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  • Ce sujet contient 487 réponses, 65 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par no_one, le il y a 1 jour et 10 heures.
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  • #152535
    Papadoc
    • Pisteur de Géants
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    C’est marrant de passer après le commentaire de Crys. Puisque je vais vous parler de « The Last Unicorn », l’adaptation de 1982 du livre du même nom (mais paru en 1968). Ce n’est pas un Disney, mais il semble que la dernière licorne, comme dans le livre, puisse battre le dernier dragon sans peine…

    Le dessin animé date un peu, mais reste TRES beau. Pas du niveau d’un Miyazaki, mais fort joli quand même (la société Topcraft qui a participé a l’animation a d’ailleurs vu nombre de ses animateurs et artistes partir fonder les studios Ghibli), avec des inspirations de tapisseries médiévales.

    Il y a Arthur Rankin Jr et Jules Bass a la réalisation. Même si ce ne sont pas des génies de l’animation, ils sont ici plutôt en fin de carrière et cela se sent.

    Peter Soyer Beagle, auteur du livre est le scénariste du film, donc l’adaptation est extrêmement fidèle et bien pensée. Des raccourcis attendus car non indispensables à l’intrigue, parfois des enchaînements d’action surprenants (l’arrivée de la magie de Schmendrick), mais tout se tient vraiment bien.

    Le doublage français est très correct. Je ne l’ai pas encore écouté en anglais, mais il vent du rêve avec des poids lourds (Mia Farrow, Jeff Bridges, Alan Arkin, Christopher Lee).

    Le choix a été fait de laisser la musique à Jimmy Webb, jouée par le groupe America. Et c’est extrêmement efficace.

    Bref, quand même pas un chef d’oeuvre, mais un vrai bijou de dessin animé, que je recommande chaudement.

    Je l’ai vu ce week-end, en me laissant transporter par le choix de transposition de l’oeuvre, et ma fille de 7 ans a beaucoup aimé et m’a demandé le livre pour le lire.

    "C'est d'une simplicité absurde, comme la plupart des énigmes quand on en voit la réponse."

    Hodor! [Casting 2019]

    #152683
    Aerolys
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    J’ai vu Enola Holmes il y a quelques semaines.

    Je ne m’attendais pas à grand-chose et je n’ai pas été déçu. Le film est vraiment très bon.

    J’espère qu’il y aura une suite. ^^

    Toutes les plus belles histoires commencent par une brique sur le pied.

    Si Theon ouvre un bar, c'est le Baratheon.

    Spoiler:
    #152852
    no_one
    • Terreur des Spectres
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    J’avais également passé un drôlement bon moment devant Enola Holmes, pourtant porté par des acteurices que je ne connaissais pas / dont j’avais soupé, et le scénariste de L’Enfant maudit, ce qui me faisait craindre le pire. Or, si le film est un peu trop bavard (on reconnait bien le taf du réal de Fleabag), il est très appréciable et assez frais si ce n’est un peu brouillon sur la fin dans son féminisme – en espérant une suite qui développe le perso de Bonham Carter, et les suffragettes, si le Conan Doyle Estate cesse de faire iech. [Transition Cavill / Netflix / féminisme (?)] Pendant que tout le monde (?) s’extasiait devant Zack Snyder’s Justice League, je redonnais sa chance au DCEU en découvrant enfin Wonder Woman, ayant laissé tomber le « Snyderverse » au bout de 3 films et autant de ratés, de mal en pis en sus, en ce qui me concerne. Je me suis pas mal intéressé à l’héroïne ces dernières années – entre ses comics les plus reconnus et le sympathique (bien que fort romancé) biopic sur son créateur et son ménage polyamoureux. Qui plus est, le film était précédé d’une réception public et critique enthousiaste à ma connaissance, donc j’étais prêt à m’enjailler…
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    Non. Alors, certes, en dépit de maladresses dans les dialogues et le montage, d’un style visuel inévitablement « snyderesque », c’est sans doute le meilleur des 4 premiers films du DCEU, peut-être rien que parce que son scénario, aussi prévisible soit-il, est le seul à tenir un tant soit peu la route. Et c’est cool qu’un blockbuster sur une héroïne puisse enfin être réalisé sans sombrer dans les tréfonds d’un Catwoman ou d’un Elektra, même cartonner au box-office, et simplement être confié à une réalisatrice (même si l’équipe derrière l’écriture et la production reste quasi exclusivement masculine). Mais le prix à payer pour en arriver là me fait mal au cœur : Wonder Woman, historiquement icône féministe, BDSM, bisexuelle, héroïne politique luttant contre les inégalités en tout genre, avatar et ambassadrice d’une société utopique, censée inspirer le monde, aspirer à mieux, s’avère au final ici complètement vidée de sa substance.

    Peut-être fallait-il s’y attendre, sa première interprétation par Gadot sous l’égide (directe) de Snyder évoquant davantage Selina Kyle à la ville et Xéna au combat, en plus d’avoir connu le monde lors de la Grande Guerre pour l’avoir apparemment abandonné depuis – en somme, juste un autre héros cynique et incapable de faire usage d’autre chose que ses points à la Snyder, simplement séductrice en plus… Et de fait son histoire se révèle extirper autant que possible les idiosyncrasies de l’héroïne pour la faire rentrer dans le moule de monsieur.

    Les dieux et, surtout, les déesses de l’Olympe, qui ont traditionnellement insufflé sa vie – et ses pouvoirs – à l’enfant d’Hippolyte, et la guident (en particulier sa patronne, Athéna), sont éliminé-es du récit, afin de reproduire un mythe bien plus patriarcal, chrétien, où Zeus est le Père Très Haut, absent mais bienveillant, qui mit à bas Arès / Lucifer, jaloux de l’humanité, son corrupteur – et envoya à un peuple élu son enfant divin pour la sauver de la satanique figure. De même, la société amazone de Paradise Island est réduite à un strict minimum : des meufs badass. Leur art, leur magie, leur science, leur sororité, leurs amours n’apparaissent pas ou si peu (tout juste a-t-on droit à une amazone de second plan pour hurler particulièrement à la mort de l’une des leurs et une mention d’un livre considérant les hommes comme superflus pour le plaisir. « Par Sappho ! » comme dirait la vraie Diana.) Pire : une fois quitté le bercail, le film redevient aussi dominé par le masculin que n’importe quel blockbuster, nous accordant tout juste quelques scènes avec Etta Candy ou Dr Poison, dans des rôles tristement dispensables, reproduisant le scénario du premier film Captain America et offrant un traitement dépolitisé, superficiel au possible du sexisme rencontré par Diana, qui n’est jamais vraiment source de conflits, et trop souvent réduit à « Gal Gadot est tellement belle, pas un mec ne peut s’empêcher de le noter / en être distrait, mais elle est aussi super badass [et connait un tas de langues de nations dont elle ignorait l’existence, bizarrement] ! » Reste que c’est Steve Trevor qui mène systématiquement la danse durant la majorité du film, jusqu’à une fin évoquant l’autre Steve (le héros éponyme de son film), au point d’avoir parfois l’impression qu’elle n’est qu’acolyte surpuissante du véritable héros, régnant en déesse sur les scènes d’actions, mais dont la force est à diriger par lui…

    Quant au thème principal du film, si on peut l’apprécier sur le papier, qu’il est soutenu par petites touches (Sameer et Chief) et par un climax initialement réussi avant de sombrer dans le nanar, il est salement handicapé par une vision de la Grande Guerre restant à l’écran manichéenne, avec ses soldats allemands jamais humanisés, allègrement massacrés alors que civils et blessés de guerre de l’autre camp ont droit à du bon pathos, et dirigés par une paire de méchant-es de comics sauce cruauté gratuite et gros rires diaboliques. Il y a un franc déséquilibre qui, en sus du traitement d’Arès, nuit sévèrement au propos. Pour conclure sur un retour au temps présent n’expliquant rien.

    Je lui accorde un casting (secondaire) agréablement divers et un commentaire réussi sur le trope de « on met une paire de lunettes sur une actrice canon, et pouf, elle ne le serait plus ». Pour le reste, lisez plutôt le premier tome de Wonder Woman selon George Pérez.

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 3 semaines et 1 jour par no_one.

    "It's both possible, and even necessary, to simultaneously enjoy media while also being critical of its more problematic or pernicious aspects."
    "Damsel in Distress: Part 1", Tropes vs. Women in Video Games, Anita Sarkeesian

    #153354
    O’Cahan
    • Pas Trouillard
    • Posts : 698

    Vu Enola Holmes, je trouve que c’est un film assez oubliable, totalement lisse. J’ai quand même énormément tiqué devant Henry Cavill en Sherlock Holmes qui nous interprète un personnage totalement neurasthénique, absent.

    "For someone who was never meant for this world, I must confess I'm suddenly having a hard time leaving it. Of course, they say every atom in our bodies was once part of a star. Maybe I'm not leaving... maybe I'm going home."

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    "l'incertitude de la compréhension permet d'éviter le piège de l'idolâtrie"

    #153360
    no_one
    • Terreur des Spectres
    • Posts : 1600

    J’ai quand même énormément tiqué devant Henry Cavill en Sherlock Holmes qui nous interprète un personnage totalement neurasthénique, absent.

    C’est marrant parce que la plainte du Conan Doyle Estate se base sur la caractérisation émotive du Holmes de Nancy Springer – qui ne serait entrée dans le domaine public parce qu’elle serait caractéristique des œuvres holmesiennes tardives, qui ne le sont elles-mêmes pas encore. Cela dit, oui, Cavill a l’air sympa mais j’ai toujours l’impression qu’il est constipé. ^^ Je l’ai préféré en Holmes qu’en Kent, toutefois.

    Pendant qu’on parle d’Enola Holmes, si le club de jujitsu féminin vous a paru incongru, l’Edith qui l’entraine est inspirée d’Edith Margareth Garrud – qui inspira aussi le personnage de Bonham Carter, ironie du casting, dans Les Suffragettes (Suffragette). Il y a eu une BD sur elle récemment, Jujitsuffragettes (il me semblait que quelqu’un-e – @DNDM peut-être ? – en avait déjà parlé sur ce forum ; mais je ne retrouve pas le message en question).

    BlacKkKlansman de Spike Lee, qui fut un jour (en 1989 ?) un grand cinéaste.

    Le film raconte comment à la fin des années 1970, un policier noir (le très bon John David Washington, fils de Denzel) infiltre le Ku Klux Klan en s’aidant de son collègue blanc (et juif) Flip Zimmerman (Adam Driver, impeccable). Comme d’habitude, le film est un peu long (2h16…. franchement faire des films de moins de deux heures, c’est pas un crime et le rythme peut vous remercier) et il jongle avec plein de genres. Car Spike Lee se moque surtout du KKK et le film flirte par moments avec le buddy movie, où en plus les antagonistes sont ridicules. Mais ils sont aussi dangereux, du coup, on ne sait pas sur quel pied danser. En plus, pas mal de clins d’oeils sur la situation actuelle aux Etats-Unis « prédisent » un futur pas évident pour la place des noirs

    Le dernier tiers opte pour un montage en parallèle très (trop) didactique et démonstratif sur Harry Belafonte (bon choix) narrant les horreurs qui ont servi à Birth of a nation (film de 1916 hautement raciste) tandis que le KKK de 1978 a une cérémonie en ville. Ensuite, on alterne entre de francs sourires moqueurs et un peu d’amertume.

    Jusqu’à ce que

    Spoiler:
    le final nous mène en 2017 à Charlotteville où des néo nazis défilent, foncent dans la foule en voiture et sont soutenus par Trump. Énorme douche froide, « Rest in power » et on sort du cinéma en n’ayant plus du tout envie de sourire face à des illuminés cagoulés. Qui jouent avec du C4 et des flingues quand même. On pensait le Spike Lee militant effacé et non c’était pour mieux revenir en plein dans notre face. J’ai lu certaines critiques se plaindre du côté trop démonstratif de son combat, au détriment du cinéma. Ca peut se comprendre

    Reste de forts jolis portraits éthérés (un peu comme des bulles) d’anonymes écoutant le discours d’un ex-Black Panthers au début. Cinématographiquement, c’était bien vu. Le reste est plus convenu, tient la route même si c’est moins impressionnant. Je ne sais pas ce que donne la VF mais la VO joue beaucoup sur les accents (supposés « noirs » ou « blancs »)

    Vu dimanche. Je n’avais plus vu un film de Lee depuis Inside Man – et je n’ai pas loupé grand-chose apparemment – mais là il est revenu en force. Partant de ce témoignage d’infiltration ubuesque – certes rendu plus cinématographique par des face à face plus courants qu’ils ne le furent réellement et un climax explosif supplantant la « simple » découverte de membres du Klan au NORAD – Lee relie l’enquête au mouvement pour les droits civiques, explorant le rapport conflictuel des milieux militants à la police, s’attarde considérablement sur l’antisémitisme également (Driver brille encore et toujours, notamment lors d’un interrogatoire par un membre négationniste, et lorsqu’il explore le rapport de son personnage à une judaïté qu’il n’avait jamais considérée comme une part importante de lui jusque-là), ainsi que sur le rôle des représentations culturelles des personnes noires (depuis Birth of a Nation à la « blaxploitation » en passant par Gone with the Wind). Le résultat apparaît passionnant (si vous n’êtes pas allergique aux films de plus de 2h :P) et terriblement pertinent (plus encore aujourd’hui qu’à sa sortie, notamment le montage parallèle si didactique mais malheureusement nécessaire au regard de certains débats contemporains), jusqu’à une fin soufflant le chaud et le froid – Lee abandonnant tout faux-semblant pour bien dénoncer ceux d’en face, et rendre hommage à Heather Heyer. Je suis quand même dubitatif sur un point qui m’a paru si naïf que je l’ai cru imaginé par le protagoniste :

    Spoiler:
    L’arrestation du flic raciste et sexiste, soudainement plus protégé par ses collègues/sa hiérarchie (qu’on voit pourtant enterrer l’affaire du Klan), au regard des difficultés encore aujourd’hui à punir les meurtriers en uniforme de son calibre

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    #153366
    DNDM
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    Edith Margareth Garrud – qui inspira aussi le personnage de Bonham Carter, ironie du casting, dans Les Suffragettes (Suffragette). Il y a eu une BD sur elle récemment, Jujitsuffragettes (il me semblait que quelqu’un-e – @DNDM peut-être ? – en avait déjà parlé sur ce forum ; mais je ne retrouve pas le message en question).

    Non, c’était pas moi – mais ça me rappelle qu’il faut que je lise cette BD. ^^

    Auteur de "Les mystères du Trône de Fer", tome I, co-auteur du tome 2: https://www.lagardedenuit.com/forums/sujets/les-mysteres-du-trone-de-fer-les-mots-sont-du-vent/
    Présentation & autres pub(lications) : www.lagardedenuit.com/forums/sujets/presentation-dndm/

    #153578
    Nymphadora
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    Une pluie de visionnages plus ou moins récents.

    Une ode américaine (Hillbilly Elegy), de Ron Howard

    Chronique d’une Amérique profonde, déclassée, où règne une grande misère, on suit une famille, et en particulier J.D., qui, après avoir sué sang et eau en s’engageant dans l’armée pour payer ses études de droit à Yale, doit soutenir sa famille alors que sa mère a replongé dans la drogue, au milieu de flashbacks sur son histoire familiale.

    Le rêve américain côté face, où ce jeune, qui a tout fait pour s’élever, porte tout à bout de bras, après sa mère qui progressivement a abandonné et sombré, et sa grand-mère qui le pousse. Un film très américain, mais très touchant, notamment grace à ses acteurs (Amy Addams et Glenn Close sont fantastiques), qui me rappelle encore à quel point le cinéma me manque (c’est le genre de film qui, en salle, m’aurait surement plus touchée… j’ai plus de mal à rentrer dans des films depuis mon canapé). Un film aussi qui offre un regard sur ces fameuses familles blanches de l’Amérique profonde, qui vivent dans une misère tenace, sans assurance maladie, sans job stable, au milieu d’une violence familiale exacerbée, qu’on voyait souvent au moment des élections américaines depuis notre écran de télé de français en se disant « mais enfin pourquoi ne votent-ils pas pour ceux qui leur promettent des aides financières ? » Leur réponse, qui se résume par le bout de la lorgnette en « parce qu’on ne nous a jamais fait de cadeau et qu’on s’élève à force de volonté, et qu’on ne veut pas que les autres reçoivent de la charité alors que nous on ne nous a jamais fait de cadeau », s’illustre au travers du parcours de J.D., complètement décalé dans le monde de Yale, mais aussi dans sa famille, et qui doit apprendre à choisir entre s’élever et être là pour ses proches. Un joli film (même si ça lorgne parfois dans le misérabilisme).

    Mank, de David Fincher

    Film en noir et blanc qui retrace la création de Citizen Kane, au travers de la vie de son scénariste Herman J. Mankiewicz.
    Je suis un peu passée à côté faute d’avoir les références… Vous me direz, t’avais qu’à avoir vu Citizen Kane aussi ! Mais je pensais bêtement que le film serait compréhensible aussi pour le néophyte, lui donnant envie de voir le fameux classique et lui offrant un peu de couleur (huhu). Raté, j’étais perdue et j’ai mis un temps fou à m’intéresser un temps soit peu au film, qui était terriblement long.

    I Care a Lot, de J Blakeson

    Le pitch : Marla Grayson est une tutrice réputée spécialisée auprès d’individus âgés et riches. Aux dépens de ces derniers, elle mène une vie de luxe. Mais sa prochaine victime s’avère avoir de dangereux secrets.

    Comédie très cynique, j’ai trouvé le truc un peu too much. Rosamund Pike fait du Gone Girl, on assiste à une surenchère de truc qu’on veut sulfureux, au milieu d’une intrigue qui devient vite capillotractée… Bon ça se regarde mais je recommande moyen quand même.

    (Sinon j’ai pas aimé Enola Holmes, j’ai trouvé ça creux et lisse, je rejoins Oca. Et j’ai regardé Yes Day, une comédie familiale choupinette, très calibrée, façon comédie familiale quoi. C’est mimi mais complètement oubliable.)

    ~~ Always ~~

    #153845
    no_one
    • Terreur des Spectres
    • Posts : 1600

    Trois premiers long-métrages de réalisatrices + scénaristes francophones portés par de jeunes actrices ces dernières semaines : La Fête est finie de la française Marie Garel-Weiss, Papicha de l’algérienne Mounia Meddour & Jumbo de la belge Zoé Wittock.

    Le premier accompagne en centre de désintoxication deux jeunes femmes, Sihem et Céleste (Zita Hanrot et Clémence Boisnard, récompensées pour ces rôles dans divers festivals), où elles vont se lier d’une amitié codépendante, entre béquille & handicap à leur rétablissement. Garel-Weiss livre leur portrait dans un style proche du documentaire, sans jugement, peignant le difficile travail de désintoxication en clinique et après, l’impact sur les relations, les inévitables rechutes, les groupes de paroles, jusqu’à une fin d’un côté tristement prévisible, de l’autre agréablement surprenante. Le tout est doux-amer, jamais trop lourd, parfaitement porté des actrices impeccables…

    (Et dans le genre film social porté par une paire d’actrices à l’amitié, la sororité au cœur, écrit et réalisé dans un style documentaire par une réalisatrice-scénariste, cette fois anglophone, Never Rarely Sometimes Always d’Eliza Hittman fit très fort l’an passé.)

    Gray vous parlait déjà du deuxième il y a 1 an et demi, je ne vous refais pas le pitch. On pouvait déjà apercevoir Lyna Khoudri dans La Fête est finie, elle obtint pour cette fois premier rôle puis César du meilleur espoir féminin pour ce César du meilleur premier film, amplement mérités. Meddour livre là un premier film d’une maîtrise et d’une richesse rares, qui souffle terriblement le chaud et le froid, ponctuant ses belles scènes de vie – filmées avec une attention particulière aux textures, une sensualité rappelant Sense8 – de coups d’éclats funestes : chapes de plombs (plombs parfois littéraux) s’abattant sur ses jeunes femmes éprises de liberté, que les figures patriarcales et islamistes œuvrent à ramener dans leur giron. Son récit se traverse également d’une subtile réflexion sur les normes vestimentaires et plus généralement les marqueurs (ou « effaceurs » de féminité), comme outils tantôt de contrôle, tantôt de libération, des corps – aux valeurs évoluant selon les cultures et les époques – à travers le haïk, à la fois étoffe culturellement polysémique, outil de libération quand évoquée dans le cadre de la décolonisation, de contrôle lorsque retourné contre nos héroïnes, enfin symbole d’une résistance, au-delà du deuil, dans la volonté de réinvention de son port par notre héroïne aspirante styliste. Et si cette résistance toute symbolique semble à chaque fois fauchée par la violence intraitable qui déferle sur Alger, elle persiste, avec la beauté, la sororité et la vie, sur lesquelles Meddour conclue, nous laissant espérer malgré tout pour l’avenir de ses femmes (jusqu’au bout élégamment filmées, en évitant les codes du « regard masculin »)…

    Quant au troisième… Après avoir réalisé son 2e court Shakira et avant un premier long, Noémie Merlant (Les Héritiers, Le Ciel attendra, Portrait de la jeune file en feu) a donc campé pour Wittock Jeanne, une drôle de jeune femme qui tombe amoureuse de… Jumbo, l’un des manèges dont elle s’occupe. Je ne sais pas trop quoi penser de ce film, au pitch surréaliste (inspiré de Erika Effeil), au fantastique ambigüe (qui a dit « réalisme magique » ?) et aux séquences tout droit sorties d’Under the Skin de Jonathan Glazer, dans un ton toutefois radicalement différent. Essayez si vous êtes en mal de romance atypique ou de féériques expérimentations visuelles.

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