du meilleur augure pour Daenerys. Si le bûcher de khal Drogo a vu la conception des dragons, ce sont les murs blancs de Vaes Tolorro qui vont accoucher d’eux et de leur mère. Et les trois « rois mages » viendront pour les voir, puis les emmener et les présenter au monde :

    Daenerys se précipita sur les murs s’en assurer elle-même. Jhogo revenait effectivement du sud-est, mais pas seul. Le suivaient trois inconnus bizarrement accoutrés et juchés tout en haut de vilaines créatures bossues auprès desquelles son cheval paraissait nain.
    « Sang de mon sang, cria Jhogo, j’arrive de la grande ville de Qarth avec trois de ses habitants qui désiraient vous voir de leurs propres yeux. »
    Elle dévisagea les étrangers. « Me voici. Regardez-moi, si tel est votre désir…, mais dites-moi d’abord vos noms. »
    De teint pâle avec des lèvres bleues, l’un répondit d’une voix gutturale, en langue dothrak : « Je suis le grand conjurateur Pyat Pree.
    Le chauve aux narines étincelantes de joyaux s’exprima, lui, en valyrien des cités libres : « Je suis Xaro Xhoan Daxos des Treize, prince négociant de Qarth. »
    Quant à la femme masquée de bois laqué, c’est dans le vernaculaire des Sept Couronnes qu’elle se présenta : « Je suis Quaithe de l’Ombre. Nous sommes à la recherche des dragons.
    – Ne cherchez plus, répondit Daenerys Targaryen. Vous venez de les trouver. »

    Nos « rois mages » ne portent cependant ni l’or, ni la myrrhe, ni l’encens de la mythologie chrétienne (au passage, on trouve la myrrhe et l’encens sur les bûchers des phénix, dans la mythologie grecque, à cause de leur lien symbolique avec le monde divin et spirituel – ils sont associés au feu), mais chacun d’eux à une caractéristique spéciale qui lui donne un côté inquiétant : Pyat Pree est pâle (comme un barral) avec les lèvres bleues (les barrals ont la bouche rouge), Quaithe est une face de bois avec son masque (on reste dans le registre des barrals), et le coloré et brillant Xaro Xoan Daxos (dont on apprend plus tard qu’il a le nez qui lui donne un air d’oiseau) a toutes les chances de cultiver les faux-semblants comme GRRM nous y a habitués avec le brillant Jaime, l’horrible Joffrey ou la méchante Cersei, pour ne citer qu’eux. On aime bien Daenerys mais force est de constater que les symboles qui l’accompagnent ont une dimension antéchristique qui vient là encore remettre en question la figure du héros sauveur.

    #152453
    Obsidienne
    • Exterminateur de Sauvageons
    • Posts : 798

    A ce titre, elle entre tout à fait dans la figure de la princesse prisonnière dans sa tour attendant sa délivrance, a priori grâce à un prince promis/chevalier servant/héros sans peur et sans reproche.]…[  Et de fait, le texte amorce bien une renaissance symbolique, puisque la première fois que cette ville se présente au regard, elle est associée à la lune et à une jeune fille : « Une ville, Khaleesi ! crièrent-ils. Une ville pâle comme la lune et gracieuse comme une adolescente (« maid » – jouvencelle – dans la version originale).Ses cheveux y repoussent, signe de sa reprise de forces, les dragons croissent et les membres du khalasar s’y reposent avec profit.

    Avait-on déjà noté une symbolique du sacrifice des cheveux faisant partie du rituel (involontaire) de la naissance des dragons ?
    La « prisonnière de la tour » m’a fait penser à Raiponce, bien sûr , où l’on trouve de Grimm :

     » Moi qui croyais t’avoir isolée du monde entier (au pays Dothrak) et tu m’as pourtant flouée ! »
    Dans la fureur de sa colère, elle empoigna les beaux cheveux de Raiponce et les serra dans sa main
    gauche en les tournant une fois ou deux, attrapa des ciseaux de sa main droite et cric-crac, les belles
    nattes tombaient par terre (cheveux brûlés). Mais si impitoyable était sa cruauté, qu’elle s’en alla déposer Raiponce dans une solitude désertique, où elle l’abandonna à une existence misérable et pleine de détresse….Raiponce vivait elle-même misérablement avec les deux jumeaux qu’elle avait mis au
    monde : un garçon et une fille (bon, là, on a trois dragons, au sexe variable, si j’ai bien compris ) « 

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 7 mois et 2 semaines par R.Graymarch.
    • Cette réponse a été modifiée le il y a 7 mois et 2 semaines par Obsidienne.

    "Vé ! " (Frédéric Mistral, 1830-1914)
    " Ouinshinshoin, ouinshinshishoin " ( Donald Duck, 1934)

    #152528
    Athouni
    • Patrouilleur Expérimenté
    • Posts : 264

    Rapidement parce que j’arrive après la bataille et que l’essentiel a déjà été dit.

    Ce chapitre installe clairement Daenerys dans le role d’une prophète d’une part et d’une mère d’autre part. Ces thèmes seront présents tout au long d’ACOK. Qarth et ses tentations pouvant évoquer le temple des marchands, par exemple. Quant aux visions, c’est à la fois un attribut du prophète comme de Daenerys. Bref, Daenerys en prophète c’ est pas uniquement pendant ce chapitre.

    Et sur la maternité : De manière très intéressante, il faut relever que la maternité est pour Daenerys la source de son pouvoir. Elle est « la mère des dragons » est de ce fait occupe une place singulière, celle d’une figure à la fois conquérante et féminine, là où l’on observe plutôt une corrélation entre pouvoir militaire (ou capacité guerrière) et masculinité. Ainsi les guerrières comme Arya ou Brienne sont des garçons manqués… A l’inverse, Catelyn, la figure maternelle incontournable de la saga, est dépourvue de toute capacité guerrière. Idem pour Cersei qui se plaint suffisamment de ne pas être née homme et qui n’accède au pouvoir qu’à travers son hyper sexualité.

     

    « When dead men come hunting in the night, do you think it matters who sits the Iron Throne »

    #152532
    DJC
    • Patrouilleur du Dimanche
    • Posts : 156

    Athouni je suis d’accord avec toi pour la féminité de Daenerys (et tes analyses en général!), cependant suite au « bûcher », elle en a perdu une part importante (sa chevelure), mais j’irai pas jusqu’à parler de masculinisation complète 🙂

    #152537
    Obsidienne
    • Exterminateur de Sauvageons
    • Posts : 798

    Athouni je suis d’accord avec toi pour la féminité de Daenerys (et tes analyses en général!), cependant suite au « bûcher », elle en a perdu une part importante (sa chevelure), mais j’irai pas jusqu’à parler de masculinisation complète 🙂

    Tu oublies que, justement, si elle a perdu sa chevelure (sacrifice nécessaire ?)  dans le bûcher, celle-ci repousse, justement, à l’époque de son arrivée dans la ville.

     

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 7 mois et 2 semaines par R.Graymarch. Raison: espaces surnuméraires

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    #152549
    DJC
    • Patrouilleur du Dimanche
    • Posts : 156

    Ah ben ça repousse toujours, mais elle n’a pas encore retrouvé une chevelure féminine (mi-longue ou longue), si je ne m’abuse 🙂

    #152550
    Pandémie
    • Fléau des Autres
    • Posts : 2303

    Elle reste féminine, maternelle  pour les dragons et même érotique pour Jorah dans le chapitre. La perte et la repousse des cheveux sont là pour marquer sa (re)naissance, comme un nourrisson. Ce n’est ni une calvitie masculine ni une coupe à la garçonne.

    #152563
    Emmalaure
    • Exterminateur de Sauvageons
    • Posts : 868

    Je ne sais pas si c’est vraiment pertinent dans le cas de Daenerys d’associer sa chevelure à sa féminité, étant donné que chez les Dothrakis, la chevelure longue (et nattée) est associée à la gloire guerrière : le khal Drogo ne s’était jamais coupé les cheveux. Je l’interprète plus volontiers comme un marqueur supplémentaire de la naissance d’une nouvelle Daenerys, une conquérante en l’occurrence.
    Et en effet, la calvitie de Daenerys post bûcher renvoie davantage au mythe du phénix qui renait de ses cendres tout vulnérable et déplumé.

    #152648
    PierreKirool
    • Frère Juré
    • Posts : 72

    Merci pour ces analyses, encore une fois, j’ai bien aimé l’analyse de Lady sur des points que j’avais moi même relevés :

    le squelette de dragon nous donne un aperçu du destin de Daenerys s’il n’y avait pas eu Vaes Tolorro.

    deux autres cités mortes comme Vaes Tolorro qui laissent présager de l’avenir de Daenerys si elle choisit de rester dans la cité des os : la mort symbolisée par les gardes-squelettes de la première citée et l’oubli symbolisé par les rouleaux manuscrits trop secs et friables pour être emportés.

    Pour ma part, j’ai quand même beaucoup tiqué sur la géographie (un truc que j’adore dans les mondes imaginaires) et ça colle pas vraiment.

    Le wiki dit:

    La comète rouge est […] Visible dans le ciel au nord-est, elle est en apparence orientée vers le sud-est.

    Les directions qui sont impossibles à prendre pour Daenerys : le Nord, le sud du fleuve et descendre le cours de celui-ci. Soit grosso modo, le Nord, le Sud et l’Ouest.

    Donc Daenerys prend au Sud-Est pour suivre la direction de la comète et arrive dans le désert rouge (jusque là, ça va).

    Mais ensuite ça commence à ne pas coller:  son khalasar prend plein Sud jusqu’à Vaes Tolorro alors que Jorah Mormont nous parle à 2 reprises de l’Est (donc on comprend que c’est leur trajet actuel) et que la comète qu’ils suivent pointe plus au Sud-Est:

    « – Nous sommes-nous égarés ? demanda-t-elle. Ou bien ce désert n’a-t-il pas de fin ? […]
    – J’ai vu les cartes dessinées par les négociants. […] il y a de grands royaumes à l’est, et des cités pleines de merveilles. Yi Ti, Qarth, Asshai-lès-l’Ombre…

    Si Yi Ti et Asshai sont effectivement bien à l’Est (mais super loin), Qarth est largement plus au Sud de leur position qu’à l’Est… Il se souvient mal de ses cartes ou alors elles sont de piètre qualité.

    jamais je ne me suis tant aventuré à l’Est

    Vaes Tolorro et Vaes Dothrak (et même Qarth) ont peu ou prou la même longitude… donc bon, c’est plutôt raté.

    S’ils vont vraiment à l’Est ou Sud-Est, ils seraient plutôt arrivés aux Os, à la Mer Poison ou sur la Route de la Pierre ou la Route du Sable (avec de la chance).

    Ensuite une fois à Vaes Tolorro, c’est mieux au niveau direction, même si c’est ballot car Aggo part au Sud-Ouest et croise 2 cités mortes mais ne tombe pas sur la cité de Port Yhos alors que Rakharo trouve un squelette de dragon plein Sud mais pas la cité de Qarkash…

    Heureusement que Jhogo a poussé plus loin au Sud-Est et est tombé sur Qarth.

    Et je ne parle pas des routes qu’ils n’ont visiblement pas vu/croisées entre ces cités…

    Quelqu’un d’autre ici a relevé les distances importantes couvertes dans ce désert infernal avec quasiment aucune ressource et alors qu’on a pas de notion de temps précise. C’est un autre point un peu limite pour la crédibilité.

    Enfin j’ai aussi tiqué sur les 3 représentants qui reviennent avec Jhogo, ils se déplacent sans suite ou garde ou caravane (ou monture de bats et réserves…), certains des personnages les plus puissants de Qarth à des dizaines (?) de jours de marche dans le désert, c’est quand même (trop ?) gros.

    (PS: Je crois savoir que les cartes d’Essos/Westeros sont arrivées bien après les romans mais voilà, ça me rend chafouin quand même)

    (PS2: Précision: Quand je parle de routes, je ne les conçois pas en tant que « route romaine » avec les pavés itou, mais bien plus comme des endroits balisés à intervalle régulier pour donner les directions à des caravanes de marchand)

     

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 7 mois et 1 semaine par PierreKirool.
    • Cette réponse a été modifiée le il y a 7 mois et 1 semaine par PierreKirool.
    • Cette réponse a été modifiée le il y a 7 mois et 1 semaine par R.Graymarch. Raison: accord
    #152657
    R.Graymarch
    • Vervoyant
    • Posts : 8118

    Je pense qu’on est beaucoup plus dans le symbolique (l’Exode, les Rois mages) que dans le réalisme. Il reste de sérieuses couleuvres à avaler si on regarde la carte dans le détail en effet. On nous raconte (ailleurs) que la chaîne des Os est quasi infranchissable donc je suppose qu’on doit la voir de très loin. Or, ce n’est pas mentionné

    Pour le réalisme, je ne jetterai pas la pierre à Jorah. Les cartes IGN n’existaient pas à l’époque. Si on compare à notre monde, il a fallu attendre bien longtemps pour avoir des cartes potables, surtout pour les endroits désertiques. Je peux aussi imaginer que quand on vient de l’île aux Ours, on se considère « très loin à l’est » dans ce désert, même si on se dirige vers le sud/sud-est.

    Je peux aussi concevoir qu’on « rate » une cité. Pensez aux îles dans le Pacifique, certaines étaient tellement loin de tout qu’il a fallu attendre très longtemps pour les découvrir. Là, dans le désert, il suffit d’une dune/colline pour rater quelque chose à quelques dizaines de kilomètres près

    Je sers la Garde et c'est ma joie. For this night, and all the nights to come
    MJ de Chanson d'Encre et de Sang (2013-2020) et de parties en ligne de jeu de rôle
    DOH. #TeamLoyalistsForeverUntilNow. L’élu des 7, le Conseiller-Pyat Pree qui ne le Fut Jamais

    #158934
    O’Cahan
    • Pas Trouillard
    • Posts : 739

    Full symbolisme chrétien dans ce chapitre très agréable à lire.

    En vrac, la traversée du désert, les épreuves physiques, les figues et figuiers, les trois mages, « sa parole était leur loi », Daenerys en mode Bon Pasteur qui tente de guider ce qui reste de ses brebis, la discussion érotique avec Jorah comme tentation ? (l’épaule qui se dénude, l’évaluation d’un désir possible mais rejeté en pensant à Drogo)

    please mind the gap between your brain and the platform

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