[TdF] La chevalerie dans le Nord

  • Ce sujet contient 0 réponse, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Eridan, le il y a 1 mois et 1 semaine.
Affichage de 1 message (sur 1 au total)
  • Auteur
    Messages
  • #200293
    Eridan
    • Vervoyant
    • Posts : 6052

    « Dans le nord, rares sont les grandes maisons qui adorent les Sept. La plupart persistent à honorer les anciens dieux et ne désignent pas de chevaliers… »

    Mestre Luwin (AGOT, Bran VI).

    On le sait, la chevalerie est rare dans le Nord. Les Nordiens restent profondément ancrés dans leurs traditions, n’adoptant guère les coutumes du Sud. Il faut dire que pendant des années, même après la Conquête d’Aegon, il n’y a pas eu énormément de maillage entre les Nordiens (descendants des Premiers Hommes et adeptes des anciens dieux) et les Sudiers (héritiers des Andals et fidèles de la religion des Sept).

    Le constat de Luwin est juste, pourtant ce particularisme local, cette exception culturelle du Nord connaît lui-aussi des exceptions. Il y a bien des chevaliers dans le Nord, et j’ai l’impression que leur nombre va en augmentant dans les années qui précèdent la saga. Il peut parfaitement s’agir d’une perception biaisée, lié au fait que la saga offre un focus sur une période particulière. Même si on a accès à des siècles d’histoire grâce aux chroniques, il est évidents que ces périodes sont moins détaillées que l’époque de la saga.

    J’ai toutefois eu envie de me pencher sur la question, car l’idée de chevaliers nordiens me semble assez représentative d’un des thèmes que Martin traite en filigrane dans son texte. Pour expliquer la diffusion de la chevalerie dans le Nord, je vois deux axes : l’exception Manderly et les liens sudiers. (Et déso pour le côté accadémique ! ^^)

    I) De l’exception Manderly

    Les Manderly étaient uniques parmi toutes les grandes maisons du Nord. Ayant leurs origines dans le Bief des siècles plus tôt, ils avaient trouvé refuge près de l’embouchure de la Blanchedague quand des rivaux les avaient chassés de leurs riches terres bordant la Mander. Bien que farouchement loyaux aux Stark de Winterfell, ils avaient amené du sud leurs dieux avec eux, continuaient à révérer les Sept et maintenaient les traditions de la chevalerie.

    F&B : Jaehaerys et Alysanne. Leurs triomphes et leurs tragédies.

    Bien qu’en exil depuis environ mille ans (soi-disant), les Manderly ont gardé leurs dieux, leur tradition. Il y a un septuaire à Blancport (le septuaire des Neiges) et le seigneur de la maison Manderly porte toujours un titre ancien et prestigieux, Chevalier de l’Ordre de la Main verte. Ironiquement, cet ordre né dans le Bief n’existe plus ailleurs qu’à Blancport :

    Les plus grands champions, des hommes aussi purs, honorables et vertueux qu’habiles aux armes, avaient l’honneur d’être invités dans l’Ordre l’ordre de la Main verte.
    Si les derniers membres de ce noble ordre ont péri auprès de leur roi sur le Champ de Feu (sauf à Blancport, où les chevaliers de la maison Manderly professent encore y appartenir), leurs traditions restent vivaces dans le Bief, où les Tyrell continuent à soutenir le meilleur de la valeur et de la chevalerie.

    TWOIAF, Hautjardin.

    Les descendants de la maison portent tous un titre de chevalier. Les héritiers de lord Wyman, Wylis et Wendel, sont des sers. Wyman lui-même évoque qu’il s’est plutôt bien débrouillé en tournoi avant de ne plus monter à cheval. Leur cousin, Marlon, est également chevalier en plus d’être le commandant de la garnison de Blancport.

    Mais cette chevalerie ne s’arrête pas à la famille elle-même. Elle est également répandue parmi leurs vassaux. Lord Wyman prétend ainsi :

    Mes bannerets comptent une douzaine de nobliaux et cent chevaliers fieffés.

    ADWD, Davos IV.

    Outre leurs vassaux, la chevalerie est présente aussi au sein de leur maison.

    Ser Wylis et son frère, ser Wendel, suivirent, à la tête de leur troupe, dans les quinze cents hommes : quelque vingt chevaliers, autant d’écuyers, deux cents lanciers, bretteurs et francs-coureurs montés, le reste à pied, muni de tridents, de piques, de pertuisanes.

    AGOT, Catelyn VIII.

    Il [Wyman Manderly] a amené trois cents hommes avec lui. Cent chevaliers.

    ADWD, Un fantôme à Winterfell.

    J’ai eu l’occasion d’en parler dans l’ouverture du chapitre ADWD Davos IV, la chevalerie est répandue à Blancport, où elle semble être devenue une récompense pour les serviteurs les plus dévoués et les plus braves de la maison Manderly :

    Therry voulait aller à la guerre quand il en aurait l’âge, pour livrer bataille et devenir chevalier.

    […]

    Lorsque ser Bartimus était pris de boisson (et il l’était quasiment tous les jours), il aimait à se vanter d’avoir sauvé la vie de lord Wyman à la bataille du Trident. L’Antre du Loup était sa récompense.

    Bartimus est chevalier et gouverneur de l’Antre du Loup, pas chevalier fieffé. A ce stade, il est bon de rappeler que la chevalerie suppose un certain cérémonial, certains rites. Là encore, c’est mestre Luwin qui explique :

    « On ne saurait être chevalier sans avoir d’abord monté la veille dans le septuaire puis reçu l’onction des sept huiles destinée à consacrer les vœux. »

    AGOT, Bran VI.

    Ce n’est donc pas si simple que ce que Dunk tentait de nous faire croire dans Le Chevalier Errant. ^^

    Bartimus a-t-il suivi ce rituel ? Il faut croire. Pourtant, il a beau être chevalier, il dit lui-même qu’il ne vénère pas les Sept … mais bien les anciens dieux :

    « Aux anciens dieux, pas à ces nouveaux, là, venus du Sud. Vos Sept, ils connaissent pas l’hiver, et l’hiver les connaît pas. »
    […] « Quels dieux vénères-tu ? demanda-t-il au chevalier unijambiste.
    – Les anciens. » Quand ser Bartimus souriait, il ressemblait tout à fait à un crâne. « Moi et les miens, on était ici avant les Manderly. Si ça s’ trouve, c’est mes ancêtres qu’ont accroché ces entrailles dans tout l’arbre.
    – Je ne savais pas que les Nordiens offraient des sacrifices sanglants à leurs arbres-coeur.
    – Y a tant et plus de choses que vous savez pas sur le Nord, vous les Sudiers », répliqua ser Bartimus.

    ADWD, Davos IV.

    On a un premier élément d’explication. Ce n’est pas très étonnant de trouver ce genre de situation à Blancport : l’ancien monde (Nord) y côtoie le nouveau (les Manderly). Le trafic maritime et les échanges commerciaux en font une cité cosmopolite, où les cultures et les ethnies se mêlent et se mélangent. Les frontières traditionnelles disparaissent, laissant la place à une forme de syncrétisme religieux, ce qui permet d’aboutir à ce genre de résultat atypique : un chevalier nordien qui reste pourtant fidèle à la religion de ses ancêtres.

    Mais cette explication ne vaut que pour Blancport, un lieu exceptionnel dans le Nord. Comment la chevalerie peut-elle se diffuser dans le reste du royaume ?

    II) Des liens avec le Sud

    Pour expliquer la diffusion de la chevalerie dans le Nord, il faut regarder les liens que cette Couronne entretient avec celles du Sud. Inexistants à notre connaissance avant l’arrivée des Targaryen, le règne des rois dragons va permettre d’amorcer un premier mouvement (1), qui semble s’accélère visiblement quelques années avant le début de la saga (2).

    1) Le rêgne des Targaryen

    Lorsque Sa Grâce [Alysanne Targaryen] suggéra qu’elle serait ravie d’aider à arranger des mariages pour ses fils avec les filles de grands seigneurs du Sud, lord [Alaric] Stark refusa avec rudesse. « Dans le Nord, nous révérons les Anciens Dieux, répondit-il à la reine. Quand mes fils prendront femme, ils se marieront face à un arbre-cœur, pas dans un septuaire sudier. »

    F&B : Jaehaerys et Alysanne. Leurs triomphes et leurs tragédies.

    Nous sommes plus de cinquante ans après la Conquête. Alaric Stark résume ici la doctrine que sa maison observe depuis des années et qu’elle continuera à observer pendant encore plusieurs siècles : éviter les mariages avec des non-Nordiens, des gens qui n’ont pas les mêmes dieux que lui. C’est une question qui revient dans Feu et Sang, où on se rend compte que ces mariages sont compliqués. Alysanne elle-même va devoir trouver des astuces pour amener Alaric Stark à considérer la possibilité de marier ses fils en dehors de sa propre couronne :

    Alysanne Targaryen ne capitulait pas si vite, cependant. Les seigneurs du Sud honoraient les dieux anciens autant que les nouveaux, apprit-elle à lord Alaric ; la plupart des châteaux qu’elle connaissait possédaient un bois sacré, en même temps qu’un septuaire. Et il y avait encore certaines maisons qui n’avaient jamais accepté les Sept, pas plus que les Nordiens, les Nerbosc du Conflans au premier rang – peut-être une douzaine, en tout. Même un seigneur aussi âpre et dur qu’Alaric Stark se retrouva désemparé face au charme entêté de la reine Alysanne. Il concéda qu’il réfléchirait à ce qu’elle avait dit et aborderait la question avec ses fils.

    F&B : Jaehaerys et Alysanne. Leurs triomphes et leurs tragédies.

    Si les Targaryen s’échinent à organiser des mariages entre Couronnes (et si plus tard, certains mestres pousseront leurs seigneurs vers de semblables directions ^^), c’est parce qu’il y a un intérêt politique : l’unité du royaume se retrouve renforcé lorsque le maillage entre les vassaux est puissant :

    Les Targaryens arrangèrent également nombre de mariages entre les nobles maisons des lointains confins du royaume, dans l’espoir que de telles alliances aideraient à accorder ensemble les territoires conquis et à unir les sept royaumes en un seul.

    F&B : Le Dragon avait trois têtes – Le gouvernement sous le roi Aegon Ier.

    Or justement, ces mariages entre Couronnes sont compliqués lorsque les époux ne partagent pas la même culture et la même religion. Alaric Stark n’était qu’un exemple, mais il y en a d’autres.

    Pendant un court moment, il sembla que des fiançailles étaient imminentes, et la reine Alysanne et lord Nerbosc commencèrent même à discuter d’un projet de mariage. Tout tomba en pièces quand Daella apprit que les Nerbosc vénéraient les Anciens Dieux, et qu’on attendrait d’elle qu’elle prononce ses vœux devant un barral. « Ils ne croient pas aux dieux, rapporta-t-elle à sa mère, horrifiée. J’irais en enfer ! »

    F&B : Le long règne. Jaehaerys et Alysanne. Diplomatie, descendance et douleur.

    Les Nordiens et les adorateurs des anciens dieux passent souvent pour des barbares aux yeux de ceux qui ne les connaissent pas. Même dans leur pratique de la guerre, ils passent pour des ennemis plus redoutables du fait de la différence de culture.

    Dans le Conflans, des pillards venus de Corneilla, arborant les bannières de Rhaenyra, entrèrent sur les terres de la maison Bracken, incendiant les récoltes, dispersant moutons et bétail, mettant les villages à sac et dépouillant tous les septuaires qu’ils croisaient (les Nerbosc étaient une des dernières maisons au sud du Neck qui continuaient à suivre les anciens dieux).

    F&B : La Mort des Dragons – Le Dragon rouge et le Dragon d’or.

    L’essentiel de ce que Port-Réal savait des Nordiens, elle le tenait de ser Medrick Manderly et de son frère Torrhen ; des hommes courtois, discourant bien, élégamment vêtus, fort disciplinés, et pieux. Les hommes de Winterfell n’honoraient même pas les vrais dieux, note avec horreur septon Eustace. Ils méprisaient les Sept, ne tenaient pas compte des jours de fête, se moquaient des livres sacrés, ne témoignaient d’aucune révérence envers les septons ou les septas, vénéraient des arbres.
    […]
    Les Nordiens allaient incendier les septuaires de la ville et forcer Port-Réal à rétablir le culte des anciens dieux, assurèrent des septons.

    F&B : L’Après-guerre – L’Heure du Loup.

    Pour autant, comme à Blancport, on se rend compte que le mélange entre Nordiens et Sudiers peut être pacifique et positif :

    Lord Stark avait marché vers le Sud avec un grand ost, composé en grande partie d’hommes ni voulus ni utiles au Nord, dont le retour représenterait un fardeau considérable, voire la mort, pour les êtres aimés qu’ils avaient laissés derrière eux. La légende (et Champignon) nous dit que ce fut lady Alysanne qui suggéra une réponse. Toutes les terres bordant le Trident abondaient en veuves, rappela-t-elle à lord Stark ; des femmes ayant pour beaucoup de jeunes enfants à charge, qui avaient envoyé leurs époux au combat contre l’un ou l’autre seigneur, pour les voir tomber dans la bataille. Avec l’hiver qui venait, des dos robustes et des mains capables seraient les bienvenus, dans plus d’un foyer.
    Finalement, plus d’un millier de Nordiens accompagnèrent Aly la Noire et son neveu lord Benjicot quand ils rentrèrent dans le Conflans après le mariage royal. […] Non seulement les Nordiens réétablis consolidèrent-ils les seigneurs du Conflans qui les reçurent, en particulier la maison Tully et la maison Nerbosc, mais ils aidèrent aussi à raviver et à propager le culte des anciens dieux au sud du Neck.

    F&B : Sous les régents. La Main encagoulée.

    Ce qui nous intéresse ici n’est cependant pas le culte des anciens dieux dans le Sud, mais le culte des nouveaux dans le Nord et la diffusion de la chevalerie ^^

    Difficile de savoir combien il y a eu de mariages mixtes entre Nordiens et Sudiers pendant les trois cents ans de règne Targaryen … on a toutefois un document intéressant sur le sujet : l’arbre généalogique des Stark, qui va de Cregan à Eddard. Il nous permet au moins de voir l’évolution de la doctrine établie par Alaric Stark, qui voulait que ses enfants n’épousent que des adorateurs des anciens dieux devant des arbres-cœurs.

    On constate en l’étudiant que les Stark, d’Aegon III jusqu’à Aerys II, se marient essentiellement avec des Nordiens et des Nordiennes … Toutefois, il y a des exceptions, qui débutent justement avec Cregan Stark (milieu du deuxième siècle), remarié en seconde noces avec Alysanne Nerbosc. On le sait, les Nerbosc sont Sudiers, mais adorateurs des anciens dieux. Un autre mariage à cette époque peut-être important : celui de l’héritier de lord Cregan avec une Manderly, Jeyne, une Nordienne probablement adoratrice des nouveaux dieux comme le reste de sa famille. C’est toutefois une génération plus tard (début du troisième siècle) que les choses commencent à bouger : les deux fils de lord Brandon Stark sont mariés à des femmes qui sont probablement des fidèles de la religion des Sept. Lord Beron est marié à Lorra Royce (une famille ancienne, descendante des Premiers Hommes, mais devenue depuis adepte des nouveaux dieux) et son cadet Rodwell épouse une autre Manderly, Myriame. Si le second mariage semble être infécond, le premier amène à la naissance de plusieurs enfants. L’héritier de lord Beron se marie en seconde noces à une Nerbosc, Melantha, et sa fille épouse un Royce de la branche secondaire, Benedict. Ils ont trois filles, qui se marient à des hommes du Val d’Arryn, tous issus de maisons révérant les nouveaux dieux (Corbray, Vanbois, Templeton).

    Au fil des siècles, on a donc de plus en plus de mariages avec les Sudiers, et certains de ces mariages sont mixtes. Le tournant d’après moi arrive avec lord Rickard Stark, père d’Eddard, car comme nous le savons bien : ^^

    Rickard Stark avait lui aussi de grandes ambitions. Des ambitions sudières que n’aurait pas servies le mariage de son héritier à la fille d’un de ses vassaux.

    ADWD, Le Tourne-casaque.

    2) Avant et pendant la saga

    Rickard Stark a épousé une de ses cousines, un mariage qui visait sans doute à éviter de disperser le sang Stark et prendre le risque d’une Danse des Loups. Qu’est-ce qui l’a motivé à mener une politique d’ouverture vers le Sud ? Barbrey Dustin aimerait nous faire croire qu’il était totalement manipulé par son mestre :

    Et avant qu’il soit tard, le gouvernant est devenu gouverné. C’est ainsi qu’il en allait avec lord Rickard Stark. Mestre Walys, s’appelait son rat gris. […] Une fois qu’il a eu forgé sa chaîne, son père secret et ses amis n’ont pas perdu de temps à l’expédier à Winterfell pour verser des mots empoisonnés à la douceur de miel dans l’oreille de lord Rickard. L’idée d’un mariage avec les Tully venait de lui, n’en doutez point, il… »

    ADWD, Le prince de Winterfell.

    Walys aurait notamment conseillé le mariage entre Brandon Stark et Catelyn Tully, d’après Barbrey. Certains d’entre nous y voient le signe d’un complot mestriel séculier ou d’un pré-complot anti-Targaryen. On peut aussi tout simplement se dire que les mestres, notamment Walys, poursuivent le vieil objectif des premiers Targaryen d’unifier le royaume par des mariages entre Couronnes. ^^ Ce mariage est toutefois particulièrement notable, car il unit deux des Grandes Maisons du royaume. Il est par ailleurs extrêmement prestigieux, puisque Brandon est appelé à devenir le sire de Winterfell, le suzerain du Nord.

    Ce n’est toutefois pas le seul mouvement sudier de lord Rickard : si son héritier Brandon a été élevé chez les Dustin à Tertre-bourg, son puiné Eddard a été confié à Jon Arryn, sire des Eyrié et suzerain du Val. L’ouverture du Nord vers le Val ne date à priori pas de Rickard, puisque sa tante et ses cousines étaient déjà mariées dans le Val. Toutefois, ce pupillage est lui-aussi une sacrée avancée en terme de mixité : Eddard grandit auprès de la fine fleur des chevaliers du Val et son tempérament rigoureux en terme d’honneur et de justice viennent probablement en partie de cette éducation. L’amitié avec Robert Baratheon se développe aussi à cette époque.

    Finalement, les événements se précipitent et Eddard devient sire de Winterfell, suzerain du Nord à la place de Brandon. Il finit par épouser sa fiancée, Catelyn Tully, et comme il voit Jon Arryn comme un père adoptif et Robert Baratheon comme un frère, il participe à toutes ses guerres : rébellion contre le Roi Fou puis guerre contre les Greyjoy.

    C’est sans doute là qu’intervient le tournant de la diffusion de la chevalerie dans le Nord. A l’époque de la rébellion de Robert, il y a au moins un Nordien qui est chevalier, sans qu’on sache trop pourquoi, puisqu’il n’appartient pas à une famille révérant les dieux nouveaux à notre connaissance :

    A ses côtés chevauchaient dans son rêve, ainsi qu’ils avaient fait dans la réalité, ses amis. Le fier Martyn Cassel, père de Jory ; le fidèle Théo Wull ; l’écuyer de feu Brandon Stark, Ethan Glover ; ser Mark Ryswell, aussi modéré de langage que courtois de cœur ; le pontonnier Howland Reed ; lord Dustin, sur son puissant étalon rouge.

    AGOT, Eddard X.

    A l’époque de la saga, il y a d’autres chevaliers dans le Nord, dont certains tiennent une position importante, sans qu’on sache comment ou pourquoi ils ont obtenu leur chevalerie :

    De même, du côté Garde de Nuit, certains officiers, dont les patronymes sonnent Nordiens ou Fer-nés, ont pourtant été adoubé … Avant ou après leur entrée dans l’ordre, ça reste un mystère :

    • ser Mallador Locke officier de Châteaunoir, (les Locke sont proches des Manderly) ;
    • ser Byam Flint, officier de Tour ombreuse, (les Flint de la Veuve sont proches des Manderly) ;
    • ser Winton Stout, officier de Châteaunoir ;
    • ser Aladale Wynch, officier de Châteaunoir.

    Le cas de Jorah Mormont, sire exilé de l’Île-aux-Ours, peut nous éclairer :

    Derrière lui, ser Jorah Mormont. »
    Le titre du dernier frappa Daenerys : « Un chevalier ?
    – Rien moins. » Illyrio sourit dans sa barbe. « Oint des sept huiles par le Grand Septon en personne.

    AGOT, Daenerys I.

    […]

    « A l’époque, mon père [Jeor] ayant pris le noir, je me trouvais légitime maître et seigneur de l’île-aux-Ours. Les offres de mariage ne me laissaient que l’embarras du choix quand lord Balon Greyjoy se rebella contre l’Usurpateur, en faveur de qui son ami Ned Stark convoqua le ban de Winterfell. La bataille finale se déroula à Pyk. Après que les pierriers de Robert eurent ouvert la brèche, c’est un prêtre de Myr qui se jeta le premier dans la place, mais je le talonnai d’assez près pour être alors fait chevalier. »

    ACOK, Daenerys I.

    Jorah ne semble pas se soucier beaucoup plus, ni des anciens que des nouveaux dieux. Il a simplement reçu la chevalerie, comme une gratification pour sa bravoure aux combats. (Il n’est d’ailleurs pas le seul : on sait que Jacelyn Prédeaux des manteaux d’or a été adoubé lui-aussi pour sa bravoure lors de la rébellion des Greyjoy.) Les liens d’amitié d’Eddard Stark avec Robert Baratheon sont à la source d’une certaine diffusion de la chevalerie dans le Nord, puisque les Nordiens ont pu participé et s’illustrer dans les guerres de Robert.

    L’autre explication, le mariage d’Eddard et Catelyn, est à l’origine de changements profond dans la mentalité nordienne :

    Par égards pour elle, et afin qu’elle pût chanter les sept faces divines, Ned lui avait bien construit un petit septuaire, […]

    AGOT, Catelyn I.

    On a déjà une modification architecturale de premier ordre : un septuaire apparaît enfin à Winterfell et le culte des nouveaux dieux y est finalement possible (près de deux-cents ans après qu’Alysanne ait dit à Cregan que nombre de place forte avait un bois-sacré et un septuaire.) Un septon est rattaché à Winterfell, une septa s’occupe de l’éducation des filles et un chevalier est maître d’armes des garçons. Même les contes de Vieille Nan s’ouvrent à des chevaliers. (Quitte à modifier certaines réalités historiques ! ^^)

    Les enfants Stark baignent désormais dans une culture mixte. Chacun d’entre eux va piocher dans la culture de son père ou de sa mère, selon leurs besoins. Ainsi, Bran n’a qu’un rêve :

    Lui-même, un jour, serait chevalier. Chevalier de la garde royale. Les plus fins bretteurs du royaume en faisaient partie, selon Vieille Nan.

    AGOT, Bran II.

    Son adoration des chevaliers lui vaut même parfois de s’aveugler sur leur réelle valeur :

    « Ça en fait combien, maintenant ? […]
    – Douze mille hommes, ou peu s’en faut.
    – Et de chevaliers ?
    – Guère, dit le mestre avec une pointe d’agacement. […] mais ces seigneurs ni leurs enfants ni leurs lames liges n’en sont pour autant moins susceptibles de bravoure, d’honneur et de loyauté. Qu’un ser précède son nom ne préjuge pas de la valeur d’un homme, je te l’ai déjà dit et répété cent fois.
    – Cependant, insista Bran, combien de chevaliers ? »
    Le vieux soupira. « Trois cents, peut-être quatre…, contre trois mille lances d’armes qui ne sont pas ointes.

    AGOT, Bran VI.

    Même après sa chute et sa paraplégie, les destins qui s’offrent à lui sont encore ouverts et mixtes, dans la tête d’Eddard

    « Il voulait devenir chevalier, disait à présent Arya. Chevalier de la Garde. Il peut encore ?
    – Non », dit-il. A quoi bon mentir ? « Mais rien ne s’oppose à ce qu’un jour il tienne une place forte importante et siège au Conseil du roi. Ou bien construise des châteaux, à l’instar de Brandon le Bâtisseur ; ou bien fasse, à bord d’un vaisseau, la traversée des mers du Crépuscule ; ou encore adopte la religion de Mère et accède à la dignité de Grand Septon. »

    AGOT, Eddard V.

    L’avenir des filles, bien que balisé par leur condition féminine, est également ouvert autant vers le Nord que vers le Sud :

    Arya pencha la tête de côté. « Et moi ? je pourrais être conseiller du roi, bâtir des châteaux, devenir Grand Septon ?
    – Toi, dit-il en lui posant un petit baiser sur le front, tu épouseras un roi, tu régneras sur son château, et tes enfants seront chevaliers, princes, seigneurs, voire, oui, l’un d’eux, peut-être, Grand Septon. »

    AGOT, Eddard V.

    D’ailleurs, l’autre enfant Stark particulièrement influencé par la culture de sa mère, par la religion des Sept et par la chevalerie, c’est bien sûr Sansa, qui croit profondément aux chansons de nobles chevaliers. Et comme son frère cadet, elle a sur eux bien des illusions qui seront remises en cause dans la saga. On remarque aussi que Sansa oscille entre les dieux de son père et de sa mère. Elle a une préférence pour les seconds, mais sait aussi se tourner vers les premiers quand elle en a besoin :

    Elle avait plus volontiers sacrifié aux dieux de sa mère qu’à ceux de son père. Elle aimait les statues, les motifs des vitraux dans leur réseau de plomb, la fragrance de l’encens, les septons, leurs robes et leurs cristaux, les irisations féeriques de ces derniers jouant sur les autels incrustés de nacre, d’onyx, de lapis-lazuli. Et cependant, elle ne pouvait le nier, les bois sacrés n’étaient pas non plus dépourvus de charmes. Notamment la nuit. Aidez-moi, pria-t-elle, envoyez-moi un ami, un authentique chevalier qui me tienne lieu de champion…

    […]

    « J’ai prié les dieux d’envoyer un chevalier me sauver, dit-elle. J’ai prié, prié. Pourquoi m’infligeraient-ils un vieil ivrogne de bouffon ? »

    […]

    Sa main se plaqua sur le tronc noueux de l’arbre-coeur. Il était tout tremblant. « Je jure, et que les dieux de votre père soient témoins de mon serment, je jure de vous renvoyer chez vous. »
    Il a juré. Un serment solennel, sous le regard des dieux.

    ASOS, Sansa II.

    D’ailleurs, comme chez les Manderly, on se rend compte que la chevalerie ne fait pas seulement rêver les enfants : elle inspire aussi les serviteurs.

    Alyn qui rêvait de chevalerie

    ADWD, Theon.

    Alyn qu’on allait armer chevalier

    AGOT, Arya II.

    Sansa ne se tint plus d’orgueil lorsqu’elle vit Alyn, portant l’enseigne de leur maison, se porter à la hauteur de lord Béric pour quelques mots d’échange et, d’enthousiasme, elle le décréta plus beau que n’avait jamais été Jory. Il serait chevalier, tôt ou tard…

    AGOT, Sansa III.

    Bref, la chevalerie est en train de s’installer à Winterfell, elle y fait des émules et pourrait bien s’y enraciner aussi sûrement qu’à Blancport. Edit 1 : Au passage, on notera que les Stark ne sont pas les seuls Nordiens à s’être ouverts vers le Sud : d’autres Nordiens, comme Roose Bolton, ont dans le même mouvement commencé à s’ouvrir vers le Val d’Arryn, à leur confier leurs enfants comme pupilles. Et les-dits enfants développent à leur tour un goût manifeste pour les activités de la chevalerie :

    Il [Domeric Bolton] a servi quatre ans comme page de lady Dustin et trois dans le Val comme écuyer de lord Rougefort. […] Selon Rougefort, il faisait montre de belle promesse, sur les lices. Un grand jouteur doit commencer par être un grand cavalier.

    ADWD, Schlingue III.

    Conclusion

    A une moindre échelle qu’à Blancport, on se rend bien compte que chez les Stark, c’est la rencontre et le mariage entre les cultures et les religions qui amènent à une forme de syncrétisme, de métissage. La chevalerie se diffuse encore lentement dans le Nord, mais le mouvement est en marche et il n’est qu’une conséquence d’un mouvement plus vaste de métissage à Westeros. Un mouvement généralement présenté comme positif par GRRM, à mon sens.

    Dans le même ordre d’idée, on peut penser au mariage d’Alys Karstark et du Magnar Sigorn. Cette fois, ce sont plusieurs cultures qui s’entrechoquent dans un grand bain syncrétique : le marié représente les antiques traditions de l’au-delà du Mur, l’épouse la version nordienne de ces mêmes coutumes ; Mélisandre, en officiante, apporte la caution d’un dieu nouveau, récemment adopté par la marié, tout en reprenant quand même les codes d’un mariage nordien traditionnel. Ce n’est pas seulement le mariage de deux personnes qu’elle célèbre, c’est aussi le mariage de leur culture :

    « Deux sont entrés dans les flammes. Il en émerge un. Ce que le feu a uni, nul ne peut le disjoindre. »

    ADWD, Jon X.

    • Ce sujet a été modifié le il y a 1 mois et 1 semaine par Eridan. Raison: ajout infos

    "Si l'enfer est éternel, le paradis est un leurre !"

Affichage de 1 message (sur 1 au total)
  • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.