Une histoire de feu et de sang – Le Moyen Âge de Game of Thrones

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  • Ce sujet contient 13 réponses, 6 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Aerolys, le il y a 1 mois et 3 semaines.
14 sujets de 1 à 14 (sur un total de 14)
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  • #140657
    Crys
    • Pisteur de Géants
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    Le livre de Florian Besson et Justine Breton, avec qui Babar des Bois et DNDM (aka Aurélie Paci et Thierry Soulard, mais on sait tous que ce sont des pseudos) ont discuté lors d’une table ronde virtuelle des Imaginales, est paru il y a quelques temps déjà. Le livre a donc été chroniqué dans le cadre de notre rubrique « On teste pour vous ». C’est l’occasion d’ouvrir les débats sur le sujet.

    Je ne m’étends pas ici sur mon avis, il est disponible dans l’article sur le blog de la Garde. Pour être bref, je dirais que j’étais plutôt enthousiaste, surtout après mes deux chroniques précédentes. Bien sûr, l’ouvrage n’est pas parfait, mais c’est ce que j’ai lu de plus intelligent (et complet) sur la série jusqu’ici. J’ai mis le sujet en section série car c’est le corpus principal qu’analysent les deux co-auteurs, mais la saga papier étant régulièrement convoquée dans l’ouvrage, attention aux spoilers 😉

    Et maintenant, à vos commentaires ! 🙂

    • Ce sujet a été modifié le il y a 2 années et 5 mois par Crys.
    • Ce sujet a été modifié le il y a 2 années et 5 mois par Crys.
    #140773
    Aerolys
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    Je suis tenté par ce livre (même si le mélange série-livres m’agacent (ou juger les livres à partir de la série (que j’ai pu lire ou entendre)).

    Je ne rajoute donc à ma liste d’envie.

    Toutes les plus belles histoires commencent par une brique sur le pied.

    Si Theon ouvre un bar, c'est le Baratheon.

    Spoiler:
    #140789
    Lapin rouge
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    Globalement, je partage l’avis de Crys : on est clairement dans le haut du panier de ce qui s’écrit sur GoT et le TdF. Les auteurs savent manier leur savoir universitaire avec suffisamment de brio pour apporter beaucoup d’informations passionnantes sans écraser le lecteur sous le poids de leur savoir. Cela rend d’autant plus incompréhensible et déplorable le principal défaut de cet ouvrage, à savoir la confusion quasi permanente livres-série.

    Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de leur reprocher de « mélanger les torchons et les serviettes », autrement dit de traiter sur le même plan la saga littéraire et son adaptation télévisuelle. Là n’est pas la question. Quel que soit le jugement critique qu’on porte sur chacune de ces œuvres, chacun, je pense, s’accordera à admettre qu’il s’agit de deux œuvres différentes, avec des auteurs différents, mêmes si elles entretiennent entre elles des rapports complexes, et qu’il serait d’ailleurs passionnants de décortiquer. Or ces deux œuvres ne sont que rarement distinguées dans cet ouvrage, alors qu’il semble évident que ses auteurs, universitaires avertis malgré leur jeunesse, sont parfaitement conscients de cet état, et ont à leur disposition toutes les ressources intellectuelles pour opérer les distinctions nécessaires.

    Je vais donner un seul exemple de ce que cette confusion volontaire donne, et ce dès l’introduction (p. 18) :

    L’auteur porte systématiquement un regard très sombre sur cette société, sur sa politique et, de façon plus générale, sur la nature humaine. L’évolution du personnage de Daenerys est emblématique : la libératrice charismatique, tellement appréciée des fans que plusieurs donnèrent son prénom à leur fille, devient dans la dernière saison un tyran obsédé par la vengeance, puis une véritable criminelle de guerre — au temps pour les centaines de petites Américaines qui devront grandir en portant son nom… L’ancrage médiéval de l’œuvre reste également problématique parce que Martin entretient lui-même un rapport à l’histoire assez complexe. »

    Ce passage est emblématique : en quelques lignes, on commence par évoquer les livres (« l’auteur », au singulier, ne pouvant désigner les deux showrunners, c’est donc de Martin qu’il est question), mais l’exemple qui est invoqué est puisé dans la série, et on revient dans la phrase suivante à Martin pour lui prêter un rapport complexe à l’histoire. Comme on le voit, on nage en pleine confusion : qui porte un regard très sombre sur la nature humaine ? George Martin ou le duo Benioff-Weiss ? Et des exemples de cette nature, on en a presque à chaque page.

    C’est vraiment dommage, parce que, je le répète, l’ouvrage est très intéressant, et j’en conseille vivement la lecture. Il apporte énormément de choses, qui seront sans doute abordées dans la suite de nos échanges, mais je préfère évoquer tout de suite ce qui fâche (il y a bien deux ou trois autres trucs qui m’ont fait tiquer, dont l’un se trouve amorcé dans la citation ci-dessus, mais je préfère m’en tenir là pour le moment).

    They can keep their heaven. When I die, I’d sooner go to Middle Earth.
    #142486
    Nymphadora
    • Vervoyant
    • Posts : 7093

    Avant-propos

    En toute transparence, j’avais pour ce livre un niveau d’exigence qui n’est pas le même que celui que j’aurais pour une publication lambda. Contrairement à des livres « introductifs » pour lesquels je ne suis pas la cible ou des ouvrages peu sérieux dont je me doute dès l’intro que ça va pas le faire, on m’a vendu ici une analyse poussée universitaire, par des gens qui savent de quoi ils parlent. On est sur un livre dont je suis le cœur de cible donc je l’ai lu avec des attentes à la hauteur. Dans la table ronde imaginales à laquelle les auteurs ont participé, ils nous expliquaient avoir appliqué leur méthode d’universitaire au phénomène Game of Thrones, avec recul et analyse. Donc « être dans le haut du panier de ce qui se fait sur GOT » c’était un minimum, mais j’attendais nettement plus du livre. D’où un propos qui paraîtra sûrement critique… vous étonnez pas… Ca veut pas dire que le livre n’est pas bon, loin de là ! Il est très clairement bourré de qualités. Juste il aurait pu être bien meilleur.

    Du coup on va commencer par ce qui fâche.

    Un grand mélange

    Lapin l’a très bien expliqué avant moi : le livre confond systématique et tout au long du texte la série et les livres. Et de facto, l’ouvrage attribue à Martin des velléités sur la base d’éléments de la série, et notamment de la fin de la série, qui n’ont pas lieu d’être.

    Un exemple en conclusion (histoire de faire pendant à l’introduction citée par Lapin^^) :

    (…)Martin sait déjouer les attentes de ses lecteurs en subvertissant un certain nombre de ces schémas : les épées en feu ne sont pas magiques, les preux chevaliers sont des infanticides incestueux, la belle princesse finit par devenir une pyromane à tendance génocidaire, et les prophéties ne se réalisent pas.
    (page 330)

    On parle de Martin, des livres… et du schéma classique de fantasy qu’il déconstruit aux yeux des lecteurs par le parcours final de Daenerys qui devient tyran… voilà qui est sacrément bancal vous en conviendrez… Et le pire c’est que la conclusion en soit se tiendrait tout à fait en s’en tenant à des éléments du livre, quel besoin de convoquer Daenerys-série au milieu de la phrase ? Je vous avoue que je ne comprends pas ce genre de mélange de la part de personnes qui mettent en avant leur méthode structurée.

    Malheureusement, cela affaiblit considérablement les conclusions de l’ouvrage : beaucoup d’éléments seraient à nuancer, à analyser à l’aune des livres, et à réattribuer à la bonne source. Il en ressort un côté bourré de maladresse à la limite de la malhonnêteté intellectuelle.

    Brian is in the kitchen…

    Autre erreur de méthode que je trouve regrettable, et qui me fait grincer des dents : apparemment, les auteurs ont oublié que Martin et les showrunners sont américains et prêtent à Martin des inspirations et références franco-françaises qui n’ont pas lieu d’être dans la langue d’origine du texte.

    On souffre tous de ce biais : on s’imagine tous que nos propres références sont partagées partout… mais j’osais penser que des universitaires avaient suffisamment de recul et de métier pour remettre en question leurs références et questionner leur validité dans le cadre d’un texte américain… manifestement c’est trop demander, et je vous avoue que ça m’a énormément surprise en termes de « méthode ».

    Evidemment, on n’échappe donc pas à l’obsession des inspirations franco-françaises de Martin qui met en avant « les rois maudits » (et c’est un biais qu’on retrouve très souvent quand on lit des articles en français ou la Garde de Nuit… ; oui cocorico, Druon c’est bien m’enfin fait quand même arrêter de se regarder le nombril, il n’est mentionné par Martin que parmi des tas d’autres inspirations), s’attarde à peine sur Shakespeare – parce que quand même c’est dur de vraiment pas le mentionner lui – puis on enchaîne sur Dumas – parce que pourquoi pas… – mais on s’arrête là et on ne mentionne en aucun cas tout ce que Martin revendique fréquemment d’inspirations anglosaxonnes notamment en popular history (Thomas B. Costain, Cornwell, Tranter,…) et ce que ça dit de son rapport à l’histoire : il aime l’histoire « pop-corn » et le revendique.

    Mais si le questionnement franco-français s’arrêtait à la liste des inspirations, ça ne me ferait pas spécialement grincer des dents : après tout le lecteur identifiera mieux les inspirations qu’il connaît, donc ne mentionner que celles-ci n’est spécialement dramatique… Mon souci est plus sur tous les clins d’œil culturels que les auteurs attribuent à Martin ou aux scénaristes… mais qui n’ont que peu de chance d’être pertinents étant donné que les références en question ne sont pas partagées outre-Atlantique.

    Un exemple :

    (…) Sam, Grenn et Edd, en mission par-delà le Mur, entendent avec effroi retentir les trois sonneries du cor, signe du retour du roi de la nuit. Il n’est pas anodin que cet avertissement sonore résonne pour annoncer l’arrivée de l’ennemi : la série se fait théâtre à ciel ouvert du combat des vivants contre les morts. Les trois coups ainsi nommés dans l’épisode retentissent. (….) Le spectacle peut commencer.

    C’est très poétique… mais… les trois coups ne résonnent pas au théâtre aux Etats Unis ! En revanche, un dicton nous dit que « Death Knocks Three Times » … Les trois sons du cor en cas d’attaque des Autres ont quand même plus de chances de dériver de là que d’une obscure tradition française non ?

    Apparemment, la Lune du blason Arryn annonce aussi que les Arryn sont dans la lune et lunatiques. Manque de bol, en VO, quand on est dans lune, en fait on est « up in the clouds » donc les rêveurs ont plutôt le droit à des nuages. Et les lunatiques sont whimsical mais n’ont aucune étymologie dérivée de la lune. Ça ne veut pas dire que le lien entre folie et lune n’est pas possible (la superstition de la pleine lune existe au même titre que chez nous) mais en tous cas c’est clairement moins direct et « facile » que ce qui est sous-entendu par les auteurs qui n’ont pas l’air d’avoir réfléchi au fait que l’étymologie des mots français n’a que peu de valeur pour expliquer des références sur lesquelles Martin a pu s’appuyer… Heureusement, notons que ce mélange des genres entre VF et VO n’est pas systématique : dans certains chapitres, on trouve des mentions aux termes VO et des considérations quant à la traduction (d’ailleurs ça me permet de souligner qu’on sent que deux auteurs ont écrit ce texte : les chapitres se suivent et n’ont pas tout à fait le même regard sur le texte de Martin, pour mon côté carré c’est un peu perturbant).

    Je n’ai pas tout relevé, et je n’ai pas moi-même les références culturelles américaines nécessaires pour voir l’ensemble des parallèles qui pourraient poser soucis, mais je trouve ces raccourcis dommageables et là aussi, pour un livre qu’on nous vend comme le fruit d’une analyse rigoureuse, où l’on applique les outils et méthodes de la recherche, c’est quand même décevant.

    Sinon, au passage, au rayon des références mal attribuées à Martin, Cersei n’est toujours pas dérivée de Circé, suffit de taper « Cersei Circé Martin » dans google et c’est le premier lien… interroger la validité de ce qu’on dit quand c’est à portée de clic, ça me paraîtrait là encore la moindre des choses quand on se revendique d’une « méthode universitaire »… Du coup au long de ma lecture, j’ai eu l’impression que la rigueur avec laquelle ils abordent leur matière qu’est l’histoire n’est pas du tout appliquée au matériau de comparaison qu’est la saga. Pourtant dans « Le Moyen Âge de Game of Thrones », on n’attend pas qu’un traitement rigoureux de la partie Moyen Âge, on attend aussi un traitement rigoureux de Game of Thrones.

    Feu et sang ?

    Les auteurs ne se sont pas penchés sur Feu et Sang. Ça ne poserait aucun problème s’ils limitaient leurs conclusions à la série, mais à cause du grand mélange livres-séries, conclure sur le rapport de Martin à l’histoire sans questionner son livre d’histoire fictive, ça m’a paru un peu bancal. Je comprends qu’ils n’intègrent pas au corpus de leur analyse un ouvrage très récent que peu ont lu comparativement… mais parler d’histoire dans Westeros sans se pencher sur Feu et Sang, c’est quand même se priver de beaucoup d’éléments. M’enfin tant pis…

    Réalité historique

    Comme le dit très bien Crys dans sa revue, le livre cherche avant tout à distinguer ce qui relève de la réalité historique médiévale, ce qui n’y colle pas pour des motifs scénaristiques, et ce qui appartient au médiévalisme, l’ensemble des clichés que le grand public d’aujourd’hui associe au Moyen-Âge sans fondement historique. C’est le cœur du livre. Et, malgré mes critiques précédentes, il n’y a pas à tortiller : cet aspect-là est excellent, et ça tombe bien, c’est l’essentiel du bouquin^^ On apprend des tas de choses, on sent que les auteurs maîtrisent leur sujet.

    Idéalement néanmoins, j’aurais voulu plus d’analyse : plutôt que de lister thématique par thématique ce en quoi la série est fidèle à l’histoire, pas fidèle, ou quand elle s’engouffre dans des clichés, j’aurais préféré que l’on s’interroge sur le rôle de la fiction dans la perpétuation des clichés, et sur le rapport entre authenticité perçue d’une fiction (globalement « rendre un univers tangible et crédible au lecteur ») versus réalité historique.

    Il est effectivement très utile de rappeler que le Moyen-Âge n’est pas ce qu’on en imagine, pour s’éviter les sempiternels « oui mais au Moyen-Âge c’était pas comme ça » utilisés à tort et à travers pour justifier des schémas discutables utilisés par la série et par les livres. Le livre s’y attache et c’est bien fichu sur ce plan-là, il n’y a rien à redire. Par ailleurs, Martin se revendique d’une forme de réalisme historique, donc rappeler que en fait, non, il ne fait souvent que perpétuer des clichés qui n’ont pas de véracité historique, c’est important comme message. Et les auteurs s’y attachent avec beaucoup d’érudition et de clarté.

    Mais si Martin revendique sa saga comme œuvre réaliste, il n’omet pas non plus de signaler qu’il aime prendre des libertés avec l’histoire, et qu’il laisse la vraie histoire aux historiens (ex: https://www.lagardedenuit.com/george-rr-martin-londres-retour-patrouille/#les-inspirations-historiques). Il s’inspire d’éléments historiques, a une grande culture historique, mais s’il se revendique « réaliste », je me demande si ce n’est pas dans le sens où il cherche avant tout à créer l’illusion du réel pour son lecteur, un monde crédible avec des vrais gens qu’ils pourrait croiser, loin des figures lisses sans défaut de l’heroic fantasy façon LOTR et des paysages et situations quotidiennes où il peut se projeter (tu te vois plus aux chiottes face à Tywin qu’à la place de Frodon en train de jeter l’anneau dans la montagne du destin). Et pour le lecteur, américain de surcroît – il y a probablement beaucoup à dire de la représentation du médiéval outre-Atlantique sur un continent qui n’a pas cette histoire, et sur l’impact qu’ont eu tout un tas de fictions anglo-saxonnes sur leur image mentale du Moyen-âge – cette illusion du réel, cette authenticité, cette crédibilité, n’est-elle pas mieux rendue en perpétuant les clichés qu’il projette sur la période ? Si on le place dans un Moyen-âge certes plus correct selon l’historiographie, le lecteur n’aura-t’il pas besoin de plus de repères, de paragraphes où on le prend par la main en justifiant in-universe à quel point le cliché initial n’est pas valide pour qu’il accepte comme tangible ce qu’on lui présente ? Or, le cœur de la saga, ça reste l’intrigue : Martin développe un univers tangible pour plonger le lecteur dans son histoire, pour lui construire des images mentales efficaces et faire vivre dans cet imaginaire une histoire, mais il n’a pas vocation à écrire un essai sur la vie au Moyen-âge. Genre les auteurs nous expliquent que la saga ne parle pas d’économie ou de droit comme si Martin avait oublié ces éléments… mais juste… voudrait-on vraiment se coltiner des pages et des pages sur les mécanisme d’offre et demande à Westeros ?! On sait qu’il y a des banques, des commerçants, des trésoriers, on sait que Jaehaerys a lancé un grand programme d’uniformisation des lois à l’échelle du royaume… n’est-ce pas suffisant comme ellipse narrative ? Veut-on vraiment par le menu des détails sur le fonctionnement de tout ça ? Quel apport ça aurait à l’intrigue ? Donc au final, rester du cliché n’est-il pas un besoin littéraire pour porter plus efficacement l’intrigue auprès du lecteur ?

    Par ailleurs, Martin adore subvertir les attentes du lecteur. Partir d’un cliché et de préjugés pour mieux les déconstruire est l’une de ses méthodes d’écriture fétiches (et ce depuis son premier roman : lisez l’Agonie de la lumière^^). Et à l’heure actuelle, on serait bien en peine de dire quels clichés il ne va pas nous déconstruire avec brio d’ici la fin de sa saga, notamment les clichés régionalistes (les Dorniens alanguis et sensuels contre les Nordiens droits et froids, ça a déjà pris un peu de plomb dans l’aile avec un type comme Quentyn Martell, ou un mec comme Brandon Stark le prédateur sexuel, par exemple).

    Et de toutes façons, est-ce vraiment à l’auteur de fiction de s’affranchir des clichés et présenter l’histoire ?

    Les auteurs mentionnent un peu ces questions, mais en les survolant. Ce n’est pas la thématique de leur bouquin, on ne peut pas leur reprocher ! Et au détour de quelques phrases, ils ouvrent des petites pistes. Mais du coup, plus que de lister point par point les occurrences de clichés, une analyse de l’utilisation littéraire du cliché m’aurait du coup beaucoup intéressée.

    De la matière pour un second livre passionnant, surtout s’ils prennent le parti d’aborder avec autant de sérieux le matériau « ASOIAF » que leur matière fétiche qu’est l’histoire…

    ~~ Always ~~

    #142535
    Lapin rouge
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    Merci Nympha, je n’avais pas perçu les références franco-françaises ! Puisqu’on est sur les aspects négatifs, je voudrai évoquer un court passage qui m’a pas mal fait tiquer dans l’intro (et que j’avais déjà pointé à l’écoute de l’intervention de Florian Besson lors du colloque des Imaginales), p. 18 :

    L’ancrage médiéval de l’œuvre reste également problématique parce que Martin entretient lui-même un rapport à l’histoire assez complexe. Stéphane Rolet rappelle ainsi que l’auteur, très influencé par la contre-culture américaine, doute en permanence de la notion même de « vérité historique », ce qui se traduit dans ses romans par la multiplication des points de vue, souvent contradictoires.

    Et les auteurs (mais c’est probablement plutôt Florian Besson qui tient la plume à ce moment) d’enchaîner sur… une scène de la série, où Varys et Littlefinger s’affrontent verbalement sur le mensonge comme source du pouvoir légitime, Patrick Boucheron étant convoqué alors comme caution d’une vision questionnable de l’histoire.

    Que le rapport de GRRM à l’histoire soit complexe, c’est sûr. Qu’il soit influencé par la contre-culture américaine, il suffit de lire Armageddon Rag pour en être convaincu. De là à en faire un adepte d’une vision quasi-complotiste de l’histoire, au motif qu’il utilise des techniques narratives fondées sur la subjectivité et la non-fiabilité des narrateurs, je trouve que le propos va trop loin, d’autant plus qu’il n’est pas étayé par grand-chose, hormis par une référence à l’article consacré à GRRM par Stéphane Rolet dans le dictionnaire de la fantasy, dirigé par Anne Besson. Si quelqu’un possédant cet ouvrage pouvait regarder cet article pour voir s’il s’y trouve plus d’arguments, ça m’intéresserait.

    Bon, après, il faudrait que je passe aux éléments positifs que j’ai trouvé à ce bouquin, parce qu’il y en a. On va finir par croire que je ne l’ai pas aimé !

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    #142542
    Aerolys
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    Je comptais le lire et je crois que je vais passer mon chemin. :/

    Toutes les plus belles histoires commencent par une brique sur le pied.

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    Spoiler:
    #142546
    Lapin rouge
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    La lecture de l’article de Stéphane Raulet me laisse un peu sur ma faim : il n’étaie ses affirmations sur aucune source, c’est comme si c’était une pure déduction de sa part.

    Je comptais le lire et je crois que je vais passer mon chemin. :/

    Ce serait dommage, il y a plein d’analyses intéressantes, sur lesquelles il faudrait peut-être s’étendre un peu plus, maintenant qu’on a vidé notre poche à venin !

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 2 années et 3 mois par Lapin rouge.
    • Cette réponse a été modifiée le il y a 2 années et 3 mois par Pandémie.
    • Cette réponse a été modifiée le il y a 2 années et 3 mois par Lapin rouge.
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    #142551
    Babar des Bois
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    Je comptais le lire et je crois que je vais passer mon chemin. :/

    Je n’ai pas encore donné mon avis sur le livre (ça viendra, un jour ^^’ promis ! on peut ralentir le temps svp ?), mais je plussoie Lapin. Comme Nympha et Lapin, j’ai aussi beaucoup tiqué sur le défaut du mélange constant livres/série (bien illustré par les extraits qu’ils ont donné comme exemple ) – et je tique sur le petit point développé par Lapin
    Mais si tu le sais, et que tu as suffisamment de connaissances pour de ton côté bien faire la séparation entre les deux et pour faire la part des choses, c’est un bon livre. Excellent sur les éléments d’histoire médiévale (et avec les dernières avancées historiographiques !), il permet de bien se rendre compte d’à quel point/dans quelle mesure/sur quels aspects le Moyen Âge de Game of Thrones est déformé (et à quel degrés) ; et il y a aussi des analyses très intéressantes (j’ai vraiment bien aimé le chapitre sur la figure du chevalier et du héros par exemple, l’un de leurs chapitres, ou celui sur la musique, qui avait une approche et un thème assez original).

    #hihihi
    Co-autrice de "Les Mystères du Trône de Fer II - La clarté de l'histoire, la brume des légendes" (inspirations historiques de George R.R. Martin)

    #142572
    Nymphadora
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    il permet de bien se rendre compte d’à quel point/dans quelle mesure/sur quels aspects le Moyen Âge de Game of Thrones est déformé (et à quel degrés) ; et il y a aussi des analyses très intéressantes

    Oui tout à fait ! Et comme je le disais, ma critique est à remettre en contexte : j’attendais plus du bouquin, d’où ma déception et mes remarques négatives, mais l’ouvrage reste intéressant et nettement meilleur que bien des bouquins qu’on nous a servis sur GOT.

    ~~ Always ~~

    #166179
    Nymphadora
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    Une interview de Justine Breton :

    Entretien avec … Justine Breton

    ~~ Always ~~

    #166203
    Liloo75
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    Merci pour cette interview. J’aime beaucoup Justine Breton, j’écoute souvent ses podcasts, je la trouve passionnante.

    Enfin quelqu’un qui partage mon avis sur l’accession de Bran au trône de fer 😄 Mais que vient-il faire dans cette galère ?

    Je n’avais jamais réfléchi à la tirade de Tyrion sur le fait que c’est Bran qui a la meilleure histoire à raconter. Ce n’est probablement pas lui qui a la trajectoire la plus fascinante. Mais bon, c’est un avis sur la série. Les livres nous offrirons un dénouement plus crédible, j’en reste persuadée.

    Quel dommage qu’elle ne veuille pas étudier la série The Last kingdom. Il y aurait tellement à dire sur le plan historique. Et puis, c’est une des séries préférées de GRR Martin 😉

     

    - De quels diables de dieux parlez-vous, lady Catelyn ? (…) S’il existe vraiment des dieux, pourquoi donc ce monde est-il saturé de douleur et d’iniquité ?
    - Grâce aux êtres de votre espèce.
    - Il n’y a pas d’êtres de mon espèce. Je suis unique.

    #185730
    Aerolys
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    Ce serait dommage, il y a plein d’analyses intéressantes, sur lesquelles il faudrait peut-être s’étendre un peu plus, maintenant qu’on a vidé notre poche à venin !

    Mais si tu le sais, et que tu as suffisamment de connaissances pour de ton côté bien faire la séparation entre les deux et pour faire la part des choses, c’est un bon livre. Excellent sur les éléments d’histoire médiévale (et avec les dernières avancées historiographiques !), il permet de bien se rendre compte d’à quel point/dans quelle mesure/sur quels aspects le Moyen Âge de Game of Thrones est déformé (et à quel degrés) ; et il y a aussi des analyses très intéressantes (j’ai vraiment bien aimé le chapitre sur la figure du chevalier et du héros par exemple, l’un de leurs chapitres, ou celui sur la musique, qui avait une approche et un thème assez original).

    Bon, deux ans après, en lisant vos réponses et après m’être débarrassé de tout mon sel, je veux bien donner sa chance à ce livre (pas tout de suite car j’ai du pain des livres sur la planche). Il n’y a que les cons qui ne change pas d’avis après tout, non ?

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    Spoiler:
    #185769
    Babar des Bois
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    Le livre est ressorti en format poche chez Alpha Histoire. Je n’ai pas encore eu le temps de regarder, mais il y a eu des ajouts de HotD a priori.

    #hihihi
    Co-autrice de "Les Mystères du Trône de Fer II - La clarté de l'histoire, la brume des légendes" (inspirations historiques de George R.R. Martin)

    #185792
    Aerolys
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    Le livre est ressorti en format poche chez Alpha Histoire. Je n’ai pas encore eu le temps de regarder, mais il y a eu des ajouts de HotD a priori.

    S’il y a une version « enrichie », je ne dis pas non. ^^ (Et puis, je préfère les formats poches en général. #maisosef)

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