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  • #201898
    Jon
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    The PeripheralThe Peripheral, de William Gibson ; adapté sur Prime fin 2022.
    De la SF/dystopie/post-apo, dans laquelle deux timelines (l’une qu’on peut estimer à dans une quinzaine d’années, l’autre soixante-dix ans plus tard) se croisent grâce à « la technologie », qui permet à deux petits groupes dans chaque timeline d’interagir entre eux.
    Difficile de résumer plus en profondeur le scénario, pas parce que j’ai peur de spoiler, mais plutôt parce qu’il ne se passe pas grand chose de pertinent/intéressant. Il y a vaguement une enquête dans la timeline future, et vaguement des tentatives d’assassinat dans la timeline « moins future », mais les enjeux m’ont paru négligeables et artificiels, avec des raisons très obscures et tordues pour exister, et très peu de logique et de justifications dans les actions des personnages. Pour ne pas aider, les personnages principaux m’ont semblé complètement passifs / victimes des événements, d’autres personnages très intelligents et très au courant et très secrets leur disent de faire ci ou ça, et ils s’exécutent docilement – ce qui ne m’intéresse guère.
    Quant au style, j’ai eu énormément de mal ; déjà, j’ai trouvé ça très compliqué, j’ai eu beaucoup de mal à visualiser quoi que ce soit, à comprendre ce qu’il se passait par moments (ce qui ne m’a peut-être pas aidé à accrocher aux enjeux…) ; avec beaucoup de dialogues qui m’ont semblé sans queue ni tête, sautant du coq à l’âne, les personnages ne semblant pas se répondre mutuellement – à tel point que je me suis demandé parfois s’il ne manquait pas des lignes dans mon epub… Et paradoxalement, en contrepoint de ça, j’ai trouvé le style extrêmement détaillé (trop, donc), avec des descriptions minutieuses de chaque étape de chaque action ; par exemple, il y a un passage dans lequel quatre personnages montent en voiture. L’auteur nous dit donc : « Machin ouvrit la portière avant, puis ouvrit la portière arrière gauche, truc rentra, il ferma la portière, puis il ouvrit la portière arrière droite, bidule monta, il ferma la portière. Trucmuche ouvrit la portière avant droite et monta. Machin lui referma la portière, puis fit le tour de la voiture, monta, ferma sa portière. » Comment dire que ça me parait inutile, et qu’à la longue c’est un peu lassant… 9_9
    Bref, je n’ai pas aimé :p

    #202156
    FeyGirl
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    Pavillon de l’exil (Honor Harrington, Tome 5), de David Weber

    Genre : Science-Fiction.
    Première édition : 2002 en VF (Flag in Exile, 1995 en VO) .

    Peu de temps après le tome précédent, Honor Harrington, femme officier d’exception du Royaume Stellaire de Manticore, s’occupe de son domaine sur la planète Grayson et fait le deuil de son compagnon.

    Suspendue pour des raisons politiques de la flotte navale de Manticore (bon, c’est vrai, elle a abattu un lord au cours d’un duel), Honor apprend à être un Seigneur (une Seigneure ?) sur la planète Grayson dont les traditions sont férocement misogynes. Le Protecteur Benjamin l’a honorée en lui octroyant un fief, pour la remercier d’avoir sauvé la planète lors d’une attaque de grande ampleur de la République du Havre, le vieil ennemi de Manticore. En réalité, Benjamin souhaite voir la société graysionnienne évoluer vers la modernité et l’émancipation des femmes à l’image de Manticore, et il espère qu’Honor y contribue.

    David Weber n’évite pas toujours des passages « racontés » pour exposer les situations politiques et historiques (en référence au show don’t tell, qui invite les auteurs à montrer plutôt qu’à résumer un élément clé), et appuie en approfondissant plusieurs fois les pensées de ses personnages, déjà expliqués au chapitre précédent. C’est dommage, car ça ajoute des lourdeurs et des longueurs dont il aurait pu se passer, même si c’est le seul défaut qui m’a ennuyé.

    Mais heureusement, vers la moitié du tome, les actions arrivent en rafale, et ça déménage !

    Plusieurs intrigues avancent en parallèle dans ce tome : une conspiration de fondamentalistes religieux sur Grayson, qui refusent l’évolution désirée par le Protecteur Benjamin et veulent atteindre Honor pour détruire tout espoir de progrès. J’ai trouvé que c’était un des meilleurs moments du roman, très prenant, avec des soubresauts et des retournements de situation palpitants. Les personnages secondaires sont nombreux et donnent une richesse à cet arc narratif, avec des plans dans les plans qui s’enchaînent en une logique implacable.

    En parallèle, la République du Havre (l’ennemi de Manticore et par ricochet de Grayson) met en œuvre une attaque massive où la planète Grayson — et donc Honor — sera un théâtre des opérations majeur. République du Havre inspirée de la France postrévolutionnaire, où les purges ont sabré les officiers expérimentés et où des commissaires politiques accompagnent et surveillent les commandants récemment promus, au grand dam de ces derniers. Si les nouveaux officiers échouent, ils seront éliminés (tout ceci vous rappelle quelque chose ?). Havre a besoin de conquêtes pour faire vivre sa population : on est dans une fuite en avant d’un État qui ne sait plus produire de ressources et va piller ses voisins.

    N’oublions pas que nous sommes dans de la « science-fiction militaire ». Plus le récit avance, plus l’auteur nous régale de combats palpitants, fortement inspirés des batailles navales, où tout compte : les tactiques, le matériel, les différences de technologies et de stratégies entre les camps (Manticore a une technologie supérieure, Havre a plus de vaisseaux et de soldats), le minutage précis des opérations, et le facteur humain. L’auteur y déploie une mécanique redoutable, avec plusieurs tiroirs liés les uns aux autres. La complexité du champ de bataille, les situations désespérées et la tension font qu’on ne lâche pas le livre dans sa deuxième moitié.

    Hâte de lire la suite !

    #202161
    Schrö-dinger
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    Les secrets de la femme de ménage de Freida McFadden

    Après La Femme de ménage, place à cette suite, où l’on retrouve Millie pour un nouveau poste de femme de ménage dans un foyer sain et parfaitement normal, dans lequel elle va s’épanouir ! Fin de l’histoire. Non bon évidemment cela ne va pas se passer comme prévu. On pourrait s’attendre à ce qu’il n’y ait pas de surprise, on sait qu’on va se faire avoir donc on essaye d’avoir un coup d’avance mais pour ma part je n’avais rien anticipé et je me suis bien fait avoir. Cela manque de crédibilité mais c’est pas grave.

    Le Kraken à la plage (ah-ouh, cha cha cha)

    #202202
    Jon
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    Yumi and the nightmare painterYumi and the nightmare painter, le troisième « secret project » de Sanderson.
    On est de nouveau dans le Cosmere, de nouveau avec Hoid en narrateur (donc quelqu’un de très « Cosmere-aware », qui va ponctuellement faire des références à des sujets globaux plus ou moins décorrélés de l’histoire principale. Personnellement j’aime beaucoup car ça vient ajouter du lore et des éléments de compréhension, mais c’est toujours dur de se rendre compte de ce que ça peut rendre pour un lectorat moins « assidu » ^^) ; mais cette fois, on change encore de style, avec un schéma de base correspondant à une situation de teen-romance « classique », de type échange d’âmes entre jeunes gens dont les vies n’ont rien à voir. C’est rare que Sanderson fasse de la romance, donc c’était marrant :p
    Après, évidemment, on est quand même dans le Cosmere, donc on découvre un nouvel univers ; ici, on a d’un côté Yumi, qui vit dans un monde « type médiéval » où le sol est très chaud (donc par exemple les plantes flottent en journée pour échapper à la chaleur), et dont le métier est d’être une élue sacrée qui attire les esprits en empilant des cailloux (en gros) : et Nikaro, qui vit dans un monde « type moderne » recouvert d’un brouillard d’ombres dont s’échappent des cauchemars, et dont le métier est de les peindre pour les faire s’évaporer. Suite à un événement mystérieux, leurs âmes se retrouvent liées, et ils vivent en alternance les journées dans le corps l’un de l’autre.
    Une grande partie de l’intrigue est bien moins « intense » que d’habitude dans Sanderson, avec la découverte mutuelle de ces deux individus aux personnalités opposées malgré des points communs transverses, c’est à la fois chill et mignon. Je trouve toujours que Sanderson est très bon sur ses développements de personnages, et ça marche encore une fois avec Yumi et Nikaro, et leurs évolutions respectives.
    Un léger bémol sur « l’explication », qui m’a parue moins fluide et logique que d’habitude, il a fallu un peu plus se concentrer et consciemment accepter la cohérence, mais ça reste une très bonne lecture, ça se lit toujours aussi bien, très agréable, et très mignonne à la fois 🙂
    Et j’ajoute que le livre est un très bel objet, parsemé de très beaux dessins ❤️

    #202673
    Schrö-dinger
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    Deux lectures Young Adult :

    Noblesse oblige de Maiwenn Alix : Une uchronie où la France du 21ème siècle est encore une monarchie, et où le peuple se divertit avec l’émission de téléréalité « Noblesse oblige » – sorte de Bachelor où de jeunes roturières sont amenées à Versailles pour avoir des rencards avec les hommes les plus en vue de la Cour. On va suivre Gabrielle, qui est en fait antiroyaliste (mais nan !!), dans cette émission. Vous pensez que j’en ai trop dit ? Détrompez vous, il se passe encore plus de choses. C’est un peu le problème, l’autrice a beaucoup d’idées, mais on frôle l’indigestion, le côté uchronique est intéressant, mais un peu survolé, les coulisses de la téléréalité sont pour le coup bien réussis, mais il y a aussi une enquête, de l’espionnage, de la romance, de la torture, bref cela part un peu dans tous les sens. Le personnages sont clichés et l’intrigue plutôt prévisible. Mais dans l’ensemble c’était quand même assez divertissant.

    All of us villains – Tome 2 La malédiction des sept d’Amanda Foody et C.L. Herman :
    Après ma lecture du tome 1 il y a un an, je me suis laissé tenter par la suite et fin de cette duologie, qui est un Battle Royal (aka des adolescents qui se battent à mort) avec de la magie. J’ai beaucoup aimé ce second tome. C’était rythmé, prenant, les enjeux étaient intéressants et m’ont tenu en haleine jusqu’à la fin. L’univers est toujours aussi cool, à savoir glauque à souhait. Les personnages sont plutôt réussis, même si certains champions m’ont moins plu que d’autres. Aussi, ce tome fait quand même 700 pages donc il y a forcément quelques longueurs. Dans l’ensemble, j’ai passé un très bon moment de lecture, et même qu’il y a un ship qui m’a beaucoup touché. Et ouais !

    Le Kraken à la plage (ah-ouh, cha cha cha)

    #202832
    FeyGirl
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    Protectorats, de Ray Nayler

    Genre : Science-Fiction.
    Première édition : 2023 en VF (nouvelles, 2015 – 2023 en VO).

    Ce recueil réunit des nouvelles de science-fiction qui se déroulent dans le même univers. En 1938, une soucoupe volante s’est échouée, offrant à la Terre des technologies révolutionnaires qu’on comprend mal mais qui sont étudiées et développées. On cartographie notamment le connectome, schéma des connexions dans notre cerveau et qui dessine la trame de notre esprit. Schéma qu’on peut reproduire pour transférer ce même esprit. En parallèle, l’histoire géopolitique est elle aussi modifiée, les gagnants de la Seconde Guerre mondiale ne sont pas tout à fait ceux que nous connaissons (bien que ce fait ait peu d’importance dans l’univers).

    De là, l’auteur imagine diverses histoires, toutes indépendantes, dans un monde différent du nôtre. Le plus intéressant est évidemment l’implication des technologies. Il serait laborieux d’énumérer toutes les nouvelles, qui, à de rares exceptions près, sont teintées de mélancolie et de tendresse pour ses personnages, avec toujours une pointe finale d’espoir, à une exception près. Aucune histoire ne se ressemble, toutes sont remarquables.

    Ceux qui participent à la recherche scientifique, ceux qui utilisent la capacité de vivre les souvenirs des défunts pour trouver le meurtrier, ceux qui partent explorer les planètes lointaines grâce à la technologie du transfert du connectome dans des vacants (corps artificiels), ceux qui restent sur Terre dans ces mêmes vacants : tous proposent une découverte de cet univers à travers une aventure personnelle.

    Sur cette trame science-fictive, l’auteur crée un ensemble de personnages réussis, dont plusieurs sont les laissés pour compte de ce monde avancé. Si les toutes premières nouvelles sont un brin « intellos », sa plume mûrit pour nous offrir des destinées émouvantes voire poignantes.

    L’une des forces du recueil est le texte lui-même : beaucoup réside dans l’ambiance décrite, le ton nostalgique, et une plume évocatrice. On est ici dans une science-fiction littéraire, dans le bon sens du terme : jolies histoires et jolies textes font bon ménage avec l’exploration des conséquences d’une technologie. Ajoutons que Ray Nayler est très doué pour les nouvelles à chute, dont certaines sont franchement réjouissantes. Un excellent recueil de nouvelles pour découvrir cet auteur.

    #203179
    Jon
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    Scholomance T1J’ai relu le premier tome de Scholomance, de Naomi Novik, et j’ai une nouvelle fois beaucoup aimé 🙂
    On est dans une trilogie de dark acadamia, YA mais pas trop « young » quand même, car c’est un univers très violent : des jeunes sont dans une école de magie, mais qui est infestée de monstres divers et variés qui ne rêvent que de les manger. Chaque instant est donc une lutte pour leur survie – en plus de devoir gérer leurs cours :p
    Deux gros points positifs à mes yeux : le style, et les personnages.
    Le style, donc : très cynique, très drôle, un humour noir porté par la narratrice complètement désabusée ;
    et les personnages, avec en premier lieu ladite narratrice, une outcast émo-dark qui lutte pour se faire sa place et survivre, sans oblitérer la moitié de l’école au passage car problème : elle est beaucoup trop puissante, et c’est très handicapant. Elle et les personnages qui l’entourent sont traités de manières très humaine, très réaliste, et leur évolution et celle de leurs relations sont super intéressantes.
    Au passage, on peut noter qu’il y a de grosses réflexions sur la société et les relations sociales, en particulier sur l'(in)égalité des chances, le maintien des privilèges, etc.
    Et j’ai aussi beaucoup aimé l’ambiance de cette école magique « auto-gérée », son fonctionnement assez original basé, comme la magie dans ce monde, sur des concepts de volonté et d’intention.
    Bref, carton plein pour moi, et hâte de lire la suite !
    (On en a discuté plus longuement avec Yoda et Namande hier soir dans les Manuscrits de Mestre Aemon, s’il y en a que ça intéresse 😉 )

    #203191
    FeyGirl
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    Miska, d’Éva Martin

    Genre : Fantasy.
    Première édition : 2023 en VF.

    La Caldécie, pays imaginaire d’inspiration médiévale ou Renaissance. À Assale, grand port sur l’Océan, Dacien est le lieutenant de celui qui dirige la ville. Les rumeurs de voiles aperçues dans le lointain sont de plus en plus persistantes. Impossible, puisque personne ne peut traverser le grand gyre, gigantesque tourbillon infranchissable ! Mais Dacien est mandaté pour aller voir sur place. Et là, des bateaux étranges les attaquent et les détruisent grâce à une technologie supérieure et à des sorts puissants. Ces étrangers ne tardent pas à assaillir le port d’Assale et à écraser l’armée de la ville avec une magie mieux maîtrisée et un armement plus moderne.

    La première impression de lecture est une immersion dans un univers grâce à une plume vivante et évocatrice. On visite les divers quartiers d’Assale, on navigue avec un Dacien qui déteste la mer, on assiste à la rencontre et la découverte des Kinoshs, inspirés du Moyen-Orient. Deux peuples qui s’ignoraient jusqu’ici, avec des cultures et de mœurs opposées.

    L’auteure s’inspire visiblement d’évènements historiques pour développer une résistance aux allures de guérilla, résistance qui se déchire entre guerriers fidèles à leurs valeurs et hommes assoiffés de vengeance. Car les Kinoshs sur place sont impitoyables et recourent à des mesures de rétorsion aveugle.

    Rapidement, Dacien découvre qu’au sein des Kinoshs aussi, la situation est complexe avec des courants politiques ou philosophiques reconnaissables pour nous autres lecteurs. L’auteure introduit un nouveau narrateur qui alternera avec Dacien : Azalon, « technologue » (scientifique) kinosh, attaché à la recherche de la vérité sur la Caldécie, et nous permettant de comprendre les forces à l’œuvre chez l’ennemi.

    Ce roman possède de bonnes pages et de bonnes idées. La galerie de personnages est vivante et nos protagonistes sont confrontés au choc des cultures. L’horreur de la guerre ne nous est pas épargnée, une horreur dont les deux camps sont responsables.

    Un petit regret sur les personnages : même s’ils sont approfondis et dotés d’incohérences qui les rendent humains et crédibles, la plupart demeurent trop « gentils », à tel point que quand ils sont contraints à un acte blâmable, le lecteur n’y croit pas vraiment. Dacien est un gouailleur sans véritable défaut, Azalon est bienveillant et sans grande aspérité.

    Il n’en reste pas moins que l’aventure est mouvementée et dépaysante.

    Ce premier roman est une très bonne surprise, et nous permet de découvrir une auteure à suivre !

    #203418
    Jon
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    Outrenoir T1J’ai lu le premier tome de Outrenoir, de Marc J Gregson : « Les Titans du Ciel » ; roman YA dans lequel les hommes vivent sur des îles flottantes, au-dessus d’une barrière de nuages acides, mais à la merci d’immenses serpents géants volants recouverts d’écailles en métal. Le modèle de société est « la Méritocratie » : les plus fort⸱es s’élèvent, via des règles de duel – même le roi peut être défié en duel et perdre ainsi sa place. Le personnage principal est ainsi l’héritier d’un archiduc, évincé de sa place par son oncle ; son père lui a toujours appris que seule la force comptait, que les autres n’étaient que des outils, que la gentillesse désintéressée n’existait pas, etc ; tandis que sa mère a essayé de compenser en lui enseignant la compassion. Pour retrouver sa place – et sa sœur, il va rejoindre l’une des douze guildes qui régissent également la société : les Chasseurs, dont le rôle est de tuer les fameux serpents géants…
    Bref, voilà pour le pitch : rien de révolutionnaire, mais rien de rédhibitoire non plus… Même si les différentes étapes du scénario et les différents « retournements » sont assez prévisibles, ce n’est pas ça qui m’a le plus gêné dans ma lecture, mais plutôt le style et la narration.
    En effet, on est dans une narration au présent et à la première personne, toujours le combo le plus risqué selon moi ; et ici, le narrateur se répète, beaucoup, beaucoup, il nous assène ses débats intérieurs à longueur de chapitres, « oui mais mon papa il disait ça », « oui mais ma maman elle disait ci », un petit peu en boucle… Et son comportement n’est pas toujours logique : il dit quelque chose, puis fait l’inverse… Quand au style, je l’ai trouvé un peu simple, et bourré de comparaisons maladroites.
    Au final, j’ai trouvé le début surtout très compliqué à lire, mais j’ai quand même fini par m’habituer et passer outre, ce qui a rendu ma lecture, sinon particulièrement agréable, du moins supportable :p

    #203620
    FeyGirl
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    Bifrost n°114 : dossier Iain M. Banks

    Genre : Science-Fiction.

    Première édition : 2024 en VF.

    À force d’entendre parler de la revue Bifrost dans la communauté SFFF, ma curiosité a été piquée et il fallait bien que je le découvre !

    Je commence par le dernier numéro paru qui, comme annoncé sur la couverture, nous propose un long dossier sur l’écrivain Iain Banks (que je n’ai encore pas lu), sa vie, ses convictions politiques marquées à gauche, son cycle phare de la Culture (un space opera utopiste) mais aussi d’autres romans dont certains semblent décoiffants.

    S’y ajoutent les critiques sur la plupart des romans parus récemment, pour donner quelques idées de lecture. C’est l’une d’elles qui m’avait donné envie de lire Miska d’Éva Martin.

    Passons aux nouvelles proposées :

    Les Nuits de Belladone, d’Alastair Reynolds (2017 en VO). Nous retrouvons l’univers de la Millième Nuit (et du roman La Maison du soleil paru cette année en VF, que je n’ai pas encore lu), son sens of wonder incroyable et une certaine poésie. Campion, de la lignée Gentiane, visite les Retrouvailles de la lignée Mimosa. Sur place, Shaula devient suspicieuse quant à Campion, elle trouve son comportement étrange et le surveille. Comme dans La Millième Nuit, la trame du récit est un mystère à résoudre, en compagnie d’êtres qui vivent des centaines de milliers d’années dans l’univers. On est toujours émerveillé par la beauté et la poésie des fils tissés par les personnages. La conclusion, empreinte de tristesse, nous en apprendra un peu plus sur la destinée des lignées. Alastair Reynolds ne nous déçoit pas.

    Quelque chose dans l’air, de Carolyn Ives Gilman (2019 en VO). Cette autrice (plutôt inconnue en France) nous offre une variation sur le thème de la découverte d’autres planètes. Dans un lointain futur, trois scientifiques sont envoyés explorer un système planétaire. Curieusement, celui-ci semble avoir changé quand les sondes ont commencé à l’observer. Sur place, ils décident d’étudier une zone qui pourrait être une planète, mais ressemble de prime abord à une tache floue sur les écrans. D’après Mariela, la clef de l’énigme serait « l’état d’indétermination quantique ». Mystère, monde inconnu, tension crescendo, variation sur l’environnement modifié par l’homme : à découvrir.

    Roger will comply, de Jean Baret : dans une station de l’espace, Roger est laveur de carreaux… il lave les vitres des vaisseaux spatiaux, toujours flanqué de Lycos, chien sapient né dans un laboratoire. Ces deux laissés-pour-compte de l’espace sont insatisfaits de leur vie misérable, surtout Roger qui peste contre la société et son absence d’espoir pour les travailleurs comme lui. L’auteur, adepte du langage cru, des réparties rudes et du style coup-de-poing, nous offre une virée remuante et déjantée.

    Descente, de Iain M. Banks (1987 en VO, 2010 en VF) : le narrateur est échoué sur une planète isolée, après un accident. Dans son scaphandre doté d’un IA, il cherche à rejoindre la base, sans savoir s’il y a des survivants. Blessé, il marche difficilement pendant des jours et des jours, parle à son scaphandre abîmé qui est encore capable d’avancer même quand l’humain n’a plus de force… il pense à son passé, veut survivre, se demande si on le recherche… Une variation réussie sur l’humain blessé dans une nature hostile, dont les jours sont comptés, et sur les avantages comparés des humains et des IA.

    Quatre nouvelles très différentes que j’ai toutes d’apprécié.

    #203962
    Schrö-dinger
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    Deux lectures qui m’ont bien plu :

    Juste une ombre de Karine Giebel, une relecture de ce livre que j’avais lu il y a 10 ans (autant dire que je ne m’en souvenais pas beaucoup), c’était d’ailleurs le premier que je lisais de cette autrice, sans trop savoir qui elle était – depuis j’ai lu tous ses livres et je suis très très fan de ce qu’elle écrit. Cloé est une jeune femme brillante, belle, et globalement mauvaise. Elle écrase tout et tout le monde pour arriver à ses fins. Une ombre va s’immiscer dans sa vie, et chercher à la détruire. Sa route va croiser celle d’Alexandre, un policier complètement borderline. C’était une bonne lecture, sûrement pas mon préféré de l’autrice mais c’était réussi, comme toujours la psychologie des personnages est très poussée, et je pense que c’est la force de celui-ci, les deux personnages principaux sont complexes et difficilement appréciables, au moins au premier abord, mais ils possèdent beaucoup de nuance. Dans les points négatifs, c’était un peu long (600 pages) et l’intrigue peine parfois à avancer.

    Les contes interdits – La bête du Gévaudan de Bryan Perro, je commence à avoir lu un certain nombre de Conte Interdit, il y a du bon comme du moins bon, celui-ci semble récolter des avis assez mitigés mais moi j’ai plutôt aimé. Son originalité tient surtout sur la forme, avec une narration à la deuxième personne du singulier, où un mystérieux narrateur s’adresse directement à Kévin, un jeune ado coincé dans une vie pas terrible, et va tenter de l’aider, à sa façon. C’était fun, trash, parfois drôle, avec de bonnes idées sur la forme et la manière dont celle-ci est utilisée pour servir le récit. Toutes nos questions n’ont pas de réponse donc c’est un peu frustrant, mais j’ai passé un bon moment, et même si ce n’était pas renversant, c’est ce que j’attends de ce genre de lecture.

    Le Kraken à la plage (ah-ouh, cha cha cha)

    #204067
    Nymphadora
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    Piranèse de Susanna Clarke

    Piranèse vit dans un immense palais labyrinthique, rempli de statues. Des salles sont englouties, d’autres sont dans les nuées… C’est ce qui constitue le seul monde de notre héros. Lui-même est naïf, et l’on reçoit l’histoire par ses mots, ses carnets que l’on lit.

    Un roman extrêmement mystérieux, où l’on est nous mêmes perdus dans un labyrinthe. On découvre petit à petit les tenants et aboutissants, par petites touches intrigantes qui s’illuminent. C’est un procédé assez singulier et étonnant, un jeu avec le lecteur fascinant. Je n’en dirai pas trop de peur de spoiler, mais j’ai en tout cas été emportée par ma curiosité, suivant les miettes de pain qu’on me donnait pour reconstituer un dessin. Le personnage principal, Piranèse, m’a touchée (sans que ça ne soit le fol amour j’avoue quand même ^^. Mais largement assez pour que j’ai envie de savoir ce qu’il allait advenir de lui ^^).

    Je dirai qu’au niveau du style, l’anglais est probablement à préférer en revanche, ne faites pas comme moi et lisez la VO si vous avez le niveau d’anglais pour. Le style est en soit très simple, et sans fioriture, mais du coup ça a un petit côté plat qui m’a gênée. Et surtout, je ne sais pas quel était le délire avec les majuscules, mais même moi qui en mets partout, je n’en pouvais plus xD.

    En bref en tout cas, un roman plutôt chouette, qui change dans le paysage de la fantasy par son étrangeté et son côté assez ludique.

    ~~ Always ~~

    #204161
    Jon
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    Red RisingJ’ai lu le premier tome de Red Rising, de Pierce Brown ; j’avais peur de trouver ça un peu cliché et en fait j’ai beaucoup aimé !
    On nous pose des bases assez classiques, un jeune de la caste opprimée qui va essayer de renverser le système, mais c’est fait plutôt intelligemment, en particulier sur les raisons qui poussent le héros à l’action !
    L’univers est intéressant aussi, avec une caste oppressante extrêmement violente, car sa légitimité se base en grande partie sur leur supériorité physique – supériorité assurée via eugénisme et manipulations génétiques. Une grande partie de ce premier tome est une sorte de battle royale entre élèves, mais avec plus de réflexion j’ai trouvé que par exemple dans Hunger Games.
    Je vais enchaîner sur la suite, j’espère que la qualité se maintiendra 🙂

    #204177
    Fitz
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    J’ai lu le premier tome de Red Rising, de Pierce Brown ; j’avais peur de trouver ça un peu cliché et en fait j’ai beaucoup aimé ! On nous pose des bases assez classiques, un jeune de la caste opprimée qui va essayer de renverser le système, mais c’est fait plutôt intelligemment, en particulier sur les raisons qui poussent le héros à l’action ! L’univers est intéressant aussi, avec une caste oppressante extrêmement violente, car sa légitimité se base en grande partie sur leur supériorité physique – supériorité assurée via eugénisme et manipulations génétiques. Une grande partie de ce premier tome est une sorte de battle royale entre élèves, mais avec plus de réflexion j’ai trouvé que par exemple dans Hunger Games. Je vais enchaîner sur la suite, j’espère que la qualité se maintiendra 🙂

    Très content de voir que tu as apprécié, j’ai lu les 6 tomes publiés jusque là entre octobre dernier et mai 2024 et c’est devenu ma saga de SF préférée (bon je ne suis pas un grand lecteur de SF à la base mais quand même). Personnellement, je trouve que le premier tome est (et de loin) le plus faible de la sérié donc hâte de voir ce que tu penseras de la suite !

    #204390
    Nymphadora
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    Le pouvoir dans les séries, par Michaël Pardon

    Un livre que j’ai reçu par l’intermédiaire d’une Masse Critique Babelio. Merci à eux !

    Dans cet essai, Michaël Pardon analyse 5 séries par le spectre de la représentation du pouvoir qu’elles sous-tendent. On parle de Sons of Anarchy, de Game of Thrones, de la Servante Ecarlate, de Narcos et de Vikings. L’auteur le dit, ces choix sont aussi liés à ses goûts personnels (et typiquement, moi j’aurais probablement plutôt parlé de Orange is the New Black pour développer certaines idées qui sont développées avec Sons of Anarchy), mais dans l’ensemble, j’ai trouvé son angle très pertinent et ses analyses intéressantes.

    Sur Game of Thrones (que, forcément, je connais mieux) il convoque ainsi le Prince de Macchiavel et le Leviathan de Hobbes, nous parle de l’exercice du pouvoir et de la stratégie, et nous parle également de l’importance de la territorialité dans la dimension du pouvoir. Mais il va un peu plus loin, et, par exemple, il parle aussi de la sexualité des personnages qui révèlent beaucoup de leur rapport au pouvoir. Dans l’ensemble des points que j’ai trouvés intéressants à analyser, et qui ne m’ont pas donné l’impression d’être totalement vus et re-vus. Et, si je connais peu Sons et Vikings, j’ai également trouvé ses propos sur Narcos et la Servante Ecarlate vraiment intéressants.

    Donc au final un essai que j’ai trouvé assez chouette. Je regrette en revanche un style assez redondant (l’auteur a tendance à beaucoup se répéter sans une structure très bien définie). Mais le propos reste de qualité, ce qui est l’essentiel.

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    #204512
    Lapin rouge
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    C’est le moment de vous faire partager mes lectures du 2ème trimestre (pour le 1er c’est là), du moins celles dont je n’ai pas déjà fait état ici ou là, à savoir « The History of The Hobbit » et « Le Sorcier de Terremer ».

    « La Peau » de Curzio Malaparte (traduction de l’italien par René Novella). J’avais reçu une claque en lisant « Kapütt » du même auteur. Aussi j’attaquais « La Peau » en pleine confiance. Les deux livres forment un diptyque : le premier relate les années 1939 à 1943 sur le front de l’Est et dans les Balkans, du côté allemand et italien, le second est consacré aux années 1943 à 1945 dans l’Italie libérée au sud par les troupes américaines, et dont la partie nord est déchirée par la guerre civile entre républicains mussoliniens alliés aux nazis et partisans. On retrouve le sens des descriptions hallucinées de l’auteur, comme par exemple celle du bombardement allié sur Hambourg à l’été 43, ou l’éruption du Vésuve de mars 44 :

    « Et là, en face de nous, le Vésuve nous apparut, tout enveloppé dans son manteau de pourpre. Ce spectral César à la tête de chien, assis sur son trône de lave et de cendre, crevait le ciel avec son front couronné de lave et aboyait horriblement. L’arbre de feu qui sortait de sa gueule plongeait profondément dans la voûte céleste et disparaissait dans les abîmes suprêmes. Des fleuves de sang jaillissaient de sa rouge gorge béante, et la terre, le ciel, la mer frémissaient. »

    Il y a aussi, surtout dans les premiers chapitres, de longues considérations sur l’effet corrupteur de la présence des troupes américaines, bien équipées et bien nourries, sur le peuple napolitain affamé :

    « Avant la libération, nous avions lutté et souffert pour ne pas mourir. Maintenant, nous luttions et souffrions pour vivre. Il y a une profonde différence entre la lutte pour ne pas mourir et la lutte pour vivre. Les hommes qui luttent pour ne pas mourir gardent leur dignité, la défendent jalousement, tous, hommes, femmes, enfants, avec une farouche détermination. […] C’était une lutte noble, digne, loyale. […] Mais, après la libération, les hommes avant dû lutter pour vivre. C’est une chose humiliante, horrible, c’est une nécessité honteuse de lutter pour vivre, pour sauver sa peau. Ce n’est plus la lutte contre l’esclavage, la lutte pour la liberté, pour la dignité humaine, pour l’honneur. […] Les hommes sont capables de n’importe quelle lâcheté, pour vivre : de toutes les infamies, de tous les crimes, pour vivre. »

    J’ai rarement lu une description aussi saisissante, aussi acérée des désillusions des lendemains de victoire dans un pays ruiné.
    Bon, il faut reconnaître que la première moitié du livre m’a paru longue, hormis quelques fulgurances de ce type. Il faut attendre que le narrateur quitte Naples pour retrouver une narration plus enlevée des opérations jusqu’à la fin de la guerre. Ce ne sont pas vraiment des mémoires, tant Malaparte se soucie peu de la vérité historique (il se moque d’ailleurs explicitement de son manque d’intérêt pour elle). L’intérêt est ailleurs, dans ce mélange d’images cruelles et grotesques de la guerre et de réflexions parfois oiseuses, parfois profondes. Je suis un peu moins enthousiaste que pour « Kapütt », mais les deux livres demeureront une expérience de lecture marquante.

    « La neige était sale » de George Simenon (1948). Je n’ai jamais été déçu par cet auteur, dont j’apprécie le talent à rendre la complexité des destins apparemment ordinaires qui basculent parfois du côté du tragique. « La neige était sale » se situe dans le contexte d’une ville occupée par une puissance étrangère qui ne prend pas de gants pour mater toute tentative de rébellion. Le personnage principal est un très jeune homme, fils de la tenancière d’une maison close, qui vit dans une oisiveté dorée, sans souffrir des privations qui affligent ses compatriotes. Il décide de défier le destin et se livre à une série d’actes de plus en plus répugnants jusqu’à une fin qu’on devine fatale, mais d’où surgit la rédemption par l’amour. Ce personnage point de vue est méprisable et abject, mais l’auteur nous fait entrer dans sa logique, sa vision du monde, et on est bien obligé de le suivre. Ce n’est pas une expérience de lecture agréable, mais l’écriture est de grande qualité, et Simenon ne succombe pas au voyeurisme obscène de la violence gratuite. Sans délivrer de morale, ce roman nous amène à interroger les tréfonds de la psychologie humaine, où parfois la lumière peut sourdre de la boue.

    Ayant fini le cycle d’Eymerich, d’Evangelisti, j’ai trouvé un autre auteur italien à lire en VO : Alessandro Barbero, historien (il a notamment écrit « Le jour des barbares : Andrinople, 9 août 378 ») et romancier spécialisé dans les romans historiques. J’ai commencé par « Gli Occhi di Venezia » (traduit en français par Pérette-Cécile Buffaria et Aristeo Tordesillas sous le titre « Les Yeux de Venise ») : dans la Venise de la fin du XVIème siècle, puissance déclinante mais encore redoutable, le jeune Michele, humble maçon, doit s’engager précipitamment sur une galère pour échapper aux sbires du conseil des Dix, laissant derrière lui sa jeune épouse Bianca. Le roman va suivre en parallèle ses aventures dans le bassin méditerranéen oriental, et celles de Bianca, qui aura ses propres épreuves à surmonter, pas moindres que celles de son mari. J’ai apprécié que les protagonistes principaux soient des gens du peuple, et que l’épouse soit (presque) aussi bien traitée que le mari. Leurs aventures sont bien menées, avec ce qu’il faut de cliffhangers de fin de chapitre. La psychologie n’est pas le point fort de l’auteur, même si, dans la deuxième moitié du livre, la description intérieure d’une femme de la noblesse ne manque pas de finesse. On apprend plein de choses sur la vie des galériens et du petit peuple vénitien, sur la navigation en Méditerranée et sur l’empire Ottoman, mais ces éléments didactiques sont amenés avec subtilité, sans rompre le rythme. L’intrigue est agréable, et, même si tout s’emboiter un peu trop bien à la fin, je n’ai pas boudé mon plaisir. Au final, une lecture agréable et instructive.

    « Le Menteur » de Pierre Corneille (1644), gros succès de l’auteur en son temps, plutôt oubliée aujourd’hui. Comédie baroque en vers, où on voit Dorante, jeune provincial aisé arrivant à Paris, qui multiplie les histoires les plus invraisemblables avec un infernal culot pour arriver à ses fins : séduire Clarice, puis Lucrèce (ou l’inverse), tout en contrant les projets matrimoniaux que son père nourrit pour lui. Jeux de miroir, quiproquos, confusions et affabulations, c’est virtuose, et, comme c’est une comédie, tout se termine bien à la fin.

    « Sur la dalle » de Fred Vargas. Le commissaire Adamsberg, héros récurrent de l’autrice, enquête sur un meurtre, qui sera suivi de beaucoup d’autres, ayant pour cadre un village breton non loin de Combourg, demeure d’enfance de Châteaubriant. Le commissaire y croise d’ailleurs un descendant et sosie de l’écrivain romantique, au milieu d’autres protagonistes plus ou moins pittoresques. Comme d’habitude, l’enquête suit les rêveries et intuitions de ce commissaire lunaire et flegmatique, tout au long d’une intrigue aux ramifications embrouillées.
    J’aime en général bien les polars de Fred Vargas, mais les quelques derniers m’ont laissé dubitatifs, et celui-ci encore plus. C’est bien pratique d’avoir un enquêteur qui progresse au feeling, cela permet de justifier les trouvailles les plus improbables et les coups de bol les plus tirés par les cheveux, mais il faut tout de même un minimum de vraisemblance, que je n’ai pas trouvé ici. Je sais bien que beaucoup de polars se désintéressent de l’aspect enquête pour privilégier l’atmosphère ou la psychologie, mais là, l’aspect policier reste bien présent, tout en étant traité avec une grande désinvolture. En effet, l’intrigue criminelle se ramifie à l’excès dans des péripéties improbables et inutiles, ce qui aboutit à un pave de plus de 500 pages, qui aurait gagné à être sérieusement élagué.

    « Les Illuminati, de la société secrète aux théories du complot », de Pierre-Yves Beaurepaire. L’auteur est un historien spécialiste de l’histoire culturelle du XVIIIe siècle. A ce titre, il a déjà beaucoup écrit notamment sur la franc-maçonnerie. Son livre sur les Illuminati commence par décrire le phénomène historique, cette organisation secrète des Illuminaten créée en Bavière en 1776 par Adam Weishaupt et qui disparaît peu après son interdiction en 1785, soit après à peine dix ans d’activité. Puis toute la deuxième moitié du livre aborde la postérité de cette organisation et les croyances auxquelles elle a donné lieu, qui dérivent de plus en plus loin de toute réalité pour arriver aux théories complotistes les plus délirantes (et contradictoires entre elles), faisant des Illuminati les maîtres occultes du monde. Livre à la fois érudit et abordable, qui nécessite peut-être une certaine connaissance préalable du contexte historique intellectuel de la fin du XVIIIe siècle (que je ne prétends pas maîtriser), mais qui permet de mieux comprendre la prolifération de sociétés secrètes en tout genre à cette époque, et comment cet état de fait indiscutable a très vite débouché sur une lecture complotiste d’abord des causes de la Révolution française, et puis, de proche en proche et au fil du temps, de l’intégralité de l’histoire mondiale. J’en tire la conclusion plutôt inquiétante que la diffusion d’une croyance n’a rien à voir avec sa réalité objective (pas très original, me direz-vous, mais une démonstration historique solide est toujours bonne à prendre).

    « L’île des âmes » de Piergiogrio Pulixi (traduction Anatole Pons-Reumaux). La littérature policière italienne connaît de très nombreux auteurs qui ancrent leurs intrigues dans un contexte local affirmé (par exemple Milan pour Scerbanenko, Florence pour Vichi, etc.). Pulixi, c’est la Sardaigne. Dans ce roman, le duo d’enquêtrices Mara Rais (sarde) et Eva Croce (milanaise) unissent leurs efforts pour élucider une série de crimes rituels de jeunes filles, anciens de plusieurs dizaines d’années et négligés par la police, mais remis au premier plan par une nouvelle affaire. Le point de vue du lecteur alterne entre elles et le chef d’une vieille famille sarde qui cherche à maintenir les traditions ancestrales millénaires. Je dois avouer que je n’ai pas marché. Les enquêtrices sont empêtrées dans des histoires personnelles mélodramatiques qui sont distillées au lecteur au fil des pages, avec de ce fait des dizaines et des dizaines de pages pas forcément très intéressantes. Quant aux traditions locales à base de sacrifices rituels de vierges destinés à ramener la fertilité de la terre-mère, ce fatras sanguinolent et rance présenté par l’auteur avec une certaine complaisance (m’a-t-il semblé) m’a profondément agacé. Reste une intrigue policière assez efficace dont je n’avais pas vu venir la résolution. Mais le roman aurait pu être réduit de moitié sans rien perdre de cette efficacité.

    Au final, 2 polars pas très convaincants, un excellent livre d’histoire, un auteur de romans historiques prometteur et des valeurs sûres qui confirment leur réputation.

    They can keep their heaven. When I die, I’d sooner go to Middle Earth.
    #204601
    Jon
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    J’ai lu le premier tome de Red Rising, de Pierce Brown ; j’avais peur de trouver ça un peu cliché et en fait j’ai beaucoup aimé ! On nous pose des bases assez classiques, un jeune de la caste opprimée qui va essayer de renverser le système, mais c’est fait plutôt intelligemment, en particulier sur les raisons qui poussent le héros à l’action ! L’univers est intéressant aussi, avec une caste oppressante extrêmement violente, car sa légitimité se base en grande partie sur leur supériorité physique – supériorité assurée via eugénisme et manipulations génétiques. Une grande partie de ce premier tome est une sorte de battle royale entre élèves, mais avec plus de réflexion j’ai trouvé que par exemple dans Hunger Games. Je vais enchaîner sur la suite, j’espère que la qualité se maintiendra 🙂

    Très content de voir que tu as apprécié, j’ai lu les 6 tomes publiés jusque là entre octobre dernier et mai 2024 et c’est devenu ma saga de SF préférée (bon je ne suis pas un grand lecteur de SF à la base mais quand même). Personnellement, je trouve que le premier tome est (et de loin) le plus faible de la sérié donc hâte de voir ce que tu penseras de la suite !

    Golden SonDu coup j’ai lu le tome 2, je vais pas trop en parler pour pas spoiler mais j’aime toujours beaucoup, les personnages en particulier sont très attachants je trouve, et le rythme est bien géré, entre scènes très intenses et passages avec plus de dialogues et de réflexions, surtout sociales et psychologiques !
    J’ai enchaîné sur le 3 ^^

    #205052
    FeyGirl
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    Ars Obscura, tome 3 : Sorcier Empereur, de François Baranger

    Genre : Fantasy.

    Première édition : 2024 en VF.

    Début du XIXe siècle : dans cet univers uchronique, nous retrouvons nos personnages après la bataille de Waterloo. Irénion monte et renforce la résistance contre le sorcier Élegast près des Pyrénées. Ludwig part avec Éthelinge et Mathurin en Égypte, pays sous la coupe des Anglais, pour récupérer des cristaux et éviter qu’Élegast s’en empare et soit trop puissant. Pendant ce temps, l’ambitieuse comtesse Irina se rapproche du pouvoir en Russie et cherche à s’attirer les faveurs de la mystérieuse et effrayante entité Vakt, à travers le Tsar.

    Plus on avance dans l’histoire, plus on comprend la magie de ce monde et les maléfices. Vakt est moins mis en avant qu’Élegast, mais on devine depuis le début qu’il deviendra à terme l’antagoniste majeur, car son pouvoir est démesuré et aucun sentiment humain ne le freine.

    Ce tome est bourré de rebondissements, combats, quêtes, fuites, et voyages. L’épopée de Ludwig et ses amis en Égypte font partie des meilleures pages. On s’y croit vraiment, on part des rives de la Méditerranée aux oasis du désert, on voyage, on se cache, on combat l’ennemi et on cherche à prendre d’assaut des camps archéologiques bien gardés qui recèlent des trésors millénaires ou des dangers bien réels, et pour couronner le tout on affronte un djinn. On croise de nombreux personnages secondaires bien campés, nos héros évoluent sous le coup du destin, notamment Irénon en France propulsé à des responsabilités qu’il n’assume pas. Les arcs narratifs se croisent et repartent vers d’autres chemins pour de nouvelles aventures. On notera la disparition d’un personnage secondaire qui était devenu attachant, dans des circonstances troubles : l’auteur réussit parfois à peindre des personnages humains qui fautent, et leur disparition ne laisse pas de marbre.

    Pourtant, malgré toutes les péripéties, les moments effrayants avec les créatures des autres mondes, quelque chose s’essouffle un peu. Peut-être est-ce dû au fait que l’uchronie s’est tellement éloignée de l’Histoire qu’on tombe dans une fantasy plus classique, même si le cadre est celui du XIXe ? Peut-être que ça commence à être un peu long, même si c’est mouvementé ?

    Toujours est-il que je lirai avec intérêt le dernier tome, ne serait-ce que pour connaître le destin des personnages et savoir comment l’auteur a imaginé la confrontation finale.

    #205113
    Nymphadora
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    Après avoir beaucoup aimé le premier tome de la saga Magic Charly d’Audrey Alwett, j’ai lu le second tome : Bienvenue à Saint-Fouettard.

    Nous retrouvons Charly et Sapotille là où nous les avions laissé à la fin du tome 1, et les voici partis pour l’internant de Saint-Fouettard. Il vont encore une fois vivre des aventures hautes en couleur, avec plein de petites trouvailles très funs. J’avoue avoir été bien moins charmée qu’avec le premier tome, la magie de la découverte étant partie. Mais j’ai quand même passé un chouette moment et je lirai la suite. Le personnage de Charly est hyper positif, adorable et assez loin des clichés des petits garçons qui veulent devenir des héros. Rien que pour ça, je trouve que la lecture mérite le coup d’œil. Après ça reste très jeunesse bien sûr, mais si vous cherchez une lecture pour vos jeunes ados, n’hésitez pas à vous pencher sur le titre !

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