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De la résistance au feu des Targaryen

Daenerys sortant du bûcher de Khal Drogo (illustration : Michael Komarck ; montage : Evrach, La Garde de Nuit)

Plus les saisons de GoT avancent, plus le canon de la série diverge de celui des livres de GRRM, et série et livres sont désormais deux œuvres bien différentes. Mais certaines divergences apparaissaient déjà dès la première saison. Parmi celles-ci, un élément majeur : l’immunité au feu de Daenerys. Car, si dans la série, elle est réellement « imbrûlée » (on ne sait d’ailleurs pas si cette capacité s’étend aux autres Targaryen, mais il semble qu’elle soit spécifique à Daenerys), dans les livres en revanche, c’est une toute autre histoire.

Ce décryptage a été originellement rédigé par Evrach sur le forum (juin 2015). Le texte a été retouché à certains endroits pour cette nouvelle publication.
Illustration de tête : Michael Komarck ; montage : Evrach, la Garde de Nuit.

« Dans nos veines coule le feu »

(Viserys III Targaryen dans AGOT, Daenerys I)

En voilà une idée récurrente qu’on voit revenir souvent au travers des discussions et qui persiste telle une mauvaise légende urbaine. Alors certes, les Targaryen sont symboliquement associés au feu, leur emblème est un dragon crachant du feu, mais sont-ils immunisés au feu pour autant, voire simplement résistants à la chaleur ? C’est ce que nous allons tenter de déterminer.

Les Targaryen brûlés

Notez la superbe illustration (celle en tête de l’article) de Michael Komarck. Tout part probablement de là, et c’est une scène mémorable il faut bien l’avouer. Dernier chapitre d’A Game of Thrones, Daenerys sort du bûcher funéraire de Khal Drogo, intacte (sauf les cheveux qui ont brûlé) et avec trois bébés dragons. Effectivement, lors de cette scène, Daenerys est insensible au feu du bûcher. Cela signifie-t-il qu’elle est insensible au feu en général ou que l’on peut extrapoler son cas à celui des autres Targaryen ? Examinons quelques cas précis.

« — Aerion le Monstre ? » Jon connaissait ce nom. « Le Prince qui se prenait pour un dragon » était l’un des contes les plus macabres de Vieille Nan. Bran en raffolait.
« Tout juste, sauf qu’il se nommait lui-même « le Flamboyant ». Si bien qu’un soir il descendit toute une bouteille de feu grégeois, non sans avertir ses amis que cela le métamorphoserait en dragon mais, grâce aux dieux, cela ne le métamorphosa qu’en cadavre. »

(ACOK, Jon I)

Aerion Targaryen en tout cas ne semblait pas manifester outre-mesure d’immunité au feu grégeois en tout cas.

[Aegon II] souffrait de côtes brisées, d’une hanche cassée et de brûlures sévères sur la moitié du corps. Son bras gauche était dans un état inquiétant. La chaleur avait été si intense que le métal de son armure avait fondu à même sa chair.
(TPATQ)

Visiblement le roi Aegon II ne résistait pas particulièrement au feu du dragon…

Le son qu’émit Viserys Targaryen lorsque le coiffa cet abominable heaume de fer, ce son n’avait rien d’humain. Ses pieds trépignèrent frénétiquement la terre battue, s’alanguirent, s’immobilisèrent.

(AGOT, Daenerys V)

L’or en fusion tue également Viserys.

Et ce ne sont que quelques exemples. Au final le nombre de Targaryen morts ou grièvement blessés par le feu est assez conséquent, notamment lors de la Danse des Dragons (une guerre civile) où les Targaryen luttaient les uns contre les autres à dos de dragons. Outre Aegon II brûlé si fort que sa chair s’est fondue dans son armure, on a Rhaenys dont le corps a été retrouvé calciné après une lutte contre Vhagar et Feux-du-Soleyl :

On retrouva plus tard un cadavre près de la carcasse de Meleys ; on supposa qu’il appartenait à Rhaenys Targaryen, mais il était si carbonisé qu’il en était méconnaissable. La fille chérie de lady Jocelyn Baratheon et du prince Aemon Targaryen […] était morte dans le sang et le feu.
(TPATQ)

De même, celui de Daeron Targaryen n’était tellement plus identifiable que des imposteurs ont même clamé être le prince…

Il existe trois versions contradictoires relatant la fin du prince Daeron Targaryen. Selon la plus célèbre d’entre toutes, le prince serait sorti de son pavillon dans ses vêtements de nuit embrasés […] Dans la troisième variante, Daeron le Hardi ne serait même pas parvenu à sortir et aurait simplement péri quand sa tente en flammes se serait effondrée sur lui.
(TPATQ)

Sans oublier bien entendu Aegon V et son fils aîné, Duncan Targaryen, qui ont péri dans les flammes de Lestival.
Le feu tue et brûle les Targaryen autant que n’importe qui… Daenerys fait-elle alors figure d’exception ?

Daenerys, l’Imbrûlée

« La chaleur sans cesse croissante lui souffla d’abord au visage des halètements doux et précipités d’amant mais devint intolérable au bout de quelques secondes. Daenerys recula. »

(AGOT, Daenerys X)

Avant le bûcher, avant que Mirri Maz Duur ne termine sa litanie, Daenerys reculait devant la force « intolérable » du feu… Cette scène ne se situe que quelques minutes avant son entrée dans le bûcher. On peut ergoter longtemps sur le pourquoi de cette exception qui voit Daenerys devenir insensible au feu pendant quelques minutes (sortilège de Mirri Maz Duur ayant rebondi, protection des dragons naissants, influence de la comète rouge…) toujours est-il que George R.R. Martin lui-même a confirmé en interview que l’immunité temporaire de Daenerys au feu était un événement inédit et unique dans l’histoire.

« Granny : Do Targaryens become immune to fire once they « bond » to their dragons?
GRRM : Granny, thanks for asking that. It gives me a chance to clear up a common misconception. TARGARYENS ARE NOT IMMUNE TO FIRE! The birth of Dany’s dragons was unique, magical, wonderous, a miracle. She is called The Unburnt because she walked into the flames and lived. But her brother sure as hell wasn’t immune to that molten gold.
Revanshe : So she won’t be able to do it again?
GRRM : Probably not. »
(Chat Event Horizon Flashpoint)

Et ouep, il l’explique même, en majuscules. Histoire de bien appuyer le propos. Et il précise bien que ça ne se reproduira probablement pas.

Il existe cependant une autre scène où Daenerys échappe aux flammes et en ressort et où certains ont pu y voir un indice de la résistance au feu de Daenerys ; une scène qui a parfois servi d’argument aux partisans de la résistance au feu des Targaryen : quand l’Hôtel des Nonmourants est détruit par Drogon dans ACOK…

Debout d’un bond, Daenerys fondit au travers. Aussi légers que l’air et aussi consistants que des cosses vides, ils s’effondrèrent à son seul contact. Le temps d’atteindre la porte, et la pièce entière s’embrasait déjà. « Drogon ! » appela-t-elle dans la fournaise, et il vola la rejoindre en dépit du feu.

(ACOK, Daenerys IV)

En fait, elle est tellement épargnée que ses vêtements (pourtant de légers vêtements qarthiens) et ses cheveux sont intacts… Or même le bûcher de Drogo où elle était vraiment invulnérable au feu, ses vêtements (de solides vêtements de cuir dothrakis) et ses cheveux ont pourtant complètement brûlé. Au final, on a beau chercher dans ses PoV (points de vue) ultérieurs, même quand Daenerys repense à son surnom d’Imbrûlée, elle ne fait jamais référence aux palais des Nonmourants, toujours uniquement au bûcher. De fait, imaginer que Daenerys ait été en contact avec l’incendie du palais des Nonmourants et s’en est sortie indemne relève uniquement du fantasme de lecteur, à aucun moment elle n’est exposée aux flammes (vêtements et cheveux intacts) ni même ne semble le croire.

Au final, on a la confirmation de la sensibilité au feu de Daenerys dans ADWD quand Daenerys est brûlée par le fer chauffé à blanc par Drogon :

Le dragon poussa un ultime chuintement et s’étendit sur le ventre, de tout son long. Du sang noir coulait de la blessure à l’endroit où la pique l’avait transpercé, fumant aux endroits où il dégouttait sur les sables brûlants. Il est du feu fait chair, songea-t-elle, et moi aussi.
Daenerys Targaryen bondit sur le dos du dragon, empoigna la pique et l’arracha. Le fer en était à demi fondu, son métal porté au rouge luisait.

(ADWD, Daenerys IX)

Elle se croit le feu fait chair, et arrache à mains nues le fer de la pique porté au rouge. Quel en est le résultat ?

Il fallut à Daenerys la moitié de la matinée pour en descendre. Le temps qu’elle parvînt au pied, elle était hors de souffle. Ses muscles la faisaient souffrir et elle se sentait comme prise d’un début de fièvre. Les rochers lui avaient mis les mains à vif. Mais elles vont mieux qu’avant, décida-t-elle en triturant une cloque crevée. Elle avait la peau rose et sensible, et un fluide pâle et laiteux suintait de ses paumes crevassées, mais ses brûlures guérissaient.
[…]
Daenerys, morte de faim, se laissa choir du dos du dragon et elle mangea avec lui, arrachant des bouts de viande fumante au cheval mort avec ses mains nues et brûlées.

(ADWD, Daenerys X)

Daenerys peut donc se brûler et souffrir du feu, de la chaleur, ou même mourir brûlée, comme tout le monde, son immunité au feu n’ayant été que temporaire et miraculeuse durant l’éveil des dragons. Même si elle pense et prétend le contraire…

Bains brûlants, autosuggestion et tradition culturelle

Bon okay, Daenerys n’est donc pas immunisée au feu, mais pourrait-on alors imaginer que sans y être totalement insensibles, les Targaryen, de par leur « sang de Dragon », auraient une résistance plus élevée à la chaleur ? Il semble que cette croyance ne date pas de Daenerys, et qu’il y en a eu d’autres dans sa famille qui appréciaient la chaleur. Daenerys clame tout de même régulièrement qu’elle adore ce qui est brûlant. Et bien… c’est loin d’être aussi évident. Prenons quelques cas :

« Après avoir empli la baignoire avec l’eau chaude montée de la cuisine, elles y versèrent des essences capiteuses et, une fois dévêtue par leurs soins, Daenerys s’y plongea, au risque de s’ébouillanter, mais sans cri ni grimace. Elle aimait la chaleur et le sentiment de propreté que celle-ci lui procurait. Au surplus, son frère répétait à qui voulait l’entendre que rien n’était jamais trop brûlant pour un Targaryen. »

(AGOT, Daenerys I)

Daenerys dit donc ne pas craindre la chaleur, ni le risque de se brûler à l’eau chaude… Pourtant, deux lignes plus tard, la voilà rejointe par deux servantes d’Illyrio qui la lavent en plongeant les mains dans l’eau pour l’astiquer… sans se plaindre le moins du monde de la température de l’eau. Sont-elles également résistantes à la chaleur ?

Sans desserrer les dents, la vieille lui lava sa longue chevelure argentée puis la démêla patiemment, tandis que la jeune, tout en lui frottant le dos, les pieds, lui vantait sa bonne fortune.

(AGOT, Daenerys I)

Deux chapitres plus tard :

« Sur ce, elle réclama un bain et, pendant que Doreah s’affairait au feu, dehors, Irri et Jhiqui s’empressèrent d’aller quérir parmi les bagages le cuvier de cuivre offert en présent de noces puis de charrier l’eau nécessaire pour l’emplir. Enfin, lorsque la vapeur s’en éleva, Irri aida sa maitresse à s’y plonger et l’y rejoignit. »

(AGOT, Daenerys III)

Le bain est très chaud (de la vapeur s’en élève), à la convenance de Daenerys, et pourtant cela n’empêche pas Irri de la rejoindre… Irri aussi serait donc particulièrement résistante à la chaleur… Mais il y a bien mieux !

« Avec un sifflement, il cracha sur elle du feu noir. Daenerys plongea sous les flammes, maniant le fouet en criant : « Non, non, non. Couché ! » »

(ADWD, Daenerys IX)

« Le feu m’a brûlé les cheveux, mais sinon il m’a laissée intacte. »

(ADWD, Daenerys X)

A certains moments, Daenerys semble s’aveugler sur sa propre résistance au feu depuis le bûcher dont elle est sortie indemne. Ici elle est clairement passée sous le feu de Drogon mais une fois le calme revenu, elle se rassure elle-même avec ses « Je suis le feu fait chair » et « il ne m’a pas brûlée ». Mais dans le feu de l’action…

Le long cou écailleux du dragon s’étira vers elle. Lorsqu’il ouvrit la gueule, elle vit entre ses crocs noirs des morceaux d’os broyés et de chair calcinée. Il avait des yeux en fusion. Je contemple l’enfer, mais je ne dois pas détourner les yeux. Jamais elle n’avait été aussi convaincue d’une chose. Si je fuis, il me brûlera et me dévorera. En Westeros, les septons évoquaient sept enfers et sept cieux, mais que les Sept Couronnes et leurs dieux étaient loin ! Si elle mourait ici, se demanda Daenerys, le dieu cheval des Dothrakis écarterait-il les herbes avant de la revendiquer pour son khalasar stellaire, afin qu’elle puisse galoper dans les terres nocturnes, auprès du soleil étoilé de sa vie ?

(ADWD, Daenerys IX)

Face au feu du dragon, et à l’imminence de sa mort, Daenerys ne pense pas « le feu me laissera intacte », elle pense « oh merde, il va me cramer et je vais mourir »… Il est aisé de se dire dans les moments de calme qu’on ne craint pas telle ou telle chose. Plus difficile quand on y fait face et que la peur reprend le dessus. Même elle n’est pas si confiante que ça en son incarnation du feu.

On a donc vu qu’elle pouvait se brûler, reculer face à l’air chaud, et que les bains prétendument bouillants qu’elle prenait étaient en réalité d’une température certes probablement élevée mais parfaitement tolérable pour d’autres personnes (un bon bain chaud en somme). De plus, nous n’avons que le point de vue interne de Daenerys sur la question puisque les seules allusions à sa résistance à la chaleur viennent de ses propres chapitres PoV et sont parfois contradictoires, reflet de ses propres incertitudes. Le pourquoi de cet aveuglément partiel trouve probablement sa source dans la première citation de ce paragraphe :

« Au surplus, son frère répétait à qui voulait l’entendre que rien n’était jamais trop brûlant pour un Targaryen […] dans nos veines coule le feu. »

(AGOT, Daenerys I)

Daenerys n’a jamais rien connu de Westeros, de sa lignée, des Targaryen ou des dragons. Tout ce qu’elle sait, elle le doit à son frère, toute son identité s’est construite à partir de là. Daenerys s’est auto-conditionnée pour se croire spéciale, elle est le sang du Dragon, le Dragon qui dort et qu’on ne réveille pas, elle s’estime le feu fait chair… Et cette répétition à l’envie de son goût pour la chaleur relève plus de l’autosuggestion (« je suis une Targaryen donc je me dois d’aimer la chaleur ») voire de l’aliénation (« j’ai des cloques sur les mains, mais non je n’ai pas été brûlée ») que d’une réalité tangible, aliénation dont elle vient elle-même à douter au moment d’y faire face, et qu’elle se remémore telle une litanie dans les moments de calme pour se redonner du courage ou se rassurer.

Petite digression nécessaire avant de conclure, car il y a un autre Targaryen qui semble adorer les bains chauds et la chaleur, Aegon V, et c’est Dunk qui le dit dans le deuxième tome des aventures de Dunk et l’Œuf :

« Dunk pénétra dans le cuvier et s’y plongea jusqu’à ce que l’eau lui arrive au ras du menton. Elle était encore brûlante à la surface, mais nettement plus fraîche vers le fond. Il serra les dents pour réprimer un hurlement qui n’aurait pas manqué de faire s’esclaffer le petit. L’Œuf adorait que l’eau soit archibouillante pour ses propres bains. »

(L’épée lige)

Preuve, selon certains, que cette histoire de résistance à l’eau très chaude était bien propre aux Targaryen puisque là on a un deuxième exemple (sur toute la généalogie) de Targaryen qui aime les bains chauds ! Comme si deux anecdotes constituaient une statistique solide…

Là encore, il est légitime de se demander ce qui relève de la réalité, et ce qui relève de la subjectivité. Aegon a été élevé à la cour, et depuis la naissance on lui a seriné que rien n’est jamais trop chaud pour les Targaryen car les Targaryen aiment le chaud. Bref, il a toujours pris ses bains chauds. Il a de plus été élevé dans le palais de Lestival, qui se situe non loin de Dorne, et qui connait des températures chaudes le plus souvent. Il est habitué à la chaleur. On pourrait aussi souligner le fait que sa mère, Dyanna Dayne, et sa grand-mère, Mariah Martell, sont des dorniennes, et des histoires de génétique pourraient peut-être favoriser une certaine tolérance à des températures élevées.
En revanche, Dunk a toujours vécu dans la rue, et ne s’est jamais baigné que dans des rivières gelées ou des mares naturelles à température ambiante… Pas étonnant qu’il y ait une « légère » différence d’appréciation entre ce que Dunk considère comme un bain chaud et ce qu’Aegon considère comme un bain chaud…

En clair, un conditionnement depuis le berceau à être au contact de la chaleur et à apprécier culturellement celle-ci parce que les Targaryen se doivent d’aimer le chaud (sans oublier une condition sociale qui fait que les contraintes logistiques d’avoir de l’eau bouillante régulièrement n’est pas un souci), ne serait-il pas une manière plus logique d’expliquer le goût de certains Targaryen pour la chaleur qu’une quelconque résistance « magique » dont on a ni trace ni preuve ? En tout cas, tout cela n’a pas empêché Aegon de périr dans les flammes, à Lestival… Comme tant d’autres de sa lignée avant lui.

Oui mais dans la série télévisée alors ?

Comme rappelé à de nombreuses reprises, la série possède son propre canon, qui est différent de celui des romans. Dans la série télévisée, Daenerys est bel et bien insensible au feu, et ce semble-t-il de manière permanente comme le montrent plusieurs scènes des saisons 1, 2, 4 et 6 notamment les scènes suivantes :

* Lors de la saison 1, Daenerys place les œufs de dragons dans un braséro et les retire du feu sans se brûler les mains alors que l’une de ses caméristes se brûle en tenant d’empêcher Daenerys de se brûler. Dans l’équivalent de cette scène dans les romans, Daenerys ne plonge pas les mains dans le feu.

Dans le berceau de ses deux paumes, elle le porta jusqu’au feu et le projeta au milieu des braises incandescentes. Était-ce une hallucination? Comme altérées de chaleur, les noires écailles émettaient, sous les petits coups de langue pressés des flammes, un vague et sombre rougeoiement. L’un après l’autre, les deux autres œufs vinrent prendre place auprès du premier, puis Daenerys se recula, suffocante d’appréhension. Et elle attendit, fascinée, que les charbons ne fussent plus que cendres. Par le trou de fumée s’élevaient en virevoltant, s’échappaient des étincelles aériennes. Les vagues de chaleur enrobaient les œufs de halos mouvants. Et c’était là tout.

(AGOT, Daenerys VI)

* Lors de la saison 2, lorsque Drogon détruit l’Hôtel des Nonmourants, Daenerys est clairement atteinte par le jet de flammes et s’en sort indemne. Lors de la destruction de ce même Hôtel dans les romans, Daenerys se trouve à l’extérieur et n’est jamais directement en contact avec le feu (comme le prouvent ses cheveux et ses vêtements intacts, cf. paragraphe 2 de ce même décryptage).

* Enfin, lors de la saison 6, Daenerys met volontairement le feu au Dosh Khaleen de Vaes Dothrak, dont elle était prisonnière. Elle ressort du temple en feu totalement intacte alors que les khals qui y étaient rassemblés meurent dans l’incendie.

Le canon de la série est différent de celui des romans et dans la série Daenerys (et seulement Daenerys, pas les autres Targaryen a priori) est insensible au feu.

Conclusion

Certains Targaryen ont pu sembler apprécier la chaleur plus que de coutume. Mais loin d’une résistance spécifique à la chaleur ou aux brûlures, clairement démentie par l’auteur lui-même, exaspéré qu’on se pose encore la question, cet attrait pour le chaud semble plus relever d’un marquage de leur identité culturelle et d’un conditionnement (ainsi que peut-être quelques facteurs génétiques) que d’une quelconque réalité magique ou extraordinaire. Au contraire, nous avons vu que les Targaryen ont régulièrement péri par le feu au cours des âges, et que l’auteur a lui-même spécifié que ce qui était arrivé à Daenerys pendant l’éveil des dragons était un événement inédit, ponctuel et de nature magique qui n’est pas en lien avec une quelconque résistance ordinaire de Daenerys, ou de tout autre Targaryen, à la chaleur ou au feu.

Alors où tout cela nous mène-t-il ? Eh bien, pas très loin. Le propos était uniquement de démystifier une idée reçue trop souvent rencontrée liée à la subjectivité inhérente au style d’écriture PoV. Or, GRRM l’a très bien souligné à travers par exemple le baiser imaginaire que se remémore Sansa, les PoV peuvent oublier, se tromper, mentir aux autres, voire se mentir à eux-mêmes… et il convient d’analyser précisément le texte afin de déterminer ce qui relève de la subjectivité du personnage et ce qui relève de la réalité tangible que l’auteur veut nous faire partager.

Sur un autre plan, cela évite d’avoir à éliminer de facto toute théorie concernant l’ascendance targaryenne d’un personnage qui aurait souffert du feu. La brûlure de Jon à la main droite ne le disqualifie pas comme fils de Rhaegar comme on a parfois pu le lire chez les détracteurs de la principale théorie concernant l’ascendance de Jon Snow.

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