ACOK 58 – Sansa V

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  • #162437
    Tizun Thane
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    ACOK 58 – Sansa V
    Au fil des pages – liste des sujets

    ACOK 57, Theon V ACOK 59, Davos III

    Port Réal s’enfonce dans l’angoisse, alors que l’ennemi approche. La bataille va commencer, et c’est par une Sansa étrangement calme que nous allons observer le siège depuis l’arrière.

    Sansa assiste d’abord au départ du roi Joffrey qui s’en va à la guerre comme à une parade, tout recouvert de l’or et du rouge des Lannister. Elle discute brièvement avec Tyrion, puis avec Joffrey, qu’elle incite à se mettre en danger.

    Une fois la troupe sortie, elle se dirige ensuite vers le Septuaire de Baelor, qui fait salle comble. Tout Port Réal prie les 7, dans l’attente funeste de la guerre à venir. Sansa se joint à la foule, et dans les prières, c’est l’hymne à la Mère, une ode à la non-violence, qui émerge. Sansa prie alors pour tous ceux qui comptent pour elle, vivants comme morts.

    Elle quitte ensuite le Septuaire, pour rejoindre la citadelle de Maegor, le château dans le château, dans laquelle toutes les nobles dames ont trouvé refuge. Aux portes du château, Sansa tombe sur les dames Castelfoyer, lady Tanda et ses deux filles, ainsi qu’une servante aux yeux impertinents qui n’est autre que Shae.

    Après avoir tenté de les aider, Sansa se retrouve dans la salle du bal de la Reine, où un petit festin va se tenir, orchestres et amuseurs inclus, dans une illusion de normalité, alors que la bataille débute à l’extérieur. Assise à la place d’honneur à côté de la reine Cersei, Sansa discute avec elle de la notion de vrai chevalier, et des atrocités commises lorsqu’une cité est mise à sac.

    Le récit est donc structuré en trois parties bien distinctes. La parade du roi Joffrey, les prières au Septuaire, et enfin la citadelle de Maegor.

    Tout le chapitre suinte l’angoisse et la peur de la bataille à venir. Pour soi, pour les autres. Il y a également une importante attention à la musicalité, aux chants et aux bruits. Le chant de la Mère peine à couvrir le chant de la guerre qui éclate à l’extérieur.

    1) La parade du roi Joffrey

    Dans cette partie relativement courte, L’auteur nous présente le départ vers les murailles du roi Joffrey et de sa troupe. Tyrion, ser Meryn Trant, et ser Mandon Moore, que l’on reverra dans cette bataille. Etonnamment, le Limier n’est pas présent aux côtés de son maître, signe discret que sa loyauté est défaillante.

    Joffrey est vêtu de la tête aux pieds comme un Lannister, et aucunement comme le Baratheon qu’il est supposé être. « Brillant, rutilant, et vide », résumera Sansa avec à-propos.

    Tyrion de son côté est vêtu de manière beaucoup plus pragmatique, et arbore la hache de guerre qu’il a piqué aux clans des montagnes, si ma mémoire ne me joue pas des tours. L’un joue à la guerre, et l’autre s’apprête à la mener pour lui.

    Elle discute d’abord civilement avec Tyrion qui s’inquiète de sa sécurité, lui fait part de ses états d’âme sur l’importance capitale de la bataille à venir et qui pensant à voix haute, se dit qu’il aurait dû aussi la mettre en sécurité à l’arrière en même temps que Tommen. A mon sens, il n’a pas que la sécurité de Sansa en tête, mais aussi sa crainte de perdre un atout comme Sansa au profit de Stannis, s’il venait à gagner la bataille.

    Leur discussion est écourté quand Joffrey ordonne à Sansa de venir, comme un chien. Joffrey considère manifestement Sansa comme sa chose. Leur échange est croustillant entre Sansa, qui fait montre d’une impeccable courtoisie creuse (« la courtoisie est l’armure des dames » après tout), et Joffrey qui multiplie les vantardises pour tenter de l’impressionner.

    Le dialogue est assez révélateur sur Joffrey et sa « relation » avec Sansa. Il la veut à son service comme une petite poupée docile jouant la fiancée transie, la désirant probablement à sa manière, tout en voulant l’impressionner et lui faire peur par ses fanfaronnades et sa cruauté.

    Sansa cherche alors à le pousser à se mettre en danger, en jouant sur sa rivalité avec Robb et sa volonté futile de prouver sa virilité, mais sa tentative sera trop maladroite pour avoir un effet durable.

    Sansa qualifie son fiancé de « garçon stupide » et ce qui transparaît à la lecture de ce passage, c’est vraiment que Joffrey joue à la guerre, et n’y comprend rien. Tyrion l’a d’ailleurs affecté à une tâche secondaire, commander les trois (cata)Pu(l)tes, ce qui satisfait la cruauté du jeune souverain, tout en le cantonnant par définition à l’arrière, loin des combats.

    Je ne m’attarderai pas sur la symbolique sous-jacente de Joffrey qui insiste pour que Sansa « embrasse » son « épée », mais ce genre de substitut phallique constitue pour l’auteur une source de plaisanteries récurrentes.

    A noter deux erreurs de traduction dans ce passage. En français, elle fait mine d’embrasser la nouvelle épée de Joffrey, tandis qu’en anglais elle touche bel et bien de ses lèvres le métal. Une micro-rébellion qui n’existe donc pas en VO.

    La 2e est un peu plus regrettable. Sansa se souvient la première épée de Joffrey que Arya a jeté dans la rivière. En français, elle l’appelle Dent de Lion et a tout à fait raison de l’appeler ainsi. En Vo, elle s’en souvient comme Lion’s Tooth (soit Dent de lion) alors que le vrai nom de l’épée était Lion’s Paw (Patte de lion). Evidemment, comme la VF l’avait appelée la première fois Dent de lion (probablement parce que ça faisait plus joli), la subtilité est perdue en français.

    GGRMartin a confirmé que cette erreur de mémoire de Sansa était volontaire, et cette mémoire fictive, reconstruite, en annonce une autre plus importante pour Sansa.

    2) Le Septuaire de Baelor

    C’est à mon sens le plat de résistance de ce chapitre, qui permet à l’auteur d’examiner en détail la Foi des 7 à travers ce moment de ferveur populaire. La guerre et donc la mort, rendent les gens plus religieux, pour donner un sens à l’absurde et une consolation face à l’inconnu.

    Pourtant, GRRMartin, malgré son nihilisme supposé, va décrire avec beaucoup de délicatesse cette ferveur populaire dans laquelle va se fondre Sansa dans un magnifique moment de communion.

    Je l’admets sans honte. J’ai trouvé ce passage incroyablement émouvant, et je suis stupéfait qu’un agnostique comme GRRMartin ait si bien rendu ce moment de ferveur populaire.

    Tous les civils (femmes, enfants, vieillards) réunis là, de toute condition sociale, sont rongés par la même angoisse. Pour eux-mêmes si la cité venait à tomber, mais aussi pour les autres, leurs proches qui se battent sur les murailles.

    Dans ce passage, la Foi des 7 est présenté sous son jour le plus favorable. Il y a quelques considérations théologiques intéressantes sur la particularité de cette foi, les 7 qui sont 1. Sansa va rendre ses dévotions à chacun des sept aspects, mais c’est l’autel du Guerrier (logique) et de la Mère (dans son aspect de protection) qui sont inondés de cierges.

    De toute évidence, le petit peuple comprend mal cette subtilité théologique des 7 qui sont 1, et vénèrent les 7 comme des divinités distinctes, avec les autels du Guerrier de la Mère beaucoup plus visités.

    J’aime d’ailleurs beaucoup cette réflexion de Sansa en début de chapitre qui s’interroge sur la contradiction entre les prières adressées au Guerrier (violent), et celles adressées à la Mère (pacifique).

    La foi des 7 est très proche de l’idée que l’on se fait du catholicisme médiéval, à une différence près. Leur usage des cristaux. En effet, à travers l’arc en ciel (7 couleurs), les Septons évoquent les 7 qui sont 1. A ma connaissance, ce n’est jamais explicitement expliqué dans les livres.

    Dans cette ferveur, Sansa va renouer avec les Dieux de sa mère. Avec sa mère, il s’agit d’un des rares personnages pieux en points de vue. Dans ce moment de communion pure, où riches et pauvres, hommes et femmes prient tous pour la même chose, Sansa va livrer son cœur

    She sang for mercy, for the living and the dead alike, for Bran and Rickon and Robb, for her sister Arya and her bastard brother Jon Snow, away off on the Wall. She sang for her mother and her father, for her grandfather Lord Hoster and her uncle Edmure Tully, for her friend Jeyne Poole, for old drunken King Robert, for Septa Mordane and Ser Dontos and Jory Cassel and Maester Luwin, for all the brave knights and soldiers who would die today, and for the children and the wives who would mourn them, and finally, toward the end, she even sang for Tyrion the Imp and for the Hound. He is no true knight but he saved me all the same, she told the Mother. Save him if you can, and gentle the rage inside him.

    À ce moment, Sansa va d’abord prier pour son cercle intime. Pour toute sa famille, même Arya, même Jon Snow, là-bas sur le Mur, même son père mort sous ses yeux, même les Tully de sa famille (les connaît-elle seulement ?), même son amie Jeyne Poole à laquelle Sansa n’avait plus trop l’air de penser, ou encore Jory Cassel et Mestre Luwin, tous deux morts au service des Stark.

    Ce passage démontre, si besoin était, que Sansa n’a pas oublié les gens ayant peuplé son passé. Si elle ne pense pas souvent à eux dans ses chapitres, c’est parce qu’elle refuse d’y penser, pour limiter la douleur des multiples deuils.

    Dans un second temps, les prières de Sansa vont devenir plus altruistes, recommandant à la Mère d’en Haut tous les chevaliers et soldats qui vont mourir dans la bataille, et les familles qui les pleureront, sans distinction de camp.

    Dans un troisième temps, Sansa ira jusqu’à même prier pour Tyrion et le Limier, soit les deux seuls combattants qui vont participer à la bataille avec lesquels Sansa a forgé un lien.

    Pour Tyrion, je passe rapidement. C’est le seul Lannister qui se soit comporté de manière décente avec elle, et qui l’a protégée à sa manière. Sansa ne souhaite pas sa mort (Seul Joffrey aura cet honneur !).

    Pour Le Limier, Sans ira même jusqu’à individualiser sa prière. Son “He is no true knight but he saved me all the same” est à comprendre dans le meilleur sens du terme. Il n’a pas l’apparence d’un chevalier de chanson, n’étant même pas chevalier, mais il a agi en protecteur à Port Réal pour elle, et l’a effectivement sauvé. A trois reprises, je dirai. Quand il l’a sauvée de la foule en colère évidemment, mais également quand il l’a empêchée de pousser Joffrey dans le vide, ou même les multiples conseils qu’il lui a données, qui ont aidé Sansa à survivre à sa captivité.

    Je pense d’ailleurs que son « He was no true knight, but he saved me all the same.” fait écho à leur dialogue dans le chapitre précédent, Celui où Sansa conclut intérieurement qu’il y a des vrais chevaliers, et que les dieux existent. Toutes les histoires ne peuvent pas être des mensonges.

    C’est la conclusion du cheminement intérieur de Sansa. Il n’était pas un vrai chevalier, n’étant pas chevalier du tout, mais s’est comporté avec elle comme tel.

    Sansa demande à la Mère de le sauver et d’adoucir la rage qui le consume. Cette prière est doublement intéressante. Tout d’abord, elle va droit au but sur la psychologie du Limier, empli de colère et de mépris contre lui-même et le monde entier. Sansa est emplie de compassion pour cet homme dur. Elle voit au-delà de la carapace de cruauté qu’est le Limier pour atteindre l’homme qui se cache sous ce masque de chien.

    Surtout, cette prière à la Mère d’en Haut sera couronnée de succès !

    Que Sandor Clegane finisse par effectivement reposer en paix à l’Ile de Repose, pour se reconstruire en enterrant les hommes que d’autres ont tué, est une délicieuse ironie de l’auteur. Les dieux exauceraient-ils vraiment les prières de Sansa ?

    En écho narratif, nous verrons d’ailleurs dans un prochain chapitre de Davos que le Limier va prendre d’assaut un bateau au nom prophétique de « Prière ».

    Sansa finira d’ailleurs par maudire Joffrey, souhaitant que son courage l’abandonne, et que ses hommes désertent. Là encore, c’est précisément ce qui va se passer lors de la bataille.

    3) La citadelle de Maegor

    De manière anecdotique, j’aime beaucoup les petits commentaires snobs de Sansa sur ce que doit être un vrai garde, et comment ceux qu’elle croise sont négligents. Même si elle n’a probablement pas tort (les meilleurs sont probablement sur les murailles extérieures), on sent bien l’ancienne Sansa poindre dans cette remarque intérieure.

    Sur la rencontre avec les Castelfoyer, pas grand-chose à dire. Sansa n’est pas couronnée de succès dans sa tentative de convaincre Lollys d’entrer, et c’est finalement par la force que le refus irrationnel d’entrer de Lollys sera surmonté. Comme quoi, la douceur de la Mère, c’est bien. La force du Guerrier parfois, c’est mieux ^^

    J’aime bien aussi comment lady Tanda est une des rares à rester toujours très courtoise avec Sansa, à la traiter avec déférence, et non comme une prisonnière. Les Castelfoyer sont des esprits limités et conventionnels, ayant beaucoup de respect pour les figures d’autorité, mais c’est agréable de constater que le mépris des Lannister pour Sansa ne déteint pas sur lady Tanda.

    A l’intérieur, Sansa regrette la présence d’Ilyn Payne, tout comme l’absence du Limier. Là encore, elle est sûre que la « férocité » du Limier suffirait à la protéger.

    Il existe bien sûr un contraste surréaliste entre la guerre qui se déchaîne au dehors, et le festin qui va se dérouler au-dedans. Ce contraste est voulu par l’auteur.

    Cersei arrive resplendissante, mais les joues piquetées de rouge. Un indice probablement qu’elle a déjà commencé à boire pour calmer ses nerfs. Assise à côté de la reine à la place d’honneur en sa qualité de fiancée officielle du roi, Sansa va commencer un étrange ballet.

    Dans les chapitres suivants, au fur et à mesure que la reine perdra ses nerfs, Sansa prendra la place laissée vacante. Un indice qui pointe vers une destinée royale pour Sansa. Elle en a l’étoffe en tout cas.

    Dans celui-ci, Cersei accomplit ce qu’on attend d’elle (accueillir en sécurité les nobles dames), mais méprise sa condition de femme, qui la place pourtant à l’abri de la bataille. Elle accomplit ce qu’on entend d’elle, mais n’en comprend pas l’intérêt. Sansa quant à elle prouvera au fil des chapitres sa valeur.

    C’est d’ailleurs cette juxtaposition des comportements qui me fait penser que la reine plus jeune de la prophétie de Cersei est peut-être Sansa. Durant la bataille, Sansa va briller, en déployant ce qu’elle a de meilleur en elle, alors que Cersei va sombrer.

    Etant d’une nature cruelle, Cersei va prendre un malin plaisir à rudoyer Sansa pour se sentir mieux. Ou peut-être cherche-t-elle à sa manière à éduquer Sansa. Difficile à dire. En apparence, dans leur échange entre la lâcheté et la cruauté des hommes de Cersei, et l’honneur des vrais chevaliers, Cersei semble remporter la manche haut la main.

    Son « bois ta soupe comme une bonne petite fille. Symeon Yeux d’Etoile ne devrait plus tarder » (je paraphrase) est d’ailleurs une réplique hilarante qui conclut ce chapitre.

    #162476
    Armin
    • Éplucheur de Navets
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    Merci Tizun pour cette belle analyse.

    Après avoir été longtemps annoncé, nous sommes enfin arrivés au début de la bataille de la Néra. Et c’est d’ailleurs Sansa qui nous en racontera les coulisses (Sansa V, VI, VII), tandis que la bataille en elle-même sera vécue au travers des yeux de Davos (Davos III), et Tyrion (Tyrion XIII, XIV).

    Le passage de Sansa dans le septuaire m’a fait penser à celui de Catelyn (Catelyn IV – ACOK) dans un autre septuaire près du camp de Renly.

    Comme sa mère, les prières adressées aux différents aspects du Dieu des Sept la renvoie à des êtres bien réels, de la famille, ou des personnes qui lui sont chères.

    D’ailleurs, le Limier est aussi un fil rouge pour Sansa lors de cette bataille. Commençant par son départ à la bataille, suivie des prières de Sansa à son endroit, cela s’achèvera 2 chapitres plus tard avec leur dernière rencontre et le supposé souvenir d’un baiser.

    Dans la citadelle de Maegor, Cersei poursuit avec Sansa, une forme d’éducation malsaine sur la place des femmes dans un monde d’hommes, déjà entamée dans le chapitre précédent. Pour le lecteur, c’est un avant-goût des réflexions intérieures à venir dans les chapitres de Cersei.

    J’aime beaucoup le fait que, comme tu le soulignes, la bataille et l’adversité agissent comme des révélateurs pour Sansa qui brille par son sang-froid, et parvient, au contraire de Cersei, à dominer sa peur (qui est plus tranchante qu’aucune épée comme sa sœur le sait si bien).

    Elle fait ici preuve d’un altruisme qu’on lui avait peu connu jusqu’alors mais qui sera plus présent dans la suite de son histoire.

     

     

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois par R.Graymarch.
    #162495
    Tizun Thane
    • Pisteur de Géants
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    Elle fait ici preuve d’un altruisme qu’on lui avait peu connu jusqu’alors mais qui sera plus présent dans la suite de son histoire.

    Par la passé, Sansa avait un côté un peu enfant gâté (notamment dans ses réactions envers Arya, où elle n’est pas toujours juste). Je pourrais souligner qu’elle eu aussi des élans d’empathie (avec Le Limier, lors de sa scène mythique où elle apprend son secret, avec son « He was no true knight » ou avec Ser Barristan, quand il est injustement renvoyé).

    Mais en fait, je suis d’accord avec toi.

    Ce chapitre marque un tournant dans le personnage de Sansa, où elle devient plus empathique envers les autres, et elle cessera d’ailleurs de maudire les dieux sur son sort. Une sorte d’épiphanie en quelque sorte, tant d’un point de vue religieux que du point de vue maturité du personnage.

    Sansa a cette particularité que je trouve attachante de conserver son empathie pour les autres, en dépit des brimades subies, à rester elle-même en dépit des mauvais traitements et de la malveillance. D’autres seraient devenus cruels, contaminés par le mal subi. Pas Sansa, notre Cendrillon du TdF.

    #162501
    R.Graymarch
    • Vervoyant
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    On nous dit que la bataille se rapproche… encore. Il serait temps que ça arrive, vu le moment qu’on nous en parle.

    J’ai noté aussi la question (théo)logique de Sansa sur la Foi

    In the sept they sing for the Mother’s mercy but on the walls it’s the Warrior they pray to, and all in silence. She remembered how Septa Mordane used to tell them that the Warrior and the Mother were only two faces of the same great god. But if there is only one, whose prayers will be heard?

    En effet, Sansa a plein de pensées à la limite du persiflage mais elle garde ça pour elle même. Joffrey est qualifié de

    Bright, shining, and empty, Sansa thought.

    Moi je note aussi qu’il se confond avec sa monture, couleur sang.

    Ser Meryn Trant held the blood bay for Joffrey to mount. Boy and horse alike wore gilded mail and enameled crimson plate, with matching golden lions on their heads.

    Sans garde de la courtoisie mais au fond d’elle même (et pas bien loin enfoui), elle n’a que du mépris pour Joffrey. Il faut dire qu’il la hèle comme un chien et qu’il est odieux. Sansa est beaucoup plus courtoise avec Tyrion (qui le lui rend bien). En effet, ce dernier est habillé « efficace » et pas pour « faire joli » (rappelez vous ser Vardis contre Bronn^^). Du coup, j’ai été un peu étonné qu’elle ose mentionner Robb à Joffrey dans le but de faire un « pas cap d’aller te battre »

    Ensuite on passe pour une petite scène dans un septuaire encombré et en effet Sansa prie quasi toutes les faces en pensant à plein de personnes, vivantes ou mortes. Même Jon !! Même les soldats inconnus qui vont mourir, et les familles qui vont les pleurer

    Et puis à la fin, en point d’orgue

    and finally, toward the end, she even sang for Tyrion the Imp and for the Hound. He is no true knight but he saved me all the same, she told the Mother. Save him if you can, and gentle the rage inside him.

    Et ensuite elle prie contre Joffrey. Ouch

    On termine par le refuge des nobles où l’on croise les Castelfoyer ainsi que Shae. On y apprend que la rumeur prétend que Lollys est enceinte. Tout le gratin est là… mais aussi Illyn Payne ce qui n’est pas rassurant (vous me direz, les Potaunoir non plus).

    Cersei entre et elle n’est pas venue en tenue confortable jeans+baskets

    Cersei’s gown was snowy linen, white as the cloaks of the Kingsguard. Her long dagged sleeves showed a lining of gold satin. Masses of bright yellow hair tumbled to her bare shoulders in thick curls. Around her slender neck hung a rope of diamonds and emeralds. The white made her look strangely innocent, almost maidenly, but there were points of color on her cheeks.

    Cersei manie le chaud et le froid avec Sansa, l’invitant à s’assoir avant de lui poser une question qui la met mal à l’aise. Sansa demande la raison de la présence de Payne et la réponse de Cersei est sans doute franche mais montre qu’elle a peu de doutes sur le fait que ça pourrait mal tourner (elle n’a pas totalement tort cela dit… mais est ce que Payne peut vraiment changer ça tout seul… à moins qu’il ne soit là pour tuer les femmes et éviter qu’il ne leur arrive pire)

    Sansa est plus idéaliste et Cersei s’en moque

    “True knights would never harm women and children.” The words rang hollow in her ears even as she said them.

    “True knights.” The queen seemed to find that wonderfully amusing. “No doubt you’re right. So why don’t you just eat your broth like a good girl and wait for Symeon Star-Eyes and Prince Aemon the Dragonknight to come rescue you, sweetling. I’m sure it won’t be very long now.”

    Cela dit, Sansa espère surtout que son prince Sandor va venir. Et ça, c’est dans le domaine du possible

    Je sers la Garde et c'est ma joie. For this night, and all the nights to come
    MJ de Chanson d'Encre et de Sang (2013-2020) et de parties en ligne de jeu de rôle
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    #162513
    Lapin rouge
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    mais est ce que Payne peut vraiment changer ça tout seul… à moins qu’il ne soit là pour tuer les femmes et éviter qu’il ne leur arrive pire

    C’est bien comme cela que j’avais compris le rôle dévolu à Ilyn Payne, je n’avais même pas perçu le moindre doute là-dessus. Il ne passe pas pour un combattant valeureux, et même Arthur Dayne ne pourrait résister à une armée. En revanche, comme bourreau, il est dans son domaine.

    They can keep their heaven. When I die, I’d sooner go to Middle Earth.
    #162516
    R.Graymarch
    • Vervoyant
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    Ça m’a pas semblé si évident dans la bouche de Cersei mais j’ai pu rater un truc.

    Elle dit notamment qu’avant d’être un bourreau, Ilyn était un chevalier (ou guerrier ?) et j’avais envisagé qu’il était là en dernier rempart pour tuer les ennemis (je conçois qu’un chevalier pourrait faire preuve de miséricorde en tuant préventivement toutes les femmes réunies si la bataille est perdue).

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    #162521
    Tizun Thane
    • Pisteur de Géants
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    Elle dit notamment qu’avant d’être un bourreau, Ilyn était un chevalier (ou guerrier ?

    C’est ce qu’elle dit dans le chapitre, oui. Dans les chapitres suivants, on se rendra compte qu’elle a menti, et que Illyn Payne est là en tant que bourreau, comme Lapin rouge l’explique.

    #162536
    Sandor Debout
    • Frère Juré
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    J’avais aussi interprété la présence de Payne de cette façon. Mais que craint Cersei exactement? En cas de victoire de Stannis, je le vois mal autoriser un sac de la ville. Et connaissant son sens de la justice et sa propension à couper des membres, je pense que la vertu de ses dames aurait été relativement en sécurité.

    L’idée est peut-être « vous ne m’aurez pas vivante ». « Et tant qu’à faire vous n’aurez pas la petite Stark non plus. »

    #162537
    Eridan
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    Tout est dans le chapitre suivant : chaque fois qu’un déserteur du château est arrêté, Cersei ordonne à Ilyn de l’assassi de l’exécuter et … pour exécuter la reine et son otage (et toutes ses dames ?) si la ville tombe :

    « Quand tu m’as interrogée sur ser Ilyn, tout à l’heure, je t’ai menti. Souhaiterais-tu connaître la vérité, Sansa ? Souhaiterais-tu savoir la véritable raison de sa présence ici ? […] Il est ici pour nous, traduisit la reine. Stannis peut bien s’emparer de la ville, il peut bien s’emparer du trône, mais je ne souffrirai pas, moi, de me laisser juger par lui. Je refuse qu’il nous ait vivantes.

    Cersei s’en moque que la ville soit mise à sac. Le viol en revanche est toujours une possibilité, que Cersei ne se cache nullement (elle en parle longuement dans le chapitre suivant). Même si elle évite de parler de son propre cas, on comprend que personne n’est parfaitement à l’abri même si Stannis devait par la suite châtrer les violeurs (ce qui ne semble pas connu avant ADWD et uniquement au sein de ses troupes) … Au final, ce à quoi Cersei souhaite le plus échapper si on l’en croit, c’est l’humiliation du procès ; elle ne souffrira pas d’être jugé et condamné par son beau-frère. Ca correspond bien à sa mentalité absolue winner takes all : Au jeu des trônes, on gagne ou on meurt … Quitte à mourir, elle veut pouvoir choisir comment et échapper à Stannis.

    #162627
    Liloo75
    • Fléau des Autres
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    Merci Tizun pour cette analyse détaillée du chapitre de Sansa.

    Je n’ai pas grand chose à rajouter.

    Au sujet de la foi des Sept, j’ai trouvé un passage dans un des chapitres de Brienne dans lequel nous avons quelques explications (AFFC 26 – Brienne V). C’est au moment où elle est à la recherche de Sansa. Elle croise la route du Septon Meribald, qui interroge Podrick sur le dieu qu’il prie le plus. Brienne lui rétorque que son septon lui a appris qu’il n’existe qu’un seul dieu.

    Meribald lui donne raison. Mais Il précise que : « le mystère des Sept Qui Sont Un n’est pas facile à comprendre pour les simples, et, comme je suis un simple si je suis rien, je parle des sept dieux. »

    Meribald est un septon un peu spécial, qui ne sait ni lire ni écrire. Mais il connaît toutes les prières par cœur. Ce qui lui suffit pour se rendre utile.

    Le mystère des sept dieux qui n’en forment qu’un seul serait donc réservé aux personnes éduquées comme Brienne. Les gens du peuple prieraient les dieux individuellement.

    - De quels diables de dieux parlez-vous, lady Catelyn ? (…) S’il existe vraiment des dieux, pourquoi donc ce monde est-il saturé de douleur et d’iniquité ?
    - Grâce aux êtres de votre espèce.
    - Il n’y a pas d’êtres de mon espèce. Je suis unique.

    #163328
    darkdoudou
    • Pas Trouillard
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    Merci Tizun Thane pour cette belle analyse du chapitre

    Je l’admets sans honte. J’ai trouvé ce passage incroyablement émouvant, et je suis stupéfait qu’un agnostique comme GRRMartin ait si bien rendu ce moment de ferveur populaire.

    Pareil que toi, j’ai été très ému par ce passage, et j’ai trouvé que GRRM est très respectueux.

    Dans la prière, parmi la famille et les familiers, j’ai été surpris de retrouver le Roi Robert (qualifié de old et drunken) et aussi Dontos (qui a récupéré son Ser). Dans AGOT on se rappelle que Sansa, lors d’une dispute avec Eddard et Arya, n’avait que du dédain pour le Roi Robert. Ici je suis ravi du changement qui s’est opéré sur Sansa, ouvrant les yeux sur Joffrey et se réconciliant avec le meilleur ami de son père. Pendant cette dispute Sansa avait employé les mêmes adjectifs pour qualifier Robert : étonnant comme ce qui était auparavant du dédain et des défauts deviennent presque des qualités.

    Sansa felt tears in her eyes. « He is not! He’s not the least bit like that old drunken king, » she screamed at her sister, forgetting herself in her grief. AGOT Sansa III

    Un autre aspect que j’aime beaucoup dans ce chapitre est que Sansa n’obéit pas aux injonctions de Cersei et Tyrion qui lui demandent de rejoindre le septuaire avec les dames de haute naissance (higborn ladies). Elle va bien au septuaire mais elle se mélange au petit peuple, toute heureuse de donner la main à une vieille lingère et un très jeune garçon de l’âge de Rickon. Un petit geste qui en dit beaucoup et qui la rapproche beaucoup d’Arya à mon avis.

    Concernant Arya toujours, je note que ce que Sansa reprochait à Arya (avoir jeté l’épée de Joffrey dans la rivière, et les conséquences) devient un souvenir presque jubilatoire, et Sansa souhaite que Stannis en fasse autant avec la nouvelle épée.

    Edit : ajout d’une réaction sur les gardes

    De manière anecdotique, j’aime beaucoup les petits commentaires snobs de Sansa sur ce que doit être un vrai garde, et comment ceux qu’elle croise sont négligents. Même si elle n’a probablement pas tort (les meilleurs sont probablement sur les murailles extérieures), on sent bien l’ancienne Sansa poindre dans cette remarque intérieure.

    pas tout à fait d’accord avec ton commentaire sur l’ancienne Sansa qui revient. Ces observations auraient pu être faites par Catelyn mais aussi par Arya à mon avis. Ces trois femmes vivent dans un monde d’hommes en armes, un monde dangereux, et l’observation de ce genre de détails a de l’importance pour survivre que l’on soit châtelaine ou captive. L’ancienne Sansa n’aurait pas formulé son observation de la même manière je pense, elle aurait plus insisté sur la forme et moins sur le fond.

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 semaine et 5 jours par darkdoudou. Raison: ajout d'une réaction sur les gardes
    #163377
    Aline du Val
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    • Posts : 26

    Merci pour cette analyse, passionnante. c’est un des chapitres le plus magnifiques dans ACOK, pour moi aussi.

    Je voudrais juste revenir sur la prière de Sansa dans le septuaire et sur son inclusion, tout à la fin, du nom de Sandor Clegane dans sa « litanie » bienveillante (image miroir, en quelque sorte, de la fameuse litanie meurtrière d’Arya, sa soeur):

    …He is no true knight but he saved me all the same, she told the Mother. Save him if you can, and gentle the rage inside him…

    Certes, il est « no true knight » etc., mais la fin de la phrase « and gentle the rage inside him » (apaise la rage qui est en lui/=qui le consume de l’intérieur) m’a toujours semblé décrire le coeur de leur relation. Au milieu de toutes les apparences, la fréquentation de Sansa avec sa vision naïve mais aussi bienveillante du monde et des autres, provoque quelque chose chez Clegane qu’il n’a probablement plus pensait possible, un sentiment de protection envers elle (?), qui semble être à la fois perturbant (il ne sait pas trop comment le gérer) mais aussi apaisant pour lui (certainement un sentiment involontaire mais à mon avis réel). Et Sansa, avec sa sensibilité de jeune fille, encore enfant pratiquement, a bien sentie cette « rage » qui le dénature et le détruit, au fond.

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